Bienvenue à la 34 e réunion du Comité permanent du commerce international.
Nous accueillons aujourd'hui de nouveaux membres, Sima Acan et Ali Ehsassi.
Bienvenue au comité du commerce international. C'est l'un des plus intéressants sur la Colline, et il réunit d'excellents députés de toutes les allégeances.
Aujourd'hui, la réunion ne durera qu'une heure, car le greffier n'a pas été en mesure de trouver de témoins libres pour la deuxième heure.
Conformément à l'article 108(2) du Règlement et à la motion adoptée par le Comité le jeudi 12 février 2026, celui‑ci reprend son étude du libre-échange au Canada.
Nous accueillons aujourd'hui Ryan Greer, vice-président principal aux affaires publiques et à la politique nationale à Manufacturiers et exportateurs du Canada. Par vidéoconférence, il y a Caroline Senneville et Jean Dalcé, respectivement présidente et conseiller syndical à la Confédération des syndicats nationaux. Nous recevons également Ryan Manucha, chercheur universitaire à l'Institut C.D. Howe.
Bienvenue à tous.
Monsieur Greer, je vous invite à faire une déclaration préliminaire d'un maximum de cinq minutes, s'il vous plaît.
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Merci à vous, madame la présidente, ainsi qu'aux membres du Comité. Au nom de Manufacturiers et exportateurs du Canada, je suis heureux d'avoir la possibilité d'intervenir dans cette étude.
Manufacturiers et exportateurs du Canada revendique depuis 1871 des politiques qui aident les acteurs du secteur secondaire à prendre de l'expansion, à soutenir la concurrence et à enrichir la société. Le libre-échange à l'intérieur du Canada s'inscrit indéniablement dans ce contexte.
Il y a 18 mois, l'activité commerciale interprovinciale s'est retrouvée en tête des objectifs stratégiques intérieurs du Canada. Bien que ce regain d'intérêt prenne sans doute son inspiration dans les mesures tarifaires imposées par les États‑Unis plus que dans la perspective empreinte de conviction d'unifier l'économie canadienne, les fabricants, qui réclament de longue date l'élimination des barrières interprovinciales, l'ont malgré tout accueilli d'un œil favorable.
Il s'agit d'un enjeu aux multiples facettes, mais je concentrerai mes brèves observations sur ce qui nous semble être le facteur le plus déterminant pour libérer le potentiel du commerce interprovincial: la reconnaissance mutuelle.
L'harmonisation, c'est-à-dire le fait pour toutes les provinces de coordonner leurs normes ou d'adopter les mêmes, n'a rien de compliqué en théorie, c'est vrai, mais c'est en fait une démarche longue et coûteuse qui est quasi impossible à grande échelle. J'en veux pour preuve la Table de conciliation et de coopération en matière de réglementation, un organe mis sur pied en 2017 dans le but justement d'harmoniser des règlements qui, bien qu'il ait abattu du bon travail, n'a réussi à harmoniser qu'une poignée d'entre eux.
La reconnaissance mutuelle constitue une approche beaucoup plus simple: du moment qu'une activité économique, qu'il s'agisse de production, de vente ou de prestation d'un service, est légalement autorisée dans une province ou un territoire, elle devrait aussi l'être d'office partout au Canada. C'est un principe qui préserve les différences tout en les empêchant de s'ériger en obstacles et qui respecte les compétences des provinces. C'est aussi la seule approche qui peut être appliquée à l'ensemble de l'économie et qui résistera durablement à l'épreuve de l'érosion politique.
Il y a déjà des progrès encourageants à ce chapitre. Ainsi, l'Accord canadien de reconnaissance mutuelle sur la vente de produits, des lois habilitantes fédérales et certaines lois d'harmonisation provinciales constituent autant d'avancées positives. Je peux dire sans me tromper que le Canada a réussi à démanteler plus d'obstacles au commerce intérieur en 18 mois que les mesures de fond des dernières décennies, un résultat véritablement remarquable qui est digne de mention.
Nous sommes maintenant à un moment charnière du cycle de réforme. Les gouvernements pourraient avoir l'impression d'en avoir fait assez, puisque le sentiment d'urgence attribuable au contexte tarifaire pourrait s'estomper, dépendamment de l'issue des négociations avec notre voisin au sud, et que les communiqués de presse risquent de faire oublier le fait que les structures restent inachevées. Voici quelques courtes remarques sur la situation actuelle au chapitre de la reconnaissance mutuelle.
