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Je déclare la séance ouverte. Il s'agit de la réunion n
o 14 du Comité permanent du commerce international.
Conformément au paragraphe 108(2) du Règlement et à la motion adoptée par le Comité le jeudi 18 septembre 2025, le Comité débute son étude des chaînes d'approvisionnement canadiennes, du travail forcé et des importations connexes.
Nous accueillons parmi nous aujourd'hui, du Centre canadien de politiques alternatives, Stuart Trew, chercheur principal. Du Congrès du travail du Canada, nous recevons Elizabeth Kwan, chercheuse principale. Du Réseau canadien sur la reddition de comptes des entreprises, nous accueillons Aidan Gilchrist-Blackwood, coordonnateur de réseau.
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Merci à la présidente et aux membres du Comité.
C'est un plaisir d'être de retour parmi vous.
Je dirai quelques mots au sujet du Centre canadien de politiques alternatives. Nous sommes un institut de recherche tourné vers l'avenir qui se consacre à la promotion et à la défense de la justice sociale, économique et environnementale. Nous plaidons en faveur de politiques qui protègent les travailleurs contre l'exploitation des entreprises et de l'État, qui obligent les entreprises à rendre des comptes en ce qui concerne leurs obligations en matière de droits de la personne et d'environnement et d'autres obligations légales, et qui réduisent le coût de la vie en augmentant la part du revenu national attribuable au travail et en élargissant les services publics gratuits et abordables.
Le CCPA appuie donc énergiquement les mesures pour éliminer le travail forcé, le travail des enfants et les violations encore trop répandues des droits fondamentaux du travail dans les chaînes d'approvisionnement nationales et internationales.
Nous sommes ravis que le Bloc québécois présente le projet de loi , qui modifie la Loi sur les douanes et le Tarif des douanes d'une manière à ce que le Canada puisse respecter ses obligations légales de bloquer les importations de marchandises provenant de n'importe où dans le monde — y compris en Amérique du Nord, espérons-le — qui sont fabriquées en tout ou en partie à l'aide du travail forcé ou du travail des enfants.
C'est une mesure législative essentielle qui doit être adoptée avant que les employés à l'Agence des services frontaliers du Canada puissent commencer à contrôler et à retenir efficacement les importations provenant d'entités, y compris les pays, les régions ou les entreprises, figurant sur une future liste d'entités qui ont recours au travail forcé. Bref, nous avons besoin que cette mesure législative ou une mesure semblable soit adoptée pour respecter nos obligations juridiques nationales et nos obligations en vertu de l'ACEUM envers nos partenaires commerciaux afin d'empêcher que des biens issus du travail forcé entrent sur le marché nord-américain.
Les détails du système doivent être précisés dans une réglementation pour veiller à ce que les agents de l'ASFC sachent clairement quelles marchandises retenir et à quel moment, mais nous ne pouvons pas y arriver sans une mesure législative qui établit ce genre de lignes directrices. Nous encourageons fortement ce comité à inciter le gouvernement à adopter le projet de loi ou une mesure législative semblable dès que possible.
Je vais soulever quelques petits points sur d'autres éléments du travail forcé dans les chaînes d'approvisionnement canadiennes.
Je pense que, bien que ce soit une bonne chose qu'on accorde de l'attention au problème du travail forcé, ce n'est pas le seul type de violation des droits de la personne, ni le plus répandu, dans les chaînes d'approvisionnement ou les importations canadiennes. Les entreprises devraient être tenues de prévenir les violations des droits de la personne internationalement protégés, y compris le droit de s'organiser, les obligations en matière de santé et de sécurité, la discrimination fondée sur le sexe et les normes environnementales. Il doit s'agir d'une obligation légale applicable aux entreprises dans le cadre d'un régime exhaustif de diligence raisonnable.
Le deuxième point que je vais soulever porte sur la nécessité de lutter contre le travail forcé en Amérique du Nord également, ici même, dans notre propre pays. Le programme des droits de la personne de l'Université de Toronto a récemment publié un rapport qui traite de la quantité de produits fabriqués aux États-Unis à l'aide du travail en milieu carcéral que nous importons dans notre pays, même si cette pratique est illégale au Canada depuis plus d'une centaine d'années. Le travail en milieu carcéral est présent dans les secteurs de l'automobile, de l'alimentation, de la transformation de la viande, des chaînes de restauration rapide, etc. Dans la plupart des cas, c'est un travail imposé et mal rémunéré.
Nous avons des exemples de grandes entreprises qui exercent leurs activités aux États-Unis et au Canada. Par exemple, Bumble Bee, une entreprise de fruits de mer qui est associée à Clover Leaf ici au Canada — qui appartiennent toutes les deux à FCF —, a recours au travail forcé sur ses flottes de pêche au thon. Elle soumet des Indonésiens à du travail forcé sur ses bateaux, et ces produits finissent sur les étagères nord-américaines. Il y a des cas d'action antisyndicale à l'usine de Mercedes en Alabama, par exemple, qui sont devant les tribunaux à l'heure actuelle. Une plainte a été déposée par le syndicat aux États-Unis.
Il y a d'autres mesures que nous devrions envisager de mettre en œuvre d'une manière ou d'une autre, que ce soit par l'entremise de régimes commerciaux ou de l'interdiction du travail forcé et d'autres types de violations des droits de la personne dans les chaînes d'approvisionnement. Bien sûr, il existe également une forme d'esclavage moderne dans le Programme des travailleurs étrangers temporaires du Canada.
Le troisième point que je vais soulever, le dernier, est que nous devons coordonner nos efforts avec le Mexique et les États-Unis pour contrôler les importations. Nous aurons l'occasion de le faire dans le chapitre sur le travail de l'ACEUM durant l'examen de l'accord prévu l'année prochaine.
Comme Above Ground le souligne dans sa soumission à la consultation du gouvernement canadien sur l'examen de l'ACEUM:
Cette crise [du travail forcé dans les chaînes d'approvisionnement mondiales] ne peut pas être résolue par un seul pays. Le Canada, les États-Unis et le Mexique — liés par des flux commerciaux importants dans le cadre de l'ACEUM — ont la possibilité d'améliorer leur réponse à cette crise en coordonnant mieux leurs actions afin d'empêcher les produits fabriqués à l'aide du travail forcé d'entrer sur leur marché à n'importe quel point d'accès.
