Interventions à la Chambre des communes
 
 
 
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NPD (QC)
Monsieur le Président, d'entrée de jeu, je vous informe que je vais partager mon temps de parole avec mon fantastique et enthousiaste collègue de Cowichan—Malahat—Langford, en Colombie-Britannique.
Le sujet que nous abordons aujourd’hui est très important. J'ai l'honneur de me lever à la Chambre pour parler du défi que doit relever notre génération. Je parle au nom des gens de ma circonscription, et au nom des gens de Montréal, du Québec et du Canada.
Je profite de l'occasion pour faire une petite parenthèse au sujet des migrations forcées dans le monde.
Au cours de la dernière décennie, un nombre croissant de personnes ont dû fuir leur foyer sans espoir de retour. Aujourd’hui, 66,5 millions de personnes sont en situation de déplacement forcé, soit environ 1 % de la population mondiale. Cela représente un niveau sans précédent dans notre histoire. La violence, les conflits armés, la persécution, les mégaprojets de développement qui détruisent des milieux et des modes de vie, la pauvreté extrême ou des causes environnementales, dont les changements climatiques, forcent les gens à quitter leur foyer et leur communauté.
Les demandeurs d’asile et les personnes déplacées à l’intérieur d’un pays quittent leur foyer parce qu’elles craignent pour leur vie, leur liberté ou leur sécurité. Ces personnes ont besoin de paix et de stabilité. C’est pourquoi un organisme comme Développement et Paix de Caritas Canada travaille avec des organisations de partout dans le monde afin de répondre aux besoins essentiels de ceux et celles qui sont touchés par certaines des pires crises migratoires que l’on a connues.
Afin que cesse la migration forcée, il est impératif que l’on s’intéresse à ces causes profondes. Cela exige qu’on travaille ensemble en tant que citoyen, organisation, société civile, acteur humanitaire ou organisation multilatérale, mais également comme parlementaire et comme gouvernement pour relever ce défi sans précédent dans notre histoire.
C'est un défi qui risque de s’accélérer, parce que le dérèglement climatique, le réchauffement climatique, va aussi provoquer ce que l’on appelle des réfugiés climatiques. Ces gens ne pourront plus vivre dans les endroits où ils habitent, parce que les catastrophes naturelles telles que la hausse des océans vont avoir rendu leur habitat, leur ville ou leur communauté hostile à la vie. Évidemment, il y a la tragédie de toutes ces nations, de tous ces peuples qui vivent sur de petites îles du Pacifique. On sait très bien qu’ils risquent d’être engloutis, à cause de l'accroissement du niveau des océans.
Ce n’est pas tout. Il y a aussi l’érosion de certaines rives, de certaines berges, de certaines îles, comme les Îles-de-la-Madeleine. Il y a également des problèmes de sécheresse, d’inondation et de feux de forêt qui vont faire que des zones vont devenir inhabitables. Cela va jeter sur les routes du monde entier des centaines de milliers de personnes, voire des millions, qui n’auront d'autre choix que de se déplacer parce que la température de la planète aura grimpé de trois degrés Celsius, de quatre degrés Celsius ou de cinq degrés Celsius. Hélas! cette situation serait catastrophique.
Le débat que nous tenons aujourd’hui ne porte pas seulement sur les coûts liés au fait d'agir quant à l'investissement dans les énergies renouvelables, dans le transport en commun ou dans l'électrification de nos transports, ou au fait de construire nos bâtiments de manière différente, dans un esprit d'économie circulaire et de récupération des matériaux. Le débat porte aussi sur ce que coûte le fait de ne rien faire.
Au Canada, les gens qui sont les plus préoccupés par les changements climatiques sont certes les jeunes, les environnementalistes, les gens du NPD, mais il y a aussi les compagnies d’assurance. Ces dernières se grattent la tête parce que le montant du remboursement accordé aux gens qui voient leur maison brûlée ou inondée augmente d'une année à l'autre.
Je n’ai pas besoin de revenir très loin en arrière pour démontrer cela. L'été dernier, en Colombie-Britannique, des feux de forêt comme on n’en avait jamais vu ont rasé des forêts et déplacé des gens. Non seulement il y a un coût humain, mais il y a aussi un coût économique immense.
Selon des chiffres publiés dernièrement dans les médias, l'été dernier, à Montréal, 66 personnes sont décédées à cause de la canicule. Elles n'ont pas seulement eu chaud, elles sont décédées.
Les changements climatiques vont s’accélérer et s’intensifier. Si on ne fait rien, ce genre de situation se produira de plus en plus souvent. Évidemment, je ne peux passer sous silence les inondations qu’on vient de subir, que ce soit en Outaouais ou dans les autres régions du Québec ou de l’Ontario.
