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La séance du Comité permanent du commerce international est ouverte.
Conformément à l'article 108(2) du Règlement et à la motion adoptée par le Comité le jeudi 18 septembre 2025, le Comité reprend son étude sur le Canada et l'examen à venir de l'ACEUM.
Par vidéoconférence, nous accueillons aujourd'hui, à titre personnel, Arlene Dickinson.
Bienvenue, madame Dickinson. Je vous remercie de comparaître à nouveau devant le Comité.
De la Chambre de commerce du Canada, nous recevons Catherine Fortin LeFaivre, vice-présidente principale, Politique internationale et partenariats mondiaux, et Gaphel Kongtsa, directeur, Politique internationale.
Par vidéoconférence, nous accueillons Charles Dutil, président et chef de la direction de Manac Inc.
Merci beaucoup à vous tous d'avoir trouvé le temps de comparaître devant le Comité. Vous disposerez de cinq minutes chacun pour nous faire part de vos observations préliminaires. Si je lève la main, c'est que je dois vous interrompre, car il est impératif que les membres du Comité aient l'occasion de poser leurs questions et d'obtenir les réponses dont le Comité a besoin.
Bienvenue à tous.
Madame Dickinson, je vous invite à vous adresser au Comité pendant un maximum de cinq minutes.
Bonjour, mesdames et messieurs les membres du Comité. Je m'appelle Arlene Dickinson.
Je tiens à vous remercier, madame la présidente et distingués membres du Comité, de me donner l'occasion de témoigner devant vous et de répondre à vos questions en ma qualité d'investisseuse de fonds canadiens dans le secteur agroalimentaire.
Je vous parle depuis mon bureau à domicile. Je reconnais que nous sommes sur les territoires traditionnels de nombreuses nations, y compris les Mississaugas de Credit, les Anishinabes, les Chippewas, les Haudenosaunees et les Wendats.
Je me réjouis d'avoir l'occasion de parler de l'ACEUM et de la position commerciale du Canada dans une perspective générale.
Nous vivons un moment déterminant. Notre principal partenaire commercial vient de changer les règles du jeu, obligeant du même coup le Canada à se montrer plus stratégique et plus lucide. Les pays de par le monde sont en train de revoir et de redéfinir leurs priorités en matière d'alimentation, d'énergie, de défense et de technologie.
La sécurité alimentaire est d'ailleurs devenue la nouvelle monnaie d'influence mondiale dans une course que le Canada devrait mener. Nous avons les terres, l'eau, les normes de sécurité, l'expertise, les denrées de base et, surtout, la confiance nécessaire pour nourrir le monde.
Pour une fois, le budget fédéral l'a reconnu. Il y a de vrais éléments positifs, comme la modernisation de l'Agence canadienne d'inspection des aliments au moyen de la numérisation. C'est essentiel. Il en résultera des approbations plus rapides et une plus grande certitude. L'objectif de doubler les exportations agroalimentaires pour les porter à 300 milliards de dollars témoigne d'une réelle ambition, et les nouveaux fonds prévus pour aider les entreprises canadiennes à accéder aux marchés mondiaux montrent que le gouvernement voit enfin ce secteur pour ce qu'il est: une puissance économique.
Cependant, cette ambition ne nous conduira nulle part si nous sommes incapables d'agir assez rapidement. Il faut encore jusqu'à cinq ans pour obtenir un permis et construire une usine au Canada, ce qui est tout à fait inacceptable. Bien que l'agroalimentaire soit notre plus grand secteur manufacturier, nous le traitons comme un simple fournisseur de matières premières, plutôt que comme le moteur économique à forte valeur ajoutée qu'il est vraiment. J'ai été à même de le constater lors d'une récente mission commerciale autofinancée à laquelle j'ai participé au Japon, en Thaïlande et à Singapour.
J'ai alors rencontré certains des plus grands importateurs et investisseurs d'Asie, des entreprises qui achètent des milliards de dollars de denrées alimentaires chaque année. Ce que j'ai entendu devrait préoccuper tous les partis représentés dans cette salle. La plupart des gens ne connaissaient presque rien de l'industrie agroalimentaire canadienne. Ils achètent notre blé, notre avoine et notre canola comme de simples marchandises génériques. Ils n'ont aucune idée de leur origine et ne sont pas conscients de l'innovation ou de la qualité qui se cache derrière ces produits.
