[Français]
J'ouvre maintenant la séance.
Je vous souhaite la bienvenue à la 12e réunion du Comité permanent des ressources humaines, du développement des compétences, du développement social et de la condition des personnes handicapées.
[Traduction]
Conformément à la motion adoptée le 18 septembre, le Comité reprend son étude sur l'emploi des jeunes au Canada. Conformément au Règlement, la séance d'aujourd'hui se déroule selon une formule mixte, ce qui signifie que les députés et les témoins sont présents dans la salle ou participent virtuellement. Le greffier m'a informé que les personnes qui participent à distance ont passé le test de qualité du son. Nous sommes donc prêts à commencer.
Avant de commencer, je rappelle à nouveau aux députés de bien vouloir mettre leurs appareils en mode silencieux et de ne pas toucher la tige du micro, au risque de provoquer des bruits parasites qui sont nocifs pour nos interprètes. Je rappelle également à tous les participants de poser toutes leurs questions par l'entremise de la présidence, c'est‑à‑dire par mon entremise. Veuillez attendre que je vous donne la parole avant de parler.
Vous pouvez choisir de participer à la réunion d'aujourd'hui dans la langue officielle de votre choix. Nous disposons de services d'interprétation dans la salle. Afin d'éviter toute perturbation, veuillez trouver le canal de la langue dans laquelle vous participerez. Si vous participez virtuellement, vous pouvez cliquer sur l'icône représentant un globe situé en bas de votre Surface et choisir la langue officielle de votre choix. Si l'interprétation est perturbée, veuillez attirer mon attention en levant la main, et nous ferons une pause pendant que nous remédierons au problème.
Avant de présenter les témoins d'aujourd'hui — nous n'en avons que deux —, j'aimerais obtenir votre accord concernant deux points mineurs d'ordre administratif.
Le Comité souhaite‑t‑il approuver la rédaction par les analystes d'un communiqué de presse sollicitant des mémoires pour notre étude sur le Code canadien du travail, qui est la prochaine étape, et d'un deuxième communiqué de presse pour l'étude sur le Programme des travailleurs étrangers temporaires? Nous recommandons que les mémoires soient soumis au plus tard le 30 janvier pour l'étude sur le Code canadien du travail et au plus tard le 13 février pour l'étude sur le Programme des travailleurs étrangers temporaires. Le Comité est‑il d'accord pour que l'on rédige ces communiqués?
Des députés: Oui.
Le président: D'accord, et vous êtes d'accord avec le calendrier.
Chers analystes et cher greffier, nous avons l'approbation telle que présentée.
Merci, chers membres du Comité.
Aujourd'hui, nous accueillons dans la salle M. Andrew Tarr, directeur commercial et secrétaire financier de la section locale 787 de la United Association, HVAC&R Workers of Ontario, ainsi que M. Vultur, qui participe en ligne à titre personnel. Il est professeur.
Nous allons commencer par M. Vultur, qui dispose de cinq minutes. Allez‑y.
:
Merci, monsieur le président.
Monsieur le président, mesdames les vice-présidentes, mesdames et messieurs les députés, c'est un honneur pour moi de comparaître devant le Comité dans le cadre de cette étude sur l'emploi et le chômage chez les jeunes. Je vais structurer ma présentation en trois volets. Premièrement, je brosserai un état des lieux chiffré du chômage chez les jeunes au Canada. Deuxièmement, j'aborderai les causes et les conséquences de ce phénomène. Troisièmement, je formulerai quelques recommandations à l'intention du gouvernement.
À l'heure actuelle, au Canada, le taux de chômage chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans se situe à environ 14 %, et, dans certains groupes, il dépasse 17 %, voire 20 %. Il s'agit du taux de chômage le plus élevé depuis 2010, si l'on exclut les premières années de la pandémie de la COVID‑19. Le taux de chômage global pour l'ensemble de la population active est autour de 6 ou 7 %, ce qui signifie que, chez les jeunes, il est près de deux fois plus élevé que celui de la moyenne nationale.
En juin 2025, par exemple, chez les personnes qui effectuaient un retour aux études, le taux de chômage atteignait 17,4 %, soit une hausse par rapport à 2024. Un tel niveau de chômage chez les jeunes ne s'observe généralement que pendant les périodes de récession, et il contraste avec la résilience du marché du travail observée chez les autres groupes d'âge.
Plusieurs facteurs contribuent à ce phénomène.
Le premier est l'incertitude de la conjoncture économique et le ralentissement de la création d'emplois dans certains secteurs de l'économie. Même si le taux de chômage global reste modéré, la croissance est plus faible. Les entreprises sont plus prudentes et les secteurs prisés par les jeunes, comme le commerce de détail, l'hébergement et la restauration, qui emploient habituellement beaucoup de jeunes, montrent une activité plus faible et, par conséquent, une réduction de l'embauche.
