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Monsieur le Président, je suis heureuse de prendre la parole pour ouvrir le débat en troisième lecture sur le projet de loi , la loi sur la modernisation du système de justice militaire.
Alors que le nouveau gouvernement du Canada réalise un investissement générationnel dans les Forces armées canadiennes, nous savons que tout effort visant à soutenir nos Forces commence par notre personnel. Ce projet de loi concerne les femmes et les hommes des Forces armées canadiennes et vise à garantir leur sécurité ici, au Canada, ainsi que partout dans le monde.
[Traduction]
Les gens des Forces armées canadiennes sont au cœur de toutes nos activités, qu'ils défendent notre souveraineté ici, qu'ils soutiennent nos alliés à l'étranger ou qu'ils servent dans les bases militaires et les escadres partout au Canada.
À titre de mère de militaires et de secrétaire parlementaire du ministre de la Défense nationale, j'ai eu l'immense privilège de rencontrer de nombreux membres des Forces armées canadiennes et des membres de leur famille, ici et à l'étranger. J'ai aussi un immense respect pour les militaires et leur famille, parce qu'ils servent leur pays, et je leur suis profondément reconnaissante de leur dévouement indéfectible envers les Canadiens.
Les membres des Forces armées canadiennes assurent notre sécurité au quotidien. En échange, nous avons le devoir de leur offrir un environnement de travail où ils se sentent protégés, respectés et habilités à servir. Nos forces méritent un milieu de travail exempt de tous les comportements qui nuisent aux personnes, au moral et à la cohésion de l'équipe, y compris les actes répréhensibles comme l'inconduite sexuelle.
Nous savons que pour défendre le Canada, nous avons besoin de forces armées puissantes, diversifiées, unies et compétentes. Il est essentiel que nous éliminions tout comportement susceptible de nuire à un milieu de travail sain. Notre efficacité opérationnelle, notre recrutement et notre taux de rétention des effectifs dépendent de notre capacité de créer un environnement où les militaires peuvent faire progresser leur carrière pendant des décennies. Le projet de loi propose une série de modifications importantes à la Loi sur la défense nationale, conçues pour soutenir ce travail essentiel qui consiste à protéger les militaires et à les aider à s'épanouir dans un milieu de travail sain.
[Français]
Le système de justice militaire du Canada doit non seulement refléter les valeurs d'équité, de responsabilité et de respect, mais aussi préserver la confiance que les Canadiens accordent aux institutions qui sont à leur service. Avec le projet de loi C‑11, nous donnons suite aux recommandations des anciens juges de la Cour suprême Arbour et Fish et nous prenons des mesures décisives pour rétablir et renforcer la confiance au sein des Forces armées canadiennes.
Premièrement, le projet de loi enlève aux Forces armées canadiennes la compétence sur les infractions sexuelles prévues au Code criminel commises au Canada. Grâce à ce projet de loi, les autorités civiles auront désormais la responsabilité exclusive d'enquêter sur ces infractions et d'en poursuivre les auteurs.
Deuxièmement, il donne suite à huit recommandations clés formulées par l'ancien juge de la Cour suprême Fish dans son troisième examen indépendant. Cela comprend la mise en place de processus de nomination plus rigoureux et plus transparents pour les hauts gradés des Forces armées canadiennes qui jouent un rôle crucial dans le système de justice militaire.
Nous modifions aussi le processus de nomination et la durée du mandat du directeur des poursuites militaires et du directeur des services d'avocats de la défense en faisant en sorte qu'ils soient nommés par le gouverneur en conseil; en modifiant la durée du mandat du directeur des poursuites militaires et du directeur des services d'avocats de la défense pour en faire un mandat fixe et non renouvelable d'une durée maximale de sept ans; en modifiant le processus et les pouvoirs relatifs à la nomination du grand prévôt des Forces canadiennes nommé par le gouverneur en conseil; et, finalement, en remplaçant le titre de « grand prévôt des Forces canadiennes » par celui de « grand prévôt général », afin de l'aligner sur les titres d'autres postes de haut rang au sein des Forces armées canadiennes, tels que ceux de chirurgien général, d'aumônier général et de juge-avocat général.
Troisièmement, le projet de loi renforce les mesures de soutien prévues par la Charte canadienne des droits des victimes en élargissant l'accès aux agents de liaison avec les victimes aux personnes agissant au nom d'une victime.
