Bienvenue à la 12e réunion du Comité permanent de la justice et des droits de la personne de la Chambre des communes. Conformément au renvoi du 1er octobre 2025, nous nous réunissons pour poursuivre notre étude du projet de loi , Loi modifiant le Code criminel (propagande haineuse, crime haineux et accès à des lieux religieux ou culturels).
Comme lors des réunions précédentes, nous nous réunissons aujourd'hui sous forme hybride, conformément au Règlement. Les membres du Comité sont présents dans la salle et à distance en utilisant l'application Zoom.
Je préviens les députés et les témoins qu'il y a un léger décalage dans la traduction. Si vous le remarquez, notamment les députés, veuillez lever la main en cas de problème. Nous pensons que ce décalage est à peine perceptible. Seulement les techniciens ont remarqué qu'il y a un décalage entre le français et l'anglais et entre l'anglais et le français. Cela ne vient pas des interprètes eux-mêmes. Il semble que ce soit simplement un problème technique en ce moment. Si vous posez une question en anglais et obtenez une réponse en français, ou vice versa, je laisserai un peu plus de temps pour que la question posée et la réponse donnée soient bien comprises.
[Français]
Les tests de son ont évidemment été faits. Je demande aux gens qui participent à la réunion en personne ou en ligne de ne pas mettre le micro trop près de leur bouche et de ne pas parler trop fort. Cela permet de protéger la santé et la sécurité des interprètes et de prévenir les incidents acoustiques. Nous ne voulons certainement pas causer de problèmes à l'équipe qui doit faire l'interprétation dans les deux langues officielles.
[Traduction]
Aux personnes qui utilisent Zoom en particulier, tout le monde ici connaît bien ce format. Je laisserai poser les questions directement aux témoins. Vous n'avez pas nécessairement besoin de passer par moi, mais s'il y a des problèmes, je demanderai aux personnes de passer par moi.
Aux personnes sur Zoom, utilisez la fonction « lever la main » que vous connaissez bien maintenant. Il existe évidemment aussi une fonction pour votre langue préférée: anglais, français ou la salle.
À des fins d'organisation et en vue du vote qui aura lieu à 17 h 15, j'ai eu une brève discussion avec le vice-président et les conservateurs. Il est préférable que les gens soient à leur siège. Normalement, nous pourrions voter en ligne et gagner du temps, mais étant donné l'importance de ce vote, je pense que les députés préfèrent être à leur siège. Cela aura une incidence sur les questions au deuxième groupe de témoins, ce qui signifie que, si nous faisons les choses correctement et que nous dépassons la sonnerie d'appel — avec le consentement unanime — d'environ 10 ou 12 minutes, nous pourrons poser une série de questions complète au deuxième groupe de témoins. Encore une fois, j'ai besoin du consentement unanime pour aller au‑delà de 18 h 30, mais si nous reprenons tous ici assez rapidement après avoir voté, je peux accorder du temps pour terminer peut-être même une deuxième série de questions, si cela convient. Cependant, j'ai besoin du consentement unanime du groupe pour le faire.
Des députés: Non.
Le président: C'est tout à fait compréhensible, mais nous ferons de notre mieux. Nous remercierons le deuxième groupe de témoins une fois que la sonnerie d'appel aura retenti, et chacun pourra partir, et nous ne dépasserons pas 18 h 30.
Je vais faire vite, compte tenu de l'heure. Je vais arrêter la première série un peu plus tôt, afin que nous puissions passer à la deuxième série.
Pour le premier groupe, nous recevons DeRico Symonds, directeur des Initiatives en matière d'engagement et de justice à l'African Nova Scotian Justice Institute.
[Français]
Il participe à la réunion par vidéoconférence.
[Traduction]
Nous recevons également Christine Van Geyn, directrice du contentieux à la Canadian Constitution Foundation.
[Français]
De la Ligue des droits et libertés, nous recevons Lucia Flores Echaiz, avocate, ainsi que Lynda Khelil, porte-parole.
De l'Association du Barreau canadien, nous recevons Kyla Lee, avocate, qui participe à la réunion par vidéoconférence.
Je rappelle que chaque témoin dispose de cinq minutes pour faire son allocution d'ouverture. Je vais être très strict quant au temps de parole. Par la suite, nous passerons aux questions des membres du Comité.
Chers témoins, je vous souhaite la bienvenue.
Sans plus tarder, je cède la parole à M. DeRico Symonds.
[Traduction]
Vous disposez de cinq minutes. Je vous en prie.
:
Je vous remercie, monsieur le président, mesdames et messieurs les membres du Comité, de me donner l'occasion de m'exprimer aujourd'hui.
Je m'appelle DeRico Symonds. Je suis Afro-Néo-Écossais de huitième génération et je suis directeur de l'engagement et des initiatives en matière de justice à l'African Nova Scotian Justice Institute, l'ANSJI, qui a ses racines en Nouvelle‑Écosse. L'ANSJI a été créé pour lutter contre l'injustice systémique et le racisme anti-Noirs. Il fait progresser la réforme de la justice, soutient les victimes de haine et de discrimination et milite pour des institutions équitables et inclusives, ainsi que pour des collectivités sûres en Nouvelle‑Écosse et au Canada.
Nous convenons que le projet de loi , Loi visant à lutter contre la haine, marque une étape importante dans la mise à jour du Code criminel, afin de mieux protéger les communautés vulnérables. Il reconnaît la montée des crimes haineux et la nécessité d'une protection juridique renforcée, mais le cadre actuel du projet de loi est trop limité.
Je souhaite attirer l'attention sur des failles importantes pour les Canadiens noirs, c'est‑à‑dire sur son approche centrée sur le terrorisme en ce qui concerne les symboles haineux. Le projet de loi omet le nœud coulant, qui est un des symboles les plus reconnus de la terreur anti-Noirs. Le nœud coulant évoque des siècles de violence raciale. Il continue d'apparaître aujourd'hui dans les écoles, les lieux de travail et les institutions publiques, et il est utilisé pour intimider les Canadiens noirs et les réduire au silence.
De plus, nous estimons que le Ku Klux Klan, le KKK, répond aussi à la définition d'entité terroriste du Code criminel. Ses actions — les lynchages, les attentats à la bombe, les croix brûlées — visaient à intimider le public par une violence motivée par l'idéologie suprémaciste blanche. Son influence persiste aujourd'hui dans les mouvements extrémistes et dans les crimes haineux. Exclure le KKK, tout en énumérant ses successeurs idéologiques, crée une lacune qui compromet la cohérence morale et juridique.
Des incidents récents en Nouvelle‑Écosse montrent que cette haine n'appartient pas au passé et qu'elle est bien réelle. En 2024, au Cap‑Breton, des personnes sont allées à une fête d'Halloween en tenue du KKK. En 2023, deux adolescents de Chester Basin ont fait l'objet d'accusations après avoir brandi un nœud coulant devant une famille noire. En 2020, une pancarte portant l'inscription « Redneck Hangout », autrement dit, lieu de rencontre des rednecks, et l'image d'un nœud coulant a été trouvée dans le comté de Queens. En 2019, j'ai vu des images d'activités documentées de recrutement du KKK sur un lieu de travail à Halifax. Ces incidents qui se produisent en Nouvelle‑Écosse nous rappellent que la terreur raciale anti-Noirs persiste au Canada.
Les dispositions du projet de loi qui visent à supprimer ou à limiter le pouvoir de signature du procureur général dans les désignations relatives à la haine présentent des risques pour les communautés noires. Le procureur général sert de garde-fou constitutionnel en veillant à ce que les poursuites et les désignations répondent à l'intérêt public et servent la responsabilité ministérielle. La suppression de ce contrôle transférerait le pouvoir discrétionnaire à la police et à des organismes d'État, autrement dit à des institutions qui ont des antécédents avérés de préjugés raciaux systémiques.
En Nouvelle‑Écosse, le rapport Wortley de 2019 a confirmé que les résidents noirs étaient six fois plus susceptibles que les résidents blancs d'être contrôlés dans la rue par la police. Par conséquent, transférer un pouvoir discrétionnaire illimité aux agents chargés de l'application de la loi ne ferait que reproduire les préjudices systémiques, au lieu de les éviter. Selon le ministère de la Justice Canada, « en 2022, les crimes haineux signalés par la police et motivés par la haine d'une race ou d'une ethnie ont augmenté de 12 %, tandis que le pourcentage de crimes haineux visant spécifiquement la communauté noire a augmenté de 28 % (plus du double) ».
Sans la supervision du procureur général, les décisions d'enquêter ou de poursuivre en vertu des dispositions relatives à la haine pourraient être prises sans mécanismes de contrôle suffisants et risquer de marginaliser encore plus des communautés qui sont déjà soumises à une surveillance policière excessive et qui se sentent insuffisamment protégées.
Pour conclure, je soumets respectueusement quatre recommandations.
Premièrement, nous recommandons d'élargir la définition des symboles de haine interdits, afin d'y inclure le nœud coulant et les insignes du KKK, comme la cagoule blanche pointue et la croix enflammée.
Deuxièmement, nous recommandons d'inscrire le KKK sur la liste des organisations terroristes en vertu de l'article 83.05.
Troisièmement, nous recommandons de créer des comités consultatifs communautaires indépendants qui travailleront en collaboration avec le procureur général. Ces comités peuvent faire en sorte que les décisions relatives aux symboles haineux, aux entités terroristes et aux actes haineux soient éclairées par des personnes qui ont une expérience vécue, ainsi que par des experts et des chercheurs, et qu'elles ne soient pas prises uniquement dans le cadre des structures gouvernementales ou policières. On pourrait s'inspirer de la Table ronde transculturelle sur la sécurité.
Quatrièmement, nous recommandons de consulter véritablement les communautés et les organisations noires dans l'élaboration d'une liste plus inclusive des symboles interdits et des entités terroristes.
En fait, toute loi visant à lutter contre la haine doit s'attaquer à la haine dans toutes ses manifestations, y compris les mesures d'intimidation envers les Canadiens noirs, dont nous sommes encore victimes aujourd'hui. L'ANSJI se réjouit à l'idée de collaborer avec le Parlement, avec tous les partis et partenaires, afin de renforcer ce projet de loi et de promouvoir une sécurité communautaire et une justice véritables.
Je vous remercie.
:
Merci, monsieur le président.
Je remercie les membres du Comité de me donner l'occasion de témoigner aujourd'hui au sujet du projet de loi .
Je m'appelle Christine Van Geyn. Je suis directrice du contentieux à la Canadian Constitution Foundation, la CCF. Il s'agit d'un organisme de bienfaisance non partisan à vocation juridique qui se consacre à la défense des droits et libertés constitutionnels des Canadiens.
À la CCF, nous avons participé à des affaires relatives à la liberté d'expression portées devant la Cour suprême qui font jurisprudence, notamment les affaires Whatcott et Ward. Nous avons contesté avec succès l'invocation de la Loi sur les mesures d'urgence par le gouvernement fédéral, en 2022. Nous offrons gratuitement des cours publics sur le droit constitutionnel. J'ai également écrit trois livres sur le sujet.
Je tiens à être claire dès le départ: la haine est inacceptable. La haine cause de réels préjudices à la société, et les comportements haineux, notamment la violence et les menaces, doivent être combattus. Le droit pénal est notre outil étatique le plus puissant, mais il est associé à la stigmatisation la plus forte et aux conséquences les plus graves pour la liberté. Il doit être utilisé avec beaucoup de retenue, en particulier dans les questions relatives à l'expression, aux croyances et au discours politique ou religieux.
Le projet de loi élargit le droit pénal au champ de l'expression de manières qui risquent de porter atteinte de façon injustifiée à la liberté d'expression garantie par la Charte. Il abaisse le seuil des infractions de propagande haineuse, supprime les garanties contre les poursuites politisées ou abusives, crée de nouvelles infractions vagues et risque de décourager le débat et la contestation au Canada.
Notre tradition constitutionnelle est claire: la liberté d'expression protège même les propos injurieux et dérangeants, et même les opinions haineuses, sauf s'ils franchissent un seuil très élevé.
Les tribunaux ont toujours considéré qu'il s'agit de savoir où se situent les limites de la liberté d'expression, et non de savoir si les propos tenus sont protégés. Ce seuil élevé existe, afin que les Canadiens puissent discuter librement d'idées controversées, notamment sur des sujets politiques et moraux sensibles, sans craindre de sanctions pénales. Le projet de loi abaisse ce seuil et élargit la responsabilité pénale de manières qui menacent l'expression, la dissidence et la contestation légitimes.
Notre principale recommandation est que le Parlement retire le projet de loi .
Autrement, je propose six amendements qui pourraient réduire, sans toutefois l'éliminer, le risque que le projet de loi soit jugé inconstitutionnel.
Premièrement, le projet de loi présente une nouvelle définition légale de la « haine » qui s'écarte de la jurisprudence de la Cour suprême. Depuis plus de 30 ans, la Cour demande que la haine désigne « une émotion à la fois intense et extrême qui est clairement associée à la calomnie et à la détestation ».
Le projet de loi affaiblit cette norme. Il supprime des termes restrictifs essentiels et remplace « et » par « ou » dans « détestation ou calomnie ». Il supprime aussi l'obligation d'extrême. Si le Parlement choisit de légiférer sur une définition, celle‑ci doit refléter exactement la norme déjà confirmée par la Cour, car toute dérogation risque d'entraîner une déclaration d'inconstitutionnalité.
Deuxièmement, le projet de loi supprime l'obligation d'obtenir le consentement du procureur général avant de porter des accusations de propagande haineuse. Cette garantie existe pour empêcher les poursuites motivées par des considérations politiques ou idéologiques dans ce domaine particulièrement sensible du droit. Sa suppression ouvre la voie à une application arbitraire ou incohérente de la loi. Elle ouvre même la porte à des poursuites privées, aussi rares soient-elles, utilisées à des fins politiques.
Troisièmement, le projet de loi crée une nouvelle infraction autonome pour les crimes haineux, qui s'ajoute aux autres infractions existantes, y compris aux infractions réglementaires non criminelles. Il en résulte un risque de double peine, de poursuites excessives et de pression sur les plaidoyers. La haine est déjà une circonstance aggravante, et cette approche préserve la proportionnalité tout en protégeant la liberté d'expression. Elle devrait donc rester en vigueur.
Quatrièmement, le projet de loi interdit certains « symboles de haine ». Soyons clairs, ces symboles sont odieux, mais les interdire purement et simplement risque de pousser les croyances haineuses dans la clandestinité, où elles sont plus difficiles à combattre, et leur interdiction risque de viser aussi les discours de contestation politique, aussi malencontreux ou offensants soient-ils. La loi actuelle couvre déjà les symboles lorsqu'ils sont utilisés pour fomenter volontairement la haine.
