:
Monsieur le Président, des milliers, des dizaines de milliers, des centaines de milliers de jeunes Canadiens ont fait exactement ce qu'on leur a demandé de faire. Ils sont allés à l'école. Ils ont étudié assidûment. Ils ont fait de leur mieux, parce qu'on leur a promis que leurs efforts leur permettraient de trouver un emploi et de commencer une carrière. Aujourd'hui, ils voient que leur gouvernement n'a pas tenu sa promesse. Le marché du travail manque d'emplois et de débouchés. En fait, beaucoup de jeunes ressentent actuellement une grande anxiété quand ils pensent à ce que l'avenir leur réserve.
Bon nombre de députés entendent régulièrement leurs concitoyens parler de cela, et ils en sont témoins. C'est déchirant. Dans ma circonscription, Bowmanville—Oshawa‑Nord, j'entends très souvent des étudiants du collège Durham et de l'Institut universitaire de technologie de l'Ontario en parler. Ils ont travaillé très fort pour obtenir de bonnes notes. Ils devraient être enthousiastes à l'idée de ce qui les attend, mais ils sont plutôt inquiets au quotidien.
Nous savons que la crise du chômage à laquelle les jeunes font face, avec plus de 460 000 Canadiens de 15 à 24 ans qui cherchent du travail, a exacerbé bon nombre des problèmes que les jeunes connaissaient déjà dans ce pays. Les garçons et les jeunes hommes, en particulier, portent actuellement de façon disproportionnée le fardeau de nombreux problèmes sociaux et culturels, notamment les surdoses d'opioïdes, les suicides et l'itinérance. Ils sont victimes de crimes violents et décrochent avant la fin de leurs études secondaires. La crise du chômage ne fait qu'aggraver tous ces problèmes.
J'ai moi-même été un jeune homme en difficulté dans le système scolaire, qualifié d'analphabète par les écoles publiques de l'Ontario parce que j'avais échoué à un test d'aptitude à lire et à écrire en 10 e année. Je peux affirmer que, si je n'avais pas eu la chance de travailler, je n'aurais peut-être jamais terminé mes études secondaires et je ne serais peut-être pas ici en ce moment. Pendant des années, j'ai trouvé du travail dans des restaurants, chez Red Lobster et ailleurs, comme plongeur ou cuisinier. Ce n'était pas du tout prestigieux. Nettoyer les restes de fruits de mer au fond des poêles et des casseroles n'est pas ce que les gens rêvent de faire un jour, mais les compétences et les qualités personnelles que j'ai acquises en travaillant le soir ont compensé tout ce que je n'ai pas pu apprendre ou faire en classe le jour.
Quand on voit ces statistiques sur le chômage chez les jeunes, on constate qu'il n'est pas seulement question de ne pas toucher un chèque de paie toutes les semaines ou toutes les deux semaines: c'est aussi un signe que les jeunes sont privés du développement et de l'épanouissement personnels dont les futurs dirigeants du Canada ont besoin. Les recherches sont très claires à ce sujet: quand on travaille pendant notre jeunesse, on apprend des choses qu'on n'apprendrait peut-être nulle part ailleurs au cours de notre vie. Les jeunes apprennent à être responsables, à gérer leur temps et à résoudre des conflits. Ils apprennent à être responsables des autres, à travailler en équipe, à socialiser et à se perfectionner, ce qui est essentiel, sinon, c'est problématique pour tout le monde parce que nous comptons tous sur les jeunes d'aujourd'hui pour devenir les futurs dirigeants du pays.
Je crains depuis longtemps que les jeunes intériorisent la mauvaise conjoncture économique causée par 10 ans de politiques libérales et qu'ils se blâment pour le manque de débouchés qui s'offrent à eux. Je crains aussi depuis longtemps que les jeunes pensent que leurs difficultés économiques actuelles soient attribuables à des erreurs qu'ils auraient pu commettre ou à des mauvais choix qu'ils auraient pu faire. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai visité des campus universitaires et collégiaux partout en Ontario, et que je visiterai bientôt ceux du reste du pays. C'est justement pour les écouter et comprendre ce qui se passe, ce qui les tracasse, mais aussi pour leur faire comprendre très clairement que ce n'est pas de leur faute.