Depuis des décennies, nous nous concentrons sur un marché de 300 millions de personnes au sud de la frontière, tout en ignorant un marché de trois milliards de personnes qui font déjà confiance à notre éthique et à la salubrité de nos aliments, mais qui savent à peine qui nous sommes en tant que producteurs agroalimentaires. Ce n'est pas seulement une occasion ratée. C'est une négligence nationale qui nous a coûté des emplois et des revenus importants.
Nos négociateurs ont un défi important à relever. Les marchés qui connaissent la croissance la plus rapide ne s'intéressent pas au Canada parce que nous ne leur avons pas montré qui nous sommes réellement. Le budget nous donne des outils pour changer cela, mais il faut passer à l'action de toute urgence.
Voici ce que nous devons faire, selon moi, pour la suite des choses.
Premièrement, nous devons faire de la sécurité alimentaire un pilier central de nos activités commerciales. Les secteurs de l'alimentation, de l'énergie, des minéraux et de la technologie doivent travailler ensemble, et non en vase clos.
Deuxièmement, nous devons rendre mesurable la modernisation de l'Agence canadienne d'inspection des aliments au moyen de cibles prévoyant des approbations devant prendre des mois, et non des années, et de normes de service connues de tous.
Troisièmement, nous devons créer une marque Canada unifiée, comme le lait de la Nouvelle-Zélande et le bœuf australien. Nous devrions faire la promotion du Canada comme pays produisant des aliments sains, de qualité supérieure, durables et novateurs.
Quatrièmement, il faut simplifier la réglementation afin que les entreprises puissent prendre de l'expansion. Nous avons besoin de plus d'usines, d'entreprises de conditionnement, de transformateurs et d'embouteilleurs, et nous en avons besoin dès maintenant.
Cinquièmement, il faut renforcer le modèle d'Équipe Canada. Les missions commerciales devraient jumeler les ministres et les chefs d'entreprise qui peuvent conclure de véritables accords entre les industries.
Enfin, il faut éliminer les barrières interprovinciales et exploiter les marchés publics de façon stratégique. Le gouvernement peut être le premier client pouvant aider les entreprises canadiennes à prendre de l'expansion.
L'agroalimentaire ne doit pas être considéré comme une quantité négligeable. Ce secteur compte pour un emploi sur neuf et 150 milliards de dollars de notre PIB. Cela représente 7 % de notre économie, ce qui est comparable au pétrole, au gaz, à l'exploitation minière et à la fabrication.
Notre gouvernement doit cesser de dire aux entreprises d'aller parler au . Tous les ministères doivent tirer dans le même sens: finances, commerce, transports, santé — tout le monde.
Quand je voyage à l'étranger, une chose est claire. Le monde a besoin du Canada et lui fait déjà confiance, mais la confiance sans visibilité, sans rapidité d'action et sans image de marque claire ne permettra aux Canadiens de prendre les rênes de leur avenir. Si nous agissons maintenant, avec un sentiment d'urgence, nous pourrons transformer cette confiance en activité commerciale, ce potentiel en emplois et cette réputation en un véritable pouvoir de négociation.
Il ne s'agit pas seulement de l'ACEUM. Il est question de la capacité du Canada d'accéder à de nouveaux marchés, de commercer en toute confiance avec le reste du monde et d'agir avec le sentiment d'urgence et toute l'ambition qu'exigera notre développement à venir.
Merci.
C'est avec grand plaisir que la Chambre de commerce du Canada présente ses observations concernant l'examen de l'ACEUM au Comité permanent du commerce international.
Je m'appelle Catherine Fortin LeFaivre. Je suis la vice-présidente principale responsable de la politique internationale et des partenariats mondiaux. Je suis accompagnée de mon collègue, Gaphel Kongtsa, directeur de la politique internationale, qui a dirigé nos travaux de consultation sur l'ACEUM au cours de la dernière année.
Les réflexions dont nous vous faisons part aujourd'hui ont été soumises à Affaires mondiales Canada ainsi qu'au Bureau du représentant américain au commerce. Nous les transmettrons également au gouvernement mexicain d'ici quelques semaines.
