propose que le projet de loi , soit lu pour la deuxième fois et renvoyé à un comité.
— Madame la Présidente, je remercie tous les députés de s'être montrés compréhensifs à l'égard de ma situation personnelle et de m'avoir accommodé ce soir en avançant mon temps de parole pour pouvoir entamer le débat sur mon projet de loi d'initiative parlementaire. Comme la plupart de mes collègues qui sont ici depuis un certain temps le savent, il faut parfois beaucoup de temps avant qu'un projet de loi d'initiative parlementaire soit tiré au sort et fasse l'objet d'un débat à la Chambre et en comité afin de pouvoir, peut-être, être adopté et publié dans les Lois du Canada.
Je suis très fier de présenter mon nouveau projet de loi d'initiative parlementaire, le projet de loi , Loi de Sergueï Magnitski sur la lutte contre la corruption et la défense des droits de la personne à l'échelle internationale. Je tiens à remercier mon comotionnaire, le député de Peterborough...
Philip Lawrence: Northumberland—Clarke.
James Bezan: Madame la Présidente, j'y étais presque. J'aurais dû consigner cette information.
Comme moi, le député a présenté un projet de loi au cours de la dernière législature. Au cours de la présente législature, nous avons regroupé les projets de loi et nous les avons étoffés pour composer avec les dirigeants étrangers corrompus et les kleptocrates issus de diverses théocraties et dictatures. Dans ces régimes, surtout les régimes communistes, les gens continuent d'utiliser leur pouvoir et leur influence pour se comporter en kleptocrates, se livrer à la corruption et perpétrer des atrocités contre leur propre peuple.
Le projet de loi modifierait la Loi sur le ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement ainsi que la Loi sur la justice pour les victimes de dirigeants étrangers corrompus, également connue sous le nom de loi de Sergueï Magnitski, que la sénatrice Raynell Andreychuk et moi avons présentée en 2017 et qui est devenue loi. Le projet de loi modifierait également la Loi sur les mesures économiques spéciales afin d'en changer le titre abrégé pour la Loi sur les sanctions internationales de type Sergueï Magnitski. Enfin, il modifierait la Loi sur la radiodiffusion.
Afin que tout le monde sache qui est Sergueï Magnitski, au cas où on n'aurait pas entendu parler de son histoire, un homme que beaucoup de députés connaissent peut-être, Bill Browder, a écrit un livre intitulé Notice rouge. Cet Américain a été le plus grand investisseur étranger en Russie jusqu'en 2005. En 2008, il est devenu évident que les kleptocrates du Kremlin se servaient de son ancienne entreprise pour faire de l'évasion fiscale et de la fraude fiscale. Il a donc embauché un avocat et un comptable du nom de Sergueï Magnitski, qui a mis au jour la plus grande fraude fiscale de l'histoire de la Russie. Il a ensuite été arrêté, détenu, torturé et tué. C'est une chose atroce qui s'est produite. Il est mort en détention dans une prison russe le 16 novembre 2009.
Aucune des personnes responsables de la fraude, des fausses accusations et des accusations criminelles qui ont été portées contre lui et aucune des personnes qui se sont enrichies en puisant dans les coffres du gouvernement dans le cadre de la fraude fiscale qu'elles ont commise au nom de Bill Browder n'ont été sanctionnées et traduites en justice. Nous ne pouvons pas permettre au Canada ou à ses alliés de rester les bras croisés pendant que des auteurs de graves violations des droits de la personne et des dirigeants étrangers corrompus continuent de commettre des atrocités, de s'enrichir, de maltraiter leurs citoyens et, au bout du compte, de se défiler. Le Canada ne peut pas être un refuge pour ces gens.
Le Parlement a commencé à se pencher sur cette question en 2012. Bill Browder, l'ancien chef de l'opposition de la Russie Boris Nemtsov et Vladimir Kara-Murza, du Parti de la liberté du peuple, sont venus au Parlement pour demander au gouvernement de l'époque d'adopter des sanctions Magnitski afin de protéger les défenseurs des droits de la personne en Russie et de veiller à ce que les militants prodémocratie du monde entier soient mieux protégés, car il s'agissait de nommer, de dénoncer et de sanctionner ces personnes, et de leur interdire l'accès à des pays alliés.
En 2012, les États‑Unis ont promulgué la première loi Magnitski. Le Parlement européen a promulgué la sienne en 2013. Comme nous le savons tous, le 27 février 2015, Nemtsov a été assassiné sur le pont qui se trouve juste à côté du Kremlin.
Au Canada, en mars 2015, la Chambre et le Sénat ont présenté des résolutions, qui ont été adoptées à l'unanimité, pour demander au gouvernement d'imposer des sanctions Magnitski. En 2017, le projet de loi de Sergueï Magnitski, que la sénatrice Andreychuk a présenté au Sénat et que j'ai parrainé à la Chambre, a été adopté à l'unanimité.
Apposer le nom de Sergueï Magnitski à notre régime de sanctions envoie un message politique fort contre la dictature brutale de Poutine et ses alliés tout aussi corrompus. Dans le préambule du projet de loi, il est demandé au gouvernement de continuer à collaborer avec nos amis partout dans le monde afin de créer la cour internationale de lutte contre la corruption à La Haye. C'est une mesure préconisée par Integrity Initiatives International. Le Canada, les Pays‑Bas et l'Équateur ont publié une déclaration en novembre 2022 pour favoriser la création de cette cour. J'ai participé à une conférence téléphonique la semaine dernière, et ce processus se poursuit.
Nous avons besoin d'une cour internationale de lutte contre la corruption. Si nous pouvions arrêter et poursuivre les dirigeants étrangers corrompus, nous réduirions non seulement les crimes commis contre les citoyens de ces pays, mais aussi probablement le nombre de crimes contre l'humanité. Avant de devenir des maniaques génocidaires, ces personnes commencent toujours par être des dirigeants étrangers corrompus. Elles détournent d'abord des biens et de l'argent du trésor public pour se remplir les poches, puis elles commencent à maltraiter leurs concitoyens. C'est alors que nous assistons à des génocides, à des crimes de guerre, à des violations des droits de la personne et à l'emprisonnement de prisonniers politiques et d'opinion.
Je vais passer en revue ce que ferait ce projet de loi. Premièrement, il exigerait du ministre des Affaires étrangères qu'il publie un rapport annuel comprenant les mesures prises par le gouvernement du Canada afin de faire progresser les droits de la personne à l'échelle internationale, ainsi que le nom et la situation de détention des prisonniers d'opinion dans le monde, en particulier des Canadiens détenus dans d'autres pays. C'est important, et nous avons maintenant une définition de ce qu'est un prisonnier d'opinion. J'y reviendrai plus tard.
Nous modifierions également la Loi sur la justice pour les victimes de dirigeants étrangers corrompus, ou la loi de Sergueï Magnitski, et la Loi sur les mesures économiques spéciales afin qu'elles soient mieux harmonisées et qu'elles n'entrent plus en conflit l'une avec l'autre, et nous nous alignerions sur ce que font nos alliés.
