propose que le projet de loi , soit lu pour la deuxième fois et renvoyé à un comité.
— Monsieur le Président, c'est un honneur de prendre la parole à la Chambre pour débattre de cet important projet de loi qui contribuerait à rétablir la confiance des Canadiens envers le système de justice pénale et envers des institutions fédérales telles que le Service correctionnel du Canada.
Si nous débattons aujourd'hui du projet de loi , Loi modifiant la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition, c'est parce que j'ai eu l'idée de le présenter quand des proches de victimes ont communiqué avec moi. Ils étaient choqués et consternés d'avoir reçu, le 29 mai 2023, un appel téléphonique du Service correctionnel du Canada les informant que Paul Bernardo, violeur et tueur en série, était transféré du pénitencier à sécurité maximale de Millhaven, en Ontario, au pénitencier à sécurité moyenne de La Macaza, au Québec.
Cette terrible décision de la commissaire du Service correctionnel du Canada, Anne Kelly, a non seulement suscité l'indignation de l'ensemble de la population, mais elle a ravivé la souffrance des familles, des proches et des communautés des victimes que je représente à Niagara Falls et à Niagara‑on‑the‑Lake. Le projet de loi vise à réparer cette injustice. Il s'agit de corriger une grave faille dans le système de justice pénale et dans le système correctionnel, qui permet à des monstres comme Paul Bernardo, Dellen Millard, Mark Smich et Luka Magnotta, entre autres, de profiter du système pour être transférés d'un établissement à sécurité maximale à un établissement à sécurité moyenne.
Le projet de loi vise à faire en sorte que tous les délinquants dangereux et tueurs en série condamnés par un tribunal se voient attribuer en permanence une cote de sécurité maximale et qu'ils soient incarcérés dans un pénitencier à sécurité maximale ou dans la zone à sécurité maximale d'un pénitencier. Il annulerait également la norme selon laquelle un détenu doit être incarcéré dans le milieu où seules existent les restrictions les moins privatives de liberté pour celui-ci. Cette norme a été adoptée en 2018 sous le gouvernement de Justin Trudeau, dans le cadre du projet de loi .
En plus d'abolir cette politique inefficace, le projet de loi rétablirait et renforcerait le libellé « où seules existent les restrictions nécessaires » que le gouvernement conservateur précédent avait inscrit dans la Loi sur la sécurité des rues et des communautés, en 2012. En fait, le projet de loi en question, le , avait été porté par mon prédécesseur, l'honorable Rob Nicholson, qui a fièrement représenté la circonscription de Niagara Falls pendant 24 ans avant de prendre une retraite bien méritée en 2019. À l'époque, M. Nicholson était ministre de la Justice et procureur général du Canada.
Paul Bernardo purge une peine d'emprisonnement à perpétuité en tant que délinquant dangereux pour avoir enlevé, agressé sexuellement, puis assassiné horriblement Kristen French et Leslie Mahaffy. Bernardo a été reconnu coupable en 1995 et condamné à une peine d'emprisonnement à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans pour avoir arraché la vie à deux adolescentes qui avaient tout un avenir prometteur devant elles. En commettant ces atrocités, il a aussi détruit la vie de leurs proches, les condamnant à une vie de douleurs, de traumatismes et de souffrances inéluctables.
À ce jour, Bernardo a présenté trois demandes de libération conditionnelle, soit en 2018, en 2021 et en 2024. Chaque fois, sa demande a été rejetée, à juste titre. Lors de sa plus récente audience de libération conditionnelle, en novembre 2024, Bernardo a demandé la semi-liberté dans une maison de transition ou, à tout le moins, la permission de sortir avec escorte afin de pouvoir participer à un programme communautaire pour les délinquants sexuels. On lui a refusé les deux.
Selon un article de la CBC, Tanya Nouwens, l'une des deux membres d'un comité de libération conditionnelle, a dit à Paul Bernardo: « Bien que vous ayez fait des progrès, nous accordons encore beaucoup de poids aux évaluations cliniques et à la gravité de votre comportement criminel. C'est pourquoi la commission a déterminé aujourd'hui que vous posez un risque indu. » Même si la bonne décision a été prise, cette citation demeure préoccupante parce qu'elle soulève la question des progrès réalisés.
Je dois poser la question suivante: dans quel sens a-t-il fait des progrès? Paul Bernardo compte parmi les pires criminels qui soient. Je vais être direct. Il ne devrait jamais obtenir une libération conditionnelle, mais après 10 ans de gouvernement libéral, le système de justice et le système correctionnel du Canada se sont érodés. Ils ont perdu leur équilibre. Ils sont devenus beaucoup plus partiaux et empathiques envers les délinquants et se préoccupent davantage du bien-être de ces derniers que des répercussions sur les victimes et leurs familles et de la façon dont les Canadiens respectueux des lois voient, perçoivent et comprennent ces systèmes.
D'ailleurs, dans un article de CBC paru en juin 2023, Benjamin Roebuck, l'ombudsman fédéral des victimes d'actes criminels, a déclaré que le système correctionnel n'établit pas un juste équilibre entre les droits des victimes et le droit à la vie privée des prisonniers. Voici une citation tirée de cet article: « Tout le système est mal équilibré […] ce sont les victimes qui sont les plus directement touchées et qui continuent de subir les conséquences [...] »
M. Roebuck a de nouveau insisté sur ce point quand il a témoigné devant le comité de la sécurité publique en novembre 2023, dans le cadre d'une étude sur les droits des victimes d'actes criminels, la reclassification et le transfèrement des délinquants fédéraux. M. Roebuck a informé les membres du comité que:
Nous avons besoin d'une mesure législative et de ressources comparables […]
Nous savons que la priorité n'est pas accordée aux victimes, et je ne suis pas certain que les gens comprennent l'importance de l'information pour les victimes d'actes criminels.
