:
Bienvenue à la quatrième réunion du Comité permanent du commerce international.
Conformément à l'article 108(2) du Règlement et à la motion adoptée par le Comité le jeudi 18 septembre, le Comité entreprend son étude sur le Canada et l'examen à venir de l'ACEUM.
Nous accueillons aujourd'hui, en personne, l'honorable Dominic LeBlanc, ministre responsable du Commerce Canada-États-Unis, des Affaires intergouvernementales et de l'Unité de l'économie canadienne, et l'honorable Maninder Sidhu, ministre du Commerce international. Les représentants du ministère sont Rob Stewart, sous-ministre, Commerce international; Martin Moen, sous-ministre adjoint délégué, Politique et négociations commerciales; David Hutchison, directeur général, Direction générale de la stratégie commerciale; et Mary-Catherine Speirs, directrice générale, Direction générale des négociations commerciales.
Bienvenue à tous. Nous vous sommes très reconnaissants de votre présence.
Je crois comprendre que le ministre LeBlanc a un horaire très serré. Plus précisément, il doit nous quitter à 14 h 27.
:
Je vous remercie, madame la présidente.
Je vous remercie de me donner l'occasion de comparaître devant le Comité aujourd'hui pour discuter des relations commerciales du Canada avec les États-Unis, et évidemment avec nos partenaires mexicains, ainsi que de nos préparatifs en vue de l'examen conjoint à venir de l'Accord Canada–États-Unis–Mexique.
Madame la présidente, nous vivons actuellement un moment charnière de l'histoire du Canada. Depuis des décennies, les États-Unis sont notre partenaire économique le plus proche dans presque toutes nos activités. La prévisibilité, la collaboration et les avantages mutuels ont toujours caractérisé cette relation, mais maintenant, on ne peut plus compter sur l'ancien modèle, qui reposait sur une intégration approfondie fondée sur une stabilité présumée. Nous devons donc élaborer une nouvelle approche qui reflète les réalités de l'économie mondiale d'aujourd'hui. Nous devons évidemment reconnaître et accepter l'importance du marché américain, mais aussi prendre des mesures pour saisir les occasions qui découlent d'une plus grande diversification avec d'autres partenaires. Plus important encore, nous devons miser sur le potentiel économique que nous avons ici, au Canada.
[Français]
Comme l'a souligné le la semaine dernière, la stratégie économique des États‑Unis a manifestement changé, passant d'un soutien du système multilatéral à une approche plus transactionnelle et plus contrôlée en matière de commerce et d'investissements bilatéraux. Les droits de douane américains pouvant atteindre jusqu'à 50 %, notamment sur l'acier et l'aluminium, les automobiles et le bois d'œuvre du Canada sont déstabilisants et ont des répercussions réelles sur des milliers de travailleurs et leur famille. Ils perturbent les chaînes d'approvisionnement, font augmenter les coûts et affaiblissent notre capacité collective de surmonter le défi majeur auquel le commerce mondial fait face actuellement.
[Traduction]
Madame la présidente, le moment est venu de faire preuve de détermination. Notre gouvernement a travaillé avec le Parlement — et je remercie mes collègues ici présents — pour adopter la Loi d'une seule économie canadienne qui, nous l'espérons, permettra de débloquer jusqu'à 500 milliards de dollars pour des investissements stratégiques, des projets d'énergie propre, des projets d'infrastructure, l'exploitation de minéraux critiques, la fabrication de pointe et d'autres infrastructures énergétiques. Ces investissements renforceront notre capacité nationale et créeront de nouveaux débouchés pour les entreprises canadiennes.
[Français]
Comme l'a également annoncé le au mois de septembre, le gouvernement lancera bientôt une nouvelle stratégie de diversification commerciale. J'ai l'impression que mon collègue va en discuter avec vous au cours des prochaines minutes.
En même temps, le renouvellement de notre partenariat avec nos partenaires nord-américains reste un élément central de notre approche. Nous collaborons avec l'administration américaine afin de trouver une solution pour réduire les droits de douane, offrir de la prévisibilité à nos industries et promouvoir une approche nord-américaine collective devant le défi que nous avons en commun.
Nous nous efforçons également de renforcer et d'approfondir nos relations avec le Mexique, qui offre d'importantes possibilités commerciales pour le Canada. Le secrétaire à l'Économie du Mexique, Marcelo Ebrard, et moi avons convenu, il y a quelques semaines et dans le cadre de conversations précédentes, de travailler en étroite collaboration alors que nous nous préparons à l'examen conjoint de l'ACEUM.
[Traduction]
Au cours des prochaines semaines, je me rendrai au Mexique dans le cadre d'une mission commerciale avec un groupe composé de dirigeants d'entreprises canadiennes, de gens d'affaires et de dirigeants de la société civile. Nous espérons travailler ensemble pour approfondir cette relation commerciale bilatérale.
[Français]
Pour préparer l'examen conjoint de l'Accord Canada—États‑Unis—Mexique, ou ACEUM, nous avons lancé une deuxième série de consultations auprès des parties prenantes de partout au pays, c'est-à-dire les industries, les syndicats, les provinces, les territoires, les nations autochtones et la société civile.
[Traduction]
Le Canada est convaincu que l'ACEUM offre une base stable et prévisible pour la croissance. Notre objectif est de l'améliorer en le rendant plus ingénieux et plus adapté aux défis actuels. Bien entendu, nos efforts visent toujours à offrir des possibilités aux Canadiens. Nous continuerons à défendre les intérêts du Canada et à mener une politique commerciale qui reflète la force et l'indépendance de notre pays.
J'ai hâte d'entendre les commentaires de mon collègue, mais surtout les questions, les suggestions et les conseils utiles de mes collègues ici présents.
Je vous remercie, madame la présidente.
:
Je vous remercie, madame la présidente.
Je suis heureux d'être de retour devant le Comité. J'ai passé plus d'un an avec un grand nombre des membres du Comité, et je retrouve donc beaucoup de visages familiers.
Je tiens à remercier les analystes de leur travail acharné lorsque j'étais ici, ainsi que de leur travail acharné aujourd'hui.
[Français]
Je suis heureux d'être de retour parmi vous aujourd'hui, devant le Comité, dont je connais bien la rigueur et l'importance du travail.
[Traduction]
Avant de devenir ministre du Commerce international du Canada, j'ai eu le privilège de siéger au Comité. Je sais d'expérience à quel point vous prenez votre travail au sérieux et à quel point vous êtes déterminés à faire en sorte que la politique commerciale canadienne reflète les réalités auxquelles font face nos travailleurs, nos entreprises et nos collectivités. Je compte donc sur vous pour poursuivre votre important travail, surtout en ce qui concerne l'étude de l'examen à venir de l'ACEUM et la stratégie commerciale élargie du Canada.
