propose que le projet de loi , soit lu pour la deuxième fois et renvoyé à un comité.
— Madame la Présidente, c'est un honneur d'entamer le débat sur le projet de loi . Avant de commencer, je tiens à souhaiter à tous et à toutes une bonne et heureuse année. J'espère que tout le monde a profité de la relâche pour bien se reposer. C'est de toute beauté de voir des gens de tous les partis réunis de nouveau pour débattre de certaines des questions les plus importantes pour les Canadiens.
Avant d'entrer dans les détails du projet de loi dont nous sommes saisis aujourd'hui, je veux prendre quelques instants pour situer le projet de loi dans le contexte approprié. Il s'agit d'un projet de loi axé sur la sécurité publique, une priorité absolue pour les Canadiens et, assurément, une priorité absolue pour le gouvernement du Canada. Pendant la campagne électorale et depuis, les Canadiens ont clairement indiqué que le gouvernement fédéral devait agir à l'égard de ces priorités politiques urgentes et de ces questions de sécurité.
Le projet de loi vise à s'attaquer à des problèmes très précis liés à la violence fondée sur le sexe et à l'exploitation des enfants, mais il est essentiel de comprendre qu'il s'inscrit dans une stratégie plus vaste de sécurité publique et de réforme du système de justice pénale que le gouvernement fédéral cherche assidûment à mettre en œuvre. Comme je l'ai dit à plusieurs reprises, notamment à la Chambre, cette stratégie repose sur trois piliers.
Le premier pilier consiste à adopter des lois plus strictes pour bâtir des collectivités plus sûres, notamment une nouvelle réforme du droit pénal pour lutter contre les crimes haineux, une réforme en profondeur des régimes de mise en liberté sous caution et de détermination de la peine prévus dans le Code criminel et, surtout, la Loi visant à protéger les victimes.
Le deuxième pilier de la stratégie consiste à investir dans les services de première ligne, qu'il s'agisse de 1 000 nouveaux agents de la GRC pour assurer la sécurité des collectivités, de 1 000 nouveaux agents de l'Agence des services frontaliers du Canada pour lutter contre l'importation de drogues illégales et la criminalité ou de mesures de soutien pour les organismes communautaires de première ligne qui aident les victimes d'actes criminels et les survivants d'actes de violence.
Le troisième pilier, qui est peut-être le plus important pour mettre fin à la violence à long terme, exige que nous fassions des investissements en amont pour nous attaquer aux problèmes à long terme qui touchent les collectivités. Je pense notamment aux investissements dans les logements abordables, les logements de transition et les logements supervisés, aux investissements dans la santé mentale et le traitement de la toxicomanie, et aux investissements qui ciblent les jeunes à risque pour favoriser la santé des gens afin de bâtir un Canada plus fort et plus sûr.
Mes observations d'aujourd'hui porteront sur la Loi visant à protéger les victimes.
[Français]
Avant de commencer, il est important pour moi de discuter du contexte de ce débat. Il est très important de reconnaître que le gouvernement a une stratégie pour aborder la question de la sécurité publique, y compris une stratégie pour renforcer les lois criminelles, y compris des investissements pour les policiers, les organisations qui protègent nos communautés, et aussi des investissements dans le logement abordable, la santé mentale et les programmes qui soutiennent les jeunes.
[Traduction]
Nous débattons aujourd'hui de la Loi visant à protéger les victimes. Le projet de loi comprend diverses dispositions qui ont pour objet notamment la violence fondée sur le sexe, la violence entre partenaires intimes et la protection des enfants contre l'exploitation. Il propose de créer de nouvelles infractions sexuelles afin de rester en phase avec un monde en constante évolution et de rétablir des peines minimales obligatoires qui ont été annulées par la Cour suprême du Canada. Il vise aussi à réduire les retards dans le système judiciaire et à mieux protéger les droits des victimes tout au long de la procédure pénale.
Commençons par la priorité urgente que représente la violence faite aux femmes au Canada. On ne saurait trop insister sur la gravité de ce problème. Au pays, une femme est tuée toutes les 48 heures.
[Français]
Cette année, au Québec seulement, il y a eu quatre féminicides. C'est inacceptable.
