[Français]
Je vous souhaite la bienvenue.
J'espère que tout le monde a passé une bonne semaine jusqu'à maintenant.
[Traduction]
Nous allons entamer ce matin une nouvelle étude qui revêt une importance considérable pour les Canadiens partout au pays.
J'ai un petit rappel à faire aux témoins.
Si votre oreillette est branchée, veuillez la poser sur l'autocollant devant vous quand vous ne la portez pas sur votre oreille afin de protéger la santé et le bien-être de nos interprètes.
[Français]
Je peux confirmer que nous avons fait tous les tests nécessaires et que la vidéo et le son fonctionnent bien.
[Traduction]
Chers collègues, nous aurons une heure pour entendre les témoins qui comparaissent devant nous ce matin, puis nous siégerons à huis clos afin de mettre la dernière main, je l'espère, à la deuxième version du rapport de notre étude sur les fabricants de moules à laquelle nous avons travaillé.
Sur ce, j'aimerais souhaiter la bienvenue aux témoins qui sont parmi nous.
Nous accueillons M. Anthony Ostler, président et chef de la direction, ainsi que M. Hartland Elcock, avocat général adjoint et vice-président de l'Association des banquiers canadiens.
Messieurs, bienvenue.
Nous accueillons M. Eric Smith, vice-président principal de l'Association canadienne des télécommunications.
Bienvenue, monsieur.
Nous accueillons M. Carey Frey, chef de la sécurité chez Telus.
Bienvenue, monsieur Frey.
Messieurs les témoins, vous disposerez chacun d'au plus cinq minutes pour vos déclarations liminaires. Vous n'êtes pas tenus d'utiliser tout ce temps, mais vous y avez droit, bien sûr.
À l'issue des déclarations liminaires de nos trois témoins, nous donnerons la parole aux députés ici présents, issus des différents partis politiques reconnus, pour entamer la séance de questions et réponses.
Pour l'Association des banquiers canadiens, monsieur Ostler, je suppose que c'est vous qui prendrez la parole. Je vous en prie, monsieur.
Bonjour.
Je remercie grandement le Comité de nous offrir cette occasion de participer à ses travaux sur la fraude financière et les arnaques au Canada.
Je m'appelle Anthony Ostler et je suis président et chef de la direction de l'Association des banquiers canadiens, ou ABC. Je suis accompagné aujourd'hui par Hartland Elcock, directeur juridique adjoint et vice-président à l'ABC.
L'ABC est la voix de plus de 60 banques canadiennes et étrangères actives au Canada. Elle appuie l'adoption de politiques publiques pour maintenir un système bancaire solide et dynamique capable d'aider les Canadiennes et les Canadiens à atteindre leurs objectifs financiers.
[Traduction]
La lutte contre les crimes financiers est une priorité absolue pour l'ABC. Comme membre du conseil d'administration de l'International Banking Federation, l'IBFed, j'ai pu constater de première main, lors de notre réunion de novembre 2022 à Sydney, comment l'Australie réagissait en misant de plus en plus sur une approche intersectorielle public-privé. Les cybercriminels exploitaient la connectivité numérique, à un rythme qui s'était accéléré pendant la pandémie, pour voler des particuliers et blanchir les produits de leurs activités, finançant ainsi souvent le crime organisé, des États malveillants et le terrorisme.
En 2023, le Canada continuait d'enregistrer une hausse des fraudes et des escroqueries, tandis que l'Australie commençait à les réduire grâce à son programme intersectoriel. Début 2024, il était clair que nous devions appliquer ces enseignements au Canada. Il y a deux ans, l'ABC a réuni une cinquantaine de partenaires des secteurs public et privé, notamment des organes de réglementation, des institutions financières, des fournisseurs de services de télécommunication, des corps policiers et des plateformes numériques afin de créer la Coalition canadienne antifraude. La Coalition coordonne les efforts d'éducation, de sensibilisation et de prévention, notamment l'élaboration d'une taxonomie nationale, un projet pilote de détection des fraudes et la campagne en cours « Ensemble contre la fraude ».
Je suis ici en ma qualité de chef de la direction de l'ABC, mais je préside toujours le comité directeur de la Coalition, désormais hébergée à l'Échange canadien de menaces cybernétiques.
L'ABC a également transmis des observations à Finances Canada en faveur d'une stratégie nationale antifraude. Nous souscrivons à une approche fédérale intersectorielle visant à renforcer la protection des consommateurs et à consolider la confiance dans l'économie numérique canadienne, en commençant par les secteurs des services financiers, des télécommunications et des plateformes numériques. Ces secteurs se recoupent tout au long du cycle de vie de la fraude, et le Centre antifraude du Canada a constaté que plus de 85 % des pertes financières dues à la fraude peuvent être attribuées aux canaux de télécommunications ou numériques. Une action coordonnée entre les secteurs, associée à un comportement responsable de la part des consommateurs, est essentielle pour réduire les préjudices liés à la fraude subis par les Canadiens.
En janvier 2025, je suis devenu président de l'IBFed et j'ai lancé un groupe de travail chargé de diffuser les pratiques exemplaires internationales en matière de fraude et d'escroquerie. En mars, j'ai conduit une délégation de l'IBFed au Sommet mondial sur la fraude organisé par les Nations unies et Interpol à Vienne. Parmi les principaux résultats, citons un appel à l'action adressé aux pays et un cadre mondial de partenariat public-privé destiné aux institutions. Trente-sept États membres, dont le Canada, ont entériné cet appel à l'action, tandis que l'ABC, l'IBFed, des gouvernements, des plateformes numériques, des ONG et d'autres organisations ont approuvé ce cadre. Ce travail international se poursuit sous la forme de projets pilotes visant à renforcer les mesures de protection contre la fraude.
Comme le montrent l'expérience de l'Australie et les récentes recherches sur l'avenir de l'échange de renseignements financiers, l'échange d'information entre les secteurs est essentiel. S'appuyant sur une gouvernance solide et des garde-fous protégeant la vie privée, cet échange d'information volontaire et conditionnel permettra au Canada de lutter contre la fraude tout au long de son cycle de vie.
La sensibilisation et l'éducation du public sont également essentielles à une stratégie nationale antifraude efficace. Elles favorisent une détection plus précoce, de meilleures décisions, la prévention et un signalement amélioré. Nous encourageons le gouvernement à soutenir davantage la campagne multisectorielle « Ensemble contre la fraude » de la coalition. Une stratégie pangouvernementale peut aider les organisations à mettre leur savoir-faire à contribution, mais les rôles et les mandats au sein de ce système doivent être clairement définis. Une meilleure coordination entre les forces de l'ordre canadiennes à tous les niveaux et avec les partenaires internationaux nécessitera un modèle opérationnel plus clair, fondé sur le renseignement.
