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Je déclare la séance ouverte.
Bienvenue à la 32e réunion du Comité permanent du commerce international. Je souhaite la bienvenue à nos témoins.
Conformément au paragraphe 108(2) du Règlement et à la motion adoptée par le Comité le jeudi 12 février 2026, le Comité reprend son étude des relations commerciales entre le Canada et l'Afrique du Nord et de l'Ouest.
Nous accueillons aujourd'hui, à titre personnel, Thierry Warin, professeur titulaire à HEC Montréal. De l'African Union Sixth Region Global, nous recevons Macaulay Kalu, secrétaire général. Du Centre de recherches pour le développement international, nous avons Marie-Gloriose Ingabire, directrice régionale, Afrique centrale et de l'Ouest, par vidéoconférence, et Erin Tansey, directrice de programme, Économies durables et inclusives.
Bienvenue à vous tous à cette étude très importante.
Nous allons donner la parole à nos intervenants.
Monsieur Warin, je vous invite à faire une déclaration liminaire de cinq minutes maximum, s'il vous plaît.
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Madame la présidente, mesdames et messieurs les membres du Comité, je vous remercie de m'avoir invité à contribuer à vos travaux sur un enjeu important pour le Canada: le commerce du Canada avec l'Afrique du Nord et de l'Ouest.
Je suis Thierry Warin, professeur de sciences des données pour les affaires internationales à HEC Montréal et fellow au CIRANO.
Le Canada est une économie ouverte, mais c'est aussi une économie qui évolue à proximité immédiate du plus grand marché du monde, celui des États-Unis. Parler de commerce avec d'autres régions, c'est aussi parler du commerce avec les États-Unis aujourd'hui.
Si on mobilise les cadres théoriques, on pourrait être tenté d'opposer deux modèles explicatifs classiques. D'un côté, celui qu'on appelle Heckscher-Ohlin-Samuelson — je suis désolé, je suis un professeur —, qui insiste sur les dotations factorielles et la spécialisation. De l'autre, le modèle de gravité, qui explique les flux commerciaux par la taille des économies et surtout par la distance.
Dans le cas du Canada, il est assez clair que c'est le modèle de gravité qui domine empiriquement, mais cette dominance n'implique pas que l'allocation des flux soit optimale. Elle reflète aussi des frictions, notamment des asymétries d'information.
C'est ici qu'il faut faire un pas de côté et considérer la science des données. Ce ne sont pas les pays qui commercent, ce sont les firmes. Les décisions d'exporter ou d'importer ne sont pas prises au niveau agrégé, mais au niveau des entreprises, avec des contraintes très concrètes: information imparfaite, coûts de prospection, incertitude sur les partenaires, difficulté à identifier les bons intrants et les bons débouchés.
Dans ce contexte, la concentration géographique observée vers les États-Unis est en partie le résultat d'un arbitrage rationnel face à l'incertitude. Toutefois, elle peut aussi masquer des occasions inexploitées.
La vraie question n'est plus seulement de savoir avec qui commercer, mais quels produits, quels intrants et dans quelles chaînes de valeur. C'est dans cette perspective qu'il faut comprendre la diversification vers l'Afrique. La diversification ne consiste pas simplement à ajouter des partenaires, elle consiste à identifier de manière précise les produits finaux ou les intrants pour lesquels il existe une complémentarité réelle. Quand on regarde maintenant les chiffres, quatre éléments structurants apparaissent.
Au premier point, en matière de volume, le commerce Canada-Afrique reste effectivement modeste et sa dynamique diffère selon les sous-régions. Avec l'Afrique du Nord, le commerce total est passé d'environ 3,8 milliards de dollars en 2015 à 4,7 milliards en 2024. En Afrique de l'Ouest, la dynamique est d'une autre nature. Le commerce total a nettement augmenté de 2,5 milliards à un peu plus de 5,8 milliards en 2024. Cette progression est entièrement tirée par les importations canadiennes.
Au deuxième point, la concentration géographique est particulièrement marquée. En Afrique du Nord, trois pays, soit l'Algérie, le Maroc et l'Égypte, concentrent effectivement l'essentiel des exportations canadiennes, avec des parts cumulées supérieures à 90 % selon les années. En Afrique de l'Ouest, la concentration est encore plus forte du côté des importations. En 2024, le Nigeria, la Mauritanie et la Côte d'Ivoire représentent plus de 90 % des importations canadiennes en provenance de la région. On est donc face à des structures commerciales dominées par un nombre très restreint de partenaires, ce qui introduit potentiellement des dépendances fortes.
Au troisième point, la concentration par produits est extrême dans le cas des importations canadiennes en provenance de l'Afrique de l'Ouest. En 2024, les trois premiers chapitres représentent plus de 93 % de ces importations, dominées par les combustibles minéraux, les métaux précieux et le cacao. À l'inverse, les exportations canadiennes sont un peu plus diversifiées, mais restent concentrées. En Afrique du Nord, les trois premiers produits représentent encore environ 63 % des exportations canadiennes et les cinq premiers, près de 78 %. On est donc dans des configurations où quelques produits structurent l'essentiel des flux aujourd'hui.
Au quatrième point, en matière de spécialisation, le Canada exporte majoritairement des produits végétaux, en particulier des céréales, ainsi que des intrants comme les engrais et, dans certains cas, de l'équipement. En face, les importations canadiennes sont dominées par des produits primaires: énergie, minerais, produits agricoles spécifiques ou intrants. Cette dissymétrie est robuste, même si sa forme exacte varie selon les pays. Elle traduit une organisation verticale des échanges, plutôt qu'un commerce intrasectoriel.
Enfin, si l'on combine ces éléments, on peut identifier plusieurs configurations de commerce. Un corridor agroalimentaire avec l'Afrique du Nord, relativement diversifié et reposant sur des complémentarités agricoles; un corridor énergétique avec l'Afrique de l'Ouest, fortement concentré autour du Nigeria et caractérisé par une dépendance aux combustibles; et des corridors d'intrants industriels, notamment avec le Maroc ou certains partenaires ouest-africains.
Ce que cela signifie, au fond, c'est que la diversification vers l'Afrique ne peut pas être pensée uniquement en termes de géographie. Elle doit être pensée en termes de structures de flux, de produits et de chaînes de valeur. C'est précisément là que la science des données devient déterminante. Elle permet d'identifier, à un niveau fin, les complémentarités pertinentes, celles qui ne sont pas visibles, lorsqu'on reste à un niveau agrégé.
Je vous remercie de votre attention et serai heureux de répondre à vos questions.
