:
Monsieur le Président, comme je l'ai mentionné, je suis très heureux de prendre la parole au sujet de ce projet de loi, qui vient de l'autre endroit. Le projet de loi prévoit une série de modifications majeures à notre système de poids et mesures qui vise à véritablement moderniser nos instruments commerciaux, qui sont extrêmement importants pour le bon fonctionnement de notre économie, l'information des consommateurs, la certitude des entreprises et des consommateurs ainsi que la transparence à leur endroit.
Cela me rappelle ma première expérience dans ce domaine, lorsque je travaillais dans le secteur des poids et mesures. Je venais d'arriver à Londres avec mon visa de travail et j'avais décidé de chercher un emploi, comme beaucoup le font. J'en ai trouvé un dans une fromagerie appelée Bloomsbury Cheeses, à Londres. La première tâche à accomplir dans tout commerce de détail qui vend de la charcuterie ou des fromages, quels qu'ils soient, consiste à poser le fromage sur la balance. Je me souviens avoir posé du fromage sur la balance, qu'il s'agisse d'un Cornish Yarg, d'un bon Stilton ou d'un Lancashire. En Angleterre, les gens adorent le fromage en général et les fromages anglais en particulier.
Je me souviens de certaines interactions avec les clients. Ils regardaient les produits offerts, leur poids et leur prix. Nous mettions une petite feuille de papier ciré sous le fromage pour ne pas qu'il contamine la balance et vice-versa. Je me rappelle qu'un client m'a demandé: « Combien pèse ce papier ciré? Est-ce que vous me facturez le papier ciré en plus du fromage? » Je ne savais pas exactement quoi lui répondre. C'était peut-être le signe que je n'étais pas fait pour la vente au détail et qu'il était préférable que je ne travaille pas dans ce secteur. J'ai été vite remercié tant par le client que par Bloomsbury Cheeses.
Cependant, cette anecdote est une bonne façon de rappeler l'importance du lien de confiance dans ce secteur. Elle me donne aussi l'occasion de mentionner le fait qu'on trouve dans ma circonscription, Taiaiako'n—Parkdale—High Park, deux fromageries extrêmement réputées, soit la légendaire fromagerie Cheese Boutique, sur l'avenue Ripley, et la fromagerie Thin Blue Line, qui se trouve dans mon quartier, Roncesvalles, sur l'avenue Roncesvalles.
Tout ce qui entoure les poids et mesures est en fait une question de confiance, surtout lorsqu'il s'agit de modifier une loi comme celle-ci, qui porte sur une organisation qui remonte aux années 1870. D'ailleurs, des dispositions sur les poids et mesures se trouvent dans la Constitution canadienne. En effet, l'article 91.17 de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, qui fait maintenant partie des lois constitutionnelles, confère les responsabilités concernant les poids et mesures exclusivement au gouvernement fédéral.
La première Loi sur les poids et mesures du Parlement est entrée en vigueur en 1873 afin d'établir le système nécessaire à la réalisation du travail qui contribue au fonctionnement efficace de l'économie, ce qui est crucial. Certains se souviendront peut-être de la dernière modification majeure à avoir été apportée avant la série de modifications dont il est ici question: c'était en 1971, lorsqu'on a reconnu l'utilisation du système métrique au Canada, un changement d'une immense importance dont la plupart des Canadiens sont satisfaits, je crois. Cela supposait notamment d'inscrire des mesures métriques sur la plupart des étiquettes de produits.
Les députés qui ont connu cette époque se souviennent du genre de mesures qui étaient fournies alors; d'autres ont peut-être des parents ou des grands-parents qui ont connu cette époque. Les Canadiens ont adopté le système métrique, non seulement pour les épreuves sportives, mais pour toutes sortes de mesures. Les États‑Unis continuent de faire bande presque à part même si on constate qu'ils adoptent bel et bien le système métrique dans le contexte commercial.
C'est une question de confiance. Il s'agit de la confiance que l'on accorde aux outils et aux renseignements fournis dans ce secteur essentiel de l'économie des biens. Mesures Canada est un organisme important qui regroupe 320 Canadiens dévoués dans des bureaux situés d'un bout à l'autre du pays.
Mesures Canada, anciennement poids et mesures Canada, est sans doute surtout connue des Canadiens pour les étiquettes qui figurent sur les pompes à essence, où nous passons régulièrement. Ces visites sont un peu plus pénibles ces derniers temps, depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Je me réjouis que le gouvernement ait annoncé des mesures concrètes, comme la suspension de la taxe d’accise, en cette période difficile pour le Canada. Les Canadiens en ressentent déjà les bienfaits.
Nous continuerons de voir le travail de Mesures Canada sur ces pompes à essence, mais cet organisme a un champ d'activité bien plus vaste. Son travail touche plusieurs secteurs, notamment le secteur de l'énergie et les secteurs tournés vers l'exportation. Ce projet de loi est très important parce qu'il remplit plusieurs fonctions.
Je vais simplement citer le sommaire du projet de loi. Il est important de préciser de quoi il s'agit dans ce projet de loi provenant de l'autre endroit. On peut y lire:
Le [projet de loi] modifie la Loi sur les poids et mesures afin, notamment de clarifier les attributions du ministre de l'Industrie et des inspecteurs, de conférer au ministre certains pouvoirs concernant, entre autres, l'échantillonnage aux fins d'examen des instruments et la prise de mesures correctives et préventives et de conférer aux inspecteurs certains pouvoirs.
Il modifie aussi la Loi sur l'inspection de l'électricité et du gaz afin, notamment, d'élargir la définition de « compteur », de conférer au président [de Mesures Canada] le pouvoir d'accorder certaines exemptions, de clarifier les étapes précédant la mise en service d'un appareil, de clarifier les attributions du ministre et des inspecteurs, de conférer au ministre certains pouvoirs concernant, entre autres, l'échantillonnage aux fins d'examen des compteurs et la prise de mesures correctives et préventives et de conférer aux inspecteurs certains pouvoirs.
Il s'agit d'une modernisation importante de la loi, qui n'avait pas fait l'objet d'une révision en profondeur depuis l'avènement des mesures numériques, c'est-à-dire depuis l'introduction du système métrique. Cette modernisation s'inscrit dans le prolongement de la grande réforme de 1971. La conversion au système métrique avait nécessité la mise en place d'une infrastructure et de processus considérables pour préparer les Canadiens à cette transition.
