Interventions à la Chambre des communes
 
 
 
Fil RSS basé sur les critères de recherche Exporter les résultats de recherche - CSV (texte brut) Exporter les résultats de recherche - XML
Ajouter un critère de recherche
Voir le profil de Martin Shields
PCC (AB)
Voir le profil de Martin Shields
2019-06-03 17:16 [p.28476]
Monsieur le Président, j'ai pris plaisir à écouter une partie de la discussion cet après-midi. Pour ce qui est du reste, je n'en suis pas si sûr.
Mon père était propriétaire d'un journal hebdomadaire. Très souvent, quand il écrivait certaines choses dans le journal, les gens venaient et disaient: « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous avez écrit à titre de propriétaire-éditeur de ce journal. » Il répondait alors: « C'est mon journal. J'écris ce que je veux dedans. Si vous voulez l'acheter, vous le pouvez. Je vous le vendrai, et vous pourrez dire ce que vous voulez. » Voilà ce qu'on appelle un journal indépendant.
Dans ma circonscription, il y a sept journaux dont les propriétaires sont les éditeurs. J'ai parlé à bon nombre d'entre eux au cours des dernières semaines.
Je vais partager mon temps de parole avec le député de Calgary Shepard, qui va tenir des propos brillants puisqu'il vient après moi. Je ne suis que le type qui chauffe la salle.
Sur cet enjeu particulier, j’ai entendu un collègue de l’autre côté déclarer qu’il ne voulait pas soutenir les nouvelles dans les médias sociaux parce qu’il s’agissait de fausses nouvelles. On a ensuite observé que c’est là qu’allait le budget publicitaire des libéraux. Ils appuient les médias sociaux diffusant de fausses nouvelles tout en voulant soutenir la presse écrite rapportant de vraies nouvelles. Ils ont blâmé les conservateurs de l’avoir fait. Où va le budget publicitaire des libéraux?
Si les libéraux croient vraiment que la presse écrite diffuse les vraies nouvelles, pourquoi n’ont-ils pas transféré leur budget des médias sociaux à la presse écrite? Ils prétendent que les médias sociaux diffusent de fausses nouvelles. Je trouve cela très intéressant.
Le député m’a dit de parler aux électeurs de ma circonscription, et je l’ai fait. J’ai parlé aux rédacteurs en chef propriétaires de ces journaux. Ils ne sont pas satisfaits de cette mesure législative. On parle d'une disposition sur le nombre d’abonnements, mais dans le cas des journaux indépendants en milieu rural, le nombre d’abonnés est faible. Le journal est livré sur tout le territoire à tous les résidants qui le lisent; cela ne se fait pas par abonnement. Ils m’ont dit que la somme qu’ils obtiendraient grâce à cette disposition axée sur le nombre d’abonnements serait négligeable.
Encore là, mes concitoyens ont examiné tous les aspects. Les libéraux ont dit que je devrais parler aux électeurs, et j’ai parlé aux rédacteurs propriétaires de ces journaux.
J’ai parlé à mes concitoyens. Ce qui s’est passé récemment, c’est que le gouvernement libéral s’est compromis dans les affaires SNC-Lavalin et Mark Norman, pour ne donner que ces exemples. Les habitants de ma circonscription ne croient pas que le gouvernement agira différemment; ils ne lui font pas confiance pour distribuer de l’argent aux médias.
J’ai déjà parlé à beaucoup d'électeurs, qui me demandent, comme bien des gens de l’Alberta: « Où est le soutien pour les centaines de milliers de personnes qui ont perdu leur emploi dans le secteur pétrolier et le secteur des ressources? » Ils disent que le gouvernement veut donner des centaines de millions de dollars aux médias d’information, qui n’emploient personne dans ma circonscription, mais ils se demandent où se trouve le soutien pour les travailleurs du secteur pétrolier et gazier. J’en ai rencontré un certain nombre en fin de semaine qui n’ont pas d’emploi.
Où est le soutien du premier ministre, qui veut se débarrasser du secteur pétrolier? Il veut soutenir les médias, et mes concitoyens croient qu’il est absolument indigne de confiance. Le premier ministre continue à alimenter la méfiance des gens de ma circonscription avec ce programme.
Longtemps avant la Confédération, la presse libre servait à transmettre une propagande favorable au gouvernement. Certaines personnes se rappelleront l’histoire de la presse écrite à ses débuts. L’industrie a été créée dans ce but.
Aujourd'hui, nous avons une presse libre qui demande des comptes au gouvernement, sans favoritisme, mais cette mesure lui donne encore plus d'avantages. Il a fallu beaucoup de détermination et de courage pour cultiver la presse véritablement libre que nous avons maintenant par comparaison à ce que nous avions avant la Confédération. Il ne faut pas s'attaquer à la liberté de presse pour laquelle les pionniers ont pris de grands risques personnels. Or, c'est exactement ce que le gouvernement semble faire.
Comme pour SNC-Lavalin, le premier ministre agit de manière malavisée, sans égard à l'intégrité de nos institutions. Là encore, pour dire les choses simplement, il ne devrait pas appartenir au gouvernement de décider quels médias recevront de l'argent et lesquels n'en recevront pas. Il s'agit d'un conflit d'intérêts manifeste qui touche le principe même de la liberté de presse, du fait qu'on choisit les médias qui seront gagnants et ceux qui seront perdants. Il est à peine croyable que le gouvernement emprunte cette voie. Nous savons quelles seront les conséquences. Le gouvernement va choisir qui gagne et qui perd avec ce groupe d'experts impartial.