Tout d'abord, nous redoutons que le méli-mélo de processus de reconnaissance mutuelle se pérennise, au détriment d'un mécanisme clair, net et uniforme. Je pense par exemple à la diversité des approches des provinces lorsqu'il s'agit de reconnaître les titres de compétence acquis ailleurs au pays.
Par ailleurs, l'accord canadien de reconnaissance mutuelle s'applique à la vente des marchandises, mais pas aux règles de production de ces marchandises. Lorsqu'un fabricant canadien implante sa production dans une deuxième province, il bénéficie grâce à l'accord de la reconnaissance mutuelle pour ce qu'il fabrique, mais son usine doit malgré tout obtenir des permis à l'issue de procédures complètement distinctes, satisfaire à un régime de santé-sécurité au travail distinct, respecter des exigences distinctes en matière de consommation d'énergie et de production d'émissions ainsi que se conformer à des normes de constructions distinctes. Dans sa forme actuelle, ou du moins dans celle qui commence à se dessiner, l'accord assure la reconnaissance de ce qui franchit une frontière interprovinciale, mais il reste muet au sujet des coûts de fabrication et de fonctionnement de part et d'autre de celle‑ci.
De même, la promesse d'étendre l'accord aux services d'ici à la fin de 2026 est certes bien accueillie, mais se traduira-t-elle bel et bien par un instrument de reconnaissance mutuelle ou plutôt par un cadre semblable à celui de l'Accord de libre-échange canadien, avec des exceptions et un contrôle d'application restreint? La question demeure ouverte.
Par ailleurs, et le Comité en a déjà discuté, les dispositions relatives à la mobilité de la main-d'œuvre comportent encore des lacunes en ce qui concerne les corps de métier et les professions pour lesquelles des provinces imposent des examens ou des évaluations pratiques. À Manufacturiers et exportateurs du Canada, nous redoutons que ces lacunes privent de grands pans de l'économie canadienne des retombées de la réforme du commerce intérieur.
Nous formulons donc quatre recommandations pour que le gouvernement arrive à poursuivre et à amplifier le mouvement de reconnaissance mutuelle.
En premier lieu, il faudrait concevoir et publier une espèce de bulletin de notes et un tableau de bord nationaux pour que les Canadiens et les entreprises arrivent facilement à faire le suivi en toute transparence des avancées des provinces et des territoires, des éléments en suspens et des exceptions qui perdurent. Il pourrait même y avoir un module de rétroaction instantanée pour les entreprises.
Selon nous, la procédure de reconnaissance mutuelle devrait également constituer un point permanent de l'ordre du jour des réunions des premiers ministres, de manière à ce que ceux‑ci gardent le cap et en répondent. Ce point pourrait d'ailleurs servir à passer les bulletins de notes en revue publiquement.
À notre avis, le temps est aussi venu d'envisager une procédure pour harmoniser d'office les nouveaux règlements tout en évitant les divergences avant qu'elles ne se manifestent. Aucun mécanisme en bonne et due forme n'oblige actuellement les organismes de réglementation provinciaux, pendant la mise au point de règlements, à se concerter avec les autorités provinciales voisines. C'est pourtant à ce stade‑là qu'un règlement est le plus malléable. Nous estimons qu'une obligation en ce sens s'impose.
Enfin, nous invitons le gouvernement fédéral à mobiliser ses leviers fiscaux, aussi bien les carottes que les bâtons, durant cette période de manière à favoriser l'harmonisation interprovinciale. Ainsi, l'enveloppe associée à l'Entente sur le développement du marché du travail que touche une province pourrait être conditionnelle à ce que celle‑ci se conforme ouvertement à un calendrier de reconnaissance défini, notamment à l'égard des titres de compétence.
En conclusion, le Canada s'expose actuellement non pas à échouer, mais plutôt à réussir juste assez pour ne plus sentir le besoin de continuer. Un méli-mélo de mécanismes de reconnaissance mutuelle n'a rien d'une reconnaissance mutuelle. Chaque jour où on se contente de moins est un jour où les fabricants canadiens restent en position de désavantage concurrentiel, où les Canadiens paient trop cher et où le Canada ne bâtit pas autant qu'il ne le pourrait. Le mouvement est en marche. Nous espérons que l'étude du Comité convaincra le gouvernement d'en profiter.
Je vous remercie, et c'est avec plaisir que je répondrai à vos questions.
Je vous remercie de nous accueillir.