Cinquièmement, le projet de loi ajoute de nouvelles dispositions relatives à l'intimidation dans les espaces religieux et culturels. L'intimidation, le harcèlement, les méfaits et le fait d'empêcher l'accès aux bâtiments sont déjà illégaux. La solution aux blocages illégaux passe par l'application la loi existante.
Enfin, nous demandons instamment au Parlement de maintenir les moyens de défense prévus au paragraphe 319(3), y compris la défense de l'expression religieuse « de bonne foi », car la suppression de cette protection, combinée à la suppression du consentement du procureur général, découragerait le débat religieux légitime et la discussion morale. Les tribunaux ont déjà appliqué cette défense de manière restrictive. Elle n'a jamais été invoquée avec succès, mais son existence a été déterminante dans la conclusion de la Cour selon laquelle la loi est constitutionnelle en sa forme actuelle.
Il est impossible de débarrasser le coeur humain de la haine par des lois. Ce que le droit pénal peut faire — et ce qu'il devrait faire — c'est lutter contre la violence, les menaces, le harcèlement et l'intimidation.
Quand nous criminalisons les opinions, nous risquons de faire des semeurs de haine des martyrs et de pousser des personnes vulnérables vers des espaces de radicalisation cachés, au lieu d'exposer les idées nocives à la force désinfectante de la vérité et de la critique publique.
:
Je vais reprendre depuis le début.
Ma collègue et moi vous remercions de nous avoir donné l'occasion de vous faire part du point de vue de la Ligue des droits et libertés relativement au projet de loi .
La Ligue des droits et libertés est une organisation indépendante, non partisane, fondée au Québec en 1963. Elle vise à défendre et à promouvoir les droits de la personne.
Nous reconnaissons que l'intention derrière le projet de loi est louable. La haine et l'intolérance envers des groupes historiquement discriminés sont effectivement des problèmes auxquels il importe de répondre par divers moyens. Cependant, nous ne considérons pas que les dispositions contenues dans le projet de loi offrent des outils efficaces pour lutter contre ce problème. Au contraire, elles représentent, selon nous, une atteinte non justifiable aux droits et libertés, notamment les libertés d'expression, de réunion pacifique et d'association. Nous vous demandons donc de ne pas adopter le projet de loi C‑9, pour les motifs exposés en détail dans notre mémoire.
Tout d'abord, concernant l'établissement d'une définition de la haine dans le Code criminel, nous considérons que la formulation choisie risque d'abaisser le seuil soigneusement établi par la Cour suprême.
Ensuite, l'infraction proposée relativement au fait de fomenter volontairement la haine par l'exposition de certains symboles nous semble poser divers problèmes. Notre première préoccupation est le lien avec la liste canadienne des entités terroristes. La Ligue considère que le processus actuel de désignation de cette liste est opaque, porte atteinte aux libertés d'association et d'expression et n'offre pas de garanties procédurales adéquates alors que les conséquences sont extrêmement lourdes.
Le Rapporteur spécial sur la promotion et la protection des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste nous met en garde contre les graves violations des droits qui peuvent survenir lorsque de telles listes engendrent des infractions formulées de manière excessive et générale, notamment des infractions en lien avec l'exposition de symboles. Nous considérons que cela s'applique avec justesse à cette disposition. Son libellé, par l'utilisation de termes vagues et imprécis, laisse effectivement une grande place à l'arbitraire. Cela ouvre la porte à l'arrestation sur la simple base de l'exposition de symboles pouvant être utilisés dans le cadre de manifestations pacifiques, notamment.
Ainsi, cela représente une violation injustifiée des libertés d'expression, de réunion pacifique et d'association, et pourrait également représenter une atteinte au droit à l'égalité pour des motifs d'origine nationale ou ethnique ou de religion.
Selon nous, les défenses prévues relativement à cette nouvelle infraction sont plus restreintes que celles qui existent déjà dans le Code criminel.
:
Merci, madame Flores Echaiz et monsieur le président.
Je vais poursuivre.
La création de l'infraction relative au fait d'intimider une personne en vue d'entraver son accès à un bâtiment servant au culte religieux ou à d'autres lieux et la création de l'infraction relative au fait d'empêcher ou de gêner l'accès à ces lieux posent d'importants problèmes.
La notion de « provoquer la peur chez une personne en vue d'entraver son accès » à un lieu nous paraît extrêmement vague et subjective. Elle ne semble pas respecter la jurisprudence, qui reconnaît que la manifestation est une activité expressive intrinsèquement perturbatrice qui dérange et interrompt le quotidien. Les gestes perturbateurs générant de l'inconfort, de l'embarras et des craintes subjectives ne sont pas susceptibles de restreindre le droit à la manifestation ou au piquetage. Il en va de même pour l'infraction « empêcher ou gêner l'accès », qui pourrait ériger en crime plusieurs comportements perturbants ou dérangeants, mais protégés par la Constitution.
En outre, les lieux énoncés dans le projet de loi sont innombrables et difficiles à identifier. Étant donné que ces lieux constituent aussi des milieux de travail, les nouvelles infractions risquent de pénaliser démesurément les personnes qui y travaillent.
Par ailleurs, mentionnons que des manifestations peuvent avoir lieu devant des lieux visés par le projet de loi, non pas en raison de la nature du lieu, mais de l’événement qui s’y déroule.
Étant donné que le Code criminel offre déjà suffisamment d’outils à une personne victime d’obstruction ou d’intimidation, ces nouvelles infractions sont, au mieux, inutiles. Au pire, et c'est ce que nous craignons, elles visent la criminalisation d’actes protégés par la Charte canadienne. Elles auront à tout le moins pour effet de dissuader les groupes identifiables qu’on vise à protéger de manifester devant certains lieux. Une telle atteinte aux libertés d’expression, de réunion et d’association est injustifiable, à notre avis.
De plus, concernant la création d’une nouvelle infraction liée à la commission d’une infraction motivée par la haine, cela aurait pour effet de déstabiliser la cohérence du Code criminel, qui prévoit actuellement que la haine constitue un facteur aggravant au moment de la détermination de la peine. Les peines maximales sont aussi augmentées de façon excessive, rompant le principe d’harmonisation des peines.
Finalement, la suppression de l'exigence de consentement du procureur général, proposée dans le projet de loi, ne changerait pas la pratique au Québec, mais nous considérons qu’elle réduirait le filtrage réel ailleurs au pays, augmentant ainsi le risque d'accusations mal fondées et abusives
Je vous remercie de votre attention.
Nous sommes maintenant disponibles pour répondre aux questions des membres.
:
Bonjour. Je vous remercie de me donner l'occasion de comparaître devant le Comité aujourd'hui.
Je m'appelle Kyla Lee. Je m'exprime au nom de la Section du droit pénal de l'Association du Barreau canadien, l'ABC, et de son alliance de la diversité sexuelle et des genres. L'ABC est une association nationale qui regroupe plus de 40 000 avocats, étudiants en droit, notaires et universitaires. Elle a notamment pour mandat de chercher à améliorer le droit et l'administration de la justice. La Section du droit pénal représente à la fois les avocats de la Couronne et les avocats de la défense de tout le Canada, ce qui nous donne une perspective équilibrée sur la réforme du droit pénal.
Le projet de loi , Loi visant à lutter contre la haine, cherche à enrayer une augmentation très préoccupante des comportements motivés par la haine dans toutes nos collectivités. Nous appuyons l'intention du projet de loi, qui est de protéger les groupes historiquement ciblés et de répondre à la réalité de la haine au Canada. En même temps, nous estimons que certaines dispositions gagneraient à être clarifiées pour que le projet de loi atteigne son objectif sans conséquences imprévues pour les droits protégés par la Charte et pour les personnes historiquement marginalisées qu'il vise à protéger.
Premièrement, la définition de l'infraction motivée par la haine. La définition du terme « haine », bien que dérivée de la jurisprudence Keegstra et Whatcott de la Cour suprême du Canada, prête à confusion dans la clarification du projet de loi. Le paragraphe proposé stipule que le fait de discréditer, d'humilier ou d'offenser ne suffit pas à lui seul à satisfaire à la définition. Ce libellé risque, une fois sorti de son contexte jurisprudentiel, de restreindre le concept d'une manière qui entraînera une incertitude dans les poursuites comme dans les défenses. Les crimes haineux discréditent et humilient intrinsèquement leurs victimes. Préciser que ces éléments sont insuffisants crée une ambiguïté plutôt qu'une orientation. Nous recommandons de supprimer ou de reformuler le paragraphe proposé de manière à refléter plus fidèlement la jurisprudence.
Deuxièmement, nous nous interrogeons sur la nouvelle infraction d'intimidation ou d'entrave à l'accès à certains lieux. Les articles conviennent que les personnes doivent être libres d'accéder sans crainte aux lieux de culte, d'éducation et de vie communautaire. Notre préoccupation concerne la portée du libellé proposé. Les termes « empêcher » et « gêner l'accès » ne sont pas définis. Ils pourraient viser les manifestations ou rassemblements pacifiques, notamment en ce qui concerne des questions complexes sur lesquelles il n'existe pas de consensus politique ou social clair. L'alinéa 2c) de la Charte protège le droit de réunion pacifique. Sans une formulation plus claire, les personnes qui participent à des manifestations légitimes à proximité de ces lieux risquent de faire l'objet de poursuites simplement parce que leur présence ou leurs propos causent un malaise. Nous recommandons au Parlement de définir plus précisément ce qui constitue le fait d'empêcher ou de gêner l'accès de manière illégale, afin de clarifier les comportements visés. Le Parlement devrait également renforcer l'exemption relative à la « communication d'informations ».
Troisièmement, nous avons des préoccupations au sujet des dispositions relatives à l'affichage de symboles terroristes ou haineux. L'intention, qui est d'empêcher la glorification de la haine et de la terreur, est incontestablement louable. Cela étant dit, ce qui nous préoccupe, c'est la proportionnalité et la certitude. Seuls deux symboles particuliers, la croix gammée nazie et les runes SS, sont mentionnés dans le Code criminel. Il ne convient pas de laisser à la réglementation le soin de déterminer les autres symboles interdits. Cette infraction touche directement aux droits relatifs à la liberté d'expression. Un débat parlementaire, des études et des discussions approfondies sont donc nécessaires pour garantir que tout ce qui est spécifié comme étant un symbole de haine est examiné de manière appropriée et approfondie. Il suffit de regarder chez nos voisins américains pour voir comment le pouvoir réglementaire d'un gouvernement peut être utilisé à mauvais escient pour réprimer la liberté d'expression. Nous recommandons également que l'infraction exige la preuve que le symbole était affiché pour fomenter la haine. Cela garantit que les affichages légitimes à des fins éducatives, religieuses ou artistiques restent protégés, conformément aux défenses prévues par le projet de loi.
Les sections de l'ABC partagent l'objectif du gouvernement de lutter contre la violence et l'intimidation motivées par la haine. Nos recommandations visent à rendre ces nouvelles dispositions à la fois efficaces et constitutionnelles, en ciblant les comportements qui causent un préjudice réel, tout en protégeant les droits et libertés qui sont le fondement de notre démocratie.
Je vous remercie. Je me ferai un plaisir de répondre à vos questions.
:
Merci, monsieur le président.
Je remercie tous les témoins de leur présence et de leur participation.
Sans limiter ni remettre en cause le sérieux de cette étude particulière, la Cour suprême du Canada a rendu vendredi dernier un arrêt très inquiétant quant aux faits et aux conséquences pour les personnes qui seront poursuivies pour des infractions relatives à l'exploitation sexuelle des enfants. C'est pourquoi je demande l'indulgence des témoins pendant que je présente une motion.
Monsieur le président, cette motion a été déposée lundi dernier, le 3 novembre, dans les deux langues officielles. Je souhaite maintenant la lire pour qu'elle soit consignée au compte rendu. Je propose:
Que, étant donné que la Cour suprême du Canada a supprimé les peines minimales obligatoires pour les infractions liées à l'exploitation sexuelle des enfants, et a erronément statué que ces peines minimales obligatoires étaient cruelles et inhabituelles;
Et étant donné que les premiers ministres de l'Alberta, de la Saskatchewan et de l'Ontario, de même que le chef de l'opposition officielle au Manitoba, ont tous réclamé publiquement l'utilisation de la disposition de dérogation pour annuler cette décision;
Le Comité demande au gouvernement d'invoquer la disposition de dérogation pour rétablir ces peines minimales obligatoires pour les infractions liées à l'exploitation sexuelle des enfants, et qu'il en soit fait rapport à la Chambre.
Malheureusement, l'arrêt lui-même compte environ 70 pages, dont une page environ consacrée à la description des faits qui ont été consignés au compte rendu et acceptés par le juge de première instance dans son verdict de culpabilité. Je pense qu'il est important que le Comité et les Canadiens qui suivent ces délibérations comprennent bien la nature odieuse des faits dont la Cour suprême du Canada a été saisie.
Pour le compte rendu, je vais lire les paragraphes [9] et [10] de l'arrêt. La décision est connue sous le nom de Québec (Procureur général) c. Senneville.
Le paragraphe [9] se lit comme suit:
Monsieur Louis-Pier Senneville a plaidé coupable à un chef d'accusation de possession de pornographie juvénile (al. 163.1(4)a) C. cr.) et à un chef d'accusation d'accès à de la pornographie juvénile (al. 163.1(4.1)a)). Il a reconnu avoir été en possession de 475 fichiers, incluant 317 images d'enfants correspondant à de la pornographie juvénile. Parmi ces images, 90 p. 100 représentent de jeunes enfants âgées entre 3 et 6 ans, certaines montrant des victimes subissant des actes de pénétration et de sodomie commis par des adultes et des mineurs. Monsieur Senneville a reconnu avoir acquis ces images par le biais de sites spécialisés et les avoir possédées pendant 8 mois. Il a accédé à ces images pendant 13 mois. Monsieur Senneville est un ancien militaire qui était âgé de 28 ans et était sans antécédents judiciaires au moment de la décision sur la peine. Celle‑ci nous apprend qu'il a collaboré avec les autorités et a respecté de strictes conditions de mise en liberté.
