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Monsieur le Président, c'est toujours un plaisir de vous voir au fauteuil. Aujourd'hui, je m'exprime sur le projet de loi ayant pour sujet « Bâtir maisons Canada ».
Ce n'est pas dans la nature du Bloc québécois d'accepter la création de sociétés d'État fédérales qui jouent dans les plates-bandes des compétences québécoises. Je rappellerai à tous les députés ici présents que le logement est compétence du Québec. Par contre, il y a des contexte, et le contexte actuel est extrêmement grave.
La crise du logement qui sévit depuis longtemps est épouvantable. Il y a une inflation atroce qui fait que les gens peinent à se loger et doivent assez souvent ou même régulièrement couper dans les dépenses ailleurs. Donc, la crise est importante. C'est le premier facteur. Le deuxième facteur, c'est que le gouvernement fédéral a finalement, en bout de piste, une entente avec le gouvernement du Québec. Ça, ça entre dans les facteurs qui peuvent faire que le Bloc québécois va accepter des choses comme ça.
Il s'agit d'une entente qui stipule très clairement le respect des compétences du Québec, de ses priorités, du cadre législatif québécois ainsi que du Cadre de politique d'investissement de Maisons Canada.
Il y a une entente, il y a un besoin urgent et des sommes sont disponibles. On parle quand même de 1 milliard de dollars. Nous ne pouvons pas, en toute conscience, dire que nous n'en voulons pas, sous prétexte que nous suivrons une ligne de conduite générale. Il y a ici un contexte qui nous permet d'approuver ce projet de loi, comme nous l'avons fait à l'étape de la deuxième lecture.
À l'étape de la deuxième lecture, mon collègue de avait fait une citation intéressante. J'aime citer cet homme qui est à la fois brillant, intelligent et humble. Mon collègue avait salué le fait que le gouvernement et le ministre donnent un coup de barre pour accélérer les efforts en ce qui a trait à la question du logement abordable; ce que je fais également.
Nous saluons donc l'effort et l'investissement, et nous allons appuyer ce projet de loi, parce qu'il faut qu'il se passe quelque chose en matière de logement, particulièrement en matière de logement abordable. Cela dit, il y a des bémols dans tout ça. Le logement abordable n'est pas du logement social. Maisons Canada insiste beaucoup sur le logement abordable. On crée une structure qui viendra inévitablement empiéter sur les compétences et on lui donne de très grands pouvoirs. Entre autres, on lui donne le pouvoir de devenir actionnaire ou partenaire d'entreprises privées engagées dans le logement abordable. Nous avons des inquiétudes à cet égard, et je me dois de l'exprimer à la Chambre. Qu'est-ce que ça va donner à long terme? C'est un peu comme l'entente actuelle avec le Québec. Elle existe, mais combien de temps durera-t-elle? Sera-t-elle renouvelée et respectera-t-elle encore les compétences du Québec?
Malheureusement, l'histoire canadienne nous a appris que le fédéral peine généralement à respecter les compétences du Québec. Nous sommes donc sur nos gardes. Toute cette mise en contexte visait à exprimer ce fait.
Il faut qu'il se passe quelque chose en matière de logement, c'est inévitable. Le milliard de dollars qui va être envoyé au Québec créera, je l'espère, un apaisement général, à condition que cette structure soit efficace.
Parlant d'efficacité et de structures, j'aimerais maintenant parler de la Société canadienne d'hypothèques et de logement, qui existe déjà. Dans son mandat, il y a le financement, la création de programmes, le soutien ainsi que la structuration et la validation de projets d'habitation de ce type.
Pourquoi créer une nouvelle structure? C'est une question que nous avons soulevée et que je soulève encore aujourd'hui, puisque nous n'avons pas vraiment eu de réponse. On me parlait d'agilité, mais c'est peut-être parce qu'on voulait créer quelque chose. Les gouvernements aiment se dire qu'ils ont créé une structure ou une autre. Souvent, ils créent des patentes et écrivent trois ou quatre fois le mot « Canada », et ils sont contents de le dire.
Dans ce cas-ci, il s'agit de Maisons Canada. Or, cette logique ne tient pas la route, puisque, dans SCHL, le « C » signifie déjà « canadienne »; il s'agit de la Société canadienne d'hypothèques et de logement. Il ne s'agit donc pas d'afficher davantage le nom du Canada. On se demande pourquoi on veut créer une nouvelle structure qui intervient dans les mêmes champs d'action.
Surtout, ça risque de vider la Société canadienne d'hypothèques et de logement d'une grande partie de sa substance en matière de financement et de programmes. On nous annonce que les enveloppes actuelles et les annonces déjà faites seront respectées. En toute honnêteté, je me dois de saluer ce fait, puisqu'on ne met pas fin à des programmes en cours de route. Cependant, ça signifie que ces programmes vont disparaître lorsque les sommes seront épuisées, ce qui soulève quand même des craintes. Je pense notamment à l'Initiative pour la création rapide de logements, qui fonctionne bien. Qu'on en profite bien, car ce n'est pas tous les jours qu'on entend un député du Bloc québécois dire qu'un programme fonctionne bien. Si nous le disons, c'est parce que ça doit être vrai. Dans ce cas, pourquoi mettre fin au programme? Tout ça fait partie de nos inquiétudes.
Cette nouvelle structure soulève des préoccupations non seulement pour les députés du Bloc québécois, mais aussi pour les organismes communautaires, notamment le Front d'action populaire en réaménagement urbain.
Parce que Maisons Canada aura le droit de devenir actionnaire ou partenaire dans des projets d'habitation, ça soulève une crainte chez ses membres. Ils ont dit: « Le chat sort du sac. Après avoir promis de construire des logements abordables avec Maisons Canada, la nouvelle stratégie du gouvernement [...] commence à se clarifier. Maisons Canada sera une banque d'investissements rien de moins. » Ces propos ont été rapportés par mon estimé collègue de . Ça résume bien la situation.