Nous estimons également que le Centre antifraude du Canada devrait rester la principale plaque tournante du Canada pour le signalement des fraudes et la collecte de renseignements. Comme je l'ai souligné, l'environnement de la criminalité financière évolue rapidement, et le Régime canadien de lutte contre le recyclage des produits de la criminalité et le financement des activités terroristes doit suivre le rythme. C'est pourquoi nous voyons d'un bon oeil la création par le gouvernement de l'Agence contre les crimes financiers qui devrait aider le Canada à lutter contre la criminalité financière complexe. Au fil de la mise sur pied de l'Agence, l'ABC soutient l'idée qu'elle devienne le chef de file national des opérations de lutte contre les crimes financiers en jouant un rôle de coordination et de définition des priorités afin d'orienter l'évolution continue du régime de lutte contre le blanchiment d'argent vers un cadre davantage axé sur les risques et adapté à ses objectifs.
En conclusion, l'ABC est reconnaissante de l'occasion qui lui est offerte de contribuer à l'étude du Comité. Les banques canadiennes connaissent de première main le lourd fardeau financier et émotionnel que la fraude fait peser sur leurs clients. Elles investissent massivement dans la prévention de la fraude, la formation en cybersécurité et la sensibilisation des clients, mais aucune organisation ni aucun secteur ne peut à lui seul endiguer efficacement cette vague. Si nous travaillons ensemble, au sein du gouvernement et de tous les secteurs, de manière concertée pour faire face à cette menace, nous pourrons, ensemble, protéger les Canadiens, les entreprises canadiennes et l'économie.
Nous sommes impatients de répondre à vos questions.
:
Je vais essayer de faire cinq secondes de mieux.
Merci, monsieur le président, et mesdames et messieurs, de m'offrir l'occasion de comparaître devant vous au nom de l'Association canadienne des télécommunications.
Notre association s'engage à bâtir un avenir meilleur pour les Canadiens grâce à la connectivité. Nos membres comprennent des fournisseurs de services de télécommunication, des fabricants d'équipements et d'autres organisations qui investissent dans les réseaux de télécommunications de renommée mondiale du Canada, les construisent, les entretiennent et les exploitent.
La fraude est un problème grave. Elle cause un préjudice financier, mine la confiance dans les services numériques et touche les Canadiens dans toutes les régions du pays. Le secteur des télécommunications prend ce défi très au sérieux. Nos membres investissent des ressources considérables dans la prévention de la fraude et s'efforcent sans relâche de détecter les menaces émergentes, de renforcer la protection des réseaux, de soutenir les enquêtes des forces de l'ordre et de sensibiliser les Canadiens aux fraudes.
Parmi les mesures prises pour aider les Canadiens, citons le blocage de certains types d'appels; les outils de prévention de l'usurpation d'identité de l'appelant, comme les programmes de blocage de numéros sortants et la mise en œuvre de la norme STIR/SHAKEN; les capacités de traçage des appels pour aider à trouver l'origine des appels frauduleux; l'analyse au niveau du réseau pour détecter et signaler les communications suspectes; les systèmes de signalement des pourriels; les mesures de protection de l'identité et des comptes; ainsi qu'une collaboration continue avec les forces de l'ordre et les organismes gouvernementaux.
Parallèlement, il est important de reconnaître que la fraude est un défi à l'échelle de l'écosystème. Les réseaux de télécommunications sont souvent la voie par laquelle transitent les communications frauduleuses, mais ce n'est généralement pas là que les fraudes prennent leur source, que le contenu frauduleux est créé ou que les pertes financières se produisent en définitive. Aujourd'hui, les fraudeurs utilisent fréquemment des plateformes numériques pour concevoir, optimiser, amplifier et mettre en œuvre leurs stratagèmes, ou recourent à des applications de messagerie par contournement pour communiquer avec leurs victimes potentielles. Bien que les réseaux de télécommunications servent à acheminer ces communications, les fournisseurs de services de télécommunication n'ont généralement pas accès à leur contenu.
Pour reprendre une analogie courante, les fournisseurs de services de télécommunication acheminent l'enveloppe, mais ils ne lisent pas le courrier.
Ces fournisseurs sont également soumis à des obligations légales qui limitent leur capacité à interférer avec les communications. L'article 36 de la Loi sur les télécommunications leur interdit de bloquer de leur propre chef des communications sans autorisation expresse du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes. Cette restriction est un élément fondamental du cadre canadien de neutralité du Net et vise à garantir que les mesures de lutte contre la fraude ne bloquent pas par inadvertance le trafic légal ni n'interfèrent avec les communications essentielles.
Certaines mesures déjà mentionnées, prises par notre secteur pour lutter contre la fraude, n'ont pu être mises en œuvre qu'après un examen minutieux par le CRTC, et ce, uniquement après que le Conseil eut été convaincu que ces mesures seraient efficaces, qu'elles serviraient l'intérêt public et qu'elles ne compromettraient pas le trafic légitime.
Alors que le gouvernement élabore sa Stratégie nationale antifraude, nous estimons qu'il devrait se concentrer sur les quatre priorités suivantes.
Premièrement, renforcer la coordination et l'échange d'information entre les différents secteurs. La prévention de la fraude est plus efficace lorsque les fournisseurs de services de télécommunication, les institutions financières, les plateformes numériques, les organismes gouvernementaux et les forces de l'ordre collaborent et s'échangent des renseignements.
Deuxièmement, renforcer la coopération internationale. De nombreuses opérations frauduleuses, voire la plupart, trouvent leur origine hors des frontières du Canada, ce qui rend la collaboration transfrontalière essentielle.
Troisièmement, sensibiliser et éduquer davantage le public. La plupart des fraudes reposent en fin de compte sur l'ingénierie sociale. Aider les Canadiens à reconnaître les fraudes reste l'un des outils les plus efficaces à notre disposition.
Quatrièmement, veiller à ce que toute nouvelle mesure de lutte contre la fraude envisagée vienne compléter les cadres réglementaires existants et évite les doublons inutiles. S'appuyer sur les pouvoirs existants, l'expertise et les initiatives menées par le secteur permettra de garantir que les ressources soient consacrées à la prévention de la fraude au lieu de gérer les obligations de conformité qui se chevauchent.
Pour conclure, le secteur des télécommunications s'engage à faire partie de la solution. Nos membres continueront d'investir dans la protection des réseaux, de collaborer avec des partenaires de tous les secteurs et de soutenir les efforts visant à protéger les Canadiens contre la fraude. Nous nous réjouissons de travailler avec le gouvernement, les organes de réglementation, les forces de l'ordre et les autres parties prenantes afin d'élaborer une Stratégie nationale antifraude qui soit pratique et efficace, et qui prend en compte le partage des responsabilités nécessaire pour faire face à cette menace en constante évolution.
