La Chambre reprend l'étude, interrompue le 8 octobre, de la motion portant que le , soit lu pour la deuxième fois et renvoyé à un comité.
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Monsieur le Président, je prends la parole aujourd'hui pour appuyer le projet de loi . Cette mesure législative importante renforce la Loi sur la défense nationale, modernise le système de justice militaire et, surtout, elle fait des droits, de la sécurité et de la dignité des survivants d'inconduite sexuelle une priorité au sein des Forces armées canadiennes.
Le projet de loi représente une autre étape décisive qui s'inscrit dans les efforts du gouvernement visant à rétablir la confiance au sein des forces armées et à faire en sorte que les personnes qui servent notre pays puissent le faire dans un environnement sûr, respectueux et exempt de harcèlement ou de discrimination.
Nous exigeons beaucoup des hommes et des femmes qui portent l'uniforme. Ils sont là pour nous en temps de crise, prêts à intervenir en cas de catastrophes naturelles, à prêter main-forte aux missions de maintien de la paix à l'étranger ou à défendre le Canada. Il est de notre devoir d'être là pour eux également, de veiller à les protéger, non seulement contre les menaces externes, mais aussi contre les préjudices dans leurs propres rangs.
Le projet de loi tient compte des survivants et des appels au changement en donnant suite à la recommandation n o 5 du rapport de l'ancienne juge de la Cour suprême Louise Arbour, ainsi qu'à huit recommandations des rapports de l'ancien juge Morris Fish.
Ce projet de loi inscrirait dans la loi ce qui est déjà mis en pratique depuis 2021, à savoir que les Forces armées canadiennes n'ont plus compétence en matière d'infractions sexuelles visées par le Code criminel et commises au Canada. Dorénavant, ces infractions feront l'objet d'enquêtes et de poursuites exclusivement par les autorités civiles.
Il s'agit d'un changement clair et nécessaire. Le projet de loi offrirait aux victimes la clarté et l'équité dont elles ont besoin et la certitude que leur cas sera traité en dehors de la chaîne de commandement. Il contribuerait également au traitement cohérent et transparent des infractions sexuelles en harmonisant les procédures militaires avec le Code criminel et le système de justice civile.
Le projet de loi établirait également un poste d'agent de liaison de la victime pour soutenir les survivants tout au long de ce processus, peu importe la province ou le territoire. Il renforcerait l'indépendance des principaux intervenants de la justice au sein du système militaire afin de prévenir les conflits d'intérêts réels ou perçus.
Après voir vu le leadership des survivants et des défenseurs des droits des victimes, je tiens à prendre un moment pour souligner les efforts extraordinaires qui sont déployés dans ma province, la Nouvelle‑Écosse, pour faire avancer la justice pour les survivants de violence sexuelle. La Nouvelle‑Écosse est devenue un chef de file national dans la lutte contre l'utilisation abusive des accords de non-divulgation. Grâce aux efforts inlassables des survivants et de ces militants, notre province a reconnu que les accords de non-divulgation ont trop souvent été utilisés pour réduire au silence les victimes d'agression sexuelle, de harcèlement et d'inconduite sexuelle, tant dans la vie quotidienne que dans leur travail.
Grâce à un leadership législatif fort et à des efforts communautaires, la Nouvelle‑Écosse a pris des mesures audacieuses en mettant fin aux accords de non-divulgation qui empêchent les survivants d'exprimer leur vérité. Ce mouvement est fondé sur la compassion, l'équité et la conviction que la justice ne doit jamais reposer sur le silence. C'est le courage des survivants, dont beaucoup sont issus de la communauté militaire, qui nous a menés là où nous en sommes aujourd'hui. Leurs voix ont redéfini notre conception de la responsabilité et de la transparence, non seulement dans le monde civil, mais aussi au sein d'institutions qui ont toujours eu du mal à faire face à leur propre culture d'inconduite.
