:
Je déclare la séance ouverte.
Il s'agit de la 18e réunion du Comité permanent du commerce international. Aujourd'hui, nous accueillons la pendant la première heure et, pendant la deuxième heure, nous poursuivrons notre étude sur le travail forcé.
Conformément à l'article 108(2) du Règlement et à la motion adoptée par le Comité le jeudi 18 septembre 2025, le Comité reprend son étude sur le Canada et l'examen à venir de l'ACEUM.
Nous accueillons aujourd'hui l'honorable Mélanie Joly, ministre de l'Industrie. Du ministère de l'Industrie, nous accueillons Francis Bilodeau, sous-ministre délégué, et Kendal Hembroff, sous-ministre adjointe déléguée, Secteur de l'industrie.
Merci beaucoup à tous. Nous vous sommes reconnaissants de votre présence.
Madame la ministre, vous avez environ cinq minutes pour votre déclaration liminaire, puis nous passerons à la ronde habituelle des questions, qui sera de cinq minutes précises pour chacun des intervenants. Afin que tous les députés puissent poser leurs questions, tâchez de fournir des réponses brèves. Autrement, les témoins grugent tout le temps des députés, comme vous le savez. Vous vous souvenez de l'époque où vous étiez de l'autre côté.
Merci beaucoup de votre présence. Je vous cède la parole.
Madame la présidente, mesdames et messieurs les députés, c'est un plaisir d'être ici.
[Français]
Je vous remercie d'être ici.
[Traduction]
Le Canada entreprend l'examen de l'ACEUM à un moment de profonds changements mondiaux. Nous vivons dans un monde beaucoup plus compliqué, complexe et dangereux qu'avant. La sécurité dans le monde s'est détériorée au cours des dernières années avec les guerres et l'augmentation des tensions économiques, y compris la guerre commerciale actuelle avec les États‑Unis. Le gouvernement devra continuer à composer avec cette réalité.
[Français]
Nous savons qu'il y a des choses que nous ne pouvons pas contrôler, mais il y en a beaucoup d'autres que nous pouvons aussi contrôler.
[Traduction]
Le gouvernement se concentre sur ce que nous pouvons contrôler. Voici le plan: premièrement, nous protégerons les emplois. Deuxièmement, nous créerons des emplois. Troisièmement, nous attirerons des talents et des investissements.
Notre plan fonctionne. On observe une croissance de 2,6 %, ce qui est en voie de devenir le taux le plus élevé du G7. L'inflation est descendue à 2,2 %. Les salaires augmentent de 3,5 % d'une année à l'autre. En septembre seulement, le Canada a créé 60 000 emplois et, en octobre, il en a créé 67 000.
[Français]
Ces résultats montrent que notre plan produit des résultats concrets pour notre économie et pour les Canadiens. L'économie canadienne est résiliente, mais nous continuons de travailler sans relâche pour les gens de chez nous.
[Traduction]
Commençons par le premier pilier de notre plan: protéger les emplois et les industries. Nous travaillons dans un contexte où certains secteurs sont ciblés par les droits de douane américains. Il s'agit, bien entendu, de l'acier, de l'aluminium, de l'automobile et du bois d'œuvre, des industries qui sont essentielles à notre force économique et aux collectivités partout au pays.
Voici ce que nous allons faire pour tous ces secteurs. À court terme, nous protégerons notre marché et nous offrirons des liquidités aux entreprises. Nous allons nous assurer de soutenir les industries, ainsi que les entreprises et les travailleurs de ces secteurs. Pour ce faire, nous resserrons les contingents tarifaires sur les importations d'acier à 75 % des niveaux de 2024, une mesure décisive pour protéger notre marché à court terme et pour veiller à ce que le secteur de l'acier soit protégé.
À moyen terme, il faut s'assurer que les industries peuvent s'adapter et se réorienter. Elles doivent être en mesure de trouver de nouveaux marchés et de concevoir de nouveaux produits.
[Français]
Nous soutenons nos industries grâce à un nouveau fonds de réponse stratégique de 5 milliards de dollars et grâce au soutien de nos agences de développement économique régionales, dont DEC au Québec. À long terme, nous devons nous consacrer sans relâche à bâtir un marché intérieur, un marché domestique fort. Notre gouvernement le fait grâce à nos investissements dans la défense, à nos politiques d'achat de produits canadiens, à notre stratégie en matière de logement et à nos grands projets nationaux.
[Traduction]
En attendant, permettez-moi de me concentrer sur Stellantis. Quand je parle de Stellantis, il s'agit de la Dodge Caravan, de la Jeep Grand Cherokee, de la Jeep Compass, de la Jeep Wrangler et de la Chrysler Pacifica. Lors de mon témoignage devant le Comité permanent de l'industrie, des sciences et de la technologie, j'ai dit clairement que Stellantis doit assumer ses responsabilités.