Quatrièmement, il harmonise les dispositions du système de justice militaire concernant l'information sur les délinquants sexuels et les interdictions de publication avec les modifications déjà apportées au Code criminel en 2023.
[Traduction]
Ces recommandations détaillées visant à réformer le système de justice militaire ne constituent qu'un volet d'une transformation plus large des Forces armées canadiennes. Nous apporterions notamment des changements importants à la manière dont nous sélectionnons les nouvelles recrues, dont nous gérons les deux collèges militaires du Canada, à Kingston et à Saint‑Jean, et dont nous recueillons, conservons et utilisons les données relatives au harcèlement en milieu de travail, entre autres.
Il s'agit là de changements concrets et importants qui contribueraient à attirer plus efficacement davantage de candidats. Par exemple, nous instaurerions également une période de probation pour les nouvelles recrues. Cela permettrait aux candidats de s'enrôler et d'entamer leur formation pendant qu'on s'occupe des formalités administratives liées à leur dossier de candidature. Il s'agit là d'une mesure que de nombreux examinateurs externes ont suggéré aux Forces armées canadiennes d'adopter.
La mise en œuvre de cette recommandation présenterait également d'autres avantages. Par exemple, pendant la période de probation, les candidats devraient obtenir l'habilitation de sécurité requise, satisfaire aux normes médicales et démontrer qu'ils adhèrent à l'éthique et aux valeurs des Forces armées canadiennes. Nous devons veiller à ce que nos forces armées reflètent mieux le pays qu'elles servent en recrutant parmi les meilleurs éléments que le Canada a à offrir, mais soyons clairs, nous ne tolérerons aucun comportement répréhensible.
Nous commençons déjà à constater les effets positifs de la mise en œuvre de ces recommandations. En effet, nos efforts de recrutement portent déjà leurs fruits. Au cours du dernier exercice financier, nous avons dépassé nos objectifs de recrutement, en accueillant plus de 6 700 nouveaux membres de la Force régulière. C'est une augmentation de 55 % par rapport à l'exercice précédent. Pendant le dernier exercice, nous avons enregistré le plus grand nombre d'enrôlements dans les Forces armées canadiennes depuis 30 ans. Le nombre de candidatures a plus que doublé, pour atteindre plus de 45 000. Les Forces armées canadiennes ont recruté 7 310 membres de la Force régulière, et 70 des 97 postes essentiels sont désormais pourvus.
Ce sont de bonnes nouvelles pour le Canada, pour les Canadiens et pour les Forces armées canadiennes. Cela dit, il nous reste encore du travail à faire pour instaurer au sein des Forces armées canadiennes une culture fondée sur la dignité, l'inclusion et le respect de chacune des personnes au service de notre pays. Nous savons que nous devons garder le pied sur l'accélérateur pour créer un milieu de travail moderne, adapté au XXIe siècle et capable de soutenir la prochaine génération des Forces armées canadiennes. Comme je l'ai mentionné lors d'un débat précédent sur la mesure législative, le projet de loi donnerait suite à plusieurs recommandations issues des examens réalisés par deux anciens juges de la Cour suprême, la juge Arbour et le juge Fish.
Par ailleurs, le Comité permanent des anciens combattants de la Chambre des communes a présenté en juin 2024 son 15e rapport, intitulé « Plus jamais invisibles. Les expériences des vétéranes canadiennes ». Ce rapport est issu de la plus vaste étude jamais menée par le comité. Près d'une centaine de personnes ont témoigné au cours de 23 séances, et, dans ce rapport, adopté par la Chambre, la recommandation no 40 du comité stipule:
Que le ministère de la Défense nationale, conformément aux nombreuses recommandations formulées dans la foulée des rapports Deschamps, Fish et Arbour, mette en place un système de dépôt des plaintes extérieur à la chaîne de commandement militaire, mette à la disposition des victimes de traumatismes sexuels militaires des ressources juridiques confidentielles et sécuritaires, et transfère aux autorités civiles la compétence d'enquêter sur les inconduites sexuelles et d'en poursuivre les auteurs.
Je tiens à souligner que nous réalisons également des progrès importants concernant bon nombre des autres recommandations, dans le cadre de nos efforts plus larges en matière d'évolution culturelle. Par exemple, dans le rapport de l'examen externe indépendant et complet, la juge Arbour a formulé 48 recommandations portant sur tous les aspects, du recrutement à la formation en passant par la supervision. Je suis très fière de pouvoir affirmer qu'à ce jour, nous avons mis en œuvre 47 de ces 48 recommandations.
