propose que le projet de loi , soit lu pour la deuxième fois et renvoyé à un comité.
— Madame la Présidente, c'est pour moi un grand honneur de prendre la parole au sujet de mon projet de loi d'initiative parlementaire, le projet de loi .
Avant de commencer, j'aimerais exprimer ma sincère gratitude envers le sénateur Pierre‑Hugues Boisvenu et la sénatrice Denise Batters. J'aimerais également remercier mon estimé collègue, le député de . Je les remercie de leur dévouement et de leur travail inlassables concernant le projet de loi . Il s'agissait de la version antérieure du projet de loi à l'étude. Il a jeté les bases de ce dont nous discutons aujourd'hui.
Le projet de loi est mort au Feuilleton lorsque le Parlement a été prorogé, mais son esprit et son objectif ont survécu et sont portés par le projet de loi .
Ce projet de loi est dédié à la mémoire de Brian Ilesic. Brian n'avait que 35 ans lorsqu'il a été assassiné. On dit de lui qu'il était un père dévoué, un ami loyal et un fils aimé.
Ce crime odieux s'est produit peu après minuit, le 15 juin 2012. Brian Ilesic et trois autres personnes, Michelle Shegelski, Eddie Rejano et Matthew Schuman, travaillaient comme gardes de véhicule blindé. Ils étaient employés par G4S Cash Solutions et s'occupaient des guichets automatiques du HUB Mall, une aire de restauration située sur le campus de l'Université de l'Alberta, à Edmonton. Soudain, leur collègue, Travis Baumgartner, s'est retourné contre eux. Il a abattu Brian Ilesic, Michelle Shegelski et Eddie Rejano d'une balle dans la nuque à bout portant. Après avoir tiré sur ses collègues, Travis Baumgartner les a enfermés dans une chambre forte derrière le distributeur automatique et il s'est enfui dans le fourgon blindé.
Cet acte de violence commis de sang-froid a choqué les étudiants et bouleversé notre collectivité. Les habitants d'Edmonton ont rarement été témoins d'un acte aussi brutal.
Miraculeusement, Matthew Schuman, un des collègues de Brian Ilesic, a survécu à ses blessures, mais celles-ci lui ont laissé des séquelles permanentes. La fille de Brian Ilesic, Kiannah, qui avait 12 ans lors des événements, s'est retrouvée sans père. Elle a dû grandir avec de bons souvenirs de son père, sans plus. Elle ne pouvait pas compter sur sa présence quand elle a reçu son diplôme d'études secondaires. Son père ne sera pas là le jour de son mariage. Ses enfants ne connaîtront jamais leur grand-père. Normalement, un père est présent lors de ces occasions si importantes, mais la mort a privé cette famille de moments précieux.
En 2012, l'auteur de ce meurtre sauvage a été reconnu coupable de ses actes. Il a été condamné à l'emprisonnement à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 40 ans. Il s'agit de la peine la plus sévère imposée au Canada depuis 1962. Il y avait une certaine justice dans cette histoire tragique, du moins on le croyait. La peine reflétait bien l'immensité de la souffrance que le meurtrier avait causée: trois personnes tuées de sang-froid et une personne handicapée à vie. Cependant, une décision prise par la Cour suprême du Canada en 2022 a invalidé la loi qui avait été adoptée par l'ancien premier ministre Stephen Harper. La loi avait permis aux juges d'imposer des peines consécutives en cas de meurtres multiples.
Le meurtrier de Brian a mis fin à trois vies dans un acte horrible et cruel, mais, en raison de la décision de la cour, cet homme pourrait maintenant être admissible à une libération conditionnelle dans une dizaine d'années. Les parents de Brian, Mike et Dianne Ilesic, devront décider beaucoup plus tôt que prévu s'ils assisteront à l'audience de libération conditionnelle de l'homme qui a froidement assassiné leur fils.
Il y a pire. À l'heure actuelle, si un meurtrier condamné présente une demande de libération conditionnelle et que celle-ci est rejetée, il peut demander une autre audience un an plus tard seulement. On peut penser au traumatisme que Mike et Dianne subiraient dans cette situation, qui leur laisserait des séquelles émotionnelles. Elle leur rappellerait d'horribles souvenirs du meurtre insensé de leur fils adoré.