Le paragraphe [10] stipule:
Monsieur Mathieu Naud a plaidé coupable à un chef d'accusation de possession de pornographie juvénile [...] et un chef d'accusation de distribution de pornographie juvénile [...]. Il a reconnu avoir été en possession, pendant 13 mois, de 531 images et 274 vidéos de pornographie juvénile, dont la plupart représentent des enfants âgés de 5 à 10 ans subissant de la part d'adultes des sévices sexuels, comme des fellations et des pénétrations vaginales et anales. Monsieur Naud utilisait des logiciels spécialisés pour accéder à ce matériel, le rendre disponible et en effacer les traces.
Cet arrêt a été rendu public vendredi dernier. De vendredi dernier au début de cette semaine, le gouvernement libéral, en particulier le et son ministre de la Justice, , ont gardé un silence absolu. En fait, le premier ministre Carney était très actif sur les réseaux sociaux pendant le week-end, y compris vendredi dernier, mettant en avant toutes ses séances photo pendant son voyage en Asie. Il n'a pas fait la moindre mention d'un arrêt qui a bouleversé la nation. Quant au ministre de la Justice, Sean Fraser, il n'y a eu absolument aucune réaction jusqu'à ce que des députés de l'opposition l'interpellent à la Chambre et lui demandent d'utiliser immédiatement la disposition de dérogation.
Nous avons entendu, comme je l'ai mentionné, à travers la nature de la motion, les réactions de différents premiers ministres provinciaux et d'autres dirigeants. Pour être juste envers le cabinet de , un porte-parole a fait une déclaration vendredi dénonçant la maltraitance et l'exploitation des enfants en général. Cette déclaration restait évasive quant à l'intention du gouvernement fédéral de contester ou pas l'arrêt de la Cour suprême.
Voici ce que dit un article récent:
Dans la province d'origine de M. Fraser, la Nouvelle-Écosse, le procureur général et ministre de la Justice provincial, Scott Armstrong, a quant à lui publié samedi une déclaration sans équivoque, qualifiant le jugement de « profondément inquiétant » et exigeant que des mesures soient prises.
« Les Néo-Écossais devraient pouvoir s'attendre à ce que les peines prononcées contre ceux qui commettent des crimes horribles protègent le public et ne laissent pas aux victimes l'impression d'être plus vulnérables », déclare M. Armstrong dans un communiqué officiel publié samedi.
« Cet arrêt de la Cour suprême amène à se demander sérieusement si les peines refléteront vraiment la gravité de ces infractions et de la souffrance qu'elles infligent. Les peines minimales obligatoires envoient un message clair: l'exploitation des enfants fait partie des crimes les plus graves et sera traitée comme telle. »
M. Armstrong ajoute qu'il fera part de ses « graves préoccupations » à M. Fraser et exhortera Ottawa à « prendre des mesures pour garantir que notre système judiciaire continue de protéger les plus vulnérables, en particulier les enfants et les jeunes ».
Plus loin, l'article précise:
La première ministre de l'Alberta, Danielle Smith, le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, et le chef conservateur fédéral, Pierre Poilievre, ont chacun condamné cet arrêt dans des messages séparés publiés sur X.
« Cette décision est scandaleuse », déclare la première ministre Smith dans un message publié sur X peu après que l'arrêt de la Cour suprême a été rendu et publié. « La possession de pornographie juvénile est un crime odieux, et même une peine minimale d'un an est déjà beaucoup trop clémente. »
Mme Smith déclare qu'elle « demande au gouvernement fédéral d'invoquer immédiatement la disposition de dérogation de la Constitution pour annuler cet arrêt et garantir la protection de nos enfants ».
Dans un message publié sur X à peu près au même moment que celui de Mme Smith, le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, dit: « Je n'arrive pas à y croire. La Cour suprême s'est prononcée contre les peines minimales obligatoires d'un an pour la possession de pornographie juvénile et l'accès à de la pornographie juvénile. »
Comme Mme Smith, M. Ford appelle le gouvernement fédéral à intervenir, affirmant que « la disposition de dérogation a été conçue pour protéger la volonté du peuple », avant d'exiger que le gouvernement fédéral « annule immédiatement cette décision ».
M. Poilievre est allé plus loin, promettant une mesure législative s'il est élu et qualifiant la décision de la Cour de « tout à fait inacceptable ».
« Les utilisateurs de pornographie juvénile doivent s'exposer à des peines de prison obligatoires. L'arrêt rendu aujourd'hui par la Cour suprême qui supprime ces peines est tout à fait inacceptable », écrit vendredi le leader de l'opposition, avant de promettre qu'un futur gouvernement conservateur « utilisera la disposition de dérogation pour protéger les droits des enfants en condamnant les utilisateurs de pornographie juvénile à des peines de prison obligatoires ».
Dans un des journaux d'aujourd'hui, un article est intitulé « Fraser a tort, utilisez la disposition de dérogation contre cette décision insensée sur la pornographie juvénile ».
L'article dit:
S'il y a jamais eu une décision de justice qui appelle à utiliser la disposition de dérogation, c'est bien l'arrêt catastrophique rendu par la Cour vendredi dernier. Et pourtant, les libéraux de Carney disent qu'ils n'annuleront pas cette décision irréfléchie et motivée par des considérations politiques.
Le a été interrogé plusieurs fois mardi sur la possibilité de recourir à l'article 33 de la Charte pour passer outre à la décision de la Cour, et il a dit qu'il n'y recourrait pas. Dans une décision choquante prise la semaine dernière à 5 voix contre 4, la majorité a tranché que la peine minimale obligatoire d'un an était un châtiment cruel et inusité et une violation de la Charte. La Cour a rendu ce jugement non pas en se prononçant sur l'affaire dont elle était saisie — et je souligne les faits que j'ai lus —, mais en inventant un nouveau cas possible pour arriver à sa conclusion motivée par des considérations politiques.
La juge Mary Moreau, qui a rendu publique la décision majoritaire, a imaginé l'hypothèse raisonnable d'une jeune fille de 17 ans envoyant par SMS une photo d'elle-même nue à son petit ami de 18 ans, qui l'a ensuite partagée avec un autre jeune de 18 ans, qui l'a conservée pendant un certain temps, au lieu de la supprimer. La juge Moreau a déclaré que, dans ce cas, une peine minimale obligatoire d'un an pour possession de pornographie juvénile serait cruelle et inusitée et violerait l'article 12 de la Charte, et elle en a conclu que la peine minimale obligatoire devait être supprimée dans tous les cas.
Cette décision, qui repose sur une hypothèse raisonnable, est insensée. Aucun procureur ne porterait ces accusations dans le cas fictif que la juge Moreau a utilisé pour justifier sa décision.
Je m'arrêterai là, monsieur le président, et je rappellerai au Comité que j'ai été procureur de la Couronne pendant près de 20 ans. La Cour suprême du Canada n'a pas du tout évoqué, sachez‑le, le recours au pouvoir discrétionnaire. Le scénario irréaliste utilisé par la juge Moreau dans cette décision ne verrait, selon moi, jamais le jour dans un tribunal pénal.
La police dispose d'un pouvoir discrétionnaire. Elle est la première à intervenir lorsqu'il est question d'infractions possibles au Code criminel. Dans les circonstances qui lui sont présentées, je ne peux imaginer, en tant qu'ancien procureur, qu'un service de police porte contre cette personne en particulier une accusation de possession de matériel pornographique juvénile. Les services de police disposent d'autres chefs d'accusation dans de telles circonstances. Même si le service de police compétent décidait de porter une accusation et de la porter à mon attention ou à celle de tout autre procureur de la Couronne dans ce pays, je doute fort que nous exercerions notre pouvoir discrétionnaire, car il s'agit d'une infraction hybride, pour procéder immédiatement à des poursuites par mise en accusation en demandant une peine minimale d'un an. C'est ridicule et extrême.
L'article poursuit:
Il y a une énorme différence entre une jeune fille de 17 ans qui envoie volontairement une photo d'elle-même à son petit ami de 18 ans et un enfant de 3 ans contraint à des actes sexuels.
La juge Moreau le sait, mais elle s'oppose également par principe aux peines minimales obligatoires et elle a inventé un cas pour arriver à sa conclusion. C'est révoltant, c'est de l'activisme judiciaire. Pour utiliser le terme juridique latin, usurpatio legis, elle a outrepassé la loi et pris le contrôle de la fonction législative en l'adaptant à son point de vue.
Comme il n'y a pas d'instance d'appel au‑dessus de la Cour suprême, le Parlement devrait utiliser la disposition de dérogation dans le cas présent, mais le s'y refuse. « Nous n'avons pas l'intention de passer outre à la Constitution pour régler le problème », dit‑il. Je suis en désaccord avec lui sur ce point. Utiliser la disposition de dérogation pour annuler cette décision ne reviendrait pas à passer outre à la Constitution. Ce serait annuler une déformation du sens clair de la Charte. Ce serait à dire aux juges, à cinq d'entre eux, en fait, que leur travail ne consiste pas à adapter la loi à leur vision, mais à l'interpréter telle qu'elle est écrite. Dans l'immédiat, le gouvernement fédéral devrait invoquer la disposition de dérogation pour remettre ces cinq juges à leur place. Ensuite, le Parlement devrait envisager de rédiger et d'adopter un projet de loi visant à guider les tribunaux, afin de limiter l'utilisation d'hypothèses raisonnables.
Cet outil valable dont dispose la Cour fait l'objet d'abus de plus en plus fréquents depuis une dizaine d'années, au point d'aboutir à cette décision.
Surtout, monsieur le président, « dans le système canadien, c'est le Parlement, et non les tribunaux, qui est suprême. Il est temps que le gouvernement d'Ottawa agisse en conséquence [...] pour protéger les enfants de notre nation ».
J'insiste sur les propos du ministre de la Justice Fraser: « Nous n'avons pas l'intention de passer outre à la Constitution. » Le recours à la disposition de dérogation, à l'article 33, fait partie de la Charte. Il ne s'agit pas de passer outre, mais d'une interprétation qui ne devrait pas être acceptée.
Je conclurai très rapidement, monsieur le président, mais je tiens à souligner des passages de l'opinion dissidente. Je rappelle que le groupe dissident qui a préparé ce jugement comptait quatre juges, dont le juge en chef Wagner lui-même.
Bref, ils commencent par dire: « Notre jurisprudence » — c'est‑à‑dire la jurisprudence de la Cour suprême du Canada — « est catégorique: une peine minimale obligatoire n'enfreint pas nécessairement l'art. 12 de la Charte ».
Ils déclarent ce qui suit:
Le pourvoi devrait être accueilli. Il n'est pas démontré que les peines minimales prévues aux al. 163.1 (4)a) et (4.1)a) du [le code] [...] constituent des peines cruelles et inusitées au sens de l'art. 12 [...]. Les dispositions contestées sont constitutionnelles et opérantes.
La réprobation sociale et juridique doit se refléter avec cohérence et rigueur dans les peines imposées aux délinquants coupables d'infractions d'ordre sexuel contre des personnes mineures. Au travers de l'imposition de peines plus sévères, le système de justice exprime l'indignation profonde et légitime de la société. Une peine juste et proportionnée en est une qui s'inscrit à l'aune des enseignements de l'arrêt R. c. Friesen, 2020 CSC 9, [...], et qui respecte la volonté du Parlement de punir plus lourdement les infractions d'ordre sexuel contre les enfants.
Merci, monsieur le président.
:
Je suis estomaqué, monsieur le président, et très déçu que cette motion conservatrice soit nécessaire.
Quand la Cour suprême a rendu la semaine dernière son arrêt selon lequel la peine minimale obligatoire pour la possession et l'acquisition de matériel d'abus et d'exploitation pédosexuels constituait un châtiment cruel et inusité, j'ai pensé que ce pourrait être et que ce serait un moment fédérateur pour les députés et les parlementaires de tous bords. J'ai même eu un instant l'espoir que le gouvernement libéral fasse ce qu'il faut dans cette affaire et dise que c'est ridicule, et qu'il rétablisse la loi dès que possible en invoquant la disposition de dérogation, élément clé de la Charte des droits et libertés de notre pays, pour affirmer que c'est le Parlement, en tant qu'organe démocratiquement élu par les Canadiens, qui a le dernier mot en l'espèce, et non une juge activiste.
J'expliquerai en quelques mots pourquoi la peine minimale obligatoire est nécessaire en premier lieu.
Les deux délinquants au centre de cet arrêt de la Cour suprême possédaient chacun des centaines d'images d'exploitation et d'abus pédosexuels, qualifiées dans l'arrêt de « pornographie juvénile ». Pour l'un d'eux, 90 % des images représentaient des fillettes âgées de trois à six ans, certaines d'entre elles « subissant des actes de pénétration et de sodomie commis par des adultes et des mineurs ». L'autre délinquant possédait également des centaines d'images et de vidéos d'enfants âgés de 5 à 10 ans « subissant de la part d'adultes des sévices sexuels, comme des fellations et des pénétrations vaginales et anales ».
Le juge de première instance a condamné le premier délinquant à la peine minimale de 90 jours d'emprisonnement à purger de manière intermittente à sa convenance et à neuf mois d'emprisonnement. La peine prononcée contre le deuxième délinquant était très semblable, voire identique.
Sans peine minimale obligatoire, cette peine, qui est déjà en soi scandaleusement faible, aurait pu être encore plus légère. C'est pourquoi une peine minimale obligatoire est nécessaire, et c'est pourquoi nous demandons à la Chambre de rétablir cette mesure législative en invoquant la disposition de dérogation.
J'ai été victime, enfant, d'agressions sexuelles. À ma connaissance, il n'en existe aucune photo ou vidéo, et j'espère que c'est bien le cas.
Le matériel d'exploitation et d'abus pédosexuels n'existe pas seulement sur l'écran d'ordinateur de la personne qui le possède. Il y a des victimes, des centaines de victimes. Il existe tout un marché. Le gouvernement doit infliger la peine la plus sévère possible et envoyer le message le plus fort possible pour dénoncer ces actes.
Ce ne devrait pas être une question partisane. Ce devrait être quelque chose que tous les membres du Comité, libéraux, bloquistes et conservateurs, peuvent appuyer, indépendamment de ce que le a dit à ce sujet: nous demandons à la Chambre de faire ce qui s'impose et de protéger les enfants.
Je vous remercie.
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Merci, monsieur le président.
Il ne s'agit pas seulement des enfants déjà maltraités, violés et exploités sur ces photos et dans ces vidéos. Il s'agit aussi des enfants qui seront violés à l'avenir parce que les tribunaux ne punissent pas assez sévèrement ces pervers et ne dissuadent donc pas de futurs pervers. Nous devons sévir afin de mettre fin à cette industrie.