Le ministre du Patrimoine canadien dit que le groupe indépendant sera exempt de toute influence politique directe. Au comité, il m'a dit: « [...] je ne vais pas nommer le [groupe] ni lui dire quoi faire. » On pardonnera aux Canadiens de se demander si l'on peut vraiment faire confiance au gouvernement actuel lorsqu'il s'agit d'éviter l'ingérence politique. Même si on le pouvait, les événements de la dernière semaine ont prouvé que tout ce programme est foncièrement boiteux.
Unifor est membre du groupe. Jerry Dias, d'Unifor, parle de lui-même et de ses collègues comme étant la résistance contre les politiciens conservateurs. Unifor, qui s'apprête à faire campagne activement contre notre parti, participera à la prise de décisions déterminant qui, dans les médias, recevra des subventions. Jerry Dias pourra donner son opinion à savoir qui est un vrai journaliste et qui ne l'est pas. Il sera en mesure de décider si le contenu publié par un journaliste mérite l'appui du gouvernement. Les libéraux comprennent-ils pourquoi les gens craignent un tant soit peu qu'il ne s'agisse pas là d'une autre activité digne de confiance? Nul besoin de se demander quel genre de contenu Unifor préférera; nous connaissons déjà les préférences de M. Dias.
À peine lancée, la manœuvre a échoué. Le gouvernement doit, à tout le moins, tout reprendre à zéro. Tout ce gâchis doit être nettoyé pas seulement parce qu'il crée un énorme conflit d'intérêts entre le gouvernement et la presse libre qui est censée le couvrir, mais aussi parce que les grandes entreprises de presse doivent adapter leur modèle d'affaires à l'évolution du secteur.
Nous savons tous que le déclin des journaux traditionnels ne date pas d'hier. On l'a vu venir depuis longtemps. Il n'y a sans doute pas de solution facile. Cela me rappelle la conversation que j'ai eue il y a 15 ans avec le rédacteur en chef de l'Edmonton Journal à propos des changements. Il m'avait dit que rien ne changerait, que les médias sociaux n'auraient pas leur place. Il y a 10 ans, il m'a répété que les choses ne changeraient pas. Je me demande aujourd'hui où se trouve ce rédacteur en chef de l'Edmonton Journal, car la situation a changé de façon considérable.
Nous savons tous que nous vivons le déclin des journaux traditionnels, mais s'il y a une solution qui est assurément vouée à l'échec, c'est bien celle qui consiste à subventionner le même vieux modèle d'affaires qui ne marche plus depuis des décennies. Le gouvernement voit quelque chose qui n'a manifestement pas marché et il a décidé de dépenser des centaines de millions de dollars des contribuables pour assurer sa survie. Cela défie toute logique. Dans ma circonscription, c'est perçu comme un autre exemple d'un usage douteux de l'argent des contribuables.
Comme je l'ai mentionné au ministre au comité, les critères ont été élaborés de telle façon qu'ils vont mener les hebdomadaires locaux à leur perte. Ils ne vont pas appuyer les quotidiens indépendants qui appartiennent à la rédaction. Il n'y a pas d'argent pour les appuyer. Ce que les directeurs de la rédaction indépendants ont réclamé, ce sont les recettes publicitaires qui viennent du gouvernement fédéral.
Ces journaux vont se faire acheter par les grandes chaînes, ce qui va les ruiner. Puisqu'ils appartiendront à une chaîne, ils ne couvriront plus l'actualité locale. Nous avons vu ce que les hebdomadaires de ce type font dans les régions rurales. La rédaction les remplit de toutes sortes d'histoires uniformisées provenant de partout au pays. On ne couvre plus du tout l'administration municipale; cet élément a disparu. On ne couvre plus les victoires des équipes de basketball des écoles secondaires. On ne couvre plus les activités des organismes de bienfaisance indépendants et sans but lucratif dans la collectivité. Ces choses vont disparaître. Voilà ce qui arrive aux hebdomadaires indépendants. Ils sont vulnérables.
Comme divers députés d'en face l'ont rappelé, ce sont les journaux indépendants qui sont en péril. J’ai rencontré les directeurs de la rédaction de ma région, des journaux qui appartiennent à la rédaction et qui ne répondent pas aux critères. Ils savent que ce sont eux qui risquent le plus de perdre leur journal, et ce sont les collectivités qui seront les grandes perdantes. Ces journaux sont un élément vital de leur région. Ils ne couvrent pas nécessairement les nouvelles nationales. Ils ne couvrent pas nécessairement ce que fait le gouvernement fédéral. Cependant, ils couvrent ce qui se passe dans leur coin de pays. Ce plan de sauvetage ne les aidera pas.
Je crois savoir qu’un deuxième groupe d’experts a été nommé et qu’il suivra un processus semblable pour attribuer 50 millions de dollars aux journaux régionaux. Or, ceux dont je parle ne sont pas des journaux régionaux, ce sont des journaux locaux. C’est le marché des grandes chaînes. Rien n’empêchera les grandes chaînes d’étaler leur force avec leurs nouvelles subventions gouvernementales juteuses. Le plan d'aide n’est pas conçu pour favoriser une presse indépendante. Il est destiné à soutenir de grosses chaînes en perte de vitesse, purement et simplement. On a pensé aux médias locaux seulement après coup. Il n’y a pas de nouvelles locales, pas d’innovation, pas de bon sens.
En conclusion, ce n’est pas correct. Le processus laisse à désirer. Il devrait être éliminé. Si le gouvernement veut donner des subventions, ce n’est pas ainsi qu'il faut procéder. Les hebdomadaires locaux canadiens qui sont indépendants et qui appartiennent à la rédaction ne sont pas admissibles aux subventions. Ils n’obtiendront rien de tout cela. Le processus laisse à désirer. Il faut l’abandonner.
Résultat : 1 - 1 de 1