Merci de votre attention. Je serai heureux de répondre à vos questions.
:
Monsieur le président, mesdames et messieurs les membres du Comité, je vous remercie de m'offrir l'occasion de comparaître devant vous.
Je m'appelle Carey Frey et j'occupe le poste de chef de la sécurité chez TELUS.
Avec plus de 21 millions de connexions de télécommunications, nous prenons très au sérieux notre responsabilité, non seulement de connecter les Canadiens, mais de les protéger.
Je tiens à faire d'abord un simple constat. La fraude est désormais un élément central de notre économie. Elle est hautement organisée, d'envergure internationale et connaît une croissance à un rythme qu'aucun secteur ni aucun gouvernement ne peut endiguer à lui seul.
Bien que TELUS lutte quotidiennement contre la fraude, je tiens à vous présenter un exemple illustrant le type de fraude auquel le Canada est confronté aujourd'hui et à vous dire que le seul modèle permettant de la combattre repose sur la collaboration entre le secteur privé, les forces de l'ordre et le gouvernement.
En novembre dernier, TELUS a reçu un signalement concernant un SMS suspect circulant sur des téléphones à Toronto. Ces messages contenaient des liens conçus pour usurper l'identité de sites Web de paiement légitimes. Nous avons lancé une enquête et n'avons rien trouvé. Il n'y avait aucune trace de ces messages dans les journaux de notre réseau. Cette absence était en soi un indice. Nous soupçonnions d'avoir affaire à un SMS Blaster, c'est‑à‑dire un dispositif de télécommunication complexe qui imite une tour cellulaire légitime et inonde de SMS frauduleux les appareils mobiles connectés à proximité. Il s'agit d'une cybermenace portable que des criminels utilisent pour semer le chaos et escroquer des victimes sans méfiance. Nous n'avions encore jamais vu de SMS Blaster déployé au Canada.
Finalement, il est devenu évident que quelqu'un se déplaçait avec ce dispositif dans les environs de Toronto, parcourant les quartiers et ciblant des milliers de téléphones à la fois. Le secteur a contacté la police de Toronto pour signaler ces SMS et a également signalé l'utilisation non autorisée des ondes au ministère de l'Innovation, des Sciences et du Développement économique. Ces signalements ont donné le coup d'envoi d'une enquête de cinq mois baptisée « Projet Lighthouse ».
Grâce aux efforts d'échange d'information entre le secteur et les forces de l'ordre, trois individus ont été arrêtés et sont inculpés de 44 chefs d'accusation. Au total, ces individus sont responsables de plus de 13 millions de perturbations du réseau.
Si l'objectif premier des criminels était de commettre des fraudes, leur technologie constitue également un nouveau type de cybermenace prépositionnée particulièrement destructrice. Ces dispositifs peuvent perturber les appels au 911, provoquer des pannes de réseau et servir à lancer des cyberattaques contre des infrastructures essentielles depuis l'intérieur des frontières canadiennes. Ils peuvent même servir à installer des logiciels malveillants sur des téléphones intelligents à proximité. Ces nouveaux outils de fraude internationale font peser sur les Canadiens des menaces qui vont bien au‑delà des pertes financières. Nous devons localiser et neutraliser ces technologies au lieu de nous contenter de protéger nos citoyens contre leur utilisation criminelle.
Le projet Lighthouse a été couronné de succès non pas grâce à une nouvelle loi, mais grâce à une collaboration soutenue entre les principales institutions financières, les fournisseurs de services de télécommunication canadiens, trois corps policiers et plusieurs agences fédérales. Nous avons réussi parce que nous avons instauré la confiance, l'échange d'information et la volonté d'agir parmi tous les partenaires. C'est le modèle que le Canada devrait suivre.
Le Canada dispose déjà d'une grande partie de ce dont il a besoin pour lutter plus efficacement contre la fraude. Le Centre antifraude du Canada, les organes de réglementation sectoriels, les forces de l'ordre et les coalitions du secteur privé sont déjà en place. Ce qui manque, c'est une force de coordination centrale qui veille à ce que les meilleurs outils et renseignements parviennent à ceux qui en ont besoin. C'est un rôle que seul le gouvernement fédéral peut jouer, et il devrait s'y consacrer pleinement avant de réclamer de nouveaux pouvoirs.
Le projet Lighthouse nous a enseigné quatre leçons que le Parlement peut mettre en œuvre pour lutter contre la fraude.
Premièrement, nous devons renforcer la coopération entre les acteurs du secteur privé et les pouvoirs publics, ainsi qu'à l'échelle mondiale, afin de démanteler les réseaux frauduleux qui exploitent nos plateformes numériques. Tenter de bloquer chaque cas de fraude distinct revient à jouer à un jeu de la taupe sans fin et futile face à la criminalité internationale. La plupart des fraudes numériques visant les Canadiens sont perpétrées depuis l'étranger, ce qui rend indispensable une collaboration internationale solide pour y mettre un terme. Au Canada, le gouvernement fédéral est le mieux placé pour diriger les efforts de prévention, de démantèlement et de lutte contre la fraude dans les secteurs public et privé.
Deuxièmement, les fournisseurs de services de télécommunication pourraient bloquer davantage de trafic frauduleux sur nos réseaux, mais aujourd'hui, le risque de responsabilité limite nos possibilités d'action. Des dispositions d'exonération protégeant ceux qui prennent de bonne foi des mesures antifraude contribueraient à protéger les Canadiens sans coût supplémentaire pour les contribuables.
Troisièmement, il faut doter les forces de l'ordre d'un mandat explicite et des ressources nécessaires pour appréhender efficacement les auteurs de fraudes et démanteler leurs dispositifs techniques.
Quatrièmement et enfin, le Parlement devrait examiner les politiques en vigueur et la manière dont elles facilitent involontairement la fraude. Par exemple, les règlements du CRTC relatifs à la confidentialité des clients restreignent l'échange de renseignements entre les différents secteurs. Un autre exemple est celui des règles du CRTC concernant le déverrouillage de dispositifs, qui facilitent la tâche des criminels souhaitant escroquer les Canadiens de leurs téléphones intelligents, les laissant avec des dettes importantes et une cote de crédit détériorée.
Pour conclure, TELUS constate chaque jour des fraudes persistantes à l'encontre de nos clients et, pour être honnête, à l'encontre de tous les Canadiens. Ce phénomène prend de l'ampleur, mais il est possible de le combattre si nous agissons de manière coordonnée et dans l'urgence. TELUS est prête à s'associer à cet effort.