Nos conclusions émanent des commentaires formulés par plus de 70 organisations qui sont fortement engagées dans le commerce nord-américain et qui représentent les points de vue de presque tous les secteurs de l'économie canadienne.
Nous nous appuyons également sur les échanges que nous avons eus avec nos membres et d'autres partenaires commerciaux nord-américains au cours de la dernière année. Cela s'est notamment fait à la faveur de nombreuses missions en délégation à Washington, dont l'une, qui s'est terminée la semaine dernière, comprenait une conférence stratégique sur l'examen de l'ACEUM en 2026 que nous avons organisée conjointement avec la Brookings Institution.
[Français]
Depuis son entrée en vigueur, en 2020, l'Accord Canada—États‑Unis—Mexique, ou ACEUM, a joué un rôle crucial dans le succès du partenariat économique nord-américain. Les économies combinées de ces trois pays représentent désormais près du tiers du PIB mondial.
[Traduction]
Compte tenu de la nature particulièrement intégrée des liens économiques et commerciaux nord-américains, de la proximité entre les trois pays et de nos importants flux commerciaux, le Canada, les États-Unis et le Mexique ont tous intérêt à ce que l'ACEUM contribue à favoriser davantage la croissance économique, la prospérité et la compétitivité de l'Amérique du Nord.
Le concept de la sécurité économique nord-américaine est particulièrement pertinent en cette période où l'incertitude plane à l'échelle planétaire relativement à différents enjeux liés à l'économie et à la sécurité.
[Français]
Afin de garantir que la révision de l'Accord, en 2026, soit une réussite qui profite aux trois pays, la Chambre de commerce du Canada estime que cette révision devrait être abordée en tenant compte des priorités stratégiques suivantes.
Premièrement, nous voulons donner la priorité à la continuité de l'Accord et à ses dispositions clés existantes. Deuxièmement, nous voulons mettre en œuvre des mesures ciblées pour renforcer l'Accord et améliorer la sécurité économique de l'Amérique du Nord. Troisièmement, nous voulons renforcer l'intégration économique nord-américaine en réduisant ou en éliminant les droits de douane récemment imposés en Amérique du Nord.
[Traduction]
Afin de veiller à ce que l'examen de l'ACEUM en 2026 soit une entreprise couronnée de succès qui profitera aux trois pays, la Chambre de commerce du Canada estime que cet examen devrait être abordé à la lumière de certaines priorités stratégiques, dont mon collègue, M. Kongtsa, va maintenant vous parler plus en détail.
Comme Mme Fortin LeFaivre l'a mentionné, nous abordons l'examen avec en tête trois priorités stratégiques fondamentales, qui s'accompagnent de recommandations.
La première de ces priorités stratégiques consiste à assurer d'abord et avant tout la continuité de l'accord et de ses dispositions existantes. Un examen conflictuel de l'ACEUM nuirait aux entreprises des trois pays qui dépendent de la stabilité et de la prévisibilité de cette relation commerciale trilatérale. Je pense que nous convenons tous que l'accord offre des avantages importants en facilitant la coproduction dans des secteurs clés, comme l'agriculture et l'agroalimentaire, l'automobile, l'acier, l'aluminium, l'énergie, les ressources naturelles, les produits médicaux et bien d'autres. Les partenariats ainsi établis tirent parti de la complémentarité entre les trois économies qui permet des gains d'efficience aidant les entreprises à produire à faible coût des biens de haute qualité.
La deuxième priorité stratégique devrait être de prendre des mesures ciblées pour renforcer l'accord et améliorer la sécurité économique de l'Amérique du Nord. Plutôt que d'être un exercice déstabilisant, l'examen pourrait être considéré comme une occasion de miser sur les bons résultats obtenus, de relever les défis géopolitiques communs, d'améliorer la compétitivité nord-américaine et d'optimiser le potentiel inexploité de la relation commerciale nord-américaine. De telles mesures ciblées devraient viser l'amélioration et le renforcement des dispositions existantes de l'accord et, dans la mesure du possible, l'adhésion des trois pays.