Dans le magazine Histoire Canada on peut lire:
Présidée par l'ancien dirigeant du Chemin de fer Canadien Pacifique, Stevenson Gossage, [la Commission du système métrique] supervise plus de 100 comités sectoriels chargés de surveiller et de préparer des plans de conversion pour un large éventail de secteurs et d'industries. Il se révélera difficile de déterminer quels secteurs doivent passer entièrement au système métrique et lesquels, en particulier les industries dépendantes de matériaux américains, doivent adopter une approche progressive.
Nous avons ce système de poids et de mesures, qui est en fait la base de notre économie, et sur lequel reposent largement les secteurs de l'énergie, des produits de consommation, de la vente au détail et bien plus encore. Pourquoi cette modernisation est-elle nécessaire? Pourquoi présentons-nous cette mesure législative aujourd'hui? Nous avons commencé à discuter de la modernisation de cette loi et d'autres lois avant la pandémie de COVID‑19. Le gros du travail nécessaire pour faire bouger les choses a été entrepris en 2023, avec la collaboration de Mesures Canada. Environ 320 fonctionnaires de partout au pays se sont rendus dans les stations-service et ils ont examiné des centaines d'appareils par année.
J'aimerais prendre un instant pour saluer le travail de Mesures Canada et de ses employés. Chaque année, Mesures Canada calibre et certifie environ 1 529 étalons de masse, de volume, de température, d'électricité et de gaz, ainsi que du matériel d'essai visant à certifier les appareils de mesure. Pour mesurer les choses, nous devons mettre à l'essai les appareils qui servent à mesurer. Chaque année, Mesures Canada évalue et approuve environ 300 nouveaux prototypes d'appareils de mesure ainsi que la technologie utilisée dans le commerce au Canada. L'organisation supervise plus de 230 fournisseurs de services autorisés et effectue des vérifications. Elle compte 700 techniciens agréés qui inspectent et certifient, en son nom, environ 95 % des appareils de mesure utilisés dans le commerce, y compris les pompes à essence et les appareils de mesure utilisés dans les secteurs du camionnage, du transport des marchandises et du mouvement des consommateurs pour toutes sortes de marchandises. Il est évident qu'il existe ici un lien essentiel avec nos exportations. Nous devons non seulement les diversifier, mais aussi nous protéger contre les droits de douane actuels.
Mesures Canada est au cœur de tout ce travail. Il est donc vraiment important de saluer les hommes et les femmes qui travaillent d'arrache-pied en première ligne. Ils effectuent ce travail au sein d'un secteur plus large regroupant des professionnels des poids et mesures et des experts techniques. Il y a aussi évidemment un lien avec le secteur des normes.
Pourquoi prenons-nous ces mesures maintenant? Quelles sont nos raisons? Le fait est que les appareils d'aujourd'hui ont des capacités qui n'étaient pas envisageables il y a quelques décennies. Ils ne se limitent plus à une interface mécanique ou numérique rudimentaire. J'ai mentionné cette balance de chez Bloomsbury Cheeses, que j'ai utilisée lors de ma courte expérience comme fromager. Ces appareils sont désormais bien plus sophistiqués. Ils ont maintenant des capteurs et des lasers, et ils sont mis à jour instantanément. Les collectivités ingénieuses transmettent des données sur la consommation d'électricité et de gaz naturel en une fraction de seconde.
Tout cela est une question de confiance. Lorsqu'on reçoit une facture pour un produit de consommation qui indique un poids ou une mesure quelconque, on veut s'assurer que cette mesure est exacte. En cette ère de plus en plus numérique, les Canadiens sont un peu déconnectés. L'un des avantages de cette technologie, c'est qu'elle permet de faire cette vérification instantanément, ou presque instantanément, et à distance. Les Canadiens s'attendent à ce que les données qui servent à déterminer le prix des produits de consommation, que ce soit à la pompe, à la maison ou ailleurs, soient fiables.
Je pense qu'il est vraiment important qu'une institution de confiance comme Mesures Canada soit au cœur de ces travaux. La bonne nouvelle, c'est que ceux-ci ne portent pas seulement sur la réglementation et les types de changements que nous devons apporter pour suivre l'évolution des technologies numériques. Ils portent également sur les avantages potentiels pour le Canada de l'innovation dans le secteur de la mesure, en particulier la mesure numérique.
Les réformes que nous apportons ici renforceraient la compétitivité. Les permissions temporaires, par exemple, encourageraient l'innovation et permettraient à l'industrie de mettre à l'essai de nouveaux appareils sur le marché dans des conditions précises, au lieu d'attendre leur évaluation et leur approbation complètes. Les innovateurs nous disent constamment qu'ils veulent commercialiser leurs appareils ou leurs produits. Ils veulent un environnement contrôlé. Ils veulent des bacs à sable réglementaires ou d'autres endroits où il y a de l'équipement permettant de montrer que leurs produits — souvent des produits canadiens et des produits numériques — sont disponibles, puis trouver un marché.
Si nous procédons ainsi au Canada par le biais de cette modification législative, nous aurons alors créé un banc d'essai et un ensemble d'expériences, en particulier pour les créateurs de produits numériques, mais aussi pour d'autres innovateurs. Ils pourront ainsi tirer parti de leur expérience sur le marché, bénéficier de la crédibilité découlant du déploiement rapide de leurs produits, puis envisager d'exporter ces derniers. Une autre réforme que nous mettons en œuvre consiste à donner une plus grande marge de manœuvre afin de réduire le fardeau réglementaire, qui, nous le savons, accable de nombreux secteurs. Cet ensemble de modifications législatives s'inscrit dans un effort visant à alléger le fardeau réglementaire dans le secteur de la mesure, qui touche pratiquement tous les secteurs des biens et des services.
Il s'agit également d'une approche fiscalement responsable. On sait que, lorsque ces appareils sont mis en circulation, ils le sont par lots et en grandes quantités. Exiger l'inspection de chaque appareil individuellement constituerait un fardeau excessif. En revanche, si on peut inspecter un échantillon d'appareils et veiller à ce que les procédés de fabrication de l'ensemble des appareils produits sur une même chaîne respectent un certain niveau de qualité, il n'est peut‑être pas nécessaire d'inspecter chaque appareil individuellement. On adopte ainsi, pour ces inspections, une approche fondée sur le risque. Les modifications proposées permettraient aux inspecteurs d'examiner des milliers d'appareils du même type au moyen de diverses méthodes, notamment l'échantillonnage statistique, afin d'harmoniser les lois et d'accroître l'efficacité globale des activités de l'organisme.