Nous définirions ce qu'est la répression transnationale et sanctionnerions les étrangers qui commettent ce genre d'acte au Canada et ailleurs. Nous interdirions de territoire les membres de la famille immédiate des étrangers sanctionnés afin que le Canada ne puisse pas être utilisé comme refuge ou comme endroit où cacher leurs enfants, leur conjoint, leurs concubines et leurs petites amies, comme ils le font souvent pour leur transférer illégalement leurs fonds illicites au Canada ou pour protéger leur famille contre les personnes mêmes dont ils abusent dans leur pays. Le projet de loi obligerait le gouvernement à déposer au Parlement le nom des étrangers et des entités étrangères qui sont ajoutés à la liste des sanctions afin d'assurer une meilleure transparence. Ce rapport serait déposé à la Chambre afin que les parlementaires puissent l'examiner.
Le projet de loi obligerait la GRC et le Centre d'analyse des opérations et déclarations financières du Canada à faire rapport au ministre des Affaires étrangères sur l'élaboration, l'administration et l'application des sanctions. J'y reviendrai un peu plus tard. Il permettrait aux comités parlementaires de recommander des noms et des entités à sanctionner, et il obligerait le ministre à faire rapport de cette décision à la Chambre, ou au Sénat si le comité et le Sénat devaient entreprendre ces études.
Il s'agit d'une occasion pour les diasporas de partout au Canada de participer directement au processus visant à déterminer pourquoi certains individus devraient être ajoutés aux listes, ou peut-être pourquoi ils ne devraient pas l'être. Ce projet de loi modifierait également la Loi sur la radiodiffusion afin de révoquer immédiatement les licences des médias exploités par des entités, des personnes ou des États sanctionnés que la Chambre ou le Sénat ont reconnus comme ayant commis un génocide. Tous les médias de ces acteurs seraient immédiatement bannis des ondes canadiennes.
La répression transnationale est définie comme les tactiques employées par un État étranger pour intimider, harceler, surveiller ou menacer des individus ou des groupes se trouvant hors des frontières de l'État ou blesser physiquement de tels individus ou des membres de tels groupes, notamment des représentants élus, des dissidents politiques, des défenseurs des droits de la personne, des journalistes en exil, des communautés diasporiques, des activistes de la société civile et des réfugiés, dans le but de réprimer la dissidence et l'activisme.
Nous savons que les régimes corrompus de la République populaire de Chine, du Parti communiste chinois, de l'Iran et de la Russie agissent ainsi au Canada en ce moment même. Nous entendons constamment ce genre d'histoires. Pas plus tard que le 13 novembre, le Globe and Mail rapportait que le directeur du SCRS a prévenu que la Chine et la Russie continuent de cibler le Canada. Quand je rencontre des membres des diasporas, ils me racontent d'innombrables histoires sur des individus ayant des liens avec le gouvernement de leur pays d'origine, ou avec les ambassades et les consulats d'un bout à l'autre de notre pays, et qui intimident les familles.
Lors des dernières élections, la GRC et le Service canadien du renseignement de sécurité ont recommandé à Joe Tay, qui était le candidat conservateur dans la circonscription de Don Valley‑Nord, de ne pas faire de porte-à-porte parce que sa vie était en danger. Cet avis était fondé sur des renseignements qu'ils avaient reçus par l'entremise de personnes qui les avaient informés que des agents étrangers travaillaient contre lui. Bien sûr, Joe a un statut de célébrité au sein de la communauté chinoise et hongkongaise, et en tant que défenseur des Hongkongais, il est maintenant ciblé à la fois par le conseil exécutif de Hong Kong et par le régime de Pékin.
Nous connaissons l'histoire des postes de police chinois qui ont été mis sur pied partout au Canada pour intimider les Canadiens d'origine chinoise afin qu'ils ne fassent rien qui va à l'encontre des volontés de la Chine.
Il y a une très petite communauté ouïghoure au Canada. La semaine dernière, un certain nombre de Ouïghours sont venus à mon bureau. Une jeune femme m'a dit qu'elle s'était installée au Canada et qu'elle avait commencé à dénoncer le génocide et les atrocités perpétrés contre son peuple, comme les camps de travail forcé, la stérilisation et la reprogrammation, c'est-à-dire le lavage de cerveau des enfants, qui les prive de leur foi et de leur langue. La mère de cette femme est très malade et vit encore en Chine, et on la prive de soins à cause des activités de sa fille qui est ici, au Canada, et qui lutte pour les droits de la personne et la liberté.
La fin de semaine dernière, j'ai participé au Forum d'Halifax sur la sécurité internationale. Je me suis entretenu avec la directrice générale du Congrès mondial des Ouïghours. Elle m'a dit qu'elle avait commencé à dénoncer le gouvernement chinois et le régime communiste de Pékin, et que sa sœur avait été arrêtée en 2018. Cela fait sept ans qu'elle n'a plus de contact avec elle.
Les familles des adeptes du Falun Gong qui font du militantisme sont également ciblées, tout comme les mécènes de Hong Kong Watch.
Nous savons aussi que la communauté iranienne du Canada est prise pour cible par des agents de la théocratie de Téhéran, qui se déplacent dans des voitures de police peintes aux couleurs du Corps des gardiens de la révolution islamique.
La seule chose que nous allons exiger, c'est que le ministre publie une fois par année un rapport sur les mesures prises par le gouvernement relativement aux prisonniers d'opinion et aux activités de défense des droits de la personne. Un prisonnier d'opinion est une personne qui, en contravention des normes internationales en matière de droits de la personne, est détenue ou autrement restreinte dans sa liberté physique du seul fait de son identité ou de ses croyances, y compris ses convictions religieuses ou politiques.
Une fois de plus, des membres de nombreuses communautés de la diaspora nous ont dit que c'est ce qui se passe, tout comme des familles de prisonniers d'opinion. On nous parle aussi de Jimmy Lai. Ce magnat des médias âgé de 77 ans a subi un simulacre de procès qui a duré des mois. Il a été détenu en isolement cellulaire pendant plus de 1 700 jours sans avoir accès à ses médicaments. Sa santé est chancelante, et il est détenu là-bas parce qu'il défend la démocratie à Hong Kong. Bien sûr, on ne peut rien attendre du conseil exécutif à ce sujet à Pékin ou à Hong Kong.
Vladimir Kara-Murza, qui appuie ce projet de loi et qui est déjà venu ici, a été ciblé et empoisonné à deux reprises par des agents russes. Il s'est retrouvé dans le coma à un certain moment. Il a ensuite été emprisonné en 2022 pour avoir critiqué l'invasion de l'Ukraine par Poutine et sa machine de guerre. Il s'est montré solidaire de l'Ukraine, et il a été arrêté et détenu. Un échange de prisonniers lui a heureusement permis d'être libéré. Il est maintenant libre de nouveau. Il m'a dit que la seule chose qui donne des résultats, c'est l'attention du public. N'eût été l'attention du public, il dit qu'il serait mort en Sibérie.
