:
Madame la Présidente, il est important que nous permettions à tous les partis de se faire entendre et de discuter.
Il est essentiel que nous prenions des mesures pour veiller à ce que les personnes violentes, qui commettent des crimes graves, qui sont dangereuses et qui présentent un risque pour la sécurité du public ne continuent pas d'être mises en liberté si elles constituent une menace pour la sécurité des Canadiens. Il faudra modifier les dispositions du droit pénal qui concernent la mise en liberté sous caution et la détermination de la peine.
Je me souviens de la dernière fois où les Blue Jays ont participé à la Série mondiale. J'étais enfant. Mes amis et moi faisions du vélo et jouions au hockey-balle dans notre quartier jusqu'au coucher du soleil. Nous n'avons jamais craint pour notre sécurité, et nos parents non plus. Malheureusement, de nos jours, beaucoup de gens ne jouissent pas du même niveau de confort, de paix et de sécurité. Trop souvent, ils installent des caméras sur leur sonnette de porte. Au lieu de ne voir que des véhicules de livraison arriver chez eux, ils voient des gens entrer par effraction chez leurs voisins et des voitures être volées dans leur entrée. Nous n'avons pas à accepter cette réalité, certainement pas au Canada.
[Français]
La criminalité est une vraie préoccupation partout au pays. Les Canadiens sont frustrés de voir des récidivistes violents remis en liberté et se préoccupent de leur sécurité. On le voit tous les jours, des caméras filment des vols de voitures ou des introductions par effraction en pleine nuit.
Les gens veulent simplement savoir que le système protège leur sécurité avant tout.
[Traduction]
Je peux toutefois dire avec une certaine confiance que les leçons que nous avons apprises et qui ont été intégrées au projet de loi n'ont pas été élaborées en catimini sur la Colline du Parlement. Elles sont le fruit d'une collaboration extraordinaire avec des gouvernements provinciaux de différentes régions du pays et de différentes allégeances. Elles sont le fruit des conseils des forces de l'ordre, des gens qui travaillent dans le système, des municipalités — qui sont à même de constater les répercussions de la criminalité —, des organismes communautaires qui défendent les droits des victimes et des associations commerciales qui voulaient faire part de leur frustration à l'égard du taux de criminalité et de ses répercussions sur l'économie locale.
[Français]
Nous ne devons pas élaborer ces mesures derrière des portes closes. Elles viennent du travail commun avec les provinces et les territoires, les villes, les organismes communautaires et les associations d'affaires. Il y a bien sûr les policiers aussi.
[Traduction]
Le projet de loi se concentre vraiment sur deux domaines clés. Le premier est la mise en liberté sous caution. La deuxième est la détermination de la peine.
Examinons un peu certains des changements que nous proposons en matière de mise en liberté sous caution. Le projet de loi comprend plus de 80 mesures précises et réformes d'envergure qui visent à assurer la sécurité des collectivités. Vu le peu de temps dont je dispose, je vais me concentrer sur certains éléments clés.
Le premier, en ce qui concerne le système de mise en liberté sous caution, porte sur la question du principe de retenue. Ce dernier n'a pas été créé par un gouvernement en particulier; il a été mis de l'avant et confirmé par la Cour suprême du Canada. Depuis que ce principe a été inscrit dans le droit canadien au moyen d'un projet de loi présenté lors d'une législature précédente, des membres des forces de l'ordre me racontent diverses histoires sur son application erronée dans certaines circonstances.
Nous allons donc apporter des modifications importantes au Code criminel afin de préciser que le principe de retenue n'est pas un passe-droit pour éviter la prison. En fait, nous préciserons plus particulièrement que le juge de paix doit être convaincu qu'il a la capacité d'assurer la sécurité du public avant de décider de la mise en liberté de la personne. S'il n'est pas en mesure de répondre à cette exigence, il aura des motifs pour détenir la personne. Pour qu'une personne soit mise en liberté, le juge de paix doit être convaincu qu'il peut assortir sa mise en liberté de conditions qui assureront la sécurité du public.
[Français]
La mise en liberté sous caution n'est pas une sortie gratuite. Le principe de retenue doit être appliqué avec jugement. Notre nouveau projet de loi précise que la sécurité du public doit toujours venir en premier.
Si cette sécurité ne peut pas être assurée, les tribunaux auront des outils pour ordonner la détention.
[Traduction]
En plus du changement important apporté au principe de retenue, nous proposons que les tribunaux prennent en considération de nouveaux facteurs. Nous veillons ainsi à ce que, lors de l'audience sur la mise en liberté sous caution, ils tiennent compte de la gravité des inculpations afin de déterminer si la mise en liberté de la personne minerait la confiance du public envers le système de justice.