Dès le lendemain de l'annonce de Stellantis du 15 octobre, j'ai envoyé une lettre à Antonio Filosa, le PDG mondial de Stellantis, pour lui indiquer que les décisions annoncées par l'entreprise étaient inacceptables et que nous nous attendions à ce qu'elle honore ses engagements ayant force obligatoire envers le gouvernement du Canada.
Le 20 octobre, j'ai convoqué Jeff Hines, qui était alors PDG de Stellantis Canada, à une réunion à Ottawa, en compagnie de Vic Fedeli, ministre du Développement économique de l'Ontario, et de Lana Payne, présidente nationale d'Unifor.
Le 23 octobre, en compagnie du , j'ai annoncé une réduction de 50 % de la part annuelle du contingent admissible à la remise des droits de Stellantis. Ainsi, la part des véhicules exemptés des droits de douane de Stellantis est réduite de 50 % au Canada.
Le 30 octobre, je me suis rendue à Brampton pour rencontrer les femmes et les hommes courageux qui ont bâti l'épine dorsale de l'industrie automobile canadienne afin de leur faire savoir que nous nous battrons toujours pour eux.
Le 3 novembre, j'ai déclenché le processus officiel de règlement des différends, conformément aux contrats.
Aujourd'hui, le 4 décembre, j'annonce officiellement que nous signifions à Stellantis un avis de défaut, conformément aux contrats.
Lorsqu'il s'agit de protéger les emplois dans le secteur de l'automobile, nous ne laisserons pas tomber ces industries. Nous resterons fermes dans l'intérêt des travailleurs, des industries et de notre pays, car, en protégeant ces emplois, on protège aussi l'épine dorsale de l'économie du Canada et le gagne-pain d'innombrables familles.
Je vous ai parlé du premier pilier, qui vise la protection des emplois. Permettez-moi de vous parler du deuxième pilier, qui consiste à créer des emplois et, par extension, des industries.
Chaque crise offre une occasion, et nous devons agir avec audace, résolution et détermination. Même si nous savons que certaines choses échappent à notre contrôle, nous sommes en mesure de créer des emplois.
À l'heure actuelle, nous investissons dans la défense dans le cadre d'une stratégie industrielle de défense. Nous investissons également dans de grands projets partout au pays. Pendant ce temps, nous continuerons de nous assurer que nous pouvons répondre à notre demande d'acier, d'aluminium et de bois d'œuvre. Nous pouvons le faire, bien évidemment, grâce aux politiques d'achat au Canada et à la politique de logement que nous avons proposée.
Enfin, le troisième volet de notre plan consiste à rendre le Canada attrayant.
[Français]
Le troisième pilier du plan consiste à attirer des investissements et des talents, et nous avons déjà commencé à attirer des talents. Dans le budget, nous avons consacré 1,7 milliard pour attirer 1 000 nouveaux talents, 1 000 nouveaux chercheurs au Canada. Finalement, nous travaillons également pour attirer des investissements. C'est la raison pour laquelle j'ai été en mesure d'aller un petit peu partout en Europe et en Asie pour être capable d'attirer de nouveaux investissements et protéger les secteurs qui sont visés par les tarifs.
[Traduction]
Je me ferai un plaisir de répondre à vos questions. Bien entendu, j'ai déjà eu l'occasion d'avoir de nombreuses discussions à ce sujet au Comité permanent de l'industrie, des sciences et de la technologie et à la Chambre des communes et j'ai hâte d'en discuter avec vous.
Merci beaucoup.
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Merci, madame la présidente.
Je remercie les invités d'être ici.
Madame la ministre, je vous remercie d'être parmi nous aujourd'hui.
J'aimerais discuter avec vous des droits de douane américains. Je viens de la Beauce. Comme vous le savez, nous sommes à proximité de la frontière américaine. Nous traitons énormément avec les Américains, et les secteurs de l'acier et du bois, entre autres, sont attaqués de plein front par les droits de douane.
La semaine dernière, j'ai fait une tournée économique à Montréal et à Québec et, évidemment, en Beauce, la capitale de l'entrepreneuriat. Je suis un entrepreneur. Je connais les problèmes auxquels ces entrepreneurs sont confrontés, et je connais leurs préoccupations.
Madame la ministre, aucune de ces entreprises ne veut de l'argent du gouvernement. Elles veulent juste qu'on les aide à régler la crise avec les Américains. Où en êtes-vous? Qu'avez-vous à dire à ces gens?