Vous comprendrez que nous parlons au nom d'un syndicat, qui représente 330 000 membres au Canada. Notre point de vue risque donc d'être un peu différent de celui des manufacturiers.
Nous comprenons tout à fait que nous discutons du commerce intérieur et des barrières qui pourraient exister à l'intérieur du pays. Le contexte international nous y oblige. Nous ne sommes donc pas contre le principe. Par ailleurs, nous ne sommes pas convaincus que, même en abolissant toutes les barrières, notre économie sera portée à un autre niveau.
En effet, quand nous demandons aux entrepreneurs pourquoi ils ne font pas affaire avec d'autres provinces au Canada, la principale raison qui est nommée est la distance. Dans le contexte actuel, nous devons revoir notre économie, mais revoir notre géographie est par ailleurs un peu plus difficile.
De plus, je dirais que notre économie a beaucoup été basée sur le commerce extérieur, pas seulement avec les États‑Unis, mais aussi avec l'Europe et l'Asie‑Pacifique. D'ailleurs, un article publié par un grand quotidien montréalais, ce matin, rapporte que dit vouloir continuer à ouvrir le commerce extérieur. Nous devons vraiment prendre acte que c'est la façon dont notre économie est basée, notamment parce que le marché intérieur est très faible.
Il faut aussi dire qu'à notre avis l'une des premières difficultés que notre économie rencontre est liée à la productivité, que ce soit dans le commerce international ou le commerce intérieur. Au sein de l'Organisation de coopération et de développement économiques, ou OCDE, nous sommes un des rares pays qui non seulement est bas, mais qui a vu sa productivité baisser. Nous pensons que l'action gouvernementale pourrait vraiment porter son effet pour que la productivité augmente. Il s'agit d'un projet national auquel les syndicats participeraient avec beaucoup d'enthousiasme.
Cela dit, afin de produire, il faut investir. Il faut investir dans l'équipement, le personnel et la main-d'œuvre, notamment dans cette ère de changements technologiques. Les entreprises devront faire face à ces défis et nous aimerions pouvoir y répondre avec elles.
Revenons maintenant aux barrières entre les provinces.
D'abord, il y a moins de barrières entre les provinces qu'il y en a par exemple dans tous nos accords internationaux. Il y aurait alors un mythe qui court quant à cela. Comme je l'ai dit d'entrée de jeu, nous pouvons toujours examiner la réglementation et il faut qu'elle soit ajustée aux besoins exprimés. L'idée n'est donc pas de se demander s'il y en a trop ou pas assez, mais de se demander si celle en place fait le travail qu'elle devrait faire. Si oui, on la garde. Dans le cas contraire, comment peut-on la changer?
Nous sommes particulièrement inquiets à propos de la reconnaissance mutuelle, où ça pourrait être une spirale entraînée vers le bas, notamment ce qui a trait à la salubrité et à la santé et sécurité au travail. Nous sommes un syndicat. Nous travaillons très fort pour qu'au Québec les standards de santé et sécurité soient atteints. Aujourd'hui, en date du 28 avril, il y a eu 257 morts en lien avec des accidents de travail, au Québec, au cours de la dernière année. Nous pensons que ce n'est pas un endroit où on doit amputer la réglementation. D'ailleurs, c'est la même chose du côté de l'environnement.
Il faut aussi faire attention parce que lorsqu'on ouvre le commerce intérieur ou qu'on fait tomber des barrières en matière de commerce intérieur, ça ouvre des barrières pour tous les pays avec qui nous avons des traités. Ils sont nombreux, comme je l'ai dit d'entrée de jeu.
Quant à la spirale descendante à l'intérieur du Canada et dans notre commerce international, il faut non seulement se poser des questions, mais il faut se poser les bonnes questions.
Évidemment, comme je viens du Québec, je ne saurais terminer sans dire que la reconnaissance du français est très importante pour nous. Quand on parle de mobilité de la main-d'œuvre et de mobilité des entreprises, il faut absolument avoir la possibilité de travailler en français. Ça a été une grande bataille de la Confédération des syndicats nationaux, ou CSN, quand elle a été créée en 1921. Nous devons pouvoir travailler en français sur notre territoire et avoir des règles de sécurité en français. Il en va bien sûr de la reconnaissance des droits linguistiques et de la santé au travail des membres que nous représentons majoritairement au Québec.
Merci.