Quant à l'importance de donner suite à toutes ces recommandations, même si le projet de loi représente un réel progrès, nous devons également le voir comme un engagement plus large à mettre en œuvre les 48 recommandations de la juge Arbour et les recommandations du juge Fish. Nous ne pouvons pas nous contenter de mesures partielles.
La mise en œuvre de toutes les recommandations est essentielle à la mise en place d'une culture de changement durable au sein des Forces armées canadiennes. Pour y parvenir, il faut, entre autres, lutter contre la discrimination systémique, responsabiliser davantage les dirigeants, améliorer les systèmes de soutien pour les victimes et faire en sorte que la diversité et l'inclusion soient intégrées à tous les niveaux de l'institution. Le gouvernement a déjà donné suite à une vingtaine des recommandations de la juge Arbour, et nous sommes en voie de toutes les mettre en œuvre. À mesure que nous progressons, nous devons également veiller à ce que les survivants continuent d'être au cœur de chaque politique, de chaque décision et de chaque réforme.
Nous avons besoin d'une culture de respect et de confiance. Changer la culture prend du temps et il faut commencer par prendre des mesures décisives. Il faut d'abord remplacer le silence par de la transparence, mettre l'accent sur la protection des personnes plutôt que sur la protection des institutions, et prouver notre engagement envers la justice et l'égalité en passant des beaux discours à l'adoption de projets de loi en ce sens. Le projet de loi vise à rétablir la certitude que les victimes seront entendues, que justice sera rendue et que nul n'est au-dessus de la loi. Il vise à garantir l'indépendance, à garantir que les intervenants de la justice militaire sont dégagés de l'influence des structures de commandement et à garantir aux survivants que le système va servir leurs intérêts et non sa propre réputation.
En terminant, je tiens à souligner la force et la résilience des survivants des Forces armées canadiennes et de l'ensemble du pays. Ils exigent que les choses s'améliorent. C'est leur courage qui a déclenché ce changement. En tant que législateurs, nous avons le devoir d'honorer ce courage en prenant des mesures concrètes. C'est exactement ce que ferait le projet de loi . Soyons clairs: même si nous adoptons le projet de loi, le travail ne sera pas terminé. Le projet de loi n'est qu'une étape de plus en vue de créer une culture militaire fondée sur la dignité, l'équité et le respect, une culture qui reflète les valeurs du pays que les militaires ont fait le serment de défendre. Comme en témoigne le leadership dont les Néo‑Écossais ont fait preuve en mettant fin aux accords de non-divulgation, le progrès est possible lorsque nous écoutons, lorsque nous agissons et lorsque nous refusons d'accepter que le silence soit le prix à payer pour maintenir la paix.
Je suis fière d'appuyer le projet de loi . J'invite tous les députés, quel que soit leur parti, à faire de même pour les femmes et les hommes qui servent notre pays, pour les survivants qui ont osé parler et pour un avenir où tous les membres des Forces armées canadiennes serviront avec fierté, en toute sécurité et dans la dignité.
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Monsieur le Président, le occupe son poste depuis peu. Il a hérité du gâchis laissé par ses prédécesseurs et il tente maintenant de corriger une décennie de mauvaise gestion et de négligence libérales.
Ce qu'il dit en parlant du projet de loi est tout à fait juste. Je suis sûr qu'il était sincère quand il a déclaré ceci:
Le système de justice militaire du Canada doit refléter les valeurs d'équité, de responsabilité et de respect auxquelles s'attend la population canadienne. En déposant ce projet de loi, nous donnons suite aux recommandations qu'ont formulées les anciens juges de la Cour suprême du Canada, Mme Arbour et M. Fish, et nous prenons des mesures concrètes pour renforcer la confiance envers les Forces armées canadiennes. Ces réformes contribueront à garantir que tous les militaires servent dans un cadre sécuritaire, inclusif et respectueux qui instaure les normes les plus rigoureuses en matière d'intégrité, renforce l'efficacité opérationnelle et salue l'engagement des gens qui revêtent l'uniforme militaire pour servir le Canada.