Le Canada est tenu de le faire en vertu de l'article 23.6 de l'ACEUM, mais comme ce comité l'a entendu à maintes reprises dans le cadre d'études précédentes, l'application de cette obligation est très inégale entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. Depuis 2021, les agents des services frontaliers n'auraient intercepté que 50 cargaisons de marchandises soupçonnées d'avoir été produites par le travail forcé, et seulement une cargaison s'est vu refuser l'entrée au Canada. Alors que les agents américains des douanes et de la protection de la frontière ont intercepté plus de 7 000 cargaisons cette année, seulement quatre nouvelles ordonnances de retenue des marchandises ont été émises, et l'application des mesures relatives au travail forcé est devenue incohérente et politisée. L'objectif devrait être de prévenir le travail forcé, et non de punir les pays que l'on n'aime pas. De plus, l'application de l'interdiction par le Mexique est encore pire que celle du Canada.
En plus d'adopter le projet de loi et de mettre en œuvre la réglementation nécessaire à son bon fonctionnement, le CCPA partage l'avis d'Above Ground selon lequel l'examen actuel du chapitre sur le travail de l'ACEUM et de l'accord commercial plus vaste prévu pour l'année prochaine est une occasion. Comme je l'ai dit, cela pourrait notamment inclure une définition commune du travail forcé alignée sur la Convention no 29 de l'OIT relative au recours du travail forcé par le secteur privé et sur la Convention no 105 relative au recours du travail forcé par l'État. On pourrait inclure l'échange d'information intergouvernemental sur les chaînes d'approvisionnement des entreprises et les enquêtes sur le travail forcé. On pourrait inclure la reconnaissance mutuelle de mesures d'exécution pour mettre fin au transbordement de marchandises provenant d'un pays vers un autre, ainsi qu'une plus grande transparence en matière d'enquêtes et d'application de la loi. On pourrait également renforcer la coopération avec les syndicats, les travailleurs touchés et les groupes de la société civile, à l'instar des procédures pour présenter les preuves de violations du travail forcé par les importateurs et les producteurs.
Pour conclure, je dirais que depuis trop longtemps, la politique commerciale et les accords internationaux en matière de commerce et d'investissement ont conféré aux multinationales des droits solides et exécutoires, mais n'ont fourni que peu de directives sur les mesures de protection appropriées à mettre en place pour l'environnement, les travailleurs et les droits de la personne. Si, comme le se plaît à dire, ce vieux modèle de libre-échange est chose du passé, il est de notre devoir de nouer des relations commerciales et d'investissement plus fructueuses et plus durables qui accordent la priorité à des normes élevées de protection des travailleurs et de l'environnement et qui veillent à leur application.
Je vous remercie.
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Merci, monsieur le président, et bonjour, mesdames et messieurs les membres du Comité.
C'est un honneur d'être parmi vous aujourd'hui.
Je veux commencer par vous parler un peu du Congrès du travail du Canada. Le CTC représente plus de trois millions de travailleurs d'un bout à l'autre du Canada, y compris des centaines de milliers de travailleurs dans les secteurs public et privé qui se livrent à des activités commerciales. Les syndicats canadiens luttent chaque jour contre l'exploitation des travailleurs, y compris le travail forcé, ce qui est révoltant. Nous avons réclamé à maintes reprises l'élimination du travail forcé dans les chaînes d'approvisionnement canadiennes et une garantie que les entreprises canadiennes qui exercent des activités à l'étranger et au pays ne contribuent pas aux violations des droits du travail et des droits de la personne.
Madame la présidente, j'aimerais présenter les recommandations du CTC sur cette question.
Premièrement, nous demandons au gouvernement de présenter immédiatement une mesure législative pour renforcer l'interdiction du Canada sur l'importation de marchandises produites au moyen du travail forcé. Cela inclut le renforcement des obligations des importateurs canadiens pour lutter contre le travail forcé dans leurs chaînes d'approvisionnement.
Deuxièmement, le CTC appuie une surveillance rigoureuse du nouveau régime d'interdiction sur les importations du Canada pour veiller au respect par les importateurs des mesures strictes en matière de transparence et de reddition de comptes.
Nous exhortons également le gouvernement à présenter une mesure législative pour créer un nouveau régime obligatoire de diligence raisonnable dans les chaînes d'approvisionnement, qui obligerait les gouvernements et les entreprises à relever les risques liés au travail forcé et à prendre des mesures pour éliminer ces risques.
Enfin, nous demandons au gouvernement de veiller à ce que le Congrès du travail du Canada s'engage concrètement et activement à l'élaboration et à la mise en œuvre de ces mesures.
Madame la présidente, j'aimerais expliquer certaines des raisons qui sous-tendent nos recommandations.
Le travail forcé demeure un problème omniprésent dans les chaînes d'approvisionnement mondiales. C'est un problème critique qui touche les travailleurs dans le monde entier et qui a des répercussions directes sur nos normes du travail canadiennes, la politique commerciale et les pratiques commerciales éthiques. L'OIT estime que plus de 28 millions de personnes sont victimes du travail forcé dans le monde. Le travail forcé viole les droits du travail fondamentaux énoncés dans la Déclaration de l'OIT sur les principes et droits fondamentaux au travail. Les travailleurs soumis au travail forcé ne bénéficient que de peu ou pas de droits du travail ou de protections sociales. Ils sont maltraités et exploités et sont souvent victimes de coercition et de violence. Une exploitation flagrante des travailleurs et de leur travail nuit à l'équité des salaires, aux conditions de travail et à l'égalité des chances et de traitement au travail.
Comme M. Trew l'a dit, bon nombre de ces produits issus du travail forcé finissent au Canada. C'est pourquoi le travail forcé dans les chaînes d'approvisionnement est une pratique commerciale injuste qui doit être éradiquée. Tous les accords commerciaux devraient avoir des chapitres solides, applicables et exhaustifs sur le travail qui prévoient notamment l'élimination du travail forcé. Une interdiction efficace des importations issues du travail forcé uniformiserait les règles du jeu pour un commerce plus équitable et plus concurrentiel, tout en tirant parti de dispositions rigoureuses en matière de travail pour tous les travailleurs couverts par un accord commercial.
