La Chambre reprend l'étude du projet de loi , dont le comité a fait rapport avec des propositions d'amendement, ainsi que du groupe de motions n o 1.
:
Monsieur le Président, avant de commencer, je tiens à remercier les membres du comité de la justice et les témoins qui ont participé à l'étude du projet de loi.
[Français]
Leur travail a souligné l'urgence de renforcer les protections pour les victimes et les survivants.
[Traduction]
C'est un honneur de prendre la parole au Parlement pour appuyer le projet de loi , Loi visant à protéger les victimes, et surtout de prendre la parole pour soutenir les victimes et les survivants de la violence fondée sur le sexe partout au Canada. Je remercie le d'avoir présenté ce projet de loi.
Au cœur de cette mesure législative se trouvent des femmes et des filles dont la voix n'a pas été entendue lorsqu'elles ont demandé de l'aide, des femmes qui ont parlé et qui ont été rejetées, des femmes qui ont eu peur de s'exprimer et des femmes à qui on a refusé le soutien dont elles avaient besoin. La violence entre partenaires intimes n'est pas seulement physique. Cela comprend le contrôle, la violence émotionnelle et sexuelle, la traque et les préjudices financiers, qui créent souvent des schémas qui se transforment en comportements plus dangereux au fil du temps.
Quand la violence passe inaperçue, on ne s'en occupe pas, et quand on ne s'en occupe pas, une femme souffre en silence. L'un des principaux problèmes, c'est que la violence entre partenaires intimes est considérablement sous-déclarée, les estimations laissant entendre qu'environ 80 % des incidents ne sont pas signalés à la police. En 2024, au Canada, 81 femmes ont été tuées par un partenaire intime actuel ou ancien, ce qui équivaut à environ une femme tous les quatre ou cinq jours. Chacun de ces décès représente une vie écourtée, une famille dévastée et l'absence d'intervention alors qu'il y avait déjà des signes avant-coureurs. Ces décès ne sont pas arrivés par hasard. Ils marquent la fin tragique de comportements de contrôle coercitif, d'intimidation et de mauvais traitements, des comportements qui étaient connus, qui ont eu lieu ou qui ont été signalés bien avant l'acte final.
Ces préjudices touchent de manière disproportionnée les femmes autochtones, les femmes noires et les femmes racialisées, les femmes en situation de handicap, les personnes 2ELGBTQI+, les nouvelles arrivantes ainsi que les femmes vivant dans des collectivités rurales et isolées. Trop souvent, leur voix n'est pas entendue et elles n'obtiennent pas justice, car des obstacles systémiques entraînent souvent des retards, limitent l'accès aux mesures de soutien et découragent la participation à un système qui n'a pas été conçu en tenant compte de leur réalité.
Le projet de loi a vu le jour parce que les victimes, les survivantes, les familles et les défenseurs de la cause nous répètent depuis des années la même douloureuse vérité: trop souvent, le système n'a reconnu le danger qu'une fois qu'il était trop tard. Leur courage à se manifester a clairement montré que la violence entre partenaires intimes ne se résume pas à des incidents isolés. Il s'agit d'un préjudice continu, d'un risque croissant et de vies menacées. Le projet de loi ne vise pas seulement à établir les responsabilités après que la violence a eu lieu. Il s'agit de reconnaître le danger plus tôt, de renforcer les protections et de prévenir tout nouveau préjudice avant qu'une autre vie ne soit perdue.
[Français]
Le projet de loi réduit les obstacles qui empêchent les survivants d'être entendus, renforce les protections, améliore l'accès au soutien juridique et permet aux survivants de partager leurs expériences en toute sécurité.
[Traduction]
Ces mesures cadrent parfaitement avec le troisième pilier du Plan d'action national pour mettre fin à la violence fondée sur le sexe, à savoir le « système judiciaire réactif ». Selon ce pilier, la violence fondée sur le sexe est une violation des droits de la personne et, dans de nombreux cas, elle constitue une violation du droit pénal. Il préconise un système de justice qui reconnaît les traumatismes, qui agit tôt, qui tient les délinquants responsables de leurs actes et qui accorde la priorité aux besoins des survivants.
Le plan d'action national est un cadre de dix ans élaboré en collaboration avec les gouvernements provinciaux et territoriaux, ainsi qu'avec les victimes et les survivants. Nous avons alloué 539,3 millions de dollars sur cinq ans pour aider les provinces et les territoires à le mettre en œuvre et à répondre à leurs besoins les plus pressants. De plus, dans notre budget, nous investissons 660,5 millions de dollars pour faire progresser l'égalité des sexes, dont 223 millions de dollars qui serviront à renforcer notre réponse à la violence fondée sur le sexe.
Dans l'ensemble, notre approche à l'égard de la violence fondée sur le sexe doit être exhaustive. Le projet de loi viendrait renforcer ce travail en veillant à ce que le droit pénal place les besoins des survivants au cœur du système judiciaire. De plus, la loi visant à protéger les victimes tient compte d'une vérité que les survivants ne connaissent que trop bien: la violence ne commence pas par un geste isolé. Le contrôle coercitif peut prendre de nombreuses formes qui sont utilisées pour manipuler et susciter la peur: l'isolement, l'intimidation, l'exploitation financière, les menaces à l'égard des animaux de compagnie, les dommages matériels et les menaces d'automutilation.
Le projet de loi reconnaît et criminalise le contrôle coercitif, qui repose fréquemment sur la maltraitance financière.