Après avoir entendu le ministre tenir des propos aussi audacieux, nous avons été pour le moins déçus de lire dans l'Ottawa Citizen que Patrick White, l'officier de marine qui a dénoncé un présumé délinquant sexuel en série de la Marine canadienne dont les crimes ont été ignorés par les dirigeants militaires, est libéré de la Réserve navale contre son gré. Apparemment, il n'y a pas de place pour lui au sein de la marine, alors que l'agresseur présumé, lui, continue d'en faire partie.
Quel message cela envoie-t-il aux membres de nos forces armées et à la population canadienne? Le lanceur d'alerte est expulsé des forces armées, tandis qu'une personne visée par des allégations criminelles continue de faire comme si de rien n'était.
La question n'est pas de savoir quel tribunal et quelles autorités doivent s'occuper des accusations d'agression sexuelle impliquant des militaires, ce qui est l'objet de ce projet de loi. Le problème, c'est qu'il semble que les responsables de la justice militaire et leurs supérieurs ne voient rien de mal au statu quo. Si aucune accusation n'est portée, à quoi bon savoir quel tribunal a la compétence?
Cela s'inscrit dans une tendance inquiétante de la part des libéraux dans ce dossier. Dissimuler de l'information sur les actes répréhensibles et éviter de faire preuve de transparence semble être la norme. Par exemple, en 2021, le premier ministre de l'époque et son ministre de la Défense ont continuellement dissimulé des renseignements sur les inconduites sexuelles dans les Forces armées canadiennes et se sont donné beaucoup de mal pour bloquer des enquêtes et cacher la vérité aux Canadiens. L'ancien premier ministre a orchestré une opération de dissimulation pour cacher le fait que sa principale collaboratrice et son ministre de la Défense avaient une connaissance directe des allégations d'inconduite sexuelle portées contre le chef d'état-major de la défense de l'époque. Lorsque le comité de la défense nationale s'est penché sur l'inconduite sexuelle, en 2021, les libéraux ont fait de l'obstruction pendant des semaines, puis ils ont déclenché des élections avant que le comité ne soit en mesure de produire un rapport. Voilà un exemple du manque de transparence des libéraux dans ce dossier, et c'est un problème qu'on ne peut pas régler simplement en apportant un changement au système de justice.
Le gouvernement libéral a eu 10 ans pour s'attaquer à l'inconduite sexuelle dans l'armée. En 2015, la juge Marie Deschamps a publié son rapport, intitulé « Examen externe sur l'inconduite sexuelle et le harcèlement sexuel dans les Forces armées canadiennes ». L'ancien ministre libéral de la Défense nationale avait ce rapport sur son bureau lorsqu'il a été assermenté. A-t-il agi? De toute évidence, il ne l'a pas fait. Les libéraux ont ignoré le problème pendant cinq ans, puis ils ont demandé un autre rapport. Ensuite, pour être sûrs, ils en ont demandé un troisième un an plus tard.
Quand les victimes de militaires leur ayant fait subir un traumatisme sexuel obtiendront-elles la justice qu'elles méritent? Le gouvernement conservateur précédent a pris des mesures importantes pour protéger les Canadiens et défendre les victimes d'actes criminels. Nous comprenons que la priorité absolue de tout gouvernement doit être d'assurer la sécurité de ses citoyens. C'est une responsabilité que le gouvernement conservateur précédent prenait très au sérieux. Il est important pour nous de remettre les droits des victimes au cœur du système de justice pénale. Défendre les victimes signifie qu'on s'emploie à leur permettre de mieux se faire entendre dans le système de justice et qu'on les traite avec courtoisie, compassion et respect, comme elles le méritent, à toutes les étapes du processus de justice pénale.