En réalité, la situation économique actuelle découle d’une série de mauvais choix et de mauvaises politiques par des personnes en position de pouvoir. Les politiciens libéraux, les gros bonnets de Bay Street et les bureaucrates ici à Ottawa ont constamment mis de côté les intérêts des leaders canadiens de demain pour servir toutes sortes de programmes idéologiques franchement bizarres. Les jeunes doivent le savoir, car nous ne voulons pas qu'ils se sentent découragés et démoralisés.
Nous voulons que les jeunes sachent que de meilleurs choix sont possibles, qu'un avenir meilleur est possible et que, en fait, la façon d'y parvenir, à bien des égards, peut dépendre de leur participation à notre démocratie et à nos processus politiques. Ils doivent savoir qu'ils peuvent acquérir la capacité à être des dirigeants dans notre pays afin de prendre pour nos institutions des décisions qui sont orientées vers l'avenir et non passéistes.
Je pense que, pour parler des choix faits par les gens qui tiennent les rênes du pouvoir, il est utile d'être précis. Aujourd'hui, nous avons entendu parler de certaines des politiques adoptées par le gouvernement au cours de la dernière décennie qui ont empêché notre économie de prospérer suffisamment pour que les jeunes aient des emplois et des carrières. Nous avons entendu parler des politiques contre l'exploitation des ressources naturelles, des impôts élevés et des lourdes formalités administratives. Nous avons également entendu parler du fait que le marché du travail est complètement déséquilibré, pas seulement en ce qui concerne les études postsecondaires, mais aussi par rapport aux politiques d'immigration.
Lorsque je visite des campus universitaires et collégiaux, on me dit que les jeunes Canadiens de tout le pays savent que de modestes ajustements aux conditions actuelles sont loin de suffire à créer les changements nécessaires pour que les jeunes envisagent l'avenir avec optimisme et espoir. Ce n'est pas en apportant des changements modestes aux programmes et aux politiques mis en œuvre dans la dernière décennie que ce gouvernement, qui prétend avoir changé, pourra obtenir des résultats. Les jeunes savent qu'il faut des changements réels, importants et substantiels, et il n'y a peut-être pas de meilleur exemple que la politique d'immigration.
Ici même, dans cette enceinte, il y a quelques heures à peine, le gouvernement libéral a de nouveau appuyé sa politique d'immigration irresponsable et non viable qui crée un nouveau système de migration en chaîne illimitée; il a de nouveau soutenu les politiques que les libéraux prétendent vouloir corriger. Quand vient le temps d'exercer leur pouvoir pour réparer le système qu'ils ont brisé, ils échouent continuellement et démontrent qu'ils n'ont rien appris des 10 années pendant lesquelles ils ont brisé un système d'immigration qui faisait autrefois l'envie du monde entier. Encore aujourd'hui, il y a quelques heures à peine, les libéraux ont voté en faveur des politiques d'immigration libérales, sans pouvoir répondre aux Canadiens qui veulent savoir combien d'autres personnes viendront au Canada à cause de ce projet de loi.
Les jeunes ont des yeux et des oreilles. Ils savent très bien que les choses ont changé radicalement dans ce pays et ils le ressentent chaque fois qu'ils postulent un emploi. Ils voient qu'il y a trop de gens, pas assez d'habitations, pas assez d'emplois et pas assez de services publics. On leur demande de fermer les yeux sur la réalité qui est tous les jours devant eux et de prétendre que le gouvernement veille à leurs intérêts, ce qui n'est tout simplement pas vrai.