L'importation de produits issus du travail forcé est un enjeu important pour les relations du Canada avec ses partenaires commerciaux, surtout les États-Unis. L'interdiction d'importation actuelle prévue dans l'ACEUM, mise en œuvre en vertu de la Loi sur le tarif des douanes du Canada, s'est avérée défaillante et inefficace. Depuis 2020, date d'entrée en vigueur de l'ACEUM, le Canada a refusé l'entrée d'une cargaison de marchandises produites à l'aide du travail forcé, tandis que les États-Unis en a refusé près de 10 000 cargaisons. C'est le chiffre d'aujourd'hui. Cet énorme écart a provoqué la colère de certains politiciens américains, y compris le sénateur Marco Rubio, pas plus tard qu'en septembre 2024, sous l'administration Biden. L'administration Trump actuelle accorde également la priorité à l'interdiction de biens issus du travail forcé, comme en témoignent les récents accords commerciaux conclus avec la Suisse, le Liechtenstein, El Salvador, l'Équateur, le Guatemala, l'Argentine, la Malaisie, le Cambodge et la Thaïlande.
Le Canada doit agir de toute urgence et imposer une nouvelle interdiction efficace des importations issues du travail forcé dans le cadre de la renégociation de l'ACEUM en 2026 et de tous nos nouveaux accords commerciaux. Une interdiction efficace des importations issues du travail forcé permettrait de lutter contre le nivellement par le bas des normes du travail, ce qui assurerait la stabilité et la résilience des chaînes d'approvisionnement.
Les pays et les entreprises doivent être tenus responsables du recours au travail forcé à des fins commerciales injustes. Les droits fondamentaux du travail et des droits de la personne font partie intégrante d'un commerce juste et équitable.
Merci, madame la présidente. Je me ferai un plaisir de répondre à vos questions.
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Merci, madame la présidente, et merci aux honorables membres de ce comité.
[Français]
Je vous remercie sincèrement de m'avoir invité à me joindre à vous cet après-midi.
[Traduction]
Je vais commencer par vous présenter le Réseau canadien sur la reddition de comptes des entreprises. Notre réseau a été fondé il y a 20 ans, en 2005, et regroupe plus de 40 organisations et syndicats de partout au pays qui travaillent à mettre en place des mesures visant à veiller à ce que les entreprises canadiennes respectent les droits de la personne et du travail dans leurs chaînes d'approvisionnement dans le monde entier. Collectivement, nos membres représentent des millions de Canadiens.
Nos membres proviennent de divers secteurs de la société civile: droits de la personne, environnement, organisations de coopération internationale, organisations confessionnelles, mouvements de solidarité communautaires et groupes d'investisseurs responsables. Nos membres entretiennent également des relations de longue date avec des partenaires du monde entier qui ont été négativement touchés par les activités commerciales canadiennes.
[Français]
Je tiens à remercier le Comité de se pencher sur la question des violations des droits de la personne dans les chaînes d'approvisionnement canadiennes. Il s'agit d'une question importante.
Les Canadiennes et les Canadiens d'un océan à l'autre continuent d'être profondément préoccupés par les nombreux rapports faisant état de maltraitance, y compris de nombreux cas de travail forcé liés aux activités commerciales des entreprises canadiennes dans le monde.
J'aimerais porter trois éléments à l'attention des membres du Comité.
[Traduction]
Premièrement, je veux faire une remarque générale: la loi sur les chaînes d'approvisionnement canadiennes doit accorder la priorité aux besoins des communautés et travailleurs touchés. Toute mesure législative examinée par ce comité, y compris une interdiction d'importation, doit absolument donner priorité aux titulaires de droits. Il faut collaborer étroitement avec les titulaires de droits tout au long de l'élaboration et de la mise en œuvre de la politique. Certains titulaires de droits ont établi que les interdictions d'importation constituent un outil précieux, surtout dans le contexte du travail forcé par l'État. Il y a aussi le risque que les interdictions d'importation encouragent les principales entreprises dans les chaînes d'approvisionnement mondiales à simplement se désengager des activités soupçonnées de recourir au travail forcé, ce qui, sans filets de sécurité efficaces, pourrait priver les travailleurs de leur salaire ou de la garantie de trouver un meilleur emploi auprès d'un futur employeur. Donc, dans l'élaboration de la réglementation sur une interdiction d'importation, les titulaires de droits et la société civile devront être consultés pour veiller à éviter ces conséquences involontaires.
Ma deuxième intervention porte sur le fait que le Canada a besoin d'un mécanisme non judiciaire efficace pour offrir des recours aux travailleurs et aux communautés qui subissent des préjudices dans les chaînes d'approvisionnement canadiennes. Toutefois, à l'heure actuelle, le mécanisme non judiciaire du Canada, l'ombudsman canadien de la responsabilité des entreprises, n'a pas encore obtenu les pouvoirs et l'indépendance dont il a besoin pour faire cet important travail. Je tiens à souligner qu'une grande partie des cas soumis à l'OCRE jusqu'à présent concernaient des allégations de travail forcé dans les chaînes d'approvisionnement canadiennes. Or, depuis mai 2025, le poste d'ombudsman est vacant, ce qui laisse les plaignants dans l'ignorance. Je tiens à répéter que l'approche du Canada pour lutter contre le travail forcé dans les chaînes d'approvisionnement devrait inclure un engagement clair à doter en personnel le bureau de l'OCRE et à lui donner les outils pour agir.
La dernière remarque que je veux faire est que, dans ses efforts pour lutter efficacement contre le travail forcé dans les chaînes d'approvisionnement canadiennes, le Canada doit adopter une loi exhaustive de diligence raisonnable obligatoire en matière de droits de la personne et d'environnement. Les interdictions d'importation sont un outil qui permet de lutter contre les violations des droits de la personne après que le préjudice a été causé. Si le Parlement décide d'aller de l'avant avec des modifications à l'interdiction d'importation de biens issus du travail forcé au Canada, cela ne devrait pas être la seule mesure qu'il prend. Notre réseau s'attend à ce que le gouvernement prenne un engagement ferme assorti d'un délai fixe à adopter une loi exhaustive de diligence raisonnable obligatoire en matière de droits de la personne et d'environnement, ou DROEDP, ce qui peut contribuer à prévenir de manière proactive le travail forcé et d'autres violations graves des droits de la personne dans les chaînes d'approvisionnement canadiennes.
