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Monsieur le Président, nous débattons aujourd'hui des amendements que l'autre endroit a proposé d'apporter au projet de loi et aussi de la réponse du gouvernement à ces amendements. J'aimerais profiter de cette occasion pour conseiller la prudence au gouvernement relativement aux événements qui ont eu lieu depuis la dernière fois où les mesures relatives à l'immigration contenues dans le projet de loi C‑12 ont été débattues dans cette enceinte, et aussi pour proposer des solutions constructives afin de rétablir la suprématie du Parlement et de réparer les dommages importants causés au système canadien d'immigration, qui a été démoli par le gouvernement libéral, y compris sous la direction du libéral.
Depuis que le projet de loi a été débattu dans cet endroit, la Cour suprême du Canada a statué que les demandeurs d'asile n'ayant pas encore reçu le statut de réfugié ont un droit constitutionnel à des places peu coûteuses en garderie au Québec, places qui sont financées par la province. Le risque que cet arrêt ait des répercussions dans le reste du pays devrait sonner l'alarme parmi les gens dans les provinces, dans l'ensemble du gouvernement fédéral et dans cette enceinte. La loyale opposition de Sa Majesté est certainement inquiète.
Par conséquent, les conservateurs considèrent que le Québec serait parfaitement justifié d'invoquer l'article 33 de la Charte en réaction à l'arrêt Québec c. Kanyinda, si le gouvernement de cette province décide de le faire. Nous exhortons aussi le à faire en sorte que son gouvernement examine immédiatement les effets que l'arrêt Kanyinda risque d'avoir sur les programmes fédéraux canadiens dans les domaines de l'immigration et de l'aide sociale. Le gouvernement doit concevoir des mesures qui pourraient être prises pour que le grand lobby de l'immigration et les juges trop zélés cessent de faire la pluie et le beau temps dans le système d'immigration et pour que la population canadienne en reprenne les commandes.
Les libéraux doivent également s'engager à contester vigoureusement tout litige lié à l'affaire Kanyinda susceptible d'avoir une incidence sur la compétence fédérale d'ici là, y compris ce qui figure dans les dispositions relatives à l'immigration du projet de loi . Voici pourquoi. Le système d'asile du Canada devrait offrir un refuge humanitaire aux personnes véritablement vulnérables en nombres que nous pouvons soutenir de façon durable. Les Canadiens estiment que ce système ne doit pas servir de porte dérobée permettant aux migrants de contourner rapidement et facilement les procédures normales de sélection en matière d'immigration. Aujourd'hui, les données montrent clairement que le système d'asile penche fortement vers cette seconde option, alors que l'octroi prioritaire d'aide à ceux qui en ont le plus besoin relève de la première option.
Les provinces ont dû en grande partie assumer les coûts de cet échec du gouvernement libéral fédéral. Depuis le début de la débâcle des passages frontaliers illégaux du chemin Roxham, qui a duré des années, le Québec a connu une hausse massive du nombre de demandeurs d'asile au cours des dernières années. Bon nombre de ces personnes ont présenté des demandes non vérifiées, et la province en héberge actuellement près de 200 000. Cet afflux, combiné aux retards accumulés depuis des années par les libéraux dans le traitement des demandes d'asile, qui persistent encore aujourd'hui sous le libéral, a mis à rude épreuve les services sociaux du Québec, notamment les garderies subventionnées.
Alors que de nombreuses familles québécoises doivent déjà attendre des années avant d'obtenir une place en garderie, et compte tenu de l'augmentation imprévue de la demande provoquée par un système fédéral de traitement des demandes d'asile dysfonctionnel, il est raisonnable que le Québec modifie son système d'aide sociale afin d'en assurer la viabilité. Franchement, on devait s'y attendre. Par conséquent, dans ce cas précis, le Québec ne devrait pas faire l'objet de violentes critiques s'il donnait suite aux suggestions de ses partis politiques en invoquant la disposition de dérogation dans l'affaire Kanyinda.