On comprendra que nous serons sur nos gardes et nous assurerons notre travail d'opposition constructive en surveillant le travail de cette structure et en veillant à ce qu'on ne se mette pas à ne pas respecter les compétences du Québec ni à ratisser trop large. Ratisser trop large, c'est la tendance générale de ce gouvernement fédéral qui a beaucoup trop d'argent relativement à ses responsabilités et qui trouve le moyen quand même de faire des déficits records et d'avoir des dettes stratosphériques. Il faut le surveiller parce qu'il va prendre toute la place qu'il peut.
Je répète que la compétence en logement appartient au gouvernement du Québec. Je vais citer le premier ministre du Québec Daniel Johnson. Ce n'est pas d'hier, c'était en 1967. Je n'étais pas encore né, mais ça s'en venait.
Le Québec considère que les secteurs suivants relèvent de sa compétence exclusive: la culture, l'éducation des adultes, la recherche universitaire, les programmes de formation des métiers, de formation en coopération avec l'industrie et de formation des sans-travail, le développement urbain et le domaine de l'habitation, la structure municipale, les pouvoirs des municipalités et l'aménagement du territoire.
Ça résume assez bien ce que je viens d'exprimer et, comme je le dis, ce n'est pas d'hier. Je n'étais pas encore né et je ne suis quand même pas si jeune que ça. Je ne suis pas vieux, mais pas si jeune.
Il y aurait un rôle pour le fédéral si tout le monde ici s'efforçait de respecter la Constitution, ce qui est assez ironique. J'entends un député me dire qu'il est d'accord. Il va peut-être être moins d'accord sur le reste de ma phrase, mais ça va être amusant. Nous sommes à peu près les seuls à vouloir respecter ça, ici. C'est drôle parce que nous sommes les seuls qui n'avons pas signé le contrat. On se rappellera tous que ça s'est fait dans notre dos la nuit. C'est quand même assez scandaleux comme affaire. Je pense que j'ai réussi à susciter un questionnement chez un de mes collègues. Me voilà bien fier de mon coup.
Le rôle du fédéral, à l'origine, c'était censé être de transférer de l'argent dans ces compétences parce qu'il avait tous les pouvoirs de taxation. Avec le temps, on a essayé d'équilibrer la situation, mais ça ne compense pas le manque. Voici tout le problème de la structure canadienne fédérale, qui est non pas une confédération, mais bien une fédération. Ça, c'est une autre arnaque de l'histoire. On a trop de pouvoir et on a trop d'argent pour les responsabilités qu'on a, et on a tendance à dire qu'on veut en profiter et avoir du mérite auprès de la population. On veut faire des annonces en se plaçant au soleil sur un balcon, les cheveux dans le vent. C'est une phrase que j'utilise souvent, mais l'image parle d'elle-même. On veut dire aux Canadiens et aux Canadiennes qu'on est généreux et qu'on va donner un certain nombre de milliards de dollars. On obtient ainsi du crédit et on se dit que ça pourrait attirer des votes. J'imagine que c'est ça, le raisonnement.
Cependant, ce serait bien qu'on respecte le contrat qui a été conclu dans notre dos. Au Bloc québécois, nous avons la classe de dire que nous sommes pris là-dedans et que nous allons respecter les règles en attendant chacun sait quoi. Je n'apprendrai à personne que notre objectif, ce n'est pas de rester ici. Notre objectif, c'est que l'État du Québec prenne ses pleins pouvoirs et gère ses responsabilités.
Je vais prendre l'exemple de Maisons Canada. Nous disons aujourd'hui que, oui, nous allons le prendre, le milliard de dollars. Nous en avons besoin, car la crise est urgente. Il y a une entente avec le gouvernement du Québec stipulant que les choix vont être faits par le gouvernement du Québec selon ses compétences et ses priorités. Nous sommes d'accord.
Cependant, si on prend un pas de recul, 1 milliard de dollars sur 6 milliards de dollars, ça représente 16,6 % du montant alloué par le Canada à Maisons Canada, mais les Québécois représentent autour de 22 % de la population. Ça veut dire que la part que les Québécoises et les Québécois paient, c'est 22 %, mais qu'ils vont recevoir une part de 16,6 %. Je sais que je vais avoir des questions de la part des députés du gouvernement, qui vont me dire que nous sommes bien ingrats et que nous devrions nous réjouir et arrêter de chialer. J'aimerais qu'ils réfléchissent à ces montants.
Je suis sûr que les milliers de personnes qui nous écoutent trouvent que c'est vrai que ça n'a pas de bon sens. Si le Québec contrôlait tous ses leviers économiques, on aurait beaucoup plus d'argent à mettre dans le logement. On serait plus efficace aussi parce qu'on serait plus proche de la population.
Quand on dit que c'est une compétence du Québec, c'est parce que les gouvernements des provinces et celui du Québec sont des gouvernements de proximité, plus près de la population et mieux placés pour offrir des services. Les municipalités sont encore plus près du monde. C'est en partenariat avec le monde municipal que ça doit se faire. Qui de mieux placé que les élus des municipalités pour savoir quels sont les besoins dans leur communauté, s'ils font le moindrement leur travail adéquatement et qu'ils sont en contact avec leur population? Quand le grand Canada arrive avec ses grosses bottes et impose ses priorités, nous devons toujours insister pour qu'il y ait un respect des compétences. C'est pour ça que nous émettons toujours des craintes. J'espère qu'il y a des gens qui écoutent. Je pense que le secrétaire parlementaire écoute attentivement. Je suis très content, parce que je sais qu'il va probablement aller dire à son caucus que ce que le gars de Berthier—Maskinongé disait a bien de l'allure et que son gouvernement devrait être vigilant. C'est du moins ce que j'espère, parce que ces priorités régionales doivent aussi être présentes au Manitoba.