Le projet de loi vise à réparer cette injustice. Il défend la justice — pour Brian, pour sa famille et pour toutes les victimes dont la voix a été trop tôt réduite au silence par un meurtrier.
En 2022, la Cour suprême a rendu une décision que Mike et Dianne ont courageusement dénoncée. Ils se sont exprimés à plusieurs reprises, non seulement au nom de leur fils, mais aussi au nom de tous les membres de leur famille qui ont souffert des actes d'un cruel meurtrier. Dianne a déclaré que la décision de la Cour suprême les décourageait, elle et son époux. Cela se comprend. Elle a ajouté qu'ils avaient perdu confiance dans le système. Le système les a laissés tomber.
Je me suis entretenu avec Mike et Dianne. Ils sont un véritable exemple de force et de résilience. Alors que nous discutions de mon projet de loi, ils m'ont dit qu'il atténuerait certainement le traumatisme que subissent les victimes avant, pendant et après la tenue du processus de libération conditionnelle. Éviter les déplacements fréquents pour assister aux audiences de libération conditionnelle rassurerait les victimes quant au fait que les auteurs du crime restent en prison.
Mike et Dianne implorent tous les politiciens, tous partis confondus, d'exaucer leurs prières. Ils m'ont demandé de transmettre le message suivant à mes collègues: « Le projet de loi soutient toutes les victimes laissées pour compte. Les audiences de libération conditionnelle sont souvent épuisantes sur le plan émotionnel. Veuillez mettre fin à la pratique consistant à tenir de fréquentes audiences de libération conditionnelle. Nous demandons à la Chambre des communes d'approuver le projet de loi de Brian. »
Mike et Dianne l'ont dit avec beaucoup d'éloquence. Le projet de loi vise à protéger les victimes. Il reconnaît les souffrances horribles que les familles ont endurées et vise à les protéger. À l'heure actuelle, les personnes reconnues coupables de meurtre peuvent demander une libération conditionnelle chaque année après avoir purgé leur peine minimale. Ainsi, chaque année, les familles des victimes pourraient devoir rencontrer en personne le meurtrier de leur être cher. Chaque année, les familles des victimes pourraient devoir endurer cette rencontre pour empêcher un meurtrier d'obtenir une libération conditionnelle.
Peut-on imaginer faire face, chaque année, au meurtrier de son fils, de sa fille, de sa meilleure amie ou de sa mère? Les meurtriers ne devraient tout simplement pas pouvoir victimiser de nouveau les proches de leurs victimes lors des audiences de libération conditionnelle.
Paul Bernardo est un autre meurtrier notoire qui a affligé notre pays. Il a kidnappé, torturé et tué Kristen French alors qu'elle avait 15 ans. Il a kidnappé, torturé et tué Leslie Mahaffy alors qu'elle avait 14 ans. La vie de ces deux jeunes femmes a été cruellement volée.
Paul Bernardo a eu trois audiences de libération conditionnelle à ce jour. Sa première audience a eu lieu en octobre 2018. Sa demande a été rejetée, à juste titre. Sa deuxième audience a eu lieu en juin 2021; sa demande a encore une fois été rejetée. Sa troisième audience a eu lieu en novembre 2024, et il a essuyé un autre refus. Cela signifie que les familles French et Mahaffy ont assisté à deux audiences de la Commission des libérations conditionnelles pour ce meurtrier en moins de trois ans. C'est scandaleux.
Les familles des victimes de Paul Bernardo ont fait preuve de transparence et d'honnêteté au sujet de la douleur que les audiences de libération conditionnelle leur ont causée. On comprend facilement à quel point il est douloureux pour quiconque au pays de devoir faire face au meurtrier d'un être cher.
Je veux donner une voix à Donna, la mère de Kristen French. Voici ce qu'elle a dit au sujet des demandes répétées de libération conditionnelle:
On dirait que l'encre de notre précédente déclaration de victimes est à peine sèche que Doug et moi devons trouver la force d'en préparer une nouvelle.
C'est un processus douloureux et difficile, car aucun mot ne peut exprimer l'ampleur de notre perte, de notre angoisse et de notre désespoir.
J'ajouterais ces paroles puissantes de Donna:
Ceux qui disent que le temps adoucit la peine ne connaissent pas la douleur atroce qui accompagne une perte aussi horrible.