En ce qui concerne les première et deuxième recommandations de Mme Arbour, nous avons réalisé des progrès en renforçant notre approche face à l'inconduite sexuelle grâce à une clarification de l'ensemble des termes et définitions, qui sont groupés en trois catégories: les écarts de conduite de nature sexuelle, le harcèlement sexuel et les agressions sexuelles. Cela nous permettra de mieux traiter chaque forme d'inconduite en recourant aux moyens juridiques, administratifs et disciplinaires appropriés.
[Français]
Les Forces armées canadiennes ont également adopté les définitions des termes « harcèlement » et « violence » telles qu'elles figurent dans le Code canadien du travail. Ce changement permet désormais à l'Équipe de la Défense d'adopter une approche unique pour traiter les cas de harcèlement et de violence en milieu de travail, applicable tant aux fonctionnaires qu'aux membres des Forces. Tous les incidents de harcèlement et de violence au sein de l'Équipe de la Défense seront gérés par le programme de prévention du harcèlement et de la violence dans le lieu de travail. Cette mesure répondait à la troisième recommandation de Mme Arbour.
[Traduction]
Nous avons également donné suite aux recommandations nos 7 et 9 du rapport de la juge Arbour en permettant aux membres des Forces armées canadiennes qui sont victimes d'inconduite sexuelle, de harcèlement sexuel, de crimes sexuels ou de toute autre forme de discrimination fondée sur le sexe ou le genre dans le cadre de leurs fonctions de s'adresser directement à la Commission canadienne des droits de la personne.
Comme de nombreux députés le savent, l'ancienne contrôleuse externe, Mme Jocelyne Therrien, a régulièrement rendu compte publiquement de nos progrès dans la mise en œuvre des recommandations, notamment en publiant six rapports d'étape semestriels au cours de son mandat. Son évaluation rigoureuse et objective de nos progrès a été essentielle pour orienter notre démarche, et nous la remercions pour son engagement, ses conseils et son dévouement.
En avril 2021, le ministère de la Défense nationale et les Forces armées canadiennes ont lancé une initiative d'envergure visant à aligner la culture du ministère et la conduite professionnelle de son personnel sur les valeurs fondamentales et les principes éthiques qui doivent caractériser une institution nationale. Depuis, nous avons pris des mesures concrètes pour transformer la culture et mettre en œuvre des changements concrets, notamment dans le but d'éliminer le racisme et la discrimination systémiques.
Cette démarche englobe de nombreuses responsabilités, dont l'élaboration de politiques et la mise en place de programmes pour mettre fin à l'inconduite systémique, l'amélioration des mécanismes de surveillance et de dénonciation des cas d'inconduite, et la supervision de l'établissement d'un cadre de conduite professionnelle et de culture organisationnelle destiné à combattre la discrimination, les comportements dommageables, les préjugés et les obstacles systémiques.
[Français]
Pour soutenir ces efforts, et comme nous l'avons réaffirmé dans le budget de 2024, nous investissons près de 1 milliard de dollars sur 20 ans afin d'accompagner ces changements au sein des Forces armées canadiennes et nous proposons des modifications à la Loi sur la défense nationale pour mettre en œuvre les recommandations clés visant à faire évoluer la culture organisationnelle.
Nous avons également lancé un plan de mise en œuvre complet destiné à orienter les efforts visant à donner suite aux différentes recommandations qui nous ont été formulées. Nous savons que le changement de culture est un processus graduel et, surtout, un processus qui se déroule étape par étape et qui prend du temps. Il exige un effort soutenu et continu. Il est essentiel au bien-être et à la préparation opérationnelle des Forces armées canadiennes.
Je tiens également à souligner que le changement de culture et l'amélioration des Forces armées canadiennes devraient être un objectif qui nous unit en tant que parlementaires, et non qui nous divise. L'amélioration et le renforcement des Forces armées canadiennes ne sont pas et ne devraient jamais être une question partisane.
[Traduction]
Nous continuons de prêter l'oreille aux membres de l'équipe de la Défense, aux intervenants externes, aux communautés et aux partenaires, et d'apprendre de leur expérience tandis que nous nous employons à créer un environnement de travail plus sécuritaire et inclusif. Nous faisons des progrès concrets, mais nous sommes conscients qu'il reste encore fort à faire. Nous devons donc veiller à ce que les victimes et les survivants d'inconduite sexuelle dans les Forces armées canadiennes obtiennent le soutien, les soins et les ressources dont ils ont besoin.