Le rôle du fédéral serait tout simplement de transférer ces sommes-là. Comme il n'a pas assez de mérite, il crée des structures. C'est important d'avoir une entente avec le Québec. Toutefois, c'est déplorable de constater que chaque fois qu'on parle de logement, et c'est aussi vrai pour beaucoup d'autres secteurs, mais en particulier pour le logement, les délais s'allongent. Je me rappelle que mon ex-collègue Denis Trudel, que je peux nommer aujourd'hui parce qu'il n'est malheureusement plus parmi nous, avait longtemps décrié cette situation en tant que porte-parole en matière de logement. Je pense que, la dernière fois, ça avait pris quatre ans avant qu'une entente soit conclue avec le Québec, alors que les autres provinces avaient déjà reçu de l'argent. Je peux me tromper sur le nombre d'années, mais ça se situe dans ces eaux.
Cela a pris presque deux ans pour le Fonds canadien pour les infrastructures liées au logement. Les sommes générales ont été débloquées, mais il faut ensuite faire des ententes. C'est fâchant, fatigant et décourageant de constater qu'à la suite d'une annonce fédérale, des ententes sont conclues après quelques mois avec d'autres provinces, mais pas avec le Québec. Pourquoi? C'est parce que le fédéral veut mettre ses gros orteils partout et que ça ne dérange pas les Canadiens des autres provinces. Eux, leur gouvernement est le gouvernement fédéral. Ça ne dérange pas les gouvernements des provinces, car ils ont beaucoup moins de responsabilités que le gouvernement du Québec. J'invite les gens des autres provinces qui pourraient être à l'écoute à essayer de regarder la structure administrative et le tissu social et économique du Québec. On verra que le pays du Québec existe déjà. Je dis souvent ça et on pense parfois que je fais des blagues, mais je le pense pour vrai. Les municipalités régionales de comté, ou MRC, n'existent pas ailleurs. C'est un regroupement de municipalités pour qu'il y ait une meilleure cohésion régionale.
Je vais donner un exemple anecdotique à propos du redécoupage électoral. Dans la circonscription de Berthier—Maskinongé, le territoire comptait déjà trois MRC et une ville. J'avais expliqué au commissaire que je voulais bien représenter les gens de Saint-Sulpice, que je salue d'ailleurs et que je suis très heureux de représenter, mais que, pour des raisons de cohésion territoriale, il vaudrait peut-être mieux me donner une portion plus importante, comme la Matawinie, que je partageais déjà avec mon estimé collègue de . Quand j'ai expliqué ça au commissaire, il m'a dit que ça avait de l'allure. Quand je lui ai demandé s'il avait des questions, il m'a répondu que non, que tout était très clair, que je soulignais un bon point et qu'il allait regarder ça. En recevant la carte un mois plus tard, j'ai constaté qu'il ne m'avait pas écouté. Ce n'est pas grave: Saint‑Sulpice est un coin magnifique, j'ai appris à connaître plein de gens là-bas et je suis très fier de les représenter. Toutefois, ça démontre le fait que le Canada se fout complètement des MRC. Ce n'est pas dans ses structures. C'est la réalité du Québec.
En ce qui concerne l'aide aux entreprises, nous essayons d'expliquer aux gens des autres provinces que le Québec a un tissu économique différent du reste du Canada. Au Québec, on a une concentration très importante de petites et moyennes entreprises qui ont besoin d'un soutien plus ciblé, y compris notamment la fameuse subvention salariale.
La subvention salariale, c'est comme les pensions de vieillesse pour les personnes âgées de 65 à 74 ans. Nous ne lâcherons pas. Je sais que certains sont parfois tannés de nous entendre parler de cela, mais nous ne cesserons pas de le faire, parce que ce sont des causes justes que nous défendons. Les subventions salariales servent à préserver le lien d'emploi entre les entreprises et les employés. Quant à la pension de vieillesse pour les personnes âgées de 65 à 74 ans, elle vise à assurer l'équité entre les aînés afin qu'il n'existe pas différentes classes d'aînés selon l'âge. C'est de la discrimination fondée sur l'âge.
Il s'agit d'une promesse électorale et d'une mesure en matière de logement. Nous voulons collaborer, mais nous mettons le gouvernement en garde. Nous lui demandons de respecter les engagements qu'il prend. Je n'aimerais pas avoir à repartir en guerre dans trois ans, lorsque l'entente sera terminée, parce que Maisons Canada voudra étendre ses tentacules dans les champs de compétence du Québec. Deux ans pour conclure une entente, ce sont des délais importants. Nous ne voulons pas qu'il y ait de délais supplémentaires. Certains pensent parfois que nous sommes ici pour tout bloquer ou pour démontrer que rien ne fonctionne. Pourtant, nous ne faisons souvent que constater que ça ne fonctionne pas très souvent.
J'aimerais, lors du prochain déblocage de fonds fédéraux, qu'il y ait moins de taponnage, qu'on respecte plus rapidement les demandes du Québec en fonction de sa spécificité et qu'on n'essaie pas d'imposer les conditions fédérales par-dessus le tissu économique, social et politique du Québec.
C'est une main que je tends au secrétaire parlementaire. Je présume qu'il la reçoit chaleureusement et qu'il entend le message que je lance aujourd'hui. J'ai bien hâte de voir quel genre de question il va me poser.
Cela dit, nous sommes indépendantistes. Je sais que certains n'aiment pas quand je parle de ça, mais, moi, j'aime ça et c'est mon travail. Je mentionnais tantôt que le milliard de dollars injecté dans Maisons Canada, nous allons le prendre puisque nous travaillons de façon constructive ici, en attendant l'indépendance du Québec. J'ai fait remarquer aux députés de la Chambre que cela représente 16,6 % de la somme totale investie par le Canada dans Maisons Canada. Le Québec représente environ 22 % de la population. Encore une fois, nous n'obtenons pas la totalité des sommes qui devraient nous revenir. Nous allons les prendre avec joie et tenter de faire fonctionner cela, mais il en manque un peu.