Sur ces campus collégiaux et universitaires, j'ai rencontré des gens de toutes les allégeances politiques, certains qui ont voté pour nous aux dernières élections, d'autres non, certains qui votent régulièrement et d'autres qui n'ont jamais voté. Cependant, le point commun entre les étudiants à qui j'ai parlé, un point que j'aimerais que la Chambre des communes perçoive, c'est qu'ils comprennent qu'un changement est nécessaire et que le statu quo ne fonctionne tout simplement pas. Les jeunes font les frais de plus d'une décennie de politiques inefficaces et ils demandent du neuf. Ils demandent quelque chose de différent. Quand nous parlons de l'emploi des jeunes, des pertes d'emplois et de ce qui arrive à la prochaine génération de leaders dans ce pays, nous parlons de la nécessité d'un changement. Je veux dire un vrai changement; je ne veux pas dire changer le chef d'un parti et prétendre qu'il s'agit d'un nouveau gouvernement.
:
Monsieur le Président, c'est un plaisir pour moi d'intervenir sur cette importante question du chômage chez les jeunes. En commençant, je vais dire à mon collègue conservateur qui vient de terminer son discours que je suis d'accord avec lui sur un des gros points qu'il a mentionnés: changer de chef ne veut évidemment pas dire que c'est un nouveau gouvernement. Là-dessus, nous nous entendons. Je lui fais un clin d'œil en réponse à sa remarque.
Il faut être prudent quand on aborde cette question. En effet, la question qui a été soulevée par le Comité permanent des ressources humaines, du développement des compétences, du développement social et de la condition des personnes handicapées est bonne et importante, mais il n'y a pas de petite solution facile ou populiste à cette question. Le Comité est alarmé par les données sur l'emploi des jeunes, lesquelles sont à leur plus bas niveau depuis 25 ans. Un niveau d'emploi très bas, cela signifie que le chômage est très élevé. En fait, le taux de chômage actuel est le plus élevé depuis 2010. Chez les jeunes, il atteint 14,7 %, alors que le taux pour l'ensemble de la population active était de 7,1 % en septembre 2025.
J'aimerais rappeler à la Chambre que le taux de chômage officiel sous-estime toujours le nombre réel de chômeurs. J'espère que nos collègues députés connaissent déjà cette notion, sinon cela me fait plaisir de leur apprendre. En effet, le taux de chômage tient surtout compte des gens qui sont reliés à l'assurance-emploi, qui sont en recherche d'emploi. On ne prend pas en compte, par exemple, des gens qui seraient découragés, en retrait ou dépités d'un marché de l'emploi qui ne leur est pas favorable. Le taux réel de chômage est donc probablement plus haut que ça.
Bien sûr, tout dépend de l'âge des jeunes, mais, plus ils sont jeunes, plus ils occupent des emplois précaires, à faible qualification, souvent dans le commerce de détail ou dans des secteurs similaires. Ce sont souvent des emplois qu'on ne veut pas garder à long terme et qu'on finit par changer. Il y a donc un taux de roulement qui est relativement normal et qu'il faut prendre en compte.
En même temps, il y a cet autre phénomène important: le coût de la vie est très élevé depuis les deux dernières années, l'inflation alimentaire atroce et les salaires n’ont pas suivi. Imaginons ce qu’il en est du salaire minimum. Ces emplois ne sont donc pas intéressants. C’est aussi une des raisons pour lesquelles les jeunes refusent peut-être d’y aller. C'est un paquet de facteurs et c'est assez complexe. En même temps, les offres d'emploi dédiées aux jeunes ont baissé au cours des derniers étés. C'est donc important de s'y attarder.
Toutefois, ce qu'il ne faut pas faire, c'est tomber dans un petit populisme de bas étage en affirmant, par exemple, qu'il faut abolir définitivement le Programme des travailleurs étrangers temporaires, et en prétendant que cela va magiquement régler le taux de chômage chez les jeunes. Quelle belle formule magique. Quels beaux slogans vides à lancer n'importe où tout en ne réglant rien. Ça nous rappelle le dernier bon slogan des conservateurs: abolissons la taxe sur le carbone, ça va faire baisser le coût de l'alimentation. Les gens se criaient des noms là-dessus.