Le fait qu'on considère que ces odieux criminels travaillent à leur réadaptation au sein du système correctionnel canadien alors que la voix des victimes est en quelque sorte mise de côté et, d'une certaine façon, réduite au silence est préoccupant et devrait tous nous révolter.
Cette question n'est pas partisane. Il s'agit de faire ce qui est juste. Il faut garder les criminels dangereux, les tueurs en série et les auteurs de massacres, comme Paul Bernardo, Dellen Millard, Mark Smich et Luka Magnotta, dans une prison à sécurité maximale. C'est une question de gros bon sens. En clair, aucun de ces criminels n'aurait dû avoir la moindre chance de bénéficier d'une reclassification à la baisse ni d'un transfèrement d'une prison à sécurité maximale vers une prison à sécurité moyenne. Pourtant, le 29 mai 2023, c'est exactement ce qui est arrivé à Paul Bernardo.
La décision de Service correctionnel Canada de transférer Bernardo dans une prison à sécurité moyenne a immédiatement suscité une vive indignation d'un bout à l'autre du pays. À l'échelle locale, les villes de St. Catharines et de Thorold ont toutes les deux adopté des résolutions municipales qui demandaient à Service correctionnel Canada et au gouvernement libéral d'intervenir. La motion adoptée par la Ville de St. Catharines dit ceci:
[...] le conseil municipal de St. Catherines demande au gouvernement du Canada d'envisager des modifications législatives visant à assurer la transparence au sein du système correctionnel et de libération conditionnelle et d'examiner les lignes directrices régissant le transfert dans un établissement à sécurité moyenne de délinquants dangereux et de psychopathes sadiques qui [n']ont exprimé aucun remord[s] et aucune empathie et qui n'ont aucunement réfléchi aux crimes qu'ils ont commis [...]
Le maire de Thorold a également écrit une lettre dans laquelle il exprime ce qui suit:
La gravité des crimes perpétrés par M. Bernardo et l'effet dévastateur qu'ils ont eu sur la vie de personnes innocentes et de leurs familles ne sauraient être sous-estimés. Notre collectivité ainsi que la grande région de Niagara portent encore les cicatrices laissées par ces actes répréhensibles. Il est primordial d'accorder la priorité à la sécurité publique et de veiller à ce que les personnes qui posent un grand risque pour la société soient incarcérées et surveillées comme il se doit.
Je suis tout à fait d'accord. Des décennies après que ces crimes odieux ont été perpétrés, les cauchemars et les cicatrices laissées par la terreur perdurent dans la population touchée à St. Catharines, ainsi que dans ma circonscription, Niagara Falls—Niagara‑on‑the‑Lake.
Le gouvernement libéral doit répondre à des questions. Pourquoi ces transfèrements de prisonniers ont-ils lieu? Pourquoi profitent-ils aux criminels les plus dangereux du Canada et dans quel but? Le gouvernement libéral souhaite-t-il laisser progresser ces délinquants dangereux, ces tueurs en série et ces auteurs de massacres jusqu'à ce qu'ils aboutissent dans des prisons à sécurité minimale ou jusqu'à ce qu'ils bénéficient d'une mise en liberté sous caution ou de conditions moins contraignantes?
Le gouvernement libéral ne croit sûrement pas que des individus tels que Paul Bernardo, Dellen Millard, Mark Smich et Luka Magnotta devraient continuer à jouir d'un niveau de sécurité de moins en moins sévère jusqu'à ce qu'ils sortent du système correctionnel, n'est-ce pas?
Le système judiciaire et correctionnel canadien doit être rééquilibré au bénéfice des Canadiens respectueux de la loi ainsi que des victimes d'actes criminels. Ce doit être son objectif, et le projet de loi contribuera à rétablir cet équilibre, ainsi que la confiance des Canadiens dans les institutions fédérales de notre pays. La décision de Service correctionnel Canada de transférer des délinquants dangereux et des auteurs de massacres d'une prison à sécurité maximale vers une prison à sécurité moyenne érode la confiance de la population et soulève de sérieuses questions et elle suscite la controverse quant à savoir qui le système judiciaire sert et privilégie: les victimes, comme il se doit, ou les criminels.
Quand même la commissaire du Service correctionnel du Canada, Anne Kelly, la personne responsable de ces transfèrements, admet le problème — c'était au sujet de Bernardo —, les Canadiens savent que quelque chose ne tourne pas rond. Elle a dit: « Le fait qu'il soit détenu dans un établissement à sécurité moyenne ne change rien au fait qu'il est un psychopathe et qu'il a commis des crimes horribles et inqualifiables [...] »
Il y a aussi la réaction de l'ancien ministre de la Sécurité publique à la nouvelle du transfèrement de Bernardo. Selon CBC, il a dit: « [...] en tant qu'ancien procureur fédéral et que Canadien, j'ai été profondément troublé et, oui, choqué par cette décision [...] » Il s'agit d'une citation de l'ancien ministre responsable. Il n'est donc pas étonnant que, peu après cette débâcle nationale, Justin Trudeau ait expulsé le ministre Mendicino du Cabinet.
Les Canadiens n'en croient pas leurs oreilles. Ces commentaires viennent de personnes en position d'autorité. Ce sont eux que les Canadiens s'attendent à voir diriger et gérer avec compétence le système correctionnel du Canada et les institutions comme Service correctionnel Canada de manière à assurer la sécurité publique. Même s'ils ont reconnu à quel point Paul Bernardo est une mauvaise personne, ils ont persisté. Ils ont continué de permettre ce genre de transfèrements, comme si de rien n'était.