Dans le cadre de notre travail, nous avons cerné sept domaines où les trois pays ont des perspectives intéressantes dans leur quête d'un accord plus bénéfique. Il s'agit ainsi d'établir un solide programme d'amélioration de la compétitivité dans le cadre de l'ACEUM; de veiller à ce que l'accord suive le rythme des progrès des technologies numériques et de l'intensification des cybermenaces; de prioriser l'harmonisation de la réglementation nord-américaine; de favoriser le perfectionnement et la mobilité de la main-d'œuvre; de moderniser et de simplifier les exigences relatives aux règles d'origine; de moderniser les processus qui entravent l'administration des douanes et la facilitation du commerce; et, enfin, d'encourager la coordination nord-américaine relativement aux risques liés au commerce et à la sécurité posés par les pays n'ayant pas une économie de marché.
Enfin, la troisième priorité stratégique que nous avons cernée consiste à renforcer l'intégration économique nord-américaine en réduisant ou en éliminant les droits de douane récemment imposés par les États-Unis sur les produits canadiens et mexicains. Ces droits violent l'esprit et les engagements de l'ACEUM, qui est fondé sur le commerce en franchise de droits à l'échelle de l'Amérique du Nord. Ces droits de douane, justifiés en vertu de l'article 232 des dispositions relatives à la sécurité nationale, n'ont pas leur raison d'être du fait que l'on ne peut pas raisonnablement affirmer que les importations en provenance du Canada et du Mexique, des partenaires clés de la défense et de l'industrie des États-Unis, menacent la sécurité américaine. Bien au contraire, ces droits de douane perturbent les chaînes d'approvisionnement intégrées, augmentent les coûts et affaiblissent la compétitivité.
À cet égard, nous vous soumettons trois recommandations principales: éliminer les récents droits de douane imposés au Canada et au Mexique en vertu de l'article 232; élargir le traitement tarifaire préférentiel pour les marchandises conformes à l'ACEUM, de l'exemption tarifaire de l'IEEPA aux droits de douane imposés en vertu de l'article 232 et aux autres droits unilatéraux similaires; et, enfin, mettre en place un mécanisme d'intervention rapide dans le cadre de l'ACEUM pour atténuer l'escalade tarifaire dans l'éventualité où de nouveaux droits de douane en viendraient à être imposés.
En conclusion, l'équipe internationale de la Chambre de commerce du Canada et ses dirigeants seraient heureux de vous rencontrer individuellement à n'importe quel moment du processus d'examen de l'ACEUM. Nous avons la ferme conviction que des échanges fréquents et ouverts entre les gouvernements et l'industrie seront essentiels pour obtenir un résultat favorable pour le Canada en 2026.
Merci.
Madame la présidente, mesdames et messieurs les membres du Comité, je vous remercie beaucoup de m'avoir invité, aujourd'hui, à témoigner devant le Comité permanent du commerce international. Je suis honoré de pouvoir contribuer à vos travaux sur des enjeux aussi cruciaux pour l'avenir économique du Canada dans son ensemble.
Je m'appelle Charles Dutil, et je suis le président et le chef de la direction de Manac, le plus important fabricant canadien de semi-remorques.
Notre entreprise, située à Saint‑Georges, au Québec, mène des activités continues depuis 1966. Nous concevons et fabriquons des semi-remorques commerciales destinées au marché nord-américain dans trois usines au Canada et une aux États‑Unis. Nos clients sont également soutenus par notre réseau de cinq succursales de vente et de services situées entre Moncton et Toronto.
Notre secteur d'activité et celui de nos clients sont directement touchés par les politiques commerciales et les ententes internationales, principalement par celles qui régissent les échanges entre le Canada et les États‑Unis.
À ce titre, je souhaite aujourd'hui vous faire part de notre expérience en matière d'exportation de nos produits et d'importation de certaines de nos composantes; des difficultés qui surgissent dans le contexte actuel en raison des droits de douane; et de l'instabilité en général.
La renégociation de l'Accord de libre-échange Canada—États‑Unis—Mexique sera d'une importance cruciale pour notre économie et pour notre population. J'espère que certaines de mes observations et de mes réponses pourront avoir une incidence positive, aussi minime soit-elle.
Je souhaite porter à votre attention le fait que l'Association d'équipement de transport du Canada, dont Manac fait partie, a soumis ses commentaires lors de la consultation de la population canadienne sur l'Accord Canada—États‑Unis—Mexique.