Le fait qu'un dénonciateur se fasse dire qu'il n'a pas sa place dans les forces armées alors que le criminel présumé garde son emploi porte à croire que le système militaire de justice pénale, loin de servir la justice, protège en fait les droits des criminels plutôt que de soutenir les victimes. On ne s'étonnera pas qu'il y ait une crise au sein des forces armées. Ce n'est pas que l'équipement désuet et inadéquat. Ce n'est pas que le manque de vision. C'est le sentiment qu'on ne peut pas avoir l'assurance que les responsables — les politiciens libéraux et les hauts gradés — feront ce qu'il faut pour le bien des hommes et des femmes qui servent dans les forces armées. On ne leur fait pas confiance pour faire ce qui est juste lorsqu'ils prennent connaissance d'allégations criminelles graves. On ne s'étonnera pas que l'enrôlement soit en baisse ni que le recrutement stagne. Qui entrerait de son propre gré dans ce qui semble être un milieu de travail toxique?
Je dois admettre avec tristesse que je doute de la capacité du gouvernement libéral pour ce qui est de rendre justice aux personnes qui ont été agressées sexuellement pendant qu'elles étaient dans les forces armées. J'espère sincèrement que le projet de loi à l'étude n'est pas seulement pour les libéraux une façon de faire étalage de leur vertu. J'espère constater un changement d'attitude à l'égard des agressions sexuelles et une volonté de voir les poursuites judiciaires se dérouler rapidement et équitablement. Il faudra peut-être du temps pour changer la culture et rendre ces crimes inacceptables, mais ce changement de culture suppose notamment de montrer que les comportements de ce genre ne seront plus tolérés par les dirigeants à tous les échelons des Forces armées canadiennes.
Si le transfert de la compétence en matière d'agression sexuelle des autorités militaires aux autorités civiles entraîne une amélioration de l'administration de la justice au Canada, alors ce projet de loi mérite d'être appuyé, à mon avis. Je me demande toutefois si on a la certitude que ce sera effectivement le cas ou s'il y aura encore de la dissimulation. Au cours des dix dernières années, les libéraux ont fait preuve d'indulgence envers la criminalité. On a pu voir des délinquants violents obtenir une remise en liberté sous caution et récidiver à cause de la politique des libéraux. Pourquoi auraient-ils une attitude différente au sujet des agressions sexuelles dans les Forces armées canadiennes?
Les conservateurs estiment qu'il faut continuer de lutter contre les inconduites sexuelles, la discrimination, le racisme et les autres formes de harcèlement, car tous les militaires méritent un milieu de travail sûr et respectueux. Toutes les victimes d'inconduite sexuelle dans les forces armées méritent que justice soit faite dans des délais raisonnables. Ce projet de loi permettra-t-il d'atteindre ces objectifs?
Le dernier gouvernement conservateur a accepté l'ensemble des recommandations formulées dans le rapport Deschamps visant à éliminer toutes les formes de harcèlement sexuel au sein des Forces armées canadiennes. Après 10 longues années de gouvernement libéral et 2 autres rapports de juges de la Cour suprême, les dossiers des victimes d'inconduite sexuelle en milieu militaire ne sont toujours pas plus près d'être traités comme il se doit. Il y a des éléments du projet de loi qui ouvrent la porte à des possibilités d'ingérence politique et de nominations partisanes. Par exemple, le projet de loi prévoit d'accorder au ministre de la Défense nationale un pouvoir accru lui permettant d'établir des lignes directrices en matière de poursuites, et faire en sorte que le directeur des poursuites militaires, le directeur du service d'avocats de la défense et le grand prévôt soient nommés par le gouverneur en conseil.
Les conservateurs sont fiers des hommes et des femmes en uniforme qui servent le Canada et ils les appuient. Nous croyons que ces personnes méritent un milieu de travail sans harcèlement sexuel. Peut-être que ce projet de loi pourra être amélioré à l'étape de l'étude en comité. Peut-être que les libéraux peuvent nous convaincre qu'ils veulent sérieusement s'attaquer au problème des agressions sexuelles dans les Forces armées canadiennes. Espérons que, cette fois-ci, ils passeront à l'action au lieu de se contenter de nous dire qu'il y a un grave problème à régler.
