Interventions en comité
 
 
 
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Lib. (NB)
Bonjour, je vous souhaite la bienvenue à la dernière rencontre de notre comité.
Conformément au paragraphe 108(2) du Règlement, nous allons poursuivre l'étude des changements climatiques et des problèmes de conservation de l'eau et des sols. Nous sommes en vidéoconférence avec Aubert Michaud, chercheur en conservation des sols et de l'eau à l'Institut de recherche et de développement en agroenvironnement.
Bonjour.
Nous accueillons également par vidéoconférence, à titre personnel, Elena Bennett, professeure adjointe de Sciences des ressources naturelles.
Elle nous parle à partir de Sainte-Anne-de-Bellevue, au Québec.
Je vous souhaite la bienvenue, madame Bennett. Nous entendez-vous?
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Lib. (NB)
C'est bien.
Pour commencer, vous disposerez chacun de sept minutes.
Madame Bennett, vous avez la parole.
Elena Bennett
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Elena Bennett
2017-12-12 15:32
C'est parfait, je peux donc commencer.
Comme vous l'avez dit, je m'appelle Elena Bennett. Je suis professeure adjointe à l'Université McGill et je suis basée ici à Sainte-Anne-de-Bellevue.
Cela fait 20 ans que j'étudie l'agriculture, en particulier les effets de l'utilisation d'engrais sur la qualité de l'eau et des sols. Ces 10 dernières années, mes recherches ont davantage porté sur la gestion des sols dans les zones agricoles et sur la connaissance des multiples bienfaits qu'apportent les terres agricoles pour les communautés. Non seulement ces terres permettent la production alimentaire et les retombées économiques associées, mais elles ont aussi d'autres fonctions bénéfiques: usages récréatifs, gestion des inondations, purification de l'eau, régulation climatique par le stockage du carbone et bien d'autres encore.
Nous appelons ces retombées positives « écoservices », terme qui intéresse beaucoup le milieu des chercheurs et celui des gestionnaires depuis une dizaine d'années. C'est ce dont je vais parler aujourd'hui.
Je voudrais commencer par vous adresser mes remerciements pour cette invitation. Je suis très heureuse de voir que le gouvernement prend les changements climatiques au sérieux et qu'il se penche sur les répercussions du phénomène sur d'importants secteurs canadiens.
Je me propose de vous entretenir d'une idée générale qui m'amènera à deux recommandations auxquelles vous pourriez réfléchir. Cette idée est la suivante: quand nous pensons à l'univers agricole, il nous faut voir au-delà de la production alimentaire. S'il est vrai que les paysages agricoles sont très importants pour la production alimentaire et l'économie, il est également vrai qu'ils procurent aux Canadiens bien d'autres services qui sont largement sous-estimés, voire ignorés.
Si vous songez à votre paysage agricole canadien favori, vous imaginerez peut-être des champs de pommes de terre de l'Île-du-Prince-Édouard, des champs de canola dans les Prairies, des champs de maïs ou de soja ici au Québec ou encore des vergers en Colombie-Britannique. Si vous pensez à ce paysage et que vous essayez d'établir la liste des bienfaits que nous en retirons, soit les écoservices, vous songerez sans doute d'abord à l'eau et à la nourriture, peut-être au bois de chauffage ou encore, par ici, au sirop d'érable. Si je vous incite à y réfléchir un peu plus longtemps, vous pourriez aussi considérer les aspects esthétiques, les possibilités de loisirs et de randonnée ou encore la source d'inspiration que peuvent constituer ces paysages pour les activités artistiques ou culturelles.
Enfin, si vous approfondissez encore la réflexion, vous admettrez peut-être que ces paysages aident à la gestion des inondations, qu'ils régulent le climat, qu'ils stockent le carbone dans les arbres et dans le sol et qu'ils fournissent de l'eau de bonne qualité pour la consommation, la pêche et la baignade.
Le problème tient à ce que, pour l'instant, notre seule préoccupation est l'accroissement de l'efficacité de la production alimentaire et que cela entraîne une diminution considérable des autres écoservices fournis par ces paysages agricoles. Autrement dit, il existe des liens entre ces différents écoservices. Par exemple, si je veux produire plus de nourriture ou augmenter les rendements, j'aurai peut-être davantage recours aux engrais, mais cela provoquera sans doute une baisse de la qualité de l'eau. Ce type de relations existe dans de très nombreux paysages agricoles.