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Monsieur le président et honorables membres du Comité permanent du commerce international, merci de m'accorder cette occasion.
Je me tiens devant vous au nom de l'African Union Sixth Region Global, la voix constitutionnelle de plus de 300 millions d'Africains de la diaspora, officiellement reconnue au sein du système de l'Union africaine. Nous ne sommes pas une partie prenante externe. Nous sommes un pont institutionnel reliant directement le Canada à l'une des transformations économiques les plus importantes de notre époque: la zone de libre-échange continentale africaine.
Il ne s'agit pas d'une occasion future. C'est une réalité présente. C'est un marché unique de 1,4 milliard de personnes, avec un PIB combiné de 3,4 billions de dollars, et un continent qui s'intègre plus rapidement que beaucoup ne l'avaient prévu, mais le Canada reste en marge. Alors que des concurrents comme la Chine, l'Union européenne, les États-Unis et la Turquie agissent avec rapidité, organisation et intention stratégique, le Canada continue d'hésiter. Dans le commerce mondial, l'hésitation n'est pas de la neutralité. C'est de l'absence.
Permettez-moi d'être un peu direct dans ma présentation. Le plus gros risque pour le Canada en Afrique n'est pas la concurrence. C'est le manque de pertinence. L'exemple canadien du Québec nous enseigne une leçon particulièrement convaincante. Le Canada détient déjà la réponse en son sein. Prenons le cas du Québec. Le Québec n'a pas attendu que les conditions soient parfaites. Il a agi en mettant en œuvre sa stratégie pour l'Afrique.
Il a déployé une approche ciblée, bien financée, pangouvernementale et ancrée dans la diplomatie économique, l'éducation et les partenariats culturels et institutionnels. Il a établi des bureaux permanents à Dakar, Abidjan et Rabat. Il a mené des missions commerciales ciblées dans toute l'Afrique du Nord occidentale. Il a établi des partenariats structurés avec des institutions telles que la fédération du secteur privé marocain. Le résultat est le suivant: accès, influence, confiance et accords. La stratégie du Québec illustre une vérité simple, mais puissante: une stratégie, ce n'est pas ce que l'on annonce, c'est ce que l'on met en œuvre.
Examinons ici la norme mondiale. À quoi ressemble la réussite chez les acteurs mondiaux qui s'imposent en Afrique? Elle obéit à ces trois principes constants: présence, partenariat et rapidité.
L'Union européenne investit par le biais d'initiatives structurées de Global Gateway, la Chine déploie des capitaux grâce à une diplomatie coordonnée en matière d'infrastructures et la Turquie établit des corridors commerciaux par un engagement agile auprès des PME. Ces acteurs n'attendent pas d'avoir des certitudes. Ils renforcent leur influence par l'action. Comme le rappelle le proverbe, le meilleur moment pour planter un arbre, c'était il y a 20 ans; le deuxième meilleur moment, c'est maintenant.
En ce qui concerne la réalité stratégique, permettez-moi de vous donner un exemple concret. Le projet Simandou en Guinée est l'un des plus grands projets d'exploitation de minerai de fer au monde. Malgré des affinités linguistiques, juridiques et historiques, le Canada n'a obtenu qu'un rôle mineur, non pas par manque de capacités, mais par manque de stratégie coordonnée. Ce n'est pas un cas isolé. C'est une tendance.
Examinons cette occasion et une approche plus intelligente. Le Canada n'a pas besoin de dépenser plus que ses concurrents mondiaux. Il doit les surpasser en matière de stratégie, et cela commence par tirer parti de son atout le plus sous-utilisé: la diaspora africaine, ou la sixième région. Nous ne sommes pas des observateurs. Nous sommes des investisseurs. Nous sommes des facilitateurs et des médiateurs culturels. Nous réduisons les risques, accélérons l'entrée sur le marché et instaurons la confiance. Comme nous le rappelle un principe de leadership, la rapidité est la nouvelle monnaie de la confiance. En Afrique aujourd'hui, la confiance se gagne par la présence, le partenariat et le rendement.
En tant que voie pratique pour aller de l'avant, ce chemin n'est pas compliqué. Il est ciblé. Plutôt que de disperser ses ressources dans 55 pays, le Canada doit adopter une stratégie en étoile. Il doit s'implanter dans des marchés clés comme le Nigeria, l'Afrique du Sud et le Maroc, et utiliser ces pôles pour s'étendre vers des blocs régionaux comme la CEDEAO et la SADC. Produire des résultats mesurables dans un délai de 12 à 24 mois, et non dans 10 ans. Ce n'est pas de la théorie. C'est de l'action.
Examinons maintenant la conclusion.
Honorables députés, l'Afrique ne demande pas la charité. Elle propose un partenariat.
Le Canada ne manque pas de capacités. Il manque d'une urgence coordonnée, et l'histoire est claire. Les nations qui agissent tôt définissent les règles. Celles qui tardent les suivent. La fenêtre est ouverte, mais elle se referme. La sixième région de l'Union africaine est prête. La diaspora est prête. Les possibilités sont réelles, et le Canada doit maintenant décider: va‑t‑il observer cette transformation ou va‑t‑il contribuer à la façonner?
Notre stratégie consiste à déployer une approche ciblée, bien financée, pangouvernementale et ancrée dans la diplomatie économique, l'éducation, la culture et les partenariats institutionnels. Il faut établir un bureau permanent sur le modèle de ce qu'a fait le Québec, et mettre en place des structures dans toute la région.
Une fois encore, je tiens à vous remercier de cette occasion. Je me ferai un plaisir de répondre à vos questions.
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Je vous remercie beaucoup, madame la présidente et les membres du Comité, de donner l'occasion à ma collègue et moi de prendre la parole devant vous aujourd'hui.
Notre institution, le Centre de recherches pour le développement international, ou CRDI, soutient des recherches appliquées qui sont menées à l'échelle locale afin de mieux comprendre les défis d'élaborer des solutions adaptées et de contribuer à l'élaboration de politiques publiques qui sont solides dans de nombreux domaines.
En tant que société d'État, le CRDI joue un rôle distinct et stratégique dans l'engagement international du Canada, avec déjà plus d'une cinquantaine d'années d'expérience dans l'appui à des partenariats d'innovation à l'échelle mondiale, notamment sur le continent africain et dans les pays de la francophonie, où le Canada entretient des relations étroites avec des leaders du savoir.