Le deuxième facteur est l'absence d'expérience et l'inadéquation entre l'emploi et la formation. En effet, beaucoup de jeunes n'ont pas encore accumulé l'expérience requise, et leurs compétences sont mal alignées sur les postes disponibles. La haute proportion de jeunes Canadiens diplômés surqualifiés, soit plus de 33 %, est un indicateur de cette situation.
Le troisième facteur, ce sont les effets de l'intelligence artificielle. L'adoption d'outils d'intelligence artificielle par certaines entreprises et organisations a mené à l'automatisation de certaines tâches, ce qui a réduit l'embauche pour des postes d'entrée. On a d'ailleurs enregistré une diminution du nombre d'offres de stages d'été pour les jeunes. De plus, le tri automatisé des curriculum vitæ réduit les chances des jeunes sans expérience d'être recrutés.
Le quatrième facteur est une forte compétition entre les jeunes. Il y a moins de postes disponibles, mais plus de candidats. Cette concurrence a été renforcée par l'augmentation notable du nombre d'étudiants internationaux et de titulaires de permis temporaires sur le marché canadien. Ce phénomène a élargi l'offre de main‑d'œuvre et a possiblement accru la concurrence pour les postes d'entrée. Cela ne signifie pas qu'ils sont la cause principale du chômage élevé chez les jeunes, mais leur présence est un facteur contributif dans un contexte déjà tendu.
Le chômage chez les jeunes est généralement de courte durée. Il n'a pas d'effet négatif sur leur parcours dans les années qui suivent, mais le retard encouru dans l'acquisition de compétences et d'expérience à la suite d'une période de chômage prolongée a des conséquences négatives pour les jeunes et pour la société dans son ensemble.
Je pense d'abord aux conséquences individuelles. Un chômage prolongé en début de carrière peut avoir chez un jeune des effets durables sur son salaire, son employabilité et la progression de sa carrière. On observe un « effet cicatrice » chez les jeunes qui commencent leur carrière en période de récession. Leurs perspectives de carrière sont limitées, ce qui peut accentuer les inégalités intergénérationnelles, d'autant plus que les jeunes d'aujourd'hui sont plus endettés que les générations précédentes et qu'ils ont plus de difficulté à rembourser leurs dettes.
Ensuite, il y a des répercussions sur la santé mentale: le sentiment de ne pas pouvoir entrer sur le marché du travail représente un stress pour les jeunes. Il touche la motivation et mène à une perte de confiance en soi.
Enfin, le chômage des jeunes est un gaspillage de ressources humaines et entraîne des coûts économiques pour le Canada. En effet, les jeunes représentent un vivier de talents, d'innovateurs et de travailleurs potentiels dans tous les domaines de l'économie. Leur chômage réduit la productivité globale et accroît les prestations sociales et les mesures d'aide gouvernementale nécessaires.
Pour finir, je formule bien sûr quelques recommandations, que j'invite le Comité à considérer.
Premièrement, il faudrait renforcer et cibler les programmes de transition des études vers l'emploi, créer et élargir des programmes qui garantissent des stages rémunérés ou des emplois d'été de qualité pour les jeunes et favoriser une meilleure accessibilité des jeunes au régime d'assurance-emploi.
Deuxièmement, il faudrait aligner davantage la formation et les compétences sur les besoins du marché, et réviser les programmes de formation pour mieux intégrer les compétences numériques et transversales ainsi que l'expérience concrète en entreprise. Il faudrait aussi encourager les partenariats entre les écoles et les entreprises afin de garantir que les jeunes acquièrent de l'expérience pertinente avant leur entrée sur le marché du travail. En ce sens, je recommande aussi de financer des programmes de recherche sur les répercussions de l'intelligence artificielle sur l'emploi des jeunes, car il en manque cruellement.
Troisièmement, il faudrait donner des incitatifs aux entreprises afin qu'elles embauchent des jeunes. Il faudrait offrir des subventions ou des crédits d'impôt ciblés pour l'embauche des jeunes, notamment dans les petites et moyennes entreprises, dans le cadre de contrats à durée déterminée avec possibilité de reconduction. Il faut aussi encourager l'embauche des jeunes dans les secteurs en croissance, comme les technologies, les services, la transition verte et les infrastructures numériques.
Quatrièmement, il faudrait stimuler la création d'emplois de qualité et d'emplois durables dans l'économie...
:
Bonjour. Je suis le gestionnaire des affaires de la section locale 787 du syndicat HVAC&R Workers of Ontario de l'U.A., ainsi que l'administrateur du comité mixte de formation et d'apprentissage.