Conformément à la recommandation 14 de l'examen externe indépendant et complet de la juge Arbour, nous n'avons ménagé aucun effort pour fournir une série de mesures de soutien aux victimes et aux survivants. Ce travail est assuré en grande partie par le Centre de soutien et de ressources sur l'inconduite sexuelle. Le Centre, qui est indépendant de la chaîne de commandement, fournit des conseils spécialisés, des orientations et des recommandations au personnel des Forces armées canadiennes et de la Défense nationale sur toutes les questions liées à l'inconduite sexuelle. Sa ligne d'assistance 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, offre au personnel du soutien confidentiel, des renseignements sur les options disponibles, des conseils sur la façon d'aider les autres ainsi que de l'aiguillage vers des soins et des services.
Je tiens également à souligner que le Programme d'assistance juridique indépendante est un autre excellent moyen de soutenir les victimes. Il offre une aide juridique gratuite et confidentielle, y compris des renseignements et des conseils juridiques concernant les incidents d'inconduite sexuelle qui sont survenus dans un contexte lié au ministère de la Défense nationale et aux Forces armées canadiennes. Il offre également une représentation juridique dans certaines procédures liées à des infractions sexuelles ou militaires, à la sécurité de la victime ou à sa participation au processus judiciaire. En offrant un soutien rapide et indépendant qui tient compte des traumatismes, le programme joue un rôle essentiel dans l'élargissement de l'accès à la justice et des choix pour les personnes concernées.
Il est important de noter que des progrès importants et des changements concrets ont été réalisés depuis 2021. Cela tient précisément au fait que la directive intérimaire concernant la mis en œuvre de la recommandation provisoire no 5 de la juge Arbour reste en vigueur jusqu'à l'adoption d'un projet de loi par la Chambre. Comme la juge Arbour l'a elle-même reconnu dans son rapport, la décision de retirer la compétence concurrente en modifiant la Loi sur la défense nationale prendra plusieurs années à mettre en œuvre.
Depuis 2021, le travail sur l'évolution de la culture au sein des Forces armées canadiennes se poursuit, et nous avons mis en œuvre 47 des 48 recommandations de la juge Arbour. Bloquer la recommandation no 5 de la juge Arbour réduirait à néant les progrès réalisés au cours des cinq dernières années.
Je termine en rappelant aux députés que la mise en œuvre d'un changement de culture est non seulement la bonne chose à faire, mais aussi un élément essentiel de nos besoins opérationnels. Il ne s'agit pas d'une question partisane. La force de notre sécurité nationale dépend de celle de nos citoyens. Nos forces méritent de travailler dans un milieu de travail moderne, transparent et digne de confiance du XXIe siècle où elles peuvent s'épanouir.
C'est précisément pour cette raison que nous avons présenté le projet de loi , qui vise à inscrire dans la loi les principales recommandations des juges Arbour et Fish. La cinquième recommandation de la juge Arbour demande de retirer aux Forces armées canadiennes la compétence d'enquêter sur les infractions sexuelles prévues au Code criminel et d'engager des poursuites à cet égard. Cette mesure est également conforme à la recommandation 40 du comité des anciens combattants. Après avoir entendu près de 100 témoins, les parlementaires qui siègent à ce comité ont convenu que c'était la bonne chose à faire.
En 2021, après la réception du rapport de la juge Arbour, nous avons promis aux Canadiens et aux membres des Forces armées canadiennes que nous mettrions en œuvre cette recommandation cruciale. Avec le projet de loi , nous tenons notre promesse.
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Monsieur le Président, il est toujours important que je puisse participer à ce genre de débats. D'abord et avant tout, je tiens à remercier les femmes et les hommes courageux qui servent dans les Forces armées canadiennes et la Garde côtière canadienne et qui risquent leur vie tous les jours pour assurer notre sécurité ici, au pays, ainsi que la sécurité de nos frontières.
On dit souvent qu'une armée forte assure la prospérité économique d'un pays. De la même manière, un pays prospère renforce sa sécurité et sa défense nationales. C'est pourquoi nous devons continuer à soutenir les membres des forces armées dans tout ce qu'ils font.
Nous avons travaillé très fort sur le projet de loi au cours de la dernière année. En tant que ministre du cabinet fantôme pour la défense nationale, c'est une question qui me tient à cœur, car il s'agit de défendre les personnes qui ont servi ou qui servent actuellement et qui ont été victimes d'inconduite sexuelle ou d'agression sexuelle. Personne ne devrait avoir à travailler dans un environnement où le danger provient de ses propres collègues. Un environnement de travail n'est pas sûr lorsqu'il faut composer avec des personnes agressives qui se livrent à des inconduites sexuelles.