Mon argumentaire indépendantiste demeure. Nous n'aurions pas eu à attendre deux ans avant qu'une politique puisse être mise en place si nous n'avions pas eu à négocier avec un gouvernement fédéral qui comprend mal la réalité du Québec et qui veut imposer ses propres règles et sa façon de faire.
Voilà l'essentiel de mon discours aujourd'hui. Je remercie mes collègues de leur attention et j'attends leurs questions avec beaucoup d'impatience.
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Madame la Présidente, je partagerai mon temps de parole avec la députée de .
Je prends la parole aujourd'hui au nom des habitants de Vancouver‑Est et de millions de Canadiens, qui posent une question très simple. Dans un des pays les plus riches du monde, pourquoi est-il de plus en plus difficile, et non plus facile, de se payer un logement?
Quelle belle occasion de faire la bonne chose et de construire des logements vraiment abordables, une fois pour toutes. Le gouvernement a une chance de montrer qu'il assume ses responsabilités en s'attaquant enfin à la crise liée à la hausse incontrôlée des coûts du logement, mais il ne fait que du rafistolage. Derrière le battage médiatique et les beaux discours du en faveur de redonner au gouvernement fédéral un rôle direct dans la construction rapide et à grande échelle de logements afin de résoudre la crise du logement, il n'y a rien de plus qu'une intervention remaniée d'un gouvernement qui réserve la majeure partie de son financement au secteur privé.
Dans la mise à jour économique du printemps, le a promis aux Canadiens qu'il construirait plus de logements plus rapidement pour résoudre la crise du logement, mais au lieu d'investir dans des projets de logements communautaires subventionnés, le plan consiste à verser plus de 93 milliards de dollars, soit les deux tiers des 140 milliards de dollars pour les mesures en matière de logement, à des promoteurs immobiliers sous forme de traitement spécial et de prêts à faible taux d'intérêt assortis d'exigences d'abordabilité minimales pour aider les Canadiens. Seulement le tiers, soit moins de 10 milliards de dollars par année sur cinq ans, serait consacré directement à la construction de logements.
Les libéraux continuent de compter sur le secteur privé pour résoudre la crise du logement, et ce n'est pas la première fois. Cette méthode n'a pas fonctionné il y a 30 ans, et elle ne fonctionnera pas aujourd'hui ni demain. Le projet de loi ne contient aucune cible en matière d'abordabilité ou d'approvisionnement, aucun point de référence pour le rendement et aucune exigence en matière de rapports réguliers, à l'exception d'examens législatifs peu fréquents. À ce jour, le gouvernement n'a annoncé que six sites qui répondraient aux critères d'abordabilité. Sans exigences contraignantes, rien ne garantit qu'il en sera ainsi pour des projets futurs. Ce manque d'ambition est particulièrement préoccupant étant donné que les dépenses fédérales dans le logement devraient diminuer de 56 % d'ici 2028‑2029.
Le financement des programmes d'abordabilité arrive à échéance, et la Société canadienne d'hypothèques et de logement subira des coupes de 860 millions de dollars par année, selon la directrice parlementaire du budget. De plus, si le gouvernement ne renouvelle pas les subventions d'aide au logement qui arrivent à échéance, jusqu'à 300 000 logements sociaux et dans des coopératives déjà construits pourraient être perdus.
Miloon Kothari, ancien rapporteur spécial des Nations unies sur le logement, s'est rendu au Canada en 2007 dans le cadre d'une mission d'information à l'échelle nationale, et il a rédigé un rapport contenant des recommandations. Depuis, tous les gouvernements, conservateurs comme libéraux, ont fait fi de ses conseils. Le rapport préconisait la construction d'un éventail complet de logements, dont des logements abordables hors marché à grande échelle, pour forcer le marché à proposer des prix plus raisonnables.
Or, qu'est-ce que nous observons aujourd'hui, plus de 30 ans après? Pourquoi les aînés sont-ils victimes de rénovictions et chassés des collectivités qu'ils ont contribué à bâtir? Pourquoi les jeunes qui travaillent à temps plein n'ont-ils toujours pas les moyens de payer leur loyer? Pourquoi les familles doivent-elles choisir entre payer leur loyer et mettre du pain sur la table? Pourquoi cette crise de l'abordabilité dure-t-elle depuis si longtemps?
Ce n'est pas le fruit du hasard. C'est le résultat de décennies de choix politiques qui ont permis que, au Canada, le logement devienne un moyen de s'enrichir au lieu d'être un besoin humain. Pendant la campagne électorale, les libéraux ont dit qu'ils allaient intervenir de manière radicale pour faire bâtir des logements abordables. En réalité, ce que nous avons, c'est un programme axé principalement sur les incitatifs du marché. L'histoire nous a montré que le gouvernement peut construire des logements véritablement abordables, des logements sociaux et des coopératives d'habitation avec des organismes sans but lucratif qui savent comment bien faire les choses.
Les libéraux ont un choix à faire: se ranger du côté des travailleurs écrasés par le coût inabordable des loyers et des logements, ou protéger un système qui maintient le logement hors de portée et qui n'a aucune obligation de rendre des comptes. Malheureusement, ils choisissent la deuxième option. Les libéraux continuent d'essayer d'enrayer la crise de l'abordabilité au moyen d'incitatifs axés sur le marché plutôt que de construire des logements abordables en collaboration avec des partenaires sans but lucratif capables d'offrir des garanties en matière d'abordabilité. Les conservateurs voient les choses exactement de la même manière. De son côté, le NPD prône une approche très différente, et c'est pourquoi nous demandons la construction de 1 million de logements sociaux sur cinq ans. C'est ce genre d'objectifs que nous devons nous fixer si nous voulons que tout le monde ait un chez-soi sûr et abordable.