Pourtant, la taxe sur le carbone n'est plus là dans le Canada anglais. Est-ce que les prix à l'épicerie ont baissé? Est-ce que les prix à l'épicerie dans le Canada anglais se sont mis à moins augmenter que les prix à l'épicerie au Québec? Au Québec, nous sommes encore responsables et avons encore une tarification sur la pollution parce que nous voulons voir une amélioration à long terme. Non, les prix à l'épicerie n'ont pas baissé. Si cela avait vraiment eu l'impact que les conservateurs ont décrit pendant des mois et des mois, on aurait aussi enlevé la taxe au Québec, parce que nous ne sommes pas épais à temps plein. On ne veut pas mettre les gens dans la misère. On est capable de prendre des mesures structurantes en adoptant une vision à long terme et d'agir intelligemment.
Soyons des hommes politiques plutôt que des politiciens. Est-ce qu'on connaît la distinction entre les deux catégories? Cette histoire, c'est un producteur agricole qui me l'a racontée. Je lui ai dit que je conserverais son exemple parce que je l'aimais, et, depuis ce jour, je m'efforce d'être un homme politique. Un politicien va prendre des décisions en fonction de la prochaine élection, alors qu'un homme politique va prendre et orienter toutes ses décisions en fonction de la prochaine génération. C'est ça, notre travail...
:
Monsieur le Président, je veux rassurer ma collègue.
Je trouve un peu étrange son recours au Règlement, puisque je parle de moi. J'essaie d'être un homme politique. Je veux bien essayer d'être une femme politique, mais je vais avoir de la misère. Je veux rassurer ma collègue, je suis un des membres les plus féministes de ce Parlement, je le lui assure, et je vais toujours à la défense des femmes politiques. Je vais même partager une tranche de vie avec ma collègue. Avant d'être député, j'ai été le président du Bloc québécois et j'ai travaillé ardemment pour que le Bloc québécois présente pour chaque élection le plus fort taux de candidatures féminines. Sauf erreur, je pense que nous avons encore réussi lors de la dernière campagne électorale. Je la rassure donc à ce sujet.
Je parlais du fait que le producteur me parlait, à moi. J'essaie de ne pas être un politicien, mais un homme politique. Il ne faut pas être une politicienne, mais une femme politique. Il faut prendre les décisions en fonction de la prochaine génération. C'est ça, notre travail.
Je suis désolé, je ne veux être impoli avec personne, mais dire que l'abolition du programme des travailleurs étrangers temporaires va régler le taux de chômage chez les jeunes, c'est simplet, comme argument. Est-ce qu'on peut vraiment dire au monde agricole qu'on abolit demain matin le programme des travailleurs étrangers? Voyons donc!
On devrait même l'étirer, parce qu'on a un problème dans le monde agroalimentaire. On connaît la distinction: l'agroalimentaire transforme ce qui a été produit en agriculture. Dans l'agroalimentaire, on a là aussi un grand besoin de travailleurs étrangers. Ce ne sont pas des emplois qui intéressent les Québécois et les Canadiens en général. Les derniers sondages que j'ai vus disaient que 7 % des Québécois et des Canadiens disaient peut-être un jour envisager une carrière dans l'agroalimentaire. Quand on parle de « peut-être un jour envisager » ça, on veut dire que ces 7 % ne sont pas en bout de piste. Il y a donc de tels secteurs clés.
Dans les dernières semaines, j'ai rencontré les représentants d'une entreprise locale de soudure. Ils ont besoin de travailleurs étrangers. Localement, il y a une grosse pénurie de soudeurs, de gens qualifiés.
Pour marquer des points politiques, notre bon gouvernement va prendre des décisions rapides en disant que tous les secteurs autres que l'agriculture et l'agroalimentaire vont passer, du jour au lendemain, de 20 à 10 %. Je ne suis pas en train de dire qu'il ne faut pas réduire la quantité de travailleurs étrangers dans certains secteurs, non. Il y a des secteurs où c'est correct et où on peut descendre à 10 %.
Le message que notre porte-parole et le Bloc québécois ont lancé, c'est de faire attention à comment c'est fait. Il faut avoir une période d'adaptation. On a demandé une clause de droits acquis, on a demandé une période tampon, et le gouvernement du Québec a demandé la même chose. Ça fait à peu près un an, mais on n'a pas encore eu de réponse du gouvernement fédéral. Il serait peut-être le temps d'agir.