Il y a quelques années, l'Évaluation des écosystèmes pour le millénaire, une campagne de 5 ans, financée par l'ONU, à laquelle ont participé plus de 1 000 personnes et qui visait à évaluer l'état de la planète en matière d'écoservices, a conclu que les services de production alimentaire et de production de fibres étaient en hausse, mais que les autres services, en particulier ceux en lien avec l'agriculture, comme la gestion des inondations ou la qualité de l'eau à usage récréatif, étaient en déclin. Par ailleurs, cette évaluation a révélé que la demande augmentait pour tous les types de services.
Il y a une pression énorme actuellement en faveur du développement de l'agriculture, de l'accroissement de la production à des fins économiques et de la sécurité alimentaire. Puisqu'il est très facile de quantifier la valeur économique de la production alimentaire, il me semble que nous sommes parfois pris dans des politiques et des décisions qui s'attachent uniquement à cet aspect des paysages agricoles. Il est pourtant vital pour les Canadiens que nous n'oubliions pas toutes les autres richesses, tous les autres écoservices que rendent ces paysages, avant qu'il ne soit trop tard.
De quelle manière? Cette question m'amène à la première recommandation que je voudrais vous faire. Il s'agit de mettre en oeuvre des politiques, de trouver du financement et de prendre des mesures générales qui encouragent les quatre actions suivantes: mesurer la production biophysique de ces autres services non-alimentaires; évaluer la demande existante pour ces autres services; savoir ce qu'attendent les gens des paysages qui les entourent; estimer les bienfaits qu'apportent aux personnes ces paysages agricoles, au-delà de l'alimentation; enfin, faire en sorte que les agriculteurs et les collectivités agricoles puissent bénéficier du fait qu'ils procurent ces services aux autres Canadiens.
Tous les efforts pour faire ces évaluations ou pour permettre que les agriculteurs bénéficient des services qu'ils rendent nous aideront à ne pas oublier que ces paysages agricoles sont à l'origine d'autres bienfaits. De plus, cela encouragera les collectivités agricoles à poursuivre leurs actions afin que nous puissions continuer à bénéficier des services rendus par ces paysages agricoles.
Permettez-moi de passer à ma deuxième recommandation, qui porte plus directement sur la résilience et qui, à bien des égards, est liée à la première.
Une grande partie de nos efforts vise à optimiser durablement les récoltes, tout en tenant compte de l'environnement. Toutefois, ce n'est pas suffisant. Je parle de stratégies visant à augmenter le rendement par volume d'eau utilisé pour l'irrigation, à augmenter le rendement par quantité d'engrais utilisée ou à réduire les émissions de gaz à effet de serre par unité de produit récoltée. Ces mesures sont importantes et nécessaires, mais elles ne seront pas suffisantes et elles provoqueront probablement à terme une baisse de la résilience de ces collectivités agricoles face aux changements climatiques.
Autrement dit, nous avons réussi à augmenter de façon extraordinaire les rendements agricoles dans les parties du monde qui ont accès aux engrais et à la technologie, mais bien des choses indiquent que les mesures prises en vue d'accroître l'efficacité au sens étroit de la production agricole sans penser à la résilience, entraînent des fluctuations très dommageables de la production alimentaire et des coûts alimentaires, et qu'elles ont des conséquences environnementales négatives.
Par exemple, les pollinisateurs naturels des cultures sont en déclin dans le monde entier, y compris au Canada, en raison du changement d'affectation des terres, de l'emploi des pesticides et d'autres changements en cours, mais les colonies d'abeilles mellifères d'élevage ne suffisent pas à compenser ces disparitions.
Je milite pour que nous réfléchissions à une agriculture résiliente. De quelle manière pouvons-nous répondre à la demande de produits agricoles et à la croissance économique à court et long terme sans compromettre...
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Lib. (NB)
Madame Bennett, nous manquons de temps. Je vais vous donner une chance de conclure, si vous le pouvez.
Je vous remercie.
Elena Bennett
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Elena Bennett
2017-12-12 15:40
D'accord. Oui, très bien.
Je conclurai simplement en disant que si nous voulons réfléchir à la résilience de cette manière, il faut aller plus loin que la notion de persistance, que nous maîtrisons, pour tenir compte de l'adaptation et de la transformation. Autrement dit, comment pouvons-nous aider les collectivités agricoles pour qu'elles soient en mesure de créer des modes d'agriculture entièrement nouveaux qui résistent aux changements climatiques?
Merci.
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Lib. (NB)
Merci beaucoup madame Bennett.
Nous allons maintenant passer à M. Aubert Michaud, qui dispose de sept minutes.