Il existe un consensus très clair dans la société civile canadienne, qui travaille en collaboration avec des partenaires du monde entier, qu'une loi de la sorte est nécessaire, car une loi de DROEDP oblige les entreprises, en collaboration avec les titulaires de droits, à faire le point et à prendre des mesures pour prévenir et redresser toutes les violations des droits de la personne dans leurs chaînes d'approvisionnement, qui sont interreliées et interdépendantes. Une loi de DROEDP efficace doit également veiller à ce qu'il y ait des recours efficaces pour les communautés touchées qui ont subi un préjudice, en fournissant un accès aux recours devant les tribunaux canadiens. Cela contribuerait à harmoniser l'approche politique du Canada avec les attentes établies dans les Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme des Nations unies et les Principes directeurs de l'OCDE pour une conduite responsable des entreprises. Je tiens à souligner que le rapporteur spécial sur les formes contemporaines d'esclavage des Nations unies, dans son rapport sur sa visite au Canada en 2023, a recommandé que le Canada impose des obligations de diligence raisonnable en matière de droits de la personne à toutes les entreprises canadiennes.
Des dizaines de milliers de Canadiens ont exhorté notre gouvernement à adopter une loi comme celle‑ci. Notre réseau a élaboré une mesure législative modèle. Je note également que le gouvernement a déjà reconnu la nécessité de mesures de diligence raisonnable pour lutter contre les violations des droits de la personne dans les chaînes d'approvisionnement canadiennes, y compris dans l'Énoncé économique de l'automne 2024.
[Français]
En conclusion, le Réseau canadien sur la reddition de comptes des entreprises recommande au gouvernement de tenir compte des communautés ainsi que des travailleuses et des travailleurs touchés lors de l'élaboration de sa loi sur les chaînes d'approvisionnement; d'accorder au Bureau de l'ombudsman canadien de la responsabilité des entreprises de réels pouvoirs et de nommer un nouvel ombudsman sans plus tarder; et, enfin, d'adopter une loi exhaustive sur la diligence raisonnable des entreprises.
Merci beaucoup.
[Traduction]
Je répondrai avec plaisir à vos questions.
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Madame la présidente, mesdames et messieurs, merci.
Je suis profondément reconnaissant d'avoir l'occasion de discuter avec vous de cette étude importante sur les chaînes d'approvisionnement canadiennes, le travail forcé et les importations connexes.
Je vais présenter aujourd'hui des constatations et des perspectives en appui au projet de loi . Je me concentrerai surtout sur les risques considérables, mais souvent occultés qui existent dans les régions tibétaines en Chine, où les pratiques de travail coercitives, les relocalisations massives et les activités minières destructrices pour l'environnement contaminent les chaînes d'approvisionnement mondiales, qui pourraient atteindre les consommateurs canadiens par l'entremise des véhicules électriques, des batteries et d'autres technologies.
Étant donné que le Tibet compte certaines des plus grandes réserves de lithium en Chine et que ce minerai est essentiel à la production mondiale de véhicules électriques, les véhicules électriques fabriqués en Chine importés au Canada pourraient vraisemblablement intégrer de façon indirecte des minéraux critiques dont les conditions d'extraction violent les normes internationales du travail et des droits de la personne.
Des recherches récentes relayées notamment dans le bulletin du groupe Turquoise Roof révèlent que la majorité des réserves de lithium en Chine se trouvent dans le plateau tibétain, qui en recèle environ 3,6 millions de tonnes sur le total de 4 millions de tonnes de l'ensemble des réserves en Chine. Les ressources en question se trouvent dans les régions tibétaines historiques de l'Amdo et du Kham. Cette zone que les études géologiques de l'État chinois décrivent comme une vaste ceinture minérale renferme ce qui est considéré comme le plus grand gisement de lithium en Asie. Ces minéraux alimentent les chaînes d'approvisionnement des géants BYD et CATL et d'autres grands constructeurs de véhicules électriques et de batteries.
Le Canada étudie en ce moment la possibilité d'importer des véhicules électriques chinois bon marché, mais il ne pourra pas ignorer l'imbrication des chaînes d'approvisionnement. Le Tibet est géographiquement éloigné, mais il joue un rôle économique central dans les ambitions technologiques vertes de la Chine.
En 2023, six rapporteurs spéciaux des Nations unies ont signalé que les stratagèmes de soi-disant formation professionnelle et de transfert de travailleurs dans la région tibétaine pourraient constituer du travail forcé. Les Tibétains seraient obligés d'y participer et seraient retenus de force dans les postes qui leur ont été assignés.
L'agence Reuters a révélé que pendant les 7 premiers mois de 2020, plus de 500 000 Tibétains, ou 15 % de la population de la région, avaient été transférés dans des programmes de travailleurs, qui comprennent des centres d'entraînement de style militaire, de l'endoctrinement, des quotas de transfert de main-d'œuvre ainsi que des relocalisations dans des usines, des chantiers de construction et des zones industrielles. Ce système est un calque de la structure de travail forcé observée au Turkestan oriental et dans d'autres régions à risque élevé. Mis ensemble, les déplacements forcés, les restrictions à la mobilité et les pressions politiques constituent une forme de coercition structurelle. Les personnes qui perdent leurs terres et leur gagne-pain sont contraintes pour survivre d'accepter le travail dirigé par l'État.
Les mines de lithium au Tibet sont associées à de graves dommages environnementaux. Le bulletin Turquoise Roof a recensé des rivières contaminées par des procédés de traitement « rapides et polluants » de même que des poissons et des bovins morts en aval des activités minières. Il rapporte aussi des manifestations réprimées par la force ou qui se soldent par des détentions et des disparitions, ainsi qu'une forte militarisation des zones minières qui limite la surveillance communautaire. La destruction de l'environnement entraîne la perte des terres d'élevage qui constituent un des principaux moyens de subsistance des Tibétains. Comme les éleveurs ne peuvent plus vivre de la terre, ils sont des proies faciles pour le programme de travail dirigé par l'État, notamment dans les mines. Dans ce contexte, le travail ne peut pas être considéré comme volontaire.
Les véhicules électriques chinois et les batteries électriques qui entrent dans le marché canadien peuvent comporter du lithium extrait dans les régions tibétaines où les communautés ont été relocalisées, par des travailleurs transférés dans le cadre de programmes de formation dirigés par l'État, dans des régions où la dissension est criminalisée dans des conditions incompatibles avec les normes de l'Organisation internationale du travail.
Étant donné ses mesures telles que l'interdiction du travail forcé, l'engagement envers l'approvisionnement éthique et la stratégie de transition climatique, le Canada a l'obligation morale d'éviter de récompenser ou de subventionner par inadvertance les régimes d'extraction qui violent les droits de la personne.
Je vais formuler quelques recommandations.