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Merci, monsieur Groleau.
Étant moi-même une ancienne entrepreneure, je comprends ce que vivent présentement les entrepreneurs. Je le vois parce que, moi aussi, je fais des tournées un peu partout, certainement partout au Québec, puisque je suis responsable du développement économique régional partout au Québec, mais aussi partout au pays.
Une chose est claire: quand je rencontre les gens des secteurs touchés, je sais qu'il y a de l'anxiété, mais je sais aussi qu'ils savent que le président américain et l'administration américaine sont, somme toute, très imprévisibles. Ils savent que nous sommes là pour les aider à pivoter, parce que, peu importe la situation, il peut toujours y avoir de l'imprévisibilité. Nous savons que ce qui est le plus frustrant, en affaires, c'est la gestion des risques.
Cependant, le risque géopolitique est omniprésent présentement. C'est la raison pour laquelle nous offrons justement de l'aide, des liquidités. En même temps, nous essayons de contrôler ce que nous pouvons contrôler. J'ai rencontré plusieurs entrepreneurs de la Beauce, et ils m'ont dit qu'ils veulent pouvoir vendre plus de leurs produits au Canada, en Ontario, en Atlantique, et ailleurs au pays. Ils veulent pouvoir en vendre en France, dans l'Union européenne, en Asie.
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Merci, madame la présidente.
Madame la ministre, vous êtes une battante. On le sent dans vos paroles et dans la façon dont vous parlez de la protection des travailleurs. Je peux le sentir. Vous avez commencé votre déclaration en disant à quel point il est important de nous unir et d'adopter une approche du type « Équipe Canada ». C'est ce que j'entends partout, notamment dans ma collectivité, où on me dit: « J'aime que les libéraux, les conservateurs, le NPD, le Parti vert et tous les autres travaillent ensemble. »
Les gens comprennent l'ampleur de la menace et ils veulent voir tout le monde travailler ensemble. C'est impératif. C'est probablement le meilleur outil. Nous pourrions parler de la politique d'achat au Canada, du Fonds de réponse stratégique et de notre diversification, mais, le principal, c'est de garder les Canadiens unis dans une approche de type « Équipe Canada ». Il faut bien le comprendre. Je vous remercie du travail que vous faites à cet égard.
Vous allez en première ligne. Vous avez dit avoir rencontré Unifor et Lana Payne et avoir réuni les PDG et tous les autres à la table de négociation en sachant qu'il faut trouver la bonne solution, le bon accord.
Pouvez-vous nous dire comment vous procédez, comment vous vous y prenez pour rencontrer les intervenants de première ligne et comment vous faites passer le message?
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On s'y prend de diverses façons. Mon ministère travaille beaucoup en mode solution. De nombreuses entreprises — des entreprises et des entrepreneurs — s'adressent à nous pour obtenir de l'aide, parce qu'elles exercent leurs activités dans un secteur touché par les droits de douane, ou pour s'adapter, se réorienter ou investir. Les différences sont assez frappantes.
À l'heure actuelle, nous sommes le seul pays du G7 à n'avoir aucun droit de douane dans l'ensemble de son économie. Je reviens du Japon et de la Corée du Sud. Dans les deux cas, les droits de douane sont de 15 %. Comme on le sait, c'est le cas pour l'Union européenne, et le Royaume‑Uni est à 10 %.
Dans certains secteurs, les choses se passent bien et notre plan fonctionne. Comme je viens de le dire, 67 000 emplois ont été créés en octobre et 60 000 autres le mois précédent, en septembre. Cependant, dans les secteurs touchés par les droits de douane, les difficultés sont bien réelles. Nous fournissons de l'information à l'équipe de négociation sur les répercussions des droits de douane, par exemple, et sur les divers secteurs qui relèvent de nous. Ces secteurs sont nombreux, mais ils excluent ceux des ressources naturelles et de l'énergie.
C'est ainsi que le , le greffier, le chef de cabinet, le et Kirsten Hillman, notre ambassadrice aux États‑Unis, sont en mesure de négocier. Il s'agit essentiellement de renseignements sur le marché que nous fournissons aux négociateurs.
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Merci, madame la présidente.
Bonjour à tous. Je suis désolé de participer à cette réunion à distance, aujourd'hui, mais c'est une bonne nouvelle, car je suis dans ma circonscription.
Bonjour, madame la ministre. Je suis très honoré que vous soyez avec nous aujourd'hui. Il en va de même pour les autres témoins.
Je vais vous poser deux questions l'une après l'autre. Ensuite, je vous donnerai le temps d'y répondre.