Aubert Michaud
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Aubert Michaud
2017-12-12 15:40
Je vous remercie, monsieur le président.
Bonjour.
Tout d'abord, je remercie les membres de leur invitation, et je les remercie de l'intérêt qu'ils portent aux activités de recherche de notre institut. Mon nom est Aubert Michaud. Je suis chercheur à l'Institut de recherche et de développement en agroenvironnement, l'IRDA, en conservation des sols et de l'eau depuis la fondation de l'Institut, en 1998.
L'IRDA est un institut de recherche qui compte une centaine d'employés réguliers. Dix-huit équipes de recherche sont à l'oeuvre et se penchent sur différents enjeux de conservation des sols et de l'eau, de la qualité de l'air et de biodiversité dans le secteur agricole.
Pour ma part, mon équipe et moi travaillons principalement à l'accompagnement d'actions concertées de communautés rurales ciblées sur les enjeux de gestion de qualité de l'eau.
Un premier constat découle des projections climatiques, et c'est évidemment l'accroissement de la saison de croissance. Évidemment, cela comporte beaucoup de possibilités et de bénéfices pour la communauté agricole.
Les changements climatiques présentent aussi des enjeux, particulièrement sur le plan de la distribution des surplus et des déficits en eau.
Je vais maintenant vous présenter quatre importants enjeux qui méritent notre attention et, assurément, des mesures d'adaptation.
Notre premier enjeu est en lien avec l'accroissement des pluies hivernales. Clairement, la saison sera plus longue et le printemps sera plus hâtif, mais d'importants volumes de ruissellement seront gérés, à cause de l'effet de précipitations sur les sols gelés et couverts de neige. On n'a qu'à penser, par exemple, aux crues de 2011 dans la Vallée-du-Richelieu et, plus récemment, à celles du printemps 2017, qui ont eu lieu dans plusieurs régions du Québec. Malheureusement, cela a démontré les effets dévastateurs des pluies sur un abondant couvert de neige. Des sols gelés ou saturés en eau sont alors vulnérables à l'émission de ruissellements de surface.
Depuis 20 ans, nos suivis hydrométriques à petits bassins versants, expérimentés au Québec, démontrent que, une année sur deux, les volumes de ruissellement les plus importants sont effectivement observés en période hivernale et tôt au printemps. Il y a donc vraiment lieu d'adapter nos critères hydrologiques de conception des ouvrages agricoles à cette situation.
Retenons que les critères actuels sont essentiellement ciblés sur les débits de pointe générés par les précipitations intenses en période estivale. De plus, beaucoup d'investissements sont consentis chaque année, au Québec, à l'entretien de 30 000 kilomètres de cours d'eau. Dans certaines régions, en Montérégie notamment, la récurrence des travaux est préoccupante.
Plusieurs municipalités font part de leurs préoccupations à l'égard de l'augmentation des débits de pointe ou de sédimentation accrue. Il y a là une occasion de faire des choses différemment et d'agir de façon concertée, non seulement en ce qui a trait à l'aménagement des cours d'eau, mais aussi à l'aménagement des rives et des terres agricoles. Les techniques sont connues. Le défi se pose surtout à l'échelle humaine, soit dans la concertation des intervenants et dans l'accompagnement technique, financier et réglementaire de ces interventions.
La conservation à long terme de la qualité des sols est un autre enjeu important interpellé par les changements climatiques. Il est ici particulièrement question de préserver la condition physique de nos sols et d'assurer la conservation de son principal capital de fertilité, soit sa matière organique.
La compaction des sols et les problèmes d'égouttement viennent en tête de liste des préoccupations des producteurs de grandes cultures au Québec. Actuellement, plusieurs entreprises agricoles doublent les drains agricoles dans leurs champs. En fait, cette préoccupation ne date pas d'hier. Déjà à la fin des années 1980, un vaste inventaire sur la dégradation des sols concluait à une dégradation de la structure des sols sur plus de 400 000 hectares.
Plus récemment, le portrait de l'industrie des grains fait état, au Québec, d'une baisse moyenne de 15 % du taux de matière organique sur à peine 10 ans, soit entre 1998 et 2009. Au centre du Québec, la diminution moyenne pour la même période a atteint 30 %. Ce problème a, par ailleurs, motivé le financement, par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, ou MAPAQ, d'une étude sur la santé des sols à l'échelle de la province. L'étude a été mise en oeuvre cette année, et elle est coordonnée par l'IRDA.