Le nouveau libéral n'a pas bougé le petit doigt, et la même commissaire du Service correctionnel du Canada n'a pas annulé ses décisions. La semaine dernière, le gouvernement a annoncé qu'elle quittait son poste et qu'elle serait remplacée. Les Canadiens surveilleront de près les mesures que le nouveau commissaire prendra ou ne prendra pas dans le cadre de ses nouvelles fonctions.
La première personne qui a communiqué avec moi pour me demander d'intervenir dans ce dossier, c'était une amie proche d'une des victimes de Paul Bernardo. Elle s'appelle Marcia Penner. Dans une lettre qu'elle a adressée à la commissaire du Service correctionnel du Canada, Anne Kelly — et je pense qu'elle parle au nom de tous les Canadiens —, elle a écrit:
Aidez-moi à comprendre comment une personne comme Paul Bernardo peut être logée dans un établissement comme celui‑là. C'est l'un des tueurs les plus notoires du Canada, un violeur en série psychopathe désigné DÉLINQUANT DANGEREUX. Cette désignation signifie‑t‑elle quelque chose? Je ne peux qu'imaginer que les prisonniers détenus dans les pénitenciers à sécurité maximale doivent se poser la même question. Si une personne qui a commis les pires des pires crimes ne se qualifie pas pour les conditions les plus dures, alors qui se qualifie?
Marcia Penner a raison, et le projet de loi est la solution pour régler ce problème majeur et faire ce qui, en fin de compte, est juste. Le projet de loi C‑232 s'inscrit également dans le cadre d'un effort plus vaste des conservateurs, au moyen de plusieurs projets de loi d'initiative parlementaire, en vue d'endiguer la vague de criminalité déchaînée qui déferle sur les Canadiens après une décennie de mauvaises politiques libérales qui ont affaibli les institutions fédérales comme le Service correctionnel du Canada.
Le gouvernement libéral parle maintenant de mettre en œuvre des réformes nécessaires en matière de justice. Malheureusement, ces réformes sont nécessaires pour régler les problèmes que les libéraux ont causés en affaiblissant des dispositions de mesures législatives de l'ancien gouvernement conservateur au moyen de projets de loi tels que les projets de loi , et . Il y a néanmoins de l'espoir. Les débats à l'étape de la deuxième lecture sur les projets de loi et , présentés par deux de mes collègues, reprendront bientôt. Je trouve encourageant de voir que les projets de loi et ont tous les deux, après avoir franchi l'étape de la deuxième lecture, été renvoyés au comité pour une étude plus approfondie par les parlementaires. J'espère que mes collègues appuieront largement le renvoi du projet de loi au comité.
Assez, c'est assez. Il est temps de rééquilibrer le système correctionnel afin de tenir davantage compte des préoccupations des victimes, de rétablir la confiance des Canadiens dans les établissements fédéraux et de renvoyer les délinquants dangereux et les tueurs en série comme Paul Bernardo, Dellen Millard, Mark Smich et Luka Magnotta là où ils devraient être, c'est-à-dire dans des prisons à sécurité maximale. Avec l'appui de mes collègues à la Chambre, nous pouvons y arriver. Nous pouvons répondre aux appels de notre électorat, de nos concitoyens et, surtout, des familles de victimes d'actes criminels.
Je suis ici aujourd'hui parce que j'ai promis de voir ce que je pourrais faire pour aider à corriger une décision horriblement mauvaise qui a été prise par le gouvernement. Je demande à mes collègues d'appuyer cet effort. En travaillant ensemble, nous pouvons accomplir de grandes choses et rendre ainsi hommage aux gens qui ont perdu la vie dans des circonstances tellement tragiques.
:
Monsieur le Président, je sais que le député d'en face est très heureux que j'aie saisi l'occasion de prendre la parole au sujet de ce projet de loi, même si sa présence à la Chambre nous amène à nous interroger sur son niveau d'attention. S'il suivait vraiment les débats aujourd'hui, il saurait que bon nombre de députés libéraux sont intervenus non seulement pour aborder les questions à l'ordre du jour, mais aussi pour poser des questions.
Une voix: Oh, oh!
L'hon. Kevin Lamoureux: Monsieur le Président, si le député pouvait être un peu plus attentif, par exemple, au lieu de me chahuter, il comprendrait probablement mieux ce qui se passe réellement à la Chambre.
Je me permets de faire une suggestion. Je crois que le député parlait de suivre les instructions des personnes qui nous ont élus. Je veux croire que c'est ce que font tous les députés, qu'ils soient libéraux, conservateurs, néo-démocrates ou de toute autre allégeance politique.
Une voix: Oh, oh!
L'hon. Kevin Lamoureux: Monsieur le Président, je peux assurer au député qui continue de me chahuter que les gens que je représente dans Winnipeg‑Nord comprennent à quel point il est important de respecter l'indépendance du pouvoir judiciaire. L'indépendance du pouvoir judiciaire est une responsabilité partagée entre différents ordres de gouvernement, et je dirais que, même quand il est question d'incarcération et du Service correctionnel du Canada, qui prend les décisions, je crois que les Canadiens le comprennent et le respectent pleinement.
Je constate que le député d'en face a beaucoup de mal à comprendre ce que je dis. Pour sa gouverne, je vais entrer un peu plus dans les détails. Je l'invite donc à rester à l'écoute et à prêter attention, car il pourrait bien apprendre quelque chose ici.