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Monsieur le Président, j'interviens au sujet du projet de loi , Loi sur la modernisation du système de justice militaire. Pour résumer, le projet de loi modifierait la Loi sur la défense nationale en retirant du code de discipline militaire la compétence en matière d'enquêtes et de poursuites relatives aux infractions sexuelles pour la transférer aux autorités civiles, de manière exclusive, dans la mesure où les infractions en question sont présumées avoir été commises au Canada.
Le projet de loi mettrait en œuvre la recommandation no 5 du rapport de la juge Deschamps au sujet de son examen externe sur l'inconduite sexuelle et le harcèlement sexuel dans les Forces armées canadiennes. La recommandation no 5 est la seule qui nécessite une modification à la loi. Je souligne que le rapport de la juge Deschamps a été publié il y a des années, en mars 2015. Le gouvernement conservateur de Stephen Harper était au pouvoir à cette époque, et il s'était engagé à appliquer les 10 recommandations du rapport.
Bien sûr, peu après, il y a eu un changement de gouvernement. Les libéraux ont été élus, et rien n'a été fait. Il est assez ironique de voir les députés d'en face se féliciter d'avoir présenté ce projet de loi, car si celui-ci est effectivement la solution aux problèmes et aux défis très réels auxquels sont confrontées les Forces armées canadiennes pour traiter les allégations d'agression sexuelle et d'inconduite sexuelle, alors les libéraux ont beaucoup à se reprocher, car il leur a fallu dix ans au pouvoir avant d'enfin présenter ce projet de loi. Mais je m'éloigne du sujet.
En ce qui concerne la teneur du projet de loi, ce dernier transférerait aux autorités civiles la compétence en matière d'enquête et de poursuite dans les affaires liées à des infractions à caractère sexuel au sein des Forces armées canadiennes, alors que ces affaires tombent actuellement sous le coup du code de discipline militaire. À titre d'information, je dirai que le code de discipline militaire a pour objet de maintenir la discipline, l'efficacité et le moral des Forces armées canadiennes. Cette définition générale a été reconnue par la Cour suprême du Canada dans l'arrêt Généreux de 1992 et dans l'arrêt Stillman plus récent de 2019, et elle est énoncée à l'article 55 de la Loi sur la défense nationale.
Les conservateurs se rangent d'abord et avant tout du côté des victimes, et c'est pour cette raison que nous appuierons le projet de loi à l'étape de la deuxième lecture. Cela dit, je soutiens que le projet de loi mérite d'être examiné minutieusement par le comité. Le projet de loi fait essentiellement valoir que le code de discipline militaire et le système de justice militaire ne sont pas adaptés et qu'on ne peut pas leur faire confiance pour enquêter sur les agressions sexuelles et d'autres inconduites sexuelles. C'est l'essence du projet de loi, que le gouvernement le décrive de cette façon ou non.
Dans ce cas, il y a lieu de se demander ce qu'il en est des autres infractions graves. Après tout, le code de discipline militaire s'appliquerait à toutes les autres infractions criminelles au sein des Forces armées canadiennes. En effet, il continuerait de s'appliquer aux infractions de nature sexuelle qui auraient été commises à l'extérieur du Canada. Si la compétence concurrente du code de discipline militaire est répréhensible dans le cas des infractions sexuelles, ne devrait-elle pas l'être aussi dans le cas d'autres infractions?
Je dis cela en étant conscient de l'unicité des enquêtes et des poursuites entourant les cas d'agression sexuelle. J'en suis conscient, mais il y a lieu de se demander si le projet de loi est une approche fragmentée ou ponctuelle pour réformer le système de justice militaire plutôt qu'un ensemble complet de réformes mûrement réfléchies.