Dans le cadre des travaux du comité, j'ai proposé quelque chose de très élémentaire: un amendement au projet de loi , qui demande de la transparence, des cibles mesurables et une définition de l'abordabilité claire et ancrée dans la réalité, à savoir que les gens ne devraient pas dépenser plus de 30 % de leur revenu total simplement pour garder un toit au-dessus de leur tête. L'amendement exigeait des résultats et des données sur le nombre de logements construits, leur emplacement, les personnes à qui ils servent et leur caractère réellement abordable.
À un moment où des millions de personnes sont à un chèque de paie de perdre leur maison, les Canadiens méritent mieux que des annonces et des incitatifs commerciaux. Ils méritent qu'on leur rende des comptes et qu'on établisse des cibles. En rejetant l'amendement, les libéraux et les conservateurs envoient un message clair: la transparence et la reddition de comptes ne les intéressent pas. Ils ne veulent pas vraiment que les Canadiens connaissent les faits.
Voici la vérité. Ce n'est pas en construisant plus de logements qu'on va résoudre la crise. Si nous ne nous demandons pas pour qui le système est conçu, nous ne ferons que construire plus de logements que les gens n'auront toujours pas les moyens de se payer. Quand on ne fixe pas de cibles d'abordabilité, on reproduit les mêmes erreurs.
Le fait preuve d'un profond manque d'empressement et de sens des priorités pour ce qui est de construire de nouveaux logements vraiment abordables pour les Canadiens ordinaires. Le pire, c'est que nous rendrons ainsi les plus vulnérables encore plus démunis. Le a déjà eu l'ambition de mettre fin à l'itinérance. Maintenant qu'il est ministre, où est passée cette ambition?
Le programme Right Fit a fait quelque chose de très simple et de très percutant. Il a jumelé des personnes en fauteuil roulant avec des logements accessibles. Au fil des ans, il a aidé des centaines de personnes à trouver un logement stable. Pourtant, malgré son succès et malgré une liste d'attente croissante de personnes dans le besoin, il a perdu son financement fédéral le 1er avril.
Cela signifie qu'en pleine crise du logement, non seulement nous ne construisons pas suffisamment de logements, mais nous ne veillons pas non plus à ce que les logements existants soient accessibles à ceux qui en ont le plus besoin. Ce n'est pas le cas. Il ne s'agit pas seulement d'un échec en matière de politique, mais aussi d'un échec moral. Cela met en évidence une faille fondamentale dans l'approche du gouvernement.
La Loi sur Maisons Canada est fortement axée sur l'offre, mais elle passe sous silence une question cruciale: qu'est-ce qui est offert et à qui? Le logement accessible n'est pas synonyme de logement du marché. Nous assistons à la mise en place d'une bureaucratie dépourvue d'objectifs adéquats en matière d'abordabilité. Nous ne pouvons pas simplement construire plus de logements et présumer qu'ils répondront aux besoins des personnes handicapées.
Il ne s'agit pas simplement d'un cas isolé. C'est un avertissement. Quand on s'en remet uniquement au marché, sans leadership public fort ni investissements ciblés, on obtient des lacunes, des inégalités et des gens laissés de côté. Tout cela repose sur une idée simple: en offrant des incitatifs aux promoteurs, en levant les obstacles et en accélérant les approbations, l'abordabilité finira par suivre.
Cela fait des décennies qu'on mise sur cette logique, et le bilan est clair: des logements de luxe au lieu de logements abordables, ainsi que des profits records pour les investisseurs alors que les locataires ont du mal à joindre les deux bouts. Le logement est devenu une marchandise, alors qu'il s'agit pourtant d'un droit consacré. Le secteur privé construit pour faire de l'argent, pas pour répondre aux besoins. Si le luxe est plus rentable, on construira du luxe. Si la spéculation fait grimper les prix, c'est là qu'ira l'argent. C'est ainsi que le système fonctionne. Or, notre responsabilité, comme parlementaires, est de remettre le système au service des gens. Les profits ne doivent pas être la seule motivation. À l'heure actuelle, le système ne sert pas la population.
Où est l'engagement audacieux à l'égard du logement social dans le projet de loi? Où sont les investissements importants dans les coopératives d'habitation? Où est la stratégie visant à accroître l'offre de logements sociaux abordables pour les générations à venir? Où sont les mesures de protection pour les locataires menacés d'expulsion et d'augmentations de loyer déraisonnables? Où sont les mesures pour mettre fin à la financiarisation du logement?
La crise du logement n'est pas distincte des inégalités. Elle en est une conséquence directe. Lorsque la richesse est concentrée, elle est investie dans des actifs tels que l'immobilier et fait grimper les prix jusqu'à les rendre inaccessibles. Si nous voulons réellement résoudre cette crise, nous devons nous attaquer sérieusement aux inégalités. Il ne s'agit pas de s'opposer aux chantiers résidentiels. Nous devons construire, mais nous devons construire le bon type de logements. Nous devons construire des logements abordables, accessibles et sûrs. Nous devons construire des logements à l'abri de la spéculation.
Le logement n'est pas seulement une question d'offre. C'est une question de dignité et de stabilité. Il s'agit d'un droit fondamental de la personne. Voilà pourquoi le gouvernement doit prendre des mesures sérieuses. Voilà pourquoi ce projet de loi doit prévoir des mesures redditionnelles et pourquoi nous devons remédier à la crise du logement pour tous les Canadiens.
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Madame la Présidente, j'avoue que j'ai du mal à décider si je voterai pour ou contre le projet de loi.
Évidemment, la construction de logements pour les Canadiens est un excellent objectif. Je voterais en faveur de ça. J'ai essayé de comprendre pourquoi j'avais du mal à décider si je voterais pour ou contre. Je suppose que c'est parce que, lorsque j'examine le projet de loi en détail et que j'y réfléchis, je constate qu'il ne ferait rien du tout, même s'il était pleinement mis en œuvre. C'est inquiétant.