Un projet de loi comme celui-ci rend l'industrie plus concurrentielle. Il est également possible de réaliser des gains d'efficacité grâce à ce travail. À mon avis, ce genre de mesure législative offre un éclairage très pertinent sur l'ensemble des secteurs liés aux transports et à l'énergie. Alors que certains, en face, ne jurent que par les énergies traditionnelles, de ce côté-ci de la Chambre, nous avons adopté une vision plus globale et équilibrée, qui mise sur la production d'électricité traditionnelle et propre, ainsi que sur la production d'énergie propre.
Fait à noter, Mesures Canada a été parmi les toutes premières, sinon la première, agences fédérales à intégrer des camions électriques à son parc de véhicules. L'organisme fait figure de chef de file en investissant dans un actif à la fois bon pour la planète et bon pour le portefeuille, tout en restant à l'avant‑scène de son travail quotidien.
J'ai récemment annoncé, au nom de mon collègue le , un financement important pour le réseau de recharge pour véhicules électriques. Comme les Canadiens le savent, nous allons présenter une stratégie sur les infrastructures de recharge des véhicules électriques ainsi qu'une stratégie nationale sur l'électricité. Le développement de ces technologies et les efforts visant à rendre l'expérience des véhicules électriques accessible au plus grand nombre exigent l'établissement de normes et de méthodes de mesure repensées.
J'ai fait cette annonce au nom du il y a quelques semaines, alors que j'étais au salon des véhicules électriques et des bornes de recharge à Toronto. C'était franchement impressionnant de voir le nombre d'entreprises qui proposaient une foule de solutions numériques pour répondre à la demande et aux besoins en chargement de véhicules électriques, et aussi pour réaliser le potentiel de ce secteur. Les modifications à la loi dont je parle aujourd'hui nous permettraient de donner une impulsion à ce secteur économique en devenir qui est prêt à passer à l'action pour les Canadiens, et qui contribue à créer des entreprises dans l'intérêt des Canadiens.
J'ai d'autres faits à vous communiquer concernant Mesures Canada et ses domaines d'intervention. J'ai mentionné le secteur de l'électricité. L'Association canadienne du gaz a manifesté son appui à l'égard de ce projet de loi dans les observations qu'elle a formulées pendant son étude à l'autre Chambre. Les services publics d'électricité et de gaz naturel ainsi que d'autres fournisseurs d'énergie s'intéressent de près à ce projet de loi, tout comme d'autres organismes et ministères comme la Commission canadienne des grains, le ministère des Pêches et des Océans, l'Agence canadienne d'inspection des aliments, Transports Canada et Ressources naturelles Canada.
Je regarde mes collègues d'en face. Je sais que certains d'entre eux représentent certaines des villes concernées. Mesures Canada a des bureaux à Vancouver, à Kelowna, à Calgary, à Edmonton, à Saskatoon, à Regina, à Winnipeg, à Thunder Bay, à Sudbury, à London, à Stoney Creek, à Mississauga, à Markham, à Belleville, à Ottawa — où se trouvent également ses laboratoires et son siège social —, à Montréal, à Québec, à Moncton, à Dartmouth et à St. John's, à Terre‑Neuve‑et‑Labrador.
Cette initiative nécessite beaucoup de ressources, implique de nombreux déplacements et mobilise une main-d'œuvre importante. Elle repose sur du matériel d'essai spécialisé et conçu sur mesure, et, comme je l'ai mentionné, elle ne cesse de s'étendre à de nouveaux domaines tels que la recharge des véhicules électriques, mais aussi les carburants propres et même des domaines comme l'automatisation des transactions financières fondées sur des mesures.
Il s'agit d'un travail d'intérêt public extrêmement important, qui s'inscrit entièrement dans un contexte de confiance. Si les Canadiens peuvent avoir confiance dans les données qui sous-tendent les décisions économiques qui les concernent, il y a une plus grande probabilité qu'ils en acceptent les résultats. Je pense que ce projet de loi joue un rôle prépondérant à cet égard.
[Français]
Je vais prononcer en français quelques paroles au sujet des changements apportés par le projet de loi .
On fait l'effort de moderniser, au moyen d'un projet de loi, des lois qui n'ont pas été modifiées depuis plus de 50 ans. La dernière modification significative était l'adoption du système métrique, le Système international d'unités, au Canada. Cela fait plus de 50 ans. Maintenant, nous avons un système plus numérique, plus automatisé.
Les travailleurs de cette organisation forte qui travaille pour le public ont besoin d'outils pour être au courant des changements dans le système de poids et mesures. Ce projet de loi, qui modifie plusieurs lois, donne à mon avis les outils nécessaires au gouvernement et au secteur privé pour intégrer les innovations des entreprises dans le marché et pour rendre les services des entreprises plus positifs pour les Canadiens.
[Traduction]
Le projet de loi permettrait de moderniser un système essentiel qui repose sur la confiance. C'est un système sur lequel les Canadiens s'appuient depuis de nombreuses années, sans y prêter vraiment attention, mais en le tenant pour acquis. Quand nous voyons l'autocollant de Mesures Canada sur la pompe à essence, nous savons qu'une mesure officielle et exacte sera utilisée.
Nous voulons créer et stimuler une économie qui permette le déploiement des outils numériques afin d'accélérer la mise en œuvre d'outils de poids et mesures dans davantage de secteurs, en particulier celui des véhicules électriques. Ainsi, les entreprises canadiennes auront accès à des possibilités pour se tailler une place dans cette économie numérique si importante, et les Canadiens pourront continuer à faire confiance aux renseignements qu'ils reçoivent, à titre de consommateurs ou d'entreprises. Nous visons à poursuivre notre mission de protection des Canadiens, ce travail très important que les employés dévoués de Mesures Canada accomplissent chaque jour, qui développe notre économie, favorise la concurrence, génère des gains d'efficacité et renforce la confiance pour tous.
:
Monsieur le Président, à première vue, le projet de loi ressemble à un de ces projets de loi techniques que seuls les spécialistes des politiques lisent jusqu'à la fin, mais en vérité, il touche à quelque chose qui tient très à cœur aux Canadiens: l'équité dans les transactions courantes. C'est donc une question d'argent. Après tout, on ne peut pas gérer sans mesurer. Les deux vont de pair.