Cependant, l’arrêt Kanyinda pourrait avoir des répercussions bien au-delà du Québec. La juge Suzanne Côté a exprimé son désaccord avec la majorité. Elle estime que certaines conclusions risquent d'avoir pour effet que « la capacité d’action de l’État s’en trouverait indûment entravée » lorsqu'il doit agir dans l’intérêt public. Les gouvernements verraient l’éventail de leurs choix limités au moment d'élaborer des politiques, de concevoir des programmes sociaux et de les administrer. Elle conclut que le statut de demandeur d’asile ne devrait pas être considéré comme un « motif énuméré ou analogue » au sens de l’article 15 de la Charte pour garantir des droits. Sur ce point, elle a raison, mais dans l’arrêt, le juge en chef Wagner a adopté la position inverse. Il est d'avis que la Charte devrait inclure les demandeurs d’asile parmi les groupes protégés.
En raison de la portée de l’arrêt et du fait que le juge Wagner a, en quelque sorte, invité le milieu juridique militant à approfondir cette question, il est facile d’imaginer que de nombreux avocats anti-réforme bien rémunérés sont enthousiastes à l’idée de le faire, et il ne serait pas exagéré de penser que les arguments favorisant l’intersectionnalité que les juges ont avancés dans l’arrêt Kanyinda pourraient servir de critères pour déterminer si les demandeurs d’asile qui n'ont pas encore reçu le statut de réfugié et n'ont même pas encore fait l'objet de vérifications, en particulier ceux qui n’ont pas de permis de travail, devraient avoir droit à d’autres prestations financées par les contribuables.
Ces critères pourraient être appliqués pour contester la légalité des copaiements exigés par le gouvernement dans le cadre du programme fédéral de santé intérimaire, dont le coût a bien sûr augmenté de plus de 1 200 % depuis 2015 et qui comprend des services de santé de luxe dont de nombreux Canadiens ne bénéficient pas. L'arrêt pourrait également être invoqué pour tenter d'obtenir l’accès sans restriction à l’Allocation canadienne pour enfants ainsi qu’aux prestations de la Sécurité de la vieillesse.
L’opinion concourante du juge en chef Wagner concernant la reconnaissance du statut de demandeur d’asile comme analogue aux motifs de discrimination interdits qui sont énumérés à l’article 15 de la Charte pourrait également servir de point d’ancrage à la contestation de certains aspects des voies d’immigration fondées sur des critères. Il s’agit d’un problème majeur; il est donc pertinent de préciser dans quelle mesure le cadre défini dans l’arrêt Kanyinda pourrait être appliqué pour contester légalement certaines règles de traitement des demandes d’immigration qui reposent sur des critères de sélection impartiaux, comme les limites d’âge, les seuils linguistiques et les points attribués pour la scolarité.
Compte tenu de l’arrêt Kanyinda, n’importe lequel de ces critères, qui constituent les pierres angulaires du processus de sélection des immigrants au Canada, pourrait être considéré comme discriminatoire parce qu'il correspondrait à un motif de discrimination interdit ou à un motif analogue. Si ces critères étaient invalidés, la capacité du Parlement et du gouvernement d'établir des règles en matière d’immigration et de les appliquer se trouverait encore plus diminuée. C’est insensé.
Certains pourraient faire valoir l'improbabilité de ces scénarios, mais l'histoire nous enseigne que le lobby opposé à tout changement dans le système d'immigration, aussi appelé le grand lobby pro-immigration, veillera à ce qu'il en aille autrement. C'est sans doute l’un des lobbys les plus puissants du Canada. S’il est indéniable qu'il faut défendre les droits des non-citoyens vulnérables, la résistance farouche d’un réseau d’avocats, d’experts-conseils en immigration, de lobbyistes et d’organisations non gouvernementales qui est contre tout changement, qui est bien financé et qui tire profit d'un système d’immigration canadien trop permissif et lacunaire dans l’application de la loi, a toujours constitué un obstacle majeur à la mise en œuvre de changements raisonnables dans les systèmes d'immigration et d'accueil des réfugiés.