Nous avons continué de parler de Vladimir Kara-Murza. La Chambre a adopté à l'unanimité une motion présentée par mon ami de Calgary, l'actuel de la Chambre. Cette motion visait à accorder la citoyenneté honoraire à Vladimir Kara-Murza. C'est grâce à cette initiative qu'il est libre aujourd'hui, et il en va de même pour les deux Michael. Lorsque nous pouvons mettre en lumière ce type de corruption, ces atrocités et ces violations des droits de la personne, on peut libérer des gens et mieux défendre la démocratie, les droits de la personne et la liberté.
:
Madame la Présidente, je suis honoré aujourd'hui de prendre la parole au sujet des efforts déployés par le Canada pour faire progresser les droits de la personne et lutter contre la corruption, notamment par le recours à des sanctions. Je me réjouis à l'idée de continuer d'explorer les possibilités offertes par le projet de loi.
Le Canada est déterminé à perpétuer l'héritage laissé par Sergueï Magnitski en établissant un cadre mondial pour lutter contre la corruption et les violations des droits de la personne. Qu'il s'agisse de tenir les États responsables des violations, de défendre les droits des femmes et des filles, des peuples autochtones et des groupes vulnérables ou de lutter contre la menace de la répression transnationale, les droits de la personne restent au cœur de l'identité canadienne. Ces valeurs sont le fondement de notre politique étrangère, comme l'a souligné la . Elles sont fondamentales et nécessaires pour assurer la sécurité et la prospérité d'une société.
Je tiens tout d'abord à remercier le député de d'avoir présenté le projet de loi d'initiative parlementaire . Ce projet de loi souligne un objectif que nous avons en commun à la Chambre, soit celui de travailler ensemble pour promouvoir et protéger les droits de la personne à l'échelle internationale et pour moderniser la façon dont le Canada impose des sanctions.
[Français]
Je salue également le travail accompli par le député de , qui a présenté un projet de loi similaire lors de la législature précédente. Tout comme son prédécesseur, le projet de loi met en lumière les moyens importants mis en oeuvre par le Canada pour protéger les droits de la personne à l'échelle internationale.
[Traduction]
Le projet de loi vise essentiellement à modifier quatre lois, soit la Loi sur le ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement, la Loi sur les mesures économiques spéciales, la Loi sur la justice pour les victimes de dirigeants étrangers corrompus, ou loi de Sergueï Magnitski, et la Loi sur la radiodiffusion.
Le projet de loi part d'une excellente intention et comprend des mesures importantes en vue de moderniser notre approche. Toutefois, telles qu'elles sont actuellement rédigées, certaines dispositions pourraient inopinément compromettre la sécurité privée ou publique et nuire à l'efficacité des sanctions. Nous estimons essentiel de renvoyer cette mesure au Comité des affaires étrangères. C'est le bon endroit pour examiner en profondeur ce projet de loi afin de s'assurer qu'il reflète les valeurs canadiennes et les objectifs communs que nous avons tous à la Chambre en ce qui concerne les droits de la personne et la protection des personnes et de la société.
Je vais résumer des éléments clés du projet de loi et nommer les aspects auxquels l'examen en comité pourrait apporter une valeur ajoutée importante et significative. Si le gouvernement, comme dans tous les pays du monde, joue un rôle central dans la protection des droits de la personne, il n'est pas seul à le faire. Jour après jour, des défenseurs des droits de la personne, des militants, des journalistes, des avocats, des chefs de file communautaires et des citoyens ordinaires sont la cheville ouvrière de la reddition de comptes et du progrès. Leurs idées, leurs vécus et leurs liens avec la communauté renforcent les politiques et les institutions démocratiques partout dans le monde. Les soutenir n'est pas facultatif. C'est un impératif. Nous devons particulièrement les soutenir lorsqu'ils sont en danger.
[Français]
Le document « Voix à risque: Lignes directrices du Canada pour le soutien des défenseurs des droits de la personne » reflète l'engagement du gouvernement à soutenir leur travail essentiel et courageux. Les représentants canadiens à l'étranger adaptent ces lignes directrices au contexte local et aux besoins spécifiques de chaque personne, de chaque cas. Ils le font afin d'offrir le soutien et la défense les plus efficaces possibles, souvent en étroite collaboration avec nos partenaires.
[Traduction]
Le Canada considère comme une affaire consulaire toute menace pesant sur un défenseur des droits de la personne qui est citoyen canadien, qu'il ait la double citoyenneté ou non. Ces affaires sont suivies de près par les fonctionnaires canadiens qui fournissent habituellement une aide consulaire tous les jours. Cela fait partie de la Convention de Vienne.
Bien que le projet de loi vise à protéger les défenseurs des droits de la personne, nous craignons que certaines dispositions proposées mettent en danger la sécurité de ces gens, y compris ceux qui sont citoyens canadiens. Je sais que la sécurité de ces défenseurs est d'une importance primordiale pour nous tous à la Chambre, et j'ai hâte d'examiner ces questions de manière plus approfondie avec le comité.
Le gouvernement reconnaît et apprécie le rôle que joue le Parlement non seulement dans l'étude des sanctions, mais aussi dans le renforcement de notre régime de sanctions, des outils de protection des droits de la personne et des outils de lutte contre la corruption et d'autres graves problèmes.
L'adoption d'un projet de loi d'intérêt public du Sénat, le projet de loi , en 2017, est un exemple des efforts déployés par le Parlement pour améliorer le régime de sanctions en réponse aux violations des droits de la personne et aux actes de corruption grave. Deux rapports, déposés respectivement au Sénat et à la Chambre en 2023 et 2024, ont montré à quel point notre travail à la Chambre est important pour garantir que le gouvernement réponde aux désirs, à la volonté et aux aspirations des Canadiens.
Les sanctions sont un élément clé de l'approche du Canada visant à protéger l'ordre fondé sur des règles et à faire progresser les droits de la personne. Récemment, nous avons constaté une augmentation significative du recours aux sanctions à mesure que les conflits s'intensifiaient, comme dans le cas de l'Ukraine. Depuis 2022, le Canada a sanctionné près de 2 300 personnes et plus de 1 000 entités ou navires. Il s'agit d'une augmentation exponentielle du nombre de sanctions que nous avons imposées. Cependant, nous voulons en même temps réexaminer constamment notre régime de sanctions afin de nous assurer qu'il répond à son objectif.
[Français]
Notre gouvernement reste fermement engagé à faire en sorte que le Canada joue un rôle de premier plan dans la préservation et le renforcement d'un ordre international fondé sur des règles. Les sanctions sont un instrument essentiel pour faire progresser cette approche.
[Traduction]
Cependant, comme je l'ai dit, nous devons mettre à jour la boîte à outils des sanctions. Je suis très heureux que le député ait ajouté le concept de répression transnationale, et je réfléchis au fait que le Bloc québécois y voit également un nouveau déclencheur important de sanctions. Nous l'acceptons respectueusement et nous pensons que c'est un ajout important.