Nous pensons aux femmes et aux hommes courageux qui servent notre pays et qui ont choisi d'accomplir l'une des missions les plus dangereuses qui soient: protéger notre grand pays. Pourtant, au lieu de se concentrer sur l'ennemi, certains doivent affronter des camarades soldats, aviateurs ou marins qui commettent des inconduites sexuelles. Nous devons y mettre fin.
Je tiens à dire aux députés que je suis très déçu de constater que le gouvernement libéral n'écoute ni ceux qui servent, ni les personnes survivantes, ni les anciens combattants, ni les services de police de tout le pays, qui ont tous dit que nous devons veiller à ce que l'autonomie des victimes soit protégée et à ce que les victimes puissent choisir le système dans lequel leurs affaires seront entendues, qu'il s'agisse du système de justice militaire ou du système de justice civile.
Le gouvernement libéral a misé sur des mesures tape-à-l'oeil plutôt que pragmatiques. Au lieu de suivre les conseils des anciens combattants, de ceux qui appliquent la justice militaire au sein des Forces armées canadiennes, des services de police, des avocats et des experts en justice militaire, les libéraux continuent de se réfugier derrière le rapport Arbour.
Le gouvernement a préféré faire preuve d'opportunisme politique plutôt que d'instaurer, au sein de l'armée, un mécanisme qui fonctionne pour tout le monde, et pas seulement pour une poignée de hauts responsables des Forces armées canadiennes qui cherchent simplement à balayer le problème sous le tapis. Les libéraux essaient de se défiler au lieu de prendre leurs responsabilités.
Dans le cadre de l'étude du projet de loi en comité, nous avons entendu les témoignages d'un très grand nombre de victimes. Nous nous sommes inspirés de leur raisonnement pour rédiger les amendements que nous avons proposés à l'étape du rapport et que le comité a appuyés. Je crains que les libéraux ne traumatisent à nouveau ces victimes en faisant fi de ce conseil et des témoignages courageux que le comité a entendus.
Ça me brise le cœur de savoir que ces êtres courageux ont accepté de venir témoigner et de raconter les agressions et les inconduites sexuelles qu'ils ont subies, parfois à de nombreuses reprises au cours de leur carrière. Le fait que le ait rejeté cette question du revers de la main à l'étape du rapport prouve que le gouvernement ne tient pas compte des personnes touchées.
En réalité, compte tenu de ce que prévoit le projet de loi , en particulier à ce stade-ci, à la troisième lecture, tous les cas d'inconduites et d'agressions sexuelles seront transférés au système de justice civile. Dans ce système, les critères permettant qu'une affaire soit portée devant les tribunaux et mène à une condamnation sont plus stricts.
Cela signifie qu'un plus grand nombre d'auteurs d'agressions et d'inconduites sexuelles dans les Forces armées canadiennes seront libérés. Avec le projet de loi les agresseurs n'auront plus à répondre de leurs actes; il ne sera plus possible de les poursuivre pour les juger en cour martiale ou de leur infliger des sanctions. Si on retire ce pouvoir à l'armée, les personnes accusées d'inconduite sexuelle n'auront pas à répondre de leurs actes, qu'ils soient graves ou mineurs. Cela signifie aussi qu'il n'y aura pas de justice pour les victimes d'agression sexuelle au sein des Forces armées canadiennes.
Maintenant qu'ils disposent d'une majorité usurpée, les libéraux ont décidé de fouler aux pieds le Parlement et les comités et de rejeter tout le travail que nous avons accompli. Nous avons travaillé de façon non partisane pour présenter des amendements très raisonnables au projet de loi , afin que celui-ci réponde aux besoins des militaires en service qui ont été victimes d'inconduite sexuelle. Nous souhaitons pouvoir utiliser tous les outils qui sont disponibles au sein des Forces armées canadiennes et à l'extérieur de celles-ci.
Au lieu, les libéraux ont décidé de restreindre la portée du projet de loi et d'en faire une mesure qui prive les victimes d'inconduite sexuelle de la justice qu'elles réclament. Ils abusent de leur majorité acquise de manière contestable et ils vont jusqu'à ignorer les conseils des députés libéraux qui siégeaient au comité de la défense nationale et qui ont contribué à la rédaction de nombreux amendements vidés de leur substance à l'étape du rapport.