Comme vous le savez, le contexte commercial de l'Afrique connaît des transformations rapides. Les pays font face à la fragmentation du commerce mondial, à la montée des rivalités géopolitiques, ainsi qu'aux pressions liées au climat et aux avancées technologiques. Ces facteurs redéfinissent la manière dont les économies africaines participent aux marchés mondiaux, ainsi que la répartition des retombées du commerce.
En réponse à ces transformations, l'intégration à l'échelle continentale et régionale s'est imposée comme une orientation stratégique majeure. La Zone de libre-échange continentale africaine, également connue sous le nom ZLECAf, témoigne d'un mouvement vers les marchés davantage harmonisés et encadrés par des règles communes. [Difficultés techniques]
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Merci beaucoup, madame la présidente.
Je peux reprendre là où Mme Ingabire s'est arrêtée, car j'ai ses notes sous les yeux.
[Français]
Afin de mieux comprendre où se situent les possibilités commerciales et les raisons pour lesquelles elles demeurent souvent inexploitées, le CRDI a mené des études exploratoires propres à différentes régions. Rédigées par des spécialistes ancrés dans les contextes locaux et intégrant des perspectives nord-africaines, australes et panafricaines, ces analyses examinent les facteurs structurels et institutionnels qui influencent les résultats des échanges commerciaux entre le Canada et l'Afrique. Elles mettent en évidence les principales lacunes en matière de connaissances qu'il est nécessaire de combler pour garantir que le commerce est mutuellement avantageux et qu'il contribue à un développement inclusif et durable. Elles soulignent également des possibilités émergentes susceptibles d'être exploitées, à condition que des conditions favorables soient réunies.
[Traduction]
Je vais maintenant poursuivre ce que j'allais dire.
J'espère que je vous ai bien représentée, madame Ingabire.
En Afrique de l'Ouest, les possibilités mises en évidence portent notamment sur le renforcement des chaînes de valeur régionales dans les domaines de l'énergie, de la transformation agroalimentaire, de la logistique et des services soutenus par le numérique. Dans ces secteurs, la demande du marché est en expansion, tandis que les mécanismes de coordination et d'harmonisation des normes sont appliqués de manière inégale. En Afrique du Nord, les efforts de diversification de l'économie, la transition vers des industries moins émettrices de carbone et l'élargissement des services au‑delà des secteurs traditionnels créent de nouvelles possibilités de partenariats, notamment dans les domaines des énergies renouvelables, des infrastructures vertes, des technologies propres, de l'éducation et des services financiers. Dans l'ensemble des deux régions, le commerce numérique, les systèmes de paiement interopérables et le développement des compétences s'imposent comme des priorités transversales susceptibles de réduire les coûts, d'élargir l'accès aux échanges et de favoriser une intégration plus approfondie aux marchés régionaux et internationaux.
Les résultats de la recherche indiquent que la mise en œuvre complète de ces possibilités commerciales repose avant tout sur une collaboration à l'échelle des systèmes, plutôt que de solutions isolées ou limitées à l'échelle des entreprises. En bref, il convient de créer un écosystème et un environnement d'affaires favorables à l'investissement et à l'engagement des entreprises canadiennes. Le bon fonctionnement des marchés régionaux repose sur une coordination étroite entre de multiples parties prenantes, notamment les gouvernements, les autorités de réglementation, les chambres de commerce et les associations professionnelles. Cette collaboration est essentielle pour harmoniser les cadres réglementaires, réduire la fragmentation et créer des environnements opérationnels favorables à la croissance et à l'intégration des entreprises. Ces facteurs influencent à la fois, qui peut prendre part aux échanges commerciaux et dans quelles conditions, tout en ayant une incidence directe sur la capacité des entreprises canadiennes à accéder aux marchés africains ou à y accroître leurs activités.
C'est dans ce contexte que la recherche pour le développement devient un outil concret au service du commerce. Le CRDI favorise la concertation entre les acteurs régionaux et fait le lien entre les orientations stratégiques en matière de politiques publiques et des données probantes issues des contextes locaux, afin d'éclairer les décisions liées à la mise en œuvre et à l'investissement. À titre d'exemple, des équipes de recherche soutenues par le CRDI mettent à l'essai des instruments opérationnels de la Zone de libre-échange continentale africaine, ou ZLECAf, afin d'analyser le fonctionnement concret de ses dispositions.
Le Centre de droit du commerce, qui est en fait basé en Afrique du Sud, mène une analyse juridique et réglementaire du protocole de la ZLECAf relatif aux femmes et aux jeunes dans le commerce, dans le but de produire des données probantes permettant de renforcer les capacités des institutions chargées des douanes, des normes et de la facilitation des échanges, notamment grâce à la collecte de données ventilées selon les échanges commerciaux, les entreprises et le genre. Le CRDI soutient également la création d'alliances stratégiques, l'assistance technique et la mise à l'essai de mécanismes de financement novateurs destinés à améliorer la capacité des petites et moyennes entreprises africaines au commerce international. Ces initiatives contribuent à créer des conditions favorables à l'engagement d'institutions telles que FinDev et d'autres qui investissent dans la région.
Je vous laisse avec trois points à retenir. La recherche menée localement joue un rôle déterminant dans la mise en valeur des possibilités de diversification stratégique des échanges commerciaux du Canada. La mise en œuvre d'un commerce inclusif favorise une performance accrue des marchés, des chaînes d'approvisionnement plus résilientes et des retombées commerciales plus durables et mutuellement avantageuses. Les investissements dans les données probantes, le renforcement institutionnel et la coopération réglementaire constituent un complément essentiel aux mécanismes traditionnels de promotion du commerce.
En résumé, le renforcement de relations commerciales mutuellement avantageuses avec l'Afrique du Nord et l'Afrique de l'Ouest repose sur la mobilisation de données probantes et de partenariats afin de consolider les systèmes de marché et de réduire les obstacles tarifaires et non tarifaires à la participation. Des institutions comme le CRDI...
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Vous soulevez plusieurs points.
Le commerce qui existe aujourd'hui est établi: nous exportons surtout des produits végétaux vers certains pays d'Afrique du Nord et d'Afrique de l'Ouest.
Le commerce et l'infrastructure de transport, ce sont deux choses reliées. Souvent, les experts en commerce international oublient qu'il faut transporter le commerce. Il faut s'assurer que les infrastructures, les nôtres et celles des pays destinataires, sont en place.
Le Maroc investit notamment dans un nouveau port. Chez nous, il faut savoir quels produits vont augmenter. Comme on l'a dit, le continent africain compte 1,4 milliard d'habitants. Sa population va doubler dans les prochaines décennies, probablement d'ici à 2050; en tout cas, elle va atteindre un nombre important. C'est probablement un marché qui a besoin de nouvelles ressources, comme de l'infrastructure. Ça, il va falloir le transporter, si nous sommes partenaires de ce développement.
