:
Bonjour, mesdames et messieurs. Il est 11 heures. Le greffier m'informe que nous avons le quorum, nous allons donc commencer la réunion n
o 9 du Comité permanent des ressources humaines, du développement des compétences, du développement social et de la condition des personnes handicapées.
Conformément à la motion adoptée le jeudi 18 septembre 2025, le Comité se réunit pour étudier l'emploi des jeunes au Canada.
La réunion d'aujourd'hui se déroule dans un format hybride, conformément au Règlement de la Chambre. Les membres comparaissent en personne, dans la salle, ou sur Zoom. J'aimerais passer en revue quelques points. Les témoins qui comparaissent en ligne ont effectué les tests de son. Tous les membres peuvent participer dans la langue officielle de leur choix. Pour les personnes présentes dans la salle, assurez-vous d'avoir votre oreillette et d'utiliser le canal approprié pour la langue de votre choix. Pour les personnes qui comparaissent virtuellement, veuillez utiliser l'icône, au bas de votre écran, pour choisir la langue officielle que vous souhaitez. Si les services d'interprétation sont interrompus, veuillez m'en informer, et nous suspendrons la séance le temps de régler le problème. Pour ceux qui sont en ligne, utilisez l'icône « Lever la main » pour vous adresser à moi. Nous ferons la même chose.
De plus, pour le bien de nos interprètes, je vous demanderais de couper le son de tous vos appareils pour qu'ils ne sonnent pas pendant la réunion. Veuillez éviter de tapoter la perche du microphone. Cela peut provoquer des bruits parasites, un problème pour nos interprètes. Veuillez également attendre que je vous nomme avant de parler et veuillez adresser toutes vos questions à moi, le président.
Nous allons commencer la réunion d'aujourd'hui qui se déroulera en deux séances d'une heure. Dans le premier groupe de témoins qui s'exprimeront aujourd'hui sur l'emploi des jeunes, j'aimerais souhaiter la bienvenue à M. Christopher Worswick, professeur, qui comparaît à titre personnel; et à M. Timothy Lang, président et directeur général des Services d'emploi pour les jeunes, qui comparaît virtuellement.
Chaque témoin aura cinq minutes pour présenter son exposé. Si vous dépassez le temps alloué, je vous dirai « Merci », et à ce moment‑là, vous devrez rapidement conclure.
Sur ce, je commence par M. Worswick, pour cinq minutes ou moins, s'il vous plaît.
:
Merci à tous de me donner l'occasion de témoigner devant le Comité et de répondre à toutes vos questions.
Selon moi, la récente augmentation du chômage chez les jeunes au Canada est inquiétante, et elle est probablement due, d'abord, au récent ralentissement de l'économie canadienne à la suite des droits de douane imposés par les États-Unis et des menaces d'en imposer d'autres, puis à l'augmentation récente et rapide de la population canadienne, principalement attribuable à une augmentation sans précédent d'une population de résidents temporaires.
Quand on réfléchit à la question en s'appuyant sur les arguments économiques fondamentaux de l'offre et de la demande, on voit que la courbe de l'offre de travail dans le secteur des services à faible revenu de l'économie canadienne s'est fortement déplacée juste avant que la courbe de la demande de travail ne se déplace en raison de l'affaiblissement de la demande globale, au Canada. Ces deux effets devraient chacun entraîner une baisse des salaires pour ce segment du marché du travail, et, puisque ces travailleurs touchent presque le salaire minimum, l'un ou l'autre des effets pourrait entraîner un taux de chômage plus élevé chez les jeunes.
Il est difficile de savoir quel poids ou quelle importance il faut accorder à chacune de ces causes potentielles. Cependant, la deuxième cause est sans aucun doute importante, et la circulation des résidents temporaires qui entrent au pays ou en sortent relève certainement du contrôle du gouvernement fédéral; mes observations porteront donc sur les aspects politiques.
L'augmentation de la population de résidents temporaires était essentiellement due à une augmentation dans trois groupes: le Programme des travailleurs étrangers temporaires, le PTET; le Programme de mobilité internationale; et la population d'étudiants étrangers.
J'ai repris quelques commentaires d'un article d'opinion que j'ai écrit sur ce sujet et qui a récemment paru dans le Globe and Mail.
En réponse à la polémique à propos du Programme des travailleurs étrangers temporaires qui a éclaté initialement sous le gouvernement Harper, M. Pierre Brochu, M. Till Gross et moi‑même avons étudié les répercussions de ce programme sur le marché du travail dans un article paru dans la Revue canadienne d'économique en 2020. Dans notre modèle, les travailleurs ont une intensité de travail élevée qui se traduit par une plus grande productivité dans les situations où le salaire versé est plus élevé que leur meilleure solution de rechange.
Pour les citoyens canadiens et les résidents permanents, la solution de rechange à un emploi au Canada est probablement un autre emploi au Canada avec un salaire similaire. En revanche, un travailleur étranger temporaire peut préférer de loin un emploi au Canada à celui qu'il occuperait dans son pays d'origine, puisqu'un travailleur étranger temporaire n'est pas normalement autorisé à changer d'emploi au Canada. Par conséquent, un travailleur étranger temporaire aura une intensité de travail plus importante et pourrait être disposé à tolérer les activités illégales de son employeur, comme des conditions de travail dangereuses et la retenue d'une partie de son salaire.
Le PTET peut non seulement ralentir la hausse des salaires, mais aussi entraîner une chute des salaires. Les employeurs pourraient anticiper l'intensité de travail élevée des travailleurs étrangers temporaires et offrir un salaire moins élevé, au départ, quand ils publient l'offre d'emploi destinée aux Canadiens, car, si le poste n'est pas pourvu, cela signifie qu'ils peuvent embaucher un travailleur étranger temporaire, et que l'entreprise empochera des profits plus élevés. Les programmes de mobilité internationale et les programmes d'étudiants étrangers connaissent les mêmes enjeux, et la hausse du nombre de personnes dans les trois programmes a donc probablement nui aux perspectives d'emploi des jeunes Canadiens.
À l'inverse, les programmes d'immigration permanente n'ont pas ces problèmes, car les droits des immigrants permanents sont presque identiques à ceux des citoyens canadiens. Par conséquent, on peut élargir le marché du travail canadien à l'aide de l'immigration permanente plutôt qu'à l'aide des travailleurs étrangers temporaires. Ralentir le PTET, ou même le supprimer, ne doit pas nécessairement limiter le nombre d'étrangers accueillis au Canada.
Les étudiants étrangers qui travaillent hors campus pourraient menacer davantage les perspectives d'emploi des jeunes que les travailleurs étrangers temporaires. La hausse du nombre d'étudiants étrangers au cours des cinq dernières années, en particulier dans les collèges ontariens, à laquelle s'ajoutent des règles plus souples quant au nombre d'heures travaillées, a entraîné une forte augmentation de l'offre de travailleurs dans le secteur des services à faible revenu.
Le Canada doit revenir à des restrictions plus sévères sur les heures de travail hors campus pour limiter la concurrence entre les travailleurs étrangers et les jeunes travailleurs à faible revenu. Il faut contrôler plus étroitement le nombre d'étudiants étrangers et, idéalement, les limiter aux programmes d'études postsecondaires menant à des revenus supérieurs à la moyenne canadienne après obtention du diplôme, car ces étudiants sont d'excellents candidats à la résidence permanente en tant qu'immigrants économiques.
Il faut également envisager de supprimer le programme des travailleurs étrangers temporaires, surtout dans les domaines où ces travailleurs font concurrence aux jeunes Canadiens. Le programme pourrait être remplacé par une immigration permanente plus importante. Nous devrions également examiner le programme de mobilité internationale pour voir s'il est possible de supprimer ou de limiter cet ensemble de visas.
Merci.
:
Merci, monsieur le président, et merci, mesdames et messieurs les députés. Je suis heureux d'être ici.
Je m'appelle Tim Lang et je suis président et directeur général des Services d'emploi pour les jeunes. Nous fournissons des services à près de 15 000 jeunes par an, et nous avons des partenaires dans tout le Canada. La plupart de nos bureaux se trouvent dans la région du Grand Toronto et ailleurs en Ontario, mais si vous me permettez une petite digression, j'ai le plaisir de me joindre à vous depuis la Saskatchewan, dont je suis originaire... la Saskatchewan et Winnipeg.