Je vais aller au fond des choses pour les Canadiens qui nous regardent et qui se demandent ce que ferait le projet de loi . On l'appelle la loi concernant la constitution de Maisons Canada. Si cela peut sembler familier, c'est parce que cette mesure a été annoncée le 14 septembre 2025, lorsque le gouvernement a créé Maisons Canada, un organisme de service spécial.
Le nouveau gouvernement a eu recours à cette pratique à plusieurs reprises depuis son élection. Les organismes de service spéciaux relèvent du Conseil du Trésor et fonctionnent dans un environnement opaque où rien n'est vraiment visible, transparent ou inscrit dans la loi. Nous avons déjà créé Maisons Canada le 14 septembre de l'année dernière. Maintenant, nous créons Maisons Canada, mais pas en tant qu'organisme de service spécial. Le projet de loi aborde cette question et prévoit la constitution d'une société d'État. C'est l'objet du projet de loi. Il ne parle pas de la crise du logement. Il ne fournit aucun outil pour y remédier. Il ne fixe aucun objectif. Il ne prévoit aucun échéancier. Il ne parle pas de la crise du logement. Sa mission est la suivante:
[...] de favoriser, de soutenir et de développer l'offre de logements abordables au Canada et de favoriser l'adoption de méthodes de construction innovatrices et efficaces dans le secteur de la construction résidentielle au Canada.
Le reste du projet de loi porte sur la composition du conseil d'administration, les montants qu'il peut emprunter et ceux qu'il peut prêter. Ma partie préférée de ce projet de loi — qui, je le rappelle, porte sur la création d'une société d'État —, c'est que cette nouvelle société, Maisons Canada, peut recevoir de l'argent du gouvernement fédéral et le lui reverser. On peut dire qu'il manque quelque peu d'ambition.
Le projet de loi passe à côté de l'essentiel. Si nous voulons qu'il franchisse toutes les étapes législatives, il doit parler de reddition de comptes. Comme la députée de vient de le souligner, on ne désigne même pas le ministre du Logement comme responsable dans le projet de loi. Le ministre sera nommé à n'importe quel moment par un membre du Conseil privé qui choisira parmi les membres du Cabinet et décidera que, cette semaine, ce sera Joe. Voilà le genre de reddition de comptes qui est prévue. Cela m'inquiète.
De plus, la réalité fondamentale c'est que, depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale en 1945, nous avons la Société canadienne d'hypothèques et de logement. Est-ce que quelque chose n'allait pas avec cette société? Son rôle a été considérablement réduit. Elle n'est pas abolie. Elle sera encore là et elle relève du ministre du Logement. C'est une entité que nous connaissons. Y a-t-il des délais interminables? Pourrait-on améliorer certaines choses au sein de la Société canadienne d'hypothèques et de logement? Oui, mais pour un gouvernement qui veut agir rapidement, comme le dit toujours le , pourquoi ne pas avoir recours à l'institution que nous avons déjà et qui est adaptée à ses objectifs? On y emploie moins de gens qui savent ce qu'ils font, mais elle a encore des objectifs, des principes et des méthodes qui reconnaissent que le logement est un droit de la personne.
Il y a deux crises du logement au Canada en ce moment. Je tiens à ce que ce soit explicite dans le reste de mes observations. Il y a une crise de l'abordabilité des logements du marché. Les gens qui ont de bons revenus n'ont pas les moyens de se payer un bon logement. Cette situation est en grande partie attribuable à la spéculation de l'industrie, à des entités comme les sociétés de placement immobilier, les sociétés qui possèdent des logements et qui font de l'argent grâce à la spéculation. Cette situation fait mal, tout comme l'offre insuffisante de logements pour notre population.
Je tiens à insister sur le fait que la première crise du logement découle d'un problème d'offre de logements du marché, en particulier les logements locatifs abordables. La deuxième crise du logement que nous connaissons est celle de l'itinérance aiguë. Cette crise est cruelle et abjecte et prend de l'ampleur. Que faisons-nous à ce sujet?
Je vais donner aux députés un exemple inspirant. J'ai eu l'honneur de visiter un petit endroit appelé 12 Neighbours, à l'extérieur de Fredericton. C'était il y a quelques années. J'y ai rencontré Marcel LeBrun, un jeune homme de Fredericton. Il ne se croirait peut-être pas si jeune maintenant. Il est multimillionnaire en raison de ses propres instincts d'entrepreneur et parce qu'il s'est engagé dans une entreprise Internet qu'il a bâtie, puis vendue. Un jour, lors d'un sermon dans une église baptiste, il a été appelé à en faire plus.
Il a fait un don généreux à un groupe local de lutte contre l'itinérance. Il s'est par la suite dit que ça ne suffisait pas et que le problème de l'itinérance s'aggravait à Fredericton. Bref, voici ce que Marcel LeBrun a décidé de faire. Comme le prix des terrains était l'un des principaux obstacles à la construction de logements abordables et de logements sociaux hors marché, il a acheté un bout de terrain. Ensuite, il a décidé de construire 99 petites maisons de 240 pieds carrés sur ce terrain. Ainsi, une personne aurait la possibilité de vivre dans la dignité et d'avoir un foyer. Elle pourrait verrouiller la porte et elle serait chez elle.
Il a demandé du financement à la SCHL, la Société canadienne d'hypothèques et de logement. Il était prêt à payer de sa poche le tiers du coût de ce projet. En effet, il y a investi 12 millions de dollars. La SCHL lui a dit que le traitement de la demande prendrait environ deux semaines. Il a eu le temps de construire 35 logements avant de recevoir l'approbation de la SCHL, parce que celle-ci a mis un an et demi avant de lui répondre. Il a fait ce qu'il fallait faire. Non seulement il a fait ce qu'il fallait, mais il a aussi constaté la gravité des problèmes. On ne peut pas prendre des gens qui ont vécu dans la rue et qui ont dormi dans une tente ou dans un campement dans les bois, les installer dans leur propre maison, puis penser que tout va bien aller comme par magie. Ces gens n'ont personne sur qui s'appuyer et les aptitudes sociales leur font défaut. Ils continuent de se demander comment ils vont gagner leur vie.
