[Traduction]
La séance est ouverte.
Bienvenue à la 36 e réunion du Comité permanent de la justice et des droits de la personne de la Chambre des communes.
Conformément à l'article 108(2) du Règlement, le Comité étudie la nomination de l'honorable Glenn D. Joyal à la Cour suprême du Canada.
La réunion d'aujourd'hui se déroule sous forme hybride, conformément au Règlement. Des membres du Comité sont présents dans la salle, et d'autres participent à la réunion à distance au moyen de l'application Zoom. Je confirme que des tests de son ont été effectués et qu'ils ont été réussis.
J'aimerais faire quelques observations à l'intention des témoins et des membres du Comité. Avant de prendre la parole, veuillez attendre que je vous nomme. Ceux qui participent à la réunion par vidéoconférence doivent cliquer sur l'icône du microphone pour activer leur micro. Veuillez vous mettre en sourdine lorsque vous ne parlez pas. Si vous êtes sur Zoom, au bas de votre écran, vous pouvez sélectionner le canal approprié pour l'interprétation: le parquet, l'anglais ou le français. Si vous êtes dans la salle, vous pouvez utiliser votre oreillette et sélectionner le canal désiré.
Tous les commentaires doivent être adressés à la présidence. Les membres dans la salle qui souhaitent prendre la parole sont invités à lever la main. Ceux sur Zoom doivent utiliser la fonction « Lever la main ». Le greffier et moi ferons de notre mieux pour gérer l'ordre des interventions. Nous vous remercions de votre patience et de votre compréhension à cet égard.
Nous accueillons aujourd'hui l'honorable Sean Fraser, ministre de la Justice et procureur général du Canada.
Bienvenue, monsieur le ministre Fraser.
Nous accueillons Maureen McTeer, du Comité consultatif indépendant sur la nomination des juges de la Cour suprême du Canada.
Bienvenue. Nous vous sommes très reconnaissants de prendre le temps de comparaître en votre qualité de présidente.
Nous accueillons également Me Marc Giroux, du Commissariat à la magistrature fédérale.
Merci, monsieur le commissaire, d'être parmi nous aujourd'hui. Nous vous en sommes reconnaissants.
Nous allons commencer par vous accorder cinq minutes chacun pour vos déclarations préliminaires.
Monsieur le ministre Fraser, vous avez la parole.
:
Merci beaucoup, madame la présidente.
Merci beaucoup à tous.
Avant de commencer, permettez-moi de remercier Mme McTeer et Me Giroux de leur participation au processus qui nous amène à comparaître devant vous aujourd'hui. C'est un honneur pour moi de m'adresser à vous pour appuyer la candidature de l'honorable Glenn Joyal, qui a été nommé à la Cour suprême du Canada.
Le juge en chef Joyal est un juriste exceptionnel. J'ai confiance en sa capacité à respecter les normes les plus élevées dans toutes les facettes du poste. Le rôle implique d'apporter des contributions réfléchies à l'évolution du droit, un service exceptionnel à notre pays, du dévouement, du professionnalisme et une excellence éthique.
Je félicite sincèrement le juge en chef Joyal, et j'attends avec impatience sa comparution devant les parlementaires plus tard aujourd'hui.
[Français]
La nomination du juge en chef Joyal vise à pourvoir le poste devenu vacant à la suite du départ à la retraite de l'honorable Sheilah Martin.
[Traduction]
Madame la juge Martin, si vous nous écoutez, je vous remercie de votre incroyable service à notre pays. Le Canada se porte mieux grâce au large éventail de contributions que vous avez apportées.
[Français]
La nomination en temps opportun de candidats d'exception est essentielle au bon fonctionnement de notre plus haute cour, et je continue de m'efforcer de veiller à ce que ces deux aspects essentiels soient respectés.
Le processus de nomination à la Cour suprême comprend deux principaux volets, soit le processus de sélection et le Comité consultatif indépendant sur la nomination des juges de la Cour suprême du Canada.
Je donnerai d'abord un aperçu des deux volets, après quoi nous entendrons Mme Maureen McTeer, présidente du Comité consultatif, qui a accepté de nous présenter son point de vue.