Je dis cela uniquement parce que cela me rappelle mon père, qui a été membre du Cabinet pendant environ 11 ans, dans les années 1960 et 1970. Merci beaucoup pour votre travail acharné et votre dévouement. Quand j'étais enfant, j'ai bien sûr été un témoin direct des sacrifices que vous faites tous, je vous remercie donc de servir le Canada. Je mentionnerai que mon père a malheureusement quitté la politique par dégoût. Les électeurs de la Saskatchewan ont fini par être dégoûtés de lui. J'espère que cela n'arrivera à aucun d'entre vous.
Je suis heureux d'être ici, aujourd'hui, pour parler, je l'espère, de véritables solutions. Il n'y a pas de solution miracle, mais il est certain qu'une partie de notre travail participe à la solution. Je vais rapidement parler du travail que nous faisons.
Nous sommes le plus grand et le plus important fournisseur de services d'emploi pour les jeunes au Canada. Comme j'aime à le dire pour plaisanter, quand nous avons commencé, les Maple Leafs de Toronto venaient de remporter la coupe Stanley. Notre organisation existe depuis longtemps.
Au cours de ces 60 années, nous avons vu l'économie passer par des hauts et des bas. Nous avons appris à nous adapter pour être en mesure de trouver un emploi aux dizaines de milliers de jeunes que nous voyons, qui sont en grande partie des jeunes qui rencontrent d'importants obstacles à l'emploi. Nous avons un taux de réussite de près de 90 %. Nous travaillons avec des dizaines de milliers d'entreprises pour donner une chance aux jeunes. Grâce à nos programmes de formation ou de counseling individuel, ils peuvent acquérir des compétences professionnelles ou des compétences de la vie courante, et nous leur faisons comprendre qu'ils vont être envoyés au tapis et qu'ils devront se relever. Nous leur donnons les compétences nécessaires pour être résilients et garder espoir. Nous travaillons ensuite avec les entreprises, le tout gratuitement, pour les aider à les intégrer dans un poste.
Nous avons aujourd'hui des programmes en matière de cybersécurité, un domaine où la demande est forte. Le gouvernement de l'Ontario a été très efficace au chapitre des métiers, et maintenant c'est le gouvernement fédéral qui s'y intéresse. C'est tellement important. Nous avons des programmes de métiers. Nous avons des programmes généraux, des programmes d'entrepreneuriat et des programmes de mentorat.
Notre nouveau domaine d'intérêt important, c'est les jeunes ayant un trouble de santé mentale. Par l'entremise de nos programmes WorkAbility, nous travaillons dans tout le pays pour aider les entreprises à comprendre l'importance de recruter des personnes ayant une déficience mentale. Ces personnes peuvent parfois devenir leurs employés les plus fidèles et constituer un atout pour l'organisation.
Tout cela pour dire que nous faisons une différence. Notre personnel de première ligne travaille tous les jours avec les jeunes, et cela fonctionne. Le rendement sur l'investissement — l'investissement dans des organisations comme la nôtre et nos partenaires dans tout le Canada —, c'est que chaque dollar dépensé rapporte le triple à l'économie.
J'ai toujours dit que le Canada est un grand pays pour bien des raisons. Deux des facteurs les plus importants sont évidemment une économie de marché solide avec des entreprises qui, je l'espère, créent des emplois et stimulent l'innovation, l'équilibre étant assuré par notre filet de sécurité sociale... essentiellement, bien sûr, notre système de soins de santé universel. Nous sommes le prochain motif d'une partie importante du tissu social qui nous garde forts et qui aide ceux qui ont besoin, non pas de la charité, mais d'un coup de main.
Je le dis parce que le travail que nous faisons porte ses fruits. Il a de réelles répercussions au quotidien. Nous avons des objectifs à atteindre. Je viens du secteur privé, qui est un environnement exigeant et axé sur les résultats, et j'ai créé cet environnement dans notre organisation parce que nous ne pouvons pas échouer: nos objectifs, ce sont de vraies personnes.
C'est quelque chose qui fonctionne. Une partie du message que je voulais vous transmettre aujourd'hui, c'est que l'investissement donne des résultats et que nous en avons besoin pour continuer. Cependant, j'admets — et je ne vais pas me faire d'amis ici parmi les personnes qui travaillent dans ce secteur —, que je suis déçu de voir que, parfois, on dépense des centaines de millions sur des organisations qui font de la recherche, qui tiennent des tables rondes et qui présentent des résultats et des données brillants et tape‑à‑l'œil, et encore d'autres données, sur des choses que nous voyons tous les jours et que nous savons. Nous recevons un investissement très modeste, alors qu'on dépense des dizaines de millions pour cela.
Je sais que vous tous dans la salle êtes d'accord pour dire que l'emploi des jeunes est important. Une étude récente de Deloitte a révélé que, si on ne fait rien, cela pourrait coûter jusqu'à 18 milliards de dollars à l'économie, d'ici 2030. Si nous agissons, l'inverse sera vrai, et cela pourrait stimuler l'économie et créer des centaines de milliers d'emplois.
J'espère que l'on voudra de plus en plus donner des ressources précieuses et rares non pas à des organisations qui font encore des recherches, mais plutôt à ce que j'appelle « des organisations porteuses de changements », comme la nôtre, qui ont une incidence avérée. Il faut bien regarder, car beaucoup d'organisations disent qu'elles ont une incidence sur la vie des gens, mais ont-elles vraiment des retombées? Est‑ce un résultat de la recherche, des consultations ou des tables rondes?
Bien sûr, il n'y a pas de solution miracle, mais nous faisons certainement partie d'un tissu social qui peut réellement aider à réduire le chômage chez les jeunes, parce que nous avons vu que cela fonctionne. Nous le faisons jour après jour.
Merci.
:
Le marché du travail est l'élément le plus évident.
Le logement pourrait peut-être aussi poser problème. Je ne me considère pas comme un expert en économie immobilière. Les logements disponibles doivent croître avec la population. Mais j'ai l'impression que cela n'a pas été le cas. Une importante augmentation de la population nécessite une expansion proportionnelle de notre système de santé publique. Je ne crois pas que cela s'est produit. J'ai vu des chiffres qui montrent que ce n'est pas arrivé.
Ce que j'appellerais les « aspects réglementés » du marché du travail sont ceux qui me préoccupent le plus. Je crois qu'il est possible de développer l'économie avec l'immigration. Vous pouvez le faire sans que les salaires baissent, même si ce n'est pas garanti, mais si l'immigration ou la migration temporaire sont concentrées dans des segments particuliers du marché du travail, vous verrez des résultats négatifs, même si vous ne voyez pas d'effets moyens.
En fin de compte, il est question de savoir si les immigrants temporaires, sur le plan de la production, remplacent les personnes qui vous préoccupent dans le marché du travail — dans ce cas‑ci, les jeunes Canadiens.
:
Merci, monsieur le président.
Merci aux témoins d'être avec nous, aujourd'hui. Merci du travail que vous faites pour soutenir les jeunes Canadiens.
Monsieur Worswick, vous avez dit dans votre déclaration préliminaire que les deux principaux problèmes qui, selon vous, ont entraîné le chômage actuel chez les jeunes sont, premièrement, l'« affaiblissement de l'économie canadienne » en raison de l'incertitude liée aux droits de douane imposés par les États-Unis et de tout ce que cela implique; et, deuxièmement, la « croissance rapide de la population canadienne ». Vous avez aussi parlé du programme des travailleurs étrangers temporaires, des étudiants étrangers et de la mobilité des travailleurs étrangers temporaires. Vous avez également dit que, de ces trois groupes, la « plus grande menace » est les étudiants étrangers.
En novembre 2024, le gouvernement fédéral a réduit les heures de travail permises pour les étudiants étrangers et ainsi que le nombre d'étudiants étrangers acceptés. Depuis, avez-vous vu que ce changement a eu une incidence sur l'emploi des jeunes?
Puisque nous essayons toujours de nous améliorer et de progresser, nous essayons toujours d'améliorer notre modèle. Nous avons un excellent modèle, mais en ce qui concerne la collaboration, un des éléments clés est, bien sûr, la collaboration avec des dizaines de milliers d'entreprises. Nous travaillons non seulement avec de grands organismes, mais aussi avec beaucoup de plus petits organismes. Nous sommes presque — surtout pour les petites et moyennes entreprises — une ressource humaine gratuite. Nous leur fournissons des talents qui sont prêts à travailler, et puis, s'il y a un problème, elles nous appellent, et nous pouvons, soit trouver un remplaçant soit travailler avec la personne concernée.