Le grand lobby pro-immigration reconnaît rarement, voire jamais, que l'on ne peut laisser le système dans son état actuel de dysfonctionnement lamentable, si l'on veut parvenir à un consensus social sur l’immigration. La voix du grand lobby pro-immigration domine les reportages relatifs à l’immigration et les mémoires présentés aux comités parlementaires. Une simple vérification du registre des lobbyistes nous démontre que les acteurs du grand lobby pro-immigration bénéficient d’un accès disproportionné aux principaux responsables des politiques d’immigration. Nombre de membres de ce cercle se retrouvent à des postes influents à la Commission de l’immigration et du statut de réfugié ou dans des tribunaux, ce qui voue encore plus à l'échec les efforts de changement.
À ce propos, un ancien ministre de l’Immigration libéral, qui s’est plié aux désirs du grand lobby pro-immigration au point d'accorder des permis de travail au Canada à près d’un million d’étudiants étrangers, sur une période de deux ans, est aujourd’hui du pays. Le nombre considérable d’intervenants issus du grand lobby pro-immigration qui ont été autorisés à s’exprimer dans l’affaire Kanyinda illustre également ce profond déséquilibre.
Cependant, compte tenu des gémissements de détresse qu'émettent la plupart des programmes d'aide sociale canadiens, des déficits considérables qui affligent la plupart des gouvernements canadiens et du bordel qui règne déjà dans le système d'immigration du Canada, le a le devoir d'empêcher des militants aux idéologies homogènes d'invoquer l'arrêt Kanyinda pour bloquer des réformes raisonnables ou rendre le système encore plus dysfonctionnel qu'il ne l'est déjà.
Il existe de nombreuses autres raisons d’empêcher que la distinction entre citoyens et non-citoyens soit encore plus brouillée par l'arrêt Kanyinda. Il sera pratiquement impossible pour un gouvernement, à quelque niveau que ce soit, de décourager les demandeurs d'abuser du système d’octroi de l'asile s’il existe une multitude de recours juridiques permettant à des demandeurs non vérifiés ou à de purs fraudeurs d’accéder à des services sociaux auxquels ils n’ont jamais été censés avoir droit.
Le flou quant aux personnes admissibles aux prestations, au-delà des problèmes évidents de viabilité, rendra encore plus difficile d'accorder la priorité aux groupes véritablement vulnérables et de maintenir un consensus sur l’immigration. Un tel consensus est déjà, à juste titre, au plus bas dans le pays en raison du manque de confiance dans la capacité du gouvernement à gérer le système d’immigration de manière équitable et ordonnée.
Pour de nombreux citoyens, cette absence de distinction sera perçue comme un manque d’équité. En retour, l’opinion publique sera encore moins encline à étendre les prestations ou à accueillir les réfugiés véritablement vulnérables, voire à soutenir l’immigration en général. Une érosion juridique accrue de la distinction entre citoyens et non-citoyens ne fera que continuer à diminuer la valeur de la citoyenneté canadienne que le gouvernement libéral a déjà considérablement affaiblie, et à accélérer la fragmentation de notre identité nationale déjà diffuse.
Ce qui est peut-être le plus important, c'est que l'arrêt Kanyinda ajoute une couche épaisse d'ingérence judiciaire à une constellation de décisions qui ont déjà fortement érodé la suprématie parlementaire dans l'établissement des lois sur l'immigration et la capacité du gouvernement fédéral à les appliquer. Les modifications apportées en 2012, qui empêchaient les non-citoyens ayant présenté une demande d'asile frauduleuse de recevoir des prestations supplémentaires de santé financées à même les deniers publics, comme des soins de la vue, en attendant l'exécution d'une mesure de renvoi du pays, ont été presque immédiatement invalidées par la Cour fédérale. Cela a conduit à la pratique désormais fréquente où des juges imposent des peines plus clémentes aux non-citoyens reconnus coupables de crimes graves pour éviter les conséquences sur leur statut d'immigrant.
Les témoignages entendus en comité parlementaire lors de l'examen des dispositions en matière d'immigration de l'actuel projet de loi donnent à penser que ses réformes, dont celles dont nous débattons aujourd'hui, seraient immédiatement contestées devant les tribunaux par le lobby puissant de l'immigration. Les témoins nous l'ont dit aux comités. Le ton employé par le juge Wagner dans son opinion dans l'arrêt Kanyinda donne à penser que ce lobby parviendra à ses fins s'il choisit de contester les dispositions en matière d'immigration du projet de loi C‑12. Les arguments du gouvernement selon lesquels ce projet de loi réglera tous les problèmes sont donc probablement faux.