En résumé, il nous est nécessaire de faire une compilation de ce qui est intéressant à envoyer sur le continent africain. Je vais parler pour le Québec, d'où je viens: ça peut exiger une amélioration des capacités à Mirabel pour des produits qui se transportent de façon aéroportuaire ou une amélioration des capacités portuaires, notamment à Contrecœur, pour ne mentionner que ce projet.
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C'est très intéressant.
Vous avez dit « transporter le commerce ». À ce que je sache, les États‑Unis sont encore à côté de chez nous, même si on mène une guerre tarifaire. Géographiquement, ils n'ont pas déménagé, ils sont à la même place.
En fin de semaine, le a déclaré quelque chose, et j'en ai été un peu assommé. Il a dit que notre relation avec les États‑Unis était une faiblesse. Les États‑Unis sont notre plus grand partenaire économique et, à mon avis, ils le seront toujours.
Quelle est votre position sur notre relation avec les États‑Unis? Vont-ils toujours rester notre partenaire principal, selon vous?
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Il s'agit de questions difficiles, alors je vais me comporter comme un chercheur.
En fait, 30 % du produit intérieur brut du Canada résulte des exportations, ce qui veut dire que 70 % sont chez nous. Parmi ces 30 %, 75 ou 76 % vont vers l'économie des États‑Unis.
J'ai parlé du modèle de gravité, parce qu'on a tendance à penser que le commerce international se fait d'un pays vers un autre. En réalité, prenez le Québec, l'Ontario et les 8 États américains autour des Grands Lacs et du Saint-Laurent — le Saint-Laurent est une autoroute du commerce. Si ce territoire était un pays, il serait la troisième économie mondiale. Ça nous permet de réaliser à quel point c'est non seulement du commerce, mais aussi une économie intégrée.
Comme je le disais, tout ce que nous faisons ensemble n'est pas optimal. Ce n'est pas parce que nous faisons des affaires ensemble que c'est optimal dans tous les secteurs et pour tous les produits.
Au Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations, il y a un projet appelé « GVCdtLab ». Il s'agit d'un projet de jumeaux numériques économiques qui nous donnent ces données en temps réel. Nous sommes donc à peu près capables de vous dire quels sont les produits pour lesquels on devrait trouver d'autres partenaires que l'ami avec lequel on a un jour tapé dans la main aux États‑Unis, à Chicago. Grâce à l'avantage comparatif du coût, nous sommes capables de mesurer d'autres endroits sur la planète, où on pourrait trouver des amis qui seraient prêts à payer plus cher pour ce produit qu'on vend aujourd'hui à un partenaire, aux États‑Unis.
Nous pouvons faire cette cartographie, nous pouvons nous diversifier efficacement et rendre plus optimales nos relations partenariales avec les entreprises des États‑Unis et avec d'autres entreprises sur la planète. Étrangement, ça veut aussi dire que nous sommes en train de rendre plus optimale notre relation avec les États‑Unis.
Pour revenir à votre première question, à savoir si la relation du Canada avec les États‑Unis est une faiblesse et si nous pouvons quitter ce partenariat, la réponse scientifique serait non. À savoir s'il s'agit d'une faiblesse, je dirais que nous pouvons, en fait, en faire une force et rendre notre relation plus optimale qu'elle ne l'est aujourd'hui.
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Je vous remercie de la question.
En fait, ce sont les entreprises qui font le commerce et c'est nous, sur le plan universitaire, et les agences du gouvernement qui collectons les données et les agrégeons pour un pays. Donc, comme professeur, je vous enseigne que le commerce est entre le Canada, les États‑Unis, notamment. En réalité, le commerce est d'abord fait par les entreprises. C'est une entreprise qui décide d'envoyer des produits ou d'utiliser des ressources à un autre endroit sur la planète pour améliorer sa productivité. Globalement, ça améliore la productivité d'un pays.
Comment est-ce qu'une entreprise décide d'aller à l'étranger pour aller chercher des ressources ou pour exporter des produits finis? Jusqu'à aujourd'hui, c'est décidé par des humains. On va donc aller à des foires, utiliser les services des délégations ou des ambassades, notamment, pour avoir de l'information. On réduit donc ce qu'on appelle les asymétries d'information. On optimise, finalement, mais on est quand même encore dans des biais statistiques, parce qu'on n'a pas une information parfaite, une information complète. Est-ce que cette personne avec qui je signe un contrat est vraiment la meilleure? Est-ce que l'accord que j'ai conclu est vraiment le meilleur? Est-ce que c'est le plus haut prix que je peux obtenir?
Aujourd'hui, grâce aux techniques d'intelligence artificielle, à la science des données, on est capable de savoir, par exemple — je parlais de pièces automobiles, j'entendais des autobus —, si on ne devrait pas plutôt les vendre à la Norvège, en intégrant les coûts de transport. Par contre, est-ce que le port de Montréal est capable de faire ça? Donc, il y a d'autres questions qui sont soulevées.
Aujourd'hui, effectivement, on est capable de réduire ce bruit, ce brouillard des guerres commerciales. On est capable de réduire tout ça grâce à des techniques d'intelligence artificielle et à la collecte des données. Ça veut dire qu'on est aussi capable de savoir aujourd'hui lesquels de nos produits peuvent être vendus à meilleur prix ailleurs qu'aux États-Unis, pas juste parce qu'on pense que c'est négatif ou qu'il y a un risque politique, non, mais parce qu'on peut faire plus d'argent si ce produit va à un autre endroit sur la planète. On est aussi capable de savoir qu'on n'est peut-être pas les meilleurs partenaires non plus quant à certains produits pour les États‑Unis. Donc, ce sont des choses qui seront intéressantes à observer cette année en juillet.
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En fait, ce qui se passe, c'est qu'on parlait beaucoup des circuits courts dans les considérations de développement durable. C'est un discours qui a un petit peu changé à la suite de la dernière élection aux États‑Unis, notamment. Maintenant, il ne faut pas l'abandonner.
On peut maintenant aussi intégrer les coûts de transport et savoir s'il y a d'autres marchés — je vous ai donné l'exemple de la Norvège —, mais il faudrait aussi internaliser les externalités négatives. Il serait intéressant de savoir si on peut mettre un prix à nos chaînes d'approvisionnement, et ainsi de suite. Est-ce que ça pourrait permettre aussi à notre commerce d'être encore plus optimal dans cette perspective de développement durable, qui est assez naturelle?
