propose que le projet de loi , soit lu pour la deuxième fois et renvoyé à un comité.
— Madame la Présidente, c'est un honneur de prendre la parole aujourd'hui à la Chambre au sujet de mon projet de loi d'initiative parlementaire, qui propose de modifier le Code criminel afin de prolonger le délai préalable à la libération conditionnelle et qui est également connu sous le nom de Loi sur le respect dû aux familles des personnes assassinées et brutalisées. Ce projet de loi a été initialement présenté par mon collègue, le député de , lors de la 41e législature. Plus récemment, en 2021, le projet de loi a été renvoyé en comité et était sur le point d'être renvoyé à la Chambre avec l'appui de tous les partis. Cependant, le Parlement a été prorogé, ce qui a mis fin à son cheminement.
Je tiens à remercier mon collègue du Manitoba pour tout le travail qu'il a accompli sur le projet de loi, pour sa compassion envers les victimes et leur famille, et pour m'avoir permis de présenter à nouveau cette mesure législative.
Je tiens également à remercier mes nombreux collègues qui ont manifesté leur soutien en appuyant mon projet de loi, ainsi que le député de , qui est présent aujourd'hui pour exprimer son appui envers le projet de loi et prendre la parole à son sujet. C'est un grand honneur pour moi de poursuivre le travail accompli par mes collègues, et je m'engage à mener le projet de loi à son terme afin que les familles puissent obtenir justice, comme elles le méritent.
Tori, Holly, Tammy, Leslie, Kristen, Christine, Colleen, Daryn, Sandra, Ada, Simon, Judy, Raymond, Sigrun, Terri, Louise, Sereena, Mona, Andrea, Brenda, Georgina, Marnie et Kimberly sont des victimes qui auraient pu obtenir justice grâce à mon projet de loi. Il ne s'agit pas d'une liste exhaustive, et les gens ne reconnaîtront pas la plupart de ces noms.
Ils reconnaîtront plutôt le nom de leur meurtrier, comme Bernardo, Homolka, Olson, Pickton, Rafferty, McClintic, Brière, Wellwood et Moffat. Ce sont tous des criminels qui ont commis les crimes les plus odieux, et ce sont les noms qui sont rapportés dans les médias chaque fois que ces personnes demandent une libération conditionnelle, des noms qui continuent de hanter les familles des victimes et qui les hanteront pour le reste de leur vie.
C'est ce qui est au cœur du projet de loi . Il s'agit de protéger les familles des victimes pour qu'elles n'aient pas à revivre année après année lors des audiences de libération conditionnelle la souffrance des crimes horribles commis contre leurs proches.
Le projet de loi modifierait l'article 745 du Code criminel afin de donner aux tribunaux le pouvoir de faire passer le délai préalable à la libération conditionnelle de 25 ans à un maximum de 40 ans lorsqu'ils déterminent la peine d'un criminel qui a enlevé, agressé sexuellement et assassiné la même victime lors du même incident. Ces victimes sont souvent les Canadiens les plus innocents et les plus vulnérables.
Faire passer le délai préalable à la libération conditionnelle de 25 à 40 ans éviterait aux familles d'avoir à assister inutilement à des audiences de libération conditionnelle et à faire une déclaration de la victime, une procédure pour le moins traumatisante et déchirante pour ces familles. Pire encore, les meurtriers sadiques présentent souvent une demande de libération conditionnelle tous les deux ans une fois qu'ils y sont admissibles, mais ils le font dans le seul but de manipuler les familles, de les revictimiser et de leur faire revivre les meurtres horribles qui ont été commis. Des études laissent entendre que, lors de ces audiences, ces criminels odieux tirent du plaisir à raconter leurs crimes dans les moindres détails les plus horribles devant la famille de leurs victimes.
Je tiens à préciser que mon projet de loi ne vise pas à imposer des peines plus longues à ces meurtriers sadiques. Ces criminels dépravés ne seront probablement jamais admissibles à la libération conditionnelle. Les commissions des libérations conditionnelles ont toujours refusé de remettre en liberté sous condition ce genre de criminels odieux.
Je sais que cela soulève certaines préoccupations à l'égard d'une violation possible de l'article 12 de la Charte des droits et libertés interdisant les peines cruelles ou inusitées, mais je souligne que la décision de repousser le délai préalable à la libération conditionnelle est strictement laissée à la discrétion des juges. La période d'inadmissibilité à la libération conditionnelle pourrait maintenant aller jusqu'à 40 ans, mais elle resterait à la discrétion d'un juge et assujettie à l'avis d'un jury.
Ce projet de loi s'inspire du projet de loi , maintenant appelé Loi protégeant les Canadiens en mettant fin aux peines à rabais en cas de meurtres multiples, qui permettait également aux juges de prolonger la période d'inadmissibilité à la libération conditionnelle en cas de condamnations pour meurtres multiples. Au lieu d'être concurrentes, les peines seraient désormais purgées consécutivement. Le projet de loi C‑48 a résisté à une contestation fondée sur la Charte. Par conséquent, mon projet de loi est conforme à l'article 12 de la Charte des droits et libertés.
La peine maximale de 40 ans a été déterminée en examinant les périodes maximales d'inadmissibilité pour chacune de ces trois infractions et en les additionnant pour qu'elles soient purgées consécutivement, plutôt que concurremment. Pour un meurtre, c'est 25 ans sans possibilité de libération conditionnelle. Dans le cas d'un enlèvement, la peine est de 10 ans. Dans le cas d'une agression sexuelle, la peine est de 4,6 ans, pour un total de 39,6 ans, donc 40 ans.