Si le gouvernement fédéral ne fait rien pour enrayer cette tendance, cela ne fera que renforcer le sentiment du public canadien selon lequel le système d'immigration échappe à tout contrôle et, par conséquent, éroder encore le consensus autour du système d'immigration canadien, qui, nous le savons, est déjà au plus bas. Cela donnerait également à penser que la volonté des libéraux fédéraux de prévenir les abus du système d'asile ne va pas plus loin que la volonté de la cour d'accepter les réformes.
Cependant, à l'heure actuelle, la loi canadienne sur l'immigration et le soutien du public à l'immigration reposent sur le principe selon lequel il doit être juste, légal et nécessaire de traiter les non-citoyens différemment des citoyens aux fins de la sélection des immigrants et de leur entrée dans le pays. Cela va de soi. C'est le principe fondamental de notre système d'immigration. En fait, chers collègues, ce concept est renforcé par le paragraphe 91(25) de la Loi constitutionnelle de 1867, qui confère au Parlement canadien le pouvoir principal d'établir les lois en matière d'immigration. Nous sommes l'autorité suprême, et c'est à nous, ici, et non aux tribunaux, qu'il revient de définir les procédures par lesquelles les non-citoyens entrent et séjournent dans le pays. Le public s'attend à pouvoir se tourner vers le gouvernement fédéral et le Parlement et compter sur eux pour soutenir une identité nationale canadienne forte et maintenir un système d'immigration équitable et ordonné tout en sécurisant les frontières de notre nation.
Cependant, le cadre défini dans l'arrêt Kanyinda montre que la Cour suprême du Canada est disposée à se laisser influencer par les voix de plus en plus déconnectées de la réalité du puissant lobby de l'immigration et à remettre directement en cause ces principes fondamentaux, qui ont été les seuls à permettre, au fil des décennies, l'existence d'un consensus sur l'immigration dans notre pays. Ces principes fondamentaux sont activement mis à mal. La Charte comporte un mécanisme de sécurité intégré pour les éventuelles situations extrêmes comme celles-ci, et le gouvernement et le Parlement disposent d'autres outils pour freiner un pouvoir judiciaire trop zélé. Il appartient désormais au de préciser jusqu'à quel point son gouvernement tolérera encore les dysfonctionnements en matière d'immigration inspirés par le pouvoir judiciaire avant qu'il ne lui ordonne d'agir. Prions pour que sa patience ait des limites et que le pouvoir judiciaire et les grands acteurs de l'immigration ne continuent pas à tester ces limites. On a certes le droit d'être optimiste à cet égard, mais pas de faire fi de la réalité.
Au cours de la dernière année, sous le libéral, le nombre de demandes d'asile en attente a atteint près de 300 000. En 2015, on ne comptait que 10 000 demandeurs. Mes collègues devraient réfléchir à cela et prendre conscience de l'ampleur de cet arriéré. Ce chiffre ne comprend que les demandes actuellement en attente et non celles dont les dossiers sont déjà traités. Cet arriéré s'accumule depuis des années. Les demandeurs pourraient peupler une ville de taille importante. Trois cent mille personnes, c'est énorme. Depuis 2019, 80 % des demandes d'asile ont été approuvées sans aucun examen. Nous avons désespérément essayé de convaincre le gouvernement de changer de cap. Dans le cas de demandeurs d'asile venant de pays comme l'Iran, il y a ce qu'on appelle le système de dossiers, dans lequel le gouvernement n'exerce aucune surveillance. Il s'agit essentiellement d'un système de validation automatique des demandes d'asile.
Ce n'est pas tout. Ces derniers jours, les libéraux ont été la cible de vives critiques. Mes collègues n'ont pas à me croire sur parole. Selon CBC/Radio-Canada, il s'agit du rapport le plus cinglant qui ait été publié récemment par la vérificatrice générale.