De plus, je demanderais quelles sont les preuves permettant d'affirmer que le simple renvoi de ces cas aux autorités civiles sert les intérêts des victimes. Je dis cela parce qu'une directive a été donnée au ministre de la Défense nationale en novembre 2021 pour commencer à renvoyer les affaires d'infractions sexuelles aux autorités civiles. Je veux savoir si cette directive a donné les résultats escomptés. Dans quelle mesure ces affaires font-elles l'objet de poursuites? Quel est le taux de condamnation? Comment les anciens cas d'agression sexuelle sont-ils traités maintenant qu'ils relèvent de la compétence des autorités civiles? Je crois comprendre qu'il y a eu quelques difficultés à cet égard.
J'aimerais aussi savoir combien de poursuites ont été suspendues en raison d'un arriéré très important dans notre système judiciaire, compte tenu de l'arrêt Jordan, qui impose un délai très strict entre le dépôt d'accusations et la conclusion d'un procès, faute de quoi il y a présomption de délai déraisonnable et suspension de l'instance. Je crois comprendre que cela a également posé des problèmes.
Nous devons obtenir des réponses à ces questions. Nous devons également mieux comprendre dans quelle mesure le projet de loi améliorerait le maintien de la discipline, de l'efficacité et du moral au sein des Forces armées canadiennes, dans un contexte où les enquêtes sur les agressions sexuelles et les inconduites sexuelles échapperaient largement à la chaîne de commandement et seraient transférées aux autorités civiles, sans qu'il y ait une chaîne de responsabilités claire. Quelle sera l'incidence de ces changements sur la façon dont les cas d'inconduite sexuelle sont traités? Auront-ils pour effet de rendre certaines victimes plus vulnérables? Ce sont là quelques-unes des nombreuses questions auxquelles il faut répondre.
Je sais que mes collègues conservateurs qui siègent au comité de la défense nationale ont hâte de travailler avec les députés de tous les partis et d'entendre le plus grand nombre de témoins possible, d'abord et avant tout des victimes d'agression sexuelle, mais aussi des acteurs du système de justice militaire, des membres des Forces armées canadiennes, des groupes de défense des droits des victimes, et cetera. Nous devons mener une étude approfondie pour examiner certains des facteurs complexes qui doivent être pris en compte dans ce projet de loi qui repose sur de bonnes intentions et dont j'appuie l'objectif.
Nous devons bien faire les choses, d'abord et avant tout pour les victimes d'agression sexuelle au sein des Forces armées canadiennes, qui méritent un milieu de travail sûr, et nous devons aussi veiller à ce que le maintien de la discipline, de l'efficacité et du moral au sein des Forces armées canadiennes soit amélioré.
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Monsieur le Président, c'est toujours un plaisir de prendre la parole au nom des habitants de Kamloops—Thompson—Nicola. Aujourd'hui est un jour particulièrement important. Non, ce n'est pas mon anniversaire ni celui de ma mère. C'est un jour que beaucoup d'entre nous attendaient avec impatience. Derrière moi se trouve l'autre député de Kamloops, le député de . C'est avec une immense fierté que je prends la parole dans cette enceinte.
Pour ceux qui ne le savent pas, j'étais procureur avant d'être élu député. Je sais que la plupart des gens l'ont souvent entendu. J'ai souvent mené des poursuites pour des infractions commises contre des enfants sur Internet. Le terme « pornographie juvénile » me répugnait. Les enfants ne peuvent pas donner leur consentement. Il s'agit d'abus sexuels. La pornographie met en scène des adultes consentants.