Je tiens à être clair: le projet de loi ne porte pas sur les peines minimales obligatoires. Je répète que ce projet de loi est conforme à l'article 12 de la Charte des droits et libertés. Il est fondé sur le pouvoir discrétionnaire du juge qui préside, sur les recommandations d'un jury, lui permettant de fixer une période d'inadmissibilité à la libération conditionnelle pouvant aller jusqu'à 40 ans.
Je ne saurais trop insister sur le fait que ce projet de loi cible les gens les plus dépravés de notre société. Il cible ceux qui n'obtiendront probablement jamais de libération conditionnelle, et il n'aura donc aucune incidence sur les criminels qui, de toute façon, ne seront probablement jamais libérés de prison. Il s'agit d'éviter aux familles de se présenter à des audiences de libération conditionnelle inutiles. Je le répète, mon projet de loi concerne les familles qui sont résolues à donner une voix à leurs proches disparus et à les représenter, car ceux-ci ne peuvent pas se représenter eux-mêmes.
Je vais parler d'une affaire qui est survenue dans ma circonscription il y a 15 ans. Kimberly Proctor, qui avait 18 ans, a été enlevée, torturée, violée et assassinée par deux de ses camarades de classe. Je sais que sa famille, que j'ai rencontrée, écoute attentivement le débat d'aujourd'hui. Ses meurtriers ont plaidé coupables à des accusations de meurtre au premier degré et ont été condamnés à une peine d'emprisonnement à perpétuité, la possibilité d'une libération conditionnelle leur étant refusée pour seulement 10 ans. Ils étaient mineurs, mais ont été jugés comme des adultes. La famille Proctor a déjà dû affronter plusieurs audiences de libération conditionnelle, et elle continuera de le faire au moins tous les deux ans, sinon plus souvent, tant et aussi longtemps que les meurtriers de Kimberly vivront.
Les meurtriers de Kimberly n'ont pas été condamnés pour enlèvement et agression sexuelle, et ce n'est pas un cas isolé. De nombreux procureurs renoncent à des chefs d'accusation supplémentaires et ne retiennent que le chef d'accusation le plus grave, généralement le meurtre au premier degré, car il est passible de la peine la plus lourde. Mon projet de loi encouragerait les procureurs à traduire les auteurs en justice dans toute la mesure du possible, en retenant tous les chefs d'accusation. Si un individu est condamné pour les trois chefs d'accusation de meurtre, d'enlèvement et d'agression sexuelle au vu des mêmes faits, cette mesure législative permettrait d'allonger sa période d'inadmissibilité à la libération conditionnelle. Cela permettrait non seulement de rendre justice aux familles au moment de la condamnation, mais aussi de leur épargner les audiences de libération conditionnelle inutiles et de leur éviter de revivre le traumatisme tous les deux ans.
Je tiens à rappeler que ces meurtriers dépravés, ces individus cruels et sadiques ne seront probablement jamais remis en liberté. La Commission des libérations conditionnelles du Canada maintiendra leur détention dans des pénitenciers, sachant que ce sont des délinquants dangereux susceptibles de récidiver. Tâchons de ne pas revictimiser les familles en les obligeant à assister à toutes les audiences inutiles de la Commission des libérations conditionnelles et à revivre le meurtre et les détails horribles de la mort de leurs proches.
J'espère que les députés qui poseront des questions sur ce projet de loi s'engageront à l'appuyer, quel que soit leur parti. Je souligne que le projet de loi a déjà reçu l'appui de tous les partis, y compris en comité. Je compte sur le soutien continu de l'ensemble des députés dans nos efforts visant à empêcher la revictimisation des familles des personnes assassinées et brutalisées.
Souvenons-nous de la longue liste des victimes que j'ai mentionnées plus tôt dans mon discours: Tori, Holly, Tammy, Leslie, Kristen, Christine, Colleen, Daryn, Sandra, Ada, Simon, Judy, Raymond, Sigrun, Terri, Louise, Serena, Mona, Andrea, Brenda, Georgina, Marina et Kimberly. Ne les oublions pas, et respectons leurs familles.
Pour conclure, mon projet de loi porte sur les affaires les plus odieuses où un criminel enlève, agresse sexuellement et assassine une victime dans le cadre d'un même événement et, par conséquent, les juges auraient le pouvoir discrétionnaire de fixer la période d'inadmissibilité à la libération conditionnelle à un maximum de 40 ans.
Je tiens à dire que le projet de loi est juste, car il ne change pas le résultat: un tel délinquant ne sera probablement jamais libéré. Il est juste, car les tribunaux et les juges conservent leurs pouvoirs discrétionnaires en fonction des circonstances de chaque affaire. Et surtout, le projet de loi est empreint de compassion, car il évite aux familles et aux proches des victimes d'avoir à subir des audiences de libération conditionnelle inutiles année après année.
Au nom de la famille Proctor et de toutes les familles des victimes que j'ai nommées, je continuerai à me battre pour protéger les familles de ma circonscription, sur l'île de Vancouver, de même que celles de tout le Canada, contre les audiences de libération conditionnelle inutiles et les traumatismes continus qui en résultent. J'espère que le projet de loi leur apportera un peu de réconfort.
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Madame la Présidente. je prends la parole aujourd'hui pour intervenir au sujet du projet de loi présenté par l'honorable député de .
Ce projet de loi aborde un sujet qui touche au cœur même de notre système de justice. La manière dont notre pays punit les crimes les plus graves, les plus dévastateurs, ceux qui provoquent non seulement la mort ou des blessures profondes, mais aussi un traumatisme durable pour les familles, les survivants et la société tout entière.