Je tiens d'abord à dire qu'il est très difficile de reconnaître la douleur ressentie par la famille et les amis des victimes, qui ont dû subir toutes sortes d'épreuves à la suite d'un crime épouvantable. On ne peut qu'imaginer ce que ressent le parent d'un enfant qui a été violé, agressé et ensuite assassiné. On peut penser à un tueur en série. Ses actes touchent non seulement la famille de ses victimes, mais aussi leur collectivité, et je dirais même le pays.
Les gens peuvent comprendre à quel point c'est horrible. Malheureusement, dans la société, que ce soit au Canada ou dans pratiquement n'importe quel autre pays, de tels crimes sont commis. Pour ma part, je crois qu'il est très difficile d'imaginer à quel point ce genre d'expérience est pénible, surtout pour un parent, à moins de l'avoir vécue soi-même. Je ne pense pas qu'il soit possible de se remettre un jour de la perte d'un enfant, quel que soit son âge, surtout lorsqu'elle résulte d'un crime aussi horrible que ceux dont nous parlons aujourd'hui.
Il y a quelques années, pendant la période des questions, les conservateurs ont évoqué le meurtre commis par Terri-Lynne McClintic, un autre événement atroce survenu au Canada, et qui soulevait essentiellement les mêmes préoccupations. Il suffit de consulter le hansard pour constater que les députés conservateurs se sont succédé pour en parler de façon très explicite et très détaillée. C'est une approche qui ne me plaisait pas. J'espère que quiconque fera des recherches et lira mes interventions trouvera que j'ai été conséquent dans mes propos.
Ce manège s'est répété jour après jour, jusqu'à ce que Ralph Goodale prenne la parole pour formuler une observation très importante. Je souhaite citer Ralph Goodale dans un discours qu'il a prononcé ici même. C'est d'autant plus pertinent que ces propos remontent à 2014, à l'époque où Stephen Harper dirigeait le gouvernement et où l'actuel siégeait à son Cabinet. Le 2 octobre 2018, Ralph Goodale a dit à la Chambre:
Monsieur le Président, le meurtre violent de Tori Stafford, en 2009, est un crime qui a horriblement ébranlé la famille de la victime, mais aussi tout le pays.
La meurtrière, Mme McClintic, a été reclassée dans la catégorie des détenus à sécurité moyenne en 2014. Le gouvernement de l'époque n'a pas contesté cette décision. D'ailleurs, Mme McClintic est toujours dans un établissement correctionnel à sécurité moyenne.
Je tiens à rappeler qu'un député conservateur, et le Parti conservateur lui-même, ont déjà tenté de présenter ce projet de loi. Toutes les autres formations politiques ont voté contre, qu'il s'agisse des bloquistes, des néo-démocrates, des verts ou des libéraux. Aujourd'hui, les conservateurs reviennent essentiellement avec le même texte.
Je souligne les propos de Ralph Goodale afin de poser la question suivante: à l'époque où l'actuel siégeait au Cabinet et avait la possibilité d'agir, pourquoi les conservateurs n'ont-ils pas contesté la décision dans ce dossier? Je pense qu'il s'agit d'une question légitime.
Au bout du compte, il y a le hansard. Les conservateurs peuvent le consulter. Je ne pense pas que nous rendions service à la Chambre en entretenant l'idée qu'ils mettraient en œuvre le projet de loi s'ils étaient au pouvoir, étant donné que le ne l'a pas fait lorsqu'il siégeait au Cabinet. Si on examine la décision, on constate que c'est le Service correctionnel du Canada qui prend les décisions de transfert et de reclassification, comme il l'a fait en 2014, lorsque le chef du Parti conservateur n'a rien dit. Par conséquent...
:
Monsieur le Président, cela me fait plaisir d'intervenir ce soir dans le cadre de l'étude de ce projet de loi. Le sujet est assez sensible puisque ce projet de loi a été mis en place pour répondre à un cas très particulier. Je trouve ça dangereux de rédiger un projet de loi qui vise un seul cas. En tant que législateurs, nous devons penser que notre projet de loi, s'il est adopté, s'appliquera à toutes sortes de criminels qui sont incarcérés et il faut envisager son application réelle.
Hier, je lisais dans les journaux qu'une bagarre avait encore mal tourné au pénitencier fédéral de Donnacona, un prisonnier ayant tué un autre prisonnier. Je peux dire que dans les pénitenciers fédéraux, ce n'est pas le gros bonheur pour les agents correctionnels actuellement, parce qu'on manque beaucoup de personnel. Il y a une pénurie d'agents correctionnels. Les agents correctionnels travaillent à la limite de leurs capacités en raison de problèmes d'équipement et de recrutement. Ils se retrouvent parfois à travailler avec cinq ou six agents en moins sur certains quarts de travail. C'est le cas, par exemple, au pénitencier fédéral de Drummondville. Ce sont des conditions difficiles.
Dans le projet de loi, on parle d'incarcérer de manière irrévocable tous les détenus qui ont commis plus d'un meurtre. On ne parle pas seulement, dans le projet de loi, de délinquants dangereux. On parle de criminels qui ont commis plus d'un meurtre ou qui ont été déclarés délinquants dangereux. On dit que ceux-ci seraient tenus de purger leur peine en établissement à sécurité maximale sans aucune possibilité d'en sortir. C'est ce qui pose problème, selon nous, dans ce projet de loi. Au Bloc québécois, il faut quand même le réitérer, nous croyons au système de justice, nous croyons au travail accompli par Service correctionnel Canada et, surtout, nous croyons à la réhabilitation. Dans le fond, nous refusons les peines qui pourraient nuire à la capacité de réhabilitation.