Quand une famille fait le plein à une station-service, le chiffre affiché sur la pompe n'est pas abstrait. Il révèle la différence entre ce qu'elle prévoit dépenser et ce qu'elle doit payer. Quand un parent achète des produits d'épicerie dont le prix est établi en fonction du poids, comme les fruits, les légumes et la viande, le chiffre sur l'étiquette et la balance n'est pas une suggestion. Il détermine le prix à la caisse. Quand on parle d'inflation alimentaire, c'est ce qu'on veut dire concrètement. C'est pour ça qu'il y a des lois sur les mesures commerciales, pour protéger les consommateurs, assurer une concurrence loyale et maintenir la confiance dans l'équité du marché.
Le projet de loi est présenté comme une mise à jour de ce système, une tentative de moderniser la Loi sur les poids et mesures et la Loi sur l'inspection de l'électricité et du gaz et d'abroger les dispositions désuètes sur les frais dans le règlement.
Le mot « modernisation » n'a rien de négatif. Au contraire, la modernisation est nécessaire. La dernière mise à jour substantielle des mesures législatives en question remonte à des décennies, et le monde a changé depuis. De nos jours, la mesure est davantage numérique, elle s'appuie davantage sur des logiciels et elle est plus complexe que l'univers des processus papier et des appareils traditionnels qui ont façonné le cadre initial. Ce qu'il faut se demander, ce n'est pas si la modernisation est nécessaire, car elle l'est, mais plutôt si le projet de loi moderniserait le système de manière à améliorer la transparence, à préserver l'accessibilité financière et à éviter la création de nouvelles tracasseries administratives, ou s'il intégrerait trop de pouvoirs à des processus discrétionnaires que les Canadiens ne peuvent pas facilement voir, comprendre ou contester.
Mes collègues conservateurs et moi sommes en faveur d'une modernisation qui protège les consommateurs et qui favorise l'innovation, mais le Parlement doit veiller à ce que les outils impliquent une responsabilité redditionnelle et et à ce qu'ils ne soient pas excessifs. C'est dans cette optique que je traiterai du projet de loi aujourd'hui.
Le projet de loi contient un ensemble de modifications ciblées qu'on peut regrouper en quelques thèmes.
Premièrement, il mettrait à jour et il clarifierait les rôles et les pouvoirs du ministre, des inspecteurs et, dans la Loi sur l'électricité et le gaz, ceux du président de Mesures Canada en ce qui concerne l'approbation, la vérification et l'inspection des instruments de mesure utilisés à des fins commerciales.
Deuxièmement, il permettrait d'inspecter des instruments et des compteurs par échantillonnage, c'est-à-dire d'examiner un ensemble représentatif d'instruments de la même catégorie, du même type ou du même modèle et d'appliquer les résultats en conséquence.
Troisièmement, il créerait des permissions temporaires pour permettre l'utilisation temporaire de certains instruments de mesure et de certains compteurs d'électricité ou de gaz selon des conditions établies par l'organisme de réglementation, et ce, même si les étapes d'approbation ou d'examen habituelles n'ont pas eu lieu. Je rappelle que ce ne serait que dans des conditions définies, qu'il y aurait des avis et qu'il serait possible d'être entendu en cas de suspension ou de révocation.
Quatrièmement, le projet de loi élargirait les pouvoirs en matière d'inspection et il les moderniserait, notamment en autorisant l'accès aux données stockées dans des systèmes informatiques ou de télécommunication ainsi que leur reproduction, et il considérerait l'accès à distance par voie de télécommunication comme une forme d'entrée aux fins des inspections. Il permettrait également la délivrance de télémandats dans certains cas.
Cinquièmement, il ajouterait des outils de mise en conformité visant à prévenir les infractions ou à y remédier, comme des ordonnances qui imposent des mesures correctives ou préventives et des directives qui se rapportent aux procédures de mise en conformité.
Sixièmement, le projet abrogerait certaines dispositions réglementaires obsolètes, notamment des barèmes de droits normatifs et des exigences héritées du passé, et il instaurerait un examen obligatoire tous les 10 ans, accompagné d'un rapport à présenter au Parlement.
Telle est la structure du projet de loi, et c'est précisément parce que celui-ci créerait des outils, des assouplissements et de nouveaux types de règles que notre étude doit être axée sur la transparence et l'accessibilité financière.
Pour les Canadiens, le système ne fonctionne que s'il satisfait à ce que j'appelle le critère de la confiance. Les Canadiens croient-ils que lorsqu'ils achètent 50 litres de carburant, ils en reçoivent 50 litres? Les Canadiens croient-ils que lorsque le gouvernement change les règles, celles-ci les protégeront sans faire augmenter les coûts qui sont refilés discrètement?
Je vais donner l'exemple des biocarburants. Auparavant, lorsqu'on achetait 50 litres d'essence dans une station-service, c'était du carburant à base de pétrole, et on pouvait ainsi rouler sur une certaine distance. Lorsque l'essence est diluée avec des biocarburants, on peut rouler moins loin. Par conséquent, lorsqu'on fait le plein d'essence, achète-t-on vraiment une quantité de carburant ou achète-t-on plutôt la distance entre le point A et le point B? Du jour au lendemain, à cause du Règlement sur les combustibles propres que le gouvernement a imposé, la distance s'est raccourcie, mais les Canadiens ne semblaient pas s'en rendre compte.
Voilà comment les gouvernements perdent la confiance des gens. Du jour au lendemain, on paie plus cher et on reçoit moins en retour. C'est ce qui cause l'inflation. Ça coûte cher à la société. La société entière se retrouve alors avec des inefficacités.
Ces questions peuvent sembler simples, mais elles sont fondamentales, car dès que les consommateurs perdent confiance, il ne s'agit plus seulement d'une défaillance technique. Cela devient un enjeu lié au coût de la vie, et c'est pourquoi je tiens à souligner un élément qui ressort nettement de l'étude du projet de loi réalisée par le comité sénatorial.
Au cours des audiences du comité des banques, du commerce et de l'économie, la sénatrice Elizabeth Marshall, auditrice de profession, a parfaitement cerné le sentiment général. Elle a fait remarquer que lorsqu'elle abordait avec les gens le sujet du projet de loi étudié par le Parlement, ceux-ci se montraient méfiants et craignaient que cela ne finisse par leur coûter plus cher. Cela n'a rien de surprenant, mais ce cynisme s'explique. Les Canadiens ont connu trop d'exemples où la modernisation s'est traduite par de nouveaux coûts administratifs, un alourdissement du fardeau lié à l'observation de la réglementation et une nouvelle incertitude, qui se sont ensuite répercutés sur les prix. La tâche qui attend la Chambre ne consiste pas simplement à mettre à jour un cadre. Il s'agit de veiller à ce que ce cadre actualisé inspire confiance, clarifie les choses et réduise les prix pour les consommateurs.