Je suis un professeur de méthodologie, et je dirais qu'on est capable aujourd'hui de répondre à des questions qui, auparavant, reposaient sur des hypothèses implicites: le marché va s'adapter; si jamais mon partenaire aux États‑Unis n'est pas le meilleur, j'en trouverai un autre qui sera meilleur. Non. Il y a beaucoup de résilience, il y a beaucoup de résistance, en fait, et d'inélasticité là-dedans.
Aujourd'hui, le gouvernement, les agences gouvernementales — j'entendais aussi les représentants des délégations du Québec le dire — et les agences dans les ambassades du Canada sont là et ils ont et auront des outils de plus en plus performants pour optimiser notre commerce.
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Effectivement, il y a le modèle augmenté et les questions de distance géographique, mais aujourd'hui, j'aimerais aussi revenir sur les distances informationnelles. À nouveau, le commerce est fait essentiellement par des entrepreneurs. Ils reçoivent des informations par Internet, par des amis, par des membres des diasporas, par tout leur réseau, et ils vont décider de faire des affaires avec quelqu'un d'autre ailleurs sur la planète. Aujourd'hui, 76 % du temps, ça se fait avec des partenaires qui partagent une langue ou un système juridique fort, par exemple. Ça s'est fait naturellement.
Le Canada est dans une position particulière, parce que nous sommes les voisins de la première puissance économique mondiale. Donc, naturellement, notre commerce s'est orienté de cette façon. Ça ne veut pas dire qu'il est optimal, comme je vous le disais. Il y a plein d'autres endroits et, en fait, on devrait encore augmenter ce modèle et le raffiner avec les données auxquelles nous avons accès.
C'est la raison pour laquelle, aujourd'hui, dans mes recherches, je ne parle plus de gravité. Je parle de science des données, qui permet de savoir quelles entreprises sont plus intéressantes pour nous que l'état actuel de notre commerce, et l'endroit où elles se trouvent. Aujourd'hui, en 2026, on utilise des techniques d'intelligence artificielle. Ça a vraiment changé nos perspectives sur le commerce et le transport.
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Merci, madame la présidente.
Je remercie les témoins d'être ici aujourd'hui.
Continuons sur cette voie, monsieur Warin. Vous avez parlé de gravité, de firmes, d'intrants et de valeur. J'ai noté ces mots. C'est sûr que les firmes vont chercher la facilité, à la base. Pourquoi faire 2 000 kilomètres si on peut en faire 200? On diminue les risques, les coûts, et ainsi de suite. C'est normal.
On parle beaucoup des entreprises. Quand une entreprise veut diversifier ses activités, elle va souvent diversifier ses fournisseurs ou ses clients. Ainsi, si elle perd un fournisseur ou un client, l'impact est moins important.
Selon vous, tout ce qui se passe avec nos voisins du sud — je pense aux droits de douane, entre autres — n'a-t-il pas mis en lumière un besoin de diversifier les pays avec qui nous faisons affaire? On n'en parlait pas vraiment auparavant, ce n'était pas étudié dans l'étude des risques, mais ça devient aujourd'hui un enjeu pour les firmes et les entreprises.
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Effectivement, nous tenions pour acquis que la relation allait être stable. À nouveau, nous sommes dans une situation particulière sur la planète. Nous sommes les voisins de la plus grosse économie mondiale. Nous avons tenu pour acquis que la démocratie américaine et la démocratie canadienne allaient être alignées sur tous les sujets, comme ça avait été le cas, notamment depuis les 30 dernières années.
Maintenant, les démocraties élisent des gouvernements différents et il y a souvent des désaccords qu'on va régler ensemble dans des cadres institutionnels comme l'ACEUM, où on est capable de se parler et de traiter des désaccords.
Ça a l'air un petit peu plus compliqué aujourd'hui. Le niveau de risque a augmenté et ça a alerté les entrepreneurs. Le gouvernement canadien et les gouvernements des différentes provinces ont alerté les entrepreneurs et les ont invités à faire attention aussi à cette relation un peu spéciale, à l'examiner, à faire un audit, à profiter de cet excellent moment pour savoir si les relations que nous avons aujourd'hui avec nos partenaires sont toujours les bonnes.
À nouveau, nous pouvons faire ça aujourd'hui. Le Canada est équipé pour faire ça avec ses centres de recherche. Nous pouvons faire ça, regarder les données et nous rendre compte que, effectivement, des relations ne sont peut-être pas les plus optimales et que nous pourrions aller ailleurs sur la planète. Il s'agit donc de faire du commerce intelligent et regarder ailleurs sur la planète pour trouver de meilleurs partenaires. Nous étions peut-être un petit peu endormis et ça nous a réveillés.
Personnellement, le lendemain des premières annonces du président Trump, en janvier, j'étais un peu moins inquiet que beaucoup de personnes à qui je parlais. En ayant accès aux données, en ayant accès aux relations, si on est capable de cartographier les points de fragilité, comme je vous le disais, on sait gérer les risques et on est capable de parler des chaînes d'approvisionnement, et de déterminer lesquelles sont en danger. Ça devient intéressant.
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Merci, madame la présidente.
Bonjour à tous.
Honorables membres du Comité, je vous remercie de me donner l'occasion de comparaître aujourd'hui. C'est vraiment un honneur d'être parmi vous dans notre capitale nationale.
Je m'appelle Jackson Igbinosun, et je suis président et directeur général de l'AfriCanada Economic Summit Group, établi à Toronto, au Canada. Fondé en 2016, notre organisme tient chaque année le sommet AfriCanada, qui se déroule sur deux jours, durant la dernière semaine de mars, au Centre ontarien des investissements et du commerce. En parallèle, nous œuvrons à renforcer la coopération entre le Canada et l'Afrique grâce à des initiatives ciblées conçues pour faciliter la collaboration et les partenariats dans des secteurs et des industries clés.
En tant que Canadien d'origine africaine, je suis pleinement conscient des défis structurels et systémiques qui peuvent se présenter lorsqu'on fait des affaires sur les marchés africains. Dans ce contexte, les gouvernements doivent souvent intensifier leur intervention et leur mobilisation de façon plus délibérée en offrant un soutien ciblé, fondé sur une connaissance approfondie des marchés et de leurs réalités, en mettant en place des mécanismes d'atténuation des risques et en fournissant une assistance technique, afin de favoriser des investissements et des relations d'affaires durables, évolutifs et mutuellement bénéfiques entre partenaires canadiens et africains.