Le temps ne guérit pas la douleur. La douleur est une peine à perpétuité.
Les audiences de libération conditionnelle pour les auteurs de meurtres multiples sont probablement beaucoup plus fréquentes que bien des Canadiens le croient. Jetons un coup d'œil à une petite partie de cette sombre histoire.
Entre 2009 et 2010, la Commission des libérations conditionnelles a tenu 23 audiences complètes pour des personnes reconnues coupables de meurtres multiples. En 2011, 4 420 délinquants purgeaient une peine d'emprisonnement à perpétuité pour meurtre au premier ou au deuxième degré. De ce nombre, 421 avaient tué plus d'une personne et, de ceux-là, 95 étaient en liberté conditionnelle totale. Nous vivons dans un pays que la plupart des habitants de la planète considèrent comme sûr, mais le portrait n'est pas si rose. Entre 2022 et 2023, il y a eu 199 audiences de libération conditionnelle où les victimes ont fait une déclaration.
J'ai lu un rapport de Sécurité publique Canada publié en 2010, qui indique ceci:
[...] les membres de la famille d'une victime d'homicide pensent qu'il est de leur devoir d'être présents aux audiences pour représenter l'être cher. Les membres de certaines familles pensent que leur présence est essentielle, afin que leur proche ne soit pas oublié dans le cadre d'un processus largement axé sur le délinquant.
C'est donc un véritable fardeau pour les victimes que, à l'heure actuelle, les délinquants purgeant une peine d'emprisonnement à perpétuité ou une peine d'une durée indéterminée puissent demander la libération conditionnelle [...]
Notre pays doit faire mieux pour les victimes. Mon projet de loi épargnerait à un grand nombre de familles la souffrance et la douleur supplémentaires que leur cause trop souvent le système de justice. Encore une fois, grâce à ce projet de loi, les meurtriers pourraient seulement demander une libération conditionnelle aux cinq ans après un premier refus.
Notre système de justice doit protéger les familles. C'est elles qu'il doit faire passer en premier, et non les meurtriers. Le projet de loi prévoit des mesures sensées pour protéger les familles en deuil.
Avec ce projet de loi, les parents de Brian, Mike et Dianne, n'auraient pas à faire face chaque année au monstre qui a tué leur fils. Comme la majorité des Canadiens, je crois que le processus actuel tourne la justice en dérision.
Je tiens à remercier personnellement Mike et Dianne d'avoir été si courageux et si francs en appuyant cet important projet de loi. J'espère sincèrement que mes collègues des deux côtés de la Chambre l'appuieront. Je les implore de tout cœur de le faire pour Mike et Dianne.
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Monsieur le Président, aujourd'hui, je prends la parole pour parler du projet de loi , une loi importante qui était anciennement appelée le projet de loi de Brian en l'honneur de Brian Ilesic, un jeune homme tragiquement assassiné à Edmonton.
Je pense que nous sommes tous conscients du traumatisme permanent que les familles des victimes subissent lorsqu'elles doivent se remémorer plusieurs fois les crimes haineux dont leurs proches ont été victimes en raison des innombrables demandes de libération conditionnelle présentées par les individus reconnus coupables de meurtre, au premier ou au deuxième degré, lors des audiences connexes.
Le projet de loi C‑243 vise à modifier la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition. En vertu des modifications proposées, suite à la décision initiale de la Commission des libérations conditionnelles du Canada d'annuler, de refuser ou de révoquer la libération conditionnelle d'un délinquant, le délinquant serait tenu de respecter les délais prescrits par la loi en matière d'examen futur. Il ne pourrait pas présenter des nouvelles demandes annuellement.
L'idée qui sous-tend le projet de loi C‑243 est simple: apporter un peu de réconfort et de paix aux familles des victimes. Ce projet de loi répond aux préoccupations légitimes des Canadiens et des Canadiennes qui estiment que notre système de justice priorise parfois les droits des criminels plutôt que les droits et les besoins des victimes. Il reconnaît qu'une peine d'emprisonnement à perpétuité pour meurtre est une sanction grave représentant la perte irréversible d'une vie humaine.
Les demandes de libération conditionnelle récurrentes obligent les familles à revivre sans cesse les pires moments de leur vie, ce qui aggrave indéfiniment leur souffrance. Pour de nombreuses familles, cette mesure ne rend pas justice aux victimes, il s'agit plutôt d'un prolongement de leur souffrance.