Des entreprises locales ont un bassin de 18 % ou 16 % de travailleurs étrangers. En rencontre, elles me disent ne pas avoir de problème à réduire ce pourcentage à 10 %, qu'elles seraient capables de fonctionner et que ce serait correct. Cependant, elles demandent qu'on leur donne le temps.
Des gens ont des permis de trois ans qui viennent bientôt à échéance et ils sont là depuis six ans. Ils sont francisés, ils fonctionnent super bien et leurs enfants vont à l'école. Cependant, il y a de nouveaux travailleurs, qui sont arrivés avant le changement de mesure du gouvernement libéral, qui sont là depuis six mois ou un an, et qui ont déjà dit ne pas aimer ça, ne pas vouloir rester et vouloir s'en aller.
Pourtant, les entreprises sont obligées de laisser partir leurs bons employés qualifiés, parce que le gouvernement ne leur a pas donné de période tampon.
Il me semble que ce n'est pas si compliqué d'agir avec intelligence, avec mesure. Il faut redescendre à 10 % le taux de travailleurs étrangers dans la plupart des secteurs, et on dit être d'accord sur ça. Cependant, on ne peut pas le faire en un an. Il y a des entreprises à qui on pourrait dire qu'elles ont trois ans pour réduire à 20 % leur pourcentage de travailleurs étrangers. Pendant ces trois ans, ce pourcentage ne pourrait pas augmenter, mais devrait être réduit. Ça permettrait à ces entreprises de garder leurs meilleurs éléments.
Dans l'entreprise privée, une des denrées les plus rares, mis à part le temps et l'argent, c'est un travailleur qualifié. Former un travailleur, à qui on peut faire confiance et déléguer des responsabilités, le rendre compétent afin qu'il fasse rouler l'entreprise, c'est précieux. Actuellement, des entrepreneurs ont le cœur brisé de devoir se séparer de tels travailleurs.
Il faut donc agir avec discernement. C'est ce que je dis. Je vais citer le , qui surnomme les jeunes la « génération foutue ». Il dit que plusieurs travailleurs étrangers qui inondent, selon lui, le marché du travail privent les jeunes Canadiens de leurs emplois. Or, je ne connais pas d'entrepreneur qui engage des travailleurs étrangers quand il a accès à une main-d'œuvre locale. Je n'en ai pas rencontré. Les entrepreneurs ne font pas cela, parce que ça leur coûte plus cher. Il y a une tonne de papiers à remplir. Les entrepreneurs doivent être responsables de ces travailleurs et ils doivent les loger la plupart du temps, sinon les aider de façon très active à se loger. La plupart de ces employeurs, d'ailleurs, ont des programmes parallèles. Ils leur paient eux-mêmes des cours de francisation. Ils ont des programmes d'accompagnement pour les démarches vers la résidence permanente.
Alors, cessons les raccourcis faciles. Le taux de chômage chez les jeunes ne s'explique pas entièrement par la présence des travailleurs étrangers. Réglons cette question. J'espère que je l'ai fait de façon claire. Par contre, il y a des défis. Il faut que les gens soient formés convenablement et il faut les informer sur le marché du travail. Je parlais de l'agroalimentaire tantôt. Il n'y a pas beaucoup de gens qui veulent y travailler, mais il n'y a pas beaucoup d'informations qui se rendent non plus. Il faut se demander aussi si les formations sont accessibles aux jeunes.
Le Comité permanent des ressources humaines, du développement des compétences, du développement social et de la condition des personnes handicapées a reçu le témoin Stéphane Pageau, qui est conseiller en matière de main-d'œuvre et d'affaires publiques à la Fédération des chambres du commerce du Québec. Il a présenté son analyse du taux de chômage chez les jeunes. Je trouve qu'il a soulevé des bons points, et je vais les utiliser ici.