Par un jour ensoleillé d'octobre 2012, un retraité néo-brunswickois, Gerard Comeau, a fait deux heures de route pour aller au Québec. Le prix de la bière était plus alléchant dans la province d'à côté, alors en tant qu'acteur lucide de l'économie, il avait l'habitude d'aller y refaire ses réserves tous les trois mois. M. Comeau n'avait jamais imaginé que ce déplacement apparemment anodin déclencherait un débat de société sur le contexte commercial intérieur pour finalement se terminer devant la Cour suprême. En effet, à son retour au Nouveau‑Brunswick, avec son butin dans le coffre arrière, il s'est fait arrêter par la GRC, qui l'a mis à l'amende tout en confisquant toute sa bière pour l'infraction proprement canadienne de possession d'une trop grande quantité d'alcool acheté dans une autre province.
Loin d'être des impondérables de notre structure constitutionnelle, les barrières au commerce intérieur en sont plutôt une fonctionnalité. Elles constituent en effet un sous-produit typique d'un système qui attribue des pouvoirs considérables aux provinces. Les démêlés de M. Comeau avec la justice témoignent de la difficulté que représente depuis toujours l'unification de l'économie canadienne à même une structure fédérative. Cela dit, bien que les barrières au commerce intérieur limitent bien plus que les quantités d'alcool, elles n'ont rien d'inéluctable.
Prenons un autre exemple: les normes. Au début de la Confédération, l'écart entre les deux rails d'une voie ferrée n'était pas le même dans les Maritimes que dans le Haut‑Canada et le Bas‑Canada; il était respectivement de quatre pieds huit pouces et de cinq pieds six pouces. Conséquemment, aux frontières intercoloniales, strictement à cause d'une divergence entre les normes, les exploitants étaient contraints de transférer les marchandises et les passagers d'un wagon à un autre. C'était une barrière au commerce intérieur, et ses effets se calculaient en argent, en temps et en inefficiences extrêmes.
Les obstacles au commerce intérieur ont engendré un méli-mélo de règlements intérieurs profondément ancrés, comme dans le cas de la largeur des voies ferrées, ce qui au bout du compte nuit à la productivité et à la capacité concurrentielle de l'économie au Canada. En 2025, des progrès énormes ont été réalisés à ce chapitre grâce à une concertation jamais vue entre les gouvernements, mais il reste encore énormément de pain sur la planche. En effet, déposer des projets de loi et signer des protocoles d'entente est plutôt facile; c'est sur le plan de la mise en œuvre que les choses se compliquent et que le vrai travail commence.
Des divergences persistent dans toutes sortes de domaines. Pensons entre autres à l'application du Code national de sécurité aux transporteurs par camion, à la réglementation des valeurs mobilières, aux codes de l'électricité, aux règles de santé-sécurité au travail, aux codes du bâtiment ou aux programmes de formation à la protection contre les chutes.
Comme je l'ai dit, il ne s'agit là que de la pointe de l'iceberg. J'ai justement corédigé un article avec le professeur Trevor Tombe, de l'Université de Calgary, où nous avons conclu que le méli-mélo réglementaire qui s'applique au camionnage fait grimper le prix du fret de 8,3 %, ce qui représente un boulet de 1,6 milliard de dollars pour l'économie canadienne. Des divergences entre les provinces, il y en a dans tous les domaines, de la qualification des chauffeurs de camion à trains routiers jusqu'à la reconnaissance mutuelle de l'immatriculation des véhicules agricoles en passant par la définition de « lever du jour » et de « coucher du soleil ».
Voici maintenant quelques mesures fédérales qui seraient à la fois raisonnables et défendables sur le plan politique.
Primo, le Parlement devrait modifier la Loi sur les textes réglementaires de façon à obliger les organismes de réglementation fédéraux à se fonder autant que possible sur les normes consensuelles — j'ai d'ailleurs écrit au sénateur Colin Deacon à ce sujet —, car l'évolution des normes est trop rapide pour qu'ils en suivent le rythme. C'est ce que fait désormais l'Union européenne, avec beaucoup de succès. Pourtant, imaginons quelle était l'ampleur des divergences là‑bas auparavant.
Secundo, la Chambre des communes devrait adopter le projet de loi , que le sénateur Marty Klyne a présenté au Sénat dans le but de rendre explicitement le Bureau de la concurrence mieux à même de produire des rapports d'étude sur le commerce intérieur, ce qui permettrait d'institutionnaliser la réforme du commerce intérieur de manière à la pérenniser. L'Australie a fait quelque chose de très semblable, avec beaucoup de succès.