HVAC&R Workers of Ontario représente 5 300 professionnels du chauffage, de la ventilation, de la climatisation, de la réfrigération et de l'entretien des bâtiments. Notre compétence géographique couvre la province de l'Ontario et tous les secteurs du chauffage, de la ventilation, de la climatisation et de la réfrigération: usine, résidentiel, commercial, industriel et institutionnel. La plupart de nos membres détiennent un certificat de qualification en mécanique de système de réfrigération et de climatisation 313A, en mécanique des systèmes résidentiels 313D, ainsi que des permis liés au gaz. Nous comptons actuellement 340 entrepreneurs signataires avec la section locale 787 de l'U.A., et ils sont représentés par l'Ontario Refrigeration and Air Conditioning Contractors Association, ou ORAC. Grâce à un effort conjoint, le syndicat et l'association des entrepreneurs exploitent un centre de formation dédié à la préparation, à la formation et au perfectionnement de nos membres. Actuellement, nous recrutons entre 300 et 350 nouveaux apprentis chaque année.
Je suis honoré d'être ici aujourd'hui pour parler du chômage des jeunes. Mon expérience en la matière concerne généralement les jeunes qui souhaitent débuter une carrière dans le secteur du chauffage, de la ventilation, de la climatisation et de la réfrigération et qui ont suivi des études postsecondaires ou ont été initiés à leur métier dans le cadre d'un programme d'apprentissage pour les jeunes de l'Ontario. Chaque semaine, le syndicat reçoit en moyenne 80 demandes d'adhésion, et environ 50 % des personnes qui souhaitent le rejoindre sont de nouveaux arrivants sur le marché du travail. Nous ne vérifions pas l'âge des candidats, mais, à en juger par leur manque d'expérience, ils ont 25 ans ou moins. Le nombre de demandes d'adhésion au syndicat dépasse le nombre de places d'apprentissage ou d'emplois que le syndicat et les employeurs peuvent offrir.
Cette situation a évolué au fil des ans, car les différents gouvernements ont consacré beaucoup de temps et d'argent à sensibiliser la population à la valeur des métiers. Autrefois, ces derniers étaient considérés comme un choix de carrière de second ordre; aujourd'hui, ils deviennent un choix de premier ordre. Nous pouvons être fiers d'avoir changé la perception des métiers, mais certains signes laissent présager des difficultés. Nous refusons des candidats parce que nous n'avons pas d'emplois à leur proposer. Cette situation les frustre de plus en plus et les pousse à abandonner.
Il est difficile de déterminer pourquoi nos jeunes connaissent un taux de chômage élevé, et je ne peux pas répondre à cette question en cinq minutes. Toutefois, si vous creusez un peu, vous constaterez que plusieurs facteurs contribuent à l'augmentation du chômage chez les jeunes.
L'une des raisons, qui a toujours existé, est que les employeurs préfèrent embaucher des personnes ayant de l'expérience. Ils économisent ainsi de l'argent sur la formation. En outre, dans la plupart des cas, un nouvel employé expérimenté génère immédiatement des revenus. Il en découle une situation unique dans le secteur du chauffage, de la ventilation et de la climatisation. Les personnes expérimentées gagnent beaucoup d'argent, et il devient difficile pour les nouveaux venus d'intégrer le secteur.
Une autre raison est que, depuis plusieurs années, nous entendons tous les appels à recruter plus de travailleurs dans les métiers spécialisés, par crainte de ne pas avoir assez de personnel pour répondre aux besoins futurs. Comme je l'ai mentionné précédemment, l'intérêt accru pour les métiers spécialisés est dû aux campagnes menées récemment par divers gouvernements pour encourager les gens à se tourner vers les métiers plutôt que de s'inscrire dans une université ou un collège. Parallèlement à cette augmentation, nous constatons également l'apparition de numéros d'assurance sociale de la série 900, c'est‑à‑dire ceux attribués aux résidents temporaires. Jusqu'à il y a environ cinq ans, je n'avais jamais fait cette expérience. Il en résulte une concurrence accrue pour un nombre très limité d'emplois. En plus de la concurrence pour les emplois, les résidents temporaires sont très motivés, car la vie que leur offre le Canada est, dans la plupart des cas, meilleure que celle qu'ils avaient dans leur pays d'origine. Ils sont prêts à tout faire et, dans de nombreux cas, ils préfèrent être payés en espèces.