[Traduction]
Nous devons reconnaître cette dure réalité, mais nous n'avons pas à l'accepter comme une fatalité. Nous pouvons modifier le droit pénal afin de mieux protéger les Canadiennes contre une violence qui peut devenir mortelle.
Certes, les statistiques devraient choquer la conscience de chaque Canadien, mais il ne faut pas oublier que les victimes de ces crimes fatals ne sont pas des chiffres ou des statistiques. Il s'agit de vraies personnes. Pour certains d'entre nous, ce sont des personnes avec lesquelles nous avons grandi, qui ont fréquenté la même école que nous et qui se tenaient dans les mêmes couloirs que nous pendant notre jeunesse. Pour d'autres, ce sont des collègues avec lesquelles nous nous sommes liés d'amitié, mais que nous ne voyons plus au travail. Pour d'autres encore, ce sont des amies et des membres de la famille qui ont perdu la vie.
Pour comprendre la portée de ces tragédies, on ne peut pas se concentrer uniquement sur le meurtre qui a été commis. Il faut également comprendre la douleur que les familles endurent pendant toutes les années où elles ne peuvent plus vivre avec la personne qui leur était si chère.
Nous pouvons agir dans ce dossier. Dans cet important projet de loi, nous proposons que les cas de féminicide soient désormais considérés comme des meurtres au premier degré au Canada. Cette mesure constructive garantirait une accusation de meurtre au premier degré lorsqu'un homicide est commis par un partenaire intime dans le contexte d'une infraction sexuelle. Elle ferait en sorte que le meurtre motivé par la haine, y compris la misogynie, soit traité comme l'un des crimes les plus graves du Code criminel. Cela inclurait les cas de meurtre précédés par un schéma de comportement contrôlant et coercitif.
Grâce à de vastes consultations auprès de personnes qui ont consacré leur vie à chercher des solutions à la violence fondée sur le sexe, nous savons que la majorité des cas de meurtre commis dans un contexte de violence entre partenaires intimes sont précédés d'un schéma prédictif de comportement contrôlant et coercitif.
Je veux m'arrêter un instant sur ce point particulier, car non seulement nous faisons en sorte que les cas de féminicide soient désormais considérés comme des meurtres au premier degré dans un contexte de contrôle coercitif, mais nous cherchons également à faire du contrôle coercitif une infraction distincte. Nous savons que le recours à la violence à la maison contre d'autres membres de la famille, des enfants ou des animaux de compagnie pour contrôler tous les aspects de la vie d'une personne est souvent un signe avant-coureur d'un risque de violence beaucoup plus grave pouvant entraîner la mort.
[Français]
Nous savons que nous devons entreprendre des actions pour lutter contre la violence contre les femmes, pour protéger les filles et les femmes partout au pays.
[Traduction]
Il faut agir. En criminalisant le contrôle coercitif, nous permettons aux responsables du système de justice pénale d'intervenir avant que les relations deviennent violentes et qu'elles tournent au drame. Cette disposition pourrait sauver des vies au Canada.
Je tiens à exprimer ma gratitude à notre ancienne collègue parlementaire, Laurel Collins, pour le travail qu'elle a accompli en présentant un projet de loi d'initiative parlementaire sur cette question précise. Je souhaite aussi remercier les parlementaires qui siègent au comité de la condition féminine, qui nous ont exhortés à intervenir dans ce genre de dossiers. Il est essentiel que nous nous efforcions, dans la mesure du possible, de ne pas seulement agir après le meurtre d'une personne, mais dès le départ, afin de sauver des vies.
J'aimerais lire une courte déclaration de la Coalition féministe contre la violence envers les femmes au sujet de cette disposition.
[Français]
La criminalisation du contrôle coercitif constitue également un jalon essentiel. Ce type de violence, souvent invisible, est l'un des principaux déterminants des féminicides. Le nommer et le criminaliser permet de mieux comprendre les dynamiques qui mènent aux violences extrêmes, de détecter plus tôt les situations à haut risque et de renforcer la prévention.
[Traduction]
Nous avons le devoir de prendre tous les moyens possibles pour sauver des vies avant que ces crimes horribles ne se produisent.