Cependant, nous pensons que le projet de loi peut être renforcé par l'ajout d'autres déclencheurs, comme le passage de clandestins, l'ingérence étrangère, les cyberattaques et les attaques hybrides, le crime organisé, l'affaiblissement de la démocratie et la détention arbitraire. Ce sont des choses qui devraient aussi déclencher l'imposition de sanctions, comme la répression transnationale.
Je tiens à souligner que, dans tout cela, pour que les sanctions soient efficaces, nous devons nous appuyer sur des données probantes et réfléchir avant de les imposer. Nous ne voulons pas ajouter un coût au système. Nous voulons trouver une façon efficace, à la fois sérieuse et importante, de faire en sorte que les contribuables canadiens puissent dire que c'est de l'argent bien dépensé. Par conséquent, j'invite également le comité à examiner le projet de loi sous cet angle pour veiller à ce que nous utilisions efficacement les fonds publics dans le cadre de la promotion des droits de la personne et de la défense contre la corruption. La transparence, la reddition de comptes, l'engagement parlementaire, la coopération entre agences et l'information sont des choses qui pourraient ajouter des coûts, mais qui pourraient aussi être très efficaces et faire partie d'une boîte à outils qui serait à la fois efficace et qui permettrait d'économiser des fonds publics.
Une partie du projet de loi que je comprends moins bien, car elle ne relève pas de mon domaine de compétence, est celle qui concerne la Loi sur la radiodiffusion. Toutefois, comme nous tous, je comprends que les médias jouent un rôle essentiel et important dans la promotion des droits de la personne. La disposition du projet de loi qui concerne la radiodiffusion vise à limiter la prolifération des contenus diffusés par des entreprises de radiodiffusion titulaires d'une licence qui sont susceptibles d'être influencées par des étrangers ou des entités étrangères, en particulier ceux qui ont commis un génocide ou qui font l'objet de sanctions de la part du Canada. C'est un point sur lequel nous sommes tous d'accord. Cependant, nous souhaitons examiner toutes les recommandations contenues dans le projet de loi, qui deviendrait une loi, afin de nous assurer qu'elles permettraient réellement d'atteindre cet objectif tout en préservant la liberté de la presse.
En conclusion, nous avons hâte de poursuivre le débat sur le projet de loi . Nous sommes prêts à le renvoyer à un comité. Nous voulons appuyer le travail du député, mais nous appelons et encourageons aussi le comité à faire preuve de diligence raisonnable à l'égard du projet de loi. Nous voulons voir en quoi un comité parlementaire peut le rendre plus efficace, afin qu'il permette de mieux défendre les droits de la personne et de mieux lutter contre la corruption, et qu'il soit efficace pour s'attaquer non seulement aux problèmes d'aujourd'hui, mais aussi à ceux de demain. Comme il s'agit d'une mesure législative permanente, nous voulons veiller à ce qu'elle soit à la hauteur de ses objectifs aujourd'hui et demain.
Je remercie encore une fois le député de de sa collaboration continue et de son discours sur le projet de loi. J'ai hâte que celui-ci soit renvoyé au comité pour que les députés puissent en faire une loi des plus efficaces.
:
Madame la Présidente, je suis vraiment content de pouvoir faire ce discours, ce soir, parce qu'il est très important pour moi.
Plusieurs de mes collègues à la Chambre auront sûrement constaté, tout comme moi, que l'importance accordée au travail parlementaire et aux travaux de comité depuis le début de la nouvelle législature ne semble peut-être pas tellement intéresser le du Canada. Ce dernier paraît bien trop occupé à rencontrer des dirigeants de pays que je qualifierais de peu fréquentables, pour rester poli; la Chine, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis.
Pendant ce temps, des parlementaires travaillent d'arrache-pied en comité pour améliorer les projets de loi ou collaborer à la rédaction de rapports et de recommandations sur des dossiers souvent complexes, avec des témoignages souvent poignants, voire difficiles à entendre. Sur ce point, je pense notamment à mes collègues avec qui j'ai l'honneur de siéger au Sous‑comité des droits internationaux de la personne ou à mes amis du Comité permanent de la citoyenneté et de l'immigration avec qui j'ai récemment étudié le projet de loi , qui porte sur les Canadiens perdus et dont les amendements, appuyés par la majorité des membres du Comité, ont été défaits une fois rendus à la Chambre.
Je me dois aujourd'hui de rappeler toute l'importance des travaux réalisés par les parlementaires en comité. Je sais à quel point c'est un aspect de notre travail qui demande beaucoup de rigueur, de précision et, surtout, de volonté de vouloir collaborer et améliorer les choses. Malheureusement, comme on le sait, le travail en comité n'est pas ce qui est le plus sexy ni ce que les gens regardent à la télévision. Pourtant, c'est là que se fait le travail le plus important pour la suite des choses et pour l'effet que cela aura concrètement dans la vie des gens.
Malheureusement, comme je le disais d'entrée de jeu, je ne crois pas que ce gouvernement en comprenne bien toute la portée législative ou qu'il mesure l'ampleur du travail que cela représente. Sans vouloir faire de jeu de mots comme le font mes amis conservateurs, le travail en comité, who cares? C'est probablement ce que nous répondrait le premier ministre. Je dis cela car si le projet de loi dont il est question aujourd'hui reprend plusieurs aspects du projet de loi , certains éléments sont bien différents.
Le projet de loi déposé par notre collègue conservateur de , à qui j'envoie mes pensées parce que je sais que c'est quelqu'un d'extraordinaire avec qui c'est bien de travailler et qui vit des situations difficiles ces temps-ci, reprend en partie le projet de loi C‑281 mort au Feuilleton au Sénat après avoir obtenu l'appui unanime de la Chambre des communes à la troisième lecture, y compris celui du Bloc québécois.
Comme je le disais, le projet de loi C‑219 reprend certains aspects du projet de loi C‑281, mais il y a quand même des différences notables. Le travail en comité deviendra donc essentiel, et je pense que mes collègues libéraux l'ont dit, pour vérifier la portée du projet de loi et ses effets, et voir à proposer des amendements au besoin. Je pense notamment au fait, et mon collègue de en a parlé lors d'une question tantôt, que la demande de publier les noms et les statuts de prisonniers politiques pourrait ne pas être désirée par les membres des familles immédiates pour plusieurs raisons évidentes. On peut imaginer, par exemple, qu'une famille craigne des représailles du pays en question et qu'elle ne veuille absolument pas rendre publiques les informations. C'était d'ailleurs un aspect qui avait été soulevé par le Bloc québécois lors de l'étude du projet de loi C‑281.
Le projet de loi introduit aussi le concept de répression transnationale, une demande qui avait également été faite par le Bloc québécois. Nous avions même inclus cela dans notre plateforme électorale. Je remercie mon collègue qui est parrain du projet de loi d'avoir inscrit ce concept dans son projet de loi. C'est super important. C'est surtout très d'actualité. Le monde change à la vitesse grand V et la répression transnationale se vit ici, au Québec et au Canada. Mes amis ouïghours, mes amis tibétains, mes amis de Taïwan, mes amis de Hong Kong le diront. C'est assez évident. En ce sens, que ferait réellement ce projet de loi?