Tertio, et on dirait que les deux Ryan ici présents sont sur la même longueur d'onde, le gouvernement fédéral devrait rendre le financement au titre de l'Entente sur le développement du marché du travail conditionnel à ce que les provinces et les territoires montrent publiquement qu'elles respectent la norme des 30 jours pour la reconnaissance des titres de compétence. Tous les gouvernements au Canada ont en effet accepté de reconnaître les titres des travailleurs du reste du pays dans un délai de 30 jours, mais l'obligation pour eux de communiquer l'information à ce sujet constitue l'unique façon de confirmer qu'ils respectent cette norme, et l'enveloppe sera un bon incitatif.
Un dernier point: j'ai écouté le témoignage du devant le Comité, et il y a beaucoup été question de la relation avec les États‑Unis. Le commerce bilatéral de marchandises et de services avec les États‑Unis représente 1,2 billion de dollars, comparativement à 500 milliards de dollars pour le commerce intérieur. L'Accord Canada—États‑Unis—Mexique mobilise beaucoup de temps, d'attention et de ressources, mais le commerce intérieur — je remercie d'ailleurs le Comité de son travail dans ce dossier — devrait continuer d'être lui aussi traité avec sérieux.
Merci beaucoup.
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Dans le domaine de la construction, il y a une pénurie de main-d'œuvre. Nous avons déjà de la difficulté à recruter des gens. Nous souhaiterions que, à l'intérieur d'une province, la main-d'œuvre locale soit capable de répondre à la demande.
Par exemple, quand la main-d'œuvre vient de l'extérieur pour les gros projets de construction, ça crée des problèmes sur le plan de la logistique et du logement. Ça éteint aussi l'économie locale parce que si les projets sont très gros, les contrats vont toujours être accordés à des entreprises de l'extérieur, et pas localement. Pourquoi est-ce que j'irais m'acheter une grue? Pourquoi augmenter la taille de mon entreprise si les marchés vont être accordés à des gens de l'extérieur? Ça peut être un frein, mais, effectivement, il faut trouver un juste équilibre?
Il y a un sceau canadien, dont j'oublie le nom, pour les travailleurs de la construction. Cette industrie est à peu près la plus intégrée des industries.
Il faut faire attention quand on parle de main-d'œuvre. Beaucoup de choses sont survenues. On a vu ce que la levée des barrières dans l'industrie du camionnage a donné sur le plan de la santé et de la sécurité. Il y a eu des morts sur les routes.
Ce qui nous fait peur, c'est qu'on fasse en sorte que quiconque a la plus faible réglementation l'emporte. Comme je le disais tout à l'heure, les travailleurs de la construction comptaient pour la moitié des 257 décès survenus au travail, cette année, au Québec.
C'est bien important de parler la langue, parce que, si on ne la parle pas, on ne comprendra pas les mesures de sécurité. Il y a eu un décès à La Grande Roue de Montréal. Le manuel d'instructions de La Grande Roue n'a pas été traduit en français. Donc, le travailleur ne savait pas comment procéder.
Certaines règles sont inutiles, d'autres sauvent des vies.
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Le gouvernement fédéral devrait vraiment adopter une approche globale pour essayer d'encourager les provinces à poursuivre sur leur lancée. Les obstacles fédéraux eux-mêmes sont minimes, et le gouvernement, et c'est tout à son honneur, a pris des mesures pour supprimer un grand nombre de ses exceptions et a essayé d'éliminer les obstacles strictement fédéraux. Le gouvernement fédéral a un rôle important à jouer en tant que rassembleur, mais aussi pour aider à créer les bons incitatifs.
Comme l'autre Ryan l'a fait remarquer, le gouvernement fédéral a un rôle très important à jouer pour générer et maintenir l'erre d'aller, car ça doit venir de lui. Il y a trop de variabilité politique, et il y a différentes dimensions et priorités régionales, que ce soit avec le ministre responsable dans une province ou avec un organisme de réglementation particulier qui n'est peut-être pas prêt à jouer le jeu.
Pour que les premiers ministres puissent maintenir la cadence, ils doivent pouvoir compter sur une solide lancée politique; ainsi, on évitera de se retrouver avec une mosaïque hybride là où il y a eu des progrès, grâce à la reconnaissance mutuelle. Il y a encore un large éventail d'approches en matière de mobilité de la main-d'œuvre et diverses professions demeurent exclues à cause des certifications provinciales, entre autres. Nous devons être très sobres dans l'évaluation des progrès et en être fiers, mais nous devons vraiment redoubler d'efforts pour essayer de poursuivre sur cette lancée.