La vérificatrice générale a publié un rapport faisant état de plus de 150 000 cas de fraude liée aux permis d'études; le gouvernement n'avait donné suite qu'à une infime partie de ces cas. Ensuite, parmi cette minuscule fraction, bon nombre des cas, qui étaient manifestement frauduleux, ont abouti à des prolongations de permis; pire encore, ils ont abouti à l'obtention de la résidence permanente ou, comme nous en débattons aujourd'hui, à des demandes d'asile. Ce n'est pas un système qui est contrôlé; c'est un système entièrement hors de contrôle, un véritable désastre. Nous nous trouvons désormais dans une situation où la Cour suprême a « invité » les grands lobbyistes de l'immigration à aggraver davantage le dysfonctionnement du système.
À mes collègues de tous les partis, je dis que cela n'est juste pour personne. Ce n'est pas juste pour les non-citoyens qui présentent des demandes d'entrée au pays par les voies normales de traitement de l'immigration et qui se retrouvent, en substance, placés dans des files d'attente sans espoir d'entrer un jour dans notre pays, car les temps d'attente sont extrêmement longs. Pourquoi? Les libéraux ont laissé apparaître de nombreux volets d'immigration détournés, que ce soit par les passages frontaliers illégaux au chemin Roxham, qui ont entraîné une explosion massive des passages au Québec, ou par le fait que nous avons désormais une multitude de permis d'études délivrés sous le mandat du ministre de la Justice. Ce fut une très mauvaise période de l'histoire canadienne. À présent que ces permis arrivent à échéance, les gens soit ne partent pas, soit présentent des demandes d'asile frauduleuses.
J'aimerais que le gouvernement m'explique ce qui va se passer maintenant. Je garantis que cette question a été posée en comité. Quand le puissant lobby de l'immigration contestera les dispositions du projet de loi, que se passera-t-il? Je peux dire à la Chambre ce qui se passera: rien ne changera, et le système se dégradera encore.
Il est du devoir du libéral d'expliquer au Parlement comment il compte gérer le cadre qui découle de l'arrêt Kanyinda. Le gouvernement doit entreprendre un examen de toutes les lois canadiennes en matière d'immigration, afin de déterminer ce qui pourrait être légitimement contesté, puis exposer au Parlement ce qu'il compte faire pour empêcher que cela se produise.
En somme, ce que nous avons au Canada, compte tenu du rapport de la vérificatrice générale, de l'arrêt Kanyinda et de la crise des demandes d'asile devenue incontrôlable, c'est un système de frontières ouvertes. Entre l'incapacité de contrôler les personnes qui entrent sur le territoire, de déterminer qui peut y entrer et selon quels processus, puis de renvoyer celles qui n'ont pas le droit légal d'y séjourner, y compris celles qui se sont livrées à des activités criminelles graves, comme des agressions sexuelles, nous n'avons pas de système d'immigration fonctionnel. Le gouvernement libéral a, pour l'essentiel, effacé les frontières canadiennes. Non seulement le système d'immigration ne fonctionne pas actuellement, mais à toutes fins utiles, il n'existe pas.
Quelles en sont les conséquences? Nous avons une crise du logement. Le taux de chômage chez les jeunes atteint 14 %. Les systèmes de santé canadiens et les autres prestations d'assistance sociale sont soumis à une pression considérable. De plus, en ce qui concerne ce dont tout le monde ici parle depuis des décennies, à savoir que le Canada est un pays ouvert et accueillant, les sondages montrent que beaucoup de Canadiens ne sont plus de cet avis. Ce n'est pas moi qui le dis. Ce revirement est dû à l'incapacité de gérer un processus équitable et ordonné. C'est l'incapacité du gouvernement de dire aux juges militants que le Parlement est souverain et que nous avons le droit de définir les processus d'immigration.
Jour après jour, le gouvernement libéral présente des chiffres erronés, formule plus de platitudes, et sa politique d'immigration reste boiteuse. Je pense que les libéraux ont eu huit ministres de l'Immigration en dix ans. Ils traitent le ministère de l'Immigration comme le parent pauvre du Cabinet, alors qu'il est chargé d'un ensemble de politiques fondamentales pour le bon fonctionnement de notre tissu économique et social, ainsi que pour notre identité nationale.