[Français]
Toutefois, nous savons que la criminalisation à elle seule ne suffit pas. La prévention est également essentielle.
[Traduction]
Souvent, la maltraitance économique est utilisée délibérément pour contrôler autrui par divers moyens: couper l'accès à l'argent, créer des dettes, menacer de ruine financière ou encore empêcher autrui de partir en toute sécurité. C'est un outil de contrôle coercitif puissant, qui prend les femmes au piège et les maintient dans une situation de vulnérabilité. C'est pourquoi les mesures que nous prenons doivent être liées entre elles. En établissant un code de conduite volontaire contre la maltraitance économique, nous travaillerions en étroite collaboration avec les institutions financières et les organismes de lutte contre la violence fondée sur le sexe pour reconnaître la maltraitance économique et intervenir. Ensemble, ces changements refléteraient une meilleure compréhension de la maltraitance et des nombreux moyens employés pour exercer un pouvoir et un contrôle sur une personne.
Le contrôle coercitif est en évolution. Nous l'avons vu. Dans un monde où la technologie peut être utilisée à des fins malveillantes, le projet de loi permettrait de réagir à cette maltraitance profondément personnelle et dénigrante. Le partage non consensuel d'images intimes, y compris les hypertrucages sexuels et les images de personnes presque nues, prive les gens du contrôle sur leur identité. Ces images les suivent partout dans leur milieu, au travail et dans leur famille. On s'en sert pour les intimider, les réduire au silence et les humilier.
Le projet de loi reconnaît également une réalité plus difficile: la forme la plus extrême de violence envers les femmes est rarement soudaine ou isolée. Le projet de loi C‑16 ferait en sorte que les meurtres motivés par la haine, le contrôle coercitif, la violence sexuelle ou l'exploitation sexuelle soient traités comme des meurtres au premier degré au Canada. C'est important, car les féminicides constituent souvent l'aboutissement d'une emprise visible et prolongée. Ce n'est pas une tragédie de nature imprévisible, mais plutôt le résultat d'une absence d'intervention quand il était temps.
Prévenir, c'est être à l'écoute dès les premiers signes. C'est savoir reconnaître le contrôle coercitif dès qu'il se manifeste. C'est comprendre ce que sont réellement la maltraitance financière, l'isolement et l'escalade des menaces. Nos lois et nos institutions doivent être suffisamment solides pour intervenir avant que la violence fondée sur le sexe, dans sa forme la plus dévastatrice, ne touche ces victimes.
Mettre fin à la violence fondée sur le sexe n'est pas seulement une responsabilité morale. Il s'agit aussi d’une condition essentielle pour que chacun puisse vivre, travailler ou contribuer à la société sans crainte. Personne ne peut s'épanouir dans ce pays, bâtir une entreprise ou élever une famille s'il n'est pas en sécurité.
[Français]
Le projet de loi s'inscrit dans un effort coordonné visant à prévenir l'escalade de la violence et à soutenir les survivants.
[Traduction]
Le projet de loi n'est pas abstrait. Ce sont de vraies personnes, de vraies vies, qui sont touchées. Cette mesure législative vise à combler les lacunes qui ont laissé trop de personnes sans protection et à faire en sorte que notre système de justice reflète les préjudices qui, nous le savons, sont bien réels. Elle s'inscrit dans un effort plus vaste visant à mettre fin à la violence fondée sur le sexe.
Je demande à tous les députés de continuer à appuyer le projet de loi , non seulement en tant que choix politique, mais parce que nous avons une responsabilité envers les femmes et les filles dont la vie a été fauchée, celles dont les histoires ont été ignorées et qui n'ont jamais eu la chance de se faire entendre. Ce projet de loi existe grâce à elles, parce qu'elles ont eu le courage de faire entendre leur voix et parce que d'autres ont défendu leurs intérêts quand elles ne pouvaient pas le faire. Leurs vies et leurs expériences nous ont forcés à nous questionner sur ce qui avait échoué, sur ce qui manquait et sur ce qui devait changer.
Ensemble, nous pouvons bâtir un pays où chacun peut vivre en sécurité et dans la dignité, où nos systèmes ne mettent pas des vies en danger et où l'espoir naît de l'action.
:
Monsieur le Président, quand les Canadiens entendent le gouvernement parler du projet de loi , ils pensent sans doute que son objectif principal est de protéger les victimes. Ils entendent une série de propositions: protection des femmes contre la violence, protection des enfants contre l'exploitation, nécessité de freiner la prolifération d'hypertrucages pornographiques, mesures plus sévères contre le contrôle coercitif dans les relations de violence. En entendant une telle liste, la plupart des Canadiens se demanderaient: « Qui pourrait bien s'opposer à cela? » La réponse est simple: personne.
Les conservateurs appuient ces objectifs parce qu'ils estiment que les victimes, les enfants et les familles méritent d'être protégés. C'est là la fonction fondamentale du gouvernement: protéger ses citoyens. Voici le problème qui se pose: le projet de loi , c'est un peu comme si on achetait une maison pour sa belle façade et qu'on découvrait par la suite que ses fondations sont compromises. Le gouvernement attire l'attention des Canadiens sur les parties du projet de loi qui plaisent à tous, en espérant qu'ils ne remarqueront pas celles qui risquent d'en changer entièrement la portée. Enfouie dans ce projet de loi se trouve une pilule empoisonnée qui permettrait aux juges de déroger à pratiquement toutes les peines minimales obligatoires prévues dans le Code criminel.