Le gouvernement fédéral joue un rôle essentiel. Il pourrait y avoir des mesures législatives concernant le Bureau de la concurrence. Il y aura d'autres façons de... une sorte de rapport public ou une fiche des résultats. Ceux qui progressent le plus et le plus rapidement seront célébrés, tandis que les autres pourraient être mis en évidence.
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Merci, madame la présidente.
Je remercie les témoins d'être des nôtres. Je les remercie aussi de leur présentation.
Madame Senneville, j'ai trouvé votre présentation intéressante. Vous venez un peu nuancer des choses qu'on entend très souvent dire. D'ailleurs, dans le mémoire que vous avez déposé au sujet du projet de loi no 112, au Québec, vous dites que les exportations vers les États‑Unis comprennent surtout des produits de base et des produits énergétiques. Selon vous, la demande intérieure ne serait pas capable d'absorber ça. C'est donc réglé.
Vous dites aussi que l'on manquerait d'entreprises pour faire la transformation de ces mêmes produits.
Autrement dit, il y a à l'horizon une levée des barrières, et on y est favorable. Je fais partie d'un mouvement qui a toujours été favorable au libre-échange, qu'il soit intérieur ou avec d'autres nations, mais pas à n'importe quel prix. On n'est pas obligé d'avoir une vision religieuse de la chose.
Je pense aussi qu'il n'y aura pas de miracle. C'est évident. D'ailleurs, des études montrent que ça ne viendra jamais remplacer le marché américain, même dans le meilleur des mondes. C'est impossible.
Cela dit, même si le concept est souhaitable en soi, ne craignez-vous pas que ça puisse être un genre de cheval de Troie?
Par exemple, l'an dernier, il a été question de lever les barrières entre les provinces dans un projet de loi qui a été adopté sous un « super bâillon » à la Chambre des communes. Je parle du projet de loi , qui permet maintenant de déposer des projets énergétiques par décret.
Craignez-vous aussi que ce cheval de Troie puisse, ultimement, en venir à menacer des choses qui font la distinction québécoise?
Quand on y pense, les lois sur la langue, le taux de syndicalisation ainsi que le fait qu'on veuille réglementer nos propres valeurs mobilières peuvent être considérés comme des barrières. La liste est extrêmement longue.
Je ne dis pas que ce le sera nécessairement, mais y voyez-vous là une potentielle attaque au modèle québécois?
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C'est sûr que le Québec est la seule province dont la langue officielle est le français. Il y a donc des éléments de fragilité. Nous sommes favorables à ce que les travaux sur la réglementation se poursuivent. Nous sommes favorables à ce que le gouvernement fédéral puisse jouer un rôle de coordination. Cependant, il est vrai que ce n'est pas gagné.
J'ai visité l'aluminerie Alcoa de Baie‑Comeau il y a quelques mois. L'aluminium, c'est une de nos forces, au Québec. C'est une de nos forces au Canada. Là-bas, les gens m'ont dit qu'ils faisaient des lingots et qu'ils les envoyaient aux États‑Unis, et que ça nous revenait sous forme de canettes de bière et de papier d'aluminium. Alors, je leur ai demandé pourquoi on ne faisait pas ça au Canada. Ils m'ont répondu que ça prendrait un laminoir, ce qui coûterait très cher. Ils ont fait des études et, même si on avait un seul laminoir au Canada, peu importe où, avec 40 millions d'habitants, on ne serait pas capable de rentabiliser ce coût. Alors, effectivement, il faut déployer des efforts, et nous sommes d'accord pour y travailler, mais il n'y aura pas de miracle.
Pour ce qui est du taux de syndicalisation, il s'établit autour de 40 % au Québec. Il est autour de 20 % dans les autres provinces canadiennes. Nous y tenons. D'ailleurs, la liberté d'association est prévue dans la Charte canadienne des droits et libertés.
Je vous dirais aussi que des choix politiques ont été faits, par exemple sur l'alcool. Alors, on peut se dire que ce serait bien de libéraliser certaines choses. Cependant, une des raisons pour laquelle le boycottage de l'alcool américain fonctionne au Canada en ce moment, c'est qu'il est fait par des sociétés d'État. Cela ne se passe pas juste au Québec. C'est aussi le cas dans d'autres provinces. C'est pour ça que je dis qu'il faut voir le raisonnement qui sous-tend un règlement. Il faut travailler plus finement là-dessus.