En conclusion, je veux parler des jeunes Canadiens, dont beaucoup ne trouvent pas d'emploi actuellement. Je veux aussi parler d'une note de service émanant d'un ministère. On y disait que les niveaux d'immigration hors de contrôle ainsi que l'absence de processus et d'équité ont entraîné une aggravation considérable de la crise de l'emploi chez les jeunes. Il faut remédier à cette situation.
Les conservateurs ont proposé des dizaines de politiques concrètes pour régler ce problème. Malheureusement, les libéraux s'y sont opposés. Je me réjouis toutefois que d'autres partis politiques aient appuyé les conservateurs, au-delà des lignes de partis, pour rétablir l'ordre et l'équité.
Cela étant dit, je prie le gouvernement de se pencher sérieusement sur l'arrêt Kanyinda et les répercussions qu'il aura sur les dispositions du projet de loi , et peut-être sur différents volets d'immigration, afin de présenter un plan au Parlement pour que nous puissions dire aux Canadiens, avec une certaine confiance, que l'équité et l'ordre seront rétablis.
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Monsieur le Président, le Bloc québécois appuie en troisième lecture le projet de loi . À titre de porte-parole en matière d'immigration, de réfugiés et de citoyenneté, je vais expliquer pourquoi nous appuyons cette initiative législative, particulièrement pour ce qu'elle apporte à notre système d'immigration.
D'abord, faisons état de la situation. Le nombre de résidents temporaires a augmenté de façon importante sous ce gouvernement libéral au cours des dernières années. En 2018, les résidents temporaires représentaient 3,3 % de la population canadienne et, en 2024, c'était 7,5 %. La proportion a plus que doublé. Comme le projet de loi C‑12 s'intéresse surtout aux demandeurs d'asile, voyons la situation de ce côté. En 2015, le nombre de demandes d'asile reçues par le Québec était de 3 000. En 2020, c'était trois fois plus, soit près de 10 000. En 2024, c'était 10 fois plus qu'en 2015, soit 35 000. En 10 ans, on est donc passé de 3 000 demandes d'asile à 30 000.
Depuis 2025, le nombre de demandes d'asile a connu une certaine baisse, mais il y a aujourd'hui 190 000 demandeurs d'asile au Québec qui sont en attente d'une décision finale. Le nombre de dossiers en attente au Canada est de près de 300 000. Cette augmentation des demandeurs d'asile crée de grands défis pour l'intégrité du processus. Comment s'assurer que seuls les réfugiés au sens de la convention de Genève sont acceptés, tout en s'assurant de traiter les demandes à un rythme raisonnable? Avons-nous les moyens d'agir pour détecter les demandes frauduleuses?
Récemment, nous avons appris que la Commission de l'immigration et du statut de réfugiés, ou CISR, escamotait les audiences en personne pour accélérer le traitement des demandes. Il y avait une importante augmentation des demandes et une pression était faite sur la Commission pour aller plus vite. Elle a donc décidé de procéder sans même faire une audience et d'autoriser des demandes d'asile.
Ce sont 35 000 demandeurs d'asile qui ont ainsi été acceptés depuis 2019. En 2025, c'est 15 % de toutes les demandes qui ont été acceptées sans aucune audience pour tester la crédibilité des témoignages. Lorsqu'on interrogeait la présidente de la CISR au Comité permanent de la citoyenneté et de l'immigration, elle reconnaissait que la tenue d'une audience augmente l'intégrité du processus, parce que l'audience permet à un commissaire de vérifier le témoignage qui est soumis.
Le mécanisme qui a été mis en place par la CISR soulève des craintes quant à l'intégrité du processus. On a établi une certaine liste de pays en provenance desquels les demandes sont souvent acceptées parce qu'il y a des craintes de persécution légitimes et on a décidé de faire un traitement accéléré sur papier. Le problème est le suivant. Selon l'Institut C.D. Howe, l'information s'est répandue et il est à craindre que des groupes criminalisés dans ces pays aient pu utiliser cette façon accélérée d'obtenir une demande d'asile pour pouvoir entrer au Canada. Ça, c'est un problème récent.