Voilà pourquoi les conservateurs ne soutiendront pas le projet de loi à l'étape de la troisième lecture. C'est une gifle pour les membres des Forces armées canadiennes. Ce projet de loi ne tient pas compte des avis émis par la grande prévôt, le directeur des poursuites militaires et le directeur du service d'avocats de la défense, qui ont déclaré qu'ils étaient en mesure de s'acquitter de leur tâche et qu'ils s'étaient adaptés depuis la mise en œuvre d'un grand nombre des recommandations du rapport Arbour. Ils ont amélioré leurs compétences et leurs procédures pour mener des enquêtes, engager des poursuites et demander des comptes au sein des Forces armées canadiennes.
D'ailleurs, le système militaire trancherait toujours dans le cas des membres des Forces armées canadiennes qui sont à l'étranger. Le système de justice militaire des Forces armées canadiennes et le juge-avocat général demeureraient les autorités compétentes pour les infractions d'inconduite sexuelle et d'agression sexuelle prévues dans le Code criminel. Que la personne soit stationnée en Lettonie, en Angleterre ou au Koweït, la procédure serait la même. Quel que soit l'endroit où nos forces sont déployées, leurs membres seront toujours soumis à la justice militaire, sauf lorsqu'ils sont au Canada. Au Canada, l'approche proposée enlève une option aux militaires et aux victimes qui veulent pouvoir choisir.
Je dois dire à quel point il est important de pouvoir choisir. Il s'agit de faire le nécessaire pour que les victimes conservent leur libre arbitre et leur droit de choisir le système qui leur convient le mieux. Nous savons que les choses ont changé depuis que la juge Arbour a tenu ses réunions et ses audiences avec des membres des Forces armées canadiennes. C'était il y a sept ans, et les forces armées se sont adaptées depuis. Des organismes ont été mis en place.
Examinons certains témoignages.
Hélène Le Scelleur a comparu devant le comité à quelques occasions au fil des dernières années. Voici ce qu'elle a dit:
[U]n survivant doit en tout temps avoir le droit de choisir entre un tribunal civil ou militaire, peu importe où il se trouve et quel que soit son grade. Un choix, ce n'est pas une procédure: c'est la liberté. C'est se libérer de son agresseur; c'est se libérer du silence où les institutions nous enferment.
Je tiens à préciser sans détour que même si les victimes avaient la possibilité de choisir, aucune des deux options ne suffit à elle seule: le régime militaire maîtrise le contexte opérationnel, alors que le régime civil garantit indépendance et encadrement.
Nous voulons établir l'équilibre, alors que le gouvernement veut le détruire.
Lors d'une autre séance de comité, il y a quelques semaines, nous avons parlé de l'importance d'avoir le choix dans les cas où une personne se trouve dans une région où l'on parle l'autre langue officielle. Cette francophone bilingue du Québec a dit:
[...] quand on traite de sujets très précis liés à un traumatisme ou à des questions délicates, je ne pense pas que je le ferais dans ma langue seconde, car quand on est vulnérable, on n'a pas accès à tout le vocabulaire dont on disposerait normalement. Je préférerais avoir la possibilité de choisir la voie militaire afin de bénéficier à coup sûr de services en français, contrairement à l'exemple que vous avez donné, qui consiste à rester en Alberta et à y voir mon dossier traité alors que je viens du Québec.
Elle a ajouté qu'elle ne serait pas en mesure d'obtenir le soutien de haut niveau en français dont elle aurait besoin pour passer par le système de justice civile de l'Alberta.
La brigadière-générale Hanrahan, qui est la grande prévôt des Forces canadiennes ainsi que la responsable de la police militaire et des Services nationaux d'enquêtes, a dit: « À tout moment du processus où la compétence est partagée [...] », ce qui signifie à la fois disposer du système de justice militaire et avoir accès au système de justice civile, « [...] il est possible de modifier le choix [...] La compétence concurrente nous permet, du point de vue de l'enquête et de la poursuite, de travailler avec la victime pour l'aider à faire ces choix à tout moment du processus. »
Dans son mémoire au comité de la défense nationale, l'Association canadienne des chefs de police a écrit ceci au sujet des dispositions du projet de loi C‑11:
Les dispositions proposées dans le projet de loi C‑11 priveraient les victimes et les survivants de la possibilité d'exprimer leur préférence quant à la manière dont leur plainte pourrait être enquêtée. Cette approche s'écarte des principes axés sur les victimes et tenant compte des traumatismes qui sous-tendent les pratiques exemplaires de la police.