Le Comité Canada Tibet recommande respectueusement que le Comité permanent du commerce international demande au gouvernement d'exiger la transparence complète de la chaîne d'approvisionnement de batteries et de véhicules électriques chinois qui entrent au Canada et d'adopter une loi de diligence raisonnable obligatoire en matière de droits de la personne qui exigerait des sociétés de relever, d'atténuer et de contrer les risques de travail forcé.
Nous recommandons également au Canada d'appliquer la présomption de non-conformité pour les véhicules électriques dont les chaînes d'approvisionnement de minéraux critiques ne sont pas traçables. Le Canada doit aussi se coordonner avec les partenaires du G7 pour traiter les minéraux à risque élevé d'origine tibétaine comme des minéraux de conflit, et de les assujettir à un cadre d'exclusion commun.
Enfin, il faut soutenir la surveillance indépendante du Tibet. Il faut financer la surveillance par satellite, les analyses de sources ouvertes et la recherche dans la société civile pour remédier aux manques de transparence dus aux restrictions imposées par l'État chinois.
Le Tibet est au coeur de la stratégie de la Chine sur les minéraux critiques. En même temps, c'est dans cette région que convergent les risques liés au travail forcé, les relocalisations massives, la restriction des libertés et les procédés d'extraction destructeurs pour l'environnement.
Merci.
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Merci, madame la présidente.
Mesdames et messieurs, merci d'être des nôtres et de contribuer à cette étude importante.
Ma première question s'adresse à M. Trew et à M. Gilchrist-Blackwood. Elle porte sur certains commentaires formulés au sujet du Programme des travailleurs étrangers temporaires au Canada.
Le programme est un sujet de discussion au Parlement. Sauf erreur, le Canada compte actuellement plus de 1,25 million de travailleurs étrangers temporaires, et ce nombre continue d'augmenter malgré les promesses qui ont été faites pour corriger le tir. Le plafond avait été fixé à 82 000 cette année, mais la barre des 100 000 a été largement dépassée. Le problème semble s'aggraver, surtout dans le volet des travailleurs étrangers temporaires à bas salaire.
Comme vous l'avez mentionné, un rapport des Nations unies publié récemment sur le sujet décrit le Programme des travailleurs étrangers temporaires comme un « terreau fertile pour les formes contemporaines d'esclavages. » À votre avis, ce programme se compare‑t‑il dans certaines situations à de l'esclavage moderne?
Je voudrais discuter de l'état des lieux concernant l'application de la loi. On avait bon espoir que la mise en place d'une interdiction de l'importation de marchandises produites entièrement ou en partie au moyen du travail forcé dans le cadre de la renégociation de l'ALENA ferait avancer les choses au Canada, mais ce n'est pas ce que révèlent les chiffres. Pour la totalité de la période visée, environ 50 expéditions auraient été interceptées en raison de soupçons. Une partie du problème à ce stade est la transparence. Nous ne savons pas ce qui se passe parce que l'Agence des services frontaliers du Canada ne nous dit rien. Aux antipodes, le Service des douanes et de la protection des frontières des États‑Unis tient un tableau de bord très utile qui montre combien d'expéditions ont été interceptées, leur provenance, le secteur des marchandises en question et ainsi de suite.
Le programme phare du gouvernement dans ce domaine a été l'adoption d'une loi sur les chaînes d'approvisionnement, que vous connaissez sans doute. Cette loi exige que les entreprises et les organismes gouvernementaux d'une certaine taille préparent des rapports sur leurs chaînes d'approvisionnement. Elle est appliquée depuis deux... Je crois que la deuxième série de rapports est entamée.
À votre connaissance, cette loi phare, la loi sur les chaînes d'approvisionnement, a‑t‑elle entraîné l'interception d'un nombre accru d'expéditions à la frontière?
Je pose la question à tous les témoins.
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La réponse holistique au travail forcé comporte deux volets. Le premier est l'obligation de diligence raisonnable, et le second est l'interdiction des importations. Ce serait formidable de réunir les deux volets. Nous pourrions aussi les traiter séparément, mais je vous presserais d'envisager une approche plus exhaustive parce que sous l'angle de la nécessité d'agir, l'application du premier entraîne forcément l'application du second.
Par exemple, la mise en place d'une interdiction nouvelle ou renforcée des importations de marchandises issues du travail forcé aura pour effet de les intercepter, mais comme le disait mon collègue, seulement après-coup — les articles ont déjà été produits au moyen du travail forcé, et se sont rendus à nos frontières. Si un volet est appliqué, je vous demanderais de réfléchir à l'incidence que cela aurait sur les entreprises qui importent ces marchandises au Canada. Logiquement, tant qu'à interdire les importations, autant régler une partie du problème en amont en vertu d'une loi de diligence raisonnable. Je suis donc d'avis que la meilleure option est évidemment la possibilité d'appliquer simultanément les deux volets parce que cette stratégie est exhaustive. Je vais en rester là.
Je veux mentionner également que le projet de loi est très important comme modèle d'interdiction des biens issus du travail forcé, mais il ne faut pas penser que le Canada fait cavalier seul parce que nous ne partons pas de rien. Nous pourrions apprendre beaucoup des mesures déjà en place dans des pays qui ont beaucoup étudié la question. De fait, l'Énoncé économique de l'automne 2024 mentionnait les deux volets, et un projet de loi aurait été présenté si l'énoncé avait été adopté et mis en œuvre.
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Merci, madame la présidente.
Je remercie les témoins d'être des nôtres.
Je vais leur poser des questions rapidement à tour de rôle.
Madame Kwan, vous invitez le gouvernement à adopter une perspective globale, et je suis d'accord là-dessus. D'ailleurs, lors de la dernière législature, j'ai coparrainé le projet de loi , présenté par l'ancien député Peter Julian. Même si nous n'étions pas du même parti, nous étions d'accord sur l'idée du projet de loi; je ne voyais donc aucun problème à le coparrainer.
J'avais aussi entendu l'appel concernant le projet de loi , et j'avais voté contre celui-ci, tout comme mes collègues du Bloc québécois.
Cela dit, concentrons-nous maintenant uniquement sur le volet en lien avec les importations.
J'ai déposé le projet de loi , et M. Trew nous a invités à l'adopter.
Êtes-vous également favorable à l'adoption de ce projet de loi?
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Merci, madame la présidente.
Je suis heureux d'être de retour au Comité. Il est important que nous parlions à nouveau du travail forcé, même si j'ai l'impression d'aborder l'enjeu depuis longtemps alors que le gouvernement reste les bras croisés — du moins, il ne prend pas de mesures qui répondent vraiment aux besoins actuels.