Nous prenons également une autre mesure, qui découle directement des commentaires que nous ont faits les provinces, les municipalités et le milieu des affaires. En effet, certaines personnes, même si elles représentent une partie infime de la population locale, sont responsables de la grande majorité des activités criminelles qui se déroulent dans leur localité.
Afin de répondre à ce besoin pressant, nous demanderons au tribunal de tenir compte, en plus de la gravité des accusations dont une personne peut faire l'objet, du nombre d'accusations en instance. Lorsque le nombre d'accusations dont une personne fait l'objet risque de mettre en péril la confiance du public dans l'administration de la justice, le tribunal pourra utiliser cela comme motif pour détenir cette personne afin d'empêcher que cela se produise.
Nous voulons également répondre aux commentaires que nous avons entendus au sujet d'actes de violence gratuite qui se produisent dans les collectivités et qui font que les gens ne se sentent pas en sécurité dans diverses régions du pays.
Outre les modifications apportées au principe de retenue et les nouveaux facteurs que nous souhaitons que les tribunaux prennent en compte, nous allons également de l'avant avec des modifications visant à inverser le fardeau de la preuve dans le Code criminel. Avant de préciser les infractions, je dirai que le régime d'inversion du fardeau de la preuve changerait la façon dont les demandes de mise en liberté sous caution seraient entendues dans le cas de certaines infractions pour lesquelles on estime qu'il y a un risque pour la population canadienne.
Lors d'une audience sur la libération sous caution, la Couronne a normalement l'obligation de démontrer pourquoi une personne devrait être détenue, souvent en raison du risque qu'elle représente pour la sécurité publique. L'inversion du fardeau de la preuve change cette analyse en exigeant que la personne accusée d'un crime démontre pourquoi elle devrait être mise en liberté sous caution. Nous réorienterions cette analyse pour plusieurs infractions clés, y compris les violations de domicile avec agression, les vols de voitures, la traite des personnes et le passage de clandestins, l'extorsion avec violence, les voies de fait et les agressions sexuelles lorsqu'il y a étouffement ou étranglement.
Nous répondrions également à des situations bien réelles qui ont conduit à des tragédies au pays, impliquant des personnes qui ont été mises en liberté après avoir été reconnues coupables d'un crime, mais avant d'avoir été condamnées. Grâce aux modifications envisagées, nous espérons promouvoir la sécurité publique dans les collectivités. L'un des points communs entre les infractions en question est qu'elles sont souvent commises par des organisations criminelles. En rendant plus difficile la mise en liberté sous caution des personnes accusées de ces crimes, nous pouvons à la fois promouvoir la sécurité publique et potentiellement réduire les sources de revenus des organisations criminelles, ce qui renforcerait encore davantage la sécurité du public canadien.
Le deuxième thème du projet de loi, outre les modifications apportées au régime de mise en liberté sous caution qui rendraient plus difficile la mise en liberté de récidivistes violents dans les collectivités, concerne les changements importants que nous apporterions au régime de détermination de la peine prévu dans le Code criminel.
Nous proposons un certain nombre de modifications, que je suis heureux de présenter aujourd'hui. La première consiste à ajouter des facteurs aggravants au Code criminel, ce qui entraînerait des peines plus sévères lorsque certains types de crimes sont commis et qu'une personne en est reconnue coupable. Ces facteurs aggravants s'appliqueraient certainement aux crimes violents commis par des récidivistes, peu importe où ils sont commis au Canada. Nous avons également décidé d'ajouter des facteurs aggravants pour certaines infractions dont les répercussions ne sont pas seulement ressenties par la victime, mais aussi plus largement par l'ensemble de la collectivité.
Je souhaite notamment attirer l'attention des députés sur certaines des modifications que nous apportons, notamment l'ajout d'une circonstance aggravante lorsqu'un crime est commis contre un premier intervenant dans l'exercice de ses fonctions pour assurer la sécurité de nos collectivités. Le moins que nous puissions faire pour ces gens qui risquent leur vie pour nous protéger, c'est de les protéger à notre tour. Nous devons empêcher que les pompiers, les ambulanciers et les policiers ne soient eux-mêmes victimes d'agressions dans la rue alors qu'ils éteignent des feux, qu'ils sauvent des vies et qu'ils protègent notre société contre la criminalité.
Il n'est pas raisonnable de demander à des gens qui font leur travail de se défendre alors qu'ils essaient de nous protéger. De plus, le recrutement de nouveaux professionnels dans des métiers déjà exposés à des dangers inhérents devient difficile. Des sanctions plus sévères permettraient non seulement d'assurer une protection immédiate, mais aussi de dissuader les individus susceptibles de commettre des crimes contre les premiers intervenants.