Premièrement, nous devons comprendre comment nous en sommes arrivés là. Les gouvernements conservateurs qui se sont succédé ont établi des peines minimales obligatoires pour certains des crimes les plus graves prévus au Code criminel. Nous avons pris ces mesures parce que les Canadiens s'attendent à ce que les infractions graves entraînent des conséquences graves. L'exploitation sexuelle des enfants, le trafic d'armes, l'extorsion avec une arme à feu, l'utilisation d'une arme à feu depuis une voiture et la traite des personnes n'étaient pas considérés comme des crimes ordinaires, car les préjudices qu'ils causent sont extraordinaires.
Cependant, depuis 10 ans, le gouvernement libéral affaiblit systématiquement le principe selon lequel les crimes graves doivent entraîner des conséquences graves. Le projet de loi des libéraux, qui a affaibli les lois sur la mise en liberté sous caution, a poussé le système de justice à libérer des délinquants à la première occasion. Le projet de loi des libéraux, quant à lui, a supprimé les peines minimales obligatoires pour une série d'infractions graves, notamment les crimes commis avec une arme à feu et la possession de drogues dangereuses.
À maintes reprises, des policiers, des procureurs, des défenseurs des droits des victimes, des premiers ministres provinciaux et des dirigeants communautaires ont signalé que le gouvernement allait dans la mauvaise direction. À maintes reprises, ces avertissements ont été balayés du revers de la main. Aujourd'hui, les Canadiens en voient les conséquences. Les crimes violents, la traite des personnes et les agressions sexuelles ont tous augmenté de façon spectaculaire. Les réseaux du crime organisé sont devenus plus forts et plus sophistiqués.
Les Canadiens assistent au résultat inévitable d'une philosophie qui considère le châtiment, plutôt que le crime lui-même, comme un problème et qui accorde plus d'importance aux droits des criminels qu'à ceux des victimes. C'est pourquoi le passe-droit pour éviter la prison que prévoit le projet de loi est une pilule empoisonnée que les collectivités canadiennes seront une fois de plus forcées d'avaler. Les libéraux diront que les conservateurs font obstacle à l'adoption de lois sévères, mais je peux assurer aux Canadiens que les conservateurs tiennent le front et se battent pour empêcher les criminels qui commettent des crimes graves de s'en tirer avec une tape sur les doigts.
Pour bien comprendre le projet de loi , il faut mieux comprendre le chemin qui nous a menés à la situation actuelle. Depuis des années, les tribunaux se fient de plus en plus à ce qu'on appelle des « hypothèses raisonnables » lorsqu'ils se penchent sur les peines minimales obligatoires. Au lieu de se concentrer uniquement sur le criminel qui subit un procès, les juges ont de plus en plus considéré des scénarios hypothétiques impliquant des personnes qui n'existent pas et qui n'ont jamais commis les crimes en question.
Cette tendance a atteint son paroxysme avec la décision de la Cour suprême dans l'affaire Senneville. Les faits en cause étaient horribles. L'un des délinquants avait en sa possession 475 fichiers, dont 317 images d'enfants, la plupart âgés de 3 à 6 ans, et bon nombre de celles-ci montraient des actes d'agression sexuelle que je ne peux me résoudre à décrire à la Chambre. Un autre délinquant avait plus de 800 images et vidéos où des enfants d'à peine 5 ans étaient soumis à de l'exploitation et à des abus sexuels. Ce sont des centaines d'images qui documentent les mauvais traitements infligés à des enfants vulnérables.
La plupart des Canadiens seraient portés à croire que le tribunal se pencherait sur ces délinquants et imposerait la peine minimale obligatoire appropriée. Au lieu de cela, la cour a choisi ce moment-là pour remettre en question les peines minimales obligatoires. Les juges ont fondé leurs décisions sur un cas hypothétique où un adolescent fictif enverrait une photo intime fictive à un petit ami fictif ou à une petite amie fictive, et où cette photo fictive serait ensuite transmise à une personne fictive. Le tribunal a fait valoir qu'il craignait que la même peine minimale obligatoire puisse s'appliquer, même si l'affaire dont elle était saisie était bien réelle et très grave. À cause de ce cas hypothétique, la Cour suprême a invalidé les peines minimales obligatoires du Parlement.
Le gouvernement avait alors le choix. Il pouvait modifier la loi pour régler cette question particulière tout en maintenant des peines sévères pour les infractions graves d'exploitation pédosexuelle. À la place, il a plutôt choisi d'exploiter cette décision judiciaire pour créer un passe-droit dans le projet de loi qui permettrait aux criminels d'éviter la prison. Voilà pourquoi les Canadiens doivent regarder de près ce que fait réellement ce projet de loi, et non croire ce que disent les libéraux.
Le gouvernement veut faire croire aux Canadiens que le projet de loi représente une avancée majeure en matière de sécurité publique. Il parle beaucoup des dispositions relatives aux images pornographiques issues d'hypertrucages, au contrôle coercitif et à la violence contre un partenaire intime. Toutes ces mesures visent à rallier des appuis. Cependant, pendant que ces aspects positifs du projet de loi retiennent l'attention, la pilule empoisonnée que les libéraux y ont glissée passe inaperçue. Le gouvernement qualifie cette mesure de mécanisme de dérogation, une expression soigneusement choisie, car elle évoque quelque chose de limité, raisonnable et sans risque. Il insiste sur le fait que ce mécanisme ne sera utilisé que dans des cas exceptionnels. Pourtant, toutes les mesures de sauvegarde réfléchies que les conservateurs ont proposées pour en encadrer l'usage ont été rejetées. Les Canadiens doivent se poser la question: si le gouvernement entendait limiter l'usage de ce mécanisme à des cas rares, pourquoi a-t-il toujours refusé de préciser ce qui constitue un cas rare? Poser la question, c'est y répondre. Le gouvernement présente aux Canadiens un projet de loi qui dissimule en réalité un objectif bien différent.