Dans la zone de libre-échange continentale africaine, l'Afrique représente un marché en rapide intégration, composé d'environ 1,4 milliard de personnes réparties dans 55 pays africains. Le continent compte la population la plus jeune au monde, affichant un âge médian d'environ 20 ans. Il s'agit d'une main-d'œuvre dynamique, talentueuse et de plus en plus entrepreneuriale, dotée d'un fort potentiel pour stimuler l'innovation et la croissance économique à l'échelle mondiale. Grâce à des investissements adéquats dans le renforcement des capacités, l'élaboration de politiques favorables, la mise en place d'infrastructures et l'accès au capital, l'Afrique est en bonne posture pour amorcer un développement économique transformateur et s'imposer comme une force majeure dans l'économie mondiale du XXIe siècle.
Le continent a d'importants besoins en matière d'infrastructures et de développement — en particulier dans les domaines de l'énergie, des soins de santé, des transports, de l'agriculture, des systèmes alimentaires, de l'exploitation minière et de la transformation des ressources, ainsi que du développement industriel —, ce qui offre des perspectives considérables de croissance économique inclusive et de partenariats à long terme, surtout avec le Canada.
En préparant mon témoignage, j'ai pris connaissance de récents articles de presse indiquant que le et son cabinet prévoient organiser cet automne, à Toronto, un sommet sur l'investissement au Canada dans le but d'attirer jusqu'à 1 billion de dollars d'investissements au cours des cinq prochaines années pour faire avancer des projets d'intérêt national. Dans la même veine, l', ministre des Finances, a récemment déclaré lors d'une conférence de presse à Washington, D.C., que le Canada est bien placé pour attirer des investissements internationaux, notamment dans le secteur de l'énergie, dans un contexte d'incertitude mondiale en matière d'approvisionnement. Il a également souligné que les investisseurs recherchent des marchés stables, prévisibles et respectueux de la primauté du droit.
À mon humble avis, le moment est venu pour le Canada d'accroître et de renforcer sa présence en Afrique. Si, en tant que Canadiens, nous attendons les conditions parfaites avant d'agir, nous risquons de rester à l'écart d'une économie mondiale en évolution rapide, alors que d'autres pays se positionnent déjà de manière stratégique sur le continent africain.
Pour illustrer l'ampleur des possibilités, prenons l'exemple du secteur énergétique: selon des institutions comme la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, environ 600 millions de personnes en Afrique n'ont toujours pas accès à l'électricité. En réponse, la Banque mondiale a lancé une initiative, connue sous le nom de Mission 300, qui vise à fournir un accès à l'électricité à 300 millions d'Africains d'ici 2030 grâce à une approche de financement coordonnée, pilotée par les pays membres emprunteurs.
Ce déficit d'accès à l'électricité représente non seulement un obstacle majeur au développement — qui a des répercussions sur la productivité, les soins de santé, l'éducation et la qualité de vie —, mais aussi une véritable occasion de faire des affaires sur le continent.
Cela offre clairement au Canada l'occasion d'assumer un rôle de chef de file, en particulier dans le domaine des technologies propres, de l'énergie renouvelable et de l'innovation en matière d'infrastructure, afin de soutenir des solutions d'électrification évolutives.
Faute de temps, je me contenterai de souligner quelques points. En tant que président et directeur général de l'AfriCanada Economic Summit Group, je dirige la planification et la mise en œuvre du sommet annuel. Pour ce faire, nous nous employons quotidiennement à recenser des occasions d'affaires concrètes et réalisables sur les marchés africains; à repérer les principaux intervenants et partenaires dans des secteurs précis; à comprendre les mécanismes de soutien offerts par les gouvernements et les institutions; à examiner des stratégies et des outils d'atténuation des risques liés aux activités sur les divers marchés africains; à mieux comprendre les réalités contextuelles, les risques, les mécanismes d'atténuation et les cadres réglementaires; et à communiquer directement avec les décideurs et les dirigeants de l'écosystème.
J'espère avoir l'occasion de formuler quelques recommandations dans le cadre de cette étude. Je vous remercie beaucoup de votre attention.
:
Bonjour, madame la présidente et mesdames et messieurs les membres du Comité. Je suis ravi d'être de retour parmi vous aujourd'hui.
[Français]
Je suis accompagné de ma collègue d'Exportation et développement Canada, ou EDC, Joanne Tognarelli, directrice générale responsable du développement des affaires en Europe, au Moyen‑Orient et en Afrique. Nous sommes honorés de pouvoir contribuer à l'étude menée par le Comité sur l'engagement et les intérêts du Canada en Afrique du Nord et en Afrique de l'Ouest.
Si vous le permettez, j'aimerais, à l'attention de ceux qui nous connaissent moins bien, résumer le mandat d'EDC. Nous faisons partie de l'écosystème commercial international du Canada. Notre mission est de soutenir et de développer le commerce international du Canada.
[Traduction]
Nous soutenons les entreprises en leur offrant des solutions d'assurance, des prêts directs et des fonds de roulement afin qu'elles puissent gérer les risques, trouver de nouveaux partenaires, participer à des projets d'envergure et même s'implanter à l'étranger. Nous fournissons également des renseignements sur les marchés et des services de jumelage pour aider les exportateurs à repérer de nouveaux partenaires. Ensemble, ces initiatives permettent aux exportateurs et aux investisseurs de réduire leurs risques et d'accéder au capital dont ils ont besoin pour conquérir de nouveaux marchés.
En 2025, EDC a aidé près de 24 000 entreprises canadiennes et facilité un total de plus de 135 milliards de dollars en exportations, en investissements étrangers et en activités de développement du commerce. Cela comprend 532 entreprises canadiennes qui font des affaires dans l'ensemble des 54 pays africains. L'an dernier, nous avons soutenu environ 1,3 milliard de dollars d'exportations canadiennes vers le continent.
Depuis plus de 80 ans, EDC contribue aux exportations canadiennes, pour un total de plus de 1,5 billion de dollars, tout en maintenant une rentabilité constante et en versant régulièrement des dividendes au gouvernement du Canada.
Nous fonctionnons selon des modalités commerciales, en complément des banques et des assureurs du secteur privé, et nous n'accordons aucune subvention. Nous nous concentrons beaucoup sur les besoins des clients, et notre rôle consiste en partie à cerner les possibilités internationales et à atténuer les risques qui y sont associés.