De plus, nous ajouterions des circonstances aggravantes pour les crimes qui ont une incidence sur nos infrastructures essentielles, les systèmes qui fournissent de l'électricité à nos collectivités et nos réseaux de télécommunications. Souvent, les personnes qui volent des fils de cuivre sont accusées d'une infraction relativement mineure, soit un vol de moins de 5 000 $, mais les dommages causés par ces crimes peuvent coûter des millions de dollars et créer de très graves problèmes dans nos collectivités, qu'il s'agisse de pannes d'électricité ou de pannes de systèmes de communication.
Nous ajouterions également des circonstances aggravantes en ce qui concerne la criminalité organisée dans le commerce de détail, c'est-à-dire les gens qui volent systématiquement des entreprises de nos collectivités, souvent des petites entreprises, pour se remplir les poches d'argent et, parfois, pour enrichir des organisations criminelles. Ceux qui commettent des crimes contre les gens qui nous protègent, les systèmes qui nous alimentent en électricité et les entreprises qui nous servent devraient s'attendre à des peines plus sévères à la suite des modifications proposées aux lois pénales du Canada.
De plus, nous apporterions certaines modifications aux règles prévoyant des peines consécutives dans notre pays. Pour ceux qui ne connaissent pas bien le fonctionnement normal du système, je dirai que, parfois, une personne peut être condamnée pour différents crimes passibles de peines distinctes. Souvent, selon les circonstances, les tribunaux peuvent décider de permettre à une personne de purger plusieurs peines simultanément, sans qu'ils tiennent nécessairement compte de la gravité des peines associées à certaines infractions prévues dans le Code criminel.
Le changement que nous proposons permettrait aux tribunaux d'imposer des peines consécutives aux récidivistes violents et aux personnes qui commettent des violations de domicile et des vols de voitures. Nous estimons que si une personne est condamnée pour deux crimes, l'un passible d'une peine de quatre ans et l'autre d'une peine de deux ans, elle devrait purger les deux peines, soit un total de six ans. Les modifications que nous proposons permettraient de concrétiser cette vision.
Outre ces modifications apportées aux circonstances aggravantes et aux peines consécutives, nous exigerions également des tribunaux, en particulier dans les cas de violation de domicile et de vol de voiture avec violence, qu'ils accordent une attention particulière à la dénonciation et à la dissuasion. Il est important non seulement de veiller à ce que les actes commis par des individus aient des conséquences, mais aussi d'envoyer un signal clair à ceux qui pourraient être tentés de commettre des crimes à l'avenir et qui doivent être prévenus que ce type de comportement ne sera pas toléré.
En ce qui concerne les modifications apportées aux dispositions sur la détermination de la peine, nous restreindrions également la capacité des tribunaux, dans certaines circonstances, à imposer des ordonnances de condamnation avec sursis. De cette façon, les auteurs d'agressions sexuelles graves ou de crimes de nature sexuelle contre des enfants ne seraient pas admissibles à la détention à domicile. Des survivants d'agression sexuelle m'ont dit que l'idée que l'auteur d'un acte d'une violence aussi horrible puisse purger sa peine chez lui, dans la même collectivité qu'eux, ne leur apparaît pas comme une forme de justice.
Restreindre la détention à domicile dans le cas d'agressions sexuelles et de crimes de nature sexuelle commis contre des enfants garantirait que les auteurs de ces crimes violents et odieux passent du temps en prison. Ils verraient ainsi que leurs actes ont des conséquences très graves.
Nous apporterions également des changements aux moyens de punir certains types de crimes. Je tiens à attirer l'attention des députés sur un cas en particulier. Pour les personnes déclarées coupables de négligence criminelle causant la mort alors qu'elles étaient au volant d'un véhicule à moteur, nous redonnerons aux tribunaux la possibilité d'imposer une interdiction de conduire. Si une personne décide de conduire en état d'ébriété et tue quelqu'un en conduisant, nous voulons permettre aux tribunaux d'empêcher cette personne de conduire de nouveau. Conduire est un privilège dans ce pays.
Je supporte mal l'idée qu'on permette à des gens qui causent autant de tort à d'autres personnes de prendre le volant. Le gouvernement ne supporte pas cette idée. Grâce à ce changement, nous pourrions sauver d'innombrables vies et veiller à ce que, dans ce cas aussi, l'on prévoie de graves conséquences pour des crimes graves.
[Français]
Les peines doivent refléter la gravité des crimes. Nous ajoutons des facteurs aggravants pour ceux qui agressent les premiers répondants, participent à des vols organisés ou menacent des infrastructures essentielles. Nous mettons fin à l'assignation à résidence pour les crimes graves comme les agressions sexuelles ou les crimes contre les enfants.
Enfin, les tribunaux pourront de nouveau interdire la conduite en cas de négligence causant la mort ou des blessures graves.
[Traduction]
Il est important de comprendre que les changements que nous apporterions font partie de la stratégie globale à laquelle j'ai fait allusion au début de mon intervention. Il est certain que le premier pilier de la stratégie consiste à adopter des lois plus strictes pour rendre les collectivités plus sûres.