Le texte devant nous propose de permettre aux tribunaux d'imposer une période d'inadmissibilité à la libération conditionnelle pouvant atteindre 40 ans lorsqu'une même victime subit, dans une même séquence d'événements, un meurtre, un enlèvement ou une séquestration, combiné à une infraction de nature sexuelle. Ce sont des crimes d'une violence extrême, des crimes qui détruisent des vies, des familles, des communautés. Ce sont des crimes pour lesquels la société ressent légitimement un besoin profond de justice, un besoin de protection.
Avant d'aller plus loin dans l'analyse juridique, je tiens à reconnaître la douleur immense des victimes et des familles qui ont été confrontées à de tels drames. Je pense que mon collègue de l'autre côté l'a bien fait et je le remercie de l'éloquence avec laquelle il a ravivé le débat sur ce sujet.
Quand une famille doit revivre son traumatisme à chaque audience de libération conditionnelle, ce n'est pas seulement difficile, c'est inhumain. Il ne s'agit pas ici d'un débat théorique, il s'agit de vies brisées, de parents et d'enfants qui vivent avec un deuil impossible, de survivants qui cherchent à reconstruire une existence après un impensable incident.
Ce projet de loi veut répondre à cette souffrance. Il veut offrir une forme de stabilité, un apaisement, en réduisant la fréquence des audiences qui ravivent des blessures à peine refermées. Cette intention est profondément juste et elle mérite d'être entendue. Elle mérite d'être discutée avec sérieux. Il faut répondre avec empathie, mais aussi avec rigueur.
Cependant, dans un État de droit, nous devons conjuguer deux impératifs. Le premier, c'est l'impératif moral de protéger les victimes. Le deuxième, c'est l'impératif juridique de respecter la Constitution et la Charte canadienne des droits et libertés. Je dis bien que l'émotion est importante, mais elle ne peut pas à elle seule fonder une peine criminelle. Adopter une loi reposant uniquement sur l'émotion sans cadre juridique solide, c'est courir le risque très réel de voir cette loi un jour invalidée, malheureusement. Avec une loi qui pourrait être invalidée dans le futur, on va décevoir les victimes une seconde fois, comme je viens de le dire.
Ce n'est pas avec des textes fragiles qu'on protège des familles, c'est avec des lois robustes, applicables et constitutionnelles. Le système actuel est sévère, mais balisé. Le Canada dispose déjà d'un régime qui permet d'ajuster l'inadmissibilité à la libération conditionnelle pour les meurtres. Ce régime prévoit automatiquement 25 ans d'emprisonnement pour les meurtres au premier degré, entre 10 et 25 ans d'emprisonnement pour les meurtres au second degré et des mécanismes dans l'article 743.6 du Code criminel permettant de retarder l'accès à la libération conditionnelle dans certains cas graves.
Ce régime s'appuie sur un principe fondamental reconnu par la Cour suprême depuis des décennies: la peine doit être individualisée. Elle doit tenir compte non seulement de l'acte commis, mais aussi du degré de responsabilité de la personne condamnée, de ses antécédents et, oui, de son potentiel de réadaptation. Ce n'est pas une position idéologique, c'est un principe constitutionnel.
L'arrêt Bissonnette est un rappel vraiment incontournable. Il est impossible d'examiner le projet de loi C‑235 sans parler de l'arrêt Bissonnette. Dans cette décision, la Cour suprême a invalidé les périodes d'inadmissibilité cumulées qui pouvaient atteindre 50, 75 ou 100 ans. Pourquoi les a-t-on invalidées? C'est parce qu'une peine qui élimine toute possibilité réelle de libération, même théorique, constitue une peine cruelle et inusitée au sens de l'article 12 de la Charte. La Cour n'a pas dit que les crimes n'étaient pas atroces. La Cour n'a pas dit que les peines ne devaient pas être longues. Elle a plutôt dit que l'État ne peut jamais, même pour les crimes les plus odieux, retirer complètement la possibilité de réintégration. Ce n'est pas un choix politique, c'est une exigence constitutionnelle.
Or, une période d'inadmissibilité de 40 ans pourrait dans certains cas être jugée excessive, notamment lorsqu'elle serait imposée à des individus très jeunes ou dans des circonstances particulières. Le risque juridique n'est donc pas théorique; il est réel, sérieux et prévisible. Notre responsabilité, ici à la Chambre, est de renforcer le projet de loi pour éviter son invalidation. Notre approche n'est pas de rejeter le projet de loi , au contraire. Nous reconnaissons l'intention légitime du député proposant ce texte, mais, pour que ce projet de loi devienne une loi durable, efficace et respectueuse des principes fondamentaux, il doit être amélioré. Nous devons donc proposer trois amendements.
Le premier amendement, qui est essentiel, c'est un droit d'appel clair et uniforme. Lorsqu'on impose une peine d'une sévérité exceptionnelle, il doit exister un mécanisme national de révision pour harmoniser la jurisprudence. Le deuxième amendement, c'est une obligation de motivation pour toute inadmissibilité dépassant 25 ans. Une peine exceptionnelle doit être accompagnée de motifs tout aussi exceptionnels. Cela renforcera la légitimité de la décision aux yeux des citoyens et des citoyennes, et cela protégera la loi contre les contestations. Le troisième amendement, c'est une application strictement prospective. C'est indispensable pour éviter un risque de violation de l'article 11 de la Charte, qui interdit d'alourdir une peine de manière rétroactive. Ces amendements ne diminuent en rien la portée du projet de loi de mon collègue. Au contraire, ils le rendent plus solide, plus conforme, plus durable et plus utile pour les familles et les survivants.