Prenons un peu de recul, car un principe plus général est en jeu ici, un principe qui touche directement à la confiance des consommateurs et à la réduction du coût de la vie.
Les mesures commerciales fonctionnent parce que les gens estiment que les règles sont équitables et que le système est transparent. Quand les règles sont limpides, rendues publiques et appliquées de manière cohérente, les gens ont confiance. Ce même principe devrait s'appliquer au gouvernement lui-même, en particulier lorsqu'il s'agit des deniers publics. Les Canadiens méritent que le gouvernement présente des rapports limpides et transparents sur les principaux indicateurs économiques, car ceux-ci servent à justifier les décisions en matière de dépenses, d'emprunts et de politiques qui ont une incidence sur le pouvoir d'achat de chaque ménage.
Ce qui agace les Canadiens, c'est entre autres le fait que les gros titres sur les finances publiques peuvent reposer sur diverses définitions qui donnent des impressions très différentes. Même dans le débat public, on constate des divergences quant à la manière de mesurer la dette et de la comparer d'un pays à l'autre.
Par exemple, Statistique Canada présente les mesures de la dette nette de manière à inclure ou à exclure, selon le cas, les principaux fonds de pension publics, comme le Régime de pensions du Canada et le Régime de rentes du Québec, précisément parce que ces fonds se distinguent des autres actifs financiers étant donné qu'ils ne sont pas censés être mis à la disposition du gouvernement pour ses dépenses courantes. Il s'agit des pensions des Canadiens, et non d'une caisse noire du gouvernement. Des commentateurs ont souligné que lorsqu'on inclut les actifs des fonds de pension dans les comparaisons de la dette nette, cela peut modifier considérablement le tableau en donnant parfois l'impression que le pays est moins endetté selon cet indicateur qu'il ne le serait selon une approche classique de la dette. Parallèlement, des organismes de reddition de comptes comme le Bureau du directeur parlementaire du budget peuvent traiter les régimes de retraite différemment lorsqu'ils évaluent les actifs que détient le gouvernement fédéral.
Mon but n'est pas de remettre en cause toutes les normes comptables. Mon propos est simple: les Canadiens méritent de la transparence. Ils devraient pouvoir voir quelle mesure est utilisée, ce qui est inclus, ce qui est exclu, et pourquoi. Lorsque les définitions changent et que les chiffres publiés reposent sur des hypothèses qui ne sont pas clairement expliquées, la confiance s'érode. Quand la confiance s'érode, le cynisme augmente. Le cynisme est important, car il détermine la façon dont les Canadiens réagissent aux politiques qui ont une incidence sur leur portefeuille et, par conséquent, sur leur vie.
Le message est le suivant: il faut montrer le travail réalisé, publier les hypothèses, et utiliser un langage simple et facile à comprendre pour les contribuables. C'est ainsi que les gouvernements gagnent la confiance de la population. C'est ainsi que nous assurons l'abordabilité, non seulement à la pompe et à la caisse, mais aussi dans les décisions à long terme qui façonnent notre économie.
Enfin, le projet de loi dont nous sommes saisis doit faire l'objet d'une étude sérieuse en comité, axée sur la transparence, les garde-fous et l'incidence financière, ainsi que sur les raisons pour lesquelles le gouvernement libéral devrait procéder d'une manière qui place les consommateurs et l'abordabilité au cœur des travaux.
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Monsieur le Président, quand les Canadiens entendent que le Parlement débat d'un projet de loi sur les poids et les mesures, les pompes à essence, les balances d'épicerie et les compteurs des services publics, ils peuvent supposer que c'est une question de nature technique. Or, le projet de loi porte sur un système que les Canadiens utilisent tous les jours en allant faire le plein, en passant à la caisse à l'épicerie et en payant leur facture de service public à la fin du mois. Ce projet de loi porte sur la confiance, parce qu'au fond, ce à quoi les Canadiens s'attendent, c'est de payer le prix juste pour ce qu'ils achètent.
Le projet de loi promet de moderniser les lois sur les mesures commerciales, qui n'ont à peu près pas été été modifiées ou mises à jour depuis les années 1980. Il mettrait à jour la façon dont on régit les pompes à essence, les balances d'épicerie ainsi que les compteurs d'électricité et de gaz. Il proposerait aussi des moyens comme les inspections fondées sur l'échantillonnage. Il présente des objectifs raisonnables. La modernisation est nécessaire parce que la technologie et l'économie ont évolué. Nos lois doivent tenir compte de cette réalité.
Les conservateurs croient en un marché équitable. Nous croyons qu'il faut protéger les consommateurs. Nous estimons que lorsque les Canadiens paient pour un litre d'essence, un kilogramme de nourriture ou une unité d'électricité, ils doivent en recevoir exactement la quantité correspondante.
Nous appuyons ce projet de loi, mais certaines préoccupations subsistent. Nous avons raison de nous demander si un pouvoir accru du gouvernement se traduira par de meilleurs résultats pour les Canadiens ou s'il ne fera qu'alourdir la bureaucratie. Nous sommes en faveur de l'équité et de la modernisation, mais nous devons examiner attentivement le projet de loi pour nous assurer qu'il ne se fasse pas au détriment de la reddition de comptes, de la transparence et du coût de la vie. C'est précisément pour cette raison que ce projet de loi doit être examiné en comité.
C'est au sein des comités que le Parlement accomplit son véritable travail, mais ceux-ci sont en pleine mutation. Ces derniers jours, on a exprimé de sérieuses inquiétudes sur la manière dont les comités seraient structurés et contrôlés. Les conservateurs ont clairement indiqué que si le gouvernement utilisait sa majorité non élue pour limiter la surveillance parlementaire, cela risquerait d'affaiblir la transparence et la reddition de comptes. Si les comités cessent de fonctionner comme des instances de contrôle indépendant, où s'exercera alors la reddition de comptes?