Vous connaissez un peu mon historique. J'ai travaillé dans le domaine des banques pendant 20 ans, notamment dans le financement des entreprises. J'ai financé des entreprises de presque tous les secteurs de l'économie, et j'ai remarqué que, dans tous les secteurs, il y avait des hausses et des baisses, de façon un peu cyclique. Souvent, les meilleures entreprises investissaient quand ça allait mal dans leur domaine, puis, quand les choses repartaient à la hausse, elles étaient toujours les meilleures.
Je fais un lien entre ça et ce qu'on vit présentement. Ça va mal. Il y a des droits de douane. Tout le monde est d'accord pour dire que ce qu'on vit est extraordinaire. Cependant, pour plusieurs entreprises canadiennes, c'est peut-être l'occasion d'investir maintenant pour que, quand on sortira de cette crise, comme on l'espère, elles soient les meilleures dans le marché.
Ma première question est la suivante. Comment l'Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec peut-elle appuyer les entreprises au moyen de subventions ou d'investissements afin qu'elles profitent de cette période pour, entre autres, augmenter leur productivité?
Par ailleurs, comme vous le savez, je suis le député de Beauport—Limoilou. Le port de Québec est dans ma cour. De plus, vous étiez au Japon dernièrement. Or, je connais des gens au Japon qui me disent que les gens veulent faire des affaires avec nous, parce que c'est le temps de le faire. Je mets donc mon chapeau de député de Beauport—Limoilou, parce qu'il y a une infrastructure stratégique et des entreprises extraordinaires chez nous.
Ma deuxième question est donc la suivante. Comment peut-on faire profiter les entreprises de Beauport—Limoilou de notre infrastructure stratégique et des occasions d'affaires sur les marchés étrangers? Comment peut-on les faire travailler?
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Merci, monsieur Lavoie.
En ce qui concerne la première question, nous avons une panoplie de programmes d'aide. Le plus grand, bien entendu, est le Fonds de réponse stratégique, qui s'élève à 5 milliards de dollars. Ce fonds inclut l'ancien Fonds stratégique pour l'innovation. À l'origine, ce fonds servait à attirer des investissements, surtout de l'étranger, ou à aider des entreprises canadiennes à se réorienter et à s'adapter. Maintenant, on a décidé d'offrir aussi ce financement à des entreprises qui sont victimes des droits de douane. Ce fonds de 5 milliards de dollars est donc très important. Il permet à des entreprises du secteur de l'acier ou de l'aluminium, dont certaines sont près de Québec, de commencer à fabriquer de l'acier ou de l'aluminium qui va répondre aux besoins de l'intérieur, notamment en matière de défense. Ce n'est pas le cas présentement, parce que le modèle d'affaires du secteur de l'aluminium consiste actuellement à envoyer l'aluminium aux États‑Unis afin qu'il nous revienne transformé. Cela fait donc partie des discussions que j'ai avec les grands acteurs de l'aluminium, mais aussi avec les plus petites entreprises.
On aide aussi les entreprises, notamment dans le secteur de l'aluminium, à exporter leurs produits. Par exemple, l'aluminerie Alouette exportait 4 % de sa production vers l'Europe au premier quart. Au deuxième quart, elle y exportait 52 % de sa production. Donc, tout ça fait partie des programmes d'aide qu'on offre aux compagnies affectées par les droits de douane.
Ainsi, les grands acteurs ont accès au Fonds de réponse stratégique. Quant aux plus petits, ils ont accès à de l'aide de Développement économique Canada pour les régions du Québec. Il y a un fonds destiné aux petites et moyennes entreprises touchées par les droits de douane. Une partie de cette aide est non remboursable, parce que, en lien avec la question que M. Groleau m'a posée, on sait très bien que les petites entreprises ont parfois les reins un peu moins solides que les plus grandes. Pour le secteur du bois d'œuvre, d'autres programmes sont aussi offerts. J'en ai déjà parlé quand M. Savard‑Tremblay m'a posé des questions liées au bois d'œuvre.
Finalement, je dirais qu'il y a effectivement de l'intérêt pour le Canada à l'étranger. Le Canada a une très bonne réputation, surtout parce qu'il est vu comme un pays capable de bien gérer, malgré tout, la dynamique avec les Américains dans une situation très difficile. En effet, au sein des démocraties occidentales, la principale préoccupation est de savoir comment gérer l'administration américaine.
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Je vous remercie, madame la présidente et chers membres du Comité. Nous sommes heureux d'avoir l'occasion de comparaître devant vous.
Je m'adresse à vous aujourd'hui à titre personnel et non au nom de mon entreprise ou de clients spécifiques. Cela dit, mon point de vue est façonné par mon expérience, car je conseille des entreprises au sujet de la conformité concernant les chaînes d'approvisionnement, notamment des entreprises confrontées à des possibilités de détention de marchandises en raison de la présence possible de travail forcé dans leur chaîne d'approvisionnement.