Il est certain que la collaboration dans le marché a été très importante et continue de l'être, mais elle nous permet également de connaître les nouveaux besoins. Elle nous permet de nous adapter et d'évoluer. Cette collaboration a été essentielle à notre réussite et, plus important encore, au fait que nous avons aidé des centaines de milliers de jeunes à décrocher un emploi, en partie parce que beaucoup de jeunes ne savent pas quels emplois sont disponibles. C'est pourquoi les ressources gratuites dans chaque communauté, comme la nôtre, aident les jeunes lorsqu'ils viennent chercher de l'aide, et qu'ils sont, bien souvent, et surtout dernièrement, bouleversés. Un nombre record de jeunes viennent cogner à notre porte aujourd'hui. Ils ne connaissent pas le marché du travail et les possibilités, et c'est pourquoi la collaboration est si importante.
L'autre chose, c'est que, bien sûr, chaque fois qu'il y a plus de collaboration entre les organismes de partout au pays... Puisque nous sommes vus comme le chef de file, nous aidons à fournir des curriculums ou des formations gratuitement, surtout sur la santé mentale, récemment, parce que c'est un enjeu grandissant. Chaque collaboration et chaque type de collaboration fonctionnent.
Et puis, bien sûr, le soutien essentiel du gouvernement a été fantastique lorsque nous l'avons reçu. Évidemment, il doit être maintenu ou accru. C'est pourquoi j'ai dit qu'il est parfois décevant de voir des dizaines de millions de dollars dépensés dans des organismes de recherche et ainsi de suite, alors que j'aimerais que cet argent soit dépensé dans les organismes qui agissent en première ligne, comme vous l'avez mentionné. Merci de le reconnaître.
Je remercie mon personnel de première ligne qui travaille avec les jeunes, jour après jour.
:
Merci, monsieur le président.
Je remercie les témoins de l'enrichissement qu'ils apportent aujourd'hui dans les discussions portant sur un sujet qui nous intéresse énormément.
Bien sûr, il y a la question du chômage chez les jeunes. On parle de crise. Il y a quand même des cycles, mais le taux de chômage chez les jeunes est malheureusement plus élevé que dans d'autres tranches de la population active.
Cela dit, cette question est mise en parallèle avec celle des programmes pour les travailleurs étrangers, dont les programmes pour les travailleurs étrangers temporaires.
Monsieur Worswick, vous avez parlé de vos recherches, et cela m'intéresse énormément.
Voyez-vous des différences entre la situation qui se vit dans les régions urbaines, comme Toronto, Montréal ou des grandes villes de banlieues, et les régions plutôt périphériques?
Hier, j'ai rencontré des entrepreneurs qui comptent des travailleurs étrangers temporaires parmi leurs employés. Au sein de leur main-d'œuvre, ils ne voient pas de concurrence entre les jeunes ou les étudiants et les travailleurs étrangers temporaires. Il y a plusieurs raisons à cela. Par exemple, les jeunes ne peuvent pas effectuer le type d'emploi qui est souvent à temps plein, et parfois de nuit. Aussi, ces emplois demandent parfois des compétences que les étudiants n'ont pas nécessairement.
Par ailleurs — je ne sais pas si vous avez aussi noté cet effet dans vos recherches —, même si les étudiants ont eu accès à certains emplois, il ne s'agissait pas d'emplois dits « d'entrée ». Il semble qu'une certaine tranche de la population ait laissé certains emplois mieux payés avec des avantages sociaux, dont des assurances. Les jeunes occupent donc ces emplois en commençant plutôt que ceux qui leur étaient traditionnellement destinés à mon époque, il y a une trentaine d'années.
J'aimerais que vous m'en disiez davantage à ce sujet. Par la suite, je voudrais que vous abordiez la question des travailleurs étrangers temporaires et des jeunes. Plus tard, je vous parlerai de la question des étudiants.
:
Certainement. Merci de la question.
Il y a des raisons de croire que, disons, si l'on supprimait le Programme des travailleurs étrangers temporaires, cela affecterait différents secteurs de l'économie canadienne et différentes villes plutôt que les banlieues, les zones rurales, les petites villes et les zones situées entre les deux.
Sans un programme de travailleurs étrangers temporaires, si une entreprise affiche un poste et qu'elle est incapable de le combler au salaire affiché, trois choses pourraient se produire. La première est que l'entreprise affiche le poste à nouveau à un salaire plus élevé et que des candidats postulent pour ce salaire plus élevé. La deuxième est que l'entreprise dise: « Eh bien, je dois investir dans la technologie, et ainsi, peut-être que mes travailleurs actuels seront plus productifs ou qu'il sera plus facile d'attirer des gens pour pourvoir ces postes. » La troisième possibilité est que l'entreprise fasse faillite parce qu'elle n'est pas viable avec ces salaires plus élevés.
C'est dans le cadre salarial flexible. Il n'y a pas de salaire maximum au Canada, alors les entreprises peuvent toujours annoncer un salaire plus élevé si leur rentabilité le permet, mais cela peut varier selon le type d'emploi, les régions et les niveaux d'expérience. Par exemple, je n'aime pas l'idée d'une exception pour les travailleurs agricoles, mais il est possible que ce soit la chose à faire, sinon les exploitations agricoles qui devraient peut-être trop augmenter les salaires pour que les travailleurs acceptent d'effectuer des tâches assez éloignées géographiquement et saisonnières.
L'impact sur les différents employeurs, si nous éliminons le programme des travailleurs étrangers temporaires, dépend beaucoup de ce contexte.
J'aime bien le fait de pouvoir relativiser les effets, car ils ne sont pas pareils partout. C'est aussi le cas du taux de chômage. Dans certains endroits, on s'approche du plein emploi tandis que, dans d'autres, le taux de chômage est de 20 %. Vous avez mentionné l'agriculture. Je pense aussi à la pêche.
Dans certains endroits, aller au restaurant peut être considéré comme un luxe, alors que, dans d'autres, cela peut être considéré comme un service essentiel, notamment pour les travailleurs.
Cette même logique peut aussi s'appliquer aux travailleurs étudiants. Vous avez parlé des villes, mais, dans les milieux ruraux, il y a des établissements scolaires dont l'existence repose sur le fait d'avoir accès à des étudiants étrangers. Ces derniers finissent souvent par s'installer dans nos régions qui, comme c'est le cas dans ma circonscription, ont un bilan démographique négatif. Chez moi, il y a plus de gens qui s'en vont que des gens qui y naissent ou qui y demeurent.
J'aimerais que vous me parliez des études. Il peut s'agir des établissements d'enseignement secondaire, comme des collèges ou des universités.
:
Merci, monsieur le président.
Merci à tous les témoins.
La semaine dernière, nous avons annoncé un plan conservateur pour l'emploi des jeunes, et l'un de ses piliers est de réparer l'immigration.
Monsieur Worswick, j'ai apprécié vos réflexions sur les problèmes liés aux politiques d'immigration et leur impact sur le chômage chez les jeunes.
Dans notre plan, nous avons également reconnu et souligné certaines des différences entre les zones urbaines et rurales en promettant des politiques qui aideront les employeurs à attirer des employés dans des régions éloignées grâce à des logements pour les travailleurs. Je note que, dans votre témoignage, vous avez souligné que les politiques d'immigration du gouvernement actuel ont exacerbé le chômage, particulièrement en accueillant de nouveaux immigrants dans les centres urbains, qui comptent déjà, dans bien des cas, des taux de chômage élevés. Cela montre bien qu'il y a eu un décalage entre les politiques d'immigration du gouvernement et les besoins du marché du travail.
À votre avis, au regard de la distinction entre les zones urbaines ou rurales, quels changements politiques pourraient aider les chômeurs des régions affichant un taux de chômage élevé à envisager et à saisir plus volontiers les occasions offertes dans les régions où le taux de chômage est plus faible, souvent des zones rurales ou isolées?
Merci beaucoup, messieurs, d'être ici aujourd'hui.
J'aimerais m'éloigner un peu de la question de l'immigration et parler plutôt de la réglementation. Dans la plateforme que nous avons rédigée pour les élections, et de notre mandat, nous avons parlé de supprimer certains de ces règlements et certaines de ces cloisons entre les gouvernements provinciaux ou entre ceux‑ci et les employés du secteur privé.