De façon générale, depuis la fondation de notre entreprise et par l'entremise de divers traités et ententes qui se sont succédé, nous avions, il y a un an, un accès concurrentiel au marché américain, tout comme les manufacturiers américains ont un accès au marché canadien. Nous savons tous que cette situation a changé au cours des derniers mois, donc depuis les premiers mois du mandat de M. Trump.
Notre entreprise est basée en Beauce, à moins de 50 kilomètres de la frontière de l'État du Maine, et cet accès au marché américain a été un facteur important dans le succès de l'entreprise. Pendant nos premières années, nos produits étaient plus ouvertement acceptés dans le nord de la Nouvelle-Angleterre et du Maine que sur la rive nord de Québec ou dans la région de Montréal. L'importance de cet accès est tout aussi vraie pour les autres fabricants canadiens de semi-remorques commerciales.
Dans nos activités quotidiennes, ces entreprises sont nos concurrents et cette concurrence est assez intense.
Aujourd'hui, devant vous, je vous demande de bien vouloir me considérer en tant que représentant non seulement de Manac, mais aussi d'une industrie active et présente d'est en ouest, et dans presque toutes les provinces. Cette industrie offre des emplois manufacturiers bien rémunérés et soutient directement ce que j'ose appeler « le cœur et les poumons de l'économie canadienne », c'est-à-dire nos industries et nos commerces.
C'est le chemin de fer qui a relié et uni le Canada pour la première fois, en 1885. Ce mode de transport a d'ailleurs façonné et soutenu notre croissance au cours des décennies qui ont suivi. C'est le transport des marchandises par train qui a rendu possibles l'ouverture de l'Ouest, l'accès au Pacifique et l'accès aux marchés pour nos produits des Prairies et d'ailleurs. Par contre, ne faisons pas l'erreur de sous-estimer le rôle du camionnage dans la croissance économique des dernières décennies. Les accès efficaces pour les produits requis et ceux manufacturés dans chaque région du pays se font par camions et remorques. Une industrie du transport des marchandises efficace est requise pour chaque pays qui veut accroître sa richesse. Compte tenu des grandes distances à parcourir, c'est encore plus vrai au Canada.
L'extrusion d'aluminium requise dans l'industrie des portes et fenêtres, qui prend naissance dans les alumineries du Saguenay, ne se rend pas chez le manufacturier sans un passage dans une semi-remorque. La même chose est vraie pour l'acier sur un chantier de construction ou pour le bois d'œuvre requis.
L'industrie du transport ne se limite pas à déplacer des marchandises d'un point industriel à un autre: elle assure l'approvisionnement de nos épiceries, le transport de médicaments, de matériel médical et contribue à votre quotidien. Votre café du matin chez Tim Hortons, votre Coca-Cola en dînant ce midi ont fort probablement été livrés dans une semi-remorque fabriquée par nous, en Beauce.
Nous devons nous préparer à être moins dépendants de nos voisins du Sud. Nous sommes tous d'accord sur ce point. Cependant, pour notre industrie, comme pour plusieurs autres, l'accès au marché outre-mer est pratiquement impossible, du moins, pas à partir d'usines situées au Canada. Les normes et les dimensions, les charges et les systèmes opérationnels sont tout à fait différents. Le seul moyen qu'aurait Manac d'accéder à un marché comme celui de l'Union européenne serait de relocaliser sa production, ce qui serait contre-productif pour l'économie canadienne.
Du point de vue nord-américain, les normes et dimensions sont compatibles, bien que différentes. Les dimensions générales sont les mêmes, mais les capacités de charge sont différentes et nettement plus élevées au Canada. Cette nuance est importante. La capacité canadienne dans notre industrie est requise afin de soutenir nos besoins, différents de ceux des transporteurs américains.
Je vous remercie encore de m'avoir invité. C'est avec plaisir que je répondrai à vos questions.
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Merci, madame la présidente.
Je remercie les témoins de prendre de leur temps pour être avec nous aujourd'hui. Nous leur en sommes reconnaissants.
Madame Dickinson, comme entrepreneure, vous devez sûrement être contente d'avoir vu, dans le budget, la mesure qu'on appelle la « superdéduction à la productivité », visant à encourager les investissements des entreprises.