Avant que nos collègues conservateurs s'enflamment, je tiens à dire que nous savons que certains criminels n'ont aucune capacité de réhabilitation. Par exemple, dans le cas dont il est ici question, celui de Paul Bernardo, nous savons que ce criminel n'a pas la capacité de se faire réhabiliter. Nous comprenons ça et nous savons que ce projet de loi est fait vraiment pour lui. Paul Bernardo est un nom qui est connu de tous parce qu'au début des années 1990, il a enlevé, torturé, violé et tué trois jeunes filles avec sa complice. Pour ces crimes horribles, il a été condamné à la prison à perpétuité. C'est un délinquant dangereux.
Si on parle de lui dans ce projet de loi, c'est parce qu'il a eu le droit de se faire transférer, dans le plus grand secret et sans que les familles en soient informées, dans une prison à sécurité moyenne, à La Macaza entre autres, dans la circonscription de ma collègue. Il y a eu beaucoup d'erreurs dans ce dossier, et cela a coûté son poste au ministre de la Sécurité publique à l'époque. On sait que La Macaza accueille plusieurs délinquants sexuels. Ce transfert s'est fait dans le plus grand secret, comme je le disais, et c'est probablement parce que Service correctionnel Canada s'imaginait bien que la perception du public n'aurait jamais accepté que ce délinquant dangereux soit transféré dans une prison à sécurité moyenne.
Cela va de soi, mais je souhaite être très claire: nous n'avons aucune pitié pour des criminels tels que Paul Bernardo, Luka Rocco Magnotta ou encore Alexandre Bissonnette. Le projet de loi tel qu'on le lit s'adresse principalement à eux, mais il inclut aussi des gens qui ont commis des meurtres, plus qu'un meurtre, et c'est cet élément qui nous cause un problème. Je tiens juste à rappeler que trois facteurs sont pris en compte pour déterminer l'endroit de détention. Ce qui fait qu'un détenu va être incarcéré dans un pénitencier à sécurité maximale, c'est notamment son comportement.
Par exemple, un détenu qui agresse constamment ses codétenus ou les agents correctionnels pourrait être transféré dans une prison à sécurité maximale pour assurer la sécurité des autres. Il y a aussi comme facteur le risque d'évasion. On a vu des délinquants dangereux qui ont réussi à s'évader de prison. Ceux qui tentent ou qui réussissent à s'évader pourraient nécessiter une surveillance plus étroite et ils seront donc mis dans une prison à sécurité maximale. On peut aussi penser que ceux qui représentent un risque élevé pour la sécurité publique sont aussi mis dans une prison à sécurité maximale.
On s'entend que dans le cas de Paul Bernardo, on peut questionner l'analyse de Service correctionnel Canada. On peut se demander ce qui l'a mené à cette décision. C'est une décision qui semblait, pour les parlementaires et, surtout, pour les victimes, les familles des victimes et la communauté, être une décision complètement insensée. Je le répète: c'était tellement une décision insensée que ç'a coûté le poste du ministre de la Justice à l'époque.
Rappelons que le projet de loi modifie la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition afin que les détenus qui ont été déclarés comme étant des délinquants dangereux ou déclarés coupables de plus d'un meurtre au premier degré doivent se voir attribuer la cote de sécurité maximale et être incarcérés dans un pénitencier à sécurité maximale ou dans un secteur à sécurité maximale d'un pénitencier.
C'est une disposition qui ne peut pas, à notre sens, être généralisée. C'est parce qu'on sait qu'il y a des erreurs qui sont commises par le système de justice. Parfois, la justice se trompe. C'est un triste constat, mais c'est la vérité. De nombreux exemples nous viennent à l'esprit. Je parlais dans mes questions plus tôt du cas de Claude Paquin, qui a été reconnu coupable de deux meurtres prémédités et qui à l'âge de 81 ans, après 41 ans depuis son accusation et après 18 ans en prison, a été acquitté. Ses premiers mots à la juge quand il a entendu sa sentence pour le déclarer finalement innocent étaient: « Vous venez de me sortir de l'enfer. »
On comprend que si le projet de loi de mon collègue était adopté, M. Paquin n'aurait jamais pu être jugé finalement innocent et acquitté, même après 18 ans de pénitencier. Nous nous opposons donc au projet de loi qui nous est présenté. Cependant, je comprends mon collègue, parce qu'il a eu la demande de sa communauté et de ses concitoyens. Souvent, c'est ça qui nous touche et nous présentons des projets de loi qui sont demandés par nos concitoyens. Je comprends qu'il croit fermement que son projet de loi va régler la situation et qu'il n'y aura plus de cas comme celui de Paul Bernardo.
Je peux dire une chose. J'effectue une tournée des pénitenciers fédéraux au Québec. J'ai visité Port‑Cartier et j'ai visité Drummond. Je m'en vais visiter La Macaza et bientôt la prison de femmes à Joliette. Dans mes deux premières visites, j'ai été vraiment époustouflée de constater le manque de soutien que Service correctionnel Canada offre aux agents correctionnels.
Je suis impressionnée que ces agents doivent travailler et faire des heures supplémentaires obligatoires dans des conditions de travail que n'importe qui trouverait inacceptables. Quand on est dans une unité d'un pénitencier à sécurité maximale, je vais le dire sincèrement, il faut être fait fort, parce que c'est dangereux. C'est dangereux d'y travailler. Ce n'est pas seulement parce que les détenus sont dangereux, mais c'est aussi que les outils de travail sont défectueux. Il y a certains pénitenciers qui ont vraiment besoin d'amour et de s'adapter aux nouvelles technologies.
Est-ce qu'on trouve ça normal qu'aux pénitenciers de Drummondville ou de Port‑Cartier, des drones fassent entrer de la drogue et des armes à pleine porte ou que les agents correctionnels travaillent dans une fumée secondaire de marijuana parce que la drogue pénètre dans nos pénitenciers par les drones?