En 2021, lors de la campagne électorale, j'ai dit que mon premier objectif allait être de modifier ces dispositions législatives. En faisant du porte-à-porte, je disais aux gens que nous allions modifier ce terme. J'en ai parlé lors de mon premier discours à la Chambre. J'ai parlé d'un certain nombre d'autres choses, mais j'ai demandé à la Chambre d'apporter ce changement. J'ai rédigé le projet de loi avec mon collègue et ami, qui s'est chargé de le présenter. Il a parrainé le projet de loi et, ensemble, nous avons veillé à ce qu'il franchisse toutes les étapes à la Chambre des communes et au Sénat, et il a reçu la sanction royale le 10 octobre 2024, il y a un an aujourd'hui. Cela signifie que le terme « pornographie juvénile » ne fait plus partie du lexique juridique du Canada. Le nouveau terme désigne ce dont il s'agit réellement, c'est-à-dire du matériel d'abus et d'exploitation pédosexuels. J'en suis extrêmement fier aujourd'hui.
Avant de commencer mon discours, je tiens à rendre hommage à Walter Behnke, de Kamloops—Thompson—Nicola, une personne exceptionnelle qui a tant donné. Je suis reconnaissant de tout ce qu'il a fait. Je remercie Walter de ses immenses contributions à notre démocratie.
Je tiens également à saluer Daniel Martin et Karen Martin, deux personnes qui contribuent énormément à la vitalité de la démocratie dans Kamloops—Thompson—Nicola. Daniel est un ancien combattant de la marine, quelqu'un qui est profondément attaché au drapeau et à son pays et qui se soucie des autres. Il en va de même pour sa conjointe, Karen, qui — je le sais — offre bénévolement ses services en tant qu'avocate. On pense que les avocats ne sont là que pour faire de l'argent. En fait, elle a pris sa retraite alors qu'elle était encore relativement jeune et elle continue de venir en aide à de jeunes avocats. Elle continue de faire du bénévolat de toutes les façons possibles. Je les remercie de ce qu'ils font pour les habitants de Kamloops—Thompson—Nicola ainsi que pour leurs contributions extraordinaires et l'aide qu'ils m'apportent.
Nous parlons ici du projet de loi . Le projet de loi C‑11 concerne pour l'essentiel les infractions sexuelles dans les forces armées. Il comporte deux éléments que j'aimerais soulever dans le cadre du débat. Le premier est l'échec colossal concernant les infractions sexuelles, en particulier dans les forces, mais ce n'est en fait qu'un symptôme de l'énorme échec de l'actuel gouvernement libéral concernant les infractions sexuelles en général. L'autre question, dès lors, est de savoir ce que nous faisons de cela.
Au début de mon discours, j'ai parlé de mon expérience en matière de poursuites relatives à des infractions sexuelles contre des enfants. La plupart des infractions étaient commises sur Internet, mais j'ai également intenté des poursuites pour un certain nombre d'infractions sexuelles, et je dirai ceci: les victimes de traumatismes sexuels, quel que soit leur âge au moment des faits — mais surtout celles qui deviennent victimes à un jeune âge —, souffriront de séquelles psychologiques toute leur vie.
Ne nous y trompons pas. Les libéraux n'ont pas légiféré à ce sujet, et c'est de leur faute. Le gouvernement Harper a légiféré sur les crimes sexuels, les drogues et les armes à feu. Les libéraux ont abrogé les lois sur les armes à feu, comme on l'a vu avec le projet de loi . Les libéraux ont légiféré en matière de drogues, comme le prouve le recours accru aux ordonnances de sursis. Ils n'ont pas légiféré sur les crimes sexuels. Si les libéraux tiennent tant à leurs positions idéologiques, pourquoi ne s'attaquent-ils pas aux crimes sexuels?
Je m'emporte peut-être, mais s'il y a bien une chose qui mérite qu'on s'emporte, c'est le fait que chaque jour, des victimes vivent avec des démons qu'elles ne voient pas, mais qu'elles ressentent en elles. Elles portent le poids de cette infraction pernicieuse pour le reste de leur vie, en particulier les enfants, même si cela arrive aussi à des adultes. Pourtant, les libéraux n'ont pas légiféré à ce sujet. On peut encore commettre une infraction sexuelle contre un enfant et purger sa peine en détention à domicile.