Afin de suivre l'évolution de la technologie, nous modernisons aussi le libellé d'une série d'infractions, comme le harcèlement criminel, en tenant compte des nouvelles manières de commettre ces crimes, notamment en utilisant, par exemple, la capacité de suivre les déplacements d'une personne au moyen d'un téléphone cellulaire.
De plus, la définition de harcèlement criminel est élargie de manière à établir une norme objective plus facile à prouver devant un tribunal. Au lieu de démontrer qu'une personne ressentait de la peur, ce qui présente son lot d'obstacles évidents en matière de preuves, la partie plaignante devrait plutôt démontrer qu'une personne dans sa position pouvait raisonnablement ressentir de la peur compte tenu des faits en cause.
Un autre problème qui retient beaucoup l'attention ces jours-ci est la création d'hypertrucages au moyen de l'intelligence artificielle et le partage d'images intimes créées avec cette technologie. À l'heure actuelle, la loi comporte des lacunes auxquelles nous devons remédier en élargissant la définition d'une image intime pour inclure toute image créée au moyen de l'intelligence artificielle. Les technologies utilisées pour créer des hypertrucages évoluent rapidement et, par conséquent, nous devons veiller à ce que nos lois évoluent au même rythme pour agir contre cette menace émergente.
[Français]
Il est essentiel de changer les règles quand les technologies évoluent. En ce moment, il y a un problème, parce que la loi ne reflète pas les technologies qui existent aujourd'hui.
[Traduction]
Nous sommes légion à nous promener avec une technologie extraordinaire dans les poches. Non seulement nos téléphones ont la capacité de prendre des photos, mais ils peuvent également créer des images à partir de rien. Ils peuvent aussi envoyer des messages aux gens dans notre collectivité et dans le monde entier. En modifiant la définition d'une image intime pour y inclure les hypertrucages créés avec l'intelligence artificielle, nous pouvons mieux protéger les gens contre cette nouvelle menace. Par ailleurs, nous modifierons la loi pour élargir la définition afin de nous assurer que la distribution de ces images constitue un crime et que la menace de les distribuer en soit un aussi, car on pourrait s'en servir pour humilier ou escroquer quelqu'un, par exemple.
Nous voulons également élargir la définition de distribution de matériel d'abus et d'exploitation pédosexuels. Je vais m'arrêter ici avant d'entrer dans les détails. Il est difficile de penser à un comportement plus moralement répréhensible que celui de profiter d'un jeune à des fins sexuelles. Les enfants sont parmi les membres les plus vulnérables de la société, car leur bien-être dépend des adultes dans leur vie. Qu'un individu exploite ainsi un jeune enfant mérite d'être condamné par tous les députés et par tous les Canadiens en général.
En élargissant la définition de distribution pour y inclure la menace de distribution de matériel d'abus et d'exploitation pédosexuel, nous pouvons prévenir le genre de comportement qui entraîne souvent un traumatisme profond et une immense humiliation, ce qui, je le répète, peut parfois avoir des conséquences fatales.
Il est inutile d'énumérer les nombreux exemples qui ont été relayés dans les médias. Il suffit de dire qu'aujourd'hui, au Canada, des parents vivent sans leurs enfants, car ces enfants ont mis fin à leurs jours par crainte de subir de l'humiliation après avoir été exploités de la sorte.
Nous cherchons également à modifier la définition de leurre d'enfants pour qu'elle englobe la sextorsion lorsqu'il s'agit de démontrer que le seuil du crime qui consiste à leurrer un enfant a été atteint. Les définitions concernant le tourisme sexuel impliquant des enfants seraient élargies, de sorte qu'un Canadien à l'étranger qui commet un crime de nature sexuelle contre un enfant s'expose à des peines à son retour au Canada. Nous mettrons en place une mesure de signalement obligatoire pour les plateformes qui hébergent du matériel à caractère sexuel illicite sur leurs sites Web, pour empêcher que ces crimes n'entraînent d'aussi graves conséquences. Nous élargirons la définition de différentes infractions pour qu'elles englobent l'incitation à des contacts sexuels ou l'incitation à s'exhiber devant un adulte.