D'abord, il mentionne qu'il y a effectivement une augmentation du taux de chômage, qui est plus prononcée chez les jeunes hommes que les jeunes femmes, paraît-il. Ce sont des statistiques. Il se demande si c'est à cause du décrochage scolaire. Ensuite, il nous donne des explications. Le premier facteur dont il nous parle, c'est le contexte économique. Comme il y a un ralentissement économique, c'est sûr que le taux de chômage dans toutes les classes augmente. Il nous mentionne aussi que, au Québec, le taux de chômage chez les jeunes est moins élevé que dans le reste du Canada. C'est tant mieux.
Il nous parle aussi de l'arrivée de l'intelligence artificielle qui, dans certains commerces de détail ou dans certaines fonctions d'accueil, limite le nombre d'offres d'emploi. Ça peut être intéressant de réfléchir à cet élément aussi. Il y a aussi une répartition régionale dont il faut tenir compte. Quand le gouvernement présente des mesures unilatérales comme la réduction du nombre de travailleurs étrangers partout, il n'a pas analysé les secteurs économiques. On n'a pas analysé les différences d'une région à l'autre. On n'a peut-être pas pensé aux entrepreneurs qui, au quotidien, font fonctionner notre économie. J'aimerais qu'on respecte ces gens.
Il est important de ne pas faire de petite politique avec des questions comme ça. Aussi, il y a une chose qui pourrait permettre à nos jeunes de trouver un emploi convenable. Il ne s'agit pas seulement de dire à un jeune qu'il y a un emploi disponible et qu'il devrait postuler. Il est possible qu'il n'aime pas cet emploi. Nous avons des outils de régulation économique, entre autres l'assurance-emploi. À quoi sert l'assurance-emploi? Si un ingénieur perd son travail et que ça lui prend du temps pour s'en trouver un autre, grâce à l'assurance-emploi, il ne sera pas obligé d'être chauffeur de taxi, livreur pour un restaurant ou quoi que ce soit d'autre. Ce sont de nobles professions, la question n'est pas là. Toutefois, ces emplois ne correspondent pas à son niveau de qualification. J'appelle ça du gaspillage de ressources humaines. Un gars qui peut travailler comme ingénieur est obligé de faire autre chose parce qu'il n'y a pas de couverture pour sa période tampon.
Linda Lapointe: Ce ne sont pas juste des gars.
Yves Perron: Monsieur le Président, puis-je continuer mon discours sans me faire couper toutes les cinq secondes? Il y a quelqu'un qui m'a pris en grippe de façon injustifiée et il faut faire la part des choses.
Ce que je suis en train de dire, c'est que l'assurance-emploi permet aux gens d'occuper un poste qui correspond à ce pour quoi ils sont qualifiés. Si une personne est ingénieure ou dentiste, elle sera plus productive pour la société si elle occupe un tel poste. Encore faut-il que, pendant la période tampon entre deux emplois, cette personne ait le temps de se retourner, de poser sa candidature, d'aller faire des entrevues et, quelques mois plus tard, si elle n'a pas trouvé ce qui lui convient dans sa région, d'envoyer peut-être des CV dans la région voisine. Cette personne va peut-être faire une migration régionale, je ne le sais pas. Cependant, si cette personne n'est pas capable de payer son épicerie, elle va travailler n'importe où. Elle va exercer de nobles fonctions, je le répète, mais ne correspondant pas à son degré de qualification. À ce moment-là, c'est la société entière qui perd. Une réforme de l'assurance-emploi, ça fait plus de 10 ans qu'on nous promet ça.
Un autre groupe qui a été reçu par le Comité permanent des ressources humaines, du développement des compétences, du développement social et de la condition des personnes handicapées, c'est le Mouvement autonome et solidaire des sans-emploi. C'était en octobre. Ce groupe a fourni un mémoire avec des recommandations assez intéressantes pour améliorer le régime d'assurance-emploi et notamment l'accessibilité au régime. Comme on le sait, c'est presque la moitié des travailleurs qui cotisent à l'assurance-emploi qui n'y auront pas accès s'ils perdent leur emploi. C'est assez extraordinaire.