Nous voulons un système de justice fort, humain et constitutionnel. Notre objectif n'est pas seulement d'imposer des peines sévères, mais d'imposer des peines sévères qui résistent à l'épreuve du temps et aux tribunaux dans le futur. Les victimes ont déjà vécu l'indicible. Elles ne méritent pas qu'on leur impose, quelques années plus tard, une décision judiciaire qui va invalider la loi sur laquelle elles avaient mis leurs espoirs. Nous devons donc leur offrir une protection réelle, pas symbolique; une justice ferme, mais juridiquement solide; une loi respectueuse de la Constitution, mais qui ne flanche pas devant les contestations.
En conclusion, le projet de loi est très important. Il est guidé par une intention juste, une intention humaine, celle de mieux protéger les victimes des crimes les plus graves. Toutefois, pour devenir une loi véritablement efficace, il doit être modifié au moyen des trois amendements que j'ai présentés. Il doit refléter notre indignation légitime, mais aussi notre respect profond pour l'État de droit. C'est dans cet esprit que nous participons à ce débat et c'est dans cet esprit que nous invitons les parlementaires, toutes et tous, à améliorer ce texte pour qu'il devienne une loi juste, durable, équilibrée et forte, mais surtout une loi humaine.
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Madame la Présidente, nous débattons du projet de loi de mon confrère du Parti conservateur élu dans , en Colombie‑Britannique, que je salue et à qui je veux dire qu'il a tout mon respect, malgré le désaccord profond que j'ai avec sa démarche.
Son projet de loi propose de modifier le Code criminel pour que, en cas de meurtre accompagné préalablement d'un enlèvement ou d'une agression sexuelle, le juge puisse prononcer une période d'inadmissibilité à la libération conditionnelle qui aille au-delà de la peine de 25 ans actuelle et qu'elle puisse se rendre plutôt jusqu'à 40 ans. Ainsi, si le projet de loi de mon confrère était adopté, une personne déclarée coupable de l'enlèvement, de l'agression sexuelle et du meurtre de la même personne, au vu des mêmes faits, pourrait recevoir une peine d'emprisonnement à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 40 ans, si un juge le décidait après considération de la recommandation formulée par le jury.
Il y a deux questions à se poser. Quelles sont les motivations derrière cette initiative de mon confrère? Est-ce que c'est faisable?
Avant, prenons un peu de temps pour expliquer les règles actuelles en matière de libération conditionnelle pour les meurtriers. Le Code criminel prévoit déjà que, la peine minimale pour les meurtres au premier et au deuxième degré, c'est la prison à vie, avec toutefois une possibilité d'obtenir la libération conditionnelle après un certain temps.
Un meurtre au premier degré, c'est un meurtre qui était planifié, un meurtre prémédité, alors qu'un meurtre au deuxième degré n'est pas planifié, par exemple un meurtre passionnel. Dans le cas d'un meurtre précédé d'un enlèvement ou d'une agression sexuelle, ce qui est ciblé par le projet de loi C‑235, le Code criminel prévoit déjà que ce meurtre, qu'il soit prémédité ou non, soit considéré comme un meurtre au premier degré, donc passible d'une peine de prison à vie sans libération de conditionnel avant 25 ans. Qu'est-ce qui arrive après 25 ans? L'individu coupable de meurtre au premier degré peut demander à la Commission des libérations conditionnelles d'étudier son dossier et de lui accorder une libération conditionnelle. La Commission des libérations conditionnelles va étudier son dossier, mener un examen en consultant les rapports du détenu ou en examinant son risque de récidive et les risques pour la société, par exemple. Si les conditions sont remplies, la Commission va permettre à un détenu de défendre sa demande de libération conditionnelle lors d'une audience devant la Commission. La Commission va ensuite déterminer si elle accepte la libération conditionnelle et, le cas échéant, les conditions que le meurtrier sera astreint de respecter, par exemple se rapporter fréquemment à un agent des libérations conditionnelles, ne pas consommer d'alcool, rapporter toute relation avec une femme.
Il faut dire, comme mon confrère l'a déjà souligné, que les demandes de libération conditionnelle pour des criminels sont déjà rarement acceptées. Les deux tiers des demandes de libérations conditionnelles sont présentement refusés, et de nombreux criminels de l'histoire du Canada ont échoué à de multiples reprises à obtenir leur libération conditionnelle ou leur semi-liberté. Mon confrère parlait de M. Bernardo, qui s'est vu refuser la libération conditionnelle déjà à trois reprises, en 2018, en 2021 et en 2024. C'est la façon dont notre système de droit criminel fonctionne présentement pour les meurtriers.
Revenons à nos questions. Quelles sont les motivations de mon collègue? Qu'est-ce qu'il veut atteindre avec son projet de loi? Il en a glissé quelques mots et il a donné une entrevue à un média de l'île de Vancouver dans laquelle il expliquait sa démarche. Mon confrère admet déjà qu'un meurtrier qui a enlevé et violé sa victime préalablement n'obtiendrait fort probablement jamais une libération conditionnelle après 25 ans. Cependant, l'idée serait d'éviter au meurtrier la possibilité de faire une demande de libération conditionnelle, parce que s'il y a une demande, il y a une audition. S'il y a une audition, les proches et la famille des victimes risquent de revivre la douleur atroce de se faire remémorer ce qui est arrivé. Mon confrère a déjà expliqué que le but central de son projet de loi n'est pas de retarder la libération conditionnelle, mais plutôt, je le cite, d'épargner aux victimes la douleur de revivre leur trauma, de préparer une audition qui, de toute façon, ne changera rien.