Je suis impatient de répondre à vos questions. Merci de votre attention.
:
Merci, monsieur le président.
C'est un honneur de lancer cette importante étude. Je sais que tous les coins du pays ont été touchés par des fraudes et des escroqueries. Les députés se sont réunis au sein du Comité dans un esprit de collaboration afin de formuler des recommandations à l'intention du gouvernement, de manière à protéger les Canadiens, leurs finances et, comme on l'a souligné dans les témoignages, leur sécurité ainsi que leur accès au 911 et à d'autres ressources.
Merci aux témoins d'être ici. Vos témoignages sont très importants pour nous. J'ai plusieurs questions à poser à chacun d'entre vous, mais je tiens d'abord à expliquer en partie ce qui m'a incitée à mener cette étude.
Il y a environ un an, nous avons reçu un appel à mon bureau de circonscription. L'afficheur indiquait « Services bancaires en ligne de la RBC ». Mon assistante a répondu. L'appel semblait tout à fait légitime, mais quelque chose lui semblait louche. N'étant pas sûre de la situation, elle a raccroché et m'a appelée. Nous avons décidé d'appeler directement la RBC pour vérifier. Comme nous nous y attendions, il s'agissait bien d'une arnaque. Mon assistante est jeune et au fait de l'actualité. On dit souvent que si l'on ne possède pas ces qualités, on est plus vulnérable, mais elle a déclaré qu'il lui aurait été extrêmement facile de fournir les renseignements demandés. L'interlocuteur était très convaincant. Comment les gens sont-ils censés se défendre contre cela?
Je voudrais vous donner la parole, monsieur Frey. Pouvez-vous expliquer comment cela a pu se produire dans mon bureau et au domicile d'autres Canadiens? Le nom de la banque figurait sur l'afficheur, mais de manière manifestement frauduleuse. Comment cela se produit‑il, et comment peut‑on l'empêcher?
:
Non, je pense que je vais simplement compléter ce que M. Frey a dit. Certains outils adoptés par les fournisseurs de services de télécommunication au Canada et ailleurs dans le monde visent précisément ce genre de problèmes. En effet, en collaboration avec le CRTC, ils ont mis en œuvre la norme STIR/SHAKEN qui permet de vérifier l'identité de l'appelant, mais pas l'objet de l'appel. Cependant, comme on l'a dit, si cette technologie n'est pas adoptée dans le pays d'où provient l'appel, par exemple, elle ne remplit pas cette fonction.
Les fournisseurs mettent aussi en place d'autres programmes, notamment les programmes de blocage de numéros sortants. Par exemple, si une banque dispose de numéros commençant par 1‑800 qu'elle n'utilise pas pour ses appels sortants — ces numéros servent uniquement aux clients à communiquer avec le service à la clientèle —, elle peut les enregistrer auprès des fournisseurs de services de télécommunication, de sorte que si un appel semble provenir de ce numéro, il soit automatiquement bloqué.
Les entreprises prennent différentes mesures, mais comme on l'a dit, dès que l'on comble une faille, les fraudeurs trouvent d'autres moyens. On observe de plus en plus de cas sur les réseaux sociaux, les plateformes numériques et ce genre de supports.
:
Merci beaucoup, monsieur le président. Je vous en suis reconnaissante.
En 2024, l'Association des banquiers canadiens, les grandes banques, les fournisseurs de services de télécommunication, les entreprises technologiques, les forces de l'ordre et le gouvernement du Canada ont formé la Coalition canadienne antifraude afin de faciliter une réponse coordonnée face aux fraudes.
Monsieur Ostler, je me demande quels résultats concrets la Coalition a obtenus à ce jour. Comment ces résultats sont-ils mesurés? Comment la Coalition va‑t‑elle collaborer avec la nouvelle Agence contre les crimes financiers annoncée par le gouvernement?
:
Les progrès de la Coalition portent sur plusieurs éléments. Il est essentiel de noter que la Coalition repose sur le volontariat. L'une de nos plus grandes réalisations a sans doute été le lancement, à l'automne 2025, de notre campagne de sensibilisation intitulée « Ensemble contre la fraude ». Le slogan de cette campagne est « Arrêtez. Vérifiez. Parlez‑en. »
L'objectif est d'aider les Canadiens à acquérir davantage de compétences pour mieux se protéger. En réalité, si l'on se concentre sur un seul type de vecteur ou de mode d'escroquerie, les malfaiteurs, comme ces experts ont dit, changeront de méthode. Voilà pourquoi nous tentons d'aider les Canadiens à acquérir de meilleures compétences.
De plus, nous avons conçu une taxonomie du partage d'informations afin de cerner les besoins des entreprises de télécommunications, des banques, des plateformes numériques et des forces de l'ordre. Ainsi, nous disposerons d'une version unique de la vérité lorsque nous mettrons en place, le cas échéant, un système formel d'échange d'informations.
Enfin, nous avons établi un excellent partenariat avec le secteur des télécommunications dans le cadre d'un projet pilote. Une des grandes entreprises de télécommunications et deux ou trois de mes membres mènent actuellement un projet pilote sur le partage d'informations. Au fil de leurs travaux, ils ont repéré des méta-informations concernant les auteurs d'escroqueries. Ce qui est intéressant dans ce projet, c'est qu'ils peuvent, par exemple, repérer un numéro de téléphone ayant fait l'objet d'une utilisation frauduleuse chez une entreprise de télécommunications, puis découvrir qu'il a été utilisé avec une fausse identité auprès d'une banque. Ils ont alors pu en déduire que cette personne devait s'en servir comme compte mule. Nous pouvons alors bloquer le compte, et ce genre de chose.
Ce projet pilote s'est révélé vraiment très intéressant. Nous tirons parti de l'infrastructure de l'industrie des télécommunications pour faciliter le partage sécurisé de ces informations. Ce n'est pas une solution durable. Elle n'est pas automatisée. Cependant, lorsque les participants au projet pilote comparent les informations, l'effet de réseau généré par la présence de plusieurs parties prenantes est considérable. Nous espérons prendre appui sur cela maintenant que nous avons de la taxonomie, et faire progresser l'échange d'informations de manière plus formelle.
Je pense qu'un élément essentiel consistera également à intégrer les plateformes numériques dans une perspective d'échange d'informations. Les plateformes numériques font partie de la coalition depuis le début et ont joué un rôle clé dans la sensibilisation, notamment au moyen de programmes comme celui que Meta mène actuellement dans le contexte de la Coupe du monde pour tenter d'empêcher les gens d'être victimes d'escroqueries. C'est un volet particulier de notre campagne.