L'accroissement de la durée de la saison de croissance offre une belle occasion de remettre en condition physique nos sols et d'assurer la préservation de matières organiques. L'introduction de cultures de couverture est assurément l'un des moyens les plus efficaces. La culture de couverture est une culture qui est implantée avec ou après la culture principale. Elle comporte l'avantage d'améliorer la structure du sol, d'apporter la matière organique, de stocker des éléments nutritifs et de protéger le sol contre l'érosion. Ces bénéfices sont particulièrement importants lorsque les cultures de couverture sont implantées avec une céréale à paille, comme le blé, par exemple.
Cette culture permet alors à la culture de couverture d'avoir plus de temps pour se développer, comparativement au maïs ou au soya, d'où l'intérêt vraiment central de ramener la céréale à paille dans la rotation maïs-soya au Québec, qui domine présentement le paysage des grandes cultures.
En ce qui a trait à la qualité de l'eau, un des principaux enjeux qui interpelle le secteur agricole est l'eutrophisation des plans d'eau et la prolifération des cyanobactéries. Plusieurs plans d'eau en milieu rural sont touchés par des interdictions de baignade ou par des contaminations de prises d'eau. Il s'agit donc un important enjeu de santé publique. L'apport de phosphore est considéré comme le principal facteur à l'origine de ces phénomènes. En région agricole, le ruissellement et le drainage des terres contribuent généralement à la plus large part des apports diffus de phosphore aux plans d'eau.
Concrètement, la première ligne de défense pour retenir le phosphore sur nos terres agricoles est le contrôle de l'enrichissement des sols. À ce titre, retenons que l'enjeu se situe d'abord sur le plan des engrais de ferme, des fumiers. En effet, les engrais de ferme constituent 65 % du phosphore utilisé en agriculture au Québec, qui est de l'ordre de 95 000 tonnes, contre 35 % pour ce qui est de l'engrais minéral. Globalement, l'apport en phosphore dépasse d'environ 30 % le prélèvement des cultures. Il y a donc un enrichissement des sols.
Par exemple, dans les zones de concentration d'élevage en Montérégie, le taux critique de richesse des sols, soit 7,7 % de saturation en phosphore, est atteint pour 40 % des superficies en culture. Disposer des engrais de ferme devient donc problématique. Une solution efficace au problème consiste à réduire à la source la teneur du lisier en phosphore par la séparation des fractions solide et liquide aux bâtiments d'élevage. Les techniques, qui sont connues et efficaces, sont largement utilisées en Europe. Elles ont été évaluées au Québec par certains de mes collègues de l'IRDA. La fraction liquide, riche en azote, peut alors être valorisée sur les sols riches en phosphore.
Le fait que la majorité des épandages d'engrais de ferme soit effectuée pendant les périodes où les ruissellements risquent de survenir, donc au printemps et à l'automne, constitue un autre élément du problème. En raison des sols humides, ces épandages contribuent à la compaction des sols. Encore là, la culture des céréales à paille permet de valoriser nos engrais de ferme, de réduire la compaction des sols et, en prime, de stocker des éléments nutritifs.
Enfin, les changements climatiques appréhendés vont se traduire par des déficits en eau plus importants durant la saison de croissance. Deux facteurs jouent: des saisons plus chaudes et des précipitations plus intenses. Cela va faire en sorte qu'une proportion plus faible des pluies sera stockée dans les sols.
En ce qui a trait à l'approvisionnement en eau pour les productions agricoles, il y a donc lieu de développer une vision à long terme qui prenne en compte la disponibilité des eaux de surface et souterraines ainsi que la consommation de l'ensemble des usagers...
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Lib. (NB)
Monsieur Michaud, vous allez devoir terminer votre présentation.
Aubert Michaud
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Aubert Michaud
2017-12-12 15:48
En outre, il y a présentement des lacunes pour ce qui est de l'accompagnement technique des entreprises agricoles en matière de gestion de l'eau. Il y a donc lieu de développer des formations techniques et professionnelles à l'intention des conseillers agricoles, de façon à aider les entreprises à utiliser l'eau d'irrigation de façon plus judicieuse.
Je vous remercie de votre attention.
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Lib. (NB)
Je vous remercie, monsieur Michaud.
Nous allons passer aux questions, mais je voudrais tout d'abord souhaiter la bienvenue à M. Deltell, qui remplace Mme Boucher,
Et merci à M. Falk de s'être joint à nous aujourd'hui.
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Lib. (NB)
Nous allons commencer par une période de questions de six minutes.
Monsieur Barlow, vous avez la parole. Merci d'indiquer à qui s'adressent vos questions, car nous sommes en vidéoconférence.
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