Je partagerai également mon temps avec mon collègue ici présent, M. Joseph, mais ma première question s'adresse à M. Lang. Merci beaucoup d'être là.
L'autre jour, j'ai lu un peu à votre sujet et sur la portée et l'étendue des activités de votre organisme, les Services d'emploi pour les jeunes. En ce qui concerne cette réglementation, j'aimerais savoir quels types de partenariat ou de collaboration avec le secteur privé nous pourrions selon vous mettre en place en tant que gouvernement fédéral afin d'améliorer notre capacité à mettre en relation les jeunes et les employeurs.
:
À mon avis, et avec tout le respect que je vous dois, je ne peux pas imaginer une collaboration entre le gouvernement et le secteur privé. Je crois que la meilleure solution serait de permettre à des organisations comme la nôtre d'aller sur le terrain et d'effectuer ce travail, en leur fournissant évidemment davantage de ressources et d'encouragements afin de garantir une meilleure collaboration à différents niveaux.
Nous travaillons avec toutes les organisations qui proposent de nombreux emplois de premier échelon aux jeunes défavorisés, mais aussi des emplois aux ingénieurs et aux titulaires d'un doctorat. Nous travaillons avec tous les types de jeunes. On pourrait dire qu'il existe déjà un système de collaboration entre le secteur privé et une organisation non gouvernementale, une ONG. Spontanément, je ne vois pas ce que le gouvernement pourrait faire de mieux, si ce n'est fournir davantage de ressources ou d'encouragements pour s'assurer que cela se produise.
Nous réfléchissons toujours à différentes manières de stimuler l'emploi chez les jeunes, et même pendant la dernière conversation avec M. Genuis... Je sais qu'un de mes amis dirige une usine de fabrication à Calgary, et je sais pertinemment qu'il a dit qu'il dépend des travailleurs étrangers temporaires. Pendant qu'il parlait, je me disais qu'il pourrait peut-être y avoir un programme où l'on encouragerait les jeunes, si les salaires sont corrects, à aller occuper des emplois là‑bas. Nous savons que dans bien des cas ils ne le feront pas, mais encore une fois, il faut tout essayer. Nous adorons faire des essais. Si cela échoue, cela échoue. Cela pourrait être un autre type de collaboration. Nous savons que dans certains secteurs — les secteurs manufacturier et, bien sûr, agricole —, bon nombre de jeunes refuseront tout simplement ces emplois, mais nous devrions peut-être essayer de les encourager par des mesures incitatives, des relocalisations et des salaires plus élevés.
En ce qui concerne la collaboration avec le secteur privé, nous faisons bien les choses. Je ne vois rien d'autre que ce qui est déjà en place.
:
Oui, merci de la question. Je suis fier de mon organisation. Encore une fois, peut-être que c'est parce que je viens du secteur privé que je la gère comme une petite entreprise... entrepreneuriale. Nous savons que chaque dollar économisé peut être utilisé pour un jeune qui n'a peut-être pas suffisamment d'argent pour même accéder à notre programme, donc nous tentons d'économiser de l'argent afin de le redonner à des jeunes pour qu'ils puissent s'acheter de la nourriture s'ils ont faim, ou des jetons pour la commission de transport de Toronto ou ce genre de choses.
Pour en revenir à votre question très importante, c'est-à-dire ce que le gouvernement pourrait faire, encore une fois, je crois fermement qu'il faut se concentrer sur les programmes axés sur les résultats, qui fonctionnent et qui font une différence, et les financer davantage. Les organisations comme la nôtre sont assez modestes, et elles reçoivent aussi un financement très modeste du gouvernement fédéral. Un peu plus de financement nous permettrait de faire beaucoup de choses, parce que nous changeons des vies tous les jours. C'est pour cette raison, je le répète, les gens de mon secteur seront irrités, parce que certains vont parfois effectivement obtenir des dizaines de millions de dollars — dix fois plus que ce que nous recevons — pour des recherches et des tables de discussion, et les ministres seront invités à témoigner et on trouvera ça impressionnant.
Même dans notre groupe de témoins, j'ai vu dans d'anciennes transcriptions que quelqu'un disait qu'un jeune au chômage développe plus de problèmes de santé mentale. Eh bien, excusez-moi d'être cynique, mais c'est une évidence. Certaines des choses sont évidentes. Nous en sommes témoins, et nous faisons nos propres recherches.
Excusez-moi pour cette longue explication, mais tout cela pour dire qu'il faut se concentrer davantage sur les organisations axées sur les résultats et s'assurer qu'elles donnent vraiment des résultats. Nous avons des objectifs à atteindre.
:
EDSC ou d'autres ministères ont déjà investi dans des organisations comme la nôtre, et nous leur disons un grand merci, mais il est évident que le dernier gouvernement a réduit le financement. On a entendu dire qu'il n'avait pas été réduit et qu'il avait tout simplement trop de demandes. C'est difficile à entendre pour moi, parce que cela veut dire que l'on a réduit le financement des organisations comme la nôtre pour financer de nouvelles organisations. C'était une erreur, selon moi, parce que le gouvernement ne comprend pas qu'il ne s'agit pas juste de compressions. Il faut licencier des gens, verser des indemnités de départ et payer des frais de location pour des locaux qui ne serviront à aucun programme.
Si les programmes fonctionnent et que les objectifs sont atteints, ils devraient au moins être maintenus, mais encore une fois, comme je l'ai dit plus tôt, j'ai vu des organisations qui recevaient des dizaines de millions de dollars, et encore une fois, qui organisent des tables rondes, qui ont des sites Web sophistiqués et qui comptent 17 cadres pour chaque poste. Dans notre organisation, mes vice-présidents jouent trois ou quatre rôles, comme dans le secteur des TI et dans les programmes. Ils font deux ou trois choses parce que nous savons que chaque dollar économisé peut aider un jeune.
J'ai vu cela, et j'espère que, à la fin de la journée, nous nous entendrons tous pour dire qu'il faut en faire plus pour les organisations qui donnent des résultats concrets, et je pense qu'il est important de se demander ce qu'est un résultat concret. J'aimerais revenir sur le...
:
Merci, monsieur le président.
Je remercie grandement les témoins d'être ici aujourd'hui.
[Traduction]
Je vais partager mon temps avec M. Joseph. Pouvez-vous me le dire, quand il restera une minute? Parfait.
Les temps sont durs pour nous, les Canadiens, et pour notre économie. Ils sont durs aussi pour les jeunes Canadiens. Je pense que nous allons régler le problème. Nous avons pris plusieurs mesures au cours des derniers mois. Je ne veux pas trop m'attarder là‑dessus.
Je veux revenir à ce qui a été dit au sujet d'une analyse, ou plutôt de l'absence d'analyse. Nous publions une enquête sur la population active chaque mois. La dernière a été publiée le 10 octobre.
J'aimerais revenir au Programme des travailleurs étrangers temporaires, parce que j'aimerais comprendre un point que les témoins précédents ont abordé. J'aimerais que ce soit clair: on utilise des travailleurs étrangers temporaires en dernier recours. Je pense qu'ils constituent 1 % de la population active. Pour un employeur, faire venir un travailleur étranger temporaire représente une charge administrative énorme, sans compter qu'il doit demander une étude d'impact sur le marché du travail et prouver qu'il ne peut embaucher personne d'autre, qu'il doit, dans de nombreux cas, verser des primes et qu'il doit trouver un logement à ces travailleurs.
J'essaie de comprendre quel serait l'argument commercial d'une petite entreprise qui dirait: « Je vais faire tout cela afin de ne pas avoir à embaucher un travailleur canadien qui est ici, chez nous. » Si vous avez la réponse, veuillez me la donner, parce que je ne comprends pas.
[Français]
Ma première question s'adresse à M. Lang. Je vais poser ma deuxième question tout de suite et j'aimerais que nous nous assurions de lui laisser du temps pour y répondre.
J'aimerais revenir à la question de ma collègue Mme Gill. Nous n'avons pas eu le temps de nous y attarder beaucoup, mais je pense que c'est une question essentielle.
Au cours des dernières années, avez-vous constaté des changements dans la nature des emplois que les jeunes acceptent d'occuper et dans la manière dont ils veulent accéder au marché du travail?
[Traduction]
Comment cette lacune est-elle créée? Comme l'a dit ma collègue, il est évident que des postes sont à pourvoir dans certains domaines, et je ne pense pas que simplement augmenter le salaire est une solution viable pour les entreprises. Sinon, elles le feraient.