On veut donc épargner aux proches endeuillés la tenue d'audience de la Commission des libérations conditionnelles. C'est pourquoi, le titre abrégé du projet de loi est « Loi sur le respect dû aux familles des personnes assassinées et brutalisées ».
Ce qu'il faut dire là-dessus, d'abord, c'est que la présence des proches et des familles lors des audiences de la Commission des libérations conditionnelles du Canada n'est pas obligatoire. On peut très bien comprendre toutefois le besoin et le désir des proches d'y assister d'un point de vue humain. Toutefois, d'un point de vue juridique, leur témoignage n'est pas directement lié aux questions que la Commission doit trancher. J'ai déjà suggéré à la Chambre que leur témoignage puisse être rendu, sans qu'ils assistent nécessairement à l'audition, par le biais de déclarations écrites ou d'un témoignage vidéo préenregistré qui pourrait être réécouté à chaque audience. Il y a là, je pense, une solution qui est réaliste et qui devrait être envisagée pour atteindre le but que mon confrère veut atteindre, soit ne pas aggraver la douleur des familles et des proches des victimes.
En tout respect, la solution que mon confrère propose aujourd'hui nous apparaît, au Bloc québécois, irréaliste et inconstitutionnelle. Vraiment, je trouve dommage qu'on donne ainsi de faux espoirs à des familles qui ont déjà vécu beaucoup de douleur. Ce projet de loi n'a pas de possibilités réalistes d'être applicable. C'est là qu'on va répondre à la deuxième question: est-ce faisable?
Mon confrère du Parti libéral parlait tantôt de l'arrêt Bissonnette. C'est un arrêt récent qui a été rendu en 2022. La Cour suprême nous a dit quel était l'état du droit sur les peines et la possibilité d'obtenir une libération conditionnelle. Pour résumer, Alexandre Bissonnette, en 2017, est entré dans la grande mosquée de Québec armé d'une arme semi-automatique. Il a tué six personnes et en a blessé cinq autres. Au procès, il a plaidé coupable à toutes les accusations qui pesaient contre lui, notamment six chefs d'accusation de meurtre au premier degré. À l'époque, il y avait un article du Code criminel qui permettait d'additionner les périodes d'inadmissibilité à la libération conditionnelle. Le meurtrier de la grande mosquée faisait face à six périodes consécutives d'inadmissibilité à la libération conditionnelle de 25 ans. Il faisait donc face à 150 ans sans libération conditionnelle.
Ce cas s'est rendu jusqu'en Cour suprême. En 2022, la Cour suprême a invalidé cet article du Code criminel en disant qu'il violait la Charte canadienne des droits et libertés. C'est important de mentionner que la Cour suprême a aussi écarté la proposition qui avait été faite par le juge au procès de ne pas aller vers 150 ans sans possibilité de libération, mais d'étendre la période d'inadmissibilité à la libération conditionnelle à 40 ans. La Cour suprême a écarté cette solution, qui est proposée aujourd'hui.
Je veux citer brièvement ce que la Cour suprême nous dit:
L'article 12 de la Charte confère une protection contre tous les traitements ou peines cruels et inusités. Fondamentalement, l'art. 12 de la Charte a pour objet de protéger la dignité humaine et d'assurer le respect de la valeur inhérente à chaque personne [...] l'infliction d'une peine d'emprisonnement en perpétuité sans possibilité réaliste de libération conditionnelle [...] est, par sa nature même, intrinsèquement incompatible avec la dignité humaine. Elle est de nature dégradante en ce qu'elle présuppose, dès son infliction, que le contrevenant est irrécupérable et ne possède pas l'autonomie morale nécessaire pour se réhabiliter.
Alors, il apparaît fortement probable que, pour la Cour suprême, interdire une libération conditionnelle avant 40 ans sera jugé contraire à la Charte canadienne des droits et libertés. Quand on comprend ça, on se dit que, si mon confrère est sérieux, il y a deux façons de faire en sorte que son projet de loi, s'il est adopté, soit vraiment valide et puisse fonctionner.
On pourrait invoquer la disposition de dérogation en disant que, dans ce cas-ci, on va déroger à cet article de la Charte. J'ai posé la question à mon confrère et il n'y a pas d'engagement à ce sujet. Je ne comprends pas, parce que, si on est vraiment sérieux dans la démarche, il faut aller jusqu'au bout. Toutefois, on n'y va pas.
L'autre façon de faire en sorte que ce projet de loi, s'il est adopté, puisse être valide, c'est carrément de modifier la Charte canadienne des droits et libertés. Pour ce faire, il faut l'aval de sept provinces sur dix, qui représentent plus de 50 % de la population canadienne. Cette solution n'est pas non plus avancée par mon collègue.
Par conséquent, nous étudions un projet de loi qui, à notre sens, viole la Constitution, selon toute vraisemblance, et n'est pas applicable dans notre système de droit. Je le dis en tout respect. Le député ne propose aucune solution pour le rendre possible. Alors, je ne peux qu'être attristé pour les familles de proches assassinés et brutalisés, à qui mon collègue a promis d'agir en leur faisant miroiter une nouvelle loi qui n'a aucune chance d'être un jour applicable. Je ne peux que partager leur amertume à venir face au politique qui, une fois de plus et une fois de trop, soulèvera des espoirs pour mieux créer des déceptions. C'est pour cela que, au Bloc Québécois, nous voterons contre ce projet de loi.