Cet objectif est apparu encore plus clairement lors des travaux au comité. Les conservateurs ont abordé ce projet de loi de manière constructive, car nous reconnaissons qu'il contient d'excellentes mesures qui méritent d'être préservées. Notre objectif n'est pas de torpiller le projet de loi; notre objectif est de le renforcer et de veiller à ce que les victimes demeurent l'élément central. Nous avons proposé des mesures de sauvegarde qui auraient limité l'accès aux mécanismes de dérogation aux délinquants sans antécédents judiciaires. Nous avons proposé de garantir que les peines ne soient pas réduites à moins de la moitié du minimum obligatoire fixé par le Parlement. Nous avons proposé d'exclure les infractions liées à l'extorsion. Nous avons proposé d'exclure les agressions sexuelles graves. Nous avons proposé d'exclure les infractions sexuelles graves commises contre des enfants. Nous avons proposé d'exclure certains des crimes les plus graves pour lesquels le Parlement a déjà déterminé qu'ils méritaient des peines sévères. Chacun de ces amendements a été rejeté.
Les conservateurs ont également proposé des obligations plus strictes en matière de communication afin que les victimes de violence conjugale et de contrôle coercitif soient informées des décisions de libération concernant les délinquants. Ces amendements ont également été rejetés. L'importance de ces votes ne peut être ignorée. Le gouvernement n'a pas créé par accident un passe-droit excessif qui permet aux criminels d'éviter la prison, il l'a défendu délibérément. Il n'a pas omis les préoccupations soulevées par les conservateurs. Il a examiné ces préoccupations et a voté contre elles. Le résultat est un projet de loi qui évoque avec passion la défense des victimes tout en rejetant systématiquement les mesures qui renforceraient leur protection.
Les conservateurs sont en faveur de mesures plus rigoureuses pour protéger les femmes et les enfants, pour lutter contre les hypertrucages et pour mieux reconnaître les ravages causés par le contrôle coercitif. Ces objectifs sont importants et doivent être soutenus. Malheureusement, la pilule empoisonnée au cœur du projet de loi compromet tout le reste: elle prolonge une approche défaillante à l'origine de la criminalité et du chaos actuels.
À l'heure où la population réclame une plus grande reddition de comptes, le gouvernement permet aux délinquants d'échapper aux conséquences de leurs actes. À l'heure où les victimes demandent à être entendues, le gouvernement offre aux criminels un passe-droit pour éviter la prison. À l'heure où la confiance du public dans le système de justice vacille, le gouvernement demande aux députés d'affaiblir l'un des rares outils capables d'assurer des peines à la hauteur des crimes graves.
Les Canadiens méritent mieux qu'un projet de loi qui dit une chose, mais qui en fait une autre. Ils méritent un système de justice qui accorde la priorité aux victimes, qui soutient les forces de l'ordre, qui protège la population et qui reconnaît que la sécurité publique constitue une responsabilité fondamentale de l'État. Si les libéraux adhèrent véritablement aux objectifs louables du projet de loi, notamment la protection des femmes et des enfants contre les hypertrucages, pourquoi ont-ils insisté pour y glisser une pilule empoisonnée qui permet aux délinquants dangereux d'éviter la prison?
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Monsieur le Président, je prends la parole aujourd'hui pour appuyer fermement le projet de loi , Loi visant à protéger les victimes. Je le fais en tant que femme et en tant que personne qui a passé des années à écouter des femmes, des survivantes et des militantes de première ligne décrire l'écart entre leur réalité et les protections prévues dans nos lois.
À l'âge de 13 ans, j'ai reçu un sifflet contre le viol. C'était un signal discret mais sans équivoque que ma présence dans le monde s'accompagnait d'un risque et que ma sécurité était en fin de compte ma propre responsabilité. Près de 30 ans plus tard, beaucoup de choses ont changé: nous avons une meilleure compréhension de la violence fondée sur le sexe, du pouvoir, du contrôle et des préjudices. Nous parlons plus ouvertement d'expériences que l'on taisait autrefois. Cependant, pour beaucoup trop de femmes et de filles, la violence demeure une réalité quotidienne.
Avant de parler de lois et d'articles du Code criminel, j'aimerais présenter le cas d'une jeune fille dont l'expérience illustre bien l'importance de ce projet de loi. Elle avait 16 ans. Elle pensait être en couple, mais elle ne savait pas encore comment mettre des mots sur le fait qu'elle était sous l'emprise de son petit ami. C'était lui qui décidait à qui elle pouvait parler, où elle pouvait aller, quels vêtements elle devait porter et dans quel délai elle devait répondre à ses messages. Quand elle résistait, il ne lui faisait pas toujours du mal directement. Au lieu de cela, il se montrait violent envers les personnes de son entourage afin de l'intimider et de l'isoler. Même si elle ne pouvait pas fournir de preuves matérielles, elle était très consciente de la peur constante et grandissante qu'elle ressentait. Aucun incident isolé ne justifiait de manière évidente l'intervention des autorités, et il n'existait pas encore de système capable de nommer ce qui lui arrivait, et encore moins d'y mettre un terme. Son histoire n'est pas rare; elle est malheureusement courante.
