Interventions à la Chambre des communes
 
 
 
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Lib. (NT)
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2018-04-26 15:19 [p.18812]
Monsieur le Président, je vais partager le temps qui m’est attribué avec le député de Ville-Marie—Le Sud-Ouest—Île-des-Sœurs.
Après quelques hésitations, je me suis dit qu’il était important qu’en tant que député autochtone, je prenne la parole sur cette question très importante qui a marqué notre histoire. Je pense que nous aimerions tous tourner la page. Toutefois, il est important de prendre acte des fautes qui ont été commises, comme le propose l’une des 94 recommandations du rapport de la Commission de vérité et réconciliation, et je veux parler de la recommandation 58.
Nous nous sommes tous réjouis de la décision prise en 2008 de mener une enquête. C’était là l’occasion de documenter ce qui s’est passé dans les pensionnats et les conséquences que cela a eues. La conclusion du rapport est très importante elle aussi. La Commission a en effet conclu que le système des pensionnats s’était soldé par ce qu’on peut considérer comme un génocide culturel. Un grand nombre d’élèves, plus de 150 000, ont été envoyés dans ces pensionnats pendant une période qui a duré 120 ans. Parmi ces 150 000 élèves, 32 000 ont été victimes d’agressions sexuelles.
Certains d’entre eux étaient des amis à moi. D’autres étaient de simples connaissances. Mais presque tous les enfants de ma communauté sont allés dans un pensionnat. Presque tous les enfants de ma génération ou de la précédente sont allés dans un pensionnat. Tous les enfants dans ma famille sont allés dans un pensionnat. Tous les enfants de la famille de ma femme sont allés dans un pensionnat. Le souvenir des pensionnats est encore très vif dans le Nord. C’est comme si cela s’était passé hier, on en parle encore, et les impacts sont considérables.
Je fais partie du conseil tribal de Deh Cho. Je suis membre du Conseil des Métis de Fort Providence. Ma communauté est établie au bord du fleuve Mackenzie. Nous l’appelons deh cho, ce qui signifie « grand fleuve » en déné.
Lorsque les catholiques sont arrivés dans ma région dans les années 1800, ils se sont établis au bord du Grand Lac des Esclaves, et ma famille, le peuple Deh Cho, a commencé à s’inquiéter. L’une de mes arrière-grands-mères est allée voir les hommes de la communauté pour leur dire qu’on ne pouvait pas avoir une église là parce que ce n’était pas un bon endroit pour une communauté ou une mission. Ils ont demandé aux hommes d’aller rencontrer les catholiques pour les convaincre de construire leur église là où elle est maintenant, à Fort Providence. Heureusement qu’ils l’ont fait, parce que l’église n’aurait jamais survécu là où on avait d’abord voulu la construire, car c’était une plaine d’inondation. Et en plus, c’était un endroit dangereux à cause de la glace. Ce n’était pas un bon endroit pour la chasse.
L’église a donc été déplacée, et les quelques habitants de ma communauté se sont réjouis que l’Église catholique construise une mission, car cela serait bénéfique pour la communauté et donnerait des emplois aux gens. La première mission a été construite avec l’aide d’un grand nombre de membres de ma communauté et des communautés avoisinantes. Des gens des différents clans travaillaient aussi dans la mission. En fait, une deuxième mission a été construite en 1930, avec une église. Cela a généré suffisamment d’activités pour permettre aux gens de se faire un peu d’argent, eux qui vivaient normalement de la chasse, de la cueillette et du piégeage.
L’arrivée de la mission a créé quelques débouchés. J’ai grandi dans la communauté où était situé le pensionnat. Le nom de notre communauté est Zhahti Kue, ce qui signifie « la maison du prêtre » ou « la communauté du prêtre ». Nous n’aimons pas ce nom, nous préférons ne pas utiliser. Nous avons dit aux gens des communautés voisines et de partout ailleurs que nous ne voulions pas être connus sous ce nom-là.