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Madame la Présidente, en tant que comotionnaire du projet de loi, je prends la parole pour appuyer fermement le projet de loi , Loi sur le respect dû aux familles des personnes assassinées et brutalisées, présenté par le député de .
Je tiens à remercier le député pour le leadership dont il a fait preuve en présentant ce projet de loi. Il s'agit d'une mesure législative qui éviterait aux familles des victimes d'un meurtre d'être à nouveau traumatisées par des audiences de libération conditionnelle fréquentes pour certains des meurtriers les plus odieux et les plus sadiques qui sont sous la responsabilité du système correctionnel.
Je tiens également à souligner le leadership du député de , qui a été infatigable dans sa défense des droits des victimes et qui a défendu le projet de loi au cours des législatures précédentes. En fait, je me souviens d'avoir pris la parole au sujet d'une version précédente du projet de loi en 2019.
Le projet de loi modifierait l'article 745 du Code criminel afin de donner aux juges le pouvoir discrétionnaire de prolonger le délai préalable à la libération conditionnelle pour les auteurs d'un meurtre au premier degré qui ont agressé sexuellement ou enlevé la même victime au vu des mêmes faits. À l'heure actuelle, selon le Code criminel, tous les auteurs d'un meurtre au premier degré peuvent demander une libération conditionnelle après 25 ans. Le projet de loi prévoit simplement que, dans le cas des criminels les plus odieux, un juge aurait le pouvoir discrétionnaire de faire passer le délai préalable à la libération conditionnelle de 25 à 40 ans. J'ai quelques observations à formuler à ce sujet.
Premièrement, comme l'a fait remarquer le député de , dans le Code criminel, la peine automatique pour meurtre est l'emprisonnement à perpétuité. Cela reflète la gravité du crime et le fait que le meurtre est le pire crime, le plus grave, prévu dans le Code criminel. Je dirais qu'il s'ensuit que la peine d'emprisonnement à perpétuité devrait avoir une signification au moment de déterminer la durée pendant laquelle une personne reconnue coupable de meurtre au premier degré qui viole et kidnappe sa victime devrait rester derrière les barreaux avant d'avoir le privilège de demander une libération conditionnelle.
Deuxièmement, je tiens à souligner que, même si le meurtre est un acte horrible et odieux, tous les meurtriers ne sont pas égaux, mais le Code criminel les traite tous de la même manière dans le cas des meurtres au premier degré, dans la mesure où ils peuvent tous demander une libération conditionnelle après 25 ans. Je suis tout à fait d'accord pour dire que toute personne reconnue coupable de meurtre au premier degré ne devrait pas pouvoir présenter une demande avant 25 ans. Cependant, franchement, certains meurtriers sont si ignobles, si sadiques, si diaboliques et si irrécupérables qu'ils constituent vraiment une catégorie à part. Le député de a énuméré certains de ces meurtriers que les Canadiens connaissent malheureusement bien.
Il n'y a vraiment qu'une seule chose à faire dans le cas de ces meurtriers sadiques: les écarter de la société pour le reste de leur vie. C'est précisément ce que fait la Commission des libérations conditionnelles du Canada pour les meurtriers qui enlèvent, violent, torturent, brutalisent et assassinent leurs victimes. Ils n'obtiennent presque jamais la libération conditionnelle. D'ailleurs, le député de a demandé à la Bibliothèque du Parlement de faire des recherches pour déterminer à quelle fréquence les meurtriers appartenant à cette catégorie obtiennent une libération conditionnelle. Celle-ci n'a relevé aucun cas où un tel meurtrier s'est vu accorder la libération conditionnelle totale, et très peu de cas où des permissions de sortir ou des semi-libertés ont été accordées.
En clair, le système correctionnel a jugé que les meurtriers qui appartiennent à cette catégorie — la catégorie de ceux qui violent et brutalisent leurs victimes avant de les assassiner — ne peuvent être libérés. À mon avis, cela illustre le caractère raisonnable du projet de loi.
Bien que ces meurtriers ne puissent pas être libérés, ils peuvent présenter une demande de libération conditionnelle au bout de 25 ans. En fait, ils peuvent le faire dès la 23e année d'emprisonnement. Si leur demande est rejetée, ce qui se produit assurément, ils peuvent présenter une nouvelle demande chaque année. Cela peut représenter des dizaines de demandes de libération conditionnelle et d'audiences de libération conditionnelle au cours de la vie du meurtrier, selon son âge. Ce processus punit les familles des victimes, qui sont à nouveau victimisées et traumatisées parce qu'elles doivent assister à des audiences de libération conditionnelle alors que la demande n'a pratiquement aucune chance d'être acceptée.
Compte tenu de ces circonstances, je me demande s'il est vraiment déraisonnable, dans le cas des pires meurtriers, de laisser au juge le pouvoir de repousser l'admissibilité à la libération conditionnelle au-delà de 25 ans, voire jusqu'à 40 ans. Il pourrait imposer une période de 30 ans ou de 35 ans. On laisserait au juge de première instance toute la discrétion nécessaire pour prendre cette décision en tenant compte des faits, des circonstances particulières et du délinquant en question. Je dirais que c'est une proposition juste et pleine de bon sens. C'est ce qu'il faut faire pour les familles des victimes qui ont été assassinées.