L'ACEUM est essentiel à notre économie, mais notre approche doit évoluer au même rythme que l'environnement économique et politique de l'Amérique du Nord. C'est la raison pour laquelle je me réjouis de la décision du Comité d'étudier cet examen parallèlement aux efforts de diversification commerciale du gouvernement. Nous abordons ce travail en position de force, forts des faits et guidés par les données probantes, en collaboration étroite avec les parties prenantes et unis dans notre engagement à protéger et à promouvoir les intérêts canadiens.
Je suis convaincu que le Comité jouera un rôle essentiel dans la mise en place de ces fondements. En même temps, nous reconnaissons que le Canada ne peut pas mettre tous ses œufs dans le même panier.
[Français]
La diversification du commerce n'est pas seulement un objectif, c'est une nécessité stratégique.
[Traduction]
C'est un objectif que je ne comprends que trop bien. Depuis que je suis devenu ministre, il y a quelques mois, je m'efforce de faire avancer ce dossier et de le mener à bien. Ces 150 jours ont été très occupés. J'ai sillonné le pays pour rencontrer des chambres de commerce, des dirigeants d'entreprises et des entrepreneurs. Les intervenants ont clairement exprimé que le renforcement de nos liens économiques avec les collectivités d'un bout à l'autre du Canada offre d'énormes possibilités et suscite beaucoup d'énergie et d'optimisme.
Le , M. Carney, m'a confié le mandat explicite de diversifier nos relations commerciales. En très peu de temps, nous avons accompli des progrès considérables.
Plus tôt cette année, je me suis rendu à Quito, en Équateur, pour conclure officiellement les négociations sur l'Accord de libre-échange Canada-Équateur, un accord moderne et ambitieux qui approfondira notre partenariat économique avec l'une des économies d'Amérique du Sud qui connaît l'une des croissances les plus rapides et qui créera de nouveaux débouchés pour les exportateurs canadiens, en particulier dans les domaines des technologies propres et de l'agriculture.
Nous avons revigoré notre dialogue sur le commerce et l'investissement avec les Émirats arabes unis en faisant avancer les discussions en vue de la conclusion d'un APIE et en renforçant la coopération commerciale.
Au Brésil, il y a quelques semaines, nous avons convenu de lancer des pourparlers avec le Mercosur, ce qui donnera un nouvel élan à un partenariat régional complexe, mais important, qui comprend le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay.
Nous avons déposé un projet de loi au Parlement afin d'intégrer le Royaume-Uni à l'Accord de partenariat transpacifique global et progressiste, ou le PTPGP. Il s'agit d'une étape importante vers l'intégration officielle d'un partenaire du G7 dans un accord commercial représentant plus de 500 millions de consommateurs dans toute la région de l'Asie-Pacifique.
Au moment où le Canada prend des mesures pour renforcer ses liens à l'échelle mondiale, grâce au leadership de notre et du nouveau gouvernement, d'autres pays font de même avec le Canada. Ainsi, l'Irlande a annoncé qu'elle ratifierait officiellement l'Accord économique et commercial global entre le Canada et l'Union européenne, ou l'AECG, ce qui constitue un vote de confiance à l'égard de notre partenariat transatlantique. En fait, le premier ministre irlandais a qualifié de « choix évident » le rapprochement avec le Canada, et nous sommes tout à fait d'accord.
Enfin, je suis fier d'annoncer que, pas plus tard que la semaine dernière, le Canada et l'Indonésie ont signé un accord commercial. Il s'agit d'une étape importante qui ouvre la voie à un engagement économique plus soutenu avec l'un des marchés émergents les plus importants et les plus dynamiques au monde.
Il s'agit de progrès réels et tangibles. Cela fait partie d'un programme plus vaste de diversification commerciale que le gouvernement défend depuis le début.
Nous ne nous contentons pas de signer des accords, nous les appuyons par des plans de mise en œuvre solides. Nous donnons à notre formidable Service des délégués commerciaux les moyens d'aider les entreprises de tout le Canada à percer de nouveaux marchés. Nous travaillons avec les chambres de commerce pour nous assurer que les entreprises canadiennes tirent pleinement parti des accords que nous avons déjà conclus.
Notre programme commercial doit refléter la complexité du monde dans lequel nous évoluons. Oui, nous défendrons et renforcerons nos relations en Amérique du Nord, mais nous continuerons également à élargir nos horizons dans d'autres régions du monde. C'est la double voie que nous avons choisie, afin de défendre et d'approfondir nos partenariats commerciaux actuels tout en en établissant de nouveaux, plus audacieux, pour l'avenir.
Je sais que les observations de votre comité seront précieuses au fil de nos progrès sur ces deux fronts.
Je vous remercie beaucoup. J'ai hâte de répondre à vos questions.
:
Merci, madame la présidente.
Je remercie le ministre Leblanc, le ministre Sidhu et leurs collaborateurs de s'être joints à nous au Comité du commerce international.
Je vais reprendre là où M. Chambers a laissé en parlant de la nécessité de travailler ensemble pour assurer la prospérité des Canadiens.
Dans ma circonscription, il y a énormément d'entrepreneurs. J'étais à la Chambre de commerce, et beaucoup de gens sont venus me voir à Mississauga pour me poser toutes sortes de questions. « Comment pouvons-nous nous diversifier? Où pouvons-nous vendre nos produits et nos services à l'étranger? Où pouvons-nous être plus présents? »
Monsieur Sidhu, je sais que nous avons eu des conversations au sujet de votre travail à l'échelle mondiale pour ce qui est de certains des accords que nous avons pu conclure et dont nous pouvons tirer parti. Nous avons eu beaucoup de succès, mais le moment est venu de redoubler d'efforts auprès de nos entreprises et de nos entrepreneurs; ils sentent qu'ils sont prêts et ils veulent le faire.
J'aimerais que vous me disiez comment ils peuvent tirer parti des outils accessibles, y compris notamment le Service des délégués commerciaux, pour être en mesure de diversifier et d'accroître leurs activités commerciales.
:
Je tiens à remercier le député de son travail au sein du Comité. Je sais qu'à Mississauga, la Chambre de commerce apprécie la contribution de M. Fonseca quant à l'aide que nous pouvons apporter pour diversifier les échanges commerciaux.
D'après mon expérience de plus d'une décennie dans le secteur privé à travailler avec des entreprises en vue de la facilitation des échanges internationaux, je peux vous dire que le discours a changé du tout au tout depuis 10 ans. On pouvait entendre auparavant: « Je suis à l'aise de traiter avec les États-Unis. Je comprends la géographie et je comprends la langue. Je ne connais pas les exigences en matière d'emballage dans ce pays d'outre-mer; les échanges semblent très difficiles et je préfère y renoncer. » Voilà maintenant qu'on nous demande de l'aide pour s'attaquer à ces marchés. Lorsque j'ai pris la parole devant des chambres de commerce de tout le pays, on voulait surtout savoir comment nous pouvions faciliter ces relations en tablant sur nos 15 accords de libre-échange existants pour assurer de plus forts taux d'utilisation.