Dans notre communauté, il y a un cimetière qui est toujours là. Nous avons érigé une immense stèle avec les noms de tous ceux qui y sont enterrés. Les gens de toutes les communautés du Nord venaient à la mission de Fort Providence. Beaucoup de jeunes enfants y sont morts. Les noms qui figurent sur ce monument sont ceux de personnes qui sont venues de tous les coins des territoires du Nord-Ouest, dont certaines étaient très jeunes, il y avait même des bébés et des enfants de deux ou trois ans. Je ne sais pas exactement pourquoi ces gens sont morts pendant qu’ils étaient à la mission, mais il y en a eu beaucoup. Nous avons construit cette stèle pour que les gens des différentes communautés puissent venir voir où sont enterrés certains de leurs proches, car aucune dépouille n’a été retournée aux familles.
Je tiens à préciser que la mission enterrait aussi ses prêtres et ses religieuses dans ce cimetière. Plus tard, ils ont aménagé un nouveau cimetière où ils ont transporté les cercueils des prêtres et des religieuses, mais ils ont laissé tous les autres dans l’ancien cimetière.
Dès que la mission a été construite, les gens ont commencé à se rendre compte qu’elle n’allait pas leur apporter tous les avantages qu’ils en escomptaient. Des histoires d’horreur ont commencé à circuler. Quand j’étais petit, j’entendais dire que des enfants confiés à la mission subissaient des mauvais traitements de la part des prêtres, des religieuses et des frères qui faisaient partie de la mission, de l’Église catholique. Ils ont fait subir des choses atroces à ces enfants. Il y a eu des abus sexuels, des côtes cassées. Les enfants incontinents étaient extirpés de leur lit et jetés dans des baignoires d’eau froide où on les récurait à l’aide de balais. On y pratiquait aussi la cruauté mentale. Certains enfants n’avaient pas le droit de s’asseoir sur une chaise, et ils étaient obligés de rester debout toute la journée. Ils ne pouvaient s’asseoir qu’à l’arrivée du prêtre. Voilà le genre de choses qui se passaient.
Nous en voyons les séquelles. Les conséquences des pensionnats indiens sont encore très courantes dans nos communautés. Nous savons, ainsi, que les problèmes de toxicomanie sont le résultat des pensionnats indiens. Ils n’en sont pas la seule cause. Il y en a d’autres, mais les pensionnats ont infligé des traumatismes à la population autochtone. Ils ont créé une importante dissociation culturelle, par la perte de la langue, de la culture et des connaissances traditionnelles. On ne s’adonne plus autant à la chasse et à la trappe. Nous ne sommes plus aussi fiers de notre identité. Il en résulte des troubles de toxicomanie, des suicides et beaucoup de problèmes qui continueront de nous affliger pendant longtemps.
Nous avons vraiment honte, dans un sens, d’avoir accueilli un pensionnat dans notre communauté, une communauté dont nous sommes très fiers. En même temps, nos adultes, nos aînés, étaient très démunis pour mettre fin aux mauvais traitements. Tout enfant, je regardais les hydravions arriver et les enfants étaient rassemblés. J’ai vu des membres de ma famille et des amis pleurer et supplier leurs parents de ne pas les laisser emmener dans cet avion. Cela a créé beaucoup de ressentiment dans les familles.
Le premier ministre a évoqué la question des excuses avec le pape. Je ne sais vraiment pas quoi en penser. Il faut que l’Église reconnaisse qu’il y a eu des actes répréhensibles. Nous devons reconnaître que l’Église a une responsabilité dans ce qui est arrivé à beaucoup d'anciens élèves des pensionnats indiens.
J’ai été très déçu d’entendre le pape dire que l’Église ne voulait pas s’excuser. Je crois que les membres de l’Église doivent s’exprimer. Nous pourrions alors accepter les excuses et être prêts à passer à autre chose.
Il est de mon devoir de parler ici aujourd’hui parce que, historiquement, ceux qui ont pris la décision d’adopter la politique des pensionnats indiens étaient assis ici même, dans ces rangées où je me trouve. Nous voulons changer les choses. Nous avons plusieurs recommandations à formuler et nous voulons parler de questions qui doivent être réglées. J’espère que c’est une question de plus que nous pourrons mettre de côté et que nous pourrons remercier le pape.
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