[Traduction]
Je tiens d'abord à souligner l'importance du processus de nomination à la Cour suprême en général et notre rôle unique. Aujourd'hui, nous participons au travail crucial pour maintenir la confiance du public dans l'administration de la justice. La confiance dans nos juges est essentielle, tout comme la confiance dans l'intégrité du processus par lequel ils sont choisis.
Nous en sommes au septième processus depuis sa création en 2016. Le a lancé le processus actuel le 30 mars de cette année, et la période de mise en candidature a pris fin à la fin avril. Les candidats recherchés sont des juristes de la plus grande envergure qui non seulement démontrent une connaissance exemplaire du droit et des compétences analytiques, mais qui sont également conscients du contexte social dans lequel les différends juridiques surviennent, et qui y sont sensibles. L'engagement envers le service public, le respect et la considération envers les autres ainsi qu'une intégrité personnelle et professionnelle irréprochable sont tous essentiels.
De son côté, le comité consultatif indépendant a été chargé de veiller à ce que les candidats recommandés soient effectivement bilingues et reflètent la diversité de la société canadienne. Conformément à la coutume bien établie de représentation régionale à la Cour suprême, ce processus de sélection a été annoncé comme étant ouvert à tous les candidats qualifiés de l'Ouest et du Nord du Canada.
Doté d'un processus d'évaluation rigoureuse des candidats en fonction de compétences et de critères d'évaluation publics, le comité consultatif indépendant et non partisan est au cœur du processus de sélection. Les huit membres du conseil d'administration, y compris la présidente, reflètent la diversité du Canada et mettent leur expérience et leurs points de vue variés à profit dans le but ultime de cerner les meilleurs candidats. Ce groupe estimé de Canadiens comprend des candidats nommés par le gouvernement ainsi que d'autres qui sont proposés par un éventail d'organisations déterminées à servir les Canadiens en faisant respecter la primauté du droit.
Madame la présidente, j'avais pensé prendre un peu plus de temps, mais je veux en laisser aux autres.
Est‑ce que chaque témoin dispose de cinq minutes? D'accord.
Je pourrais profiter de l'occasion pour donner la parole à Mme McTeer. S'il reste du temps à la fin pour conclure, je vous serais reconnaissant de me redonner la parole.
:
Merci, madame la présidente, mesdames et messieurs les membres du Comité, monsieur le ministre et maître Giroux.
Bonjour à tous.
[Français]
C'est pour moi un immense privilège d'occuper le poste de présidente du Comité consultatif indépendant sur la nomination des juges de la Cour suprême du Canada et de m'adresser à vous ce matin.
[Traduction]
Dans le cadre de mon travail, j'ai eu la chance d'être entourée de sept collègues: Riel Bellegarde, un membre non-juriste nommé par le ministre de la Justice; Aimée Craft, nommée par l'Association du Barreau autochtone; Justin E. Kingston, nommé par l'Association du Barreau canadien; Justin Robichaud, conseiller du roi, nommé par la Fédération des ordres professionnels de juristes du Canada; l'honorable J. Michael MacDonald, ancien juge en chef de la Cour supérieure de la Nouvelle-Écosse, nommé par le Conseil canadien de la magistrature; et Laura Spitz, doyenne de la Faculté de droit de l'Université de Calgary, nommée par le Conseil des doyens et doyennes des facultés de droit du Canada.
[Français]
Chaque membre a apporté à nos travaux un parcours professionnel riche en réussites, un large éventail d'expériences, ainsi que des perspectives régionales, communautaires et nationales. Nous partageons tous un engagement profond envers la primauté du droit, l'importance institutionnelle de la Cour suprême du Canada et ce qui est dans l'intérêt supérieur de notre pays, le Canada.
[Traduction]
Le mandat du comité consultatif consistait à cerner, parmi les candidatures reçues, les personnes qui conviendraient pour une nomination à la Cour suprême du Canada pour la région de l'Ouest afin de pourvoir le poste laissé vacant par le départ à la retraite de la juge Sheilah Martin, de l'Alberta. Je vais me faire l'écho des commentaires du ministre. Je connais la juge Martin depuis que j'ai enseigné à la faculté de droit de l'Université de Calgary, dont elle était la doyenne; elle était effectivement une juriste exceptionnelle.