La violence entre partenaires intimes et la violence fondée sur le sexe ne sont pas des problèmes nouveaux au Canada. Le gouvernement et le sont conscients de cette réalité, et les dispositions du projet de loi comblent une lacune législative dans notre réponse à la violence fondée sur le sexe et à la violence entre partenaires intimes.
Rien qu'en 2024, 187 femmes ont été tuées dans ce pays, soit une femme tous les deux jours. Derrière chaque statistique, il y a une vie fauchée prématurément, une famille brisée inutilement et une communauté bouleversée à jamais. Comme le montre clairement le projet de loi, la violence ne commence pas par un coup de poing ou un acte final de féminicide; elle commence bien plus tôt, par la peur, le contrôle, les menaces, l'isolement, l'humiliation et l'érosion progressive de l'autonomie d'une personne. Depuis bien trop longtemps, le système judiciaire peine à nommer cette réalité, et surtout à y répondre. Les survivantes nous ont répété à maintes reprises que la loi intervient trop tard. Lorsque la violence physique se manifeste, les signes avant-coureurs sont là depuis longtemps. Le système leur demande d'attendre les ecchymoses, les fractures, la tragédie. Ce n'est qu'alors, mais peut-être même pas à ce moment-là, qu'on leur rend justice.
Le projet de loi existe parce que l'attente n'est plus acceptable. Le projet de loi reconnaît que la violence entre partenaires intimes et la violence fondée sur le sexe sont des problèmes systémiques qui exigent des réponses systémiques de la part du gouvernement fédéral. Il reconnaît que la technologie et le monde numérique ont modifié la manière dont les préjudices se produisent, et qu'une justice différée ou refusée traumatise à nouveau les victimes et sape la confiance du public dans notre système judiciaire.
La justice pénale est, bien sûr, une responsabilité partagée. Les provinces doivent doter les tribunaux, les services d'aide aux victimes, les procureurs de la Couronne et la police de ressources adéquates, et le gouvernement fédéral a la responsabilité claire de moderniser et de promulguer des lois pénales, ce qui est précisément l'objet du projet de loi , la Loi visant à protéger les victimes.
Depuis sa présentation, le projet de loi a été étudié attentivement par les membres du comité, qui ont écouté le témoignage de survivants, de militants, de juristes et de membres des forces de l'ordre. Le projet de loi représenterait un de plus vastes remaniements du système de justice pénale canadien en une génération. Malgré sa grande portée, son objectif est limpide: il s'agit d'intervenir plus en amont et plus efficacement ainsi que de protéger les personnes les plus à risque.
Primo, le projet de loi créerait une infraction criminelle à l'égard des comportements contrôlants ou coercitifs envers un partenaire intime. Il s'agit d'un changement déterminant. Le contrôle coercitif dénote en effet le fait que l'agression se manifeste concrètement par la surveillance, l'isolement, la mainmise sur les finances, les menaces et l'intimidation. Grâce à cette mesure, les forces policières et les tribunaux seraient à même d'intervenir avant que la violence devienne mortelle. Nous sauverions ainsi la vie à des femmes.
Secundo, le projet de loi durcirait le traitement juridique des pires formes de violence envers les femmes. Tout meurtre commis dans un contexte de contrôle coercitif, de violence sexuelle, d'exploitation, de traite des personnes ou de haine serait assimilé au meurtre au premier degré. Dans les mêmes circonstances, en cas de verdict d'homicide involontaire, le tribunal serait tenu d'envisager d'infliger, comme pour le meurtre au deuxième degré, l'emprisonnement à perpétuité sans possibilité de mise en liberté conditionnelle. La peine doit refléter la gravité de la violence ancrée dans le pouvoir et la coercition.
Tertio, le projet de loi moderniserait le traitement du harcèlement criminel et de la traque en n'obligeant plus les survivants à prouver leur crainte subjective. Le tribunal devrait plutôt déterminer si le comportement en cause pouvait raisonnablement donner l'impression à quelqu'un d'être en danger. Ce virage adapté aux traumatismes reflète le fait que le harcèlement est de nature cumulative et que l'intervention précoce sauve des vies.
Quatrièmement, le projet de loi mettrait à jour les infractions liées à l'exploitation sexuelle afin qu'elles reflètent le monde numérique dans lequel nous vivons tous. Nous savons que la technologie n'est pas une infrastructure neutre. Elle est de plus en plus utilisée comme un outil pour manipuler, surveiller et blesser les femmes et les personnes de diverses identités de genre. Bien que la distribution non consensuelle d'images intimes soit déjà illégale, ce projet de loi clarifierait la loi et inclurait explicitement les hypertrucages sexuels, ce qui comblerait une lacune que les délinquants exploitent déjà.
Les amendements apportés par le comité renforceraient davantage ces dispositions. Le projet de loi engloberait désormais explicitement un plus large éventail d'images générées par l'intelligence artificielle, ce qui permettrait à la loi de suivre l'évolution rapide des technologies et des réalités des préjudices en ligne. Une violation numérique reste une violation, et la loi doit le dire clairement.