Bien que je ne puisse pas commenter les détails de cas spécifiques, ces expériences m'ont permis de voir par moi-même certaines des difficultés que pose, du point de vue de l'application et de la conformité, la conception de notre législation actuelle, qui est fondée sur le classement tarifaire. Mes priorités: expliquer certains de ces défis et rappeler qu'il faut veiller à ce que les obligations des importateurs soient raisonnables et pratiques.
L'éradication du travail forcé et du travail des enfants dans les chaînes d'approvisionnement est un objectif important, mais, à l'heure actuelle, les importateurs ne bénéficient pas d'un soutien adéquat ni d'attentes claires quant à ce qu'ils doivent faire concrètement pour être en mesure d'importer en toute confiance des marchandises au Canada. Le Parlement a mis en œuvre l'interdiction d'importer des marchandises fabriquées en tout ou en partie par le travail forcé ou le travail des enfants en définissant ces marchandises comme des « marchandises prohibées » classées sous le numéro tarifaire 9897.00.00. Cependant, tandis qu'on cherche à régler les préoccupations concernant la présence de formes de travail interdites dans les chaînes d'approvisionnement, les règles et les obligations de conformité qui s'appliquent dans le contexte du classement posent des difficultés.
Le classement tarifaire est généralement analysé in rem, ce qui signifie qu'il est basé sur le produit lui-même, tel qu'il se présente au moment de son importation au Canada. Cela signifie, le plus souvent, qu'on peut examiner le produit et déterminer le classement approprié en se fondant sur ses caractéristiques physiques, sa composition matérielle ou sa fonction. Dans la plupart des cas, lorsque le classement tarifaire dépend de facteurs qui ne sont pas évidents quand on regarde le produit lui-même — par exemple, les articles qui peuvent bénéficier d'une exonération conditionnelle s'ils seront utilisés à certaines fins admissibles —, les règlements en matière de tenue de registres précisent explicitement quels documents sont requis pour prouver l'admissibilité.
La situation est toutefois différente quand il s'agit de déterminer s'il y a du travail forcé dans les chaînes d'approvisionnement. Cela nécessite des informations sur la production et sur l'approvisionnement en amont des matières premières et des composants, alors qu'il peut y avoir plusieurs étapes entre ceux‑ci et le produit final importé au Canada. Comme le mécanisme juridique utilisé est le classement tarifaire, cela peut donner lieu à des infractions de responsabilité stricte, qui ne tiennent pas toujours compte du caractère intentionnel ou non de la non-conformité, ni du caractère raisonnable ou non du fardeau lié à la conformité.
Les importateurs ne connaissent pas nécessairement tous les fournisseurs de leurs fournisseurs, et ils n'ont pas non plus accès à des informations fiables sur leurs pratiques en matière de travail. Il se peut que les informations relatives à la chaîne d'approvisionnement soient considérées confidentielles et sensibles sur le plan concurrentiel et que les fournisseurs en amont hésitent à transmettre des informations et des documents à leurs clients. Dans les faits, donc, la loi peut exposer les importateurs à des risques juridiques, y compris à des risques pénaux, pour des comportements qui leur sont invisibles ou pratiquement invisibles et sur lesquels ils n'ont que peu ou pas de contrôle ou d'influence. Nous avons pu observer cette tension à l'œuvre dans les premiers cas de détention.
L'ASFC décide de retenir certaines marchandises sur la base de renseignements confidentiels concernant le comportement présumé des parties de la chaîne d'approvisionnement ou d'allégations concernant une industrie ou la région géographique dans laquelle certaines marchandises sont produites. Les risques en question ne sont pas nécessairement liés au fournisseur immédiat avec lequel l'importateur entretient une relation directe, mais plutôt à un maillon plus éloigné de la chaîne. Si un membre de l'ASFC soupçonne que des marchandises ont été fabriquées à l'aide de travail forcé, il peut les détenir et demander à l'importateur de fournir, dans un délai de 30 jours, des informations et des documents sur l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement, jusqu'aux matières premières. L'ASFC n'est pas tenue de motiver la détention et, d'après mon expérience, elle ne divulgue pas quel élément de la chaîne d'approvisionnement a conduit à la décision de détenir les marchandises.
Étant donné la nature et l'étendue des renseignements requis, il peut être extrêmement long et coûteux pour les importateurs de retracer chaque étape de la production, jusqu'aux matières premières, pour chaque composant ou matériau de chaque produit importé au Canada. Pour ce faire, ils peuvent avoir besoin de documents qui ne sont pas en leur possession et qu'ils n'ont aucun droit légal ni aucun moyen commercial d'obtenir. Il peut s'agir de documents que les importateurs ne sont pas actuellement tenus de conserver en vertu de la réglementation en vigueur.