Il m'est arrivé de disserter sur la Charte. J'aimerais parler de la Charte. Quel était l'intérêt de la disposition de dérogation? Elle visait à éviter l'absurdité. Le procureur général Jean Chrétien a utilisé la disposition de dérogation pour faire adopter la Charte. C'est ainsi qu'elle a vu le jour. Il a justement utilisé un exemple d'absurdité que la Cour suprême pourrait invoquer. Il a formulé une hypothèse: que se passerait‑il, par exemple, si la Cour suprême concluait que la possession de pornographie juvénile était protégée par la liberté d'expression? C'est l'exemple qu'il a utilisé. Je pense que tout le monde dans cette salle, même les libéraux, conviendra qu'une telle conclusion serait absurde. Ce n'est pas le scénario devant lequel nous sommes, mais il s'en rapproche.
M. Senneville a plaidé coupable à l'accusation de possession de plus de 300 images d'enfants, principalement des fillettes âgées de trois à six ans, victimes d'exploitation sexuelle, et d'accès à ces images. M. Naud a plaidé coupable à l'accusation de possession de plus de 500 images et de plus de 250 vidéos, la plupart montrant des enfants âgés de 5 à 10 ans, pour beaucoup victimes de viols et de sodomie.
Je suis écoeuré, chers collègues. Abolir la peine minimale obligatoire pour chacun des deux chefs d'accusation est précisément le genre d'absurdité que la clause dérogatoire visait à empêcher. Je dis cela en tant qu'avocat en règle en Ontario. C'est insensé. C'est précisément pour cette raison que l'article 33 a été inséré dans la Charte.
Je suis fatigué de voir ces hypothèses utilisées chaque fois que la Cour voit un argument de portée excessive. Un étudiant en première année de droit peut imaginer une hypothèse qui n'aurait aucun sens et qui rendrait la loi trop générale. Savez-vous ce qui arrive quand il y a un scénario absurde comme celui que la Cour a envisagé pour abolir la peine minimale obligatoire? C'est logique. La police ne porte pas d'accusations. La Couronne ne poursuit pas.
Ces types sont des monstres. Je suis fier de mes collègues et je suis fier du qui a clairement déclaré que nous invoquerons la disposition de dérogation quand nous serons au pouvoir pour protéger ces enfants contre ces monstres et empêcher cette absurdité à laquelle la Cour suprême est parvenue. Le refuse d'invoquer la disposition de dérogation. Il sait que c'est approprié en l'occurrence, mais il devrait alors se contredire devant les tribunaux, après le mémoire qu'il a présenté le mois dernier.
Voici ce que je demande à mes collègues libéraux au Comité: faites votre travail, qui est de défendre les lois et de protéger les enfants. Demandez au gouvernement d'invoquer la disposition de dérogation et d'enfermer ces monstres qui, par leurs actes, contribuent au viol et à la sodomie d'enfants. Je vous en prie, faites ce qui s'impose.
Merci, monsieur le président.
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Merci, monsieur le président.
Comme mes collègues l'ont mentionné, la décision de la Cour suprême du Canada de supprimer les peines minimales obligatoires pour les infractions relatives à l'exploitation sexuelle des enfants est tout à fait révoltante. La Cour a statué qu'une peine minimale d'un an pour ces délinquants était « cruelle et inusitée ». Ce qui est cruel et inusité, ce sont les actes horribles et préjudiciables auxquels ces délinquants se livrent sur des enfants.
L'exploitation sexuelle des enfants laisse des blessures psychologiques et émotionnelles profondes et durables qui peuvent marquer à vie. Nous avons, en tant que parlementaires, le devoir absolu de protéger les Canadiens innocents, en particulier les enfants. C'est pourquoi le Comité doit demander au gouvernement libéral d'invoquer la disposition de dérogation, afin d'annuler la décision inquiétante de la Cour suprême et de rétablir les peines minimales obligatoires pour l'exploitation sexuelle des enfants.
L'appel à recourir à la disposition de dérogation dans le cas présent n'est pas une idée partisane. Il est soutenu par des dirigeants de tous les horizons politiques, au palier fédéral comme au palier provincial. Ils conviennent que notre priorité doit être de protéger les enfants et non les délinquants.
Avec un tel soutien, le Comité doit jouer son rôle. Nous devons adopter cette motion et exhorter le gouvernement à agir, afin de montrer clairement que le Canada défendra toujours ses enfants. Dans tout le pays, les Canadiens attendent de voir le Parlement prendre les mesures qui s'imposent. Nous espérons que le gouvernement ne s'opposera pas à la volonté de la majorité des Canadiens et choisira de défendre nos enfants, plutôt que ceux qui les exploitent.
Merci, monsieur le président.
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Merci, monsieur le président.
Je tiens tout d'abord à être très claire. Tous les membres du Comité partagent le même objectif, qui est de protéger les enfants contre l'exploitation et de veiller à ce que les délinquants soient passibles des peines les plus sévères possible. Il n'y a absolument aucune ambiguïté à ce sujet.
Cependant, nous avons également le devoir d'agir de manière responsable. La disposition de dérogation est une mesure extraordinaire qui l'emporte sur les droits garantis par la Charte. Elle n'a jamais été utilisée par un gouvernement fédéral et ne devrait pas être utilisée en réaction politique à une décision de la Cour suprême, quoi que nous en pensions.
Nous proposons un amendement à la motion de M. Brock. Il vise à renforcer cette motion et à la rendre plus constructive. Je le transmettrai au greffier dans quelques minutes.
L'amendement garde l'accent là où il doit être mis, c'est-à-dire sur la protection des enfants, sans porter atteinte à la Charte ou à l'indépendance des tribunaux. Nous demandons au gouvernement de présenter un projet de loi visant à renforcer les mesures de protection contre l'exploitation sexuelle des enfants. C'est la voie responsable à suivre. Il s'agit d'une mesure ferme fondée sur des preuves, sur le respect de la Constitution et sur un engagement indéfectible à assurer la sécurité de nos enfants.
Soyons clairs. L'exploitation sexuelle des enfants est un des crimes les plus horribles qui soient. Ceux qui s'en prennent aux enfants sont de la pire espèce, et ils méritent d'être punis avec toute la rigueur de la loi. Le gouvernement restera toujours ferme à l'égard de ceux qui font du mal aux enfants.
Sur ce, monsieur le président, je vais transmettre l'amendement au troisième paragraphe de la motion de M. Brock.
:
Laissez-moi le lire à voix haute et vous pourrez confirmer ça. Laissez-moi finir et vous pourrez juger en conséquence.
[Traduction]
Je viens de demander aux témoins de se retirer pour cette heure. Nous n'aurons malheureusement pas le temps de poser des questions.
Vous devriez avoir dans vos boîtes de réception les copies en anglais et en français de l'amendement présenté par Mme Lattanzio.
Je vais le lire à haute voix dans les deux langues, et vous pourrez confirmer que c'est bien ce qui vous est présenté par courriel, puis nous pourrons poursuivre le débat sur cette motion, puis la mettre aux voix et, si nécessaire, nous prononcer sur la motion principale.
Mme Lattanzio propose, au troisième paragraphe, de remplacer tous les mots du dernier paragraphe après « à » par ce qui suit: « de présenter un projet de loi visant à lutter contre l'exploitation sexuelle des enfants, réaffirmant ainsi l'engagement indéfectible du Parlement à protéger les enfants et à garantir que les délinquants encourent les peines les plus sévères prévues par notre système judiciaire. »
[Français]
En français:
Que la motion soit amendée au dernier paragraphe après le mot « gouvernement » par ce qui suit: « de présenter un projet de loi visant à lutter contre l'exploitation sexuelle des enfants, réaffirmant ainsi l'engagement indéfectible du Parlement à protéger les enfants et à garantir que les délinquants encourent les peines les plus sévères prévues par notre système judiciaire. »
[Traduction]
À propos de cet amendement, j'ai M. Housefather, puis M. Brock.
:
Je vous remercie, monsieur le président.
Il s'agit d'un domaine dans lequel je pense que nous sommes largement d'accord.
[Français]
Tous les membres du Comité seraient d'accord sur ce point.
[Traduction]
Je pense que nous pouvons tous convenir que les deux délinquants qui ont interjeté appel dans le cas présent ont commis des crimes très graves et qu'ils devraient être condamnés à des peines très sévères. En fait, la Cour suprême est prête à changer la peine de ces deux délinquants. Je dirai que les peines étaient trop laxistes, du moins pour l'un d'eux.
Il me semble que nous pouvons convenir que la décision minoritaire dans cette affaire, ou l'opinion minoritaire des quatre juges pour qui la majorité aurait dû s'en remettre davantage au Parlement, est correcte, mais nous pouvons, je crois, être en désaccord avec le jugement majoritaire sans attaquer la Cour suprême en tant qu'institution ou ses juges, individuellement, en prétendant que des motivations politiques ont influencé le jugement.
Ce sur quoi nous pouvons travailler ensemble, ce sont les lignes directrices en matière de détermination de la peine. C'est un sujet sur lequel le Comité de la justice pourrait se pencher. Les lignes directrices en matière de détermination de la peine sont-elles incorrectes? Nous pourrions discuter de l'utilisation d'hypothèses, sujet soulevé par M. Brock, et de la question de savoir si le Parlement devrait préciser quelles hypothèses devraient ou ne devraient pas être utilisées dans le contexte d'une telle affaire.
Nous pourrions certainement revenir en arrière, et je pense que nous devrions le faire et légiférer à la suite à la décision de la Cour pour imposer des peines minimales obligatoires dans le cas des infractions sexuelles commises contre des enfants et régler la question des hypothèses. Il nous suffit de créer une catégorie qui exclut l'hypothèse des relations sexuelles entre adolescents, que même M. Brock a convenu qu'il n'aurait pas poursuivis.
Il est prématuré, selon moi, de recourir à la disposition de dérogation, ce que le Parlement n'a pas fait depuis l'entrée en vigueur de la Charte. Apparemment, certaines personnes ici présentes y recourraient tant et plus. Je ne pense pas que ce soit le rôle du Parlement. Le Parlement devrait... Si nous ne sommes pas d'accord avec la décision majoritaire de la Cour, nous revenons en arrière, nous examinons le jugement et nous légiférons comme il convient pour garantir les peines les plus sévères possible. Nous tenons compte du fait que cette catégorie était peut-être trop vaste et nous la restreignons légèrement afin de supprimer cette hypothèse.
Je suis d'accord avec Mme Lattanzio que nous n'avons pas besoin de recourir à la disposition de dérogation. Nous devons légiférer et traiter comme il convient le jugement de la Cour.
Je vous remercie.
:
Notre motion contenait une directive très précise concernant une déclaration que le Comité enverrait à la Chambre — idéalement, une déclaration avec laquelle la Chambre et le gouvernement seraient d'accord —, à savoir que nous « demand[ons] au gouvernement d’invoquer la disposition de dérogation pour rétablir ces peines minimales obligatoires pour les infractions liées à l’exploitation sexuelle des enfants, [...] ».
L'amendement dont nous débattons actuellement, proposé par Mme Lattanzio, du Parti libéral, modifie considérablement l'appel à l'action, puisque nous demanderions « au gouvernement de présenter un projet de loi visant à lutter contre l'exploitation sexuelle des enfants [...] ». Cet amendement est fondamentalement différent, avec tout le respect que je dois à Mme Lattanzio, parce qu'il n'est pas précis quant à ce que nous demandons pour répondre directement à l'arrêt de la Cour suprême qui a suscité cette discussion.
Je répète ce que j'ai dit dans mon intervention initiale sur la motion de M. Brock, à savoir que la raison pour laquelle il existe des peines minimales obligatoires est que, comme dans les affaires qui ont conduit à la décision de la Cour suprême, les juges de première instance prononcent des peines minimales et trouvent même des moyens de les réduire pour ces délinquants odieux qui possédaient des centaines d'images et de vidéos montrant des jeunes enfants victimes d'abus innommables. Cet amendement ne peut être appuyé parce qu'il permet au gouvernement de faire quelque chose — de déposer un projet de loi — qui contourne la question sans en traiter le fond. Ce que nous cherchons vraiment à faire, c'est de trouver le moyen de garantir que les juges n'aient pas la possibilité de laisser des personnes qui ont commis ces crimes horribles s'en sortir sans être condamnées comme il se doit.
Je ne pense pas que nous puissions nous permettre d'être imprécis dans ce que nous cherchons à faire, c'est pourquoi je voterai contre cet amendement. L'amendement neutralise l'essence même de ce que nous essayons de faire, à savoir lancer au gouvernement un appel à l'action puissant, délibéré et précis.
Je redis mon espoir que notre motion initiale soit adoptée avec l'appui de tous les partis au Comité, car il s'agit de quelque chose qui peut beaucoup améliorer la santé et la vie des enfants en envoyant un message fort aux auteurs de maltraitance envers les enfants, monsieur le président.
:
Monsieur le président, je voudrais prendre un moment pour ramener le débat à ceux qui comptent vraiment ici: les victimes, les enfants qui ont été exploités, dont l'innocence a été usurpée et dont la vie ne sera plus jamais la même. Nous ne pouvons pas effacer leur traumatisme, mais nous pouvons faire en sorte que les responsables sont dûment traduits en justice. C'est notre devoir en tant que députés, et c'est pourquoi cette question exige de la précision, et non des considérations politiques.
Je comprends l'émotion que le sujet suscite. Tout le monde dans cette salle souhaite que justice soit faite, mais la justice ne s'obtient pas en utilisant des outils comme la disposition de dérogation. Cela affaiblit le fondement juridique du Canada. La justice s'obtient par la rédaction d'une loi constitutionnelle forte, qui garantit que les prédateurs seront punis, à chaque fois.
Lorsque le Parlement légifère avec soin, lorsque nous rédigeons des lois qui concilient justice, équité et constitutionnalité, ces lois perdurent et ne sont pas invalidées. Elles ne font pas l'objet de contestations. Elles protègent les enfants pour de bon.
Le gouvernement s'est déjà engagé sur cette voie. Des travaux sur le projet de loi sont en cours pour renforcer les protections, combler les lacunes et veiller à ce que les dispositions en matière de détermination de la peine reflètent la gravité de ces crimes. Nous devons laisser à ces processus le temps de se dérouler correctement, car une erreur signifierait rouvrir la blessure des survivants et créer davantage d'incertitude pour les victimes.
Soyons fermes. La maltraitance des enfants est l'un des actes les plus méprisables qui soient, et chaque délinquant devrait donc être condamné à la peine la plus sévère prévue par la loi canadienne. Cependant, nous devons le faire correctement. Nous devons le faire d'une manière qui respecte la Charte, qui respecte l'indépendance judiciaire et qui garantit que ces peines seront maintenues.