Le projet de loi C‑219 modifie plusieurs lois, y compris la loi de Sergueï Magnitsky, afin de prévoir notamment « que les actes de répression transnationale soient sanctionnés », ce qui est très positif, et « qu'il ne peut être délivré de visa ou autre document aux membres de la famille immédiate d'un étranger visé par un décret ou règlement... ». Le texte modifie par ailleurs la Loi sur les mesures économiques spéciales afin d'en changer le titre intégral pour le titre abrégé suivant: « Loi sur les sanctions internationales de type Sergueï Magnitsky ». M. Magnitsky s'est retrouvé dans une prison de Moscou où il a été torturé pendant 358 jours pour une histoire d'évasion fiscale. Il a succombé de façon sinistre à une pancréatite non traitée en 2009, à l'âge de 38 ans.
Le projet de loi propose en ce sens une définition de ce qu'est un prisonnier d'opinion. La voici:
[...] une personne qui, en contravention des normes internationales en matière de droits de la personne, est détenue ou autrement restreinte dans sa liberté physique du seul fait de son identité ou de ses croyances, y compris ses convictions religieuses ou politiques.
Comme je le disais tout à l'heure, le projet de loi ajoute également une définition de la répression transnationale. Il s'agissait, je le répète, d'une proposition du Bloc québécois faite lors de la dernière campagne électorale. Comme nous avons moins de députés pour pouvoir déposer des projets de loi, nous en profitons quand nos collègues le font.
Voici la définition de « répression transnationale » qui est donnée dans le projet de loi:
Tactiques employées par un État étranger pour intimider, harceler, surveiller ou menacer des individus ou des groupes se trouvant hors des frontières de l'État ou blesser physiquement de tels individus ou des membres de tels groupes, notamment des représentants élus, des dissidents politiques, des défenseurs des droits de la personne, des journalistes en exil, des communautés diasporiques, des activistes de la société civile et des réfugiés, dans le but de réprimer la dissidence et l'activisme.
Alors que je prononce ces mots à la Chambre, j'ai à l'esprit plusieurs membres de communautés diverses qui subissent, ici même, jour après jour, semaine après semaine, le fardeau de la répression étrangère, de la répression transnationale. Ce sont des défenseurs des droits de la personne, des personnes réfugiées, des activistes de la société civile. Ces gens, qui étaient autrefois des connaissances, sont maintenant devenus des amis. Je ne peux pas les nommer personnellement, mais je sais pertinemment qu'ils se reconnaîtront. Je pense à ces personnes qui ont à cœur la démocratie et la justice et qui, par leur simple volonté de croire en des jours meilleurs pour les leurs, subissent de l'intimidation, du harcèlement, des menaces, et même des emprisonnements et de la torture.
Je pense à M. Jimmy Lai, un défenseur des droits de la personne qui est devenu aujourd'hui une figure marquante de la lutte pour la liberté et la démocratie. En ce moment, M. Lai, qui est âgé de 77 ans, croupit dans des conditions pitoyables dans une prison de Hong Kong. Son crime, c'est d'avoir soutenu le journalisme et la liberté de presse. Évidemment, j'ai une pensée pour son fils, Sebastien, à qui je témoigne de nouveau ma solidarité.
La répression prend des formes sournoises, si sournoises qu'elles sont parfois difficiles à percevoir. Quiconque la perpétue doit être tenu responsable de ses actes. Le projet de loi ajoute donc à la loi le fait que des sanctions peuvent être prises dans le cas de répression transnationale. Le projet de loi forcerait aussi le ministre à répondre à une motion du Parlement demandant la prise de sanctions contre un dirigeant étranger corrompu.
C'est donc dire que, tout comme mes collègues du Bloc québécois, j'appuierai le projet de loi de mon collègue de . Bien que les dispositions de la loi de Sergueï Magnitski et de la Loi sur les mesures économiques spéciales permettent toutes deux l'application de sanctions ciblées, dans la pratique, seule la Loi sur les mesures économiques spéciales est utilisée à cette fin actuellement. Il n'y a donc aucun recours à la loi de Sergueï Magnitski pour appliquer des sanctions ciblées depuis 2018. Le projet de loi de mon collègue permet donc aussi de raviver les discussions à ce sujet, ce qui, à mes yeux, est extrêmement bénéfique.
Je termine mon discours en saluant le travail de mon collègue et en lui confirmant que le Bloc québécois soutiendra le projet de loi , qui devra toutefois être étudié en comité. Nous allons faire notre travail de façon rigoureuse et de façon collaborative, comme d'habitude. Je suis plus que prêt à collaborer avec mes collègues qui siègent avec moi. Ce projet de loi risque d'être étudié au Comité permanent des affaires étrangères et du développement international, auquel je siège. Nous allons être là. Je pense que c'est un projet de loi qui peut véritablement changer les choses et avoir des répercussions concrètes pour des gens qui se battent pour la liberté des leurs.
Je suis très heureux d'avoir pu prononcer ce discours ce soir.
:
Madame la Présidente, j'ai eu le privilège de travailler aux côtés du député de sur plusieurs dossiers, de l'époque où j'étais conseiller pour le gouvernement Harper jusqu'à aujourd'hui. J'ai pu constater directement son engagement inébranlable à l'égard des droits de la personne, de la responsabilité et de la primauté du droit. Tout au long de sa carrière, il a montré qu'il possédait une grande compréhension des affaires internationales. Il a toujours fait preuve d'une excellente éthique de travail et employé une approche fondée sur des principes pour défendre les valeurs canadiennes. Je l'ai vu de mes propres yeux alors que nous marchions dans les rues pavées de Kiev au milieu de manifestants en liesse, et, plus tard, au milieu de bâtiments incendiés et de ces mêmes pierres que les gens avaient arrachées du sol pour se défendre.
Le député n'agit pas par opportunisme politique. Il agit avec lucidité et conviction, conscient de sa responsabilité envers les Canadiens et envers ceux dont les libertés sont menacées. En appuyant son projet de loi, on reconnaît non seulement l'urgence de la question dont nous sommes saisis, mais on rend aussi hommage au dévouement et au leadership dont il fait preuve à la Chambre. Il a défendu des mesures visant à protéger les Canadiens et à contrer la menace bien réelle posée par les régimes autoritaires qui cherchent à projeter leur influence chez nous. Ce projet de loi permettrait au gouvernement canadien de lutter contre les violations des droits de la personne, la corruption des dictateurs et la répression transnationale.
Partout au pays, les personnes qui ont fui la persécution et la violence s'attendent à juste titre à être en sécurité. Elles s'attendent à ce que leur foyer soit un sanctuaire, loin du cauchemar et du dictateur auxquels elles ont échappé, mais des rapports montrent que les régimes autoritaires suivent leurs citoyens au Canada pour les intimider, les contraindre et les réduire au silence. C'est une réalité; cela se produit actuellement.