Pour comprendre les effets de cette situation sur le secteur, il faut d'abord comprendre ce qu'est ce secteur. Il est divisé en quatre segments: industriel, institutionnel, commercial et résidentiel. En raison des responsabilités qui leur incombent, les secteurs industriel, institutionnel et commercial ont tendance à faire appel à des entrepreneurs agréés et assurés, qui emploient des travailleurs accrédités. En revanche, le secteur résidentiel a tendance à rechercher les prix les plus bas et, dans de nombreux cas, a recours à ce que l'on appelle « l'économie souterraine ». Le secteur résidentiel du chauffage, de la ventilation et de la climatisation emploie ou pourrait employer légalement cinq fois plus de personnes que les secteurs industriel, commercial et institutionnel réunis. Dans de nombreux cas, il constitue une première expérience pour ceux qui travaillent dans les secteurs industriel, commercial et institutionnel. Lorsque l'on refuse la candidature d'une personne, que celle‑ci fasse une demande auprès d'un syndicat ou d'un entrepreneur non syndiqué, elle fera ce qu'elle pense être la meilleure chose à faire, c'est‑à‑dire créer sa propre entreprise. La première étape consiste à entrer dans l'économie souterraine, ce qui élimine les emplois de premier échelon. Il en découle un cercle vicieux.
Merci.
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Merci, monsieur le président.
Merci à vous deux pour votre témoignage.
Monsieur Tarr, le plan des conservateurs pour lutter contre le chômage chez les jeunes repose sur quatre piliers: relancer l'économie, réformer l'immigration, améliorer la formation et bâtir des logements là où se trouvent les emplois. Nous avons demandé au gouvernement de concrétiser ce projet dans le cadre de son prochain budget.
J'aimerais approfondir le deuxième pilier, celui de l'immigration, et les mesures correctives qui s'imposent dans ce domaine.
Vous y avez fait allusion dans votre témoignage, mais j'aimerais que vous nous en disiez un peu plus sur les échecs que vous avez constatés en matière d'immigration et sur les mesures que nous pourrions recommander au gouvernement afin qu'il change son approche, compte tenu de la situation que vous décrivez, à savoir une concurrence accrue causée par les résidents temporaires qui privent les jeunes de possibilités d'emploi.
:
Merci, monsieur le président, et merci à nos témoins d'être parmi nous aujourd'hui.
Fait intéressant, j'ai organisé hier une table ronde avec 13 établissements et collèges membres de Polytechnics Canada, dont certains étaient des employeurs.
Avant de quitter cette réunion, je leur ai posé une question. Je leur ai demandé quelle était la principale demande qu'ils souhaitaient que je transmette au gouvernement et plus particulièrement aux ministres concernés par ce dossier. Ils m'ont répondu: « De l'espace. Nous avons besoin de ressources pour créer plus d'espaces pour les étudiants. »
Cette demande est due au fait que, selon eux, ils forment chaque année un demi-million d'étudiants et qu'ils ont des listes d'attente pour les étudiants qui souhaitent intégrer leurs programmes.
Je me tourne vers vous deux. Votre expérience est‑elle la même à cet égard?
:
Merci, monsieur le président.
Je remercie les témoins d'être des nôtres aujourd'hui. J'ai beaucoup de questions à leur poser, alors je vais y aller rapidement.
Monsieur Vultur, vous avez dit que le taux de chômage chez les jeunes était de 14 %, mais qu'il pouvait aller jusqu'à 17 %, voire 20 % dans certains cas. Vous êtes un universitaire et un spécialiste rigoureux, et il est très intéressant de voir tous les travaux que vous avez faits.
Voyez-vous des distinctions entre les régions du Québec et du Canada, entre les groupes d'âge, entre les milieux urbains et ruraux, entre les secteurs d'emplois pour lesquels il manque des jeunes, et ainsi de suite? Nous pourrions décliner ces distinctions de façon infinie. Voyez-vous une différence entre les taux de chômage dans ces catégories?
:
Nous constatons que c'est le chômage de longue durée qui a un effet très négatif sur les jeunes. En effet, le chômage de courte durée n'a pas un effet aussi important. Quand on est au chômage pendant deux ou trois semaines, ou même deux mois, ça n'a pas un effet considérable, parce que la période de chômage est transitoire.
En juin 2025, nous avons aussi constaté que presque 22 % des chercheurs d'emploi étaient à la recherche d'un emploi depuis 25 semaines ou plus, c'est-à-dire plus de 6 mois. L'année précédente, ce taux était de 17 %. Les jeunes mettent donc de plus en plus de temps à trouver un emploi. Il s'agit d'un phénomène inquiétant pour tous les chômeurs, mais spécialement pour les jeunes, parce que, comme je l'ai déjà expliqué, ça peut avoir des conséquences très négatives sur leur début de carrière. Ça crée notamment un fort découragement. Les jeunes qui finissent leurs études, qui veulent entrer sur le marché du travail et qui ne trouvent pas d'emploi sont fortement touchés à long terme sur le plan salarial, mais aussi sur le plan de la santé mentale. En effet, ils se découragent et perdent confiance en eux-mêmes. Ensuite, ils se retrouvent dans la trappe du chômage de longue durée. Alors, il faut à tout prix éviter que ces jeunes restent au chômage plus de six mois ou d'un an. Ça fait partie de mes recommandations.