L'Afrique offre bel et bien d'importantes possibilités pour le commerce canadien. Il s'agit d'un vaste marché caractérisé par une croissance démographique rapide, une richesse en ressources et une intégration régionale poussée. Par exemple, les 21 pays d'Afrique du Nord et de l'Ouest représentent aujourd'hui un peu moins de 1,5 % du PIB mondial, mais seulement environ 0,7 % des exportations canadiennes. Toutefois, à partir de cette base modeste, nous prévoyons une forte accélération de la croissance. L'Afrique devrait se classer au deuxième rang mondial au chapitre de la croissance du PIB, en affichant un taux de plus de 4 %, qui devrait augmenter de façon considérable.
En Afrique de l'Ouest, la croissance démographique et l'urbanisation sont le moteur d'une forte demande en matière d'infrastructures. Cela comprend l'électricité, le transport, l'eau potable et les réseaux numériques. La hausse de la demande d'énergie, le potentiel des énergies renouvelables et l'expansion de l'exploitation des ressources créent également d'importantes occasions d'investissement pour les entreprises canadiennes.
En outre, la croissance de la population dans cette région entraîne une augmentation de la demande alimentaire. Le Canada est reconnu comme un exportateur fiable de produits alimentaires, et l'Afrique représente un débouché important pour nos entreprises, surtout alors que d'autres fournisseurs traditionnels font face à des perturbations. L'an dernier, par exemple, les volumes d'assurance-crédit d'EDC en Algérie, au Maroc et en Égypte ont augmenté de plus de 22 %, parallèlement à une hausse notable des exportations de produits alimentaires. Cet exemple illustre bien la complémentarité entre les forces du Canada et les priorités et objectifs de la région en matière de développement et de durabilité.
Toutefois, les défis qui persistent à l'échelle du continent freinent la croissance des échanges commerciaux. En Afrique de l'Ouest, les pressions financières, les risques liés à la monnaie et l'instabilité politique peuvent ralentir le processus de diligence raisonnable, les échéanciers et les relations commerciales. La concurrence y est également intense, notamment pour les entreprises canadiennes d'ingénierie, de consultation et d'énergie propre. Les entrepreneurs soutenus par l'État chinois, les groupes logistiques issus de la région du Golfe et les constructeurs turcs sont des concurrents qui misent souvent sur leur taille, leur rapidité d'exécution et leurs solides réseaux locaux. L'Afrique du Nord fait face à des contraintes similaires: réglementation complexe, risques en matière de paiement, retards douaniers et exigences de contenu local.
Cela dit, compte tenu de l'importance de l'Afrique pour le commerce canadien, EDC a ouvert un bureau à Johannesburg en 2015 et y a maintenu une présence tout au long des cycles économiques et politiques. Nous élargissons également notre champ d'action par l'entremise de nos bureaux à Londres, à Istanbul et à Dubaï.
[Français]
Comme je viens de l'indiquer, EDC fait partie de l'écosystème commercial international du Canada. Pour développer les échanges avec l'Afrique du Nord et de l'Ouest, et le continent africain plus largement, il faudra mobiliser l'Équipe Canada.
La collaboration au niveau fédéral, notamment entre EDC, le Service des délégués commerciaux, la Corporation commerciale canadienne et Affaires mondiales Canada, et la coordination entre les partenaires provinciaux comme Investissement Québec seront essentielles pour faire émerger de réelles possibilités d'affaires pour les entreprises canadiennes en l'Afrique du Nord et de l'Ouest.
[Traduction]
Mme Tognarelli et moi serons heureux de répondre à vos questions. Merci.
:
Madame la présidente, mesdames et messieurs les membres du Comité, au nom de la Chambre de commerce Canada Mali - Association, nous vous remercions de nous offrir l'occasion de contribuer à cette importante étude. Votre initiative intervient à un moment charnière pour l'avenir économique du Canada et pour ses relations avec l'Afrique, dans un contexte mondial marqué par de profondes mutations géopolitiques, économiques, sociales et environnementales.
Je suis Fatima Meite et je suis la vice-présidente de la Chambre de commerce Canada Mali. C'est une organisation à but non lucratif canadienne fondée en 2020. Notre organisation regroupe ici une dizaine d'entreprises canadiennes issues de la diaspora. Depuis sa création, elle a mené plusieurs missions économiques dans les secteurs minier, énergétique, agroalimentaire, de la formation et des services. Notre ambition est claire: bâtir des passerelles économiques durables entre le Canada, le Mali et l'ensemble du continent africain.
Notre message tient en une conviction simple: le Canada dispose d'une occasion historique de transformer ses avantages comparatifs dans les secteurs des mines, de l'agriculture, de l'éducation, des technologies propres, de l'innovation et des services financiers, en partenariats commerciaux durables avec l'Afrique du Nord et de l'Ouest. Cette opportunité est réelle, mais elle s'inscrit dans un environnement hautement concurrentiel où plusieurs puissances renforcent déjà leurs positions sur le continent africain.
Quelques chiffres illustrent l'enjeu.
Les actifs miniers canadiens au Mali représentaient plus de 6,5 milliards de dollars canadiens en 2024. Le commerce bilatéral entre le Canada et l'Afrique a dépassé 15 milliards de dollars et la zone de libre-échange continentale africaine ouvre l'accès à un marché de 1,4 milliard de consommateurs avec un PIB combiné de plus de 3 400 milliards de dollars américains. Ces données démontrent que l'Afrique n'est plus un marché d'avenir, mais un marché du présent.
Pour que les relations commerciales entre le Canada et l'Afrique du Nord et de l'Ouest atteignent leur plein potentiel, trois conditions doivent être réunies: un cadre politique d'intervention stable, des instruments commerciaux adaptés et une vision stratégique à long terme mutuellement bénéfique. C'est précisément cette architecture qu'il faut désormais consolider.
À cette fin, nous soumettons sept recommandations prioritaires.
La première serait d'adopter une stratégie commerciale Canada—Afrique 2030, avec un accent particulier sur l'Afrique de l'Ouest et du Nord, qui devrait intégrer commerce international, diplomatie économique et coopération au développement, avec des objectifs mesurables et un mécanisme annuel de reddition de comptes au Parlement.
La deuxième recommandation serait de mettre en place des instruments avec des produits mieux adaptés au marché africain en renforçant et en mobilisant les structures existantes, telles qu'Exportation et développement Canada, la Banque de développement du Canada et la Corporation commerciale canadienne, ainsi qu'Emploi et Développement social Canada et Affaires mondiales Canada, comme vient de le dire M. Winterhalt — j'admire son organisation, mais elle n'a pas de mécanisme pour nous, malheureusement —, ainsi qu'en consolidant les partenariats avec les institutions financières et le secteur privé.