Les lois actuelles ne sont plus adaptées aux tactiques utilisées par ces régimes. Le projet de loi propose de la clarté, de la responsabilité et des mécanismes d'application de la loi. Il empêcherait les personnes responsables d'actes de corruption et de violations des droits de la personne d'utiliser le Canada comme refuge.
Dans mon discours, j'aborderai trois aspects de la question: le contexte, les raisons qui rendent le projet de loi nécessaire et notre devoir en tant que députés.
Sergei Magnitsky a été torturé à mort pour avoir dénoncé la corruption au Kremlin et, depuis sa tombe, il a donné au monde libre son arme la plus puissante contre les nouveaux régimes autoritaires: des sanctions ciblées qui frappent les tortionnaires, les kleptocrates et leurs complices là où cela fait le plus mal, à savoir leurs comptes bancaires et leurs visas.
Aujourd'hui, Pékin, Téhéran, Moscou et leurs mandataires ont le bras long. Leur influence s'étend jusqu'au Canada. Les menaces de mort, les chasseurs de primes, les services de police clandestins et les dissidents victimes d'intimidation abondent chez nous. Plus que de la simple criminalité, ce sont des activités de répression transnationale qui exportent la tyrannie au cœur du monde libre.
Grâce à la persévérance dont a fait preuve le député de pendant plus de 10 ans, nous avons déjà inscrit les violations des droits de la personne dans les dispositions de la loi de Magnitski il y a près de 10 ans. Nous devons maintenant préciser ces dispositions pour en faire des outils spécialisés de lutte contre la répression transnationale en imposant des conséquences rapides, automatiques et impitoyables à tout régime qui ose pourchasser ses détracteurs en sol canadien.
Pendant la Guerre Froide, nous avons fixé la limite à ne pas dépasser. Aujourd'hui, nous devons en faire autant. Le Canada ne sera jamais le terrain de chasse des dictateurs. Nous allons les démasquer, geler leurs avoirs et leur imposer des sanctions.
L'histoire de M. Magnitski n'est pas seulement un exemple de courage; elle nous rappelle qu'une seule personne armée de la vérité peut dévoiler tout un système de mensonges. Son meurtre visait à faire peur aux autres et à les réduire au silence, mais il a plutôt déclenché un mouvement international qui a forcé les démocraties à se poser une question difficile: croyons-nous toujours aux conséquences morales ou sommes-nous prêts à laisser le pouvoir excuser n'importe quoi?
C'est ce qui fait que le débat d'aujourd'hui est plus qu'une question de politique. C'est une déclaration sur ce que les Canadiens choisissent d'être à une époque où les régimes autoritaires pensent que le monde est devenu trop fatigué, trop distrait ou trop divisé pour leur tenir tête. Notre réponse doit être calme, claire et confiante. Le Canada ne renoncera pas à son rôle de défenseur des personnes qui risquent tout pour dire la vérité dans les pays où la vérité est traitée comme un crime.
Nous ne pouvons pas parler de ce sujet sans parler du monde dans lequel nous vivons aujourd'hui, un monde dans lequel les régimes autoritaires sont enhardis par les nouvelles technologies. Auparavant, il fallait que des agents secrets traversent les frontières pour accomplir certaines choses, mais maintenant, il suffit d'avoir un téléphone, une télévision, un consulat ou un groupe d'agents qui travaillent discrètement dans nos collectivités. La répression transnationale n'est pas une théorie abstraite. Elle est présente dans des villes de tout le pays et elle cible les personnes qui ont fait confiance au Canada pour leur donner ce que leurs pays d'origine leur ont refusé: la sécurité, le droit de parole et la liberté.
Si des États autoritaires peuvent s'introduire dans nos villes pour intimider leurs détracteurs, alors nous ne contrôlons plus l'espace que nous revendiquons comme étant le nôtre. C'est pourquoi notre réaction ne doit pas être symbolique ou lente; elle doit être assez prévisible pour que les dictateurs comprennent le coût des actes qu'ils envisagent et assez rapide pour que les victimes comprennent qu'elles ne sont pas seules.
Rebaptiser la Loi sur les mesures économiques spéciales Loi sur les sanctions internationales de type Sergueï Magnitski s'inscrit dans cette transparence. Nommer quelque chose en l'honneur d'un homme qui est mort parce qu'il a dit la vérité est un outil puissant qui montre que l'objet de la loi n'est pas dissimulé derrière un libellé technique ou un jargon bureaucratique. C'est une loi qui repose sur une frontière morale qui n'aurait jamais dû être floue. Ce nom indique à tous les Canadiens ce que la loi représente et il dit à tous les régimes autoritaires ce qui arrive quand le Canada agit.
Pendant la guerre froide existait une transparence que beaucoup de gens ont oubliée à notre époque. Une démarcation avait été établie entre le monde de la peur et le monde de la liberté. Aujourd'hui, les lignes de front ne figurent pas sur des cartes, mais elles sont tout aussi réelles. Elles passent à travers les téléphones des dissidents qui reçoivent des menaces à minuit et à travers les boîtes de réception de militants qui se font dire que les membres de leur famille restés dans leur pays vont souffrir. Elles traversent le cœur des communautés dont les membres sont venus au Canada en croyant fuir un régime, mais se sont rendu compte qu'ils étaient traqués jusqu'ici.
Si nous ne traçons pas une ligne maintenant, nous montrons à ces régimes que le Canada peut être influencé, que nos valeurs peuvent être façonnées par l'intimidation et que nos frontières peuvent être violées. C'est pourquoi nous renforçons les pouvoirs prévus dans la loi de Magnitski et nous les axons sur la répression transnationale. C'est pourquoi nous précisons la loi afin qu'elle ne puisse pas être éludée par des excuses ou du langage diplomatique.
L'héritage de M. Magnitski ne se limite pas à sa mort; il touche le monde qui y a réagi. Les démocraties se sont réunies parce qu'elles ont reconnu qu'un système qui permet à la corruption, à la torture et au meurtre de s'épanouir sans être contesté est un système qui finira par nous menacer tous. Le projet de loi dont la Chambre est saisie s'inscrit dans le même esprit; il établit un lien entre la lutte d'un homme dans une prison de Moscou et la sécurité d'une famille canadienne à Toronto, à Vancouver, à Calgary ou à Montréal.
En agissant, non seulement nous honorons le courage de M. Magnitski, mais nous rappelons au monde entier que le Canada n'est pas passif face à la cruauté. Nous rappelons aux personnes qui ont fui l'oppression que ce pays prend leur sécurité au sérieux, et nous rappelons aux personnes qui infligent l'oppression qu'elles subiront des conséquences même si elles croient que leurs frontières les protègent. C'est le cœur du projet de loi: une ligne clairement tracée, sans drame et sans hésitation, par un pays qui affirme que sa souveraineté ne se prête pas à la négociation et qu'on ne peut pas intimider sa population.