Puisqu'on parle des audiences de libération conditionnelle fréquentes pour les meurtriers condamnés, c'est la raison pour laquelle j'ai proposé le projet de loi de Brian, en l'honneur du regretté Brian Ilesic, qui a été brutalement assassiné au Hub Mall de l'Université de l'Alberta, tout comme Michelle Shegelski et Eddie Rejano. Matthew Schuman a survécu, mais il a subi des blessures qui ont changé sa vie. Le projet de loi de Brian modifierait la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition afin que les meurtriers dont la demande de libération conditionnelle a été rejetée ne puissent pas présenter de nouvelles demandes à répétition. Leur demande ne serait prise en considération qu'au moment de l'examen législatif qui a lieu tous les cinq ans plutôt que tous les ans.
Je remercie le député d' d'avoir présenté la loi de Brian, le projet de loi , au cours de la présente législature. Nous en sommes à l'étape de la deuxième lecture. J'espère qu'il sera adopté. C'est un projet de loi plein de bon sens, tout comme celui-ci.
Ce projet de loi contribuerait grandement à éviter aux familles des victimes d'avoir à assister fréquemment à des audiences de libération conditionnelle. Il empêcherait les meurtriers condamnés de profiter des audiences pour, dans de nombreux cas, tenter délibérément de traumatiser les familles des victimes puisque victimiser sans relâche celles-ci leur procure un plaisir sadique. De toute évidence, le projet de loi s'attaquerait aussi à l'abus du processus et à tous les coûts liés à ces audiences accordées à des meurtriers qui n'ont franchement aucun espoir parce qu'ils ne peuvent pas être libérés.
J'ai été heureux d'apprendre, à la lumière du discours du député de , que le gouvernement appuie l'intention du projet de loi. Par conséquent, il semble que le gouvernement appuiera le projet de loi à l'étape de la deuxième lecture afin qu'il soit renvoyé au comité. Le député de Bourassa a cité trois amendements...
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Madame la Présidente, le député a remarquablement exprimé les raisons pour lesquelles il a jugé opportun de présenter le projet de loi et il a manifesté vraiment beaucoup de sympathie à l'égard des victimes. C'est là où je veux en venir avec ma question.
Je crois sincèrement que, peu importe leur allégeance politique, les gens peuvent comprendre les circonstances qui entourent ces crimes horribles et y être très sensibles. Là où nous pouvons agir, nous devons le faire.
J'ai écouté la position du Bloc sur le projet de loi. Les députés bloquistes n'appuient pas le projet de loi, mais je respecte tout de même ce que dit le Bloc et les préoccupations que ses députés soulèvent. J'aime à penser que cela n'enlève rien à la sympathie qu'ils éprouvent pour les victimes. Nous avons entendu le député de parler de la position potentielle du gouvernement, à savoir que le projet de loi suscite des préoccupations. Il faut répondre à ces préoccupations.
J'ai posé une question au député, et sa réponse m'a encouragé. J'espère qu'elle est sincère. Les victimes devraient être la raison d'être de ce projet de loi. Quand on parle des victimes, j'irais même jusqu'à élargir un peu plus la définition pour inclure les collectivités. Les audiences sur l'admissibilité à la libération conditionnelle suscitent souvent beaucoup d'attention de la part des médias. Cette attention médiatique fait naître toutes sortes d'opinions et de réflexions au sein de la population.
Pour ma part, je veux m'assurer qu'il y ait une certaine justice pour les collectivités et les victimes. Je pense qu'il est vraiment important pour elles de ne pas avoir à revivre les terribles événements qui se sont produits. Même si, comme cela a été souligné et comme le député le sait, les victimes ne sont pas obligées d'assister aux audiences de la Commission des libérations conditionnelles, je les comprends de vouloir y assister. Je comprends que l'attention médiatique suscitée par la comparution d'une personne qui a commis un crime horrible puisse se répercuter dans la collectivité, puis chez les victimes. C'est très réel. C'est très tangible.
En partant du principe que l'intention derrière le dépôt du projet de loi est bonne et que le député est sincèrement ouvert à des amendements, il est effectivement possible que le projet de loi soit renvoyé au comité de manière non partisane. Ce serait là une situation très saine. Nous devrons attendre de voir comment les choses évoluent.
Peu importe de quel côté de la Chambre ils siègent, les députés soulèvent souvent des questions qui leur tiennent à cœur, que ce soit en raison d'une expérience personnelle, parce qu'un de leurs concitoyens a soulevé un problème particulier ou parce qu'ils ont parlé avec personne concernée, c'est-à-dire une victime. Les victimes dont nous parlons ici viennent de toutes les régions du pays.
Je peux comprendre qu'un député veuille résoudre un problème au moyen d'un projet de loi d'initiative parlementaire. Ce qui me plaît des projets de loi d'initiative parlementaire, c'est qu'ils suivent une certaine organisation des travaux. On sait qu'il y aura au maximum deux heures de débat sur le projet de loi. Je dirais que c'est une bonne chose. Sinon, on pourrait ne jamais passer au vote, ce qui empêcherait le projet de loi d'avoir la possibilité d'être renvoyé au comité, à la condition d'être adopté.
Il est important pour moi de soulever cette question parce que je crois personnellement que nous devons envisager de modifier les règles afin de pouvoir appliquer les mêmes principes et les mêmes procédures de votes aux projets de loi du gouvernement, quoique la durée du débat ne serait peut-être pas de deux heures dans ces cas. J'en parle parce que le député se soucie du dossier de la criminalité. Nous nous soucions également du projet de loi important dont la Chambre a été saisie aujourd'hui. Beaucoup de travail a été accompli sur des questions comme la réforme du système de mise en liberté sous caution.