Le processus a été lancé le 30 mars de cette année et était ouvert aux candidats de l'Ouest canadien, soit du Manitoba, de la Saskatchewan, de l'Alberta, de la Colombie-Britannique, du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut. La région de l'Ouest compte deux juges à la Cour suprême du Canada.
[Français]
À la suite du lancement du processus le 30 mars, le commissaire à la magistrature fédérale a communiqué avec les organisations juridiques et judiciaires canadiennes pour leur demander de mettre à profit leurs réseaux et leurs connaissances du milieu judiciaire et juridique afin de trouver des candidats qualifiés et de les encourager à présenter leur candidature.
[Traduction]
Les candidats ont été invités à soumettre leur candidature avant le 27 avril de cette année. En tout, nous avons reçu neuf candidatures. Pour être pris en considération, chaque candidat devait remplir un questionnaire détaillé. Une copie de ce questionnaire se trouve sur le site Web du Commissariat à la magistrature fédérale. Les segments pertinents de la candidature du juge en chef Joyal sont également accessibles sur ce site Web.
[Français]
Les membres du Comité consultatif ont été nommés par décret le 13 mai et nous nous sommes tous réunis au moyen de l'application Teams pour commencer immédiatement nos travaux. Au cours des jours qui ont suivi, chaque membre du Comité consultatif a examiné par lui-même ou par elle-même, de façon approfondie, l'ensemble des candidatures. Le Comité consultatif s'est ensuite réuni en présentiel à Ottawa pendant quatre jours intenses, soit du 20 au 23 mai.
[Traduction]
Le mandat du conseil, défini par le , consistait à cerner des candidats qui soient des juristes de très grande envergure, bilingues dans les deux langues officielles du Canada, représentatifs de la diversité de notre pays et qui possèdent l'expérience et le discernement nécessaires pour siéger à notre plus haute cour. Pour s'acquitter de ce mandat, le comité consultatif s'est appuyé sur son mandat, dont l'alinéa 8e) exige qu'il tienne compte des besoins institutionnels de la Cour afin d'évaluer comment chaque candidat pourrait le mieux répondre aux besoins actuels et futurs de la Cour. Pour les définir, nous avons rencontré le juge en chef Richard Wagner au début de nos délibérations.
[Français]
Dans ses conseils, le juge en chef a souligné l'importance pour le candidat choisi de posséder une solide expérience juridique et judiciaire dans divers domaines du droit, de faire preuve d'esprit de collégialité dans ses relations avec ses confrères et ses consœurs, d'être disposé à assumer une charge de travail intense et d'en être capable, ainsi que de posséder la capacité de représenter la Cour dans les instances nationales et internationales.
[Traduction]
Les membres du conseil ont examiné toutes les candidatures de façon exhaustive. Le questionnaire, comme vous le constaterez à sa lecture, va bien au‑delà d'un curriculum vitae traditionnel et est très complet. En plus d'aborder les compétences personnelles, l'expérience et les qualités professionnelles, il explore l'expérience professionnelle et non juridique, l'engagement communautaire et les textes rédigés.
[Français]
À l'issue de ses délibérations, le Comité consultatif a décidé d'établir une liste de candidats à convoquer à une entrevue. Nous avons préparé ensemble une liste de questions à poser à chacun d'entre eux et avons commencé à contacter des personnes, tant du domaine judiciaire que de domaines non judiciaires, pouvant donner des références et connaissant bien le travail et la personnalité des candidats, y compris des juges en chef.
Les membres du Comité consultatif ont mené ces entretiens directement par téléphone, par équipe de deux pour chaque appel, en suivant une approche cohérente et structurée afin de garantir l'équité et la comparabilité entre les candidats.
[Traduction]
Après un examen minutieux, quatre candidats ont été invités à participer à des entrevues à Ottawa le 23 mai. Le comité consultatif a évalué ces quatre candidats toujours en lice en fonction de critères bien établis, notamment une connaissance approfondie et exceptionnelle du droit, des contributions intellectuelles attestées par leurs écrits juridiques et leurs opinions judiciaires, une capacité d'analyse, l'intégrité, l'esprit de camaraderie, le jugement et la capacité de s'acquitter immédiatement des fonctions d'un juge de la Cour suprême du Canada.