Tout cela est d'autant plus regrettable que le gouvernement ne met aucune ressource supplémentaire à la disposition des forces de police locales, qui seront désormais chargées d'enquêter sur ces cas supplémentaires dans les bases, alors que nos bases militaires, elles, sont déjà organisées pour les traiter. Le gouvernement ne donne pas non plus de ressources supplémentaires aux systèmes de justice provinciaux, de sorte que les tribunaux ne seront pas en mesure de faire face à l'afflux de cas qui pourraient leur être soumis. Or, c'est connu: si l'on dépasse les délais fixés par l'arrêt Jordan, des victimes seront privées de justice. Nous savons donc qu'à cause de l'engorgement actuel des tribunaux civils à l'échelle du pays, provoqué par la pénurie de juges et de procureurs ainsi que le manque de disponibilité des tribunaux, bon nombre de ces affaires seront abandonnées.
Nous savons aussi que si les cas d'inconduite sexuelle mineure actuellement traités dans les Forces armées canadiennes étaient transférés au système civil, les procureurs n'y donneraient pas suite s'ils ne pensaient pas obtenir gain de cause devant un juge. C'est pourquoi, je le répète, il faut laisser le choix aux victimes et aux anciens combattants.
Le colonel Bruce MacGregor, ancien directeur des poursuites militaires, a déclaré ceci: « Priver une victime informée de son choix est paternaliste. Cela revient à priver davantage de ses droits une victime qui a déjà été rendue impuissante par l'auteur des faits. »
C'est exactement ce que fait le projet de loi : il donne le pouvoir à l'auteur des faits, au détriment de la victime. C'est révoltant.
Je dois dire que nous avons entendu de nombreux experts militaires, dont des professeurs, d'anciens membres des forces armées et des professeurs qui ont déjà servi dans l'armée. Il s'agit de professeurs de droit, de capitaines dans les Forces armées canadiennes, de majors et d'officiers d'un grade supérieur. Afton David en fait partie. Elle a dit ce qui suit:
À mon avis, toutes les victimes devraient avoir le choix [...] compte tenu des protections et des droits fondamentaux dont doivent bénéficier aussi bien l'accusé que la victime au sein du système de justice militaire, je pense que nous devrions tout au moins lui donner la chance de traiter tous les niveaux d'inconduite sexuelle.
Tous ces changements ont été apportés au sein des Forces armées canadiennes, mais les libéraux veulent faire table rase.
Nous avons parlé du système civil. Nous avons entendu des juristes de tout le pays. Le Barreau du Québec a affirmé « qu'il serait opportun de les résoudre en modifiant le projet de loi de manière à laisser le choix à la personne victime de décider quel régime lui convient le mieux, eu égard aux circonstances propres à sa situation ».
Nous ne devrions pas agir sans discernement en cherchant à faire passer toutes les affaires par le système civil. Il faut que les infractions mineures soient traitées au sein du système de justice militaire afin que des mesures appropriées puissent être prises, que le code de discipline militaire soit respecté et, au bout du compte, que justice soit rendue, aussi bien s'il s'agit d'une inconduite sexuelle mineure, d'attouchements inappropriés, de propos déplacés ou d'autres faits de ce genre, que d'un un viol à proprement parler.
Une des choses que l'Association canadienne des chefs de police a dites et que nous devons prendre en considération, c'est qu'elle « recommande fortement le maintien de la jurisdiction concurrente ». Elle a également précisé ce qui suit: « Les dispositions proposées dans le projet de loi entraveraient considérablement la collaboration entre les services de police civils et la Police militaire des Forces armées canadiennes. »
Si nous examinons le libellé du projet de loi , plus particulièrement l'article 7, nous constatons qu'il enlèverait aux forces armées le pouvoir de mener leurs propres enquêtes. Si tous les éléments de preuve se trouvaient à la base ou à un site d'entraînement, la police militaire ne pourrait pas les collecter. Elle devrait attendre que des représentants de la GRC, de la Police provinciale de l'Ontario, de la Sûreté du Québec ou du service de police municipal arrivent sur place pour commencer à prendre les déclarations des témoins et à recueillir tous les éléments de preuve. Comment les choses se passeront-elles durant les exercices d'entraînement dans le cadre de l'opération Nanook, dans l'Extrême-Arctique? Comment la police se rendra-t-elle sur place rapidement? La police militaire accompagne toujours nos forces, peu importe où elles se trouvent.