J'ai déjà dit à la Chambre que je mettais n'importe qui au défi d'aller magasiner une assurance habitation et de se faire répondre par l'agent procédant à la soumission qu'advenant le cas où sa maison passerait au feu, la compagnie ne paierait pas une fois sur deux. En ce qui me concerne, je n'engagerais pas cette compagnie. J'en appellerais une autre. Si je paie une assurance, c'est pour être couvert. Les travailleurs, eux, ne peuvent pas changer d'assurance. C'est un régime fédéral. On doit l'améliorer, car c'est une injustice flagrante. En plus, on sait où vont les surplus de l'assurance-emploi; ils vont dans le fonds consolidé. C'est comme un détournement de fonds. On va nommer les choses pour ce qu'elles sont. Je ne pense pas que ce soit correct.
Les gens de ce groupe proposaient d'« établir un seuil d'admissibilité de 350 heures ou 13 semaines » et d'« abolir les exclusions totales du régime ». Comme on le sait, si quelqu'un quitte son emploi, il n'est pas admissible. Peut-être qu'on pourrait modifier ça et dire qu'il est admissible moins longtemps, dépendamment du contexte. Quand les gens quittent un emploi, c'est parfois en raison de harcèlement ou d'autre chose. Il peut y avoir de bonnes raisons. Il faut donc encore une fois être intelligent et mesuré.
Une autre de leurs recommandations était d'« établir une protection en cas de chômage sans égard aux prestations maternité, parentales ou paternité reçues ». Ça, c'est épouvantable. On a un régime d'assurance parentale qui est en vigueur au Québec, et j'ai été témoin de plusieurs cas de femmes qui sont parties en congé de maternité, qui sont revenues au travail et qui ont perdu leur emploi quelques semaines ou quelques mois plus tard. On leur a dit qu'elles n'avaient pas assez d'heures cotisées au cours de la dernière année pour avoir droit à des prestations d'assurance-emploi. Un congé de maternité est censé être considéré comme un emploi. Il me semble que c'est facile d'ajuster ça. C'est une grave injustice. Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas là-dedans.
Ensuite, on disait de bonifier le régime, d'accorder 50 semaines de prestations sans égard aux heures travaillées, d'essayer de combler le fameux trou noir de l'assurance-emploi. C'est important, ça aussi. Le Bloc québécois a également présenté un projet de loi pour que les gens souffrant d'une maladie grave aient droit à 50 semaines de prestations, mais ça n'a pas encore été accepté par le gouvernement fédéral. Ce n'est pas acceptable, ça non plus. Une autre de leurs recommandations était de « fixer le taux de prestations à au moins 70 % calculé sur les 12 meilleures semaines » avec un seuil minimum de 500 $, parce que dépendamment de l'emploi qui était occupé, les revenus peuvent parfois être très maigres, ce qui revient à ne pas avoir d'assurance-emploi du tout et ce qui revient à mettre les gens dans la misère.
Au-delà de tout ça, je nous invite, en tant que parlementaires, à essayer de réfléchir à des solutions à long terme pour la prochaine génération, à essayer de voir les impacts et, de grâce, à ne pas lancer de phrases faciles qui vont faire des slogans de clips sur Internet. J'en serais capable, moi aussi, mais je ne suis pas ici pour faire ça. Les gens qui ont voté pour moi pensent que je vais travailler ici de façon intelligente et que je vais représenter les hommes et les femmes de ma circonscription de façon correcte et décente, en ayant à cœur non pas mes intérêts personnels, mais leurs intérêts à eux et le développement de notre société. Je pense que, comme formation souverainiste, nous donnons l'exemple ici. Plusieurs personnes nous accusent d'être des indépendantistes et ainsi de suite. C'est effectivement notre mandat de protéger les intérêts du Québec d'ici l'indépendance, mais nous le faisons de façon sérieuse sans nuire au reste du Canada. Je pense que ce devrait être apprécié plus que ce que je ressens. Voilà ce que j'avais à dire. J'attends les questions de mes collègues avec impatience.