Je siège au comité de la science et de la recherche, dont les membres ont bien travaillé ensemble et se sont attaqués à des questions importantes parce qu'il y avait un équilibre. Il est possible de critiquer des politiques actuelles, car c'est ainsi que nous les mettons à l'épreuve. Comme dans beaucoup de comités, l'équilibre dont j'ai parlé est en péril. Il y aura peut-être deux nouveaux députés libéraux. Bien que je n'aie rien contre les personnes elles-mêmes, les changements à la composition des comités donneraient au gouvernement le pouvoir de mettre fin au débat et à la réflexion critique dans les salles de comité.
Le projet de loi élargirait les pouvoirs du gouvernement. Nous devons examiner comment ces nouveaux pouvoirs seraient utilisés et nous devons déterminer si les Canadiens seraient adéquatement protégés. Cet examen n'est possible que si le comité est autorisé à formuler des critiques. Le gouvernement ne peut pas demander plus de pouvoir tout en contrôlant les comités qui sont censés demander des comptes à qui exerce ce pouvoir.
Le projet de loi est très important, car il vise à faire en sorte que les Canadiens en aient pour leur argent. Cependant, les Canadiens de tout le pays se posent une question beaucoup plus pressante: peuvent-ils se permettre ce qu'ils achètent? À l'heure actuelle, les Canadiens ont l'impression de payer plus pour obtenir moins. Le prix des aliments a monté en flèche. L'inflation alimentaire a atteint des niveaux jamais vus depuis des décennies. Le prix de l'essence a augmenté. Les prix des services publics ont augmenté. Pendant ce temps, les salaires n'augmentent pas au même rythme, les épargnes fondent et les familles s'en remettent au crédit simplement pour joindre les deux bouts.
Des familles de ma circonscription sont contraintes de choisir entre payer leurs factures et mettre du pain sur la table. En quelques années à peine, le prix du panier d'épicerie a bondi de 25 %, et ce n'est pas fini: le prix du bœuf, des légumes et des produits laitiers ne cesse de grimper.
Cette année seulement, la famille moyenne devra débourser plus de 1 000 $ supplémentaires pour se nourrir. Les ménages se serrent la ceinture, les parents prennent des décisions difficiles, et les aînés à revenu fixe doivent tirer le maximum de leurs ressources limitées.
Que fait le gouvernement face à cette situation ? Les Canadiens ont obtenu leur réponse hier. Dans sa mise à jour économique du printemps, le a présenté ce qu'on ne peut que qualifier de budget coûteux financé à crédit, qui ferait doubler le déficit laissé par le précédent gouvernement libéral. Résultat: explosion des coûts, hausse des taxes, augmentation de la dette et montée en flèche de l'inflation pour les Canadiens. Les intérêts sur la dette coûtent désormais 59 milliards de dollars par année aux Canadiens, soit 10 % de plus qu'il y a un an. Ce montant dépasse désormais les transferts en santé et excède même les revenus tirés de la TPS. À méditer.
Chaque famille canadienne paie en fait environ 3 400 $ par année rien que pour le service de la dette fédérale. Cet argent ne sert ni à l'épicerie, ni au logement, ni à l'épargne. Hier seulement, le gouvernement a ajouté 37 milliards de dollars en dépenses supplémentaires. À un moment où les Canadiens ont du mal à joindre les deux bouts, le gouvernement jette de l'huile sur le feu. Il n'est donc pas surprenant que les Canadiens aient l'impression que tout coûte plus cher.
Ce projet de loi vise à moderniser le cadre d'inspection des pompes à essence. Le gouvernement réglemente ces pompes pour s'assurer que les gens reçoivent exactement la quantité pour laquelle ils paient. Cela éviterait que les Canadiens se fassent arnaquer, mais les Canadiens ne pensent pas aux cadres d'inspection quand ils voient les prix grimper. Ils se demandent combien faire le plein va leur coûter. La hausse du prix de l'essence ne touche pas seulement les navetteurs. Elle a des répercussions sur tout. Elle fait grimper le coût des aliments, des biens et du transport. Ces coûts se répercutent sur le prix de tout ce que les Canadiens achètent.
C'est pourquoi les conservateurs demandent un véritable répit. Nous réclamons la suspension des taxes fédérales sur l'essence et le diésel pour le reste de l'année, la suppression de la taxe d'accise sur le carburant, l'élimination de la TPS sur l'essence et le diésel, de même que l'abolition de la taxe sur le carbone pour les industries et de la norme sur les combustibles. Cela représenterait un véritable allégement pouvant atteindre 25 ¢ le litre, ainsi que plus de 1 200 $ d'économies pour une famille cette année. La grande question n'est pas seulement de savoir si le prix à la pompe est exact, mais aussi si les Canadiens ont les moyens de le payer. Au lieu de suivre notre plan, le n'a réduit les taxes que d'un tiers, et ce, pour le tiers de la durée. Encore une fois, les libéraux se soucient davantage de la réglementation et du contrôle que du portefeuille des Canadiens.
Ce projet de loi porte sur la confiance, mais la réglementation ne suffit pas à elle seule à instaurer la confiance. Ce sont les résultats qui inspirent confiance. Essentiellement, le projet de loi porte sur la confiance dans le marché. Il vise à garantir que, lorsque les Canadiens paient pour quelque chose, ils en aient pour leur argent. Les Canadiens méritent un marché équitable. Ils méritent également un gouvernement transparent, modéré et déterminé à rendre la vie plus abordable.
Nous appuierons ce projet de loi à l'avenir. Nous poserons des questions difficiles, exigerons des comptes et veillerons à ce que le projet de loi serve les intérêts des Canadiens.
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Monsieur le Président, je veux d'abord indiquer que le Bloc québécois est favorable à la proposition de moderniser la Loi sur les poids et mesures. Nous avons beaucoup de questions et nous aurons beaucoup de travail à faire en comité pour entendre plusieurs intervenants spécialistes de la question, étant donné qu'il s'agit d'un dossier vraiment technique et spécialisé.
Avant de parler du fond du projet de loi lui-même, je veux raconter une histoire d'une entreprise qui a eu maille à partir avec Mesures Canada. Cette histoire démontre que le processus d'appel actuel et le fait qu'il n'y a pas d'ombudsman posent un grand problème. Cette situation a eu lieu dans la circonscription de mon collègue et ami le député de la . C'est la triste histoire d'un entrepreneur de sa circonscription qui a eu maille à partir avec Mesures Canada.