Voici un deuxième problème récent. Lundi, la vérificatrice générale du Canada a déposé un rapport sur les étudiants étrangers. On voit encore là des doutes quant à l'intégrité du processus. Elle nous dit qu'il y a 153 000 rapports concernant des permis d'études qui ont été envoyés par les établissements d'enseignement du Canada à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. Les rapports indiquaient que, dans ces permis d'études, il y avait peut-être des gens qui ne respectaient pas les conditions.
Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada a reçu 153 000 signalements pour 2023 et 2024 et a mené une enquête sur seulement 4 000 de ces 153 000 signalements. Voici ce qui illustre toute la fragilité de notre système d'immigration. On a entrepris une enquête sur chacun de ces 4 000 cas, mais on a abandonné l'enquête dans 40 % de ces cas parce que le demandeur ou la personne qui avait le permis d'études ne répondait pas. Ce ne sont pas des enquêteurs bien tannants. Il suffit de ne pas répondre et on arrête de picosser. Ce n'est pas comme ça qu'on peut vraiment assurer non seulement l'intégrité du processus, mais la confiance du public dans le processus.
La vérificatrice générale nous a aussi dévoilé qu'il y a 800 cas. C'est particulier, parce que la vérificatrice a fait de l'échantillonnage au hasard. Pourtant, elle a été capable de sortir 800 cas qui ont été signalés à Immigration Canada, pas comme étant potentiellement problématique, mais comme étant problématiques. On a montré 800 permis d'études qui ont été octroyés sur la base de documents frauduleux ou de renseignements inexacts. Il y a des cas où des gens ont obtenu des permis d'études en disant qu'ils voulaient entrer dans une université canadienne avec un diplôme qu'ils avaient obtenu d'un collège qui n'existe pas ou d'un collège reconnu comme étant une usine à diplôme. Comment les gens d'Immigration Canada ont-ils réagi face à ces 800 cas frauduleux? Ils n'ont rien fait. Immigration Canada avait pourtant le pouvoir discrétionnaire d'agir pour s'assurer de l'intégrité du processus. Alors que la confiance du public dans notre système d'immigration est en train de s'éroder, on décide de ne rien faire. La décision qui a été prise, c'est qu'on ne ferait rien au sujet des 800 cas.
Notre système d'immigration accuse un trouble d'adaptation. Voilà ce qui se passe. On n'a pas su adapter le système à la réalité qui a changé de façon dramatique depuis 10 ans. L'augmentation des demandes a été très forte et il fallait donc améliorer le processus, surtout pour ce qui est des délais de traitement, mais aussi de l'intégrité. Les deux exemples que j'ai donnés, soit les demandeurs acceptés sans audience et les étudiants internationaux dont les permis étaient obtenus sur des bases frauduleuses non traitées, viennent soulever et illustrer ce trouble d'adaptation. C'est l'intégrité de notre système d'immigration qui souffre de ce trouble d'adaptation et c'est pour ça que nous appuyons le projet de loi ; nous pensons que ce projet de loi vient donner certains moyens utiles pour renforcer notre système d'immigration, particulièrement en ce qui concerne les demandeurs d'asile.
Qu'est-ce qu'il y a dans le projet de loi C‑12 en matière d'immigration? D'abord, il y a la partie 5 qui facilite l'échange de renseignements. Il devrait permettre, lorsqu'on voit qu'il y a des stratagèmes frauduleux, l'échange de renseignements entre diverses entités pour qu'on puisse agir.
La partie 6 vient donner plus de contrôle au ministre sur les demandeurs d'asile. Ça, ce n'est pas sans risque, mais on pense qu'il fallait le faire. On va permettre au ministre « de préciser [d'abord] les renseignements et les documents exigés au soutien d'une demande d'asile ». On va « autoriser la Section de la protection des réfugiés de la Commission de l'immigration et du statut de réfugié à prononcer le désistement des demandes d'asile dans certains cas ». On va conférer au ministre « le pouvoir de prononcer le retrait des demandes d'asile dans certains cas avant qu'elles ne soient déférées », ce qui est important. Donc, le ministre de l'Immigration va avoir le pouvoir de faire un examen complémentaire de toutes les demandes d'asile faites au Canada, même si elles ont été jugées recevables par les agents. C'est une mesure exceptionnelle qui soulève des préoccupations qui sont quand même légitimes, parce que la Commission peut faire des erreurs, mais les ministres aussi peuvent faire des erreurs.