Nous souhaitons veiller à ce qu'il y ait une reddition de comptes en tout temps, et j'aimerais en parler brièvement. La Dre Karen Breeck est une vétérane à la retraite qui a travaillé avec des membres de la communauté des vétérans ayant subi des traumatismes sexuels en milieu militaire. Elle dit: « […] le projet de loi supprime le choix. Rendre obligatoire le transfert des 28 infractions sexuelles répertoriées, quelle que soit leur gravité, n'est pas une approche centrée sur la personne. Cela se traduira par une réduction du nombre de signalements. Beaucoup préféreraient une résolution militaire interne rapide, en particulier pour les cas à faible risque. »
Jessica Miller, une survivante, a écrit: « Le transfert de compétence risque de réduire la responsabilisation, d'affaiblir la discipline, de faire baisser les taux de condamnation et de ne pas rendre justice aux survivantes, tout en [permettant à la chaîne de commandement des Forces armées canadiennes de s'en laver les mains]. »
Il est important de souligner que le système civil participe déjà au processus puisque, il y a quatre ans, le ministre a donné au directeur des poursuites militaires la directive de commencer à intenter des poursuites concernant tous les cas d'inconduite sexuelle alléguée dans le système civil. Nous avons donc quatre années de données, et elles montrent que cette expérience ne sert pas les intérêts des victimes. Il suffit de penser à certaines affaires très médiatisées qui ont été portées devant les tribunaux mais ont ensuite été abandonnées à cause d'un manque de preuves ou parce qu'elles ne répondaient pas aux critères fixés pour les poursuites.
Je cite maintenant Afton David, qui a dit ceci: « Le projet de loi annule effectivement la compétence [issue] du code de discipline militaire sur les infractions sexuelles prévues au Code criminel qui sont commises au Canada, plutôt que de transférer cette compétence. Cette décision risque de transférer la responsabilité au système civil sans résoudre les causes systémiques qui sont à l'origine de la perte de confiance dans la justice militaire. »
C'est un problème. La confiance continuera de s'effriter. Nous risquons de maintenir une situation où tous ces dossiers seront soustraits aux forces armées. Une telle approche affaiblira le leadership et incitera les dirigeants à détourner le regard devant les cas d'inconduite sexuelle au sein des Forces armées canadiennes, sous prétexte que le système civil s'en chargera.
Il reste tellement à faire si nous voulons vraiment améliorer la situation. Rory Fowler a dit que « [si] nous voulons que les hauts dirigeants des Forces canadiennes veillent à ce que tous les militaires soient traités équitablement, qu'ils soient écoutés et qu'ils aient voix au chapitre, il faut leur donner les moyens dont ils ont besoin. Et, s'ils n'utilisent pas ces moyens, il faut les tenir responsables, et ce, jusqu'au ministre de la Défense nationale. »
Il a ajouté: « on ne peut pas prescrire dans une loi un bon leadership et un changement de culture. Ce que l'on peut faire, c'est adopter une loi qui permet d'obliger les dirigeants à rendre des comptes. »
Le projet de loi ne ferait rien de tout cela. Les dirigeants continueraient de se renvoyer la balle.
Nous avons soulevé des inquiétudes quant à la possibilité qu'il y ait eu ingérence politique dans ce projet de loi et qu'il ait été présenté par opportunisme politique. J'ajoute que le projet de loi contenait une disposition de caducité, et j'ai interrogé la à ce sujet. C'était l'article 70.3. Nous avons ajouté cinq alinéas, qui ont été acceptés à l'unanimité par le comité. La disposition de caducité est importante, mais le gouvernement l'a malheureusement retirée.
Étant donné que nous nous opposons au projet de loi, je propose:
Que la motion soit modifiée par substitution, aux mots suivant le mot « Que », de ce qui suit:
« le projet de loi C‑11, Loi modifiant la Loi sur la défense nationale et d'autres lois, ne soit pas maintenant lu une troisième fois, mais qu'il soit renvoyé de nouveau au Comité permanent de la défense nationale afin que celui-ci réexamine les articles 7 à 9, 15, 17, 40, 60 et 61 en vue de modifier le projet de loi de sorte qu'il reflète mieux les témoignages faits devant le Comité par les survivantes d'agressions sexuelles dans l'armée et les experts de la justice militaire. »