Qu'est‑ce qui a changé dans la façon dont les jeunes entrent sur le marché du travail et quels genres d'emplois sont-ils prêts à accepter? Je vais m'arrêter ici.
:
Chers membres du Comité, je vous prie de reprendre vos places; nous allons entamer la deuxième heure de la séance d'aujourd'hui portant sur l'emploi des jeunes.
Je souhaite la bienvenue aux témoins. Vous pouvez parler dans la langue officielle de votre choix. Étant donné que vous comparaissez tous virtuellement, veuillez utiliser l'icône en forme de globe dans le bas de votre Surface. Choisissez la langue officielle que vous préférez. S'il y a un problème avec l'interprétation, veuillez appuyer sur l'icône « Lever la main », et je vais suspendre la séance pour que le problème puisse être réglé. Veuillez également adresser toute question à la présidence.
Chacun d'entre vous disposera de cinq minutes pour faire ses remarques préliminaires. Une fois les cinq minutes écoulées, ou après un délai de grâce, je vous remercierai, ce qui voudra dire que je voudrais que vous fassiez une conclusion rapide pour que nous puissions passer à la prochaine personne.
Sur ce, je voudrais souhaiter la bienvenue à Mme Agapi Gessesse, directrice exécutive du CEE Centre for Young Black Professionals. Je souhaite également la bienvenue à Mme Shaudia Ricketts, de la Kiewit Corporation, ainsi qu'à M. Joe Hersch, de YouthjobsCanada.
Je vais commencer par le Centre for Young Black Professionals.
Madame Gessesse, je vous cède la parole.
:
Bonjour, monsieur le président, mesdames les vice-présidentes et membres du Comité. Merci de m'avoir donné l'occasion d'être présente aujourd'hui.
Je m'appelle Agapi Gessesse. J'ai l'honneur et le privilège d'occuper le poste de directrice exécutive du CEE Centre for Young Black Professionals, une organisation qui a été fondée en 2012 après « l'été des armes », et notre mission est de créer une économie où les jeunes Noirs peuvent devenir financièrement prospères, mener une vie de qualité et contribuer à l'épanouissement du Canada.
Nous travaillons à réaliser cet objectif en fournissant des formations holistiques de la main-d'œuvre, du soutien en santé mentale, du mentorat ainsi que des partenariats stratégiques avec à la fois des employeurs et des organisations communautaires. Nous mettons l'accent sur le perfectionnement de la main-d'œuvre en relevant les secteurs où il y a des pénuries de main-d'œuvre dans le marché canadien et la manière dont nous pouvons amener des jeunes Noirs à prendre les devants en observant de manière stratégique dans quel secteur il y a les plus grandes pénuries de main-d'œuvre, et ce sont sur ces éléments que nous fondons nos programmes. Nous trouvons ensuite des employeurs qui soutiennent nos démarches, en plus du gouvernement.
Nous œuvrons en ce sens depuis près de 15 ans, et nous avons trois approches très distinctes.
La première est une approche centrée sur la personne. Celle‑ci met davantage l'accent sur les jeunes les plus éloignés du marché du travail. Nous avons des travailleurs sociaux à temps plein qui sont en mesure de soutenir un jeune non seulement dans sa formation, mais également dans la stabilisation de sa vie. Les travailleurs sociaux à temps plein œuvrent également à pallier leur insécurité alimentaire et leur insécurité au chapitre du logement. Nous avons un employeur relié à la majorité de nos programmes. Nous nous penchons sur leurs moyens de transport, sur la façon dont ils prévoient aller au travail et en revenir, et s'ils ont des enfants, sur la garde de leurs enfants. Nous mettons vraiment l'accent sur les personnes elles-mêmes et nous les soutenons non seulement lorsqu'elles participent à notre programme, mais aussi lorsqu'elles font la transition vers le marché du travail. Nous gérons les dossiers de nos jeunes jusqu'à deux ans après qu'ils ont obtenu leur diplôme.
La seconde approche est celle que nous appelons l'approche adaptée aux traumatismes. En raison du profil démographique des personnes que nous aidons, ces jeunes proviennent de toutes sortes de milieux et ont vécu des traumatismes à des degrés de gravité variés. Un traumatisme que nous voyons souvent est un traumatisme scolaire, qui a été vécu au sein de nos systèmes d'éducation et qui pourrait être lié à la stabilisation de la vie à la maison, etc. Nous avons des psychothérapeutes à temps plein pour accompagner nos jeunes qui ont besoin de soutien supplémentaire en santé mentale afin d'être prêts à faire leur entrée sur le marché du travail.
La troisième approche que nous avons adoptée est une approche adaptée à la culture, que nous avons peaufinée au cours des années où nous avons mené ce travail, et cette approche est vraiment en prise sur les compétences non techniques d'un jeune. Nous croyons en l'apprentissage par l'expérience et à l'apprentissage de choses comme le capital social: qu'est‑ce que c'est, et comment amorce‑t‑on une conversation avec ses collègues au travail qui, à l'extérieur du lieu de travail, n'ont pas nécessairement grand-chose en commun avec nous? Comment fait‑on du réseautage? Comment crée‑t‑on un profil LinkedIn? Toutes ces compétences non techniques sont vraiment cruciales sur le marché du travail.
Nous avons fait nos débuts à Toronto, et maintenant, nous sommes devenus une organisation nationale. Nous avons élargi notre portée vers d'autres centres urbains, comme Ottawa, Montréal, Edmonton et Halifax. Nous nous allions avec d'autres associations locales et organismes émergents dirigés par des Noirs afin d'alimenter notre expansion et d'être en mesure de voir les fruits de notre labeur.
Depuis notre création, nous avons maintenu un taux de rétention de 87 %, ce qui veut dire que deux ans après avoir obtenu leur diplôme, 87 % des jeunes qui sont passés par les programmes du CEE travaillent dans le secteur dans lequel ils ont été formés. Nous avons aidé plus de 4 500 jeunes, et nous ne faisons pas que les outiller pour leur entrée sur le marché du travail. Nous les soutenons également en tant qu'individus afin de les aider à imaginer le secteur dans lequel ils souhaiteraient contribuer à l'économie et la manière ils voudraient le faire. Tous nos programmes sont véritablement centrés autour d'une compétence qui ne peut pas leur être enlevée. Ensuite, c'est à eux de décider ce qu'ils souhaitent en faire — s'ils souhaitent devenir entrepreneurs, travailler de 9 à 5 ou s'ils veulent utiliser cette compétence pour devenir travailleurs autonomes. Quelle que soit la façon dont ils décident de contribuer à l'économie, c'est là où nous souhaitons voir ces jeunes s'épanouir, et nous avons pu voir 87 % des jeunes le faire.
Parmi les jeunes que nous aidons au CEE, 70 % d'entre eux vivent de l'aide sociale et 77 % de ces 70 % réussissent à quitter l'aide sociale après avoir rejoint nos programmes. Nous savons que notre modèle fonctionne, et nous savons également que notre modèle doit être davantage diffusé afin de pouvoir aider plus de jeunes. En juin 2025 — je suis certaine que ces statistiques ne vous sont pas étrangères —, le taux de chômage chez les jeunes était en moyenne, au Canada, de 14,2 %, ce qui représente le plus haut taux de chômage depuis la pandémie.
Les jeunes Noirs, malheureusement, présentent un taux de chômage de 24,4 % en date de l'année dernière. Cela représente plus du double de la moyenne nationale. En Ontario, presque un adolescent sur quatre sur le marché du travail est au chômage, et au sein de certains groupes démographiques, ce taux s'élève à 22 %. Il ne s'agit pas que de statistiques. Ces chiffres représentent un potentiel gaspillé et un bassin de talents inexploité, un problème auquel le CEE tente de remédier.
:
Bonjour, monsieur le président et membres du Comité. Merci de m'offrir la possibilité de parler de l'emploi chez les jeunes, particulièrement dans les métiers spécialisés et dans le secteur de la construction.
Je m'appelle Shaudia Ricketts, et je suis la directrice de la stratégie et du recrutement des métiers à la Kiewit Corporation, l'une des plus importantes entreprises de construction et d'ingénierie de l'Amérique du Nord. De plus, je siège au conseil d'administration du Forum canadien sur l'apprentissage, un organisme national sans but lucratif qui réunit les représentants de l'industrie, les travailleurs, les éducateurs et les représentants du gouvernement afin de renforcer le système d'apprentissage du Canada.