Nous avons vraiment salué cet investissement de tous les secteurs dans la campagne de sensibilisation, mais je dirais qu'il reste encore beaucoup à faire. C'est pourquoi nous nous réjouissons de notre présence à ce comité et de notre participation à cette étude.
L'Australie a réduit les escroqueries de 30 % au cours des trois dernières années. Le nombre d'escroqueries signalées chez nous a augmenté de 32 %. Depuis 2022, nous avons une hausse de 32 %; eux, une baisse de 30 %. C'est le seul pays qui, au cours des trois dernières années, a réussi à réduire le nombre d'escroqueries. Ils y sont parvenus grâce à un programme intersectoriel piloté par le gouvernement. Cela a permis non seulement de rassembler les différents secteurs, mais aussi les forces de l'ordre et la justice, par l'intermédiaire des procureurs de la Couronne et d'autres instances semblables. Il s'agit d'une approche globale, coordonnée et intégrée, qui a permis de protéger remarquablement les citoyens australiens. Nous aimerions faire de même au Canada.
:
Merci, monsieur le président. C'est un plaisir de vous revoir au Comité. Je peux vous dire que Mme Dancho a fait un travail de présidence hors pair. Je tiens également à la remercier d'avoir proposé cette importante étude.
Je remercie également les quatre témoins de leur présence. Ils nous ont transmis beaucoup d'informations dans leurs réponses ainsi que dans leur allocution d'ouverture, évidemment.
Je vais d'abord m'adresser à MM. Ostler et Elcock, de l'Association des banquiers canadiens. Je veux toutefois remercier M. Smith de ses recommandations, notamment la quatrième, qui est en lien avec le projet de loi , sur lequel le débat devrait commencer sous peu à la Chambre des communes et se poursuivre en comité par la suite. Je le remercie donc de ses recommandations.
Monsieur Ostler, je voudrais discuter avec vous de deux types de fraudes qui ont beaucoup fait les manchettes et qu'on voit à l'international, mais qui ont des effets dévastateurs au Canada.
Juste avant, j'aimerais inviter les représentants de l'Association des banquiers canadiens à transmettre au Comité, si possible, plus d'informations sur le projet pilote auquel ils ont fait allusion, car c'est très intéressant, ainsi que sur ce qu'a fait l'Australie et dont ils nous ont donné les grandes lignes. Nous pourrions nous en inspirer et peut-être réussir à produire un meilleur rapport de comité.
Je vous donne un exemple du premier type de fraude qu'on a vu dans les émissions d'affaires publiques. Un jeune retraité qui a son fonds de pension va sur les réseaux sociaux et tombe sur un hypertrucage dans lequel on voit le premier ministre ou Elon Musk dire des faussetés et inciter les gens à investir dans les cryptomonnaies en présentant un lien sur lequel cliquer. Le jeune retraité le fait et investit 20 $. On lui dit ensuite que son investissement lui a rapporté, qu'il a triplé, alors il récupère son argent: 60 $. Comme il se dit que ça fonctionne, il recommence et investit cette fois 1 000 $ et récupère ensuite 3 000 $. Il finit par investir tout son fonds de pension, par exemple 500 000 $ ou 1 million de dollars, et pouf, tout son argent part à l'étranger et il ne le revoit jamais.
J'ai hâte que des représentants des réseaux sociaux comparaissent devant le Comité pour les questionner à ce sujet. Ça n'a pas de bon sens qu'il soit permis de diffuser des fausses vidéos comme ça.
Que peuvent faire les banques et les institutions financières quand l'argent a quitté le pays? Nous avons parlé de coordination, mais il semble que ce soit fini. Y a-t-il moyen, en s'appuyant sur les lois et les règles en place actuellement, d'en faire plus lorsqu'on voit qu'un montant de 500 000 $ s'en va à l'étranger et qu'on soupçonne une situation problématique, voire une fraude?
En ce qui concerne le CANAFE, soit le Centre d'analyse des opérations et déclarations financières du Canada, il ne semble pas avoir de pouvoir. Il reçoit l'information, il produit des rapports et il est submergé.
Donc, qu'est-ce qui peut être fait en fonction des règles et des lois actuelles? Qu'est-ce que vous, les banquiers, pouvez faire pour arrêter ce phénomène et empêcher les criminels de voler les économies de toute une vie?
[Traduction]
Bien sûr, nous vous fournirons les renseignements sur le projet pilote et sur l'Australie. Nous avons déjà fourni certains documents concernant l'Australie au Comité, et nous avons encouragé l'association des banquiers australiens ainsi que les experts qui participent à leur échange d'informations à témoigner. Nous espérons que cela pourra être organisé pour le Comité, mais nous contribuerons à faciliter ce suivi.
En ce qui concerne les hypertrucages, la situation est très complexe. Nos membres surveillent en permanence le Web, les réseaux sociaux ou autres, à la recherche d'hypertrucages pouvant mettre en relief leurs représentants, qu'il s'agisse du PDG ou d'experts financiers de renom. Lorsqu'ils en repèrent un, ils en informent la plateforme concernée afin qu'ils soient retirés, car ils ne veulent pas que cela alimente les bruits ou confère de la crédibilité à de fausses offres d'investissement.
Et cela ne concerne pas uniquement les faux investissements dans les cryptomonnaies, même si ceux‑ci sont malheureusement courants.
Ce qui est intéressant, c'est que les escrocs jouent sur les émotions. Ils exploitent la peur, la cupidité, la convoitise et la solitude. Malheureusement pour les consommateurs, lorsque quelqu'un joue sur vos émotions, l'esprit critique est souvent écarté. Si c'est la peur, la personne s'inquiète peut-être pour un petit-enfant ou autre chose. Si c'est la solitude, cela concerne peut-être un ami. Il peut s'agir de cupidité, et la victime éventuelle a besoin de plus d'argent. Ces facteurs poussent alors les gens à céder.
Nos membres ont de nombreux programmes de vigilance. Si quelqu'un tente d'envoyer une somme importante à l'étranger, ils lui demandent quel en est le but. Dans le cas d'un retrait d'argent, il s'agit souvent d'une arnaque locale, impliquant des personnes de la région plutôt que des acteurs internationaux. Cette arnaque consiste à convaincre les gens de retirer de l'argent de leur compte bancaire et de le leur remettre en espèces sous prétexte d'un risque de sécurité ou autre. Dans ces cas‑là, si la personne n'a pas l'habitude de retirer de grosses sommes en espèces, les guichetiers ont été formés pour lui demander ce qui se passe.