Cinquièmement, le projet de loi renforcerait les mesures de protection pour les enfants, tant hors ligne qu'en ligne. Il élargirait les infractions de leurre d'enfants, criminaliserait l'extorsion sexuelle des enfants, s'attaquerait aux tactiques de conditionnement impliquant du matériel explicite, rétablirait et renforcerait les peines minimales obligatoires pour les infractions sexuelles graves contre les enfants grâce à une disposition de dérogation constitutionnelle et exigerait des plateformes en ligne qu'elles conservent les preuves plus longtemps afin que les délinquants ne puissent pas échapper à leur responsabilité.
Enfin, le projet de loi a été élaboré dans une optique axée sur les victimes et tenant compte des traumatismes. Il renforcerait la Charte canadienne des droits des victimes, améliorerait l'accès à l'information et aux mesures visant à faciliter le témoignage, clarifierait le droit de présenter une déclaration des victimes et moderniserait les procédures afin que les cas graves soient moins susceptibles de s'effondrer en raison de délais.
Ensemble, ces réformes permettraient d'aligner le Code criminel sur la réalité vécue, les technologies modernes et le besoin urgent de prévention. Ce projet de loi s'appuie sur des données factuelles et répond à ce que de nombreux défenseurs réclament depuis des années. Partout au pays, les organismes de défense des femmes ont salué la criminalisation du contrôle coercitif comme une mesure attendue depuis longtemps. Les organisations de première ligne qui travaillent avec les survivantes ont qualifié ce projet de loi d'historique, reconnaissant que les schémas de contrôle sont profondément préjudiciables et que les survivantes méritent des protections juridiques plus solides. Les défenseurs de la protection de l'enfance ont averti que la violence sexuelle en ligne à l'encontre des enfants avait atteint des niveaux sans précédent. Ils ont salué les dispositions de ce projet de loi qui renforceraient la protection des enfants en ligne.
Tout au long de ce débat, de fausses informations ont circulé. Je me permets d'aborder directement quelques-uns de ces mythes. La criminalisation du contrôle coercitif n'est pas une mesure non éprouvée. Elle est le fruit d'années de recherche, de témoignages de survivantes et de contributions d'experts. Elle représente le travail assidu qui a été consacré au projet de loi , parrainé par l'ancienne députée néo-démocrate Laurel Collins, qui a reçu le soutien de tous les partis en comité.
Le gouvernement ne se contenterait pas de criminaliser la diffusion d'images intimes; cette infraction existe déjà. Le projet de loi préciserait qu'il inclut les hypertrucages à caractère sexuel, ce qui comblerait une lacune qu'exploitent déjà les délinquants.
De plus, le projet de loi protégerait les enfants en ligne. Il élargirait la portée des infractions liées au leurre d'enfants et à la sextorsion. J'ai deux jeunes enfants, et je sais à quel point ce changement serait important. Ces mesures ne sont pas symboliques. Elles sont ciblées, applicables et urgentes.
Le projet de loi est un pilier essentiel de notre réponse à la violence fondée sur le sexe, mais il ne constitue pas la solution complète. Une loi ne peut pas, à elle seule, changer une culture. Elle ne peut pas offrir un refuge à une femme qui fuit la violence. Elle ne peut pas assurer le fonctionnement d'une ligne d'écoute téléphonique à 3 heures du matin. Elle ne peut pas remplacer la confiance établie par les travailleurs de première ligne qui accompagnent les survivantes au quotidien. Ce travail crucial est accompli par les formidables organismes de première ligne partout au pays.
Le projet de loi doit s'inscrire dans la continuité des investissements fédéraux dans les refuges pour femmes, les logements de transition, l'aide juridique, le counseling relatif aux traumatismes et les programmes de prévention. Ce travail doit aller de pair avec le Plan d'action national pour mettre fin à la violence fondée sur le sexe, en collaboration avec les partenaires provinciaux et territoriaux, les nations autochtones et les organisations locales. Pour mettre fin à la violence fondée sur le sexe, il faut changer en profondeur notre manière de concevoir le pouvoir, la culture du « tout m'est dû », la masculinité et le contrôle.
Le projet de loi est le fruit de plusieurs années de militantisme, de conversations difficiles et de courage, en particulier de la part des survivants qui ont pris la parole alors qu'il était extrêmement difficile de le faire. Le projet de loi permettrait de reconnaître les préjudices en amont afin qu'on puisse intervenir plus rapidement. Il traiterait les victimes avec dignité, et il moderniserait notre système de justice pour qu'il tienne compte des réalités auxquelles la population canadienne fait face aujourd'hui.
Ces changements auraient peut-être changé la donne pour le garçon de 13 ans à qui l'on a donné un sifflet au lieu d'une protection et pour le jeune de 16 ans incapable d'identifier la pression exercée sur lui. Ils feraient la différence pour les femmes qui ont vécu dans le silence et pour tous les enfants qui méritent d'être en sécurité.
J'exhorte tous les députés à appuyer le projet de loi , Loi visant à protéger les victimes, et à poursuivre au-delà de l'enceinte le travail que notre pays mérite et exige.