Dans le cadre de ces deux fonctions, je fais le même constat. Les métiers spécialisés offrent d'incroyables possibilités, et pourtant, beaucoup trop de jeunes Canadiens ont encore du mal à accéder à ces carrières, à terminer leur formation et à s'épanouir dans ces carrières.
Les métiers spécialisés sont cruciaux pour l'économie canadienne, puisqu'ils apportent une contribution de plus de 150 milliards de dollars par année au PIB et emploient 1,6 million de Canadiens. Puisque près d'un travailleur de la construction sur cinq prendra sa retraite d'ici 2030, nous devons accroître la participation des jeunes au marché et le taux d'achèvement des formations d'apprenti afin d'atteindre les objectifs en matière d'infrastructure et de logement. Par ailleurs, le taux de chômage chez les jeunes a grimpé à 14,6 %, soit le taux le plus élevé depuis 15 ans.
Ce décalage est frappant. Il y a des emplois, et il y a des jeunes, mais le pont qui les sépare demeure trop fragile pour qu'ils puissent surmonter les obstacles qui persistent.
Le premier obstacle est l'accès limité des jeunes, tôt dans leur vie, à des formations et à de l'information. Trop peu d'étudiants sont initiés aux métiers spécialisés dans les écoles. En raison du sous-financement des programmes de formation professionnelle et du manque d'orientation, de nombreux jeunes ratent l'occasion de s'engager rapidement dans cette voie; or, cet engagement est essentiel si on veut changer les perceptions et ouvrir des portes.
Le deuxième obstacle est la complexité des systèmes d'apprentissage. La diversité des règlements provinciaux et territoriaux ainsi que les processus incohérents d'attestation sèment la confusion et empêchent l'achèvement des formations d'apprentis. Une approche harmonisée est essentielle pour améliorer la mobilité et augmenter les taux d'achèvement.
Le troisième obstacle concerne les contraintes financières et les contraintes liées aux déplacements. Les apprentis doivent souvent se déplacer loin pour leurs études et payer de leur poche un logement et des outils. En raison d'un soutien financier limité, de nombreux étudiants décrochent avant la fin de leur formation.
Le quatrième obstacle concerne les lacunes en matière d'assurance-emploi. De nombreux apprentis ne sont pas admissibles à l'assurance-emploi durant leur formation ou doivent attendre avant d'obtenir des prestations. Les obstacles financiers sont la principale cause de l'interruption des études.
Le cinquième obstacle concerne les problèmes de représentation. Les femmes, les jeunes Autochtones et les nouveaux arrivants demeurent sous-représentés. De nombreuses communautés manquent de formation à l'échelle locale ou n'ont pas accès à suffisamment de mesures de soutien adaptées sur le plan culturel. Il est absolument essentiel d'éliminer ces obstacles pour faire croître notre bassin de talents.
Malgré ces obstacles, des initiatives prometteuses commencent à voir le jour partout au Canada: des programmes de mentorat et de sensibilisation qui initient les jeunes aux métiers spécialisés avant la fin de leurs études secondaires; des partenariats entre l'industrie et les peuples autochtones qui s'assurent de la pertinence culturelle des services d'aide à l'emploi; des programmes de maintien de l'effectif dirigés par les employeurs qui soutiennent les apprentis grâce à l'attestation et des initiatives fédérales, comme le Programme de service d'apprentissage, qui encouragent les petites entreprises à embaucher des apprentis de première année. Toutefois, les grandes entreprises, celles qui forment des milliers d'apprentis par année, ont été exclues de ce programme. Si nous voulons véritablement prendre de l'ampleur et pallier les pénuries nationales de main-d'œuvre, nous devons mettre en place des politiques inclusives qui mobilisent tous les employeurs, des grandes et des petites entreprises.
Pour bâtir une main-d'œuvre durable, inclusive et prête pour l'avenir et pour éliminer les obstacles que je viens de mentionner, je recommande, en tout respect, de prendre les mesures suivantes.
Premièrement, il faut mieux informer les jeunes au sujet des carrières. Il faut investir dans les installations d'atelier modernes et dans les partenariats entre les écoles et les industries et utiliser des données recueillies en temps réel sur le marché du travail pour guider les étudiants vers des métiers où la demande est forte.
Deuxièmement, il faut améliorer l'accès à l'apprentissage et élargir la portée des incitatifs. Il faut mettre en place des incitatifs fiscaux visant les promoteurs et les propriétaires industriels importants qui témoignent de leur engagement envers le perfectionnement de la main-d'œuvre, en s'assurant que tous les entrepreneurs respectent ou dépassent les exigences en matière d'embauche d'apprentis reconnues par le gouvernement fédéral. Il faut mettre en place des incitatifs fiscaux ciblés ou des programmes de financement qui encouragent les employeurs à maintenir en poste des apprentis grâce à l'attestation d'achèvement, afin de renforcer l'engagement de l'employeur au chapitre du perfectionnement de la main-d'œuvre à long terme. Il faut intégrer des mesures d'achèvement de la formation d'apprenti à l'approvisionnement public et aux contrats d'infrastructure, pour récompenser les employeurs qui forment et accréditent des apprentis. Il faut continuer d'harmoniser les normes d'apprentissage entre les provinces et les territoires afin d'accroître la mobilité, la cohérence et la reconnaissance des titres de compétence à l'échelle du pays.
Troisièmement, nous devons moderniser les programmes d'assurance-emploi. Nous devons adapter l'admissibilité à l'assurance-emploi à la nature contractuelle des métiers spécialisés et assurer un soutien continu durant les formations, en plus de mettre en place des modèles pilotes visant le remboursement des employeurs qui offrent un soutien salarial aux apprentis durant les modules de formation, ce qui renforcera le maintien de l'effectif et réduira les taux de décrochage.
Quatrièmement, nous devons réduire les obstacles financiers et les obstacles à la mobilité auxquels font face les apprentis. Nous devons fournir des mesures de soutien ciblées pour les déplacements, le logement et les outils qui permettront aux apprentis d'accéder à des formations qui ne sont pas offertes dans leur région. Nous devons augmenter les bourses non remboursables plutôt que les prêts afin de réduire les fardeaux financiers, puisqu'il ne s'est pas avéré que les modèles de financement axés sur l'endettement ont amélioré les résultats liés à l'achèvement.
Cinquièmement, nous devons accroître le bassin de travailleurs spécialisés provenant des groupes sous-représentés du Canada. Nous devons financer des programmes de préapprentissage, de mentorat et de préparation à l'emploi destinés aux femmes, aux jeunes Autochtones, aux nouveaux arrivants et aux autres groupes en quête d'équité et soutenir les partenariats de formation dirigés par des Autochtones qui reflètent les forces culturelles et communautaires et les possibilités économiques régionales.
Les métiers spécialisés donnent une raison d'être aux jeunes Canadiens et leur apportent fierté et prospérité, mais le système doit évoluer grâce à des politiques qui reflètent véritablement la manière dont les apprentis vivent, apprennent et travaillent. Le Canada a besoin d'une stratégie nationale d'apprentissage, conçue de concert avec l'industrie, les syndicats, les éducateurs et le gouvernement, non pas en vase clos, mais de manière collaborative.
Merci, monsieur le président, et merci aux membres du Comité. Je suis prête à répondre à vos questions.
:
Bonjour, tout le monde. Je vous remercie de me donner l'occasion de prendre la parole aujourd'hui.
Je m'appelle Joe Hersch. Je suis l'administrateur délégué de YouthjobsCanada. Nous sommes en activité depuis huit ans. L'organisation a été fondée en 2017.
La mission de YouthjobsCanada est de combler le fossé qui existe au Canada entre les jeunes et les jeunes à risque âgés de 15 à 30 ans et les employeurs, en offrant aux jeunes de toutes les diversités des services de base, grâce à une plateforme innovante, intégrée et unique qui propose des options graduelles visant l'établissement de relations durables entre les jeunes et les employeurs.
La vision de YouthjobsCanada consiste à offrir une ressource précieuse aux jeunes, aux jeunes vulnérables et aux employeurs du Canada afin d'améliorer les compétences qui rendent les jeunes à risque aptes à l'emploi, en les aidant à faire la transition vers le marché du travail d'aujourd'hui, et afin de réduire le taux élevé de chômage au Canada chez les jeunes de demain.