Il y aurait beaucoup de choses à dire sur les conditions de travail de nos agents et sur la situation actuelle de nos pénitenciers. Depuis le début de la session parlementaire, du côté conservateur, on veut toujours mettre plus de monde en prison. Pour certains, c'est bien normal. Néanmoins, je dirai en terminant que c'est bien beau, mais il faut aussi s'assurer que les agents correctionnels dans les pénitenciers sont capables de bien faire leur travail et d'assurer leur sécurité et celle du public.
:
Monsieur le Président, c'est toujours un plaisir de prendre la parole au nom des habitants de Kamloops—Thompson—Nicola, mais, en l'occurrence, c'est une particulièrement bonne occasion.
Avant de commencer, je tiens à souligner le travail d'Anita Price, qui a travaillé avec loyauté et diligence dans mon bureau de 100 Mile House, qui ne fait plus partie de la circonscription, ainsi que dans notre bureau de Kamloops, à temps partiel, selon les besoins. Anita a toujours été une fidèle collaboratrice. Nous la remercions pour les services qu'elle a rendus aux habitants de Kamloops—Thompson—Cariboo, aux habitants de Kamloops—Thompson—Nicola et à tous les Canadiens.
Je souhaite également la bienvenue au Canada à Hunter Rose Friesen, la fille de Mike Friesen et de Brittany Matheson. Mike était un membre du personnel ici, sur la Colline du Parlement, qui a également servi un certain nombre de Canadiens et de députés. Nous souhaitons la bienvenue à Hunter et espérons qu'elle et ses parents se portent bien.
Sur une note plus sombre, je rends hommage à Giovannina Mercuri, épouse de Vittorio et mère d'Amedeo, Mirella, Rita, Giovanni et Pietro. Elle nous a quittés, laissant derrière elle de nombreux souvenirs à une famille qui, j'en suis sûr, la regrette profondément. J'attendais depuis quelque temps l'occasion de rendre hommage à une vie bien remplie. Que la lumière éternelle brille sur elle.
Je prends également la parole aujourd'hui pour rendre hommage à Alfredo Caputo. Nous sommes évidemment liés, puisque nous avons le même nom de famille. Sa femme, Fiorina, et sa fille, Luigina, sont décédées avant lui. Il laisse dans le deuil Peter, Anna, Rosie et leurs familles, dont beaucoup de petits-enfants. J'ai pu assister à ses funérailles la semaine dernière. Il nous manquera, de toute évidence, car c'était un membre précieux de la famille Caputo. Mes pensées accompagnent sa famille en cette période de deuil difficile. Que la lumière éternelle brille sur lui.
Je prends aussi la parole aujourd'hui pour rendre hommage à Dina Piva. Je connais très bien quelques-uns de ses fils, en particulier Dennis. Je connais aussi Laura et Mario, les autres enfants endeuillés de Dina. Sa famille est très respectée et a beaucoup fait pour la région de Kamloops—Thompson—Nicola. Je sais que ses enfants sauront poursuivre son héritage de façon splendide. Que la lumière éternelle brille sur elle.
J'aimerais que beaucoup de députés libéraux puissent entendre ce discours. Le député de nous a induits en erreur aujourd'hui. S'il n'est pas d'accord avec moi, qu'il se lève dès maintenant et qu'il invoque le Règlement pour dire qu'il n'a induit personne en erreur. Il n'a pas énoncé les faits. Voici pourquoi.
Il a demandé pourquoi le , quand il faisait partie du Cabinet, n'a rien fait après que Paul Bernardo a été transféré dans une prison à sécurité moyenne, ce dont il est question dans ce projet de loi d'initiative parlementaire. C'est parce que la loi était différente. Les libéraux ont modifié la loi. Avec le projet de loi , présenté au cours de la 42e législature, ils ont modifié le seuil de détention dans un milieu correctionnel pour toutes les décisions en faveur de ce qu'on appelle la mesure la moins restrictive. Cela signifie qu'une personne doit être incarcérée selon les mesures les moins restrictives possibles. Donc, si quelqu'un peut être incarcéré dans une prison à sécurité minimale, c'est là qu'on l'y enverra, quelle que soit la gravité de l'infraction commise. Le député a dit à la Chambre et aux Canadiens que les conservateurs auraient pu s'en occuper et qu'ils ne l'ont pas fait. C'est tout à fait faux et, si j'ose dire, très trompeur. On lui a dit que ses propos étaient trompeurs, et il en a rajouté. Ce n'est pas une chose à laquelle nous devrions nous attendre à la Chambre, ni quelque chose que nous devrions accepter.
J'ai d'ailleurs visité la prison où Paul Bernardo était détenu et je pense qu'Anne Kelly, la commissaire du Service correctionnel du Canada, qui quittait à ce moment-là, n'a pas aimé ce que j'avais à dire parce que pendant son mandat, le gouvernement a diffusé de faux renseignements sur ma visite. Or, j'étais accompagné d'un membre du personnel et d'un membre du syndicat qui ont confirmé tout ce que j'avais à dire.
Je suis allé à la cellule de Paul Bernardo. Il s'est approché, et nous nous sommes retrouvés nez à nez. Qu'a dit le gouvernement? Il a dit que le député et Bernardo n'avaient eu aucune interaction. Évidemment que nous n'avons eu aucune interaction. Je n'avais pas l'intention de lui parler ou de lui serrer la main. C'est l'un des hommes les plus ignobles au Canada. Non, nous n'avons eu aucune interaction, mais nous nous sommes bel et bien vus. Les gens peuvent consulter les médias locaux de Kamloops, car le représentant syndical de la prison a fait une déclaration aux médias. Le fait qu'Anne Kelly et des représentants des services correctionnels aient cherché à salir la réputation d'un député est révoltant. C'est inacceptable.