Certains d'entre vous ont mentionné dans leur déclaration préliminaire le lithium et les véhicules électriques. Je veux me concentrer sur ce point qui est vraiment important, à mon avis. Le commerce est évidemment important pour notre économie, mais c'est aussi un outil pour atteindre d'autres objectifs de politique étrangère.
Il me semble évident que le gouvernement chinois prend des mesures stratégiques mûrement réfléchies pour dominer les secteurs émergents de notre économie axés sur les batteries. Les entreprises chinoises dominent l'extraction de produits de base clés au Turkestan oriental et au Tibet, ainsi qu'en République démocratique du Congo et dans d'autres régions d'Afrique. Les entreprises chinoises dominent le secteur manufacturier, où les violations flagrantes des droits de la personne pullulent. De plus, la stratégie vise à nous rendre, dans le monde libre, dépendants de l'État chinois alors qu'il domine les chaînes d'approvisionnement et contrôle notre accès aux nouvelles technologies.
La situation me préoccupe beaucoup. Je pense que nous devons tirer la sonnette d'alarme à ce sujet, car si rien n'est fait, nos sociétés deviendront profondément dépendantes, vulnérables sur les plans économique et politique, et essentiellement incapables de réagir aux violations des droits de la personne que vous avez décrites. Par conséquent, en nous attaquant au problème du travail forcé, en particulier dans ces types de chaînes d'approvisionnement, nous voyons que nos obligations morales, nos intérêts économiques et nos intérêts stratégiques à long terme viennent s'entremêler.
Monsieur Therchin, je suis ravi de vous voir. Je me demande si vous pouvez nous faire part de vos réflexions sur les efforts, dans certains secteurs ternis par le travail forcé, du gouvernement chinois pour dominer certaines chaînes d'approvisionnement et, par conséquent, pour créer des structures qui rendront le monde libre — c'est-à-dire nous — dépendant sur le plan stratégique.
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J'ai décidé de parler du lithium et de son lien avec les véhicules électriques chinois parce que, même si nous sommes nombreux, au Canada, à savoir que des droits de douane de 100 % sont imposés aux véhicules électriques chinois, je ne sais pas combien d'entre nous savent que le matériau des batteries utilisées dans ces véhicules est extrait au Tibet. Plus de 85 % de ce lithium provient du Tibet, où de graves violations des droits de la personne sont commises. Adrian Zenz, qui a rédigé les rapports sur le travail forcé au Turkestan oriental, a écrit un rapport sur le travail forcé au Tibet en 2021 pour la Fondation Jamestown.
De même, Reuters, comme je l'ai mentionné dans ma déclaration préliminaire, a également diffusé un reportage sur la formation de masse, qui comprenait un volet d'endoctrinement politique. Après environ six semaines de formation, ces Tibétains ont été transférés dans le Sud du Tibet, plus près de la frontière de l'Inde, où on les a mis au travail dans des usines et des chantiers de construction. On ne sait pas s'ils ont été consultés ou s'ils ont été indemnisés pendant le transfert de la formation aux lieux de travail. Par conséquent, le rapporteur spécial des Nations unies a utilisé le terme « forcé » et a fait état de la possibilité de travail forcé.
Au Tibet, l'extraction délétère de minéraux semble s'accompagner d'une forte possibilité de travail forcé. Je voulais vraiment profiter de cette occasion pour sensibiliser la population au travail forcé, mais aussi à l'extraction délétère du lithium au Tibet.
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Merci, madame la présidente.
Je remercie les témoins d'être des nôtres pour discuter de cet important sujet.
Aujourd'hui, j'aimerais comprendre certaines choses. Personnellement, je viens du monde de l'économie et des affaires, et j'aimerais parler de la chaîne d'approvisionnement.
J'ai beaucoup entendu parler du nombre de cargaisons saisies au Canada et aux États‑Unis. Depuis le début, on parle beaucoup de la différence entre ces deux façons de faire. Le nombre de cargaisons saisies est-il la seule manière de mesurer les effets? Existe-t-il d'autres mesures moins visibles et qu'on ne voit pas? On parle seulement du nombre de cargaisons, mais y a-t-il d'autres façons de prendre cette mesure?
Ma question s'adresse aux quatre témoins.
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Je dirais qu'il faut compter les cargaisons qui sont bloquées ou retenues, puis compter celles qui sont refusées parce qu'il a été prouvé — ou parce qu'il n'y a pas d'objection à ce qu'on le détermine — que les marchandises sont issues du travail forcé. C'est une façon de mesurer le problème. C'est un paramètre qui, d'une certaine façon — malgré le fait qu'il ne fonctionne pas vraiment très bien en ce moment au Canada —, est très fiable.
Je dirais que, si vous voulez envisager plus de paramètres, vous devez revenir à l'approche holistique. Le texte de loi sur la transparence que nous avons actuellement, l'ancien projet de loi , exige que l'entreprise rédige des rapports. Très franchement, si vous me demandez de faire un rapport sur quelque chose — sur mon étiquette porte-nom, par exemple —, je peux le faire. Cela est complètement inutile si vous n'obligez pas l'entreprise à préciser les mesures qu'elle prendra et à agir. C'est là que réside la différence, à mon avis. On peut rédiger des rapports sur n'importe quoi. Or, si on est réellement obligé d'agir, on doit préciser exactement ce sur quoi on agira — cela serait, à mon avis, un paramètre utile.
Bien franchement, comme je l'ai dit au Comité l'an dernier, nous devons bâtir — comme le dirait notre —, mais nous devons aussi bâtir en étant très tournés vers l'avenir. Quel est notre objectif dans ce dossier? Ce que nous voulons, c'est un commerce différent de ce que nous avions auparavant qui, comme nous le savons, ne fonctionne pas. Nous sommes en train de revenir à un modèle très ancien et traditionnel qui ne fonctionne pas. Voilà pourquoi nous étions dans le pétrin pendant la pandémie. Vous vous souviendrez de la panique suscitée par les faiblesses de la chaîne d'approvisionnement.
En résumé, nous devons en faire davantage et nous devons adopter, espérons‑le, une approche plus globale.
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Si je comprends bien la question, on peut dire que, en matière de concurrence, l'homme est un loup pour l'homme. Bien entendu, si les entrepreneurs veulent réduire les coûts, ils feront venir les matériaux les moins chers. Souvent, ils ne se soucient pas de l'origine des matériaux ou ils ne prennent pas le temps de déterminer d'où ils viennent. Une grande partie du travail forcé dans les chaînes d'approvisionnement passe complètement inaperçue aux yeux des entrepreneurs qui font le commerce — les fabricants des biens à la dernière étape du processus.