[Français]
À l'issue des entrevues individuelles, chaque candidat a passé un test linguistique, administré de manière professionnelle par le Commissariat à la magistrature fédérale, afin de vérifier que le candidat est effectivement bilingue. Le bilinguisme est défini comme la capacité à comprendre des textes et des arguments écrits et oraux en anglais et en français, ainsi que la capacité à converser avec des collègues et les justiciables dans les deux langues officielles du Canada, soit l'anglais et le français.
[Traduction]
Après un examen approfondi et de longues délibérations, le comité consultatif est parvenu à un consensus unanime: il ne recommanderait que deux candidats au . Un rapport sur notre décision a ensuite été remis au premier ministre et au ministre de la Justice pour qu'ils l'examinent et prennent une décision.
[Français]
Je suis heureuse que le juge en chef Joyal, du Manitoba, ait été choisi parmi les noms que nous avons proposés au . Le Comité consultatif a estimé que le juge en chef Joyal est un candidat exceptionnel, qui se distingue par son expertise juridique approfondie, par la richesse de son expérience professionnelle et judiciaire, ainsi que par ses qualités interpersonnelles.
[Traduction]
Nous avons été particulièrement impressionnés par la vision réfléchie, claire et tournée vers l'avenir du juge Joyal sur le rôle de la Cour suprême du Canada et ses nombreux défis, ainsi que par son engagement profond envers le service public.
Je m'en voudrais de ne pas mentionner ici que tous les membres de notre comité sont profondément reconnaissants du soutien exceptionnel que nous avons reçu du commissaire à la magistrature fédérale et de son personnel grandement qualifié et dévoué — je vais prendre l'un de vos adjoints administratifs, si je le peux, pour aider mon mari — dont les contributions ont été inestimables pour mener à bien notre mandat.
[Français]
Je vous remercie, monsieur Giroux.
[Traduction]
J’ai beaucoup aimé relever le défi que représentait le rôle de présidente de ce comité consultatif indépendant et travailler aux côtés de collègues aussi dévoués et réfléchis tout au long du processus. Leur esprit de collaboration, leur professionnalisme et leur engagement commun ont guidé notre travail du début à la fin et ont fait de tout ce processus une réussite.
[Français]
Si vous avez des questions par la suite, je me ferai un plaisir d'y répondre.
:
Merci, madame la présidente.
Bonjour, et merci à Me Giroux et à Mme McTeer de leur présence aujourd'hui et de leur aide dans ce processus.
Je suis toujours ravi de vous revoir, monsieur le ministre Fraser.
J'aimerais commencer par me faire l'écho des commentaires de Mme McTeer et du ministre au sujet de la juge à la retraite Sheilah Martin.
Je ne savais pas, madame McTeer, que vous aviez enseigné à mon alma mater. J'imagine que c'était après mon départ.
Maureen A. McTeer: Ou avant.
Des voix: Ha, ha!
Larry Brock: Avant, peut-être? D'accord. J'ai obtenu mon diplôme en 1990. Je ne sais pas quand vous y avez enseigné.
Quoi qu'il en soit, la juge Martin m'a enseigné la responsabilité délictuelle. Je m'intéresse beaucoup à cette branche de la justice, alors je vous remercie de vos commentaires.
Merci, madame McTeer. Je sais que vous avez dépassé les cinq minutes allouées, mais je pense que votre déclaration liminaire nous a tous aidés à comprendre le processus. Grâce à vos explications approfondies, vous avez répondu à bon nombre des questions que j'allais vous poser, mais il reste quelques points à éclaircir.
En ce qui concerne les candidatures en tant que telles, les compétences sur le site Web incluent le fait d'être actuellement un juge à l'une ou l'autre des diverses cours des provinces et des territoires. Or, une des compétences est simplement d'être un avocat ayant 10 ans d'expérience dans une province ou un territoire donné. Je reviens à votre commentaire sur le , dont le mandat était de choisir un juriste de la plus grande envergure. Ce critère a‑t‑il exclu l'examen de certains des neuf candidats qui ont postulé à ce poste vacant? Parmi ces candidats, y avait‑il de simples avocats comptant au moins 10 ans d'expérience?