Nous avons le devoir, à la Chambre, d'être à l'écoute de ces victimes et de passer à l'action. Elles méritent que nous mettions fin aux souffrances émotionnelles qu'elles subissent chaque année ou tous les deux ans en raison des audiences lors desquelles elles sont confrontées au meurtrier de leur proche. Le principe de ce projet de loi, soit de limiter les demandes de libération conditionnelle excessives après un refus initial, est une mesure nécessaire pour soutenir les victimes et leur offrir un processus judiciaire plus humain.
Cela dit, en tant que parlementaires, nous avons aussi le devoir solennel de faire observer la loi suprême de notre pays, la Charte canadienne des droits et libertés. Une loi qui sera contestée devant les tribunaux à la première occasion ne sert pas les intérêts des victimes si elle ne peut pas passer le test de la légitimité aux yeux de la Charte. Bien que le principe du projet de loi C‑243 mérite des éloges, le projet de loi sous sa forme actuelle pourrait présenter d'importants défis sur le plan juridique en ce qui concerne le droit à la liberté et à la sécurité d'un délinquant comme prescrit par la Charte.
Je m'explique. La capacité de demander une libération conditionnelle même après avoir obtenu un refus est un élément fondamental du succès de la réadaptation d'un délinquant, que notre système de justice pénale est aussi conçu pour encourager. La libération conditionnelle n'est pas une échappatoire à la prison, il s'agit plutôt d'une forme de mise en liberté sous condition, soit une transition encadrée et supervisée entre l'incarcération et le retour dans la communauté. La libération conditionnelle des délinquants qui purgent une peine d'emprisonnement à perpétuité pour meurtre est toujours à la discrétion de la Commission des libérations conditionnelles du Canada. Les délinquants doivent la mériter par une amélioration manifeste de leur comportement, une réduction des risques et un engagement continu à se réadapter.
Même s'il obtient une libération conditionnelle, un délinquant continue de purger le reste de sa peine sous une surveillance rigoureuse et dans des conditions strictes. En offrant aux délinquants la possibilité d'obtenir une mise en liberté sous condition, nous les incitons fortement à participer au programme correctionnel. Nous nous attaquons donc aux causes profondes de leur comportement criminel, comme la consommation de substances ou les troubles de santé mentale, et nous élaborons un plan de mise en liberté crédible assorti de mesures de soutien communautaire.
Par ailleurs, lorsque la Commission des libérations conditionnelles évalue le dossier d'un délinquant, elle prend une décision reposant sur un examen approfondi de tous les renseignements à sa disposition. Citons entre autres les déclarations de la victime, les rapports psychologiques, le comportement dans l'établissement et les progrès réalisés par le délinquant dans le cadre de son plan correctionnel.
La Commission doit être convaincue que la libération du délinquant ne présentera pas un risque inacceptable pour la société. Si le risque ne peut pas être géré en toute sécurité dans la communauté, la libération conditionnelle doit être refusée. Elle l'est régulièrement.
Cela dit, la libération conditionnelle permet une transition plus progressive, mieux encadrée et assortie de conditions caractérisées par une surveillance continue et la capacité de renvoyer la personne en détention si elle ne respecte pas ses conditions.
En faisant participer les délinquants à leur propre réadaptation et en leur offrant une structure de libération surveillée, nous nous efforçons activement de réduire le risque de récidive. Cette mesure aide alors à prévenir la victimisation dans l'avenir et améliore la sécurité de nos communautés. Voilà l'une des manières dont nous luttons contre la criminalité, en réduisant le risque de récidive.
En tant que parlementaires, nous devons veiller à ce que toute loi que nous adoptons soit guidée par un objectif juste, en même temps qu'elle respecte pleinement la Constitution et la Charte canadienne des droits et libertés.
Nous devons rechercher un équilibre qui tient compte du besoin des victimes, tout en veillant à ce que tous les droits légaux soient respectés. Par conséquent, je dois préciser que des analyses plus approfondies sont nécessaires pour garantir que le projet de loi est conforme à la Charte. Cette mesure législative doit être équitable et respecter les chartes et les principes fondamentaux de la justice canadienne.