C'est un processus très compliqué, qui implique beaucoup plus d'entreprises que celles qui expédient les cargaisons arrêtées à la frontière, et ce, même aux États-Unis. C'est une grande boîte de Pandore. Pensez‑y: il est question de concurrence avec la Chine pour des biens dont bon nombre de matériaux sont nocifs à extraire du sol et qui exigent une main-d'œuvre importante, et pour lesquels la concurrence est féroce. La pression pour réaliser des économies est énorme.
Effectivement, comme l'a dit Mme Kwan, si nous commerçons dans un marché libre conventionnel, où nous nous contentons d'importer les biens les moins chers possibles, nous n'obtiendrons tout simplement pas les résultats escomptés. Nous ne ferons que reproduire les problèmes que connaît la Chine avec le travail forcé dans ses chaînes d'approvisionnement de véhicules électriques, par exemple, en construisant de nouvelles mines ailleurs. Les faibles coûts dans le processus font que ces voitures sont bon marché. Si nous voulons être concurrentiels dans un tel marché libre, nous finirons par reproduire les mêmes problèmes.
Il est important d'adopter une approche adéquate dans l'ensemble. C'est là que la surveillance par la société civile et d'autres groupes, ainsi que les précautions constantes des gouvernements qui coopèrent les uns avec les autres, entreront en jeu.
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Je serais heureux de répondre à cette question en premier.
Je pense que plusieurs critères très importants doivent être inscrits dans une loi efficace sur la diligence raisonnable, notamment l'obligation de prévention. Je pense que c'est le fondement d'une loi efficace sur la diligence raisonnable. Il s'agit d'établir l'obligation de prévenir les préjudices en faisant preuve de diligence raisonnable dans l'examen de la chaîne d'approvisionnement pour cerner les éventuelles violations des droits de la personne et y remédier.
Je pense qu'il est très important que ce cadre s'applique à tous les droits de la personne. Comme on le sait, les droits de la personne sont interdépendants et indivisibles, et la violation d'un droit contribue souvent à la violation d'un autre droit. Un exemple que l'on donne souvent est que la violation des droits à la négociation collective peut augmenter le risque de travail forcé.
Je pense qu'un troisième élément essentiel est l'accès aux recours. Les recours sont essentiels à la justice. Dans le modèle de loi que le RCRCE, a présenté, cet accès aux recours passe par le droit privé d'action devant les tribunaux canadiens pour les titulaires de droits qui ont subi des préjudices dans les chaînes d'approvisionnement canadiennes. L'accès à la justice est un troisième élément fondamental.
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Merci, madame la présidente.
Dans vos témoignages, vous avez parlé des nouvelles lois dont nous avons besoin. Je dois dire que je ne suis pas convaincu, et je vais vous dire pourquoi.
En 2020, nous avons instauré une interdiction d'importation. Nous nous sommes dit: « C'est bien, nous avons une interdiction d'importation. C'est la loi la plus sévère que nous puissions adopter. Nous allons interdire l'entrée au pays de biens issus du travail forcé. » Ensuite, nous avons instauré une loi sur la transparence et avons dit que nous allions obliger les entreprises à rendre compte de ce qu'elles faisaient dans leurs chaînes d'approvisionnement. Rien de tout cela n'a fonctionné.
Savez-vous pourquoi ces lois ne fonctionnent pas? C'est parce que le gouvernement n'en fait rien. On peut changer les lois autant de fois que vous le voulez, mais si l'ASFC et le gouvernement ne les exécutent pas, on n'obtiendra pas de résultats. Nous avons parlé des États-Unis qui réussissent mieux que nous à cet égard; c'est parce qu'ils interceptent les cargaisons et en examinent le contenu.
Je veux que vous tentiez de me convaincre que nous n'avons pas assez d'outils. Nous n'avons pas besoin de plus de lois, et nous n'avons pas besoin de modifier la loi; il suffit que l'ASFC et le gouvernement utilisent ce qu'ils ont déjà. En vertu de la Loi sur les douanes, il est illégal de posséder des marchandises qui sont importées illégalement. Cela signifie que si une entreprise automobile possède en ce moment un véhicule dans lequel un seul élément du système de batterie a été fabriqué dans le cadre du travail forcé... N'oubliez pas que cette interdiction d'importation ne comporte pas de disposition de minimis. Si une seule vis... Je vais à l'extrême. Si la batterie d'une voiture est issue du travail forcé, l'ASFC peut le saisir immédiatement; elle ne le fait pas.
Qu'en est‑il de votre complet, monsieur Trew? Savez-vous où il a été fabriqué? Non. Je ne sais pas où le mien a été fabriqué non plus, mais s'il contient une fibre provenant de certaines régions du monde qui pratiquent le travail forcé, c'est un problème.
Ce que je veux dire, c'est que nous avons les outils et l'agence nécessaires, mais nous ne semblons pas avoir la volonté d'en faire quoi que ce soit. J'aimerais que vous me convainquiez qu'en changeant la loi ou en laissant le gouvernement dire: « Vous savez quoi? Tout ce que nous avons à faire, c'est de modifier la loi, et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes. »... Je ne suis pas convaincu. J'aimerais que vous disiez plutôt que l'ASFC doit faire son travail et faire respecter la loi à la frontière.
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Je suis d'accord en grande partie avec vous, mais d'après ce que je comprends, cette proposition législative, le projet de loi , est essentielle. Elle fournit l'orientation nécessaire au gouvernement pour lui permettre de régler un problème, à savoir que, comme vous le dites, nous avons la loi, mais elle ne peut pas être mise en œuvre. C'est une question d'orientation par opposition aux obligations et aux procédures.
J'ai vu un avis juridique à cet effet, qui n'est pas encore public, à ma connaissance. Je vous encourage à en parler avec d'autres. Je pense que vous allez recevoir plus de gens ici pour en discuter et je vous encourage à parler à des groupes comme Above Ground à ce sujet. Peut-être que d'autres témoins connaissent la réponse mieux que moi, mais à mon avis, cette mesure est essentielle.