Je vais vous donner un exemple lié à l'AECG. Les taux d'utilisation sont d'environ 65 %. Comment pouvons-nous les faire augmenter? Vous avez vu le être actif dans la région. Je pense qu'il est allé deux ou trois fois en Europe. L'un de ses premiers voyages a d'ailleurs été sur ce continent pour signer un accord de partenariat stratégique avec l'Union européenne. Pourquoi? Nous entrevoyons de très vastes possibilités au sein de l'Union européenne en matière de défense. Nous savons que si notre pays doit investir 9 milliards de dollars, il faut que nous ayons accès à ces marchés publics pour pouvoir renforcer notre capacité industrielle. Nous voulons faire venir ces travailleurs et ces emplois ici au Canada et renforcer cette capacité tout en saisissant les occasions qui se présentent sur ces marchés.
L'Union européenne offre d'immenses possibilités, mais il y a un potentiel encore plus grand dans la région indo-pacifique, un marché en rapide expansion avec une classe moyenne en pleine croissance qui veut des produits canadiens, et pas seulement dans le secteur de la défense. On s'intéresse notamment à notre production agroalimentaire et à nos technologies propres. En fait, il se passe beaucoup de choses avec l'ANASE. Pas plus tard que la semaine dernière, nous avons signé un accord de libre-échange avec l'Indonésie, la quatrième économie en importance au monde, qui compte 275 millions de consommateurs potentiels. C'est ce que nous devrions faire de plus en plus. La tendance est forte; le monde veut faire affaire avec le Canada, parce que l'on nous voit actuellement comme une lueur d'espoir au sein d'une planète où il y a beaucoup d'incertitude et d'instabilité. Les vents du commerce mondial sont en train de tourner, mais le Canada est considéré comme un partenaire commercial fiable et stable.
Nous avons ici une occasion unique. Dans les appels que je reçois et que tous mes collègues ministres reçoivent, le message est le même: « Nous voulons en faire plus avec le Canada. Comment pouvons-nous y arriver? » Il est très important que le soit là pour serrer des mains et s'assurer d'aller à la rencontre des gens de manière à ce que nous ne passions pas inaperçus, parce que c'est ce que font tous les autres pays. Les politiques des États-Unis et du président Trump ont eu une incidence sur les relations commerciales dans le monde entier, de sorte que chaque pays se présente pour mettre en valeur ce que ses travailleurs et ses entreprises produisent, et le Canada ne devrait pas faire exception. Nous devrions en fait être plus engagés et plus actifs sur la scène internationale pour nous assurer de tirer le meilleur parti possible de nos échanges.
:
La réponse courte est oui, absolument. Je ne prétends évidemment pas avoir mon mot à dire sur le travail que le Comité décide de faire. Cependant, chaque fois que les députés et les sénateurs ont l'occasion d'interagir avec leurs homologues américains, avec les législateurs, c'est important qu'ils le fassent.
J'étais à Washington cet été pour des réunions. Un groupe de députés conservateurs s'était également rendu là‑bas. L'ambassadrice m'a parlé de ses rencontres avec eux. Ils voyaient des personnes haut placées au Capitole, y compris des membres de la direction du parti républicain. Tout cela est positif pour le Canada, comme toutes les formes de diplomatie parlementaire permettant aux législateurs des deux pays de discuter des avantages qu'il y aurait, comme l'indiquait M. Chambers, à régler la question des droits de douane sectoriels, qui ont certes un effet néfaste sur notre pays, mais qui, dans bien des cas, ne profitent pas non plus aux consommateurs et aux industries américaines. Plus nous serons nombreux à le répéter aux membres de l'administration américaine, mieux le pays se portera, je l'espère.
J'encouragerais donc tous les efforts en ce sens et, évidemment, je serais heureux de faire le nécessaire pour que les gens de notre ambassade et d'autres intervenants à Washington travaillent avec le Comité et sa présidence pour leur fournir tout le soutien possible.
:
Merci, madame la présidente.
Messieurs les ministres, je vous remercie de votre présence. Je remercie aussi les gens qui vous accompagnent. J'ai cru comprendre que nous parlerions davantage avec eux au cours de la deuxième heure.
Messieurs les ministres, la gestion de l'offre, comme on le sait, est un enjeu extrêmement important pour le Québec en premier lieu et également pour le reste du Canada à plusieurs égards.
Je veux revenir sur un article du Globe and Mail. J'ai entendu le mot « Mercosur » tout à l'heure, pendant le témoignage du ministre Sidhu, ce qui m'inquiète en matière de production de volaille, étant donné la présence du Brésil.
Cela dit, je vais commencer, monsieur LeBlanc, par l'autre volet extrêmement important, celui de la production laitière. Hier, vous avez dit qu'il n'y aurait pas de remise en question de la gestion de l'offre. Cependant, je n'aborderai pas tout de suite les intentions et les stratégies qui peuvent s'appliquer devant la volonté américaine de gruger davantage de morceaux dans le système. Pour une question de principe, je vais d'abord vous demander si vous reconnaissez que le fait de changer les règles et les quotas d'importation équivaut à une nouvelle brèche, une nouvelle concession, et que c'est faire par la porte d'en arrière ce qu'on ne peut plus faire maintenant par la porte d'en avant.
:
Je comprends le fond de la question, et je n'y suis pas du tout opposé. Nous ne creuserons rien directement ou indirectement et nous ne permettrons pas de brèche ou d'ouverture dans cet enjeu.
Je comprends cette inquiétude. Je dis aux producteurs laitiers à qui je parle, comme à d'autres dans le secteur de la gestion de l'offre, que nous avons été très clairs. Nous sommes clairs avec les Américains, en privé comme en public.
Pour le moment, les conversations sont tournées vers des secteurs stratégiques comme l'acier, l'aluminium, l'automobile. Je suis beaucoup plus inquiet pour le secteur du bois d'œuvre.
Je pense qu'on a tout intérêt à ne pas discuter continuellement de toutes sortes de scénarios potentiels. On n'a pas à donner des idées aux autres pays pour qu'ils remettent la question sur le tapis. Pour nous comme pour le Parlement, le sujet est clos, comme vous l'avez dit.
Ma prochaine question s'adresse à M. Sidhu.
À la fin de l'année dernière, la Chine était plutôt, sans dire « abandonnée », considérée pour ce qu'elle était, c'est-à-dire une part de risque dans le cadre des échanges commerciaux avec Canada, à cause de toutes sortes d'enjeux stratégiques. On voit que cela rend les Américains très nerveux. Je sais qu'on ne retourne pas à des discussions sur le libre-échange avec la Chine, comme cela a déjà été le cas, puisque ce sujet a été enterré en 2020. Or, dans la stratégie de diversification, il semble qu'il y ait une volonté d'inclure davantage la Chine. Je suis surpris de ce revirement.