Il est important de réfléchir non seulement à la teneur des crimes dont nous cherchons à élargir la liste, mais aussi aux peines qui devraient être imposées aux personnes qui les ont commis. Ce projet de loi vise à augmenter la peine maximale pour une série d'infractions sexuelles, dont l'agression sexuelle, la sextorsion, le voyeurisme, l'exhibitionnisme et l'obtention de services sexuels auprès d'un mineur. Il vise à réduire la capacité des gens à recourir à des moyens de défense comme, par exemple, d'avoir cru, à tort, que la personne était plus vieille, à moins qu'ils n'aient pris des mesures raisonnables pour vérifier son âge.
En plus d'augmenter la peine maximale pour diverses infractions sexuelles, nous devons nous pencher sur les peines minimales obligatoires qui ont été invalidées par la Cour suprême. À certains égards, les modifications incluses dans le projet de loi font suite à l'arrêt Senneville, qui a laissé une lacune dans la loi canadienne en ce qui concerne les peines minimales obligatoires pour la distribution et la possession de matériel d'abus et d'exploitation pédosexuels ainsi que l'accès à ce matériel. Cela dit, c'est un aspect qui a franchement perdu des plumes au fil des ans en ce qui touche certains crimes, certaines dispositions ayant été déclarées inconstitutionnelles par la Cour suprême du Canada.
L'arrêt Senneville reposait sur une situation hypothétique où la possibilité d'une incarcération pendant un an constituerait, selon la Cour, une peine exagérément disproportionnée. En l'occurrence, on imaginait une situation où un adolescent de 16 ou 17 ans enverrait une image à quelqu'un, qui la partagerait ensuite avec un ami ne l'ayant peut-être même pas demandée. Je peux comprendre le point de vue de la Cour, mais l'invalidation de cette disposition laisse un trou dans la loi, puisque les crimes graves commis contre des enfants méritent des sanctions sévères.
Heureusement, la Cour a donné des directives sur la façon de remédier à ce problème. Je me réjouis aussi du fait que ces directives reflètent les points de vue que j'ai entendus à la Chambre, y compris de la part de députés du Bloc québécois et du Parti conservateur du Canada, points de vue qui sont maintenant intégrés dans le projet de loi que je présente au nom du gouvernement libéral.
L'objectif, c'est d'établir un mécanisme qui, dans des circonstances très limitées où la peine serait exagérément disproportionnée, permettrait au tribunal de proposer une autre peine qui entraînerait tout de même une période d'incarcération. La mesure que nous proposons remédierait non seulement aux peines minimales obligatoires qui ont été invalidées dans l'arrêt Senneville, mais aussi aux nombreuses affaires qui ont invalidé d'autres peines minimales obligatoires pour divers crimes graves. En plus de rétablir les peines minimales obligatoires pour ces autres crimes graves, elle protégerait les peines minimales obligatoires existantes, qui sont aujourd'hui vulnérables sur le plan constitutionnel.
Si nos lois ne peuvent être appliquées ni par les forces de l'ordre ni par les tribunaux, alors notre Code criminel n'est qu'un bout de papier sans importance. Nous avons le devoir de protéger les Canadiens contre ce type de préjudice. En travaillant avec les membres des différents partis et en suivant les conseils de la Cour, nous pouvons prévoir des peines minimales obligatoires qui sont conformes à la Constitution et qui protègent réellement les personnes et la société, dans toutes les régions du Canada.
Il faut non seulement se pencher sur les changements que j'ai évoqués, qu'ils soient de nature substantielle ou qu'ils concernent des crimes et des peines, mais il faut aussi examiner de près la procédure appropriée d'adjudication de telles affaires. Les retards affligent le système de justice criminelle canadien depuis des dizaines d'années.
Dans le meilleur des cas, les retards mènent encore à un mauvais résultat. Les retards judiciaires ne servent ni l'accusé ni la victime. Cela ne sert ni le tribunal ni la société. Justice différée est justice refusée, comme on dit. Nous devons faire face aux conséquences particulières d'une autre décision de la Cour suprême rendue il y a quelques années à peine. Avec l'arrêt Jordan, la Cour suprême du Canada a en effet ouvert la possibilité de suspendre des causes, d'y mettre fin, essentiellement, avant qu'elles ne soient dûment arrivées à leur conclusion. Près de 10 000 causes au pays ont été rejetées non pas parce que l'accusé avait réfuté les accusations devant un tribunal, ni parce que le procureur avait assumé le fardeau de la preuve avec succès, mais parce que leur instruction avait pris trop de temps.