Il ne s'agit pas d'être indulgents, mais d'être intelligents et inébranlables dans notre engagement à protéger les enfants grâce aux lois qu'ils ont perdues.
Monsieur le président, j'approuve la formulation générale du sous-amendement, à l'exception des mots « et que cette motion fasse l’objet d’un rapport à la Chambre ». À mon avis, ce que nous devrions faire, c'est envoyer une lettre au pour l'informer de la recommandation du Comité. Nous pouvons certainement informer la Chambre en envoyant une note au Président. Je ne sais pas dans quelle mesure les mots « fasse l’objet d’un rapport à la Chambre » sont utiles.
Si possible, la première étape consiste à informer le ministre de la Justice et à lui faire part de la volonté du Comité. Si le Comité souhaite faire valoir un point, c'est lui qui devrait être le point de contact, car nous demandons au gouvernement de prendre une mesure qui serait menée par lui.
Encore une fois, je pense que nous sommes largement d'accord sur le fait que les délinquants ont commis un crime assez grave et que ces deux messieurs devaient vraiment aller en prison. La Cour suprême n'a pas modifié leurs peines particulières, mais nous pourrions vouloir travailler sur les peines à l'avenir et être plus précis sur le sujet. Nous pourrions nous pencher sur les peines et débattre de lignes directrices en matière de détermination de la peine. Nous pourrions examiner la question de l'utilisation d'hypothèses et parler avec le de la possibilité pour le Parlement de limiter l'utilisation des hypothèses qui n'ont que très peu de rapport avec les affaires portées devant les tribunaux. Je pense que ce serait plus aisément accompli par une approche multipartite pour l'accès au ministre.
Je ne suis pas convaincu que le fait d'en informer la Chambre change grand-chose. Je pense qu'il faudrait envoyer une lettre au pour lui demander de mettre en œuvre les réformes que le Comité lui demande et de collaborer avec nous sur d'autres questions, notamment les lignes directrices en matière de détermination de la peine et d'utilisation des hypothèses.
Je n'approuve pas la formulation de ce sous-amendement, mais je le soutiendrais si les mots « et que cette motion fasse l’objet d’un rapport à la Chambre » étaient remplacés par autre chose, ou carrément supprimés.
:
Merci beaucoup, monsieur le président.
Lorsque nous parlons de détermination de la peine pour exploitation des enfants, nous parlons des crimes les plus graves et les plus horribles qui soient. Chaque image, chaque vidéo et chaque clic représentent un enfant réel victime de maltraitance. La douleur et le traumatisme sont permanents.
Notre position est simple: ces crimes méritent les peines les plus sévères prévues par notre système judiciaire, un point c'est tout. Cependant, la réponse ne peut pas être de recourir à la disposition de dérogation. Ce n'est pas ainsi que fonctionne un gouvernement responsable et ce n'est pas ainsi que l'on élabore des lois solides.
La disposition de dérogation n'a jamais été conçue comme une réponse partisane à une décision judiciaire. Elle a été conçue comme une garantie constitutionnelle — une mesure extraordinaire pour des circonstances extraordinaires. Si nous commençons à la normaliser en un outil politique, nous ouvrons la porte à tout futur gouvernement qui souhaiterait passer outre les droits à sa guise.
Comprenons-nous bien: il ne s'agit pas seulement d'une théorie juridique, mais de personnes réelles, de droits réels et de conséquences réelles. Si nous érodons la charte dans un domaine, nous facilitons son érosion dans tous les autres. Notre gouvernement s'attache à régler ce problème correctement. Nous travaillons déjà à l'élaboration d'un projet de loi qui garantira que les délinquants sont condamnés à des peines sévères, cohérentes et constitutionnelles pour les crimes liés à l'exploitation sexuelle des enfants.
Nous voulons des lois qui tiennent la route, des lois qui ne peuvent être annulées parce qu'elles ont été adoptées à la hâte ou pour des raisons politiques. Nous voulons des lois qui rendent justice aux victimes et qui envoient un message dissuasif explicite et efficace. Oui, nous convenons de l'intention sous-jacente de la motion, mais nous ne soutiendrons pas des raccourcis qui risquent d'aggraver le problème. Il s'agit de trouver des solutions concrètes, et non de faire des gestes symboliques.
Ne vous méprenez pas, le gouvernement ne reste pas les bras croisés. Des travaux sont déjà en cours pour renforcer les dispositions en matière de détermination de la peine et soutenir les efforts d'application de la loi. C'est ainsi que l'on protège les enfants. C'est ainsi que l'on apporte de réels changements.
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Vous m'annoncez une surprise. Je vous remercie d'admettre que c'est une surprise. Est-ce habituel au Comité permanent de la justice et des droits de la personne?
Pour ma part, je suis au Parlement depuis 2019, et c'est la première fois que je vois des avis de convocation être déposés par surprise au début d'une rencontre. Normalement, nous sommes avisés en amont pour que nous puissions préparer la rencontre. Personnellement, je ne suis pas prêt pour les groupes de témoins que vous avez annoncés.
Je ne sais pas ce que notre collègue M. Brock veut proposer, ça le regarde. Toutefois, je suis content que M. Brock et Mme Lattanzio puissent être d'accord, parce qu'habituellement, nous avons droit à de l'obstruction parlementaire et à une guerre entre les libéraux et les conservateurs. Je suis content de savoir que c'est terminé, mais je suis vraiment déçu de penser que nous allons procéder à des rencontres surprises. Il me semble que nous aurions pu en discuter à trois avant.
Vendredi, j'ai discuté pendant une heure au téléphone avec Mme Lattanzio. Elle m'a envoyé un long courriel auquel j'ai répondu hier. Nous discutions des motions que M. Brock a présentées le 6 novembre. Entretemps, j'ai eu l'avis du greffier qui m'informait que nous allions continuer la réunion du 6 novembre, qui avait été suspendue, et qu'il n'y aurait pas de nouvel avis de convocation.
Or, là, vous m'annoncez une surprise, c'est-à-dire que le plan a changé. Je pense que c'est inadmissible et que nous ne pouvons pas procéder comme ça.
:
C'est un honneur d'être ici devant le comité de la justice. J'ai déjà siégé à ce comité en tant que parlementaire. Je sais à quel point le travail que vous accomplissez est important. Je suis encouragé d'apprendre que vous vous penchez de manière approfondie sur la réforme de la mise en liberté sous caution dans notre pays. Au Canada, notre système de mise en liberté sous caution est tragiquement défaillant; il est donc fort encourageant d'apprendre qu'il reçoit l'attention qu'il faut.
Je représente une ville où, à mon avis, la sécurité publique est le plus gros problème, Brampton et la région de Peel. Je le constate dans le cadre de mes responsabilités non seulement en tant que maire de la ville, mais aussi en tant que député de la Commission des services policiers de Peel. Au cours des cinq dernières années, nous avons mené une campagne pour la réforme du système de mise en liberté sous caution. Nous avons lancé une pétition et en avons fait notre principale revendication à Ottawa.
Cette campagne a été déclenchée par la tragédie de Darian Henderson-Bellman, qui a perdu la vie après avoir reçu cinq coups de feu tirés par son ancien partenaire intime. Cet homme avait été libéré sous caution à cinq reprises. Cette tragédie aurait pu être évitée.
Plus récemment, et tragiquement, nous entendons parler d'un autre exemple de ce genre tous les quelques mois. Après Darian Henderson-Bellman, nous avons déclaré qu'une telle tragédie évitable ne se reproduirait plus jamais, mais cela n'a pas été le cas.
Il y a quelques semaines à peine, il y a eu la tragédie de Savannah Kulla. Savannah Kulla a été tuée par un ancien partenaire intime qui avait des antécédents de violence et d'infractions liées aux armes à feu. Le fait qu'il ait été libéré pour lui ôter la vie est une tragédie qui a bouleversé notre collectivité, et c'est pourquoi je crois que la réforme de la mise en liberté sous caution qui est présentée est si nécessaire pour le pays. Nous avons les mêmes criminels qui commettent les mêmes crimes encore et encore. C'est devenu un cercle vicieux.
Dans la région de Peel, le chef de la police m'a même rapporté le cas d'une personne qui a été libérée pour avoir volé une voiture, puis a volé une autre voiture dans le stationnement du palais de justice de Brampton. À la radio, les animateurs en riaient, mais ce n'est pas une plaisanterie pour ceux dont la sécurité a été compromise.
Je voudrais vous présenter quelques statistiques. J'ai effectué des recherches avant de témoigner.
Dans la région de Peel, 66 % des personnes ayant commis des infractions liées aux armes à feu ont été libérées sous caution. Les deux tiers des particuliers ayant commis des infractions liées aux armes à feu ont été libérés. Une personne qui commet une infraction avec une arme à feu ne devrait pas être libérée. Ce sont des personnes qui ont terrorisé la collectivité, et la gravité d'une infraction liée aux armes à feu devrait être traitée comme telle.
Je comprends qu'il ne s'agit pas simplement du Code criminel. Nous faisons face à de sérieux défis sur le plan de la capacité correctionnelle et des ressources judiciaires. Je veux que cela aussi figure dans le compte rendu. Nous manquons de procureurs de la Couronne. Nous manquons d'interprètes. Trop souvent, Maplehurst, notre établissement correctionnel local, est complet. Par manque de places, il ne peut accueillir d'autres détenus. Presque toutes les affaires dans la région de Peel reçoivent un crédit supplémentaire lors de la détermination de la peine, à cause des problèmes du système.
Au nom de mes concitoyens, je demande aujourd'hui que ce projet de loi solide soit adopté. Qu'il faille ou non y apporter des amendements pour le renforcer, j'estime que la sécurité publique ne doit pas être une question partisane. Veillons à ce que ce projet de loi soit aussi solide que possible et à ce que nous donnions aux habitants de la région de Peel et, franchement, à tous les Canadiens, partout au pays, la tranquillité d'esprit à laquelle ils ont droit.
En parlant avec les agents de première ligne, on peut constater à quel point il est frustrant pour eux de voir leurs efforts réduits à néant lorsqu'un individu sur lequel ils ont passé des centaines d'heures est libéré. Je pense au projet 24Karat, qui a coûté énormément à la police de Peel dans le cadre du plus grand vol d'or de l'histoire du Canada. Tous les accusés au Canada ont été libérés. L'accusé qui se trouve aux États-Unis est toujours en détention. Les exemples de ce genre sont trop nombreux.
J'aimerais que ce projet de loi puisse être adopté tout de suite à la Chambre des communes afin d'épargner frustration et colère aux policiers qui sentent que leur temps est gaspillé.
J'avoue que je déteste recevoir les appels téléphoniques de parents qui ont perdu un être cher. Le père de Savannah Kulla m'a appelé après avoir vu la tragédie de Darian Henderson-Bellman aux nouvelles et il m'a dit: « J'espère que cela n'arrivera jamais à ma famille. »
J'ai également parlé aux parents de Darian Henderson-Bellman. Ils ont pris la parole lors du symposium pour les victimes, organisé par la police régionale de Peel pour la première fois cette année, afin de vraiment souligner la nécessité d'une réforme de la mise en liberté sous caution. Il est difficile de parler à des parents qui ont perdu un être cher alors qu'une telle perte n'aurait jamais dû se produire.
Je vous remercie de m'avoir donné l'occasion de dire quelques mots. Merci de vous intéresser à un sujet qui est si important pour les Canadiens.
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Merci, monsieur le président.
Mesdames et messieurs les membres du Comité permanent de la justice et des droits de la personne, je vous remercie de m'avoir invité aujourd'hui.
Le Service de police de Toronto préconise depuis longtemps une réforme pour que la priorité soit accordée à la sécurité publique, notamment la réforme du système de mise en liberté sous caution et des dispositions sur l'inversion du fardeau de la preuve, qui traite de manière appropriée des infractions violentes graves, des récidivistes violents, des infractions liées aux armes à feu, du crime organisé et de la violence entre partenaires intimes. Nous appuyons les observations présentées au Comité le 28 octobre par l'Association canadienne des chefs de police.
Je voudrais vous présenter quelques informations sur la situation qui règne actuellement ici, à Toronto.
Le maintien de l'ordre dans la plus grande ville du Canada est complexe, et nous devons constamment nous adapter. Au cours de la dernière décennie, il y a eu une augmentation générale du nombre de fusillades et de coups de feu. Bien que l'on puisse constater une baisse récemment, en particulier au cours des cinq dernières années, la tendance à long terme reste préoccupante et demeure au cœur de notre planification et de notre allocation des ressources.
Les vols de voitures ont diminué depuis 2023. Cependant, nous constatons une tendance à la hausse continue au cours de la dernière décennie. Les violations de domicile ont également diminué par rapport à l'année dernière, mais cela fait suite à une augmentation notable de plus de 400 % ces dernières années.
Nous pensons que la , présentée le mois dernier par le ministre de la Justice et procureur général du Canada, constitue un pas dans la bonne direction. Elle permettrait de protéger le public, de décourager les activités criminelles, de rétablir la confiance du public dans le système judiciaire et de renforcer le moral des policiers. Par exemple, l'amendement proposé, concernant la modification des motifs tertiaires de refus de la mise en liberté sous caution et l'exigence que les tribunaux tiennent compte du nombre ou de la gravité des accusations en suspens, est justifié.
Bien que les indicateurs de criminalité évoluent dans la bonne direction cette année à Toronto, certaines affaires très médiatisées impliquant des récidivistes qui commettent des crimes violents alors qu'ils sont en liberté sous caution continuent de miner la confiance du public. Pour nos agents de première ligne, comme l'a mentionné le maire Brown, lorsqu'ils arrêtent sans cesse les mêmes particuliers, ils ont l'impression que leur travail ne sert à rien.
Récemment, à Toronto, nous avons arrêté trois individus qui étaient tous âgés de moins de 18 ans au moment des faits, en août. Il s'agissait du meurtre d'un enfant de huit ans qui a été touché par une balle perdue, alors qu'il était dans sa chambre. Bien qu'il y ait eu une légère baisse cette année, nous continuons à voir de plus en plus de jeunes impliqués dans des activités liées aux armes à feu. Cette augmentation, qui est manifeste depuis plusieurs années, reflète un changement inquiétant tant dans l'accessibilité des armes à feu que dans l'attitude des jeunes à leur endroit. C'est un immense défi qui nécessite un effort de la part de la société tout entière.