Je comprends qu'il peut y avoir des irritants par rapport à la relation avec les États‑Unis, mais le mandat de M. Trump se terminera en 2028; quant au mandat du Parti communiste chinois, il ne se terminera jamais. Je serais curieux de vous entendre là-dessus.
:
Merci, madame la présidente.
Merci à vous deux. Nous sommes heureux de vous revoir, monsieur Sidhu. Nous nous réjouissons d'accueillir également notre bon ami M. LeBlanc.
Si cela vous convient, monsieur le ministre, j'aimerais que nous parlions de l'accord de libre-échange avec l'ANASE avant d'aborder un autre sujet et de traiter brièvement du seuil de minimis. Ensuite, seulement parce que vous en avez parlé, monsieur Sidhu, nous pourrons également discuter de l'accord commercial avec le Royaume-Uni.
Commençons donc par l'accord de libre-échange avec l'ANASE. Vous n'avez pas pris part à une mission en Malaisie la semaine dernière. Certains diront que c'était la meilleure délégation jamais envoyée dans ce pays. Le et moi-même y étions. Les échanges ont porté en grande partie sur l'accord de libre-échange entre le Canada et l'ANASE, qui est en vigueur depuis 2021. Il serait bon d'entendre ce que vous avez à dire sur l'avenir de cet accord. Il m'a semblé que de nombreux participants présents étaient très curieux de connaître les progrès réalisés. Ils ont vu que nous avons conclu un accord avec l'Indonésie, et ils se demandent... Évidemment, les Philippins semblent suivre la même trajectoire, mais ils se demandent s'ils peuvent s'attendre bientôt à un nouvel accord de libre-échange global avec l'ANASE.
:
C'est une question très importante, madame la présidente. Par votre entremise, j'aimerais remercier le député d'avoir participé à cette mission la semaine dernière avec le , car l'Asie du Sud-Est est très importante. Cette région composée de 10 pays est parmi celles qui connaissent la croissance la plus rapide au monde.
Grâce au PTPGP, nous avons accès à trois de ces 10 pays. Pas plus tard que la semaine dernière, nous avons signé un accord de libre-échange avec l'Indonésie, notre tout premier accord commercial bilatéral avec un pays de l'ANASE.
La région de l'ANASE représente environ 675 millions de consommateurs potentiels. Grâce au PTPGP, nous avons accès à environ 140 millions d'entre eux, et voilà que nous en avons ajouté quelque 275 millions en concluant cet accord de la semaine dernière. Avec le PTPGP et notre accord bilatéral avec l'Indonésie, nous avons désormais accès à environ 65 % du marché.
Comme les autres pays sont bien sûr aussi importants pour nous, nous négocions activement avec eux. Nos équipes commerciales se sont réunies le mois dernier — soit il y a quelques semaines à peine — pour poursuivre ces discussions. J'ai rencontré mon homologue des Philippines pour traiter de ces enjeux, parce que nous voulons ouvrir davantage l'accès aux marchés, et cela fait partie de notre...
:
Monsieur Jeneroux, je vous remercie de cette question. Vous avez raison. Vous avez donné l'exemple d'une entreprise canadienne emblématique, Lululemon, mais cela s'applique aussi aux petites entreprises qui vendent leurs produits sur le Web et qui ont des clients aux États-Unis, par exemple, qui passent des commandes.
J'en entends parler dans mon rôle de député, et des premiers ministres provinciaux m'interpellent également à ce sujet. Le premier ministre Ford m'en a parlé y a quelques semaines, encore une fois avec ses propres exemples dans sa province. Vous avez raison. C'est un scénario qui se répète partout au pays, à plus ou moins grande échelle.
Vous avez demandé si nous soulevions la question auprès de l'administration américaine. C'est effectivement ce que nous faisons. Ce n'est pas le Canada qui a supprimé l'exemption de minimis. Nous croyons que si nous en arrivons à un accord avec les États-Unis pour régler un certain nombre de ces problèmes sectoriels... De toute évidence, c'est une question que nous ne cessons de soulever, et nous espérons pouvoir l'intégrer à un accord éventuel, quelle qu'en soit l'ampleur.
Je partage cette préoccupation, et je vous remercie de l'avoir soulevée et de vouloir vous pencher sur la question de concert avec vos collègues. Cela montre bien que, lorsque les législateurs et d'autres intervenants s'y mettent, nous pouvons... Pour revenir à ce que vous disiez, cela ne profite pas non plus aux consommateurs américains.
:
Merci, madame la présidente.
Bonjour à tous.
Je vous remercie, messieurs les ministres, d'être ici avec nous.
Je vais me présenter. J'ai travaillé 20 ans dans le milieu bancaire, 10 ans pour des particuliers et 10 ans dans le secteur commercial. Par la suite, j'ai représenté le milieu des affaires pendant quatre ans à la Chambre de commerce et d'industrie de Québec.
Je ne reviendrai pas sur la situation en ce qui concerne notre voisin du Sud. Nous connaissons tous la situation. Même la semaine passée, nous avons reçu M. Herman, qui disait que, en 45 ou 50 ans, il n'avait jamais vu une telle situation. On ne peut donc pas s'appuyer sur des situations passées.
Cela étant dit, j'ai évidemment eu à réfléchir en vue de la rencontre d'aujourd'hui. Une phrase me revient toujours en tête, une vieille phrase que quelqu'un m'avait citée, il y a très longtemps, et que j'ai comprise avec le temps: « La vie, ce n'est pas d'attendre que les orages passent, c'est d'apprendre à danser sous la pluie. »
Aujourd'hui, les entreprises se retrouvent dans une période d'imprévisibilité incroyable, et il n'y a rien de pire. J'ai été banquier. On veut prêter de l'argent, on veut de la prévisibilité. Ce qu'on veut, c'est la pérennité des entreprises. On veut que nos prêts soient remboursés. Cela fait foi de tout, dans bien des cas.
Dans le contexte actuel, où on n'aura pas de prévisibilité au cours des trois prochaines années, ce qui risque d'être le cas pendant longtemps, que peut-on dire à nos entreprises? Qu'est-ce que le gouvernement peut faire pour leur apprendre à danser compte tenu de cette imprévisibilité?
:
Madame la présidente, je vais faire quelques commentaires, et mon collègue M. Sidhu pourra poursuivre.
Vous l'avez bien décrit, que ce soit les représentants des entreprises que je rencontre ou les représentants syndicaux, tout le monde se rallie exactement à la version que vous avez énoncée, monsieur Lavoie. L'incertitude économique n'est pas causée seulement par l'application de tel droit de douane ou d'un pourcentage quelconque dans un secteur précis. Chaque semaine, il y a de l'incertitude, certains droits sont imposés, d'autres sont retirés ou rajustés, parfois à la hausse. Je pourrais dire qu'on se retrouve en pleine tempête.