Aujourd'hui, les jeunes sont de plus en plus endettés. Dans la catégorie des jeunes de 18 à 34 ans, 66 % sont endettés et 35 % de ceux-ci ont de la difficulté à rembourser leurs dettes. Il faudrait donc aussi faciliter l'accès à l'assurance-emploi pour les jeunes, l'adapter aux emplois atypiques, saisonniers et temporaires, et assurer un meilleur taux de rémunération. Aujourd'hui, le coût de la vie est important, et les jeunes arrivent difficilement à faire face à la situation. D'ailleurs, selon de récentes statistiques, environ 40 % des jeunes nés au début des années 2000 ont vécu dans une situation d'insécurité alimentaire. C'est dans cette perspective que je recommande un accès plus facile à l'assurance-emploi pour les jeunes.
:
Merci aux témoins d'être présents cet après-midi.
J'aimerais commencer par M. Tarr.
J'ai remarqué, au cours de la conversation, que le gouvernement a fait allusion à ce que contiendra le budget et aux mesures qu'il compte prendre dans le domaine de la construction.
Je tiens simplement à souligner qu'il y a une différence entre annoncer quelque chose et passer à l'action pour que les choses se concrétisent et se réalisent. Nous sommes confrontés à une crise du logement depuis un certain temps déjà, et cette crise perdure. Nous savons, et nous l'avons entendu au sein de ce comité, que nous avons besoin de gens de métier pour construire ces logements, ce qui est ironique.
Dans vos observations liminaires, vous avez fait une remarque au sujet de l'économie du secteur résidentiel, qui privilégie les coûts moins élevés et « ce qu'on appelle l'économie souterraine ».
Qu'entendez-vous par « économie souterraine »?
:
Merci beaucoup, monsieur le président.
Je remercie beaucoup les deux témoins de s'être joints à nous cet après-midi pour notre étude très importante qui porte sur un sujet qui l'est tout autant.
[Traduction]
On ne cesse d'élargir les buts et de changer les règles du jeu.
J'aimerais commencer par M. Tarr.
Vous avez parlé de formation, de l'importance et de l'utilité du Programme pour la formation et l'innovation en milieu syndical, ou PFIMS. Nous venons d'annoncer un financement supplémentaire de 75 millions de dollars pour les trois prochaines années pour maintenir ce programme, notamment parce que nous voulons nous assurer d'avoir la main-d'œuvre nécessaire, des travailleurs qualifiés, pour contribuer au programme Maisons Canada et appuyer l'ensemble de nos investissements dans la construction de logements abordables. Aimeriez-vous faire des commentaires à ce sujet?
D'autres programmes ont été prolongés, comme les subventions aux apprentis et les prestations d'assurance-emploi. D'après ce que vous dites, il semble que les jeunes reçoivent de la formation, mais qu'ils ne trouvent pas nécessairement d'emploi par la suite, à moins d'avoir été formés par les syndicats, je suppose.
:
Merci, monsieur le président.
Monsieur Vultur, je vais vous poser une autre question.
Vous avez parlé de l'inadéquation entre les besoins du marché du travail et les formations des jeunes, qui sont souvent surqualifiés. Vous avez mentionné à plusieurs reprises que 33 % d'entre eux sont surqualifiés. En fait, le terme juste serait plutôt « surscolarisés », selon ce que j'entends. C'est certain que, depuis la Révolution tranquille, la scolarisation aux niveaux collégial et universitaire a énormément augmenté. C'est le cas au Québec, et c'est la même chose dans l'ensemble du Canada.
Je me demandais s'il y avait un lien à faire avec le fait que bien des gens prennent leur retraite. Je pense à ma propre réalité: mon père et mon grand-père travaillaient dans le domaine industriel, comme journaliers, par exemple. Ces gens disparaissent du marché du travail et laissent un vide qu'il faudrait combler, comme vous l'avez dit. Vous avez parlé de sensibiliser les jeunes à l'intérêt des métiers comme ceux d'électricien ou de plombier, entre autres.
Pensez-vous qu'il y aurait quelque chose à faire aussi sur le plan de la scolarisation? Je vous donne un exemple. Je sais que ça relève du Québec, mais il faudrait peut-être imposer des contingentements pour certains métiers. Quelles solutions entrevoyez-vous pour doter les postes dans ces métiers qui sont peut-être boudés actuellement, malheureusement?
:
Merci. Vous me mettez sur la sellette.
Je pense qu'en général, les gens de métier peuvent trouver du travail beau temps, mauvais temps.
Nous avons parlé de l'économie souterraine, et je vais être honnête: lorsque je me suis marié, j'ai acheté une maison dont la toiture était à refaire. J'ai fait un ou deux petits boulots pour payer la toiture, parce que les affaires tournaient au ralenti. Si je n'avais pas été une personne de métier, je n'aurais probablement pas pu le faire.