La troisième recommandation serait de créer un fonds Canada—Afrique pour les PME, doté de 250 à 500 millions de dollars sur 5 ans, hébergé à Exportation et développement Canada. Ce fonds soutiendrait les coentreprises et offrirait des garanties à l'exportation, une assurance contre les risques politiques, du financement mixte, ainsi qu'un guichet d'information et d'accompagnement réglementaire.
La quatrième recommandation serait d'instituer un sommet économique annuel Canada—Afrique réunissant gouvernements, provinces, entreprises, universités, investisseurs et diasporas d'affaires.
La cinquième recommandation serait de faciliter la mobilité des talents au moyen de visas d'affaires accélérés, de stages professionnels et d'une reconnaissance ciblée des compétences.
La sixième recommandation serait de réduire les barrières non tarifaires, notamment en matière de normes, de certification, de procédures douanières et de numérisation des échanges.
Pour finir, la septième recommandation serait de promouvoir une approche partenariale fondée sur la coconstruction, avec des corridors d'innovation et d'incubation, des programmes conjoints de recherche appliquée et des zones pilotes de coproduction industrielle.
Madame la présidente, mesdames et messieurs les membres du Comité, le Canada a démontré qu'il sait construire des partenariats économiques solides lorsqu'il agit avec vision et constance.
Le XXIe siècle commercial sera multipolaire. Le Canada doit y prendre toute sa place, et l'Afrique doit occuper une place centrale dans sa stratégie commerciale.
La Chambre de commerce Canada Mali - Association se tient prête à accompagner cette démarche et à mobiliser les acteurs économiques des deux côtés.
Je vous remercie de votre aimable attention et je serai heureuse de répondre à vos questions.
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Je vais poser ma deuxième question.
Vous avez dit que vous aviez une personne-ressource sur place en Afrique. Là aussi, j'ai sursauté. Il y a cinquante-quatre pays, mais il y a une seule personne-ressource. On connaît les différences qui existent entre les pays d'Afrique sur les plans culturel et légal, entre autres. On a entendu des témoins, ici, qui ont demandé plus de soutien, plus d'adaptabilité et plus de flexibilité. Je pense que Mme Meite l'a fait aussi tantôt. Alors, je suis un peu surpris qu'il n'y ait qu'une seule personne-ressource, alors qu'on dit qu'on est en retard par rapport à d'autres pays, comme la Chine et les États‑Unis, et qu'on veut accélérer les choses. Même s'il y a des personnes à Londres et à d'autres endroits, n'est-ce pas trop peu, une seule personne-ressource?
Excusez-moi, je vais peut-être faire rire mes collègues, parce que je répète toujours que j'ai travaillé 20 ans dans les banques, mais j'ai travaillé 20 ans dans les banques. Cela comprend 10 ans dans le milieu commercial pour financer les entreprises qui travaillaient avec EDC pour faire des affaires à l'étranger. Or, toutes les entreprises qui sont venues ici depuis le début de l'année nous ont parlé de prévisibilité. Vous êtes un des acteurs les plus importants pour améliorer la prévisibilité chez les entreprises.
Alors, si on veut développer un marché comme l'Afrique, est-ce qu'il ne devrait pas y avoir plus d'un représentant sur place?
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Je vous remercie de votre question.
Tout en reconnaissant l'important travail accompli par le Service des délégués commerciaux, Exportation et développement Canada, la Corporation commerciale canadienne et plusieurs chambres de commerce bilatérales du Canada, je souhaite formuler les recommandations suivantes.
La première consiste à mettre en place une plateforme d'accès aux marchés coordonnée entre le Canada et l'Afrique. Il faut créer un écosystème centralisé de facilitation des échanges, soutenu par les pouvoirs publics, qui offrirait aux entreprises canadiennes un accompagnement complet pour leur entrée sur le marché africain. Cet accompagnement devrait comprendre des renseignements sur les marchés, des conseils en matière de réglementation, des outils financiers, une mise en relation avec des partenaires et des services de conseil intégrés, le tout par l'intermédiaire d'une plateforme de navigation spécialisée.
La deuxième consiste à renforcer le mécanisme de partage des risques et de mobilisation des investissements. Il faut renforcer les outils financiers du Canada, notamment par l'intermédiaire d'Exportation et développement Canada, en élargissant les garanties, les assurances, les financements mixtes et, surtout, les plateformes de co‑investissement avec des institutions telles que la Banque africaine de développement et la Banque mondiale. Cela permettrait d'assurer la viabilité financière des projets et de mobiliser les capitaux du secteur privé.
La troisième consiste à mettre en place une voie structurée d'accès aux marchés, adaptée à chaque secteur. Il faut élaborer, au sein d'EDC, une stratégie d'accès claire et coordonnée pour les secteurs prioritaires, notamment l'énergie et les infrastructures. Cette voie devrait tenir compte des aspects juridiques, réglementaires et financiers, afin de permettre aux entreprises canadiennes d'être concurrentielles.
Voici les deux dernières recommandations.
Il faut tirer parti du réseau commercial de la diaspora et des institutions. Il faut officialiser le rôle des chefs d'entreprise de la diaspora africaine, des chambres de commerce bilatérales et des conseils d'entreprises en tant que partenaires stratégiques de l'écosystème commercial canadien. Un cadre coordonné à l'échelle nationale permettra d'améliorer la connaissance des marchés, de renforcer les relations avec les principaux intervenants et de favoriser la confiance dans la mise en œuvre des accords.
Avant d'en venir à la dernière recommandation, je précise qu'il est nécessaire de renforcer la participation de la diaspora aux discussions. Au fil des ans, nous avons noué des relations très cordiales et durables avec nos partenaires canadiens, et nous avons ouvert une voie de retour vers notre pays d'origine. Il faut se mobiliser davantage pour faire venir la diaspora ici, car ses membres comprennent les besoins à satisfaire et les difficultés à surmonter; et si nous contribuons à renforcer les capacités, en particulier au sein de la diaspora, cela permettra de débloquer de nombreuses relations commerciales entre le Canada et l'Afrique.
Enfin, il convient de faire participer les entreprises canadiennes dès les premières étapes du développement des projets. Je ne saurais trop insister sur ce point. Il faut aider les entreprises canadiennes à participer à ces projets dès les phases de conception et de planification de ces projets grâce à des mécanismes de préparation des projets, à des équipes consultatives techniques et à un cadre structuré allant de la phase de projet à la signature du contrat. Cela garantira leur participation à long terme, de l'étude de faisabilité jusqu'à la mise en œuvre et la livraison.
Je vous remercie de m'avoir donné l'occasion de m'exprimer à ce sujet.