Cette tempête est particulière. L'incertitude fait en sorte que les entreprises n'investissent pas d'argent. Il n'y a pas d'expansion, les banquiers ne prêtent pas d'argent et ça crée un cercle vicieux. Vous avez demandé ce qu'était le message et comment nous pouvions apprendre à danser dans ce contexte.
La géographie fait en sorte que les Américains seront toujours nos voisins. L'histoire fait en sorte qu'ils seront toujours nos amis. Je pense que c'est le président Kennedy qui l'a dit pour la première fois, et ça a été répété par plusieurs présidents en voyage au Canada. Il s'agit de la plus importante économie au monde. Nous partageons des valeurs ainsi que la langue anglaise, comme M. Sidhu l'a dit.
Les Américains vont donc demeurer un partenaire incontournable sur le plan économique. Cependant, dans des conditions difficiles, nous avons appris que la surdépendance fait en sorte que nous ne sommes peut-être pas aussi habiles à danser avec d'autres partenaires, à trouver d'autres marchés. C'est un travail que M. Sidhu exécute d'une façon exemplaire, je crois.
Nous poursuivons sur les deux voies et nous tentons d'amener plus de prévisibilité dans nos échanges avec les États‑Unis, en utilisant nos relations bilatérales et trilatérales, en incluant le Mexique, puisqu'il est dans le même bateau que nous.
M. Sidhu peut poursuivre son travail visant à permettre plus de prévisibilité en créant d'autres circonstances, moins instables que celles qui prévalent en ce moment.
:
Absolument. L'instabilité pousse beaucoup d'entreprises à prendre un certain recul, ce qui les amène à cesser leurs investissements. Elles ne sont pas en quête de nouveaux marchés, mais il y a aussi un problème de trésorerie. Comme j'ai été moi-même propriétaire d'entreprise, je le sais d'expérience. Comment pouvez-vous investir alors même que vous perdez des ventes et que vous êtes assailli de toutes parts?
C'est pourquoi nous avons lancé le Fonds de réponse stratégique de 5 milliards de dollars. C'est aussi pourquoi nous avons lancé l'Initiative régionale de réponse tarifaire de 1 milliard de dollars. Ce sont là des initiatives importantes. Nous avons entendu les commentaires des chambres de commerce et des entrepreneurs qui se demandent comment on peut s'attendre à ce qu'ils investissent à un moment où ils sont en difficulté, où leurs revenus sont à la baisse et où leur flux de trésorerie est touché.
Nous avons donc lancé ces programmes pour aider les entreprises à explorer de nouveaux marchés. L'initiative de réponse tarifaire de 1 milliard de dollars est un programme important, dans le cadre duquel une entreprise peut demander jusqu'à 1 million de dollars de soutien. Si vous voulez embaucher un vendeur pour accéder au marché de la région indo-pacifique, ou si vous voulez assister à un salon professionnel pour présenter vos produits, c'est pour vous appuyer que nous avons lancé ces programmes. Le a été très clair à ce sujet. C'était pour soutenir les entreprises pendant cette transition. Nous comprenons qu'elles traversent une période difficile, et nous voulons être là pour les soutenir dans la recherche de nouveaux marchés.
Ce sont là certaines des mesures que nous avons prises, mais nous faisons également appel à nos agents du Service des délégués commerciaux pour parler aux entreprises des possibilités qui s'offrent à elles sur les marchés d'exportation partout dans le monde.
En 2000, nos échanges commerciaux avec les États-Unis tournaient autour de 90 %, ce qui était alors très élevé. Ils se situent maintenant juste en dessous de 75 %. Comme mon collègue l'a dit, les États-Unis seront toujours un partenaire important, mais nous devons aussi explorer collectivement d'autres possibilités.
:
Je vous entends et je vous remercie de votre engagement.
Monsieur LeBlanc, j'imagine qu'il ne me reste pas beaucoup de temps, mais la présidente saura me couper la parole assez vite, comme je la connais.
Ma question porte sur l'ACEUM. À cet égard, on ne sait trop s'il s'agira de renégociations partielles ou totales, tout cela est très fragmentaire. J'ai entendu les appels de mes collègues, qu'ils soient libéraux ou conservateurs, qui vous ont dit que le Comité souhaitait collaborer avec vous. Je le réitère, et nous souhaitons aussi que vous collaboriez avec nous.
Pouvons-nous nous attendre à une certaine transparence de votre part? Y a-t-il un moment, dans votre échéancier, où nous, les élus, pourrons connaître vos priorités par rapport à une éventuelle révision ou renégociation de l'accord? J'entends par là ce que vous allez mettre en avant, les secteurs qui seront sur la table, etc.
:
Monsieur Savard‑Tremblay, la réponse à votre question est « oui ». Dans ce contexte, je pense qu'une approche multipartite aide le Canada. Comme je l'ai dit, j'apprécie l'appui de mes collègues et la sincérité de leur offre. Je ne le répéterai pas puisque nous n'avons pas le temps.
Nous préparons la position canadienne, ses différentes options, dont les consultations avec les provinces et les territoires. Comme vous le savez, je suis aussi ministre des Affaires intergouvernementales. Je parle donc souvent aux premiers ministres des provinces et à certains ministres, comme le ministre Simon Jolin‑Barrette du Québec. Nous sommes en train de coordonner les consultations et d'approfondir le tout. À certains moments, je pourrai sans doute comparaître de nouveau devant le Comité pour partager publiquement ce qui aura été entendu lors de ces consultations et présenter les priorités du gouvernement du Canada. C'est toujours un peu délicat, mais nous trouverons sans doute une façon de le faire. À cet égard, je travaillerai avec plaisir avec votre présidente.
Je m'aventure un peu, mais cette séance est ouverte et publique. Les experts en négociations commerciales me disent que négocier publiquement est rarement, pour ne pas dire « jamais », à l'avantage d'un pays. Or, si nous avons l'appui des parlementaires et que nous pouvons discuter franchement et ouvertement, je suis prêt à trouver les mécanismes pour tenir plus de ces discussions.
:
Monsieur McKenzie, je vous remercie de la question et de ces commentaires.
Je l'espère. C'est une très bonne question, et vous avez raison. Des législateurs, y compris des membres importants de la direction du Parti républicain, s'expriment à ce sujet en public ou en privé. On peut penser aux représentants des États frontaliers ou à certains gouverneurs avec lesquels j'ai eu l'occasion de m'entretenir. Cela dit, pour répondre à votre question, des chefs d'entreprise américains, des organisations qui représentent des entreprises américaines — aussi importantes que la Chambre de commerce des États-Unis et les organisations sectorielles — et de grandes sociétés américaines ont dénoncé la situation publiquement et en privé auprès de l'administration américaine.