Certains importateurs peuvent avoir la capacité de prendre des mesures raisonnables pour renforcer leurs contrats et exiger des parties en amont de la chaîne d'approvisionnement qu'elles fournissent des informations, mais selon la nature de leurs activités et des marchandises concernées, il se peut qu'ils ne soient pas en mesure d'établir une chaîne de traçabilité menant jusqu'aux marchandises importées ou de se doter d'un programme de conformité assez vaste pour atteindre cet objectif.
Les options dont disposent les importateurs pour réduire formellement les risques de mesures coercitives avant une importation sont limitées, car, conformément à sa politique, l'ASFC ne rend pas de décisions anticipées concernant l'application du classement tarifaire lié au travail forcé et au travail des enfants. L'importateur supporte tout le fardeau de la diligence raisonnable de même que le risque juridique. En outre, à l'heure actuelle, l'ASFC ne publie pas les informations et les rapports d'enquête qu'elle utilise pour détenir des expéditions.
Je conclus en disant que, comme on ne donne pas aux importateurs canadiens la possibilité d'accéder à des informations sur les fournisseurs et les chaînes d'approvisionnement considérés à haut risque ni d'obtenir des conseils du gouvernement, les importateurs sont confrontés à un manque considérable d'information, et cette situation nuit à l'atteinte de l'objectif visé, qui est de réduire le travail forcé et le travail des enfants dans le monde entier.
Je suis heureuse que les membres du Comité envisagent diverses solutions à ces défis. J'ajouterai simplement que, si le gouvernement envisage d'établir une liste d'entités touchées par une présomption de refus, il sera très important de mettre en place une procédure équitable permettant aux parties prenantes de fournir des informations avant qu'elles soient inscrites sur la liste, et de leur donner la possibilité de faire appel des décisions et de demander à être retirées de la liste, en particulier si l'inscription est fondée sur des allégations non prouvées ou des preuves circonstancielles provenant de sources publiques.
Je vous remercie de me donner l'occasion de comparaître devant vous. Je répondrai à vos questions avec plaisir.
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Bonjour, madame la présidente, mesdames et messieurs les membres du Comité. C'est un honneur pour moi de m'adresser à vous cet après-midi et de répondre à vos questions concernant les chaînes d'approvisionnement canadiennes, le travail forcé et les importations connexes.
Comme c'était le cas pour ma collègue, mon témoignage d'aujourd'hui reflète mes points de vue personnels: je suis ici à titre individuel et non en tant que représentant de mon cabinet d'avocats, Gowling WLG, de ses clients ou de tiers. Je suis avocat en droit des affaires et établi à Toronto. Je travaille pour une grande variété de clients dont le siège social est situé au Canada, aux États‑Unis, en Europe et en Asie. Je travaille depuis plus de 10 ans sur des questions liées au travail forcé et au travail des enfants dans les chaînes d'approvisionnement, depuis un projet que j'ai lancé en 2015, qui portait sur la rédaction de principes commerciaux canadiens types sur le travail forcé, la traite des travailleurs et le travail illégal et préjudiciable des enfants avec l'Association canadienne des conseillers et conseillères juridiques d'entreprises. Ces principes ont été adoptés par l'Association du Barreau canadien en février 2016.
Au cours des prochaines minutes, je compte vous présenter certains éléments contextuels importants qui sous-tendent les témoignages présentés aujourd'hui. Je parlerai brièvement du travail forcé et de l'ampleur de l'exploitation des personnes qui se trouvent à l'extrémité des chaînes d'approvisionnement et qui sont nombreuses à n'avoir aucun moyen de s'en sortir.
Selon l'Organisation internationale du travail, l'OIT, 27,6 millions de personnes sont victimes du travail forcé, et leur exploitation rapporte des profits de quelque 236 milliards de dollars américains chaque année. Parallèlement, le travail des enfants touche près de 138 millions d'enfants dans le monde; 54 millions d'entre eux effectuent des travaux dangereux susceptibles de nuire à leur santé, à leur sécurité ou à leur moralité.
Je tiens à souligner que l'exploitation par le travail forcé est malheureusement considérée comme un problème qui évolue. À titre d'exemple, j'attire votre attention sur une publication récente de l'OIT. Le mois dernier, le 18 novembre, l'OIT a publié une édition révisée de son avis de 2012 concernant les indicateurs du travail forcé. Cette version révisée ajoute une nouvelle disposition concernant l'exploitation par le travail forcé, qui porte sur le travail forcé imposé par l'État.