À mon avis, lorsqu'un délinquant qui a commis un crime peut réintégrer librement la société simplement parce que le tribunal a pris trop de temps à rendre une décision, il n'y a pas de justice. La victime qui doit vivre dans la même collectivité que son agresseur ou même le côtoyer au quotidien dans son quartier n'a pas l'impression d'avoir ainsi obtenu justice.
Nous allons remédier directement au problème de plusieurs façons, notamment en exigeant que le tribunal envisage des solutions autres qu'une suspension des procédures lorsque la période prévue dans l'arrêt Jordan arrive à échéance. Nous allons également clarifier au préalable pour la Cour suprême quels sont les cas dont la complexité exige qu'on y consacre plus de temps sans qu'il y ait atteinte au principe. De plus, nous ferons tout en notre pouvoir pour améliorer le problème sous-jacent en accélérant la procédure de manière à ce que les décisions soient rendues en temps opportun, garantissant ainsi un accès rapide à la justice. Dans cette optique, les nominations à la magistrature devront se faire rondement, et les changements prévus dans le projet de loi simplifieront le processus de présentation de la preuve dans les procès pénaux. Il importe également de noter que les autres ordres de gouvernement qui ont compétence en matière d'administration de la justice devront assumer leur responsabilité de nommer des juges et des procureurs aux cours provinciales ainsi que de voir au bon fonctionnement de leurs tribunaux.
Dans cette optique, il est également important de veiller à ce que les victimes sachent qu'elles ont certains droits dans l'administration de la justice criminelle. Sans que ce soit de leur faute, des personnes se retrouvent trop souvent engagées dans une procédure judiciaire longue et difficile où elles peuvent se sentir perdues. La Charte canadienne des droits des victimes apporte une certaine clarté en garantissant que les victimes sont traitées avec respect et qu'elles ont rapidement accès à la justice. Elle peut contribuer à définir des moyens concrets pour les victimes de participer au processus en étant pleinement informées et à assurer qu'elles disposent des renseignements auxquels elles ont droit, comme l'endroit où elles comparaîtront éventuellement, l'endroit où présenter une déclaration de la victime ou encore l'endroit où bénéficier d'une aide au témoignage ou d'un soutien à la pleine participation au processus de justice pénale afin qu'elles fassent entendre leur voix, potentiellement au moment de la détermination de la peine ou même lorsque des personnes sont transférées dans un établissement à sécurité différente après leur condamnation. Si nous voulons renforcer la confiance des personnes qui participent au processus, il est essentiel de mieux y intégrer la voix des victimes.
En conclusion, j'insiste sur un point essentiel: il incombe à tous les députés d'être conscients de la gravité de la situation qui touche les victimes d'actes de violence et les familles qui continuent de vivre sans leurs proches. Nous ne pouvons pas supposer que des solutions se présenteront automatiquement. Bien que nous ayons constaté des données encourageantes au cours des dernières années en ce qui concerne la réduction du taux de criminalité, en particulier pour ce qui est des crimes violents, nous savons qu'il reste encore beaucoup à faire. Ces progrès ne sont pas le fruit du hasard. En effet, nous devons prendre des décisions pour renforcer les lois et mettre en place des mesures de soutien.
Je remercie ceux qui ont contribué à l'élaboration du Plan d'action national pour mettre fin à la violence fondée sur le genre. Je remercie les nombreuses commissions qui ont été créées, en particulier l'enquête menée par le comté de Renfrew et, dans ma province, la Nouvelle‑Écosse, la Commission des pertes massives. Je remercie l'ombudsman des victimes d'actes criminels, les membres du comité de la condition féminine et, surtout, les nombreux défenseurs de cette cause et survivants de la violence, y compris la violence sexuelle, dont les points de vue sont reflétés dans le projet de loi.
Le projet de loi a obtenu l'appui des forces de l'ordre, des défenseurs des victimes et des Canadiens de toutes les régions du pays. Je demande simplement aux députés d'appuyer eux aussi cet important projet de loi.