En ce qui concerne les mesures supplémentaires que nous pouvons prendre, un élément clé réside évidemment dans le renforcement de notre capacité à partager des informations et à repérer les schémas récurrents. Si un incident se produit à Trois-Rivières ou à Thunder Bay, et que nous pouvons établir des liens — que ce soit avec nos partenaires des télécommunications ou des plateformes numériques —, nous collaborons avec les forces de l'ordre pour mettre fin à ces agissements.
En ce qui concerne le CANAFE, nos membres dépensent chaque année des milliards pour assurer la conformité et lutter contre la criminalité financière. Notre système n'est pas efficace, car nous nous concentrons plus sur la conformité que sur le risque. Il y a donc là une réelle occasion de réformer notre régime de lutte contre le blanchiment d'argent. Si vous souhaitez plus de détails, M. Elcock, qui est ici avec moi, est notre expert en matière de criminalité financière.
:
C'est une excellente question. Je vous en remercie.
Tout d'abord, il faut replacer le rôle du CANAFE dans son contexte. C'est un organisme de renseignement et non un organisme d'application de la loi. Nos membres sont ceux qui signalent le plus grand nombre d'opérations suspectes au CANAFE: lorsqu'une organisation constate une activité douteuse donnant lieu à des motifs raisonnables de soupçonner le blanchiment d'argent, elle transmet cette information au CANAFE.
Encore une fois, il s'agit de blanchiment d'argent, de financement du terrorisme et de contournement des sanctions. Il ne s'agit pas des infractions principales de fraude, mais du traitement de l'argent après l'incident initial, et le rôle du CANAFE consiste à lier ces informations pour les transmettre aux autorités.
Je pense que l'Agence contre les crimes financiers, ou ACF, joue ici un rôle essentiel. On peut recevoir de nombreuses déclarations, comme c'est le cas actuellement. En fait, je crois que la Commission Cullen a noté que nous avons un nombre de déclarations bien supérieur à celui d'autres États, mais nous ne voyons pas les résultats escomptés en enquêtes et en poursuites.
Ce que l'ACF peut faire, c'est offrir ce que tous mes collègues ont mentionné, à savoir des enquêtes coordonnées et intégrées sur des crimes financiers complexes, afin de produire des résultats pour les Canadiens, de les protéger et de transformer ces informations en résultats concrets.
Cela ne signifie pas pour autant que le régime de lutte contre le blanchiment d'argent ne nécessite pas lui-même les améliorations que vous évoquez. Comme l'a mentionné M. Ostler, notre président, il est crucial de se concentrer sur le risque. Nous recevons de nombreuses déclarations au CANAFE, ce qui produit beaucoup de bruit dans le système.
Ce qui nous semble essentiel, c'est de voir une réforme globale du régime de lutte contre le blanchiment d'argent. Nous devons moderniser nos lois en matière de lutte contre le blanchiment d'argent pour que nous puissions examiner le genre de déclarations faites au CANAFE et veiller à ce qu'il cible les risques, en particulier les risques prioritaires cernés par le gouvernement. Ainsi, les forces de l'ordre recevront exactement les informations dont elles ont besoin. Il n'y aura pas de déluge d'informations. Le système sera véritablement ciblé sur les malfaiteurs.
Nous pouvons y parvenir en modifiant le projet de loi. Nous pouvons y parvenir en modifiant les pouvoirs de partage d'informations. Actuellement, le partage d'informations s'effectue entre entités privées. Ce système est en cours de mise en place. Nous envisageons d'autres modifications concernant le partage d'informations entre le secteur public et le secteur privé, afin que les forces de l'ordre puissent partager avec les banques des indicateurs clés de préproduction, ce qui permettra d'orienter les efforts de détection du blanchiment d'argent, puis de lutte contre celui‑ci.
Enfin, nous devons aussi nous pencher sur la façon dont nous appliquons le régime. Faut‑il envisager un règlement propre à certains secteurs? Le CANAFE compte 39 000 entités déclarantes. C'est une tâche colossale, et je pense qu'il est important que les bons régulateurs se concentrent sur les secteurs concernés.
Nous avons mentionné d'autres secteurs, comme les entreprises de services monétaires. Il est important que, dans les domaines à haut risque, les ressources de surveillance soient consacrées à ces domaines précis afin d'assurer la conformité. Nos membres respectent scrupuleusement la réglementation. Ils sont également soumis à une supervision prudentielle, ce qui offre plusieurs lignes de défense. Il est important, toutefois, que nous disposions d'une réglementation exhaustive à tous les niveaux.
Je terminerai en évoquant à nouveau l'Agence contre les crimes financiers elle-même. Je pense que tout ce qui est déposé est très prometteur, tant sur le plan de la structure que sur celui du mandat et des pouvoirs. Nous espérons aussi qu'elle évoluera graduellement pour devenir une agence de coordination, capable de définir des priorités nationales. Il est difficile de se concentrer sur les risques s'il n'y a pas de priorités, et nous espérons que l'Agence contre les crimes financiers pourra jouer ce rôle.
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Merci beaucoup, monsieur le président.
Merci à nos témoins pour leurs témoignages ce matin.
Monsieur Ostler, j'aimerais commencer par vous.
Je voudrais approfondir un peu la question de la conformité au CANAFE et celle de la réglementation qui s'applique à vous, en tant que banques au Canada. Exige‑t‑elle le bon type de conformité?
Je sais que le fardeau est considérable. Je le comprends parfaitement et j'en ai moi-même fait l'expérience.
Ce qu'ils vous demandent de faire est‑il efficace?
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Malheureusement, comme le montrent les statistiques, le Canada n'est pas tout à fait prêt. Notre coalition volontaire de lutte contre l'escroquerie étant en place depuis quelques années, nous avons probablement une longueur d'avance sur de nombreux pays, voire la plupart d'entre eux, pour ce qui est de comprendre les risques, mais, comme tous les pays à l'exception de l'Australie, nous n'avons aucune initiative intersectorielle public et privé exhaustive en place.
Je pense que nous pourrions y parvenir assez rapidement. Le gouvernement a créé la Stratégie nationale antifraude. Il met sur pied l'Agence contre les crimes financiers. Il a l'occasion de réformer le régime de lutte contre le blanchiment d'argent. Je pense que nous pourrions réellement inverser la tendance et réduire le nombre d'escroqueries et de fraudes d'ici quelques années.
Une fois que l'Australie a compris comment s'y prendre, elle a obtenu des résultats très rapidement. Nous sommes sur le point d'y parvenir, mais un élément clé consiste à trouver comment harmoniser des définitions claires avec un cadre intersectoriel, afin que les différents acteurs connaissent tous leur rôle et que des contrôles soient en place pour les divers secteurs.
Comme nos collègues l'ont mentionné ici, chaque secteur a ses propres régulateurs, mais il doit y avoir une entité globale garantissant la coordination. Pour que ce système soit efficace, nous devons améliorer l'échange des données sur la fraude, la surveillance de cet échange et la sensibilisation du public.