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Monsieur le Président, c'est un honneur pour moi de prendre la parole dans le cadre de ce débat très important sur le projet de loi des libéraux, c'est-à-dire le projet de loi , qui s'inscrit dans le contexte de statistiques assez alarmantes concernant les crimes violents au pays au cours des 10 dernières années. Par exemple, les agressions sexuelles ont augmenté de 76 % et les crimes violents, de 55 %. Ces chiffres font suite à 10 années du gouvernement de Stephen Harper, durant lesquelles on avait constaté une baisse de 26 % des crimes violents. Cependant, au cours des 10 dernières années de gouvernement libéral, on a enregistré une hausse de 55 % des crimes violents signalés. Les infractions sexuelles contre les enfants au cours de cette décennie ont également augmenté de bien plus de 100 %. La traite des personnes a augmenté de plus de 84 %, de sorte que ce projet de loi arrive à un moment très grave en ce qui concerne les crimes violents contre les femmes, les enfants et les personnes les plus vulnérables au Canada.
C'est donc un grand honneur pour moi de participer à ce débat et, pour être franche, ce projet de loi contient un certain nombre de mesures que nous soutenons, notamment des propositions que les conservateurs de ce côté-ci de la Chambre ont présentées et défendues ces dernières années. Si nous nous réjouissons de voir ces mesures intégrées dans ce projet de loi, nous avons toutefois d'autres préoccupations, sur lesquelles je reviendrai dans un instant.
Par exemple, il y a le projet de loi du député conservateur de , le ministre de notre cabinet fantôme en matière de sécurité publique. Ce projet de loi, qui est actuellement à l'étude au Sénat, ferait en sorte que le meurtre d'un partenaire intime soit traité comme un meurtre au premier degré. En fait, cela s'inscrit dans la continuité d'un projet de loi présenté au Sénat il y a environ quatre ans, que j'ai contribué à défendre, et qui était parrainé par l'ancien sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu, champion de renommée nationale de la lutte contre la violence faite aux femmes. C'est formidable de voir que cet aspect a été intégré dans le projet de loi à l'étude. Je m'en réjouis.
Le projet de loi de la députée conservatrice de visait à interdire les hypertrucages mettant en scène des partenaires intimes afin de protéger les Canadiens, en particulier les femmes, contre la création et la distribution non consensuelles d'images intimes. Le projet de loi comprend aussi des dispositions de ce projet de loi qui visent à rendre obligatoire le signalement de tout matériel montrant l'exploitation sexuelle d'enfants. On a donc repris cette mesure également.
Le projet de loi prévoit un certain nombre de mesures que nous avons défendues et nous nous en réjouissons. En outre, il actualiserait les obligations de signalement concernant les contenus liés à l’exploitation d'enfants, mais il érigerait également en infraction les comportements coercitifs ou dominateurs au sein des relations intimes, ce que nous soutenons. J’ai siégé au comité de la condition féminine, à qui l'on dit depuis longtemps qu'une intervention très précoce est nécessaire dans ces cas. Je me réjouis donc de voir cette disposition figurer dans le projet de loi.
Il y a toutefois une disposition très controversée dont nous devons discuter. Il s'agit de l'article 63 inscrit dans le projet de loi par les libéraux. Cet article fait en sorte qu'il nous est très difficile d'appuyer le projet de loi. Malgré tout le travail de qualité que nous avons accompli et qui s'y reflète, l'article 63 constitue une limite que nous ne pouvons franchir. Il s'agit de ce que le a qualifié de mécanismes de dérogation pour les peines minimales obligatoires. Cela met vraiment en évidence la tendance à l'activisme judiciaire qui prévaut au pays et les concessions que le gouvernement libéral est prêt à faire à cet égard, et cela porterait atteinte au rôle du Parlement dans l'établissement de la politique en matière de détermination de la peine.
Au bout du compte, ces mécanismes permettraient aux tribunaux d'imposer des peines inférieures aux peines minimales obligatoires fixées par la Chambre. Ils donneraient au juge le pouvoir discrétionnaire de déterminer qu'une peine devrait être inférieure à la peine minimale obligatoire dans des circonstances où il considérerait que cette peine constituerait une peine cruelle et inusitée. Cela peut sembler être un critère assez élevé, mais des affaires judiciaires récentes m'amènent à me demander si nous devrions laisser aux juges le pouvoir discrétionnaire de déterminer quelles situations répondent exactement à ce critère.
Le gouvernement libéral a d'ailleurs établi un lien entre cette disposition et un arrêt récent de la Cour suprême qui me semble avoir profondément ébranlé le pays. Pour ma part, lorsqu'il a été annoncé, j'ai eu la nausée. Je parle de l'arrêt Québec (Procureur général) c Senneville, l'automne passé. Pour le bénéfice des personnes qui ne connaissent pas nécessairement cette décision, je rappelle que la Cour suprême du Canada a conclu qu'une peine minimale obligatoire de 1 an pour possession de matériel de pédopornographie ou accès à un tel matériel est inconstitutionnelle. La Cour suprême du Canada, l'autorité judiciaire ultime au pays, a conclu qu'une peine minimale de 1 an d'emprisonnement obligatoire serait inconstitutionnelle dans certains scénarios hypothétiques extrêmes de possession de pédopornographie ou d'accès à celle-ci. En l'occurrence, les 2 délinquants possédaient respectivement 475 et 805 fichiers pédopornographiques, qui montraient principalement des fillettes de 3 à 6 ans en train de subir des agressions sexuelles d'une horreur inouïe.
Au cours de son analyse, la Cour suprême a expliqué que peut-être pas dans le scénario en cause, mais dans un autre scénario potentiel où quelqu'un de 17 ans aurait envoyé une image intime à quelqu'un de 18 ans, si la personne de 18 ans avait partagé cette image et qu'elle était un jour inculpée par la police, puis poursuivie en justice au fil des instances successives, alors dans ce scénario hypothétique, une peine minimale obligatoire constituerait éventuellement une peine cruelle et inusitée.