C'est l'histoire de M. Lamontagne, qui était le président de l'entreprise C.E.L.L Inspection Inc. au moment des faits. C'était une entreprise qui était vouée à faire des inspections pour la précision et la conformité des distributeurs d'essence commerciaux. Cette entreprise a été suspendue en 2018 par Mesures Canada au moyen d'une procédure qui semble inhabituelle et peu transparente.
Je vais donner un peu de contexte. De 2006 à 2018, M. Lamontagne présidait C.E.L.L Inspection, qui est devenue un fournisseur de services autorisé avec plusieurs techniciens reconnus par Mesures Canada. L'entreprise a produit plus de 450 certificats, dont plusieurs ont été émis selon une méthode reconnue par Mesures Canada. C'est cette méthode qui sera plus tard invoquée pour la suspension de l'entreprise.
C.E.L.L Inspection travaillait avec plusieurs types d'étalons volumétriques, dont certains étaient loués auprès de M. Lamontagne, qui était aussi fabricant d'ensembles d'étalonnage brevetés, approuvés et certifiés par Mesures Canada. C'est en utilisant ça qu'est arrivé le problème. Selon M. Lamontagne, ces ensembles d'étalonnage à rétention de vapeur étaient plus précis que ceux des grandes marques recommandées par Mesures Canada, ce qui, à certains égards, pouvait avantager les grandes pétrolières. On utilisait donc une technologie plus précise qui était reconnue par Mesures Canada et qui allait poser problème.
Voici un bref rappel des faits. En février 2018, une nouvelle inspectrice est venue évaluer deux techniciens de l'entreprise C.E.L.L Inspection en refusant de tenir compte des méthodes liées à l'ensemble d'étalonnage à rétention de vapeur du fabricant, M. Jacques Lamontagne. Ces méthodes étaient pourtant reconnues par Mesures Canada. L'inspectrice de Mesures Canada aurait mis fin aux examens brusquement après avoir dit à une technicienne qu'elle échouait, sans donner d'explication précise et sans discussion, donc sans l'encadrement habituel.
L'entreprise C.E.L.L Inspection a demandé les résultats et rapports détaillés des examens à maintes reprises à Mesures Canada, y compris par l'entremise de ses avocats en avril 2018. Mesures Canada a fourni une réponse plus de trois mois plus tard avec deux avis d'infraction. L'entreprise a répondu aux deux infractions, a complété un plan d'action correctif à trois reprises et a participé à une rencontre où l'entreprise n'a toujours pas reçu de rapport détaillé. Elle a plutôt reçu son propre rapport d'action corrective qui était amendé avec des retraits de texte et quelques notes de l'inspectrice.
C.E.L.L Inspection a ensuite reçu un courriel de M. Mathieu Parent, agent de programme principal de Mesures Canada, qui l'avisait de sa suspension. À ce moment-là, il restait toujours deux autres techniciens reconnus qui auraient pu continuer à faire des examens pour l'entreprise.
À titre de député de , mon collègue et ami a pris connaissance du dossier et a alors contacté le bureau du ministre de l'Innovation, des Sciences et de l'Industrie, qui était alors M. Navdeep Bains.
Mon collègue a alors tenu une conférence téléphonique avec le directeur des affaires parlementaires de l'honorable Navdeep Bains, M. Marc Gervais, la présidente de Mesures Canada, Mme Diane Allan, et M. Lamontagne. Il a été affirmé lors de cette conférence téléphonique qu'il était possible d'entreprendre une procédure d'appel indépendante.
L'entreprise C.E.L.L Inspection a donc fait une demande d'appel. Cependant, cette procédure a simplement consisté en un réexamen interne du dossier, sans audience où M. Lamontagne et son avocat auraient pu défendre leur dossier. La révision de la décision a été communiquée le 6 décembre 2019 par correspondance par Mme Nathalie Campeau, directrice régionale de Mesures Canada. On y indiquait que la suspension était maintenue, toujours en termes généraux, sans répondre précisément aux arguments avancés par M. Lamontagne et son avocat.
L'entreprise C.E.L.L. Inspection a effectué un deuxième appel en janvier 2021, où M. Lamontagne a pu parler de son dossier lors d'une conférence téléphonique et des échanges de courriels. La deuxième revue a abouti à un bref document de deux pages où on réitère la suspension en mentionnant que, si son ensemble d'étalonnage spécifique requiert une séquence de fonctionnement unique, il devrait en faire part au spécialiste volumétrique régional, alors que sa technologie est déjà approuvée et certifiée par l'ingénieur en chef de Mesures Canada. On est dans les formalités lorsqu'on lui dit qu'il faut qu'il en fasse mention.
Mon collègue député a ensuite assisté au troisième appel de M. Lamontagne. Au départ, la présidente de Mesures Canada a dit vouloir exclure les intervenants impliqués dans le premier appel et le deuxième appel, ainsi que leurs rapports. Que les intervenants précédents ne fassent pas partie du processus décisionnel peut sembler justifié puisqu'il s'agit d'un appel indépendant, mais ne pas revoir et utiliser les informations sur les faits ayant mené à la suspension et à son maintien lors des appels précédents était pour le moins inusité. La recherche des faits ayant mené à la suspension n'était manifestement plus une priorité. La présidente a plutôt tenté d'amener C.E.L.L. Inspection à faire d'autres démarches pour récupérer sa certification en refusant de dédommager l'entreprise. Elle a ensuite globalement réitéré les décisions antérieures.
En dernier ressort, M. Lamontagne a entrepris un recours juridique, mais il n'avait pas de ressources comparables à celles de l'équipe d'avocats de Mesures Canada. Il a donc perdu son premier recours pour des raisons procédurales, principalement. Faute de moyens, il ne pouvait pas poursuivre un long processus devant les tribunaux pour qu'on lui donne raison. Face à une armée d'avocats, il a dû plier.
En bref, il y a apparence de faute grave et un abus de pouvoir de Mesures Canada, qui ont posé d'importants préjudices à l'entreprise C.E.L.L. Inspection et au fabricant de chariots d'étalonnage, M. Jacques Lamontagne. Même les chariots d'étalonnage avec des certificats de désignation ont été visés par la suspension de Mesures Canada, car ils ont même annulé la rencontre pour leur certification. Il ne semble pas y avoir de processus formel d'appel des décisions de Mesures Canada, l'organisme qui est responsable de la certification des pompes à essence des stations des grandes pétrolières.