M. LeBrun a créé tout un réseau d'entreprises d'économie sociale autour du projet domiciliaire qu'il a lui-même bâti pour les membres de sa collectivité: par exemple, un restaurant où les gens peuvent venir manger et où les résidants de ses minimaisons peuvent apprendre à y travailler. Il y a aussi un atelier de métiers, où les gens peuvent apprendre à utiliser une scie circulaire portative. Ce n'est qu'un aperçu de tout ce qu'a accompli Marcel LeBrun. En offrant également des services de soutien en santé mentale et en toxicomanie, il ne s'est pas contenté de construire des logements. Il a bâti une communauté axée sur l'amour, les soins et la compassion. Le modèle que Marcel LeBrun a lui-même mis en œuvre peut être reproduit dans toutes les collectivités si on confie à la SCHL le mandat d'en examiner la possibilité afin de bâtir des logements durables à long terme, assortis de services de soutien en santé mentale efficaces et reposant sur la dignité et le sens de la communauté. C'est ce que nous devrions bâtir.
Le projet de loi sur Maisons Canada ne porte pas sur la construction de logements. Je ne dis pas cela par méchanceté. Si mes collègues le lisent, ils verront que la Loi sur Maisons Canada vise à créer une société d'État, un point c'est tout. Le projet de loi , Loi sur Maisons Canada, vise à remplacer un organisme de service spécial créé l'an dernier par une société d'État cette année. Il n'y a aucun objectif, aucun échéancier, aucune reddition de comptes et aucune prise en compte des mémoires présentés par l'Assemblée des Premières Nations sur la participation des peuples autochtones et du mémoire présenté par la Fédération canadienne des municipalités, où les choses se concrétisent vraiment au niveau des logements municipaux. C'est là que les gens doivent déterminer ce que nous allons faire.
Le gouvernement n'écoute pas les coopératives du pays. La Fédération de l'habitation coopérative du Canada a présenté un excellent mémoire au comité qui a étudié ce projet de loi. Comme ce dernier n'inclut ni échéanciers ni objectifs, je pense que, si nous avions voulu lui attribuer un sens, le greffier du comité aurait dit que cela dépassait sa portée, parce que le projet de loi a pour objet de constituer une société d'État. Après ça, eh bien, je souhaite beaucoup de chance à l'actuel . J'espère qu'il sera le ministre désigné. Il peut peut-être en tirer quelque chose, mais ce projet de loi ne fait que constituer une société d'État.
Nous devons faire beaucoup plus. Des fonds seront consacrés à cette société d'État, c'est certain. Il y aura des présidents-directeurs généraux et des administrateurs et l'entité fonctionnera comme une société d'État, mais fera-t-elle plus que ce que Marcel LeBrun a fait pour les gens de Fredericton?
Les premiers logements sociaux jamais construits au Canada l'ont été au début des années 1900, après l'explosion d'Halifax, quand cette terrible collision dans le port a détruit les habitations de milliers de personnes et que le gouvernement a dû construire des logements pour la population. Il l'a fait, et il l'a fait rapidement. Personne n'est mort de froid cet hiver-là. Tout le monde a eu un logement rapidement.
Nous devons agir comme on le fait en cas d'urgence, car c'en est une. Dans ma circonscription, des femmes de mon âge vivent dans leur voiture. Cela me rend folle. Pourquoi ne parvenons-nous pas à trouver ou à construire des logements? Il y a tellement de retards. Dans bien des cas, ils ne sont pas intentionnels, mais ils témoignent d'un manque de volonté politique, qui doit venir d'en haut. Oui, de nombreux ordres de gouvernement sont concernés, mais le gouvernement fédéral, dans le cadre du programme Maisons Canada, devrait montrer la voie aux autres, notamment en fixant des objectifs.
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Madame la Présidente, dans le domaine du logement, les bureaucrates comptent les mises en chantier. Ils comptent les logements. Ils comptent les dollars. Ils comptent les fonds, les programmes, les organismes et les promesses, mais dans Nanaimo—Ladysmith, nous comptons autre chose. Nous comptons le nombre de mois qui se sont écoulés depuis que nos enfants adultes habitent dans notre chambre d'amis parce que le prix du loyer a grignoté le montant qu'ils essayaient d'épargner pour une mise de fonds. Nous comptons le nombre de diplômés qui n'arrivent pas à trouver un emploi leur permettant de payer leur loyer. Nous comptons le nombre de sans-abri que nous croisons lorsque nous nous rendons au travail.
Avant d'oublier, je précise que je partagerai mon temps de parole.
Plus sérieusement, nous comptons les tombes des amis emportés par une dépendance, les places dans les centres de traitement qui n'existent pas et le nombre de personnes qui, à peine sorties d'une cure de désintoxication, sont replongées dans le chaos auquel elles essayaient d'échapper. Nous mesurons l'ampleur du décalage qui persiste entre le discours du gouvernement et notre réalité. Il y a un décalage parce qu'un jeune diplômé avec un emploi n'a pas de moyen d'accéder à la propriété dans la ville où il a grandi. Il y a un décalage parce qu'une personne qui sort d'une cure de désintoxication et qui essaie de rester sobre peut se retrouver dans un logement où des drogues sont consommées à l'autre bout du couloir. Ces crises ne sont pas distinctes, car elles ont une origine commune: un gouvernement qui a manqué à ses responsabilités. Le logement et l'espoir vont de pair, et les deux sont hors de portée.