Les métiers permettent aux gens de faire des choses que ceux qui étudient la comptabilité ne peuvent pas faire.
Je suis un travailleur de métier, alors je suis totalement favorable aux métiers.
:
Merci, monsieur le président.
Bonjour, monsieur Tarr. Je vous remercie de vous être déplacé pour participer à notre étude sur l'emploi des jeunes au Canada.
Avant de commencer, je dois avouer que je suis frigoriste de métier, au même titre que mon collègue est électricien. J'aimerais profiter de l'occasion pour envoyer un petit message à tous mes anciens collègues, que je vais peut-être rejoindre dans l'avenir. Je m'adresse aux femmes et aux hommes qui exercent des métiers spécialisés dans le domaine de la construction: chaque jour, vous bâtissez, vous réparez et vous faites avancer notre société par vos compétences manuelles et en faisant preuve d'intelligence, de passion et de dévouement. Je vous en remercie grandement.
Monsieur Tarr, vous avez souligné l'importance de la mobilité des travailleurs. D'ailleurs, le gouvernement fédéral finance le Programme du Sceau rouge pour l'harmonisation interprovinciale des métiers au moyen de mesures fiscales en faveur de la mobilité de la main-d'œuvre. Pensez-vous qu'une plus grande harmonisation entre les systèmes fédéral et provinciaux pourrait aider les jeunes à trouver un emploi plus rapidement? Comment cette harmonisation s'intégrerait-elle à votre idée d'avoir une stratégie canadienne pour les métiers?
Je suis heureuse de vous entendre parler de ce sujet, étant du secteur des métiers. J'aimerais que nous abordions la question des marchés de l'emploi régionaux et de l'avenir.
J'aimerais poser deux questions à M. Vultur, pour commencer, puis j'aurais une question pour nos deux témoins.
Monsieur Vultur, nous vous remercions d'être avec nous aujourd'hui. Je pense à ce que vous avez dit au sujet de l'intelligence artificielle et de l'automatisation, et sur notre fierté quant aux développements en matière d'intelligence artificielle au pays, puisque nous sommes parmi les meilleurs au monde à cet égard. Je pense à l'avenir des jeunes dans ces secteurs d'emploi.
Selon vous, de quelle façon l'automatisation, l'intelligence artificielle et les transitions écologiques façonnent-elles les emplois qui seront offerts aux jeunes dans les 10 ou 20 prochaines années?
:
Un des grands problèmes qui se posent actuellement, c'est de savoir dans quelle mesure l'intelligence artificielle contribue au chômage des jeunes. Il n'y a pas vraiment d'étude à ce sujet. J'ai déjà recommandé au Comité d'en mener une, puisqu'il serait intéressant de voir quelles sont les conséquences de l'introduction de l'intelligence artificielle pour les jeunes.
Actuellement, on constate que l'automatisation de tâches basiques contribue à réduire le nombre d'emplois d'entrée pour les jeunes sur le marché du travail. Je pense entre autres aux stages pour les jeunes peu qualifiés de même que pour les étudiants d'université qualifiés. Par exemple, les stagiaires en droit sont de moins en moins nombreux, parce que l'intelligence artificielle permet de faire des recherches dans une immense base de données de jurisprudence et de textes réglementaires, en plus de synthétiser et d'analyser l'information. Ces emplois d'entrée pour les jeunes sont en train de disparaître. Il y a une baisse du recrutement de stagiaires, mais il y a une reconfiguration de leur rôle; les jeunes peuvent piloter les outils, vérifier et contrôler ce que fait l'intelligence artificielle, le temps qu'ils acquièrent plus de compétences et de responsabilités.
On observe également que les jeunes ont l'avantage de maîtriser des outils auxquels leurs futurs employeurs ne sont pas encore accoutumés. Ils peuvent, par conséquent, être recrutés pour faire une surveillance inversée, c'est-à-dire pour apprendre eux-mêmes à leurs employeurs comment utiliser l'intelligence artificielle. C'est un effet qu'on observe sur le marché du travail. En général, de nouveaux métiers vont apparaître en raison de l'intelligence artificielle, mais probablement que l'effet premier sera des pertes d'emploi dont souffrira la main-d'œuvre des jeunes.
:
À mon avis, le gouvernement fédéral pourrait faire deux choses importantes à l'intention des jeunes.
Tout d'abord, il pourrait offrir des subventions ou des crédits d'impôt ciblés pour l'embauche des jeunes. Par exemple, il pourrait offrir un crédit d'impôt pour un premier emploi. C'est le cas au Québec, mais ça pourrait s'étendre au niveau fédéral. Il pourrait aussi créer des programmes de premier emploi pour les jeunes diplômés. Une exonération partielle des charges sociales pourrait aussi être accordée lors de l'embauche de travailleurs de moins de 25 ans.