Je comprends ce que vous dites, car ce serait bien si l'on pouvait tout simplement demander à l'ASFC d'aller faire son travail. Les ressources sont évidemment un problème, comme vous l'avez dit. Il faut que plus de gens se penchent sur la question. Le gouvernement canadien n'arrive pas à faire un bon travail de suivi, à plusieurs égards. Il en est question dans les rapports de la vérificatrice générale dans un certain nombre de domaines: le suivi environnemental et le suivi des normes du travail ou de la santé et sécurité au travail. Il n'est pas bon pour donner suite à quoi que ce soit.
Dans ce cas‑ci, cependant, je pense que nous avons besoin de ce projet de loi précis pour forcer le gouvernement à en faire plus que ce qu'il fait actuellement.
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Actuellement, selon ses procédures normales, l'ASFC peut remonter quatre ans en arrière dans les livres d'un importateur et six ans pour certaines marchandises, mais ne le fait pas.
Premièrement, si la loi était modifiée demain afin d'inverser le fardeau de la preuve, l'ASFC ne collecte pas de renseignements sur la région d'origine d'une marchandise, outre pour les États-Unis, où elle collecte des renseignements à l'échelle des États. L'Agence ne connaît pas la provenance exacte d'une marchandise en Chine; elle sait seulement qu'elle provient de Chine, parce que l'importateur écrit « CH » sur la déclaration. L'Agence n'est même pas équipée pour le faire, et même si elle l'était, cela n'empêcherait pas les importateurs d'avoir de mauvais comportements, ce qui est le cas, comme nous le savons.
La principale question que les importateurs m'ont posée à ce sujet, lorsqu'ils pensaient que leurs marchandises risquaient d'être arrêtées à la frontière des États-Unis, était de savoir s'ils pouvaient plutôt envoyer leurs marchandises au Canada, puisque l'ASFC ne les examinera pas. C'est le genre de question que l'on me posait, en tant qu'avocat, lorsque je m'occupais de ce dossier.
À mon avis, modifier la loi ne changera rien. Avant de dire que modifier la loi encore une fois est la solution au problème, j'aimerais d'abord que l'ASFC prenne des mesures, puis revienne ici pour dire: « Nous avons essayé d'appliquer la loi existante. Voici les faiblesses et les échappatoires. Voici ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas », car si l'on n'applique pas la disposition d'inversion du fardeau de la preuve, vous reviendrez ici une fois de plus pour dire que cela ne fonctionne pas.
Je vais poser une autre question. Comme vous le voyez, c'est un sujet qui me tient à cœur.
Je pense qu'il serait bon d'entendre l'ASFC et le ministre à ce sujet. Pensez-vous que nous devrions inviter le ministre et les représentants de l'ASFC pour parler de cette question?
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Merci, madame la présidente.
J'ai plusieurs questions à poser.
Je voudrais qu'on parle du point de vue des entreprises. Tout à l'heure, j'ai entendu plusieurs choses concernant le fardeau des entreprises. Je vais le dire franchement, je connais plusieurs dirigeants d'entreprises, mais je n'en connais aucun qui soit d'accord là-dessus.
Monsieur Trew, tout à l'heure, vous avez parlé de l'aspect financier et de la compétitivité des entreprises, que je comprends très bien. Cependant, vous avez aussi dit que c'était un panier de crabes; c'est complexe et difficile. On a aussi dit que c'était aux grandes entreprises que revenait le fardeau de la preuve.
Cependant, au Canada, la réalité, c'est que la grande majorité des entreprises sont des PME. Ce sont des petits acteurs qui n'ont pas les moyens des grandes entreprises. Elles sont aussi visées par ça que les grandes entreprises.
Elles représentent aussi la majorité des entreprises. Dans la région de Québec, 75 % des entreprises comprennent entre un et huit employés. Le nombre de petites entreprises est énorme.
Je vous pose la question à tous les quatre. Comment une petite entreprise pourrait-elle jouer son rôle avec les moyens dont elle dispose? Elles veulent être efficaces et efficientes et elles ont toute la bonne volonté du monde. Elles seraient prêtes à porter le fardeau demain matin.
Si vous connaissez des mécanismes ou si vous avez des trucs, j'aimerais que vous nous en fassiez part. Bien sûr, j'aimerais que vous nous parliez des petites et moyennes entreprises, et non des grandes; c'est important. Les petites et moyennes entreprises n'ont pas les mêmes moyens que les grandes.
Je ne sais pas qui de vous quatre veut commencer.
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Encore une fois, je laisserais probablement M. Gilchrist-Blackwood et Mme Kwan répondre à cette question.
Concernant l'incidence de la loi sur les fournisseurs, je conviens que les petites entreprises ont une moins grande capacité de surveiller tout cela et de faire un suivi. Les grandes entreprises sont peut-être mieux placées pour le faire, mais même ces grandes entreprises pourraient avoir de la difficulté à trouver l'ensemble de leurs fournisseurs et sous-fournisseurs, etc.
À mesure que le système sera mis en place et qu'on se retrouvera avec des listes et des renseignements provenant des groupes touchés — notamment les travailleurs touchés —, cela incombera au fournisseur, à l'importateur, mais idéalement, on s'attendrait à une certaine collaboration du gouvernement, je crois, pour que cela fonctionne. On ne peut pas laisser tout cela entre les mains de gens qui n'ont pas assez de ressources. Voilà ce que j'en pense.
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Merci de votre indulgence, madame la présidente. Je serai bref.
Madame la présidente, nous participons tous les deux à l'Alliance interparlementaire sur la Chine, ou IPAC, une organisation internationale de législateurs qui étudie la Chine et a mené d'importants travaux sur la question du travail forcé en particulier. Je pense qu'il est bien de souligner qu'un des fondateurs de cette organisation est Marco Rubio, l'actuel secrétaire d'État américain, qui a également joué un rôle de premier plan dans l'adoption d'une mesure bipartisane, la Uyghur Forced Labor Prevention Act. De toute évidence, il s'investit profondément et personnellement dans ces questions. Il me semble qu'une collaboration accrue avec les États-Unis pour accroître l'harmonisation sur plusieurs plans — lutte contre le travail forcé, collaboration en matière d'application de la loi, cohérence des lois — pourrait être avantageuse pour tout le monde.
La question s'adresse à tous les témoins. Savez-vous s'il y a eu, dans le contexte difficile actuel, des discussions ou des propositions concernant une collaboration plus efficace avec les États-Unis sur les questions liées au travail forcé pour parvenir à une entente mutuellement avantageuse sur une question manifestement importante pour certaines personnes au sein de l'administration américaine et pour nous également?