Notre ambassadrice, Mme Kirsten Hillman, fait un travail formidable à Washington. Elle a tissé de nombreux liens avec tout un réseau de chefs de petites et de grandes entreprises aux États-Unis. Elle nous tient régulièrement informés de ces conversations. Dans leur propre intérêt économique, ils disent aux membres de l'administration... J'imagine — ils nous en font part — qu'ils expriment leur mécontentement en privé. Beaucoup d'entre eux le font publiquement. Je pense depuis longtemps, monsieur McKenzie, que c'est l'une des approches les plus efficaces pour amener l'administration américaine à changer de cap. Que ce soit en raison des répercussions sur le coût de la vie pour les Américains ou des répercussions sur les marchés ou sur les secteurs de l'économie auxquels le président Trump a accordé la priorité, je pense que nous devrions... Vous avez demandé si nous collaborions avec ces alliés. La réponse est oui. Certains diront des choses en privé à leur administration, à leur gouvernement, et d'autres les diront publiquement, mais en fin de compte, tout cela contribue aux efforts que nous déployons pour parvenir à un accord qui sera dans l'intérêt de l'économie de nos deux pays.
:
Je reconnais tout à fait l'importance de l'économie de l'Alberta et de son secteur énergétique. Il est essentiel à la sécurité économique des Canadiens. Beaucoup de gens de la région que je représente au Parlement gagnent leur vie là‑bas, et certains font la navette entre les deux provinces. Je les croise souvent dans les avions à destination de Moncton. Je reconnais pleinement l'importance de ce secteur pour l'économie du pays, de tout le pays. Vous avez la chance de l'avoir dans votre province, mais ses retombées profitent à l'ensemble du pays.
Le et moi-même avons été clairs dans nos conversations avec les Américains. Au départ, nous avons dit, et nous l'avons répété publiquement, que nous n'entamons pas une conversation en disant qu'un secteur précis, qu'une région précise, ne peut contribuer à une solution qui améliore l'économie du Canada. Cela dit, l'une des discussions avec les Américains qui me permet d'être optimiste quant aux progrès que nous pouvons réaliser porte précisément sur la sécurité énergétique à laquelle les Américains aspirent. Ils nous parlent de toutes sortes d'exemples provenant de votre province et d'autres provinces, comme le gaz naturel.
Des discussions sont en cours avec les États‑Unis au sujet de la collaboration énergétique. Le président Trump parle de « domination énergétique ». Dans ces circonstances, le Canada peut être un partenaire constructif pour les États‑Unis, et ces conversations m'encouragent. Il est difficile d'imaginer un scénario où il ne serait pas avantageux de faire comprendre à l'administration américaine notre désir de collaborer avec elle sur des questions aussi importantes que sa sécurité énergétique. J'ai eu cette conversation avec votre première ministre, qui s'est également montrée très active et constructive dans le cadre de ses engagements avec l'administration américaine et avec des membres influents de cette administration.
J'espère que tout cela nous permettra d'améliorer notre position de négociation dans tous les secteurs de l'économie canadienne. C'est un avantage considérable, contrairement à... Ce n'est en aucun cas une épée. C'est un bouclier qui a un effet positif.
:
Merci beaucoup, madame la présidente.
Je vous souhaite la bienvenue, messieurs les ministres.
Je souhaite également la bienvenue aux gens qui soutiennent l'équipe du Canada. C'est bien gentil d'être avec nous.
C'est avec grand plaisir que je siège au Comité permanent du commerce international. J'y ai déjà siégé de 2016 à 2018. J'étais là quand on a signé l'Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne, l'Accord de partenariat transpacifique global et progressiste et l'Accord Canada—États‑Unis—Mexique.
Monsieur LeBlanc, on a beaucoup entendu parler de la défense et des investissements qu'on peut faire. Vous êtes déjà venu dans ma région, dans les Basses-Laurentides. On y trouve une importante industrie de l'aéronautique, mais aussi une industrie du transport.
J'aimerais savoir comment on peut s'assurer que nos investissements en matière de défense entraînent des retombées. Oui, il y a les États‑Unis, mais, si on investit autant, comment peut-on s'assurer de retombées dans nos marchés?
Dans la région de Montréal, c'est très important.
:
Vous avez absolument raison. J'ai eu le privilège de visiter certaines entreprises et de rencontrer avec vous des entrepreneurs de votre région. Je suis tout à fait conscient que le Québec, comme d'autres régions du Canada, dispose d'une capacité d'innovation en aérospatiale, dans le secteur de la construction navale, et j'en passe. J'ai été très encouragé par la réunion que j'ai eue avec le premier ministre Legault. Il était tout à fait enthousiaste à l'idée de collaborer avec nous pour approfondir les avantages d'une stratégie ou d'une politique industrielle de la défense.
Nous nous sommes engagés à augmenter les dépenses pour les Forces armées canadiennes, et nous l'avons fait. L'important est de maximiser les bénéfices pour les entreprises et les travailleurs au Canada à long terme.
Cela dit, nous pouvons faire les deux. Je ne suis pas expert dans les achats de la défense, mais certains produits ou certains systèmes très précis seront probablement toujours plus faciles d'accès chez certains fournisseurs des États‑Unis ou d'autres partenaires européens. Toutefois, nous avons aussi une occasion extraordinaire de développer des industries à long terme au Canada.
D'après nos discussions, les Américains sont contents de l'augmentation de nos dépenses pour les forces armées. Ils sont toujours en train de nous parler des industries américaines qui peuvent être des partenaires du Canada. Nous leur parlons aussi d'un secteur important pour nous, un secteur local au Québec et partout ailleurs au Canada, qui devrait améliorer la coopération entre nos deux pays sur le plan des industries de la défense. Ça permettra aussi de renforcer la coopération avec d'autres partenaires que le a rencontrés en Europe.
Peut-être M. Sidhu pourrait-il ajouter quelque chose.
:
Le secteur de l'aérospatiale est très important et occupe une place considérable au Québec. Je me suis entretenu avec des représentants de Bombardier et MDA Space au sujet de possibilités en matière de défense. Dans environ dix jours, je me rendrai en Italie avec une délégation. Bon nombre des délégués viendront du Québec — des représentants d'entreprises établies au Québec — pour présenter ce que nous avons à offrir. L'Italie est un partenaire important.
Parlons des dépenses globales en matière de défense. À l'heure où les pays atteignent leur cible de 2 % fixée par l'OTAN, quel rôle les entreprises canadiennes doivent-elles à jouer dans ce domaine? Il y aura des occasions d'approvisionnement d'une valeur de plus de mille milliards de dollars, ce qui représente un marché énorme. Nous devons donc montrer ce que nous avons à offrir. Lors du salon CANSEC — un salon du secteur de la défense — ici à Ottawa, plus de 50 délégations internationales s'intéressaient aux possibilités et à la capacité d'innovation que nous offrons au Canada. Il y a beaucoup de travail à faire dans ce domaine, et vous pouvez voir le mettre en valeur les possibilités et la capacité d'innovation du Canada.