Voilà pourquoi il n'y a plus de peine minimale d'un an. C'est à cause de cet arrêt. Les libéraux ont donc présenté le projet de loi en disant qu'il remédie à la situation, puisqu'il permet essentiellement aux juges de se soustraire à l'obligation. J'imagine que c'est ce qu'ils autorisent. Pour notre part, nous aurions invoqué la disposition de dérogation relativement à cet arrêt et nous aurions été très fiers de le faire.
Un certain nombre d'autres décisions rendues au cours des dernières années nous ont amenés à remettre en question la moralité et, une fois de plus, l'activisme judiciaire qui existent dans ce pays. Par exemple, il y a deux ans, dans l'affaire R. c Bertrand Marchand, la Cour suprême a statué qu'une peine minimale obligatoire d'un an pour le leurre d'enfants était une peine cruelle et inusitée. Dans l'affaire R. c Hills, elle a invalidé la peine minimale obligatoire de quatre ans pour la décharge d'une arme à feu avec insouciance. Dans bien des cas, les crimes pour lesquels la Cour suprême a invalidé la peine minimale obligatoire sont des crimes vraiment dangereux et vraiment horribles. Le pire, c'est que dans l'affaire R. c Bissonnette, qui concerne l'homme qui a ouvert le feu et tué six personnes dans une mosquée, le tribunal a décidé qu'il était inconstitutionnel d'imposer des peines d'emprisonnement à perpétuité consécutives à des meurtriers comme lui. Je suis en profond désaccord avec toutes ces décisions.
L'article 63 du projet de loi donne davantage de marge de manœuvre aux juges, même si le Parlement a jugé certaines infractions si graves qu'elles exigeaient des peines d'emprisonnement minimales obligatoires, comme dans le cas de la pédopornographie. J'ai du mal à comprendre cela quand je pense à certains des pires exemples qu'on a vus. Il ne se passe pas une semaine sans qu'un juge prenne la décision ridicule de mettre quelqu'un en liberté sous caution malgré ses 50 crimes violents, dont des agressions sexuelles, des introductions par effraction et des agressions violentes. Les juges acceptent encore et encore de mettre ces individus en liberté sous caution. On impose des peines légères pour des agressions sexuelles. On voit cela tout le temps.
Au lieu de redoubler d'efforts et de faire valoir nos droits parlementaires, le gouvernement instaurerait une « soupape de sécurité », selon les propos du , qui permettrait aux juges d'exercer leur pouvoir discrétionnaire dans le cadre des peines minimales obligatoires. Nous ne pouvons pas appuyer cela. Je vais donner un seul exemple: l'agression sexuelle grave. Le Code criminel définit l'agression sexuelle grave dans les termes suivants. Il y a agression sexuelle grave lorsque la personne qui est agressée sexuellement est blessée, mutilée, défigurée, battue ou en danger de mort. À l'heure actuelle, si cet acte est commis sous la menace d'une arme à feu, l'agresseur est passible d'une peine minimale obligatoire de quatre ans, ce qui, très franchement, me semble tout à fait insuffisant, mais c'est ainsi. Au moins, il y en a une. Pourquoi les libéraux ont-ils voté contre notre amendement en comité visant à garantir que cette disposition ne fasse pas partie de cette soupape de sécurité? Ils le permettent pour la trahison et le meurtre, mais pas pour l'agression sexuelle grave commise avec une arme à feu?
Qu'en est-il de l'exploitation pédosexuelle? Nous avons également proposé d'exclure ce genre d'infractions, de les placer dans la même catégorie que la trahison et le meurtre afin qu'elles ne soient pas visées par le mécanisme de dérogation. Cette proposition a elle aussi été rejetée. Nous avons travaillé de bonne foi au comité pour maintenir les peines minimales obligatoires, mais nos amendements ont été rejetés. J'aimerais que les députés libéraux nous expliquent dans quelles circonstances ils estiment qu'il serait moralement acceptable pour un juge d'imposer une peine de moins de quatre ans pour une agression sexuelle grave commise avec une arme à feu. S'ils n'ont pas de réponse, pourquoi n'ont‑ils pas appuyé notre amendement?
C'est tellement frustrant. Ce projet de loi renferme des mesures pour lesquelles nous nous sommes battus bec et ongles. Je suis ici depuis près de sept ans. Pendant tout ce temps, nous nous sommes battus pour obtenir une plus grande justice pour les femmes, les enfants et les victimes d'agression sexuelle, ainsi que des peines plus sévères et la prison plutôt que la mise en liberté sous caution pour les récidivistes violents. Les libéraux se posent aujourd'hui en défenseurs de grands principes, tout en donnant aux juges plus de latitude pour imposer des peines moins sévères pour les agressions sexuelles graves commises avec une arme à feu. Je ne peux pas me rallier à cette idée. C'est très perturbant.
Je pense que c'est évident: je suis frustrée, parce que ce projet de loi contient des éléments que nous aimerions appuyer. Nous avons multiplié les démarches afin de faire retirer ce mécanisme et de garantir le maintien de ces protections en faveur des victimes dans le Code criminel. Nos propositions ont été rejetées. C'est très décevant, mais, malheureusement, ce n'est pas surprenant.