De plus, les jeunes ont une bonne situation lorsque l'économie va bien, alors le gouvernement pourrait stimuler l'industrie innovante en vue de générer des emplois qualifiés pour les jeunes diplômés. Il pourrait soutenir, par exemple, les incubateurs et les entreprises technologiques en démarrage. J'ai parlé du nouveau secteur de l'intelligence artificielle, qui est en essor. Le gouvernement pourrait mettre en place du mentorat intergénérationnel, par exemple d'anciens cadres qui accompagnent de jeunes entrepreneurs. Il pourrait également offrir des subventions d'amorçage pour les jeunes fondateurs d'entreprises dans le secteur de l'intelligence artificielle.
Il s'agit de quelques idées à propos de ce qui pourrait être fait.
:
Merci, monsieur le président.
Les deux témoins ont parlé d'un enjeu critique au sujet de la formation et des emplois: la formation doit être perçue comme un moyen pour arriver à une fin. Elle est utile parce qu'elle prépare les gens au travail et les mène vers l'emploi. L'un des problèmes avec ce type d'infrastructure, c'est qu'il y a une pensée erronée voulant que la formation soit une fin en soi plutôt qu'un moyen d'avoir une bonne carrière... un moyen d'avoir un emploi.
Vous avez tous deux parlé d'une certaine disparité.
Monsieur Tarr, vous avez fait valoir que, pour les syndicats de façon particulière, vous formiez des gens que vous pouviez embaucher. Vous faites un lien clair entre la formation et l'emploi. Ce lien n'est pas fait dans d'autres types de programmes. Certaines personnes qui viennent à vous ont suivi toutes sortes de formations et sont déçues parce qu'elles n'ont pas mené à un emploi.
Monsieur Vultur, vous avez parlé du phénomène des personnes ayant des compétences postsecondaires qu'elles n'arrivent pas à utiliser sur le marché du travail en raison de cette disparité entre la formation et l'emploi... Les gens perçoivent la formation comme une fin en soi plutôt que comme un moyen d'obtenir un emploi.
C'est pourquoi l'un des piliers clés du plan d'emploi pour les jeunes des conservateurs est d'adapter la formation afin qu'elle corresponde aux besoins du marché du travail. Nous proposons notamment d'offrir une plus grande aide financière aux étudiants qui souhaitent acquérir des compétences recherchées. Nous avons aussi proposé — et ce, bien avant que le gouvernement ne commence à en parler — une augmentation importante du financement du Programme pour la formation et l'innovation en milieu syndical. Nous croyons que c'est important, et c'est ce que nous proposons depuis longtemps.
J'aimerais vous entendre tous les deux à ce sujet. Monsieur Vultur, vous pouvez peut-être répondre en premier.
Comment pouvons-nous adapter la formation afin qu'elle s'harmonise mieux au marché du travail et que les gens soient formés pour des emplois qui existent, et non dans le simple but d'être formés?
:
Oui, d'autres pays utilisent des modèles, par exemple divers programmes.
J'ai mentionné la Nouvelle‑Zélande, où on accorde des subventions directes aux employeurs pour qu'ils embauchent des jeunes travailleurs à temps plein tout en les formant. Ce modèle n'existe pas ici.
À l'échelle du Canada, le modèle québécois des carrefours jeunesse-emploi est très bon et pourrait être élargi à l'échelle du pays.
En Grande‑Bretagne, on mise sur les compétences transversales, donc des cours techniques professionnels qui permettent d'acquérir diverses compétences pour entrer sur le marché du travail.
Il y aurait aussi le modèle de la formation duale, utilisé en Allemagne, où on utilise beaucoup les stages en entreprise. Dans le cadre des formations, la moitié du temps est passé en classe et l'autre moitié est passée en entreprise. Je pense qu'on pourrait importer ce modèle de formation au Canada afin de mieux arrimer les besoins du marché du travail et le système de formation. Il faut dire qu'il y a un décalage entre ces deux types de formation, parce que chaque système a son objectif. L'université, par exemple, a pour but de produire des diplômés, et le marché du travail a pour but d'avoir des travailleurs qualifiés qui ont des compétences immédiatement applicables sur le marché du travail.
Ce sont donc ces modèles qu'on peut aller chercher. Évidemment, il y en a d'autres qu'on pourrait utiliser.
:
Merci, monsieur le président.
Monsieur Vultur, j'ai une dernière question à vous poser.
Vous êtes professeur titulaire au Département de sociologie de l'Université Laval. Vous avez rédigé deux ouvrages sur la surqualification, entre autres, mais également un ouvrage qui est le résultat, en quelque sorte, d'une étude comparative sur le rapport des jeunes au monde du travail en France et au Québec.