Je sais que le député est convaincu du bien-fondé du projet de loi qu'il a présenté, et je crois qu'il obtiendra un appui au-delà des lignes de parti pour qu'il puisse passer à la prochaine étape. Je pense que nous devons examiner le dossier de la criminalité d'une manière moins partisane en général, car ce que le député propose est très similaire à ce que nous essayons de promouvoir dans d'autres initiatives législatives, et celles-ci ne sont pas toujours traitées de la même manière.
En examinant le projet de loi, on constate qu'il doit être amendé. Par exemple, on s'est demandé s'il devrait y avoir une possibilité d'appel. Si un amendement pouvait être proposé à cet égard, le projet de loi serait plus conforme à la Charte des droits et libertés. Sans mécanisme d'appel, il se pourrait que le projet de loi ne soit pas conforme à la Charte et qu'il soit invalidé par une cour supérieure, voire par la Cour suprême. Il faut se pencher sur cette question. J'aimerais beaucoup savoir comment le député pense que nous pouvons intégrer cela dans le projet de loi.
J'ai une grande confiance en l'indépendance judiciaire et en la capacité des juges d'exercer leur pouvoir discrétionnaire. Si on veut modifier la loi de la façon proposée dans le projet de loi dont nous sommes actuellement saisis afin que l'on puisse prolonger la période d'inadmissibilité à la libération conditionnelle au-delà de la limite de 25 ans actuellement prévue, alors le juge devrait avoir l'obligation d'expliquer en détail pourquoi cette prolongation est nécessaire. À mon avis, c'est tout à fait logique.
Je ne suis pas avocat de profession, mais j'ai été porte-parole en matière de justice au sein du gouvernement manitobain il y a de nombreuses années. Je peux dire aux députés que j'ai appris non seulement les responsabilités conjointes de notre système de justice, mais aussi l'importance de respecter la Charte. Je voudrais souligner deux sujets de préoccupation, mais il pourrait y en avoir d'autres. C'est pourquoi je me tourne vers le député dans l'espoir que nous verrons des amendements au projet de loi afin qu'un plus grand nombre de députés se sentent assez à l'aise pour le faire adopter.
Si nous y parvenons, les véritables gagnants ne seront pas les députés, mais l'ensemble de la population. Les Canadiens en bénéficieraient. C'est pourquoi, lorsque nous parlons des mesures législatives en général...
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Madame la Présidente, je suis, bien entendu, honoré de prendre la parole au sujet de ce projet de loi très important que mon collègue a présenté.
Je voudrais ramener l'attention des députés sur l'importance de ce projet de loi et sur les raisons pour lesquelles ces modifications doivent être apportées. Je vais donner un exemple des cas horribles auxquels ce projet de loi vise à remédier, à savoir, bien sûr, le meurtre de Tori Stafford, qui était de ma région. Je vais rappeler aux députés ce qui s'est passé dans cette affaire en lisant un article publié dans un journal local à l'époque. L'article disait:
Terri [Terri‑Lynne McClintic, l'une des deux personnes ayant commis le meurtre] est allée dans une quincaillerie locale et a acheté un marteau à panne fendue et des sacs à ordures, après quoi ils se sont rendus en auto dans un endroit éloigné près de Mount Forest, en Ontario. Là-bas, Terri dit être sortie du véhicule pendant que Michael agressait sexuellement Tori. Puis, il a enfilé un sac à ordures sur sa tête et l'a frappée avec le marteau. Ils ont placé son corps dans d'autres sacs, l'ont caché sous une pile de roches, et sont repartis dans leur véhicule.
Voilà le type de crimes horribles pour lesquels le projet de loi vise à rendre justice, car à l'heure actuelle, nous n'avons pas de justice.
La proportionnalité est l'un des principes clés de notre système de justice pénale, ce qui signifie que la peine devrait être proportionnelle au crime. Or, actuellement, la peine prévue dans le cas des crimes suivants ne reflète ce principe: les enlèvements, les viols, la brutalité et le meurtre. C'est pourquoi le projet de loi de mon collègue est important: il rétablirait l'équilibre.
Des préoccupations ont été soulevées au sujet du pouvoir discrétionnaire. Si les députés lisent le projet de loi, et je sais qu'ils le feront tous avant le vote, ils constateront que le pouvoir discrétionnaire serait maintenu. Le projet de loi permettrait à un jury de faire une recommandation, qui ne serait pas contraignante pour le juge, et lui donnerait le pouvoir discrétionnaire de déterminer le délai préalable à la libération conditionnelle. Ce serait une recommandation, et non une obligation, et le pouvoir discrétionnaire serait maintenu. En tant qu'avocat, c'est une mesure que j'appuie, car le contexte est important lorsqu'on juge des crimes de cette nature.
Il faut qu'il soit possible d'allonger le délai afin que des meurtriers brutaux comme Michael Rafferty et Terri-Lynne McClintic ne puissent obtenir une libération conditionnelle. Comme mon collègue l'a mentionné, une partie du problème vient du fait que, dès qu'un individu devient admissible à la libération conditionnelle, il peut la demander à répétition, ce qui fait souffrir chaque fois les victimes de ces terribles expériences et donne aux meurtriers, aux violeurs et aux agresseurs la possibilité de se retrouver de nouveau en liberté. Franchement, ces individus ne devraient jamais revoir la lumière du jour. C'est pourquoi le projet de loi, qui ferait passer le délai préalable à la libération conditionnelle de 25 ans à un nombre d'années compris entre 25 et 40, est important.
Je rappelle aux députés que le Parlement fait les lois. Le Parlement fait respecter la justice au nom des Canadiens. Les tribunaux feront ce qu'ils veulent, mais nous devrions adopter le projet de loi.