Dans une ville densément peuplée comme Toronto, les fusillades dans les espaces publics sont non seulement extrêmement dangereuses, mais elles peuvent causer des traumatismes durables et une incertitude pour les survivants, les familles et des collectivités entières. C'est pourquoi nous continuons à soutenir que, lorsqu'une personne est tuée dans un lieu public, ces infractions devraient être classées comme des meurtres au premier degré en vertu de l'article 231 du Code criminel. Cet amendement servirait de dissuasif important et signalerait le fait que la société condamne ce genre d'acte irresponsable.
Pour conclure, je tiens à souligner que la grande majorité des armes à feu utilisées pour commettre des crimes et saisies par la police de Toronto viennent des États-Unis, soit entre 73 et 89 % au cours des cinq dernières années. Je précise que nous ne pouvons parler que des armes à feu qui peuvent être retracées. Selon toute vraisemblance, le nombre total d'armes à feu venant des États-Unis est probablement beaucoup plus élevé.
Cela souligne l'importance de renforcer la collaboration avec les autres organismes chargés de l'application de la loi et d'accroître les ressources et le soutien financier destinés au maintien de l'ordre. Cela montre également que, pour réaliser des progrès notables et durables, il faut adopter une approche généralisée. Par exemple, il est essentiel également de moderniser les dispositions relatives à l'accès légal et de renforcer la loi de sorte qu'elle empêche la circulation des marchandises de contrebande, des armes à feu et des drogues dangereuses.
Le Service de police de Toronto est déterminé à poursuivre sa collaboration avec tous les ordres de gouvernement afin de garantir que le système judiciaire fasse respecter l'obligation redditionnelle et protège nos collectivités.
Je vous remercie de votre attention.
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Nous reprenons nos travaux. Merci de votre patience. Nous essayions de brancher Mme Wamback, de la Fondation canadienne des victimes de crimes. Cela n'a pas entièrement réussi, nous allons donc laisser les techniciens s'en occuper pendant que nous commençons cette nouvelle série.
Bienvenue aux témoins. Je m'excuse pour le retard d'aujourd'hui.
Nous ferons de notre mieux pour que les députés puissent poser deux séries de questions, je ne m'attarderai donc pas trop sur les présentations.
Pour les témoins présents en personne aujourd'hui, nous avons Jacqueline Beisel-Cobb, responsable des comptes clients chez Western Financial Group. Bienvenue, madame.
Nous avons Cait Alexander, fondatrice d'Abolir la violence partout. Bienvenue, madame.
Ensuite, par vidéoconférence, nous avons Brett Broadfoot et, si nous y parvenons, Lozanne Wamback, cofondatrice de la Fondation canadienne des victimes de crimes. Je vous souhaite la bienvenue.
Je vous prie de ne pas parler trop fort, de vous tenir à distance du microphone et d'éviter de le cogner, par égard pour nos interprètes.
[Français]
Sans plus tarder, nous allons maintenant passer aux présentations des témoins. Ils disposeront chacun de cinq minutes.
Madame Beisel‑Cobb, vous avez la parole pour cinq minutes.
Merci, monsieur le président, et mesdames et messieurs les membres du Comité.
Je m'appelle Jackie Cobb et je suis ici pour parler au nom de ma fille de 23 ans, Madison Cobb, qui a été brutalement assassinée par son ex-copain le 19 juillet dernier dans un stationnement à Calgary. Avant que Madison puisse monter dans sa voiture pour rentrer chez elle, son ex‑copain lui a tiré dessus et l'a laissée mourir sur les lieux.
En pensant à ma Maddie, pensez à votre propre fille, sœur ou nièce. Imaginez-les maintenant en train de se vider de leur sang sans personne pour les aider. Imaginez leur peur.
Ma Maddie était une jeune femme brillante, passionnée, respectueuse, joyeuse et accomplie. Elle excellait dans ses études universitaires, était une nageuse de compétition et venait de commencer une carrière prometteuse en tant qu'assistante chirurgicale ophtalmologique chez LASIK MD. Sa vie était pleine de potentiel. Madison avait un impact profond sur les gens et tissait des liens solides avec eux. Elle s'était donné pour mission de sauver ceux qui en avaient besoin, ne serait‑ce qu'en aidant, en orientant ou en étant l'amie de ceux qui n'en avaient pas. Elle était toujours là quand on faisait appel à elle, toujours prête à donner un coup de main et à aider les autres sans jamais se plaindre. C'était une jeune fille qui avait de solides valeurs familiales. Elle était une meilleure amie et voyait toujours la vie dans son ensemble. Elle avait une âme vieille, agissant au‑delà de son âge. Elle se souciait des gens, qualité que la plupart d'entre nous avons perdue au fil des ans. Même si elle n'est plus parmi nous, Madison continue aujourd'hui d'essayer d'aider les autres.
En comparaissant devant vous, je représente son désir de trouver justice dans un système qui l'a laissée tomber alors qu'elle en avait le plus besoin. Ma Maddie a suivi toutes les voies légales pour assurer sa sécurité. Une ordonnance interdictive a été prononcée le 10 juin contre son agresseur, qui faisait également l'objet de deux accusations de harcèlement criminel pour l'avoir suivie. Il a été libéré sous caution le 10 juin et le 17 juin. On savait également qu'il possédait une arme à feu. L'ordonnance interdictive n'a pas rempli son rôle. Ce n'était qu'un bout de papier avec des mots dénués de sens. Le juge était au courant des accusations de harcèlement criminel et de la possession d'une arme à feu lorsque Madison a enfin obtenu l'ordonnance interdictive, mais rien n'a empêché son agresseur de sortir du tribunal, libre de planifier et de commettre cet acte horrible.
Madison méritait de vivre sans crainte. Le système ne l'a pas protégée. Madison a été victime d'un crime violent et en a payé le prix ultime. Ce n'était pas un moment de colère. Chaque action était calculée. Il l'a harcelée. Il l'a attendue et a exécuté son plan. La nature de cet acte délibéré devrait automatiquement exclure toute possibilité de libération sous caution ou de clémence. Il a choisi de lui ôter la vie. Il devrait être tenu responsable.
Je me tiens devant vous au nom de Maddie et des milliers de femmes et d'hommes qui ont été touchés par la violence conjugale. Maddie n'est pas la première personne à avoir souffert aux mains du système judiciaire, et elle ne sera pas la dernière si l'on ne prend pas position pour changer le système actuel.
Je demande instamment au Parlement d'adopter des sanctions plus sévères pour les récidivistes et ceux qui enfreignent les ordonnances de protection. Une intervention précoce, telle que des évaluations obligatoires et la surveillance des délinquants, pourrait empêcher l'escalade et sauver des vies. Nous devons donner la priorité au droit de vivre une vie protégée par la loi, à l'abri de ces criminels.
Combien de personnes innocentes doivent mourir comme ma jeune fille Madison pour que la loi change?
Nous savons tous que la loi est défaillante. Nous entendons dire que le projet de loi pourrait changer, mais cela n'arrive jamais. Le Parlement a les connaissances, le pouvoir et l'autorité nécessaires pour apporter les changements qu'il faut pour mettre en œuvre des peines plus sévères dès maintenant, avant que d'autres vies innocentes ne soient perdues. Le système doit changer. Pourquoi sommes-nous si indulgents? Pourquoi donnons-nous autant de chances aux délinquants? Les criminels connaissent notre système et ses failles, et ils en profitent. Je vous prie de protéger les innocents. Les criminels ne devraient pas avoir les mêmes droits que vous et moi.
Ma vie est changée à jamais. Je ne verrai jamais mon enfant franchir la porte d'entrée avec son incroyable sourire, sachant qu'elle est en sécurité. Je ne peux pas l'embrasser avant qu'elle s'endorme, lui dire « je t'aime » ou l'appeler quand quelque chose d'excitant arrive. Je n'aurai pas la joie de la voir descendre l'allée ou d'avoir ses propres enfants. Tout ce qui me reste, ce sont des photos et des vidéos pour m'aider à me souvenir de chaque détail de son apparence et écouter une voix sur cassette afin de pouvoir entendre comment elle prononçait mon nom. Je serre ses vêtements très fort contre moi afin de me souvenir de son odeur, et je fredonne sa chanson préférée dans ma tête tout le temps, car je ne l'entends plus résonner dans sa chambre.
Désormais, je dois regarder la chaise vide à ma table de salle à manger où elle s'asseyait lorsque nous mangions. Je passe devant sa chambre avec une tristesse constante en repensant aux bons moments que nous avons partagés dans cette pièce. Il n'y aura plus de précieuses vacances en famille que nous aimions passer ensemble. Je crains désormais constamment que ma famille ne se désagrège à cause de ce crime, comme tant d'autres familles.
Je suis ici aujourd'hui pour plaider en faveur d'un changement afin qu'aucune autre famille n'ait à endurer cette douleur. On ne pense jamais que cela nous arrivera jusqu'à ce que cela arrive. Vous pouvez changer les choses. Tenez-les responsables dès leur première infraction afin que cette tragédie ne devienne pas votre cauchemar, un cauchemar que je vis pour le restant de mes jours.
Merci.
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Merci, mesdames et messieurs.
Je tiens tout d'abord à vous féliciter pour ce qui est manifestement un immense succès, un système judiciaire si efficace, si protecteur et si parfaitement conçu que les victimes et les survivants à travers le pays n'ont rien à craindre. Honnêtement, je ne pense pas que nous ayons besoin d'être ici aujourd'hui, nous pourrions tout aussi bien rentrer chez nous, mais nous ne pouvons pas, car rien de ce qui précède n'est même vaguement exact ou ne reflète véritablement le cimetière de morts évitables qu'est devenu le Canada.
Je m'appelle Cait Alexander. Je suis mannequin, actrice, artiste et fondatrice d'End Violence Everywhere, EVE, un organisme caritatif enregistré au Canada qui vient en aide aux survivants de violence par un partenaire intime, d'agression sexuelle et de violence fondée sur le genre.
Le 31 juillet 2021, j'ai failli être tuée par mon ancien partenaire à Leaside, à Toronto. Malgré la gravité de l'agression, malgré les preuves photographiques et vidéos montrant qu'il m'avait presque battue à mort, malgré l'intervention de l'équipe tactique à mon domicile et malgré les huit chefs d'accusation qui pesaient sur lui, il a été libéré sous caution presque immédiatement pour 500 $. Il n'a même pas été jugé pour tentative de meurtre, car les huit chefs d'accusation ont été prescrits en raison de l'arrêt Jordan. Je n'ai même pas d'engagement de ne pas troubler l'ordre public, car il a expiré.
J'ai vécu cachée pendant des mois après l'agression avant d'être contrainte de déménager aux États-Unis, et si je n'avais pas quitté le Canada, il aurait probablement réussi à mettre fin à mes jours. Il a failli faire la même chose à la femme qu'il a fréquentée après moi et, d'après ce que j'ai appris, à celle qu'il fréquentait avant moi.
Le plus effrayant, c'est que mon expérience n'est pas unique. Elle est courante au Canada. Des femmes, des enfants et, oui, des hommes sont victimes de violence chaque jour dans ce pays, sans aucune conséquence.
Dans mon organisation, nous aidons ces survivants que nous appelons les experts, car ce sont les experts de ces enjeux, de leur vécu et des horreurs d'un système judiciaire qui ne fonctionne pas. Si vous n'avez jamais eu affaire au système ni lu l'intégralité du Code criminel du Canada, je ne vous qualifierais pas d'expert, quel que soit votre titre parlementaire. Nous, les experts, l'appelons le système d'injustice, et nous subissons chaque jour les dommages qu'il cause.
Un exemple récent est celui d'un promoteur de club, Mark Holland, qui a agressé sexuellement des dizaines et des dizaines de femmes de toutes les générations. Il figure sur la liste des délinquants sexuels enregistrés et, en août dernier, il a été libéré sous caution pour d'autres accusations d'agression sexuelle. Il est à nouveau libre dans la société. J'ai rencontré Mark à l'âge de 18 ans devant une boîte de nuit de King Street West, à Toronto. Mon intuition m'a dit de rester loin de lui. Mon intuition était plus que juste.
Au cours des dernières décennies, j'ai vu Mark Holland faire du mal à huit de mes amies et brutaliser des dizaines et des dizaines d'autres jeunes filles en toute impunité, et il est à nouveau en liberté sous caution. J'ai vu des groupes hôteliers et des clubs continuer à l'embaucher malgré ce qu'ils savent de lui. Je l'ai vu enfreindre ses conditions à plusieurs reprises et rester libre, continuer à travailler dans des lieux de vie nocturne, à chercher des victimes et à être protégé par les failles du système qui permettent aux prédateurs en série d'agir. On dirait presque que c'est ce que le gouvernement veut.
Notre équipe chez EVE soutient des centaines de survivants, et nous recevons des milliers de témoignages en ligne et directement par nos canaux de défense. Ce ne sont pas des cas marginaux, mais des Canadiens, surtout des femmes et des enfants qui ne sont pas en sécurité chez eux ni dans leur communauté, parce que le système censé les protéger protège les agresseurs. Les droits garantis par la Charte aux criminels semblent l'emporter sur les droits garantis par la Charte aux victimes.
Nous soutenons les survivantes qui dorment avec leurs valises prêtes près de la porte. Nous soutenons des survivantes qui déménagent dans une autre province parce que leur agresseur a été libéré. Nous soutenons des survivantes à qui on a dit directement que le système ne pouvait pas les aider tant qu'il ne se passait pas quelque chose de pire, tant qu'il n'y avait pas de sang versé. Même dans ces cas‑là, comme je le sais par expérience personnelle, cela ne suffit pas. La seule fois où cela semble suffire, c'est quand elle est enterrée. Il faut que nous mourions pour que vous vous en souciiez, en quelque sorte.
Des dizaines de femmes ont récemment été tuées par leur partenaire qui avait été libéré sous caution malgré des antécédents connus de violence. Deux des parents de ces femmes témoignent aujourd'hui, mes amis Jackie Cobb et Brett Broadfoot. C'est un honneur pour moi de les compter parmi mes amis, mais j'aurais préféré ne pas les rencontrer, car leurs filles ont été victimes de meurtres qui auraient pu être évités, simplement parce que le gouvernement n'a pas de politique efficace et s'en fiche.
Ne me dites pas que vous vous en souciez, comme vous l'avez fait, James Maloney, le 28 octobre 2024, lorsque nous nous sommes rencontrés sous le règne de l'ancien ministre de la Justice Arif Virani. Vous m'aviez promis que vous donneriez suite à nos requêtes. Vous m'aviez promis que votre famille d'avocats vous aidait à comprendre intimement ce que nous vivons. Vous m'aviez promis que vous vous souciez de notre sort et que vous feriez quelque chose pour remédier aux horreurs du système pénal canadien.