On parle beaucoup de facteurs extrinsèques, comme le contexte économique et l'accès à l'éducation supérieure, mais avez-vous aussi noté des facteurs intrinsèques, c'est-à-dire des facteurs qui viennent des jeunes eux-mêmes?
Sensibiliser les jeunes à certains métiers pourrait être une solution, mais qu'est-ce qui fait que des postes ne sont pas pourvus? Je ne veux pas dire que c'est la responsabilité des jeunes, mais j'aimerais savoir pourquoi ils n'osent pas occuper des métiers qui pourraient être intéressants pour eux et pour l'ensemble de la société.
:
Merci, monsieur le président.
Monsieur Tarr, je ressens le besoin de préciser certaines choses.
J'ai fait une recherche rapide sur Google. Il s'avère qu'en septembre 2025, l'organisme Emploi et Développement social Canada du gouvernement fédéral a soumis cinq établissements postsecondaires à un examen et a envisagé de suspendre leur admissibilité à l'aide financière aux étudiants accordée par le gouvernement fédéral, invoquant un risque financier pour les étudiants et le gouvernement.
Vous n'avez pas tort de dire qu'il y a des écoles de métier qui reçoivent des fonds fédéraux et qui ne donnent peut-être pas de résultats. Si ce n'était pas le cas, je ne crois pas qu'EDSC aurait suspendu le financement dont bénéficient ces cinq établissements. Je tiens simplement à ce que cela figure au compte rendu. Vous avez dit quelque chose que beaucoup de gens pensent, selon moi. J'en entends parler dans ma région. Il semble y avoir un décalage. Les gens se demandent pourquoi un établissement reçoit une partie du financement du gouvernement alors qu'il n'y a pas nécessairement de résultats.
En général, c'est ce que je reproche au gouvernement libéral en ce moment. Il se concentre beaucoup sur l'argent qu'il dépense — des sommes considérables —, mais ne se concentre pas beaucoup sur les résultats qu'il en obtient. Vous avez parlé de la pénurie de gens de métier qualifiés. Je pense qu'il y a un problème avec le processus. Le gouvernement ne semble pas comprendre que, si on n'aide pas l'apprenti de première année, il sera très difficile d'avoir un apprenti de deuxième année. Si on n'a pas d'apprenti de deuxième année, on ne peut pas avoir un apprenti de troisième année. Si on n'a pas d'apprenti de troisième année, on ne peut pas avoir d'apprenti de quatrième année. Et si on n'a pas d'apprenti de quatrième année, on ne peut pas obtenir la certification Sceau rouge. Il me semble que ce n'est pas sorcier. C'est un calcul très simple.
Est‑ce quelque chose que vous constatez au sein de votre syndicat?
Je vais commencer, mais je vais probablement partager mon temps de parole.
Je remercie la députée d'en face d'avoir soulevé l'exemple des cinq collèges sur lesquels se penche EDSC, car ils ne suivent peut-être pas les règles correctement. Cela nous ramène aux garde-fous du système dont parlait ma collègue.
Monsieur Tarr, lorsque vous avez dit tout à l'heure qu'il y avait des collèges... Nous avons un système en place pour examiner la façon dont les bénéficiaires reçoivent ces fonds et les utilisent, et je pense que cet exemple le démontre bien.
Il y a également eu des discussions sur les mesures que nous avons prises pour améliorer la situation et créer des emplois. J'attirerais simplement votre attention sur l'entité Maisons Canada. Nous avons dit très clairement que nous recommençons à construire des logements abordables. Ce seront des projets concrets qui donneront du travail à de vraies personnes. Un premier cycle de 4 000 projets a été annoncé, et nous utiliserons des terres fédérales.
J'en arrive au point que je veux faire valoir. Il en va de même pour le pipeline Trans Mountain. Je sais que nos collègues conservateurs aiment dire que nous sommes le parti anti-énergie. Ce n'est pas le cas. Nous sommes le parti de l'exploitation responsable de nos ressources, et le pipeline Trans Mountain a créé des milliers d'emplois pendant sa construction et continue d'aider l'industrie énergétique dans l'Ouest.
J'ai été intriguée par ce que mon collègue, M. Genuis, a dit plus tôt au sujet des prêts et des subventions pour aider les étudiants. Nous avons déjà un programme fédéral de prêts assez généreux pour les étudiants. J'aime beaucoup l'idée d'offrir un meilleur soutien aux étudiants qui se lancent dans les métiers. Pensez-vous que des prêts supplémentaires, ou peut-être de meilleurs prêts à de meilleurs taux, ou des subventions, seraient plus utiles? Ma question s'adresse peut-être à vous deux.
Monsieur Tarr, voulez-vous commencer?