Par contre, avec les amendements apportés au projet de loi C‑12, lorsque le ministre utilisera ce pouvoir, qui doit demeurer exceptionnel, il devra en faire rapport à la Chambre. Là où ce pouvoir va devenir utile, c'est que si on finit par faire des enquêtes au sein d'Immigration Canada et dévoiler des stratagèmes frauduleux — on peut trouver des failles, on peut identifier qu'on a un nombre important de demandes —, on pourra avoir une intervention politique qui va retirer des demandes d'asile d'un coup. C'est un pouvoir exceptionnel qui, s'il est bien exercé, va permettre de désengorger le système et d'écarter des demandes frauduleuses. En plus, le Parlement aura un droit de regard, parce que, chaque fois qu'il sera utilisé, il y aura un rapport au Parlement et on pourra en débattre; on pourra s'assurer qu'il est bien exercé. J'ai quand même certaines craintes par rapport à cela, mais je pense que c'est la meilleure des solutions pour nous permettre d'agir, vu tout ce qui se passe au chapitre de l'immigration.
Ensuite, on va aussi empêcher, si le demandeur d'asile n'est pas présent au Canada, que l'étude de sa demande soit faite. Il me semble que cela va de soi. Si on est un demandeur de statut de réfugié qui craint la persécution, on ne peut pas être ailleurs qu'au Canada lorsque la demande est reçue. Aussi, il y a toute la partie des 14 jours qui est changée. Avec l'Entente sur les tiers pays sûrs, si quelqu'un arrive de façon illégale au Canada et qu'il est intercepté dans les 14 jours, on le retournera aux États‑Unis. Si c'est après 14 jours, et c'est là qu'on ajoute quelque chose d'intéressant, il sera retourné dans son pays d'origine. C'est pour nous une avancée.
Il y a une chose qu'on ne règle pas là-dedans, par contre. C'est la répartition des demandeurs d'asile. Il s'agit d'un autre dossier, mais ce dossier est important pour nous. Je parlais tantôt de la confiance et du soutien des citoyens dans notre système d'immigration. Pour ce faire, il faut que les citoyens sentent qu'il y a une équité, il faut que le processus soit intègre, mais il faut aussi que les Québécois reçoivent leur part. Or, souvent, en tant que Québécois au Canada, nous avons l'impression de ne pas recevoir notre part, entre autres notre part des investissements. En ce qui concerne la part de demandeurs d'asile, il y a des réalités géographiques qui font qu'en 2025, c'est 37 % des demandeurs d'asile de tout le pays qui ont été accueillis au Québec alors que nous représentons 22 % de la population. Cela exerce une pression. En même temps, on a des obligations internationales, et les Québécois sont bienveillants, à bras ouverts, et on a de si belles expériences de réfugiés.
La répartition des demandeurs d'asile rejoint quand même le sujet de cette discussion, soit la confiance du public dans l'intégrité du processus, et je pense que les citoyens vont comprendre l'importance de l'immigration, l'importance d'accueillir des réfugiés, à la condition que l'État fasse son travail correctement et à la condition qu'on sente qu'il y a une équité entre les provinces. Présentement, ce n'est pas le cas. Le Québec, qui représente 22 % de la population canadienne, accueille 37 % des demandeurs d'asile. C'est sûr que ça demande un effort important aux services publics québécois. Je veux cependant faire très attention quand je dis ça, parce que, sur les 190 000 demandeurs d'asile qu'il y a au Québec, il y en a 127 000 qui ont des permis de travail. Ce sont des gens qui veulent s'impliquer. Néanmoins, il y a plusieurs préoccupations qui viennent avec ça. Il y a des coûts additionnels pour le Québec, et plus de 700 millions de dollars sont réclamés au gouvernement du Canada. Or le gouvernement fédéral refuse de verser ces montants au Québec. Il refuse également de répartir équitablement les demandeurs d'asile. C'est donc un dossier qui n'est pas clos et au sujet duquel nous allons continuer d'exercer des pressions.