Le dérèglement climatique et les températures extrêmes s'accentuent, ce qui changera radicalement notre mode de vie. Ce n'est pas pour rien que les gens se mobilisent au Québec, à Montréal et partout au Canada. Des jeunes et des moins jeunes demandent à nos gouvernements d'agir et de prendre les bonnes décisions, même si, à court terme, elles sont parfois pénibles ou coûteuses sur le plan politique. C'est notre devoir et notre responsabilité.
M. Aurélien Barrau, un astrophysicien français que j'aime beaucoup, a dit quelque chose qui m'a frappé lors d'une entrevue récente: si nous ne changeons pas de cap radicalement et maintenant, puisque nous avons 12 ans pour agir, les générations futures vont nous regarder comme des criminels, puisque nous n'aurons pas pris les bonnes décisions et qu'on nous n'aurons rien changé à nos habitudes. Nous exploitons les ressources naturelles de la même façon, nous utilisons les énergies du passé les plus polluantes, nous donnons des exemptions aux secteurs industriels les plus polluants de notre société et nous continuons de subventionner les compagnies pétrolières et gazières. C'est cela que nous sommes en train de faire. Nous n'en faisons pas assez. C'est pourquoi les citoyens et les citoyennes de nos circonscriptions nous disent que nous devons agir. Nous devons prendre un virage maintenant. Malheureusement, le gouvernement libéral ne fait pas le travail.
Certains diront que je dis cela parce que je suis un député de l'opposition et que les élections approchent. Je vais donc répéter ce je disais à un journaliste il n'y a pas si longtemps. Je vais me baser sur des chiffres et des faits. Je vais même me baser sur les rapports du ministère de l'Environnement, celui du gouvernement actuel. En 2017, le ministère de l'Environnement nous apprenait qu'on allait rater de 66 mégatonnes les cibles établies par les conservateurs pour 2030. L'année dernière, ce même ministère nous apprenait qu'on allait les rater de 79 mégatonnes.
Ensuite, le gouvernement libéral nous dit qu'on s'en va dans la bonne direction. Comment en est-il arrivé à cette conclusion? D'où vient cette information? Je comprends que c'est de la politique et que les libéraux essaient de convaincre les gens de les réélire parce qu'ils sont beaux et fins. Cependant, la réalité, c'est qu'ils vont rater des cibles qui sont déjà insuffisantes.
Par ailleurs, les libéraux avaient promis d'arrêter de subventionner les compagnies pétrolières et gazières, mais ils continuent. Ils leur donnent environ 3 milliards de dollars par année, sans compter les 10 milliards de dollars d'Exportation et développement Canada. C'est immense.
Ensuite, on saupoudre de l'argent ici et là pour le transport collectif, sans parler du plan d'électrification des voitures, qui est tout à fait insuffisant. Les libéraux disent qu'ils offrent une subvention de 5 000 $ à l'achat d'une voiture à zéro émission, mais ils ne disent pas tout. C'est un peu comme lorsqu'on achète une voiture. Il faut lire le contrat jusqu'au bout pour voir l'astérisque au bas de la page. Les libéraux ne disent pas que cette subvention s'applique à un maximum de 20 000 véhicules par année. Cela représente 1 % de toutes les nouvelles voitures vendues dans une année. On vise une proportion de 100 % de voitures à zéro émission d'ici 2040, mais celles-ci ne représentent aujourd'hui qu'environ 1 % des véhicules, et le plan des libéraux est d'augmenter cette proportion de 1 % par année. Je ne sais pas comment ils comptent passer de 1 % à 100 % avec ce plan. Mathématiquement, cela ne fonctionne pas.
Le gouvernement fait de beaux discours, mais il n'agit pas. Au contraire, il prend des décisions qui vont à l'encontre de notre responsabilité envers les générations futures. C'est pourquoi je suis déçu que les libéraux aient voté contre la motion du NPD sur l'urgence climatique. Elle contenait de vraies mesures et de vraies décisions afin que nous fassions les premiers pas nécessaires. Malheureusement, tous les députés libéraux de la Chambre ont voté contre notre motion. Aujourd'hui, ils présentent leur motion sur l'urgence climatique après que nous ayons déposé la nôtre, mais en plus d'être faible et floue, elle ne prévoit pas d'engagements réels. C'est extrêmement décevant.
Encore une fois, les libéraux jouent du violon en disant que la science est importante. Bien sûr, nous sommes d'accord que la science importante, mais le rapport du GIEC nous dit qu'on a 12 ans pour agir. Si on passe les 12 prochaines années comme on a passé les quatre dernières années, on va rater la cible. Nous avons la responsabilité d'agir pour nos enfants et nos petits-enfants.
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