Je suis d'accord avec le représentant de l'Institut C.D. Howe sur le fait qu'il faut travailler de façon soutenue pour avoir la bonne réglementation à la bonne place.
Cela dit, si on aborde le dossier en se disant qu'il y a trop de règlements et qu'il faut en enlever, on risque de « jeter le bébé avec l'eau du bain », selon l'expression québécoise que vous connaissez bien.
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Merci beaucoup de la question.
[Traduction]
Premièrement, quel est le pouvoir des personnes ici présentes? Je ne demande pas une loi provinciale. C'est le gouvernement fédéral ici. Quel est le pouvoir du gouvernement fédéral?
D'abord, ce serait la mise à jour de la Loi sur les textes réglementaires afin de permettre l'établissement de normes fondées sur le consensus pour assurer la conformité.
Ensuite, il y a le Bureau de la concurrence. Adoptez le projet de loi qui vient du Sénat. Adoptez une mesure législative qui donne au bureau une capacité institutionnelle explicite à cet égard.
Enfin, il faudrait utiliser le pouvoir du portefeuille pour faire respecter la norme de reconnaissance des titres de compétence étrangers dans les 30 jours, une norme que tous les gouvernements de la Confédération ont acceptée.
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Merci, madame la présidente.
Merci à nos témoins de la région d'Ottawa.
Les Syndicats des métiers de la construction du Canada sont ici pour défendre leurs intérêts. J'ai rencontré des membres hier. Ils ont parlé d'aller de l'avant avec ces grands projets, et ils veulent agir rapidement et à grande échelle.
J'ai parlé à un membre de la Fraternité internationale des ouvriers en électricité. Les membres de ce syndicat ont tous leur désignation Sceau rouge. Ils sont en mesure de travailler partout au pays. Il était question de travailler sur le réseau électrique, de construire le réseau en Colombie-Britannique, de travailler sur des centrales nucléaires en Ontario et de travailler sur des projets éoliens dans l'Atlantique.
Ce syndicat a‑t‑il bien fait les choses — je parle de la façon dont il s'y prend — pour que la mobilité de la main-d'œuvre fonctionne pour ses membres? Je sais qu'il y a un nombre limité de professions désignées Sceau rouge, mais que pouvons-nous apprendre de ce que le programme Sceau rouge fait pour les métiers de la construction afin de pouvoir l'appliquer à d'autres marchés du travail?
Monsieur Manucha.
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Il y a des risques en lien avec l'environnement et les normes du travail.
De plus, si le Canada abolit les barrières intérieures, s'il assouplit les règles à l'intérieur, elles pourraient devenir plus souples aussi pour tous les gens avec qui on fera du commerce extérieur. Ça, ça peut poser un problème sur le plan économique, au Canada.
Je le répète. On nous dit que les barrières nous coûtent très cher. Cependant, quand on demande aux entrepreneurs pourquoi ils ne vendent pas dans des régions éloignées, ils nous répondent que c'est à cause du coût du transport. C'est vraiment la première chose qui entre en ligne de compte. La réglementation se situe beaucoup plus bas dans la liste des priorités.
Il faut y travailler, mais il faut aussi considérer le fait que, si les provinces et territoires s'accordent uniquement là-dessus, et non sur le reste de notre économie, le Canada manquera le bateau.
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Merci, madame la présidente, et merci aux témoins.
Je vais commencer par M. Manucha. C'est un plaisir d'avoir parmi nous quelqu'un qui s'y connaît en droit commercial et en droit constitutionnel. Je vais vous poser une question à ce sujet.
On peut affirmer sans se tromper que les tribunaux canadiens ont adopté une approche généreuse plutôt que formaliste dans l'interprétation de la Charte canadienne des droits et libertés. Cette tendance a probablement vu le jour avec l'arrêt Big M Drug Mart Ltd., que nous avons tous dû étudier pendant nos études en droit. Le juge en chef Dickson a déclaré que l'interprétation des droits conférés par la Charte devait être libérale, à la lumière de ses objectifs sous-jacents, plutôt que formaliste.
Cela a conduit à ce que certains critiques ont qualifié de début de l'activisme judiciaire. Maintenant, une nouvelle évolution vient d'apparaître. En effet, les tribunaux ont commencé à appliquer un cadre basé sur les valeurs de la Charte, et il a récemment été conclu, par exemple, qu'un gouvernement territorial avait le devoir d'offrir un enseignement en français même à des enfants qui n'étaient manifestement pas titulaires des droits prévus à l'article 23. Ce qui est écrit dans la Charte importe peu, ce sont les intentions qui comptent. L'activisme judiciaire atteint de nouveaux sommets.