La répression transnationale constitue une menace directe pour la sécurité et la dignité de personnes vivant ici au Canada. Elle est menée par les régimes de Pékin, du Kremlin, de Téhéran et d'ailleurs. Les services de renseignement canadiens ont établi que ces gouvernements ont mené des opérations partout au pays, notamment des actes d'intimidation, de surveillance et de harcèlement à l'encontre de militants, d'étudiants et de journalistes, ainsi que des actes de persécution de communautés de la diaspora. Qu'ils soient sikhs, hindous, chrétiens, musulmans ou juifs, qu'ils viennent de Hong Kong, du Donbass, du Tibet ou du Turkestan oriental, ou qu'ils fassent partie des Iraniens qui s'opposent à leur régime, tous ceux qui viennent ici pour vivre en liberté doivent désormais faire face aux desseins des dictateurs qu'ils ont fuis.
Des membres de la famille immédiate de personnes que nous avons sanctionnées ont vécu dans le luxe au Canada pendant que leurs proches se livraient à des actes de corruption, de vol ou de répression violente à l'étranger. La tragédie du vol PS752 en est un exemple frappant. Les familles des victimes ont attendu des années pour obtenir une indemnisation, malgré le gel des avoirs du régime qui auraient pu être utilisés pour rendre justice.
Les avoirs russes pourraient et devraient être utilisés pour aider l'Ukraine à se défendre. Les fonds gelés devraient contribuer à rendre justice et à tenir responsables les auteurs des actes pour les personnes qui mènent aujourd'hui même une guerre pour leur survie.
Quand des gouvernements étrangers intimident ou menacent des personnes en sol canadien, cela constitue non seulement une violation des droits des personnes concernées, mais aussi un test de la force de nos lois et de nos institutions. Le projet de loi garantirait que le Canada réagisse de manière ferme, transparente et cohérente. Pour les personnes qui ont cherché refuge au Canada, pour celles qui vivent dans la crainte des régimes étrangers et pour les Canadiens qui s'attendent à ce que le gouvernement défende leur souveraineté, ce projet de loi apporterait clarté, protection et responsabilité.
Il incombe maintenant à la Chambre d'agir. Appuyer le projet de loi , c'est soutenir la primauté du droit, les victimes d'oppression et le Canada en tant que pays sûr et fondé sur des principes. Souhaitons que la partisanerie sera mise de côté pour que ce projet de loi soit adopté comme une mesure émanant du Parlement.
:
Madame la Présidente, je suis heureux de prendre la parole au sujet de ce projet de loi.
Depuis des générations, les gens du monde entier considèrent le Canada comme un chef de file en ce qui concerne les droits de la personne, les valeurs démocratiques et l'ordre international fondé sur des règles. Ces principes définissent qui nous sommes en tant que Canadiens, mais ils contribuent également à assurer notre sécurité. Ils protègent notre souveraineté et notre sécurité, et ils façonnent nos relations avec les pays du monde entier.
Aujourd'hui, dans le cadre de l'étude du projet de loi , nous examinons comment le Canada peut continuer de lutter contre les agressions commises par les régimes autoritaires, de défendre les droits de la personne et de protéger ceux qui sont ciblés par des régimes oppressifs, qu'ils vivent à l'étranger ou à l'intérieur de nos propres frontières, ici, au Canada.
Nous tenons ce débat dans le contexte où le paysage mondial a radicalement changé. La guerre injuste et illégale de la Russie contre l'Ukraine est l'un des exemples les plus évidents de l'importance de mettre en place des mécanismes de sanctions modernes et efficaces. Depuis le début de cette invasion brutale, la Russie tente d'éliminer l'Ukraine en tant que nation souveraine. Cette guerre a été marquée par des atrocités de masse, la déportation forcée d'enfants ukrainiens vers la Russie, la répression politique, l'intimidation transnationale des communautés de la diaspora ici, au Canada, la destruction délibérée de la culture et de l'identité ukrainiennes, et plus encore.
Le Canada a répondu en déployant l'un des régimes de sanctions les plus sévères au monde afin de demander des comptes aux responsables. Le Canada a réagi en prenant des mesures concrètes, non seulement en imposant des sanctions, mais également en offrant un soutien militaire, financier et humanitaire à l'Ukraine afin de l'aider à se défendre et à tenir la Russie responsable de ses actes.
Depuis 2022, le Canada s'est engagé à verser plus de 22 milliards de dollars en soutien à l'Ukraine. Je tiens à souligner une partie du soutien que nous avons offert, car je pense que c'est très important.
Nous avons accordé environ 6,5 milliards de dollars en aide militaire, ce qui comprend des missiles de défense aérienne, des obusiers M777, des chars d'assaut Leopard 2, des drones, des véhicules blindés et d'autres équipements essentiels.
La mission de formation militaire du Canada, l'opération Unifier, a permis de former plus de 44 000 soldats ukrainiens, et plus de 300 membres des Forces armées canadiennes sont encore déployés en soutien à cette mission. Quand je pense aux 44 000 Ukrainiens que le Canada a formés et qui sont prêts à se battre pour défendre leur pays, je suis fier. Le Canada s'est aussi engagé à verser 389 millions de dollars pour former des pilotes ukrainiens de chasseurs F‑16 et plus de 140 millions de dollars pour soutenir la production de drones en Ukraine.
Sur le plan financier, le Canada a fourni plus de 12,4 milliards de dollars en aide financière directe, ce qui représente la contribution la plus élevée par habitant de tous les pays du monde. Cela comprend plus de 6,75 milliards de dollars en prêts accordés par l'intermédiaire du FMI, 500 millions de dollars en prêts bilatéraux directs, la contribution de 5 milliards de dollars du Canada aux prêts du G7 dans le cadre de l'accélération de l'utilisation des recettes extraordinaires au profit de l'Ukraine, et bien plus encore. Le Canada a également joué un rôle de premier plan dans le renforcement de l'économie et de la résilience à long terme de l'Ukraine, notamment grâce à la modernisation et à la ratification par le Parlement de l'Accord de libre-échange Canada-Ukraine.
Voilà quelques-unes des mesures que nous avons prises pour soutenir les Ukrainiens depuis 2022. Cette liste n'est pas exhaustive, mais je tiens à souligner que le Canada est un chef de file mondial du soutien à l'Ukraine à plusieurs égards, notamment grâce à son aide financière, militaire et humanitaire, à son soutien diplomatique et à toute une série de mesures.
Il y a aussi des sanctions. Depuis 2022, le Canada a sanctionné près de 2 300 individus et plus de 1 000 entités en Russie, au Bélarus et en Ukraine. Au total, environ 4 900 individus et entités font actuellement l'objet de sanctions en vertu du régime de sanctions autonomes du Canada. Ces mesures sont importantes, vraiment. Elles permettent de restreindre des réseaux financiers, de bloquer des biens et de signaler que le Canada ne tolérera aucune violation du droit international. Elles imposent également des conséquences à ceux qui enfreignent les droits de la personne et l'ordre international fondé sur des règles qui protège les pays du monde entier ainsi que la souveraineté et la sécurité du Canada.