Le travail forcé imposé par l'État peut prendre diverses formes, notamment le travail obligatoire employé comme moyen de coercition politique ou comme punition pour les personnes exprimant des opinions, politiques ou autres, qui sont contraires au système politique, social et économique établi. Ces indicateurs de travail forcé sont conçus pour aider les acteurs de première ligne, tels que l'Agence des douanes et de la protection des frontières des États‑Unis, à détecter de possibles victimes du travail forcé. À titre d'exemple, cette agence énumère les indicateurs pertinents du travail forcé dans chaque communiqué de presse annonçant un ordre de retenue de livraison.
Je m'en voudrais de ne pas mentionner la Loi sur la lutte contre le travail forcé et le travail des enfants dans les chaînes d'approvisionnement, qui, comme vous le savez, est entrée en vigueur le 1er janvier 2024. Je note que cette loi, qui comprend notamment une modification du Tarif des douanes afin d'interdire l'importation au Canada de marchandises extraites, fabriquées ou produites en tout ou en partie par le travail des enfants, impose aux institutions fédérales l'obligation de faire rapport, et qu'elle adopte une approche unique au monde pour lutter contre les risques de ce que beaucoup appellent l'esclavage moderne.
Au cours des deux premières années d'application de la loi sur les chaînes d'approvisionnement, les entités qui doivent faire rapport ont déposé près de 11 500 rapports qui font état des mesures qu'elles ont prises pour prévenir et réduire le risque de travail forcé et de travail des enfants dans les chaînes d'approvisionnement et les activités commerciales. À mon avis, ces mesures pourraient avoir un effet très positif dans le cadre de la lutte contre le travail forcé et le travail des enfants dans les chaînes d'approvisionnement. Je serais ravi d'en discuter plus en détail si vous le souhaitez.
Je vous remercie beaucoup de m'avoir permis de faire cette déclaration préliminaire.
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Merci, madame la présidente.
Bonjour à tous. Je suis ravi d'être ici aujourd'hui pour discuter de cet enjeu crucial qu'est le travail forcé. À l'instar de mes collègues, je vais vous faire part de mon point de vue personnel.
Je suis avocat chez Dentons Canada LLP. Depuis deux ans, je préside la section de droit international de l'Association du Barreau canadien, et j'ai été président de son groupe de travail sur les pratiques d'esclavage moderne. Cette expérience a façonné mon point de vue et m'a permis de discuter de cet enjeu avec des avocats de tout le pays.
Tout d'abord, je tiens à dire que je suis d'accord avec bon nombre des commentaires formulés par ma collègue Sabrina, qui a décrit de manière très détaillée le processus et les enjeux. Je n'ai pas l'intention de revenir sur ces points. Je pense qu'ils ont été bien établis.
Je concentrerai mon exposé sur deux points différents. Le premier concerne les interdictions existantes, et le second porte sur le projet de loi qui a été déposé et certaines des répercussions possibles.
Tout d'abord, en ce qui concerne les interdictions existantes, je m'attarderai sur l'application de la loi et la transparence. Je pense que le Comité a été bien informé des mesures d'application de la loi prises par l'ASFC et qu'il dispose des chiffres à ce sujet. Vous avez également parlé de transparence avec l'ASFC. Les chiffres relatifs à l'application de la loi parlent d'eux-mêmes. Le nombre de gestes posés par l'ASFC pour faire respecter la loi est plutôt limité. De plus, nous n'avons pas une vision réelle et transparente de ce à quoi ressemblent ces chiffres en temps réel, sauf au moment des comparutions devant le Comité, comme celles qui ont eu lieu la semaine dernière.
Toujours au sujet de la transparence et des chiffres, il faut noter que la transparence peut avoir un effet dissuasif. Quand les importateurs savent que l'ASFC cherche activement à repérer les problèmes de ce genre et que ces chiffres sont rendus publics, ces informations ont un effet dissuasif et encouragent la conformité. J'encourage le Comité à prendre ces chiffres vraiment au sérieux, car on nous demande souvent, en tant que conseillers juridiques, s'il y a eu des détentions de marchandises. Quand nous devons répondre que nous ne le savons pas et que rien n'est rendu public, cette réponse ne favorise pas le respect de la loi ni la conformité à propos de ces enjeux importants.
Deuxièmement, en ce qui concerne les lignes directrices, je pense que ce comité sait bien qu'il existe des lignes directrices sur le travail forcé qui ont été initialement publiées par l'ASFC en 2021. Nous attendons toujours la version finale. En janvier dernier, le groupe de travail sur l'esclavage moderne de l'Association du Barreau canadien a présenté ses conclusions à l'équipe spéciale travaillant sur l'esclavage moderne, mais nous n'avons jamais reçu de réponse. Il est important de faire appel à des experts pour les enjeux de ce genre, et nous pensons pouvoir y apporter une contribution significative.