:
Merci, madame la présidente.
Madame la présidente du Comité consultatif, monsieur le ministre et monsieur Giroux, je vous remercie d'être parmi nous ce matin.
Je vous dis d'emblée que, après avoir lu tout ce que j'ai lu sur le juge Joyal, j'aurais probablement fait ce choix, moi aussi, le cas échéant. Je ne m'oppose donc pas à sa nomination, du moins pas au moment où on se parle.
Cela dit, certaines questions me viennent à l'esprit en ce qui concerne le processus. À cet égard, madame McTeer, si vous me le permettez, je vais m'adresser à vous.
On dit que, au total, neuf candidatures ont été soumises. Je comprends que c'est le chiffre exact. Pouvez-vous me dire si, parmi ces candidatures, il y en avait qui provenaient de membres du Barreau ou de juges de la Saskatchewan?
:
Merci, madame la présidente.
J'aimerais à mon tour remercier les témoins d'être parmi nous aujourd'hui.
Monsieur le ministre, madame McTeer et monsieur Giroux, merci pour tout le travail que vous avez accompli pour nous permettre d'être ici aujourd'hui, car il s'agit d'un processus d'une importance capitale. C'est un processus apolitique, et nous vous sommes tous profondément reconnaissants pour ce que vous faites. Je vous en remercie.
Je tiens également à remercier la juge sortante Martin, qui a servi la Cour et le pays avec élégance et en faisant preuve d'une excellente maîtrise du droit. Je la remercie donc.
Nous avons fait beaucoup de chemin dans le cadre de ce processus. Pour éviter toute confusion dans l'esprit du public, précisons qu'il ne s'agit pas d'une audience de confirmation comme celles que l'on peut voir aux États-Unis. C'est l'occasion pour le public canadien de découvrir les coulisses du processus de nomination à ces postes d'une importance cruciale.
Tout a commencé en 2005. Le gouvernement de l'époque avait lancé le processus d'audition, que nous allons revoir cet après-midi. En 2016, nous avons entamé le processus que vous avez présidé cette fois‑ci, madame McTeer. Tout cela vise à permettre aux Canadiens de comprendre le fonctionnement de ce processus et de mieux respecter notre système judiciaire, qui est, à mon avis, irréprochable. J'ai exercé en Ontario pendant 20 ans avant de me lancer en politique et, pour répondre brièvement à l'argument de M. Baber, il ne m'est jamais arrivé, en entrant dans une salle d'audience, de me demander qui avait nommé le juge ou quelle avait été son orientation politique auparavant. Suggérer que cela influe sur la prise de décisions des juges est franchement scandaleux, et je tiens à ce que cela soit consigné au procès-verbal. C'est pourquoi ces audiences sont si importantes et pourquoi ce que nous allons faire cet après-midi est si important.
Je vais peut-être simplement vous donner la parole à tous les trois pour aborder cette question, car nous avons parcouru un long chemin dans ce processus de transparence. Cela présente un grand avantage pour le public, mais, comme nous venons de le constater, cela peut aussi avoir des inconvénients, car cela expose les juges à des commentaires et à des critiques qui sont, à mon avis, politiques, injustes et scandaleux. Les juges ne sont pas, contrairement à nous, les responsables politiques, en mesure de se présenter devant un micro ou de publier un communiqué pour se défendre. Nous disposons, à mon avis, du meilleur système judiciaire au monde. J'aimerais simplement que vous donniez votre avis sur ce processus, sur ses avantages et peut-être ses inconvénients, à la lumière de ce que nous venons d'entendre.
:
Si vous me le permettez, madame la présidente, j'aimerais répondre en premier.