J'ai deux questions à vous poser. D'abord, vous avez parlé de rapidité. Vous avez dit que ça prenait environ cinq ans pour obtenir des autorisations afin de mettre sur pied une usine. J'aimerais que vous me disiez quel serait, à votre avis, un délai raisonnable.
Ensuite, vous avez dit qu'il fallait abolir les barrières commerciales interprovinciales, ce que nous avons proposé en déposant le projet de loi . Avez-vous des exemples concrets pour illustrer comment l'abolition de ces barrières aiderait les entreprises et les entrepreneurs?
De plus, si vous voulez vous prononcer sur la superdéduction à la productivité, je vous invite à le faire.
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Merci, madame Dickinson.
Ma prochaine question s'adresse à vous, madame Fortin LeFaivre.
Je vais vous poser la même question qu'à tous les témoins.
Je suis moi-même l'ancien président d'une chambre de commerce, et avant ça, j'étais banquier. Le mot que j'ai le plus employé pendant 25 ans est « prévisibilité ». Si on veut que les entreprises investissent, il faut des prévisions, surtout en ce qui a trait au remboursement, un élément important pour un banquier.
Votre collègue et vous avez aussi beaucoup parlé d'abolir les droits de douane et de renforcer les accords. Nous aussi, nous aimerions qu'il n'y ait pas de droits de douane.
Dans le contexte d'aujourd'hui, où l'imprévisibilité est devenue la nouvelle norme et va le demeurer, qu'est-ce que le gouvernement devrait faire? Il faut continuer d'avancer, d'aider nos entreprises et de développer notre économie. Quels seraient les besoins ou vos conseils?
Des programmes portés par des organismes gouvernementaux existent déjà. À cet égard, nous travaillons étroitement avec le gouvernement. Il pourrait y avoir d'autres programmes et plus de possibilités.
Prenons le cas de petites entreprises qui faisaient affaire seulement avec les États‑Unis. Elles pourraient se demander où elles peuvent aller et qui peut les aider maintenant. C'est sur ce genre de chose que nous aimerions miser pour aider les PME.
De plus, nous avons mis sur pied nos propres missions commerciales. Le gouvernement a aussi les siennes avec Équipe Canada, qui ont un beau succès. Il y aurait la possibilité d'en faire plus.
En effet, nous savons que, pour plusieurs pays, ce n'est pas qu'une question de transactions. Des relations sont aussi à bâtir, et ça demande du temps. Pour ce faire, il faut des rencontres en personne, les rencontres virtuelles ne peuvent pas suffire. Il faut vraiment donner la chance aux entreprises de bâtir des réseaux dans le cadre de missions commerciales organisées dans des endroits stratégiques.
Même s'il faut être prudent, financièrement, il y a la possibilité d'en faire plus, notamment en Europe, au Mexique ou dans l'Indo‑Pacifique. Beaucoup de pays veulent faire affaire avec nous.
La semaine prochaine, j'irai d'ailleurs au Mexique. Dans ce pays, beaucoup de groupes veulent travailler davantage avec le Canada et veulent savoir par où commencer.
Je pense que nous avons du travail à faire, mais que nous sommes sur la bonne voie.
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Je pense qu'on peut faire deux choses.
Premièrement, on peut veiller à ce que les gens soient au courant de notre image de marque, de ce qu'elle représente. Nous devons donc mieux nous faire connaître et nous assurer que les gens savent quels sont les produits que nous vendons.
Deuxièmement, il faut faire correspondre notre offre à la demande du marché, autrement dit nous assurer de vendre sur des marchés qui veulent vraiment nos produits et d'avoir une commercialisation directe efficace.
Je pense que l'appariement de l'offre et de la demande est vraiment important. Ensuite, il faut parler du Canada de manière à faire ressortir ce qui le caractérise, la confiance, la transparence, l'efficacité, l'ensemble des compétences, soit tous les éléments dont j'ai parlé plus tôt au sujet de ce que le secteur agroalimentaire canadien a à offrir et que le monde recherche: les produits à haute teneur en protéines, les pois chiches, les lentilles, les féveroles, etc.
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Croyez-moi, je vais essayer.