À ce sujet, je tiens à souligner que, dans le cas de la loi sur les chaînes d'approvisionnement, le projet de loi , l'expérience que nous avons avec Sécurité publique Canada est différente. Mon collègue Stephen et moi-même faisons partie du groupe de conseillers externes qui a été formé. Essentiellement, le ministère a sollicité non seulement notre opinion à titre individuel, mais aussi celle d'un grand nombre d'avocats de l'ensemble du pays. Ces démarches ont donné des résultats positifs; elles ont notamment mené à une révision importante du document d'orientation de Sécurité publique Canada, révision qui a réglé bon nombre des préoccupations, tant juridiques que pratiques, de la communauté des importateurs.
Après ces commentaires préliminaires sur l'état actuel de l'interdiction d'importation, j'aurais maintenant quelques observations au sujet du projet de loi , qui créerait une présomption réfutable.
Tout d'abord, notre expérience avec la loi sur les chaînes d'approvisionnement nous a appris qu'il est essentiel que la loi et les lignes directrices soient claires. C'est un élément qui manquait quand le projet de loi est entré en vigueur. Il n'y avait pas de directives solides pour répondre aux préoccupations de la communauté des déclarants. Si le nouveau projet de loi continue d'avancer dans le processus parlementaire, la clarté et les directives doivent être au rendez-vous. Nos homologues du Sud disposent de documents d'orientation très clairs sur ce qui est attendu des importateurs; ils précisent notamment les documents que les importateurs doivent détenir et les normes qu'ils doivent respecter. La loi est bonne telle qu'elle est rédigée, mais elle doit être complétée par une réglementation ou des directives très claires.
La question de savoir si nous avons besoin de plus de mesures législatives reste ouverte. Je pense que le Canada a parfois tendance à légiférer pour régler des problèmes d'application de la loi, mais je laisse au Comité le soin d'en discuter.
Deuxièmement, examinons quelle incidence un tel projet de loi pourrait avoir. À mon avis, cette incidence pourrait être triple.
Tout d'abord, la mesure prévue inciterait probablement les grands importateurs à réexaminer comment ils traitent la conformité et la diligence, ce qui pourrait être une bonne chose, puisqu'elle pourrait les amener à renforcer leurs contrôles internes. Beaucoup de gens qui importent à la fois au Canada et aux États-Unis sont déjà passés par ce processus, mais je pense qu'il se produirait de nouveau ici.
En deuxième lieu, l'ASFC aurait clairement pour mandat d'examiner des envois supplémentaires. Le nombre d'enquêtes augmenterait probablement, ce qui pourrait être une bonne chose.
En troisième lieu, il faudrait examiner comment la loi, la loi potentielle ou le projet de loi interagiront avec les articles 15 et 155 de la Loi sur les douanes, qui imposent l'obligation concrète de divulguer le fait que vous avez des marchandises issues du travail forcé en votre possession ou pourriez en avoir connaissance. De plus, si vous êtes en possession de telles marchandises, vous vous exposez à une sanction. Quel effet la création d'une présomption légale aurait-elle sur ces obligations, non seulement pour les importateurs, mais aussi pour les entreprises canadiennes ordinaires en aval de la chaîne?
Je m'en tiendrai là pour l'instant, mais je me ferai un plaisir de répondre à vos questions.
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Merci, madame la présidente.
Je remercie également les témoins de leur présence et de leurs présentations.
Monsieur Stephenson, vous avez mentionné le projet de loi que j'ai déposé, c'est-à-dire le projet de loi . J'apprécie toutes les mises en garde que vous faites. Évidemment, dans tout projet de loi, il faut se donner les moyens. Je suis d'accord là-dessus.
Éventuellement, si on réussit à faire passer le projet de loi à une autre étape, ça devient l'occasion, en comité, de voir ce qu'il y a à améliorer. Cependant, je crois que l'intention fondamentale de l'inversion du fardeau de la preuve est bonne.
Votre préoccupation porte-t-elle strictement sur le volet légal? Vous l'avez regardé aussi, j'imagine. Vous sembliez dire que le changement à la loi était souhaitable. Vous avez même dit que c'était très bien, mais qu'il fallait donner les moyens nécessaires à l'Agence des services frontaliers du Canada et, bien sûr, s'assurer que des listes et des guides sont constamment remis.
Trouvez-vous que l'intention du projet de loi a du sens?