À l'heure actuelle et depuis environ 2021, nous travaillons avec le Guichet-Emplois du Canada pour qu'il communique à YouthjobsCanada les offres d'emploi dont il fait l'annonce. Nous sommes donc en quelque sorte dans une position privilégiée, et nous valorisons et respectons la relation que nous avons pu établir avec le Guichet-Emplois du Canada et EDSC.
Nous avons également eu, en toute sincérité et bien candidement, comme mission de contribuer à vraiment changer les choses et à baisser le taux élevé de chômage chez les jeunes depuis 2017. Après avoir pris note des faits saillants, d'année en année — et cela a été particulièrement frappant cette année —, nous avons tous pu constater que le taux de chômage chez les jeunes est encore très élevé.
Bien que nous constations que le programme de la SECJ apporte certains résultats probants, nous aimerions certainement poursuivre les discussions avec EDSC et le groupe de direction du programme de la SECJ pour savoir comment nous pourrions encore mieux collaborer.
Certains facteurs contribuent au taux élevé de chômage chez les jeunes. Plus tôt aujourd'hui, certaines personnes ont fait des observations à ce sujet, avec lesquelles nous sommes d'accord. Il y a des obstacles. Des personnes en situation de handicap ont de la difficulté à s'intégrer au marché du travail. Personne ne le remet en question, mais si nous voulons offrir une vraie égalité des chances, étant donné que les organisations pourraient décider de se tourner vers l'étranger, il reste encore beaucoup de travail à faire pour adapter les attentes des jeunes — nous trouvons cela encore préoccupant — en vue d'accroître la fiabilité, de réduire le roulement de personnel et d'augmenter la productivité des jeunes. Ces faits sont indéniables, à notre avis.
Les principales industries pour lesquelles nous continuons d'afficher des postes... et nous avons affiché des milliers et des milliers de postes au cours des huit dernières années, depuis que nous sommes en activité. Les trois industries principales sont la restauration et l'hôtellerie, l'industrie des métiers spécialisés et techniques et les soins de santé. Il semble que ce soit le type de poste que la plupart des employeurs peinent habituellement à combler. Les personnes qui tentent de faire une percée dans le marché du travail sont habituellement celles qui finissent par obtenir ces emplois, et c'est normal.
Dans le cadre de notre collaboration avec EDSC et les responsables du programme de la SECJ, nous aimerions qu'il y ait des ressources disponibles, non seulement pour nous, mais pour d'autres organisations externes. Il semble que le programme de la SECJ a eu brièvement des options de financement, offertes pour la dernière fois en 2023, mais nous aimerions certes recommander que cela soit envisagé de nouveau pour que les organisations puissent demander du financement et que des services de soutien soient mis en place.
Nous menons des activités assez fructueuses. Nous recevons du financement du secteur privé, et nous sommes plutôt stables sur le plan financier. Ce n'est pas nécessairement le cas des organisations qui tentent de réaliser des progrès et de régler le problème; toutefois, nous sommes disposés à collaborer avec EDSC et le groupe de direction du programme de la SECJ.
Nous avons trois recommandations à vous soumettre.
Premièrement, il faut de nouvelles options de solutions en vue d'une intégration et d'une collaboration accrues et améliorées entre la direction de la SECJ et EDSC, dans le cadre de la stratégie à laquelle participent 11 ministères fédéraux qui offrent 14 programmes fédéraux. Nous considérons que ces programmes sont bons, mais qu'ils ne sont pas nécessairement suffisants. Ils offrent une bonne porte d'entrée aux jeunes en les aidant à avoir une idée des réalités du marché du travail et en leur donnant de l'expérience de travail, mais ils ne les aident pas nécessairement à percer dans l'industrie parce que ces 14 programmes fédéraux sont dirigés par des ministères qui offrent des emplois à l'interne. Ils ne les aident pas vraiment à participer à l'économie du marché. Nous aimerions proposer qu'il y ait une plus grande collaboration professionnelle entre les responsables du programme de la SECJ, EDSC et d'autres organisations, y compris YouthjobsCanada.
Deuxièmement, nous recommandons d'envisager la mise en œuvre de programmes incitatifs destinés aux employeurs au Canada qui offriraient des options de subvention salariale afin de favoriser l'investissement dans les emplois chez les jeunes. Nous considérons que c'est plutôt essentiel parce que, de cette manière, il y aurait de l'équité du point de vue du marché et du point de vue social, chose que le gouvernement fédéral tente de favoriser.
Finalement, il faut permettre aux jeunes faisant partie de l'écosystème de l'emploi d'envisager l'avenir en leur donnant des exemples et en s'efforçant davantage de créer un lien entre les débouchés offerts par les employeurs et les produits livrables du programme de la SECJ. Nous considérons que c'est une lacune…
:
Merci, monsieur le président.
Je remercie tous les témoins. Je vais commencer par Mme Gessesse.
Comme vous l'avez mentionné, le taux de chômage chez les jeunes est très élevé — il est encore plus élevé dans la communauté que vous desservez — et, pour cette raison, nous devons clairement insister sur l'importance d'évaluer l'efficacité des programmes, en particulier les programmes qui sont financés par le public.
Vous avez parlé de l'efficacité de vos programmes, et je vous en remercie. Ces chiffres sont incroyables. Je vous félicite du travail que vous faites et des résultats que vous avez obtenus. Ces chiffres mettent en lumière l'importance de définir les résultats.
Nous avons également entendu un témoin dire que le gouvernement a dépensé de l'argent d'une manière qui est, selon les autres témoins, inefficace auprès d'organisations qui ne produisent pas de résultats. Enfin, nous avons fait mention du scandale tristement célèbre de l'organisme UNIS, mais il y a d'autres cas. Il ne semble pas y avoir une évaluation systématique des dépenses liées aux extrants.
Vous avez parlé des bons extrants. Les jeunes qui travaillent dans des domaines pour lesquels ils ont été formés durant des années ont-ils suivi des programmes de formation? Il ne suffit pas de dire que nous avons organisé un nombre xde conférences ou même que nous avons formé un certain nombre de jeunes. La question n'est pas de savoir si nous avons des programmes de formation, mais de savoir si ces programmes de formation ont permis à des jeunes de se trouver un emploi.
J'aimerais savoir comment, selon vous, nous pouvons proposer de passer d'un financement des types de formations et des programmes de soutien moins efficaces à un financement de programmes plus efficaces, et harmoniser de manière plus efficace les dépenses du gouvernement avec les extrants souhaités.
:
Un des défis auxquels le CEE a été confronté a été le processus d'appel. Bien que nous ayons un impact très élevé, nous ne sommes pas une organisation de très grande taille. Une partie du problème que nous avons éprouvé est le fait que, chaque fois que nous présentons une nouvelle demande de subvention, c'est ce qui est écrit sur le papier qui compte, et pas nécessairement le bilan de ce que nous avons été en mesure d'accomplir avec les fonds obtenus précédemment.
Un exemple qui illustre ce fait est le programme YESS — vous savez, je n'ai pas pu terminer mon exposé — un programme dont nous encourageons le gouvernement à poursuivre le financement et le soutien à des organismes comme le nôtre, mais cela n'a pas été possible pour nous jusqu'à présent. Nous avons réussi à obtenir des fonds après beaucoup de démarches pour faire connaître le travail, et avons dépassé les chiffres annoncés, comme je l'ai expliqué. Cependant, par la suite, lors de l'appel suivant, nous n'avons pas été retenus, ce qui compromet la continuité de nos efforts. Cela nuit également à notre capacité de rallier les employeurs.
Notre modèle vise vraiment à réunir les employeurs, le gouvernement et nous-mêmes, en tant que communauté, mais en réalité, les sociétés ne vont pas financer l'ensemble du programme en fonction des besoins des jeunes. Les services de soutien globaux reposent en grande partie sur les fondations et les fonds publics. Les employeurs peuvent ensuite payer pour les éléments dont ils profitent, en l'occurrence les compétences techniques ainsi que la formation et le perfectionnement de la main-d'œuvre.
Je pense que, en examinant...
:
Je suis tout à fait d'accord avec Mme Ricketts. L'élan doit venir de l'employeur. Nous ne saurions insister assez là‑dessus.