En somme, ce qui compte, ce sont les emplois sur le terrain. Si l'on vend des avions, qu'est‑ce que cela signifie pour les gens du Québec? Quelles occasions peuvent en découler ailleurs au pays? L'entreprise MDA Space est située à Brampton. C'est la raison pour laquelle je tiens à en parler. Ils travaillent beaucoup avec les satellites et les capacités de défense à double usage.
Comment mettons-nous à contribution nos partenaires internes, comme Exportation et développement Canada, ou EDC? Comment soutiennent-ils le secteur de la défense? J'ai donné des orientations stratégiques à EDC, à savoir que nous devons soutenir notre secteur de la défense. J'ai aussi voulu savoir ce que nous faisions à l'interne, en tant que gouvernement, pour saisir certaines occasions d'approvisionnement ici au Canada.
Nous savons que sans les exportations, l'industrie de la défense ne sera pas viable. Notre stratégie industrielle de défense sera donc assortie d'une stratégie d'exportation de la défense, car nous devons nous assurer de faire la promotion de notre industrie de la défense, de notre secteur de l'aérospatiale et de certains produits à double usage, puisque nous savons qu'il y aura de nombreuses occasions pour beaucoup de travailleurs partout au pays.
:
Merci, madame la présidente.
Bonjour, mesdames et messieurs les fonctionnaires. Je vous remercie d'être parmi nous et de nous accorder de votre temps.
Nous avons reçu les ministres LeBlanc et Sidhu au cours de la dernière heure. Ils nous ont parlé de l'importance de créer de nouvelles occasions et de nouveaux marchés, ce qui est très noble en soi.
Ma région, la Beauce, se trouve à la frontière américaine. Nos entreprises font des affaires avec les Américains, et ce, depuis des générations. Beaucoup de ces entreprises consacrent 50 % de leurs activités à l'exportation vers les États‑Unis. On parle beaucoup de créer de nouveaux marchés dans l'avenir. Par contre, le problème des droits de douane américains se pose maintenant.
Vous êtes nos stratèges en matière de négociations commerciales pour le Canada, si je ne me trompe pas. Ma question est simple: où en sont les négociations des droits de douane américains pour ce qui est de l'acier et du bois d'œuvre?
:
Je vous remercie de votre question.
[Traduction]
Il va sans dire que cette question est très importante à l'heure actuelle. Nous sommes bien sûr très conscients de la situation à laquelle de nombreux exportateurs canadiens — notamment dans les secteurs du bois d'œuvre, de l'acier et de l'aluminium, ainsi que dans le secteur de l'automobile, et dans bien d'autres encore — font face. Nous avons déjà entendu parler d'autres questions, comme le seuil de minimis. Il y a beaucoup d'enjeux. Nous savons très bien qu'il s'agit de questions urgentes et que la diversification est bien sûr une option, mais que, pour de nombreuses industries, ce n'est pas une option qui peut être préconisée tout de suite. Nous travaillons donc sans relâche dans tous ces domaines pour voir ce qui est possible et voir où nous pourrions trouver des solutions.
Nous nous penchons également sur la question de la prévisibilité à long terme, car pour bien des gens, comme cela a été mentionné plus tôt, le problème n'est pas seulement lié à l'accès aux États‑Unis maintenant ou à ce qui se passe en ce moment. De nombreuses personnes se demandent quel est leur degré de confiance envers la situation à long terme et à quel point elles se sentent à l'aise d'investir. Nous sommes très conscients de cela.
C'est pourquoi, alors que nous nous apprêtons à examiner l'ACEUM, qui a permis à de nombreux exportateurs canadiens d'accéder à des marchés importants et a ainsi quelque peu amélioré la situation — sauf, bien sûr, pour les secteurs directement touchés —...
:
Pour l'heure, notre approche consiste à travailler avec les États‑Unis et à dialoguer avec eux afin de garantir un certain niveau d'engagement, une certaine ouverture dans nos discussions et un environnement propice à l'avancement des dossiers. Nous ne renonçons pas à cet effort, mais celui‑ci ne se limite pas à une simple négociation sur un droit de douane donné. Nous devons élargir nos efforts. Si nous voulons avancer, nous devons mettre tout le monde au courant — et c'est ce que nous faisons, par l'intermédiaire des entreprises, des administrations locales, des gouvernements des États, du Congrès et d'autres intervenants — des dommages que ces droits de douane causent à une relation mutuellement avantageuse, des dommages qu'ils causent aux Américains et des raisons pour lesquelles l'imposition de droits de douane pour traiter des questions de sécurité nationale au Canada est non seulement injustifiée — cela ne fait aucun doute —, mais aussi dommageable pour les États‑Unis.
Nous estimons que cette démarche est très importante et elle fait partie des efforts que nous déployons. Nous espérons que ce message se rendra à l'administration américaine, ce qui, selon nous, est le cas, et que nous pourrons démontrer que la situation au Canada en matière de sécurité nationale est bien différente de ce qui se voit ailleurs dans le monde et qu'il existe des solutions qui pourraient être appliquées au Canada et qui seraient avantageuses pour les deux pays. Il s'agit d'un élément très important de notre approche. Je peux vous assurer que ces efforts se poursuivent et qu'ils sont très intensifs.
Notre stratégie ne vise pas simplement à mener des négociations sur un droit de douane donné, même si c'est très important. Il faut déployer des efforts plus larges à tous les niveaux pour que les gens comprennent que le Canada est un excellent partenaire en matière de sécurité. Je vous donne des exemples. Nous devons faire valoir que si les États‑Unis misent sur le Canada pour leurs exportations d'acier, cela servira leurs intérêts en matière de sécurité. Il vaut mieux faire cela qu'autre chose. Nous devons aussi faire valoir, et nous l'avons fait, que le bois d'œuvre canadien joue un rôle important dans le dossier de l'abordabilité des logements.
Je pense que c'est en combinant ces efforts que nous pourrons aller de l'avant. C'est ce que nous sommes en train de faire, à tous les niveaux.
:
Je vous remercie de la question.
Dans l'ACEUM, également connu sous le nom d'USMCA aux États‑Unis ou T‑MEC au Mexique, l'article 34.7 énonce les dispositions et précise qu'en 2026, cinq ans après l'entrée en vigueur de l'accord, les parties procéderont à un examen du fonctionnement de l'accord et présenteront des recommandations qui seront soumises à l'examen de la Commission du libre-échange, composée des ministres des trois parties.