Nous avons beaucoup avancé sur le plan de la sensibilisation du public...
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C'est une excellente question.
Nous avons le cadre juridique nécessaire pour échanger l'information. Nous avons l'information, mais nous n'avons pas un outil qui permettrait de les échanger rapidement. Nous menons actuellement un projet pilote entre deux de nos membres du secteur des télécommunications. Cela fonctionne, et rapidement, vers l'entité qui conserve l'information en toute sécurité, mais l'analyse proprement dite est lente, car elle n'est pas automatisée.
Nous n'en sommes pas encore là, mais, maintenant que nous avons une taxonomie conçue pour fonctionner dans tous les secteurs, la prochaine étape consisterait à mettre en place un système d'échange d'information. Cette taxonomie a d'ailleurs été conçue pour répondre aux besoins du gouvernement.
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Dans ce cas, je remercie Mme Begum de me laisser le temps de parole qui lui était imparti; mais non, c'est une blague.
Je vais encore poser une question aux représentants de l'Association des banquiers canadiens. Cela dit, comme je risque de manquer de temps pour entendre vos réponses si vous en avez, messieurs Smith et Frey, n'hésitez pas à nous les transmettre par écrit.
J'aimerais parler de la question des fuites de données dans toutes sortes d'entreprises, que ce soit des entreprises financières ou autres. Même les géants des télécommunications au Canada ont eu de tels cas. Ces fuites mènent à des vols d'identité; les fraudeurs prennent des hypothèques ou font des emprunts au nom des gens dont ils ont volé l'identité.
Que pourrait-on faire pour que ça arrête? Les données de tout le monde circulent partout, par exemple sur le Web clandestin. Les données des Canadiens sont là. Qu'est-ce qui peut être fait pour que ça n'arrive plus?
Par ailleurs, devrait-il y avoir un délai quand l'entreprise sait qu'il y a eu un vol de données? Devrait-elle déclarer tout de suite qu'une fuite de données a eu lieu? Ce n'est pas dans tous les cas que ces informations sont dévoilées.
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C'est une excellente question. Merci beaucoup.
Je me référerais à la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques, la LPRPDE, et au signalement obligatoire des atteintes à la sécurité des données au titre de cette loi. Cette obligation est déjà en vigueur et exige, lorsqu'une fuite se produit, que les particuliers concernés soient informés. La Loi précise aussi diverses autres mesures à prendre, ainsi que les mesures d'amélioration à mettre en œuvre pour remédier aux préjudices qui pourraient en découler.
Comme M. Ostler l'a souligné tout à l'heure, il est également essentiel de tenir compte de ces engagements en ligne en cas de violation. Il ne s'agit pas d'une fraude autorisée ni d'aucune autre forme de violation technique, ce qui serait très rare. Il y a également l'engagement à indemniser pleinement les clients.
Je pense que le cadre juridique prévu par la législation sur la protection des renseignements personnels est déjà suffisamment large pour traiter le type de situation que vous décrivez. Il n'exige pas un délai particulier, mais il exige un délai défini.
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Monsieur Ostler, j'aimerais revenir sur quelques-unes des questions posées par les collègues qui m'ont précédée.
Vous l'avez souligné, tout comme d'autres. L'Australie est le seul pays au monde à avoir enregistré une baisse de ces fraudes et escroqueries. Je crois que les données montrent une baisse d'un peu moins de 30 % depuis 2022, comme vous et d'autres l'avez souligné aujourd'hui. Partout ailleurs, il y a eu une augmentation. Cela représente en réalité près de 1 milliard de dollars d'économies. Les pertes s'élevaient à un peu plus de 3 milliards de dollars en 2022, et elles sont tombées à 2,18 milliards de dollars en 2025. Ce sont là des économies importantes pour les Australiens.
Nous avons entendu, de votre part et d'autres personnes, que le problème principal est d'ordre international. Y remédier est un véritable défi. Oui, il faut davantage de collaboration internationale… mais l'Australie a trouvé un moyen d'y faire face. Pouvez-vous nous expliquer un peu plus ce qu'elle a fait exactement que nous ne parvenons pas à faire?
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L'une des mesures clés que l'Australie a adoptées a consisté à mettre en place des codes de conduite pour les différents secteurs concernés — plateformes numériques, télécommunications et banques — et à définir clairement ce qu'elle attendait d'eux. Par exemple, pour les plateformes numériques, si elles repéraient une publicité frauduleuse ou un site Web malhonnête, elles étaient tenues de les retirer ou de les bloquer.
Lorsqu'une banque ou un conseiller en investissement diffuse une publicité sur les réseaux sociaux en Australie, il doit vérifier que l'annonceur de services financiers est bien une personne physique enregistrée ou une entité réglementée autorisée à faire de la publicité. Il existe une obligation de vérifier, ou la nécessité de « connaître son annonceur ». Cela a un impact considérable quand on pense aux fausses publicités produites par l'intelligence artificielle. Nous avons déjà entendu le cas de personnes encouragées à investir dans les cryptomonnaies par un fonctionnaire ou une personnalité publique dont l'image est exploitée par l'intelligence artificielle. Les publicités de ce genre seraient supprimées plus rapidement, et leur diffusion ne serait pas autorisée.
Ces éléments — « connaître son annonceur », vérification, retrait des contenus et blocage des sites — sont essentiels. Pour faire échec aux manœuvres qui sont à l'origine des escroqueries ou des arnaques, il faut supprimer ces contenus plus rapidement. C'est là un des principaux facteurs qui ont contribué à la réduction du nombre d'escroqueries et de fraudes.
Comme l'ont indiqué mes collègues du secteur des télécommunications présents ici, il existe des portes dérobées donnant accès au système. Une institution financière qui appelle un client a des moyens de s'assurer que son logo peut s'afficher. Il n'est pas possible de passer par un système de SMS. Il s'agirait d'un processus officiel. C'est un exemple montrant comment les consommateurs pourraient savoir que, si le logo de leur banque n'apparaît pas, ce n'est sans doute pas un appel authentique de cette banque. Ce sont là des exemples.
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C'est exactement ce que j'allais dire.
[Traduction]
Voilà pourquoi, madame Dancho, ce n'est pas aussi simple que de demander le consentement unanime. Je dois savoir si vous présentez cette motion ou non.
Si vous la présentez, vous nous demandez d'en débattre, mais je dois d'abord en prendre connaissance. D'après ce que j'ai compris du texte que vous avez lu, je ne suis pas certain qu'elle soit pertinente au regard des travaux qui nous occupent. Je doute donc de sa recevabilité à ce stade‑ci.