Cela comprend non seulement les vastes réformes importantes du régime de mise en liberté sous caution et du régime de détermination de la peine prévus dans le Code criminel, mais aussi le projet de loi visant à lutter contre la haine, que nous avons présenté au Parlement cet automne, ainsi que le projet de loi que je présenterai avant l'ajournement de la Chambre pour les vacances de Noël. Ces mesures permettraient de mieux protéger les Canadiens contre la violence entre partenaires intimes et les infractions sexuelles, d'offrir des mesures de protection supplémentaires pour les enfants qui sont exploités en ligne, de veiller à ce que les victimes aient un rôle important à jouer dans le processus judiciaire pénal et, surtout, de réduire les retards dans le système de justice qui entraînent l'abandon des poursuites intentées contre des personnes accusées de faits graves.
En plus de ces lois, cependant, nous savons que nous devons adopter une approche pansociétale pour assurer la sécurité publique. Le deuxième pilier de la stratégie consiste à investir dans les services de première ligne pour que les personnes qui assurent la sécurité dans les collectivités disposent des outils et des ressources dont elles ont besoin pour faire leur travail. À court terme, nous investirons dans la GRC en ajoutant 1 000 employés à ses effectifs. L'Agence des services frontaliers du Canada obtiendra les ressources nécessaires pour embaucher 1 000 agents additionnels qui contribueront à empêcher les armes à feu et les drogues illégales d'entrer dans notre pays. Nous investirons également dans le Service des poursuites pénales du Canada pour nous donner autant la capacité d'enquêter sur les crimes que d'intenter des poursuites en aval.
Il est important que nous mettions en place ces outils pour que les forces de l'ordre puissent faire leur travail de prévention de la criminalité, mais nous savons que nous devons en faire plus si nous voulons assurer une prévention à long terme et une réduction durable de la criminalité, en particulier des crimes violents. C'est pourquoi le troisième pilier de notre stratégie comprend des investissements en amont visant la prévention. Plus précisément, il comprendrait des investissements générationnels dans les logements abordables et les logements supervisés par l’entremise de la nouvelle entité Maisons Canada pour permettre aux gens d'avoir un toit au-dessus de leur tête, d'échapper à la pauvreté et d'avoir accès à des logements supervisés lorsqu’ils seraient à risque de récidiver ou de tomber dans la criminalité.
Ce pilier comprend également un soutien continu en matière de santé mentale et de la lutte contre la toxicomanie, ce qui nécessitera certainement des discussions avec les gouvernements provinciaux. Nous savons que nous devons en faire plus pour nous attaquer aux problèmes de santé mentale au Canada si nous voulons réduire la criminalité dans son ensemble.
Nous avons également l'intention d'effectuer les investissements nécessaires pour cibler les jeunes à risque afin de les empêcher de tomber dans la criminalité. La prévention, et non la punition, est le meilleur moyen de faire échec au crime.
Je suis convaincu que si nous soutenons ces trois piliers avec les ressources nécessaires à la mise en œuvre du plan, nous verrons une réduction de la criminalité et des crimes violents au pays.
[Français]
Ce projet de loi fait partie d'une stratégie plus large pour protéger nos communautés. Oui, il faut des lois plus sévères, mais il faut aussi plus de soutien pour les premiers répondants et plus d'investissements en prévention, en santé mentale et en logement pour agir plus tôt.
[Traduction]
En conclusion, nous avons l'occasion de rendre notre pays plus sûr. Ce n'est pas un hasard si ce projet de loi a reçu un appui important de la part des forces de l'ordre, notamment de l'Association canadienne des policiers, de l'Association canadienne des chefs de police, de l'Association des policiers de l'Ontario, de l'association des policiers de Toronto et de la police régionale de New Glasgow, dans ma propre région, entre autres. Il a également reçu l'appui des gouvernements provinciaux de différentes allégeances politiques, notamment des conservateurs de l'Ontario et de la Nouvelle‑Écosse et des néo-démocrates du Manitoba et de la Colombie‑Britannique. Il a également reçu l'appui des municipalités, notamment de la Fédération canadienne des municipalités, des conseils de ville de Brampton, London et Winnipeg, ainsi que de l'association des municipalités du Manitoba. La liste est longue. Bien sûr, il y a aussi des organisations comme la Chambre de commerce du Canada, le Conseil canadien du commerce de détail et le Centre canadien de ressources pour les victimes de crimes.
Il est possible de s'attaquer plus sérieusement aux récidivistes violents. Il est possible de renforcer les lois, mais je préférerais de loin que cela se fasse de manière non partisane, avec l'appui de tous les députés. Faisons le travail qui nous a été confié pour assurer la sécurité des Canadiens et votons en faveur de cet important projet de loi.