Mon collègue et ami député de la a écrit et demandé des rencontres avec les ministres responsables successifs aux différentes étapes de la démarche de M. Lamontagne et de C.E.L.L. Inspection, car les suspensions relèvent du ministre en vertu de l'accord d'enregistrement. Sa première demande au ministre Bains a permis une rencontre avec son directeur parlementaire et Mme Diane Allan, présidente de Mesures Canada, où il a été convenu que M. Lamontagne pouvait entreprendre une procédure d'appel indépendante. Par la suite, dans une rencontre avec les adjoints parlementaires du ministre, mon collègue a indiqué qu'on a seulement référé l'entreprise à la procédure d'appel supposément indépendante de Mesures Canada. Plus récemment, l'ancien ministre de l'Industrie, aujourd'hui , s'est montré hésitant à intervenir en mentionnant que Mesures Canada était un organisme quasi judiciaire.
Je viens de présenter la triste histoire où l'entreprise montréalaise a été vraisemblablement victime d'une erreur de Mesures Canada et où l'erreur n'a pas semblé pouvoir être corrigée. C'est un grave problème. Est-ce que le projet de loi répond favorablement à ce qui doit être modifié aux lois pour que cette histoire-là ne se reproduise plus? C'est possiblement à voir. C'est à étudier. C'est très technique. Est-ce qu'il serait utile de mettre en place un système de réel recours indépendant en cas de litige? Nous répondons oui, sans aucun doute. Est-ce qu'il faudrait créer un poste d'ombudsman à cet égard? C'est fort possible aussi. C'est à suivre et j'invite le gouvernement à améliorer le fonctionnement des recours lors de litiges et à améliorer l'impartialité du processus lorsque des décisions qui semblent injustes sont contestées. C'est à suivre.
À ma connaissance, l'entreprise a dû cesser ses activités tout simplement en raison de l'intervention d'une technicienne. Il y a eu un changement de technicienne de Mesures Canada lors de l'évaluation, et celle‑ci n'a pas reconnu un instrument pourtant plus précis et certifié par Mesures Canada. Selon son bon vouloir, elle a ainsi pu mener une entreprise en faillite. C'est inacceptable. Par la suite, mon collègue, accompagné des représentants de l'entreprise, a rencontré l'équipe du ministre responsable, qui leur a indiqué qu'un processus d'appel indépendant était possible. Finalement, il n'y a rien eu d'indépendant là-dedans. Il a fallu que l'affaire se retrouve devant les tribunaux, mais cette petite entreprise n'avait pas les moyens de rivaliser avec l'armée d'avocats dont disposait Mesures Canada.
À mon avis, il y a eu une grave injustice ici. S'il est malheureusement trop tard aujourd'hui pour la réparer, j'espère que les lois adoptées ici permettront d'adopter des règles, des façons de faire, des procédures et des protections pour que des histoires tristes comme celle-là ne se reproduisent plus jamais.
Comme je le disais d'entrée de jeu, nous allons voter en faveur du principe du projet de loi en deuxième lecture afin que ce projet de loi, qui est particulièrement technique, puisse être étudié en comité et afin que le comité puisse entendre des témoins importants comme Hydro‑Québec et Énergir. Des équipementiers d'instruments de mesure comme M. Lamontagne, président de l'entreprise C.E.L.L. Inspection, pourront nous raconter leur histoire.
Comme d'habitude, nous allons essayer d'être vigilants envers ce gouvernement, qui s'attribue de loi en loi plus de pouvoirs, qui se retrouvent entre autres dans les mains des ministres, comme le projet de loi le propose. En effet, ce projet de loi donne plus de pouvoirs à la ministre. Nous allons essayer d'être responsables et de garantir que les prérogatives du Québec ne seront pas altérées par ce projet de loi.
Étant donné l'aspect technique du projet de loi, son jargon scientifique et les nombreuses dispositions qu'il contient, nous allons nous assurer que le travail effectué en comité sera des plus rigoureux et studieux. Nous sommes conscients du fait qu'une modernisation du cadre législatif et réglementaire est nécessaire et qu'elle a été demandée par Innovation, Sciences et Développement économique Canada parce qu'il jugeait, comme ça a été dit dans le discours du secrétaire parlementaire, que le cadre actuel manquait de flexibilité et devenait désuet avec l'arrivée des nouvelles technologies.
Les systèmes de mesure numérique et tous les logiciels pouvant être associés au commerce ne sont pas implicitement couverts par la législation actuelle. Déjà, dans le budget de 2024, on parlait de l'intention du gouvernement de procéder à une modernisation de ces lois, notamment pour renforcer le pouvoir du ministre « d'établir des normes et des dispositions relatives à l'étalonnage, à l'inspection, aux entrepreneurs et à la certification ».
Comme on le sait, le projet de loi contient 59 articles. Les premiers articles, soit les articles de 1 à 27, modifient la Loi sur les poids et mesures de manière à moderniser le cadre qui régit les instruments de mesure utilisés dans le commerce. Si la majorité des modifications sont techniques et consensuelles et visent à soulager le fardeau bureaucratique, d'autres, qui portent sur l'élargissement du pouvoir de la ministre, devront être justifiées, comme je le disais. Des questions émanent aussi quant aux suggestions proposées au sujet de l'autorisation, de la certification et de l'utilisation de certains instruments de mesure. Par exemple, aux articles 3, 5 et 10, le projet de loi S‑3 propose de conférer à la ministre des nouveaux pouvoirs en matière d'approbation et d'examen d'instruments de mesure. Parmi les mesures qui nous font sourciller à l'heure actuelle, la ministre pourrait désigner une autre entité que le Conseil national de recherches du Canada pour certifier et calibrer des étalons de référence servant aux inspections. En quoi est-ce nécessaire? C'est le genre de question que nous allons lui poser en comité.
Pour les articles 12 et 13, malgré l'approbation du ministère de la Justice, qui a certifié que le projet de loi respectait bien la Charte canadienne des droits et libertés, on propose des pouvoirs importants en en ce qui concerne les pouvoirs d'inspection et les télémandats. Avec l'histoire que j'ai racontée, ce sera intéressant de connaître les raisons pour lesquelles il est absolument nécessaire de doter le gouvernement de tels pouvoirs.
Je vois qu'il me reste peu de temps de parole. Je pense que j'ai parlé de l'essentiel. J'avais préparé un discours de 20 minutes, mais j'ai eu un peu moins de temps de parole. Je vais donc m'arrêter ici.