En ce qui concerne l'interprétation de certaines dispositions de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique et de la Loi constitutionnelle de 1982 — je pense notamment à l'article 121 de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, qu'on appelle souvent l'article sur le libre-échange —, les tribunaux ont adopté une approche très restrictive pour rejeter les initiatives émanant soit des citoyens, comme dans l'affaire Comeau, par exemple, soit des législateurs, comme dans le cas de l'accord sur les règlements nationaux sur les valeurs mobilières.
Que pensez-vous de tout cela?
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On pourrait y passer la journée. J'espère que tout le monde est prêt.
J'adore cette question. Le problème, c'est qu'il y a eu un blocage. L'article 121, dont le député a parlé, est l'article de la Constitution qui porte sur le libre-échange. En 1921, il y a eu une décision selon laquelle les obstacles au commerce intérieur étaient essentiellement des enjeux de douanes, de frais et de droits de douane. Nous sommes restés bloqués à ce stade pendant longtemps. Nous y sommes encore, pour l'essentiel. Nous n'avons pas progressé de la même manière. Nous devons dissocier la Charte de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique — la genèse et les autorités d'interprétation.
Il est vrai que lorsque le monde entier a pris conscience que les barrières commerciales internes allaient au‑delà des simples droits de douane et concernaient également les mesures réglementaires non tarifaires appliquées à l'intérieur des frontières, notre système judiciaire n'a pas semblé en mesure de suivre le rythme. Nous avons vu du mouvement tous les 20 ans. L'arrêt Comeau a fait bouger un peu les choses. Nous avons fini par comprendre que la Cour considère, en quelque sorte, que la responsabilité de faire avancer les choses ne lui incombe pas à elle, mais plutôt aux élus de notre société.
Nous nous comprenons, et nous pourrions rouvrir le dossier en entreprenant une sorte de démarche constitutionnelle, mais je ne pense pas que cette option soit envisagée. Voilà où nous en sommes actuellement. On a opté pour un accord politique, soit l'Accord de libre-échange canadien et son prédécesseur, pour tenter de faire avancer un peu les choses.
Pour revenir à votre question, en résumé, oui, nous sommes freinés par une conception dépassée qui remonte à l'époque où le clergé était notre économiste, dans les années 1920. Nous avons un peu de mal à nous en défaire.
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Merci, madame la présidente.
Je remercie les témoins dans la salle d'avoir pris le temps de se déplacer. Je remercie aussi les témoins qui participent à la réunion par vidéoconférence.
J'aimerais vous poser deux questions, madame Senneville.
Je vais être très honnête avec vous, j'ai sursauté un peu à deux occasions lors de votre présentation. Je vais vous donner le temps de m'expliquer un peu vos propos.
Vous avez d'abord dit que le potentiel du marché intérieur était très faible.
Selon les études économiques, on parle d'accroître le produit intérieur brut, ou PIB, de 200 milliards de dollars au Canada. Vous avez aussi parlé de l'augmentation de la productivité. Ces actions vont, en effet, permettre d'augmenter de 7 % la productivité, mais aussi d'abaisser les prix de 15 %.
J'aimerais que vous nous en disiez davantage là-dessus.
Vous avez aussi dit que les barrières intérieures sont un mythe. Je vous avoue que c'était la première fois que j'entendais dire ça.
M. Manucha a donné plusieurs exemples de barrières, ici, à l'intérieur du Canada. Avez-vous des exemples concrets pour nous expliquer pourquoi c'est un mythe et pourquoi il n'y a peut-être pas tant de barrières que ça?
J'aimerais avoir des précisions sur ces deux questions.
Monsieur Greer, vous avez parlé d'un élan, de rencontres. Les autres témoins disent la même chose. Nous voyons qu'il y a de plus en plus de rencontres entre les provinces. Ça s'est accéléré, tout ça.
J'aimerais cependant que vous me précisiez un point. Vous avez parlé de carottes et de bâtons.
Pouvez-vous nous donner un peu plus de détails là-dessus?
Dans ma tête, j'ai une image. Nous arrivons à une table de collaboration, je pense, entre les provinces — c'est ce qui est en train de se faire —, mais nous devrions arriver avec des carottes et des bâtons.
Pourriez-vous préciser votre point de vue là-dessus?