Je trouve en effet très préoccupante la série de questions que nous venons d'entendre. Je ne veux pas émettre d'hypothèses quant aux motivations, mais il semble clair qu'il y a au moins une tentative visant à amener les Canadiens à remettre en question l'indépendance du pouvoir judiciaire en fonction de leur affiliation politique. Pour rassurer les Canadiens qui nous regardent depuis chez eux, je tiens à préciser que depuis plus d'une décennie, le processus de nomination de tous les juges — non seulement à la Cour suprême, mais aussi à toutes les cours supérieures, y compris toutes celles que j'ai effectuées au cours de la dernière année — passe par la mise en place d'un comité consultatif judiciaire indépendant, auquel il est interdit de prendre en compte les activités politiques des candidats.
Ce comité formule une recommandation en toute indépendance. Soit il recommande de ne pas procéder à la nomination, soit il indique que le candidat est vivement recommandé. D'après mon expérience au cours des 10 dernières années, il n'y a eu aucun cas où un juge a été nommé sans avoir été recommandé ou vivement recommandé par un groupe auquel il était interdit de prendre en compte les activités politiques.
L'indépendance du processus est essentielle à la confiance du public. La confiance est essentielle à la foi en notre démocratie. Il n'y a pas plus grave que cela, et je me dois vraiment d'attirer l'attention sur toute tentative, de la part d'un parlementaire quel qu'il soit, de remettre en cause l'intégrité du système judiciaire, et de la critiquer avec force. Il n'est pas sain que le Comité se penche sur cette question qui, franchement, est tellement éloignée du processus et des réalités du terrain que je pense que vous avez raison de nous offrir cette tribune pour rectifier les choses et apporter un éclairage supplémentaire.
:
Merci beaucoup, madame la présidente.
Je remercie tous les témoins de leur présence aujourd'hui.
Madame McTeer, je tiens à vous remercier, ainsi que votre comité, pour tout ce que vous faites.
Je suis reconnaissant envers la juge Martin pour le travail qu'elle a accompli au sein de la Cour. J'ai eu le plaisir de siéger au Comité et de lui poser des questions lors de sa nomination. Je suis bien sûr diplômé de McGill.
Je tiens simplement à dire à quel point j'apprécie ce processus, et j'apprécie également l'absence de politisation qui caractérise les nominations au Canada. Par exemple, aux États-Unis, nous savons tous qu'en 2016 comme en 2020, le président Trump a déclaré qu'il ne nommerait que des juges figurant sur une liste sélectionnée par la Federalist Society. C'est là une véritable politisation de la Cour.
Ici, nous disposons d'un processus indépendant dans le cadre duquel un comité de sélection, nommé par divers organismes éminents à travers le pays, est en mesure de déterminer, parmi toutes les personnes souhaitant postuler, celles qui méritent d'être recommandées au ministre de la Justice, puis au premier ministre. Je pense que c'est un processus extrêmement efficace.
Madame McTeer, en ce qui concerne le processus lui-même, si je me souviens bien, par le passé, le Comité avait soumis trois ou quatre candidats au ministre de la Justice. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi il n'y en a eu que deux cette fois‑ci, alors qu'il y en a habituellement trois ou quatre?
:
Merci, madame la présidente.
Monsieur le ministre, comme je le disais tantôt, on a vu que le choix du candidat revient ultimement au , qui va également nommer les membres du Comité consultatif. On dirait que le processus se fait plutôt à huis clos.
Or, un peu comme le disait notre collègue M. Maloney tantôt, je suis d'accord sur l'importance de la crédibilité du système judiciaire. En effet, il est important que les citoyens fassent confiance aux tribunaux. J'ai souvent dit qu'à mon avis, le système judiciaire est la colonne vertébrale de toute société. Je déplore entre autres ce débat qui se fait présentement devant les tribunaux sur la rémunération des juges. À mon avis, ça dessert tout le monde, mais ce n'est pas là que je veux en venir.
Compte tenu de l'importance qu'on doit accorder au système judiciaire, et étant donné que le système est plutôt à huis clos et qu'il n'y a pas vraiment de débat, n'y aurait-il pas lieu, à votre avis, monsieur le ministre, de procéder différemment? Après ces sept années de recours au système actuel, ne pourrait-on pas le revoir? On pourrait tenir des débats au Parlement au préalable ou consulter les gouvernements des provinces, mais il faudrait trouver une façon de sortir du huis clos et de faire participer davantage d'individus au processus de sélection.