Je le souligne parce que cela montre l'ampleur du défi qui nous attend et l'importance des sanctions, qui sont l'un des outils qu'utilise le Canada en réponse à toute forme d'agression autoritaire. Le projet de loi traite directement de cette question. Il vise, selon moi, à renforcer le cadre des sanctions du Canada, à améliorer la reddition de comptes et à moderniser les outils que nous utilisons pour lutter contre les violations des droits de la personne et l'influence de l'autoritarisme.
Je tiens à remercier le parrain du projet de loi d'avoir soulevé ces questions importantes. Beaucoup d'éléments de ce projet de loi méritent un examen attentif, à mon avis.
Le projet de loi propose des changements importants et nécessaires qui sont, selon moi, cruciaux pour le Canada. Il propose notamment d'ajouter la répression transnationale comme motif de sanctions en vertu de la Loi sur les mesures économiques spéciales et de la loi de Magnitski. C'est de plus en plus important. On peut voir, partout dans le monde, des régimes qui harcèlent, qui menacent et même qui attaquent des dissidents vivant à l'étranger, y compris ici, au Canada. La Russie, l'Iran, la Chine et d'autres États emploient ces tactiques pour intimider des communautés, réprimer la liberté d'expression et étendre leur influence au-delà de leurs frontières. Le Canada doit disposer des outils nécessaires pour réagir de manière décisive.
Je crois que le projet de loi pourrait aller encore plus loin à l'égard de la répression transnationale en élargissant la portée de ces dispositions afin d'y inclure des motifs supplémentaires. Le projet de loi vise à améliorer les mesures législatives en renforçant le régime de sanctions à l'égard des violations et en facilitant davantage l'échange de renseignements entre le ministre des Affaires étrangères, la GRC et le Centre d'analyse des opérations et déclarations financières du Canada. À première vue, il s'agirait de mesures constructives qui, selon moi, s'accordent avec l'intention du Canada de lutter contre la corruption, de mettre fin au financement illicite et de protéger l'intégrité de nos institutions démocratiques.
Le projet de loi modifierait les titres long et court de la Loi sur les mesures économiques spéciales afin de mieux refléter la gravité des menaces auxquelles nous devons faire face. Ces changements apportent plus de cohérence à notre cadre juridique et reflètent l'évolution des approches adoptées par bon nombre de nos alliés. Ces éléments reflètent de bonnes intentions et tiennent compte de défis très importants à l'échelle mondiale.
Cependant, certaines personnes, certains de mes collègues et moi-même avons d'importantes préoccupations à l'égard de ce qui est proposé dans le projet de loi . Chaque fois qu'un projet de loi est présenté, nous avons, en tant que parlementaires, le devoir de l'examiner attentivement pour déterminer si toutes les mesures du projet de loi sont réalisables et responsables. Certains éléments du projet de loi, dans sa forme actuelle, pourraient nuire à la sécurité publique ou rendre moins efficaces les sanctions contre certains régimes au lieu de les renforcer.
Premièrement, l'obligation pour le ministre des Affaires étrangères de publier une liste publique détaillée de ce qu'on appelle les « prisonniers d'opinion », y compris le nombre de demandes d'accès et de réponses provenant de l'étranger, soulève des risques considérables dont il faut vraiment tenir compte. La publication de renseignements de nature délicate sur les personnes détenues pourrait compromettre les efforts diplomatiques visant à obtenir leur libération. De nombreux gouvernements qui détiennent arbitrairement des dissidents prennent des mesures de rétorsion contre ces personnes lorsque l'information est rendue publique ou que les gouvernements en question sont publiquement humiliés. Je comprends l'intention qui sous-tend cette disposition. Cependant, j'espère qu'en travaillant avec mes collègues et les députés de tous les partis à la Chambre, nous pourrons parvenir à un résultat qui mettra en lumière des cas notables tout en protégeant la sécurité des défenseurs des droits de la personne et les efforts soutenus du Canada pour obtenir leur libération par divers moyens. J'ai hâte de poursuivre ce travail et ces discussions avec les députés dans les mois à venir.
Le projet de loi imposerait également de nouvelles exigences opérationnelles à la GRC et au Centre d'analyse des opérations et déclarations financières du Canada. À mon avis, il est important d'examiner cela. Avant d'imposer de nouvelles obligations, nous devons nous assurer que ces mesures sont réalisables, exécutables et applicables, et qu'elles ne compromettent pas les exigences ou les responsabilités actuelles en matière d'application de la loi. Plusieurs dispositions imposeraient des délais de procédure stricts ou exigeraient des mesures qui ne cadrent pas avec le mode de fonctionnement actuel de l'appareil gouvernemental ou avec les pouvoirs ministériels. Ces problèmes peuvent être réglés, mais il est important que nous y réfléchissions. Il faudra peut-être amender ces dispositions pour que le projet de loi soit utile, applicable et conforme à nos lois et à nos obligations légales existantes.
De plus, en ce qui concerne les modifications proposées à la Loi sur la radiodiffusion visant à empêcher l'influence étrangère d'États faisant l'objet de sanctions, il faut veiller à ce que le libellé soit rédigé soigneusement pour éviter qu'il restreigne la liberté des médias ou qu'il ait des conséquences imprévues sur celle-ci. Ainsi, le projet de loi, dont j'appuie évidemment l'intention, atteindra l'objectif fixé par le député.
Les préoccupations que j'ai soulevées n'enlèvent rien à l'objectif principal du projet de loi. Au contraire, elles renforcent l'importance de bien faire les choses, et c'est ce que je veux faire. Le contexte mondial rend la modernisation des sanctions importante, mais il est essentiel de bien faire les choses dans le cadre de notre travail en comité et de collaborer avec tous les parlementaires pour apporter les amendements nécessaires.
Je tiens à être clair: j'appuie l'objet du projet de loi. Je pense que nous appuyons l'objet du projet de loi. Nous appuyons le renforcement des sanctions, l'amélioration de la reddition de comptes et la solidarité réelle avec les victimes d'oppression, que ce soit en Ukraine ou ailleurs dans le monde. Cependant, nous devons nous assurer que le projet de loi atteint ses objectifs sans mettre en danger les prisonniers, sans mettre en place des exigences que les organismes d'application de la loi ne pourront pas respecter et sans créer des cadres juridiques qui ne fonctionnent pas dans la pratique. Au bout du compte, nous voulons que cette mesure soit efficace et qu'elle fonctionne. C'est ce que je souhaite.
La prochaine étape de l'étude en comité permettra aux députés d'examiner chaque disposition en détail, d'entendre des experts et de réfléchir à l'amélioration du projet de loi. J'ai hâte de le faire et de travailler avec le député d'en face et avec tous mes collègues à la Chambre pour renforcer notre régime de sanctions, afin que nous puissions continuer à protéger les droits de la personne et à assurer la sécurité du Canada et des Canadiens.