Si vous souhaitez que je l'analyse et que je me prononce à ce sujet, je peux le faire. Si vous n'insistez pas pour la présenter en ce moment, vous êtes bien sûr autorisée à en donner avis, et nous pourrons alors procéder en conséquence.
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Nous allons d'abord terminer les témoignages, puis nous pourrons continuer cette discussion.
[Traduction]
Madame Dancho, je vais demander à votre équipe de travailler rapidement, s'il vous plaît, afin que ce document soit distribué aux députés dans les deux langues officielles. J'y jetterai un coup d'œil, une fois que nous aurons entendu tous les témoins ici.
Monsieur Bains, la parole est à vous, si vous souhaitez encore poser quelques questions. Ensuite, je prendrai quelques minutes pour poser moi-même une ou deux questions, puis nous reviendrons à celle que madame Dancho vient de soulever.
Monsieur Bains, à vous la parole.
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Merci, monsieur le président.
Je remercie nos témoins de s'être joints à nous aujourd'hui dans le cadre de cette étude très importante.
Nous avons reçu beaucoup d'information, et je vous remercie d'en avoir partagé une grande partie et d'avoir mis l'accent sur les risques, tout en formulant d'autres recommandations. En fin de compte, la raison d'être du Comité est de produire des recommandations solides que nous pourrons ensuite mettre en œuvre.
J'aimerais vous demander votre point de vue sur le projet de loi , qui est actuellement examiné et débattu à la Chambre, et sur la question de l'accès légal. D'après mes entretiens avec de nombreux services de police locaux ici, en Colombie-Britannique, et même avec le Service canadien du renseignement de sécurité, le SCRS, ceux‑ci veulent un accès accru aux informations et la possibilité de participer à la question de l'accès légal et de l'Agence contre les crimes financiers. Ils veulent savoir comment ils peuvent prendre part à ces processus pour s'assurer qu'ils pourront s'attaquer à certains de ces problèmes.
La mention de l'Australie m'intéresse énormément. Dans l'ensemble, il semble s'agir d'un changement tout à fait réalisable en ce qui concerne le code de conduite des banques et des plateformes et les dispositifs de vérification. Pourriez-vous nous faire part de vos réflexions sur l'accès légal et formuler des recommandations, le cas échéant?
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Je pense que le régime de lutte contre le blanchiment d'argent nécessite des réformes importantes.
La dernière modernisation approfondie de la Loi sur le recyclage des produits de la criminalité et le financement des activités terroristes, la LRPCFAT, remonte à environ 26 ans. Il n'y a pas eu d'examen parlementaire depuis un bon moment. Je pense que nous sommes un peu en retard sur ce point.
Nous aimerions voir des réformes dans divers domaines, mais commençons par moderniser la loi. Il faut examiner la gestion du régime axé sur la LRPCFAT et les outils législatifs dont il dispose. Ensuite, il faut aussi que nous nous penchions sur l'échange d'information. Ce qui a été abordé aujourd'hui est essentiel, mais il y a une quantité considérable de renseignements transmis au CANAFE qui ne mènent pas nécessairement à des résultats.
Le nombre de rapports est considérable. Comme l'a mentionné mon collègue, au Canada, la Déclaration d'opération douteuse, la DOD, comporte 400 champs, contre 35 en Australie. Il existe bien des façons de réduire ce nombre de champs et celui des déclarations, tout en obtenant des résultats concrets, voire meilleurs. Ainsi, le « bruit » dans le système serait atténué, et nous pourrions mieux utiliser l'information obtenue pour accroître les moyens d'action des forces de l'ordre. Nous souhaitons voir ce genre de supervision axée sur chaque secteur, car, grâce à elle, les domaines à risque feront l'objet d'une surveillance appropriée, et les intervenants y travaillant pourront ensuite échanger l'information.
Je constate que vous avez mentionné le projet de loi . Le projet de loi , qui est toujours en cours d'examen, comporte certaines modifications que nous aimerions voir adopter du point de vue de la lutte contre le blanchiment d'argent. Elles concernent les dispositions d'exonération pour les secteurs public et privé et celles qui permettent aux organisations régies par le gouvernement fédéral d'utiliser, sans risque de responsabilité, les renseignements que les forces de l'ordre leur fournissent, à savoir les renseignements préalables à la communication qui permettent aux organisations assujetties à la LRPCFAT de concentrer correctement leurs efforts sur les risques.
D'abord et avant tout, je pense qu'un examen approfondi de la loi s'impose, mais nous avons de nombreuses idées, comme je viens de le montrer, sur l'orientation à suivre pour favoriser réellement l'amélioration des résultats.
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Très bien, monsieur Bains.
Messieurs les témoins, j'ai ici quelques questions très brèves.
Peut-être, monsieur Ostler, êtes-vous le mieux placé pour y répondre. Madame Dancho a effectivement soulevé ce point à propos des Australiens.
Vous parliez de retraits rapides. Dans le contexte canadien, les plateformes de réseaux sociaux se montrent-elles coopératives lorsque vous les contactez, après avoir cerné un problème quelconque, et que vous sollicitez leur coopération pour retirer un hypertrucage, une fausse publicité, ou tout autre contenu de ce genre? Répondent-elles à vos demandes? Sont‑elles disposées à travailler avec vous? Sinon, pourquoi?
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Merci. Je vous en suis reconnaissant.
Messieurs les témoins, merci beaucoup de nous avoir consacré votre temps et d'avoir comparu devant nous aujourd'hui. Vos connaissances nous sont précieuses et utiles; nous pouvons maintenant entamer cette importante étude d'une façon constructive.
Chers collègues, comme les votes auront lieu à 12 h 34, je crois, je vais suspendre la séance jusqu'à ce que la période de vote de 10 minutes soit terminée, ou que vous m'ayez tous indiqué que vous avez fini de voter, ce qui nous amènera à 12 h 44 environ. Nous reprendrons alors cette conversation. Pour l'instant, la séance est suspendue.
Pour plus de clarté, vous me demandez de solliciter le consentement unanime pour que cette motion soit adoptée.
Je rappelle aux députés que la motion a été présentée par madame Dancho avant la suspension de la séance un peu plus tôt. Nous ne votons pas sur la tenue d'un débat sur la motion, qui fait maintenant l'objet d'un avis officiel. Nous votons pour établir si nous adoptons la motion par consentement unanime, ce qui est nécessaire, car la motion n'a pas déjà fait l'objet d'un avis.
Sur ce, je sollicite le consentement unanime. Autant que je puisse voir, il n'y a pas de consentement unanime. Par conséquent, madame Dancho, nous ne pourrons pas aller de l'avant.