[Français]
La durée d'un fourgon dépend du vendeur. Si c'est Manac, ce sera un peu plus long. Habituellement, la vie utile d'un fourgon varie entre 12 et 15 ans pour le transport de grande route. On peut ajouter sept ou huit années pour le transport régional ou l'entreposage local.
En ce qui concerne la main-d'œuvre, lors d'un sommet organisé au début de l'année 2023, nous avions près de 200 travailleurs étrangers temporaires. On les appelle des « travailleurs étrangers », mais c'est une erreur. On devrait plutôt les appeler « travailleurs d'origine étrangère ». Quand ça fait sept ou huit ans que des employés travaillent avec nous, ce ne sont plus des étrangers. Ils viennent d'ailleurs, mais ils sont Québécois comme nous.
Il n'y a pas de ghetto hispanique à l'extérieur des grandes régions métropolitaines. En Beauce, tout le monde parle français. Au Saguenay, tout le monde parle français. À Barrie, en Ontario, tout le monde parle anglais.
En ce qui concerne nos ventes, à partir du Canada, nous exportons aux États‑Unis environ 12 % de notre production. Ce que nous produisons aux États‑Unis reste à 80 % sur le marché américain, et environ 20 % de notre production remonte vers le Canada.
Ce que nous vendons au Mexique est négligeable. Les normes de charge au Mexique sont un peu différentes. Le coût de fabrication locale au Mexique...
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Merci, madame la présidente.
J'aimerais revenir sur ce que Mme Dickinson a dit au sujet de l'image de marque du Canada et de son renforcement. Nous savons que nous sommes à notre meilleur lorsque nous sommes tous unis. Nous avons vu à quel point cette image de marque peut être forte. Je pense au Canadarm, au sirop d'érable et au vin de glace. Nous pourrions parler des sports. Nous venons de voir comment le pays s'est rangé derrière les Blue Jays. La défaite est encore amère pour nous tous, mais nous avons gagné la Confrontation des 4 Nations grâce à un but de Connor McDavid. Je ne sais pas si tout cela pourrait être quantifié.
Devrait‑il s'agir d'une initiative permanente dans le cadre de laquelle le gouvernement, l'industrie, les syndicats, tout le monde en fait, parleraient d'une seule voix et auraient la même compréhension de notre image de marque — la confiance, la qualité, un ordre mondial fondé sur des règles — pour pouvoir faire valoir nos arguments non seulement ici au Canada comme levier économique, mais aussi dans le cadre des efforts soutenus que nous déployons actuellement aux États-Unis, à Washington? Pouvons-nous faire valoir la proposition de valeur du Canada en tant qu'allié de confiance?
J'aimerais que vous nous en disiez plus sur l'image de marque du Canada et sur la façon dont vous la voyez se déployer au‑delà de l'agroalimentaire pour s'étendre à tous les secteurs au pays.
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Je pense qu'il faut une stratégie. Je peux parler plus précisément du secteur agroalimentaire, mais pour ce qui est de l'image de marque du Canada, j'ai été spécialiste du marketing pendant 35 ans. Je comprends ce genre de stratégie et ce qu'il faut faire.
Ce qu'il faut, c'est un cri de ralliement autour de ce dont vous venez de parler, à savoir la proposition de valeur du Canada. Comment voulons-nous nous représenter sur la scène mondiale, et comment pouvons-nous nous rallier derrière cela? Plus nous sommes divisés, plus nous tentons de le faire individuellement, que ce soit en tant que secteur ou en tant que province, plus il sera difficile de réussir sur les marchés que nous essayons de pénétrer.
Il est très important de parler d'une seule voix, d'avoir un même message, d'être cohérent et d'être toujours présent quand on veut commercialiser des produits, parce que si on ne le fait pas, un autre pays le fera.
Lorsque j'étais à l'étranger, en Asie, j'ai vu ce qui se passe avec le bœuf de la Nouvelle-Zélande ou les produits du Royaume-Uni. Le pays est clairement indiqué sur les produits, et les gens le comprennent. Nous n'avons pas fait cela. Nous n'avons pas fait un bon travail à cet égard.
Il doit y avoir une voix commune. Il faut parler d'une seule voix. L'industrie, les gouvernements provinciaux et le gouvernement fédéral doivent faire un effort concerté pour mettre l'accent sur la confiance, la responsabilité, etc..