Cet examen était déjà prévu lorsque l'accord est entré en vigueur. On examinera ce qui fonctionne bien et ce qui pourrait être amélioré. À l'heure actuelle, les trois pays mènent des consultations publiques. Au Canada, nous menons notre deuxième série de consultations publiques afin de recueillir des observations à propos de ce que nous pourrions faire pour améliorer le fonctionnement de l'accord. Les recommandations formulées à cet égard seront examinées par les trois parties.
Voilà le contexte général relatif à l'examen.
:
Merci, madame la présidente.
Je remercie les fonctionnaires.
Je vais poursuivre avec certaines des questions sur les droits de douane imposés en vertu de l'article 232, que M. Naqvi a soulevées à la fin de son intervention. Comme nous le savons, ces droits n'ont aucun fondement. Nous avons essayé d'y répondre en présentant des faits. En ce qui concerne le fentanyl ou tout autre problème de passage à la frontière, nous avons fait un investissement colossal de 1,5 milliard de dollars pour augmenter le nombre d'agents à l'Agence des services frontaliers du Canada, ou ASFC, renforcer la sécurité à la frontière et acheter des hélicoptères Black Hawk, que nous avons maintenant.
Que pouvons-nous faire dans le cadre de cet examen de l'ACEUM pour resserrer l'application de l'article 232 et clarifier les choses? S'il y avait un problème de sécurité nationale pour les États-Unis, comment pourrait‑on l'aborder d'une manière factuelle?
:
Il y a quelques enjeux ici qui sont interreliés. Le premier concerne les droits de douane actuellement imposés aux exportateurs canadiens en vertu de l'article 232. Comme je viens de le dire, nous n'attendons pas l'examen de l'ACEUM pour agir. Nous essayons de faire ce que nous pouvons dès maintenant pour convaincre les États-Unis d'abolir ces droits.
Le deuxième aspect est l'avenir. Qu'adviendra‑t‑il demain? À cet égard, nous examinons très attentivement ce qui est possible et réalisable. Évidemment, nous aimerions qu'à l'avenir, on n'applique pas au Canada des droits de douane pour des raisons de sécurité nationale. La question est de savoir comment nous pouvons y arriver et s'il existe des options en ce sens. Nous sommes certainement ouverts aux idées et à la collaboration avec les entreprises canadiennes et américaines pour voir si c'est envisageable.
Le principal point que je veux faire valoir, c'est que nous sommes bien conscients des répercussions qu'ont les droits de douane existants, car elles sont colossales pour les collectivités de tout le Canada, et nous nous y attaquerons. Ce que nous finirons par faire dans l'examen de l'ACEUM est évidemment une chose que nous envisageons, et nous allons tenir de vastes consultations à ce sujet. Ce sera un processus à plus long terme et plus complexe.
Nous devons agir maintenant en ce qui concerne l'acier, l'aluminium, les automobiles et les pièces automobiles. Il y a maintenant de nouveaux droits de douane sur les produits du bois qui nous préoccupent. Il y a des risques dans d'autres domaines. Le cuivre en est un exemple. Nous sommes conscients de l'importance de tous ces secteurs. Nous n'allons certainement pas attendre un examen plus vaste pour nous en occuper.
En ce qui concerne les droits de douane sur le bois, les Américains savent, en toute connaissance de cause, qu'ils vont perdre leur cause. Ça arrive chaque fois. Ils perdent leur cause devant les tribunaux constitués.
Or, c'est pendant que ces droits sont en vigueur que les Américains nous mettent dans une position difficile, ardue, pour ne pas dire qu'ils nous acculent à la faillite. À tout le moins, ça retarde grandement la modernisation. De plus, ça nuit énormément à la compétitivité de l'industrie forestière d'ici.
Il y a cinq ans, quand il a été question du nouvel ACEUM, le processus de règlement des différends devait durer, en tout et partout, au maximum un an. Finalement, ça a duré un an pour la seule période de poursuite. On a su que les Américains retardaient souvent la nomination d'arbitres pour des raisons stratégiques.
Dans le cadre des futures discussions, le Canada prévoit-il de remédier à ça? Va-t-il tenter de revenir à un processus de règlement des différends d'une durée totale d'un an? Cela permettrait de régler les différends en moins de temps que ce l'est présentement.
:
Merci, madame la présidente.
Je remercie les témoins d'être parmi nous aujourd'hui.
Comme nous parlons de négociations, j'aimerais que nous parlions de la chaîne d'approvisionnement.
Dans ma circonscription, Beauport—Limoilou, dans la région de Québec, on trouve la porte d'entrée de l'Amérique, c'est-à-dire le port de Québec, qui est le plus ancien en Amérique. On parle beaucoup de négociations avec les États‑Unis. On parle aussi de l'ACEUM avec le Mexique, d'ouverture des marchés et ainsi de suite.
C'est la raison pour laquelle j'aimerais que vous nous parliez de la chaîne d'approvisionnement aujourd'hui. Où se trouve la chaîne d'approvisionnement dans toutes ces négociations? Qu'importe les ententes auxquelles nous arriverons et les marchés qui seront ouverts, le processus doit passer par une chaîne d'approvisionnement. Or, ça ne se change pas facilement.
J'aimerais que vous nous parliez de la chaîne d'approvisionnement et du rôle des industries, comme le Port de Québec, qui s'assurent de faire partie de tout ce processus à la fin des négociations.
:
Eh bien « nous » est un pronom qui englobe beaucoup. Certaines personnes ont peut-être été prises de court. Il y a une distinction à faire entre le fait d'être pris de court et le fait d'être pris par surprise. Je m'explique.
Nous avons tous reconnu, parce que nous avons entendu les propos du président lorsqu'il était candidat aux élections ainsi que la teneur de ces propos... Certaines personnes ont compris que nous devions nous préparer au changement. Nous n'avions pas de boule de cristal pour prédire la nature exacte de ce changement, mais nous savions que le changement était imminent. Sachez que dans les bureaux du gouvernement du Canada, lorsque nous préparions la transition, nous supposions qu'il y avait des risques, et nous examinions différents scénarios pour nous assurer d'être prêts.
Évidemment, les entreprises ne peuvent pas se préparer à ce genre de changements radicaux et spectaculaires, et lorsque des investissements ont été faits, la situation devient très problématique. C'est pourquoi nous avons été extrêmement soulagés en apprenant l'exclusion des produits visés par l'ACEUM — qui a été providentielle pour bon nombre d'entreprises — et profondément préoccupés par les droits de douane au titre de l'article 232, qui ont déjà été invoqués dans le passé. Comme je le disais, nous n'avons pas été bouleversés en les revoyant, mais nous avons été surpris dans une certaine mesure par leur portée et leur nature. Je peux vous assurer que nous avons réfléchi à toutes sortes de possibilités concernant le retour des droits de douane prévus à l'article 232, parce qu'ils figurent certainement sur cette liste.