C'est la même chose en ce qui concerne la patinoire. Paul Bernardo a accès à une patinoire pour jouer au hockey. Les filets ont été relevés pour éviter qu'ils figent dans la glace. Le gouvernement a dit que la patinoire n'était pas opérationnelle en ce moment. Qu'est-ce que cela signifie? Une chose que les fonctionnaires ont omis de dire, c'est que le terrain de tennis n'est pas opérationnel en ce moment. Pour ceux qui ne le savent pas, la patinoire sert de terrain de tennis et vice versa. J'ai une photo, si des personnes veulent voir cette installation. L'éclairage y est comparable à celui qu'on trouverait dans un parc public.
Quand les libéraux demanderont « Où est le problème? », je leur répondrai que le problème, c'est que Paul Bernardo est incarcéré dans un établissement à sécurité moyenne et qu'il a accès à une patinoire, à un terrain de tennis et à des patins, ce que le gouvernement a omis dans ses déclarations diffamatoires. Je mets au défi n'importe lequel des libéraux de me contredire à l'extérieur de cette enceinte. Ils ne diront pas que je mens. Les libéraux se contentent d'assembler 40 % des morceaux du casse-tête, d'une manière qui sert à induire les gens en erreur.
Que doit-on penser de notre société quand l'une des pires personnes au Canada peut passer d'un établissement à sécurité maximale à un établissement à sécurité moyenne? Si les députés ne pensent pas qu'il y a une différence — et je crois qu'Anne Kelly a dit à l'une des victimes qu'il n'y en avait pas —, il y a en fait une différence importante. Le périmètre de sécurité est le même, deux clôtures, mais en tant que personne qui a travaillé dans le domaine correctionnel, je peux dire que si une personne est incarcérée dans un établissement à sécurité maximale, elle est emprisonnée derrière plusieurs portes. Dans les établissements à sécurité moyenne, c'est souvent un espace ouvert.
Terri‑Lynne McClintic — et j'espère que c'est une histoire que le député de Winnipeg assimilera — a tué une fillette de 8 ans, Tori Stafford. Il s'agissait en partie d'une agression sexuelle. Devinez où elle se trouve? Dans un établissement à sécurité moyenne. Elle vit dans une maison en rangée, et devinez ce qu'il y a à côté de sa maison dans cet établissement à sécurité moyenne? Il y a le Programme mère-enfant. Ça ne s'invente pas. Une délinquante sexuelle qui a tué un enfant vit à côté d'un endroit où on offre le Programme mère-enfant, mais les libéraux nous disent: « Ne vous inquiétez pas, la porte est toujours verrouillée ». Je peux dire aux députés que je sais que la porte n'est pas toujours verrouillée, car qu'il y ait des enfants ou non, il y a deux portes. La porte avant est peut-être verrouillée, bien que j'y sois entré directement la fois où j'y suis allé et que j'ai vu deux jeunes garçons, mais il y a aussi une porte latérale qui n'est pas verrouillée, et on m'a confirmé qu'elle ne l'est jamais.
Je mets au défi le prochain intervenant libéral, quel qu'il soit, de soulever cette question. Pensez aux victimes de Bernardo. Regardez la caméra et dites: « Je suis d'accord pour que Paul Bernardo soit dans un établissement à sécurité moyenne. Je n'ai aucun problème à ce que Terri‑Lynne McClintic vive à côté d'enfants. » Personne ne le fera. Je suis certain que nous allons entendre ce qui, je l'espère, ne sera pas un discours préparé, mais qui le sera probablement et qui sera lu mot pour mot. Qu'est-ce que ça dit à notre sujet?
Nous devons adopter ce projet de loi, non seulement parce que c'est la bonne chose à faire et parce que les Canadiens le demandent, mais aussi parce que la justice — la vraie, la justice naturelle — l'exige. Que certains députés de cette Chambre ne le comprennent pas est honteux et en dit long sur eux.
:
Monsieur le Président, je suis heureuse de prendre la parole au sujet de ce projet de loi d'initiative parlementaire, le . Même si cette mesure semble bien intentionnée, le gouvernement ne peut pas l'appuyer. Notre priorité absolue est d'assurer la sécurité des Canadiens. Pour ce faire, nous nous appuyons sur des lois et des politiques dont l'efficacité a été démontrée. Nous savons que les programmes efficaces de réadaptation et de réinsertion sociale des délinquants réduisent la récidive et renforcent la sécurité publique.
Le projet de loi va directement à l'encontre de tels programmes. Tout d'abord, il propose de modifier la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition afin de prévoir que les détenus qui ont été déclarés délinquants dangereux ou déclarés coupables de plus d'un meurtre au premier degré doivent être incarcérés dans un pénitencier à sécurité maximale pendant toute la durée de leur peine. Cette mesure s'appliquerait même lorsqu'il s'agit d'une peine d'une durée limitée, c'est-à-dire dans les cas où il est prévu que le délinquant retournera un jour dans la collectivité.
La désignation d'un délinquant à titre de détenu à sécurité maximale est une mesure nécessaire pour assurer la sécurité des pénitenciers et du public. La décision de réduire la cote de sécurité d'un détenu de la sécurité maximale à la sécurité moyenne n'est prise qu'après une évaluation rigoureuse et approfondie des facteurs de risque propres au cas du délinquant. Parmi ces facteurs, notons les antécédents du détenu, toute désignation de délinquant dangereux, la gravité de l'infraction, le risque de comportement violent, les accusations en instance et les incidents liés à la sécurité, ainsi que les progrès réalisés pendant la détention. Cette décision se base sur plusieurs critères et considérations qui sont conformes aux principes visant à assurer la protection de la société, du personnel et des délinquants.