Un vol qualifié, c'est s'emparer d'un bien par la force. La peine maximale est l'emprisonnement à perpétuité. Une agression sexuelle, c'est priver quelqu'un de sa dignité et de son consentement par la force. La peine maximale est de 10 ans. Si quelqu'un s'empare de l'innocence d'un enfant, c'est 14 ans, mais les gens n'ont pas à s'inquiéter: la détention à domicile est encore une option.
Lorsque je prends la parole à la Chambre pour parler du milieu militaire et des infractions sexuelles au sein des forces armées et lorsque je parle d'infractions sexuelles en général, je suis consterné par ce que nous avons fait ou plutôt par ce que nous n'avons pas fait. En réalité, c'est encore pire lorsque nous sommes au courant d'un problème et que nous restons les bras croisés au Parlement.
J'ai présenté le projet de loi , qui vise à permettre l'emprisonnement à perpétuité en cas d'infraction sexuelle et à juger la plupart des infractions sexuelles de manière comparable aux infractions contre les biens. Lorsque j'ai présenté ce projet de loi, on m'a chahuté. Ensuite, on se demande pourquoi nous en sommes au point où on ne signale pas du tout suffisamment cette infraction insidieuse. Si nous pensons que ces crimes sont passés sous silence dans l'armée, je suis sûr qu'ils le sont tout autant dans la société. Les mythes et les stéréotypes abondent: « Qui va me croire? » Ce sont là les problèmes, et l'inaction de la Chambre les a perpétués dans l'armée.
Je mets au défi les libéraux d'en face. Je vais essayer de regarder droit dans les yeux chacun de ceux qui sont ici pour remettre en question ce que nous faisons à la Chambre. Pourquoi siégeons-nous ici? Nous discutons d'un sujet tout en nuances. Il s'agit de transférer le pouvoir d'enquête et de poursuite à des civils du service des poursuites. C'est un problème que nous devons reconnaître. Il n'est pas facile d'intenter des poursuites pour des infractions sexuelles, et je le dis en toute humilité. Je le dis parce que c'est quelque chose que j'ai dû apprendre à faire. Or, il est encore plus difficile d'enquêter sur les infractions sexuelles.
Récemment, j'ai vu dans l'actualité quelque chose à propos d'un policier ayant dit que la victime n'avait pas dit non. J'aimerais que les gens qui nous regardent comprennent une chose. L'important n'est pas que « non, c'est non ». L'important, c'est que « seul un oui veut dire oui ». Un point c'est tout. Voilà les problèmes avec lesquels nous sommes aux prises. On parle ici d'un policier et non d'un membre de la police militaire. De vastes efforts d'éducation s'imposent. Cela dit, si je peux souligner ne serait-ce qu'une chose dans ce discours, c'est que la Chambre manque à son devoir en ce qui concerne les infractions de nature sexuelle. Nous devrions avoir honte.
Les conservateurs se heurtent à de la résistance parce que nous voulons des peines minimales obligatoires pour les infractions qui infligent aux victimes des séquelles psychologiques qui dureront toute leur vie. Les gens diront que cela n'a pas fonctionné à l'époque de Stephen Harper. Tout ce qui manquait, c'était un mécanisme de type « sauf dans des circonstances exceptionnelles ». C'est tout. J'implore n'importe lequel de mes collègues libéraux, conservateurs, bloquistes ou autre à proposer un projet de loi en ce sens.
S'il y a une chose que nous devrions être prêts à faire, c'est envoyer en prison les personnes qui infligent des sévices sexuels à autrui, surtout s'il s'agit de militaires. Voici ma promesse aux victimes: si l'occasion m'est donnée de prendre des mesures législatives contre les criminels qui ont touché un enfant, je vais me battre sans relâche jusqu'à ce qu'ils soient condamnés à une longue peine d'emprisonnement.