Je suis sortie de votre bureau ce jour‑là, pleine d'espoir. Quelle idiote j'ai été. Vous ne m'avez jamais rappelée...
Bonsoir, mesdames et messieurs les membres du Comité. Merci de m'accueillir ce soir.
Je m'appelle Brett Broadfoot et je suis ici pour parler au nom de ma famille et, surtout, de ma magnifique fille Breanna, aujourd'hui décédée. J'espère également parler au nom des autres victimes de violence par un partenaire intime, au nom de toutes les femmes qui continuent de vivre dans la peur de leurs agresseurs, car ceux‑ci sont toujours en liberté après avoir été accusés sans avoir à rendre compte des actes violents qu'ils ont commis. J'aimerais vous faire part du vécu de ma famille à ce sujet.
Le 15 mars 2024, ma fille Breanna a été brutalement agressée par son petit ami. Elle s'est retrouvée avec deux yeux au beurre noir, une fracture de l'orbite, plusieurs autres fractures aux joues et de graves ecchymoses autour du cou, causées par les mains de son agresseur qui l'avait étranglée. Elle n'avait que 16 ans à l'époque.
Son agresseur, âgé de 18 ans, a été arrêté le 15 mars et inculpé d'agression avec étouffement et suffocation ou strangulation. Il a été libéré le jour même de son arrestation. Après avoir été convoqué à nouveau au tribunal le 31 juillet 2024, il a reçu l'ordre de ne pas commettre d'infraction, de ne pas communiquer avec ma fille, de ne pas s'approcher d'elle et de ne pas posséder d'armes. Nous n'arrivions pas à croire qu'il ait été libéré, qu'il ait été autorisé à continuer comme si de rien n'était, alors que Breanna restait à l'hôpital, luttant pour se remettre des blessures qu'il lui avait infligées.
Notre famille a eu le sentiment de ne recevoir aucune aide ni aucun soutien pendant cette période. Nous étions condamnés à rester seuls, sachant que son agresseur était libre, sans surveillance et sans contrôle, prêt à recommencer quand bon lui semblerait. Malheureusement, cette crainte s'est réalisée.
Le 16 juillet 2024, Breanna, alors âgée de 17 ans, a de nouveau été agressée par le même individu, mais cette fois‑ci de manière beaucoup plus grave. Vers 1 heure du matin, le 17 juillet, nous avons été réveillés par les coups frappés à notre porte par un sergent de police. On nous a dit que notre fille avait été transportée à l'unité de soins intensifs de l'hôpital Victoria avec de multiples blessures par arme blanche. On nous a dit que le même individu l'avait de nouveau agressée.
Breanna s'est battue de toutes ses forces, mais elle a malheureusement succombé à ses blessures. Le 18 juillet 2024, nous avons perdu notre petite fille. Notre vie a changé à jamais.
À ce jour, je suis convaincue que Breanna pourrait et devrait être encore parmi nous si son agresseur n'avait pas été libéré après la première agression, ou s'il avait au moins été surveillé.
Notre système nous a complètement laissé tomber, comme tant d'autres personnes dans le passé. Nous devons mettre fin dès maintenant à la pratique consistant à arrêter, puis à relâcher les agresseurs. Remettre sur le champ en liberté un individu qui a violemment agressé et envoyé à l'hôpital une jeune fille ou une femme sans défense est pour moi incompréhensible. L'accusation d'étranglement doit être prise plus au sérieux. On parle de tenir la vie d'une personne entre ses mains, de décider de la laisser respirer ou non. Pensez‑y.
Il s'agit d'un facteur de risque élevé qui devrait permettre de classer cette personne comme un délinquant violent. Comment pourrait‑il en être autrement? Notre système permet aux délinquants de vivre sans aucune surveillance, comme si rien ne s'était passé. Les survivantes sont contraintes de vivre dans la crainte constante d'être à nouveau maltraitées par le même homme. Ce n'est pas normal. Je sais que nous pouvons faire mieux.
Travaillons ensemble pour trouver une solution qui mette fin à cette violence. Sortons la tête du sable et changeons les choses dès maintenant.
Merci de votre attention.
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Désolée, je n'ai pas l'habitude.
Merci de m'avoir invitée pour parler de cette question très importante.
L'ensemble du processus judiciaire est source d'un stress énorme et de revictimisation pour les victimes ou les membres de leur famille, qui sont également très affectés et peuvent être considérés comme des victimes à part entière, depuis les mensonges proférés en toute impunité par les avocats de la défense au sujet de la victime jusqu'aux services d'aide aux victimes, qui, selon de nombreuses victimes, ne font qu'empirer les choses. Dans notre cas, ils ne nous ont même pas proposé leur aide. Nous n'avons reçu aucune aide de leur part.
Il y a aussi la terrible législation en matière de caution, de libération conditionnelle et de détermination de la peine. Les délinquants sont libérés sous caution, se voient infligés des peines légères, puis obtiennent leur libération conditionnelle, souvent pour récidiver, car, après tout, il manque d'agents de libération conditionnelle pour les surveiller. Qu'est‑ce que cela dit de la valeur des vies perdues ou compromises? Les victimes n'ont aucune importance et aucune valeur. Elles sont ignorées, perdues et seules.
Dans notre cas, les trois agresseurs ont été libérés sous caution pendant quatre ans avant de comparaître devant le tribunal. Celui qui a donné un coup de pied à la tête de mon beau garçon aux yeux bleus comme dans un ballon de football, lui causant des lésions cérébrales, était libre de se promener à sa guise dans la rue, tandis que nous étions emprisonnés à l'hôpital. Il a récidivé en toute impunité, comme nous l'avons appris de sources fiables.
Après la sortie de l'hôpital, je vivais dans la crainte constante qu'il retrouve mon fils dans sa nouvelle école, ce qui n'aurait pas été très difficile, et qu'il le pousse dans les escaliers ou le frappe à nouveau à la tête, ce qui l'aurait certainement tué. Je suis tombée dans une dépression désespérée et j'ai eu des crises de panique, sentant que je ne pouvais pas assurer la sécurité de Jonathan. Je ne pouvais pas, je n'avais aucun contrôle.
Pire encore, Jonathan vivait une terreur constante, faisait des cauchemars, souffrait de terreurs nocturnes et de dépression. Il hurlait souvent qu’il voulait mourir et avait souvent des crises de colère causées par sa lésion cérébrale. Il tentait de se frapper la tête contre le sol en béton de notre sous-sol, tandis que Joe, mon mari, et moi essayions de le retenir en maintenant sa tête. Après ces épisodes, mon mari s'effondrait sur le canapé en se tenant la poitrine. Peu après, il a développé une maladie cardiaque qui le fait terriblement souffrir, encore aujourd'hui.
Après qu'ils eurent purgé leur courte peine, le cauchemar s'est répété.
Jonathan a subi un grand stress émotionnel et a été suivi par un travailleur social irresponsable qui a utilisé une thérapie inappropriée et contre-indiquée pour toute lésion cérébrale du lobe frontal, ce qui a entraîné un syndrome de faux souvenirs concernant son enfance et l'a éloigné de nous depuis maintenant 11 ans. Nous vivons un désespoir absolu. Rien de tout cela ne serait arrivé s'il n'avait pas été victime d'une lésion cérébrale. C'est à cause de ce crime, à cause de cette agression.
Olga Baranovski, la mère de Matti Baranovski, victime d'un homicide, m'a dit qu'elle était morte à l'intérieur après le meurtre de son fils et, en fait, elle a été retrouvée morte dans son appartement, toute seule. Sa vie était finie à cause de ce crime.
Ce sont les victimes qui sont véritablement condamnées à perpétuité, pas les agresseurs. Eux continuent leur vie, pas nous. Nous souffrons d'insomnie, de dépression, de crises de panique et d'autres troubles mentaux. Nous sommes perdus, seuls et en proie à la douleur.
Les agresseurs sont libérés et continuent de bénéficier d'un soutien psychologique gratuit. En fait, des enquêteurs correctionnels ont récemment déclaré que le financement de l'aide psychologique aux détenus devrait être augmenté, mais n'est‑il pas curieux qu'il ne soit fait aucune mention du soutien psychologique aux victimes?
Soit dit en passant, nous n'avons reçu aucune aide psychologique, à moins de la chercher nous-mêmes, à nos frais, bien sûr.
Si ce projet de loi est adopté, il y aura davantage de victimes. Davantage de familles souffriront et il y aura davantage de revictimisation. Cela continuera encore et encore, touchant de plus en plus de personnes.
Pour conclure, je voudrais simplement poser une question à ce sujet. Il y a un ombudsman des victimes à Ottawa. Que fait‑il? Je n'ai rien entendu de sa part.
Je tenais à mentionner aussi qu'il est très facile de trouver du soutien et du financement si vous êtes...
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Merci, monsieur le président, et merci à tous les témoins d'être présents, en particulier ceux qui sont ici pour défendre les intérêts des membres de leur famille et raconter leur vécu. Je compatis sincèrement avec chacun d'entre vous. En fait, toute mon équipe conservatrice sera toujours solidaire des victimes plutôt que des accusés, toujours.
Je tiens à souligner une chose, et j'ai l'impression de me répéter sans cesse en le disant. La responsabilité première d'un gouvernement fédéral est d'assurer notre sécurité. Ce gouvernement fédéral, sous la soi-disant direction de Justin Trudeau et maintenant de , vous a laissé tomber, madame Beisel-Cobb. Il n'a pas mis en œuvre les changements nécessaires pour assurer la sécurité de votre fille. Il n'a pas instauré la détention obligatoire dans les cas de violence par un partenaire intime à haut risque. Il vous a laissé tomber pour l'application stricte des ordonnances de non-communication. Il vous a laissé tomber pour l'alourdissement des peines infligées aux récidivistes violents. Au cours des dix dernières années, nous n'avons entendu que des promesses, sans résultat concret.
Tout a commencé par le projet de loi , qui a facilité le recyclage des récidivistes violents dans le système judiciaire: sitôt arrêtés, sitôt relâchés. Les libéraux ont ensuite présenté le projet de loi , qui a éliminé les peines minimales obligatoires pour toutes les infractions liées à la drogue et les infractions graves liées aux armes à feu. Ils ont facilité le transfert de tueurs en série malades comme Paul Bernardo d'un établissement à sécurité maximale à un établissement à sécurité moyenne afin qu'ils puissent profiter de petites douceurs parce que, pourquoi pas? Les libéraux ont toujours favorisé les accusés.
Pour vous, madame Wamback, pour vos intérêts et vos préoccupations, qu'en est‑il de cet ombudsman des victimes? Pendant près d'un an et demi, ce gouvernement libéral défaillant n'a pas pourvu ce poste, et le nouveau titulaire ne dispose actuellement pas des outils nécessaires pour assurer la sécurité des victimes. Je vous présente mes excuses pour le fait que votre gouvernement vous ait si lamentablement laissé tomber.
Madame Alexander, une chose qui m'a frappé et qui me semble très importante, c'est quand vous avez dit: « On dirait presque que c'est ce que le gouvernement veut ». Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet?
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Merci, monsieur le président.
Je remercie tous les témoins qui sont avec nous cet après-midi.
Je peux à peine imaginer la peine et le désespoir que ces pertes peuvent occasionner pour vous. Perdre un enfant, c'est déjà un drame, le perdre dans des conditions comme celles dont vous témoignez cet après-midi, c'est terrible. Je me demande ce qui pourrait être pire que cela. Je ne sais pas quoi vous dire, sinon que je compatis totalement avec vous.
Madame Alexander, je suis d'accord avec vous pour dire que les parlementaires devraient être en mesure de répondre à vos demandes rapidement lorsqu'ils sont interpellés sur de telles situations, surtout pour des cas comme celui-là. Je ne suis pas membre du gouvernement, je suis membre du Bloc québécois. Nous sommes dans l'opposition, et je critique quotidiennement les actions du gouvernement. Je ne suis pas toujours contre ce que le gouvernement fait, mais je ne suis pas toujours d'accord avec lui non plus, pas plus que je suis toujours d'accord ou en désaccord sur ce que le Parti conservateur dit ou fait.
Je suis d'accord avec vous tous pour dire que la question qui nous occupe aujourd'hui est une question transpartisane. On dit souvent cela, mais c'est le cas. Quand on parle d'enfants assassinés, je vois mal comment on peut utiliser de telles situations pour faire des débats politiques. Je n'en ferai pas. Je n'ai pas de question embêtante à vous poser. Je n'ai malheureusement pas non plus de solution, alors je ne vous dirai pas que votre problème sera réglé lorsque vous allez repartir aujourd'hui. Vous ne me croiriez pas, et vous auriez raison. Par contre, je peux vous dire que nous vous comprenons et que vos témoignages sont pris en considération dans nos discussions.
Je ne sais pas comment tout cela va se terminer. Il y a plusieurs facteurs à considérer. Évidemment, la protection des victimes, c'est notre préoccupation. En fait, je devrais dire que notre principale préoccupation est d'éviter qu'il y ait des victimes. Il faut aussi tenir compte de tous les enjeux, de la société dans laquelle nous vivons, des règles que nous nous sommes données, des libertés individuelles et du droit de ne pas être emprisonné sans des justifications importantes, ou de ne pas voir ces libertés entravées autrement.
Évidemment, je ne vous surprendrai pas en vous disant qu'on ne peut pas mettre tout le monde en prison juste pour s'assurer qu'il n'y a jamais de crime. Nous serions en prison nous-mêmes. Toutefois, il faut être diligent. Il y a des règles en place, mais elles ne sont peut-être pas toujours appliquées comme elles le devraient, et cela donne lieu à des situations plus que troublantes, comme les vôtres.
Je suis conscient que je parle beaucoup. Je n'ai pas de question, comme je vous l'ai dit dès le début. Je vais m'arrêter ici pour vous offrir le reste de mon temps de parole. Si l'un d'entre vous souhaite nous en dire davantage, je suis ouvert à cela.
Madame Beisel‑Cobb, avez-vous quelque chose à ajouter à votre témoignage?
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Le régime de mise en liberté sous caution en vigueur au Canada ne protège pas les victimes. En fait, il en crée davantage. Nous aimerions vraiment que la liste des délinquants sexuels soit publique. Je pense que c'est tout à fait logique.