En plus de tous les facteurs propres à chaque cas, le niveau de sécurité est également déterminé selon l'évaluation, par le Service correctionnel du Canada, du degré de surveillance et de contrôle requis au sein de l'établissement, ce qu'on appelle l'adaptation à l'établissement, du risque d'évasion et du risque pour la sécurité publique en cas d'évasion. Je tiens à souligner qu'à tout moment, un détenu peut être reclassé à un niveau de sécurité supérieur, si on le juge nécessaire pour assurer la sécurité du public ou de nos établissements.
Les recherches montrent que la sécurité publique est mieux assurée lorsque la réadaptation des délinquants est progressive et structurée. C'est ce que démontrent les études. Cependant, les établissements à sécurité maximale offrent moins de programmes de réadaptation, tels que l'éducation, la lutte contre la violence familiale, le traitement de la toxicomanie et la formation professionnelle. En limitant l'accès à ces programmes et à la libération conditionnelle de certains délinquants, le projet de loi pourrait compromettre la sécurité du personnel et des autres détenus des établissements en créant un environnement institutionnel plus instable et moins facile à gérer. Il pourrait également nuire à une réadaptation efficace et à une réinsertion en toute sécurité, car les détenus auront moins de chances de bénéficier d'une libération progressive et supervisée dans la communauté une fois leur peine purgée. Le projet de loi finirait par compromettre la sécurité publique lors de la libération des délinquants, car ceux-ci sortiraient de prison moins bien préparés et disposeraient de moins d'outils pour devenir des membres productifs de la société.
Le projet de loi soulève également une préoccupation importante au regard de la Charte, en particulier en raison de son application aux détenus actuels. Il aurait une incidence sur les perspectives de libération conditionnelle des personnes qui purgent déjà une peine dans le cadre des lois existantes. Cette application rétroactive remet en cause les principes fondamentaux de justice et d'équité, la jurisprudence ayant jugé inconstitutionnelle l'application rétroactive de mesures dans des situations similaires, en particulier lorsqu'elles sont de nature punitive. Le système correctionnel doit fonctionner dans le respect de la primauté du droit et des droits et libertés garantis par la Charte.
J'aimerais également mentionner à la Chambre que nous devons veiller à ne pas exacerber le problème connu de la surreprésentation des délinquants autochtones et noirs dans les établissements à sécurité maximale et dans le système de justice pénale en général. Le gouvernement du Canada comprend qu'un système de justice équitable est un système de justice efficace. C'est pourquoi nous continuons de faire des investissements considérables pour combler les lacunes dans les services aux Autochtones et remédier à leur surreprésentation dans l'ensemble du système de justice pénale.
Je dirais que le cadre fédéral visant à réduire la récidive, lancé en juin 2022, était une étape importante pour le gouvernement du Canada. Il s'agit d'un plan qui cerne les facteurs déterminants qui influent sur les motifs de récidive et sur la façon d'appuyer la réinsertion sociale sécuritaire et réussie.
Sécurité publique Canada et les organismes relevant de son portefeuille continuent d'appuyer les efforts déployés à l'échelle du gouvernement pour harmoniser les lois, les programmes, les politiques et les initiatives avec la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. L'Initiative sur les services correctionnels communautaires destinés aux Autochtones a été créée dans cet esprit afin d'offrir des services favorisant la guérison qui sont adaptés à la culture, des solutions de rechange à l'incarcération et des services de réadaptation aux délinquants autochtones. Nous devons continuer de prendre des mesures pour régler les problèmes systémiques au sein du système de justice, et nous ne pouvons pas appuyer un projet de loi qui aggraverait ces inégalités.
Enfin, bien que les projets de loi d'initiative parlementaire ne comportent généralement pas de dispositions sur des fonds nécessaires, le projet de loi aurait des répercussions financières importantes et inévitables. L'imposition de certaines cotes de sécurité pour des délinquants en particulier entraînerait des coûts d'infrastructure à long terme, car les installations existantes devraient être agrandies ou modifiées pour s'adapter aux changements dans la population carcérale qui en résulteraient. La position du gouvernement sur le projet de loi C‑232 est claire. Le projet de loi compromettrait la sécurité publique et constituerait un recul en matière de politique correctionnelle. Il soulève également de sérieuses préoccupations juridiques et pratiques que nous ne pouvons pas ignorer.
Le projet de loi est une approche malavisée qui ne tient pas compte des mesures ayant fait leurs preuves pour assurer la sécurité des Canadiens. Il menace la sécurité de nos institutions et de nos collectivités, et il porterait atteinte aux principes mêmes de justice sur lesquels repose notre système correctionnel. Nous devons continuer à appuyer des politiques fondées sur des données probantes, qui respectent la primauté du droit et qui mettent l'accent sur la réinsertion sociale sécuritaire et réussie des délinquants.
La réadaptation n'est pas un geste d'indulgence. C'est un pilier fondamental de la sécurité publique. Lorsqu'une personne termine sa peine et qu'elle est remise en liberté, la question la plus importante est de savoir si, à sa sortie, elle sera en mesure de contribuer à la société ou si elle récidivera. Étant donné que la plupart des personnes incarcérées finissent par être libérées, si nous nous concentrons uniquement sur la punition sans nous attaquer à ce qui a conduit au comportement, comme la toxicomanie, le manque d'éducation ou les problèmes de santé mentale, nous choisissons effectivement de mettre la sécurité publique en danger.
Pour toutes ces raisons, j'exhorte mes collègues à s'opposer...