Dans nos recommandations, il y a un thème qui se dégage. Nous observons une rupture entre les efforts qui sont déployés… et je ne veux pas discréditer ni minimiser les investissements du gouvernement fédéral en matière de perfectionnement des compétences et de l'expérience chez les jeunes, mais il faut voir cela comme une équation, soit que les compétences et l'expérience en plus des possibilités donnent des résultats. C'est aussi simple que cela. En ce moment, au pays, l'équation est incomplète.
La mobilisation des employeurs est indispensable. Pour que les employeurs adhèrent à l'initiative visant à lancer cette courbe de l'emploi à l'école secondaire… Les pays instruits, les pays industrialisés dans l'Europe de l'Ouest, le font. Nous ne le faisons pas. Nous devons faire mieux à cet égard.
À court terme, il y a une rupture dans ce que nous voyons. Nous devons chercher à combler l'écart entre ce qui se passe dans l'économie de libre marché et ce dont les employeurs ont besoin. Il faut voir cela comme un investissement en capital de la part des parties prenantes, tant du côté du marché que du côté social, avec l'appui du gouvernement fédéral. Une fois que nous commencerons à changer cette philosophie pour qu'elle soit un peu plus holistique, je pense que nous commencerons à voir de réels résultats.
Je vais m'arrêter ici.
:
Premièrement, nous ne pouvons pas nous contenter d'offrir un perfectionnement des compétences. Il doit également y avoir des mesures de soutien globales. Il faut prêter attention à la stabilisation de la vie d'un jeune, car même s'il trouve un emploi, si sa santé mentale n'est pas optimale ou s'il souffre d'insécurité liée au logement ou à l'alimentation, ce sera très difficile pour lui de se présenter au travail dans les meilleures dispositions.
Deuxièmement, je pense que le gouvernement peut jouer un bien meilleur rôle de coordination avec les organismes à but non lucratif comme le nôtre. Pour ce qui est des sociétés gouvernementales, il doit y avoir une collaboration importante, en utilisant le gouvernement comme lien. La plupart du temps, nous examinons les pénuries de main-d'œuvre, menons une étude, cherchant à savoir où se trouvent les pénuries de main-d'œuvre et examinant où le gouvernement investit de l'argent.
Je vais utiliser l'exemple des minéraux critiques. Le gouvernement en parle en des termes très élogieux et investit de l'argent dans cette industrie. Il y aura des emplois, et nous élaborerons un programme. Cependant, il semble y avoir un décalage entre ce que nous observons et la valeur que le gouvernement perçoit dans le fait qu'un organisme comme le nôtre crée une occasion pour que cela se réalise.
Nous suivons les secteurs où nous constatons des pénuries de main-d'œuvre, mais cela ne signifie pas pour autant que les employeurs vont se ruer vers nous simplement parce que nous le faisons. Comme je l'ai dit, nous sommes un organisme de bienfaisance. Nous n'avons pas une grande portée ni de nombreuses ressources, donc si le gouvernement investit dans l'industrie, il doit établir ces relations avec les organisations communautaires afin de mieux collaborer. Ce serait un précieux soutien, parce que nous examinons les investissements du gouvernement et les tendances du marché. Nous avons les jeunes, et ils sont prêts. Mais en réalité, il faut un appui pour les amener vers l'industrie. C'est un premier point.
L'autre point, c'est que beaucoup des industries dans lesquelles nous travaillons sont très étrangères à nos communautés. Mme Ricketts en a parlé. Prenons les minéraux critiques, par exemple. Lorsque nous avons décidé que nous voulions nous lancer dans cette industrie, nous avons dû mener un programme exploratoire pour que les gens puissent comprendre ce qu'étaient les minéraux critiques et les types d'emplois qui seraient créés. C'est alors que nous pouvons voir l'intérêt des jeunes et préciser la partie du programme des métiers spécialisés que nous exécuterions.
L'important, c'est l'accès et le fait de comprendre les possibilités qui existent, car nos jeunes les explorent dans leurs écoles. Nous offrons un programme de métiers liés à l'industrie du divertissement afin que les gens comprennent qu'il est possible d'exercer des métiers dans ce domaine, comme ceux de charpentier, d'électricien ou de concepteur de décors. Toutes ces personnes sont également nécessaires dans l'industrie du divertissement, et c'est nouveau pour les jeunes que nous servons. Nous recevons 125 candidatures pour 15 places.
C'est une question d'exposition et d'accès à des employeurs qui font ce travail. Ce n'est pas aussi facile que de suivre les pénuries de main-d'œuvre, car l'industrie a besoin d'encouragement pour collaborer avec les organismes à but non lucratif également.
Je pense que nous avons bon nombre d'exemples si nous regardons nos partenaires. Zurich Insurance a cerné une pénurie de main-d'œuvre au sein de son organisation. Les responsables sont venus nous voir pour nous dire qu'ils voulaient voir plus d'assureurs. Ils nous ont aidés à élaborer le programme de cours. Ils nous ont aidés à livrer le programme aux jeunes par l'entremise de leurs activités d'engagement des employés. Cela leur a permis de se familiariser avec ce programme. En fin de compte, ils ont engagé toute la cohorte. Ils ont élaboré le programme avec nous afin de créer une filière. Non seulement ils nous ont aidés à créer cette filière, mais ils ont également fait venir d'autres compagnies d'assurance, telles que Marsh, pour qu'elles deviennent également des employeurs partenaires.
Les sociétés disposent de beaucoup de pouvoir pour mettre en place cette filière. Elle profite également aux employeurs. Les employeurs peuvent, en tout premier lieu, apprendre à connaître les jeunes avant qu'ils n'intègrent leur effectif. Ils peuvent rendre notre programme de cours et notre expérience aussi réalistes que possible, dans la mesure où les participants du programme finissent par décrocher un emploi chez eux. Je pense également qu'au lieu d'embaucher quelqu'un sur Indeed ou LinkedIn, vous pouvez réellement passer du temps avec la personne, vraiment la comprendre et connaître exactement les compétences qu'elle possède lorsqu'elle intégrera l'entreprise, car vous avez aidé à favoriser son perfectionnement et à bâtir ces compétences.
Du point de vue d'une société, beaucoup de choses peuvent être faites, mais je pense qu'il faut plus que la simple volonté des organisations qui savent qu'elles souhaitent atteindre un plus grand groupe de Canadiens, et qu'il s'agit d'un bassin inexploité. Le gouvernement doit également mettre en place des mesures incitatives et des mécanismes de soutien pour favoriser ces relations.
:
Je peux effectivement le faire. J'en ai beaucoup en tête.
Je dirais certainement que la SECJ est l'un des programmes offerts par le gouvernement fédéral, qui s'adresse vraiment au groupe démographique que nous servons. Il est vraiment axé sur les mesures de soutien globales nécessaires et sur les mesures de soutien visant à favoriser la stabilité de vie dont les jeunes ont besoin. Ils nous donnent, en tant qu'organisation, la souplesse de vraiment savoir où le financement devrait être alloué selon les besoins des jeunes. Encore une fois, les jeunes ne sont pas tous les mêmes. Il n'existe aucune formule magique quant à la façon dont nous allons servir les jeunes Noirs en particulier. Il faut agir avec délibération et adopter une approche individuelle pour chaque jeune qui vient nous voir.
Je pense que la SECJ est un parfait exemple de projet qui a été élaboré, et CEE a participé à son élaboration ou à son perfectionnement. C'est un parfait exemple de programme qui a fonctionné. J'ai travaillé avec de nombreux jeunes qui en ont bénéficié, mais j'ai connu un jeune qui était éloigné du marché du travail, et qui, faute d'un meilleur terme, gagnait de l'argent sur le marché noir, qui sortait tout juste de prison, et qui a finalement décidé de transformer sa vie en participant au programme. Les mesures de soutien visant à favoriser la stabilité de vie des jeunes offertes par CEE l'ont vraiment aidé en ce sens, car pour bon nombre de jeunes, en particulier ceux qui ont eu affaire à la justice ou qui ont été incarcérés, lorsqu'ils sortent de prison, ils sont réintégrés dans les mêmes communautés où leurs amis ou d'autres personnes peuvent peut-être les replacer dans la même situation.
L'une des mesures de soutien globales qui ont été offertes à ce jeune était un plan de sécurité. Lorsque vous dites à des amis avec lesquels vous vous teniez que vous ne voulez plus faire ce qu'ils font, vous devenez une cible également, et donc nous avons pu mettre en place un plan de sécurité pour ce jeune. Il est passé de, au début de…