Nous aimerions vraiment que le gouvernement comprenne la psychologie des agresseurs. Je pense que nous devons fonder nos lois sur ces connaissances. Ce ne sont pas des individus normaux. Ce sont des personnes souffrant de la « triade noire » des troubles de la personnalité: machiavéliques, psychopathes, antisociaux et narcissiques, ainsi que de déséquilibres chimiques qui sont à l'origine des taux de récidive de ces crimes que nous voyons si souvent. Il ne s'agit pas de la majorité de la population. C'est une petite partie de la population qui continue à s'en tirer à bon compte.
Nous devons comprendre qu'une personne accusée d'étranglement va recommencer. C'est ce qu'il faut supposer. Je sais qu'on est innocent jusqu'à preuve du contraire, mais pour l'instant, on est innocent jusqu'à ce qu'elle soit morte. Nous devons vraiment comprendre que, surtout en cas d'agressions sexuelles et de violence par un partenaire intime, le taux de récidive est si élevé qu'une seule accusation devrait entraîner une peine de prison, point final.
Il faut améliorer les prisons. Il faut que les gens s'améliorent en prison, car lorsqu'ils sortent de prison, ils sont généralement pires qu'avant. Mon organisation travaille en étroite collaboration avec le gouvernement Ford, en qui nous avons trouvé un allié, pour régler ces problèmes et déterminer comment mieux former les juges, comment former et fournir les outils nécessaires dans les prisons afin de pouvoir réhabiliter certaines personnes.
Cependant, je vais être honnête avec vous. Il y a des criminels qui ne peuvent pas être réhabilités, et nous devons simplement accepter cette réalité et jeter la clé.
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J'aimerais que vous puissiez être dans ma tête en ce moment et savoir ce que l'on ressent lorsqu’un homme de six pieds et trois pouces pesant 225 livres vous fracasse le crâne contre le sol. J'aimerais que vous puissiez voir le sang que j'ai essayé de laver de mes cheveux sous la douche. J'aimerais que vous puissiez comprendre la peur d'être confinée dans un espace par quelqu'un qui fait deux fois votre taille. Pourquoi, dans la lutte, classons-nous les gens par catégories de poids? Les femmes ne peuvent pas lutter contre cela. J'ai demandé à ma doublure cascadeuse: « Tu es ceinture noire dans des millions de disciplines. Aurais‑tu pu avoir le dessus sur lui? » Elle m'a répondu: « Aucune chance, Cait. »
Pour un agresseur dans cet état d'esprit, avec l'adrénaline et la testostérone qui coulent dans ses veines, s'il veut vous tuer, il le fera. Je suis en vie, par la grâce de Dieu, grâce à mes amis, qui ont reçu un message de deux mots sur WhatsApp. Je suis en vie parce que je l'ai laissé me frapper. Je devais le laisser faire, car si je me défendais, cela empirait: alors j'ai simplement encaissé et, d'une manière ou d'une autre, j'ai survécu. J'aimerais que vous le compreniez. Je ne suis pas autorisée à apporter des accessoires — je me suis attiré des ennuis à cause de cela l'année dernière — mais je peux vous montrer les vidéos et les photos de lui en train de m'agresser, et les éclaboussures de sang. Je peux vous montrer mon corps couvert de bleus.
Je veux que vous compreniez que, lorsque vous décidez de politiques, ce n'est pas une blague. C'est réel, cela affecte votre système à vie et cela déchire les familles. En réalité, notre fonctionnement actuel coûte plus cher sur le plan financier, car les conséquences financières de la violence sont nombreuses. Vous ne pouvez pas travailler ou fonctionner correctement, et cela coûte des milliards de dollars de ne pas réserver à ces agresseurs le sort qu'ils méritent.
Nous devons faire mieux, car c'est une réalité. Je suis en vie, par la grâce de Dieu. Malheureusement, Breanna et Madisson ne le sont pas. Cependant, je sais ce que leurs filles ont vécu. J'ai survécu pour raconter leur histoire. Je veux que vous tous ici présents le compreniez, que vous l'acceptiez et que vous cessiez vos conneries partisanes. Faites-vous une raison.
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Merci, monsieur le président.
Je tiens à remercier tous les témoins d'être venus et de nous avoir parlé des tragédies que vous avez vécues et de la perte de vos enfants. Ces témoignages devaient être entendus. Merci pour votre courage. Je pense que cela compte beaucoup pour tous les membres du Comité, tous partis confondus. Vous avez tous raison de dire que cela ne devrait pas être partisan. Rien de tout cela ne devrait être partisan. Je remercie tous les témoins de l'avoir répété encore et encore.
En 2022, je ne sais pas si vous le savez, j'ai présenté le projet de loi , également connu sous le nom de Loi de Keira. Il portait sur la violence par un partenaire intime. En 2023, il a reçu la sanction royale avec le consentement unanime de tous les partis. Tous les députés ont donné leur consentement unanime au Parlement. Le projet de loi est devenu une loi qui a modifié le Code criminel. Pour la toute première fois, nous avons même abordé la question du contrôle coercitif, qui est souvent à l'origine de nombreux problèmes. Le contrôle coercitif est souvent un tremplin vers d'autres formes de violence. Cela n'avait jamais été pris en compte dans le débat.
Dans la Loi de Keira, nous avons également constaté que les juges, comme vous l'avez mentionné, mesdames Beisel-Cobb et Alexander, avaient besoin d'une meilleure formation et d'une meilleure éducation judiciaire. Cela a été modifié. Vous avez aussi parlé de la surveillance électronique. La Loi oblige les juges à envisager le recours à la surveillance électronique comme condition assortie aux ordonnances de mise en liberté.
Ce projet de loi est le résultat du plaidoyer de la mère de Keira. Cela a également été très douloureux en raison des témoignages que nous avons entendus à l'époque, en 2022 et 2023.
Pendant la COVID, nous avons vu tout ce qui se passait et comment la violence par un partenaire intime a explosé. Pourriez-vous nous parler un peu du contrôle coercitif?
Madame Beisel-Cobb, nous allons commencer par vous. Nous pourrions nous concentrer sur ce point et voir comment nous pouvons faire mieux.
Ce sont des changements que nous avons tous apportés ensemble. Nous les avons tous réalisés ensemble. J'ai présenté le projet de loi, mais je remercie encore une fois tous les partis. Il a été soumis au Sénat, où il a été rapidement adopté et intégré à l'article 515. Il y a d'autres articles. Dans toutes les provinces également, nous avons constaté que la Loi de Keira et des lois similaires ont été adoptées.
Madame Beisel-Cobb, nous pourrions commencer par vous.
Un projet de loi présenté par Laurel Collins du NPD, le projet de loi , a reçu le soutien unanime de la Chambre. Il a abouti au Sénat en deuxième lecture.
J'aimerais que ce projet de loi soit ressuscité. Il est exhaustif. Nous y avons ajouté des parties prenantes. Je pense que tout le monde dans cette salle ferait bien de ressusciter ce projet de loi, car cela ferait du contrôle coercitif un crime. Le contrôle coercitif est toujours présent dans les situations de violence. Cela donnerait à la police des motifs... car le problème, c'est qu'à l'heure actuelle, il faut attendre que quelqu'un saigne avant de porter des accusations. Ce projet de loi sur le contrôle coercitif permettrait de sauver des vies avant que le sang ne coule.
Nous avons également besoin d'un amendement à la règle Jordan. Je sais que cela a été fait de bonne foi, mais l'enfer est pavé de bonnes intentions. La règle Jordan doit être assortie d'une énorme réserve ou d'une clause dérogatoire. Nous ne devrions pas classer des affaires simplement parce que nous n'avons pas les ressources nécessaires ou que le financement est insuffisant. Nous ne devrions pas les abandonner. Je pense qu'à l'heure actuelle, 30 % des affaires d'agression sexuelle sont abandonnées en vertu de la règle Jordan. Cela représente 30 % de délinquants supplémentaires qui se retrouvent dans la rue simplement parce que nous n'avons pas pu les traduire en justice.
L'article 278 du Code criminel est un autre exemple. Le droit actuel permet à l'avocat de la défense de demander la production de tous les dossiers médicaux de la victime, ses journaux intimes et tous les comptes rendus de ses entretiens avec les forces de l'ordre. Il peut demander à ce que toute la vie de la victime soit produite et l'utiliser comme arme contre elle au tribunal, et c'est ce qu'il fait. Il faut se pencher sur l'article 278.
En ce qui concerne la caution et la règle Jordan, le projet de loi et l'article 278 nous aideraient au moins à trouver un bon point de départ. En fin de compte, nous avons vraiment besoin que le système judiciaire tienne compte des traumatismes et se centre sur les survivants. À l'heure actuelle, c'est tout le contraire.
Je ne reviendrai jamais vivre au Canada, mais ce serait formidable que le pays se mobilise et dise: « Nous allons le faire, nous avons compris ». Le Canada a 20 ans de retard sur la plupart des pays développés.
J'aimerais beaucoup que vous puissiez le faire. Nous pourrions tous nous entendre, aller de l'avant et avoir un système judiciaire qui fonctionne afin que notre pays soit sûr et que nos citoyens puissent contribuer à l'économie et mener une vie agréable.
Madame Beisel-Cobb, j'ai lu votre lettre plus tôt aujourd'hui. Je ne peux imaginer... Je suis vraiment désolé pour votre perte.
Il en va de même pour vous, monsieur Broadfoot.
Je déteste être porteur de mauvaises nouvelles. J'aimerais ne pas avoir à vous dire ce que je m'apprête à vous dire. Ce sera un peu technique.
La police nous demande de clarifier le fardeau de la preuve à l'égard des infractions pour lesquelles le fardeau de la preuve est inversé. Le projet de loi ne le fait pas. Nous leur demandons de codifier la suppression du principe de l'échelle, qui oblige les juges à libérer les délinquants dès que possible, dans les conditions les moins contraignantes possibles.
Je ne suis pas convaincu que ce projet de loi mettra fin au phénomène de la porte tournante que sont devenus nos systèmes de détermination de la peine et de mise en liberté sous caution. Le projet de loi ne traite pas des jeunes contrevenants. Il ne traite pas de la libération conditionnelle. Il aborde à peine la réforme de la détermination de la peine.
Imaginez, madame Alexander, que le projet de loi soit adopté et que rien ne change. Imaginez maintenant que je vous invite ici dans un an ou deux. Que diriez-vous à mes collègues libéraux d'en face?
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Lorsque vous avez pris la parole tout à l'heure, votre affirmation m'a interpellé parce que vous avez utilisé le mot « juges »... qui ont la possibilité de rendre cette décision concernant les bracelets électroniques et le reste.
Malheureusement, bon nombre de nos victimes n'arrivent pas au stade où ces délinquants comparaissent devant un juge. Si, comme on vient de le dire, des amendements sont apportés à ce projet de loi, lorsque ces actes violents font l'objet de poursuites, la pertinence d'imposer le bracelet électronique n'aura pas à être soumise à un juge. La décision pourra être prise au poste de police, en présence des avocats. Ne les laissons pas s'en tirer comme ça, ne les mettons pas en liberté sous caution. Gardons-les en détention.
Nous attendons qu'un juge rende une décision qui, dans le cas de ma famille, devait être rendue plus de trois mois plus tard. Non, éliminons ce délai. Cela devrait se faire dès le début.
Quand je parle de bracelets électroniques et d'autres dispositifs de ce type, à moins que vous ne les traîniez devant le tribunal le lendemain matin, ce qui, comme nous le savons, n'arrivera pas, inscrivons‑le dans la loi. Vous êtes un délinquant violent. C'est ce que nous faisons immédiatement aux délinquants violents.
Voilà ce que j'ai à dire à ce sujet.
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Merci monsieur le président.
Lorsque nous avons initialement abordé la motion déposée par M. Brock concernant la nécessité pour ce comité, ainsi que pour la Chambre, de formuler une condamnation ferme de l'exploitation sexuelle des enfants et du matériel pédopornographique, cette initiative faisait suite à la décision de la Cour suprême statuant que les peines minimales obligatoires pour ces infractions constituaient des peines cruelles et inusitées. Depuis cette séance, j'ai reçu de nombreux messages, courriels et appels téléphoniques de citoyens et de particuliers de partout au pays, exprimant leur soutien total à l'objectif de la motion de M. Brock, laquelle a subséquemment fait l'objet d'amendements, y compris un sous-amendement que j'ai proposé. Nous considérons qu'il ne s'agit pas d'une simple recommandation susceptible d'être négligée ou ignorée par le gouvernement. Il est impératif que l'intention initiale de notre motion, désormais intégrée dans mon sous-amendement, soit transmise à la Chambre et maintenue.
Les députés libéraux ont suggéré d'atteindre cet objectif par la simple transmission d'une lettre ferme au . J'estime que le ministre de la Justice a déjà reçu de nombreuses lettres substantielles de la part de ses concitoyens et de personnes partout au pays, lettres qu'il a choisi d'ignorer. Je ne considère pas cette approche comme adéquate.
Notre démarche revêt une importance capitale, car elle permet à la Chambre des communes, dans son ensemble, de participer à cette discussion et d'exercer le droit et le rôle qui lui incombent, à savoir examiner les travaux de ce groupe restreint siégeant au Comité de la justice et, le cas échéant, tenir ce débat en plénière, d'autant plus que le gouvernement n'a pas communiqué ouvertement ses intentions.
Je suis conscient que, principalement en raison des retards procéduraux qui nous ont contraints à ne disposer que de 10 minutes pour examiner un sous-amendement, un amendement et la motion initiale, nous manquerons de temps pour traiter l'intégralité de ces points lors de la présente séance.
Je suis parfaitement conscient des préoccupations soulevées antérieurement par mon collègue, M. Fortin, concernant la confusion entourant la procédure de suspension de séance et les questions connexes. Dans un instant, je proposerai de suspendre la séance et de reprendre cette discussion jeudi, lors de la prochaine séance du Comité, et je le fais en sachant très bien que c'est ce que nous allons faire.
Avant de soumettre cette motion, monsieur le président, je demande que tous les députés reçoivent un avis modifié en bonne et due forme, dans les deux langues officielles, précisant le déroulement exact de la séance de jeudi. Si l'objectif est de procéder à l'audition de témoins, je m'attends à ce que tous les députés reçoivent les informations nécessaires à ce sujet. Telle est ma requête, et je considère que les préoccupations exprimées par M. Fortin sont pleinement justifiées et auraient pu être évitées.
J'aimerais vivement mettre cette question aux voix dès maintenant, mais d'après les interventions de mes chers collègues libéraux, j'anticipe que nous ne serons pas en mesure de traiter les trois motions immédiatement. À ce stade, je propose de suspendre la séance afin que nous puissions nous réunir à nouveau et traiter cette question de manière appropriée jeudi.
(La motion est adoptée.)