Les annonces sur le logement ne manquent pas au Canada. Pendant la dernière décennie, une multitude de stratégies, de mesures d'accélération, de fonds, de bureaux, et d'accords ont été annoncés, avec des séances de photos où l'on avait pris soin de prévoir un arrière-plan conçu sur mesure. Ce qui manque au Canada, ce sont des logements abordables en nombre suffisant pour loger les gens. Dans Nanaimo—Ladysmith, il y a une pénurie de logements adéquats pour les personnes qui essaient de rebâtir leur vie.
La Chambre est saisie du projet de loi , qui vise à créer le programme Maisons Canada pour développer l'offre de logements abordables. En écoutant les discours, on se dit que c'est un programme ambitieux. Mais la question est de savoir si Maisons Canada sera utile quand les médias seront passés à autre chose et que les beaux décors pour les annonces auront été remisés. Ce projet de loi ne vise qu'à créer un squelette. Il ne prévoit rien d'autre qu'un cadre et l'entité elle-même.
Le gouvernement présente Maisons Canada comme un investissement historique dans le logement, mais le directeur parlementaire du budget affirme que, au mieux, le programme aura une incidence modeste. Le chiffre qui fait les manchettes est 13 milliards de dollars. Or, le Bureau du directeur parlementaire du budget dit que les dépenses réelles prévues s'élèveront à seulement 7,3 milliards de dollars sur cinq ans, au total. Selon les projections, ce programme permettrait d'ajouter 26 000 logements sur cinq ans, soit environ 5 200 logements par année à l'échelle du pays. L'augmentation réelle du nombre de logements achevés, par rapport au niveau de référence, serait de seulement 2,1 % et ne parviendrait qu'à combler 3,7 % de la pénurie de logements actuelle. Même en tenant compte du budget associé à Maisons Canada, les dépenses fédérales prévues pour le logement vont passer de 9,8 milliards de dollars, en 2025‑2026, à 4,3 milliards de dollars, en 2028‑2029, ce qui correspond à une réduction de 56 %. Le directeur parlementaire du budget a brossé un tableau clair: le Canada a besoin d'un total net de 3,2 millions de nouveaux logements d'ici 2035 pour combler la pénurie, ce qui représente une moyenne de 290 000 logements par année pendant une dizaine d'années.
Le Bureau du directeur parlementaire du budget nous signale a également que cela ne résoudrait pas entièrement le problème de l'abordabilité du logement dans toutes les régions, car les revenus, les taux d’intérêt, les disparités régionales et le type de logements construits sont des facteurs qui entrent tous en ligne de compte, comme l’ont souligné mes collègues dans leurs interventions. Ce dernier point est particulièrement crucial pour les collectivités en pleine croissance comme la mienne, car nous n’avons pas seulement besoin de plus de logements. Nous avons besoin de logements adaptés, situés aux bons endroits, pour les personnes qui cherchent à se loger. Les experts en logement ne cessent de le répéter.Dans son rapport, Mike Moffatt indique que le Canada doit construire des millions de logements supplémentaires, mais pas n’importe lesquels. Les logements doivent être adaptés aux besoins d’aujourd’hui et, à notre avis, pour y parvenir, il faudra des changements plus audacieux que ceux qui ont été proposés jusqu’à présent.
Le projet de loi ne permettrait pas d'accélérer les procédures d'autorisation locales. Il ne doterait pas les provinces et les municipalités des infrastructures dont elles ont besoin. Il ne prévoit pas de mesures d'aménagement du territoire et ne fixe pas d'objectifs contraignants quant au nombre de logements à construire, aux délais, à la clientèle et aux prix.
Le projet de loi aurait pour effet de créer une nouvelle structure bureaucratique fédérale qui viendrait s'ajouter à au moins quatre autres déjà existantes dans ce domaine. Il y a la SCHL, qui a déjà le pouvoir de financer le logement, d'accorder des prêts, de garantir des prêts, d'investir et de gérer des programmes fédéraux de logement. La Société immobilière du Canada, elle, a déjà le pouvoir d'aménager les terrains fédéraux. Logement, Infrastructure et Collectivités Canada gère déjà le financement et les ententes fédérales en matière de logement. La Banque de l'infrastructure du Canada a déjà le pouvoir de financer les infrastructures qui favorisent la création de logements.
Autrement dit, tous ces pouvoirs existent déjà, et Ottawa ne manque pas d'organismes dotés de pouvoirs en matière de logement. Ce qui lui manque, ce sont les résultats. Créer une nouvelle structure bureaucratique implique de passer du temps à la mettre en place. Il faut installer des bureaux, embaucher des cadres, rédiger des mandats, transférer des dossiers et réorganiser les programmes, et c'est du temps et de l'argent qui pourraient être consacrés à la construction de logements. C'est là le problème. Le gouvernement utilise un langage que les Canadiens veulent entendre, mais la structure ne correspond pas à l'urgence du moment.
Les jeunes Canadiens le réalisent spontanément. On leur dit d'étudier, de travailler, d'économiser et d'être patients. Puis ils entrent sur un marché du travail où les emplois de premier échelon sont de plus en plus difficiles à trouver, où le loyer absorbe une trop grande partie de leurs revenus et où l'accession à la propriété ressemble moins à un objectif qu'au souvenir d'un Canada qui ne leur est plus accessible.
Cette semaine, un homme récemment diplômé en génie logiciel a comparu devant un comité de la Chambre pour dire qu'il n'arrivait toujours pas à trouver un emploi de premier échelon dans son domaine. Quand on lui a demandé s'il travaillait, il a répondu par l'affirmative, mais pas en tant qu'ingénieur en logiciels. Le député libéral a répondu: « Au moins, vous avez un emploi. » Cette réponse révèle quelque chose qui va bien au-delà d'un échange. Elle montre que le gouvernement a abaissé la barre.
Je poursuivrai mon discours lorsque la Chambre reprendra ses travaux, la semaine prochaine.