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Madame la Présidente, je vous souhaite un bon retour à la Chambre. Je suis aussi heureux de retrouver tous mes amis d'en face ainsi que mes collègues, et je souhaite à tous les députés une très bonne année. J'espère que la session d'hiver et du printemps de cette 45
e législature sera très productive.
Je m'attarderai tout d'abord à ce que le projet de loi permettrait ou ne permettrait pas d'accomplir. Je peux dire, d'entrée de jeu, que le Parti conservateur du Canada l'appuie en grande partie. Je parlerai toutefois de certaines limites dont il faut discuter. Nous pouvons commencer ce débat aujourd'hui même.
Lorsque le Parlement légifère en matière de droit criminel, il ne se prête pas à une activité abstraite. Il exerce le pouvoir le plus grave confié à une assemblée législative démocratique, c'est-à-dire le pouvoir de définir les actes répréhensibles, de protéger le public, y compris les victimes, et d'imposer des conséquences significatives à ceux qui causent du tort aux autres. Le projet de loi ne satisfait pas à cette responsabilité, à cause non pas d'un excès de rigueur, mais plutôt d'un manque de rigueur. Il perpétue une tendance troublante que nous avons constatée à maintes reprises, à savoir celle de présenter des mesures législatives qui semblent sévères dans les communiqués de presse, mais qui sont rédigées de manière tellement floue, vague et défensive qu'elles confient par défaut aux tribunaux le soin de déterminer les sanctions pénales.
Le projet de loi prétend moderniser la détermination de la peine mais, en réalité, il ouvrirait plutôt la porte à une crise constitutionnelle, au chaos, à de futurs litiges et à une érosion constante du rôle du Parlement dans la définition des limites morales du droit pénal.
Je tiens à rappeler à la Chambre que le débat ne date pas d'hier. Il y a plus de quatre ans, lors de l'étude du projet de loi libéral , j'ai pris la parole pour mettre les gens en garde contre les conséquences prévisibles de cette approche. Le projet de loi C‑5 a supprimé 14 peines minimales obligatoires pour des infractions criminelles très graves, y compris des infractions liées aux drogues, que le Parlement avait délibérément mises en place pour dénoncer des crimes graves et dissuader ceux qui seraient tentés de les commettre. À l'époque, j'ai dit que l'élimination des peines minimales obligatoires au nom de la compassion ne rendrait pas notre système de justice plus équitable, mais qu'elle le rendrait au contraire plus fragile, moins prévisible et moins apte à assurer la protection du public. Quatre ans plus tard, force est de constater que cet avertissement a résisté à l'épreuve du temps et qu'il s'est malheureusement révélé exact.
Les peines minimales obligatoires n'ont jamais eu pour but d'empêcher les juges d'exercer leur pouvoir discrétionnaire. Elles visaient à permettre au Parlement de parler haut et fort de la gravité de ce danger. Comme je l'ai dit à l'époque, et comme je le dis encore aujourd'hui, il ne s'agit pas d'une question partisane. Les peines minimales obligatoires existent depuis la création du tout premier Code criminel en 1892, et elles ont été instaurées par des gouvernements libéraux et conservateurs qui se sont succédé.
Le projet de loi a délibérément étouffé le message soulignant la gravité du danger que posent certaines infractions. Le projet de loi ne ferait rien pour le rétablir. Malheureusement, il continuerait dans la même voie. Il ne s’agit pas d’une réforme fondée sur des données probantes, mais d'un processus d'élaboration de politiques motivé par une idéologie et isolé des préjudices qu’il cause concrètement.
Pour les victimes d'actes criminels, le système de justice n'est pas un exercice théorique ni un débat abstrait sur des cas hypothétiques; ce qui importe pour elles, c'est que la loi soit appliquée conformément aux objectifs énoncés et qu'elle entraîne de véritables conséquences. C'est là que le projet de loi fait fausse route. Le projet de loi dit une chose aux victimes, mais en fait une autre. Il prétend moderniser le processus de détermination de la peine, alors qu'il rouvrirait toutes les portes que la Chambre a tenté de fermer.
Le gouvernement libéral veut qu'on le félicite de sévir contre la criminalité, mais il refuse de faire le travail difficile consistant à rédiger des lois qui résistent réellement à une contestation de leur constitutionnalité, qui protègent la population et qui respectent le rôle du Parlement dans la détermination des peines. Au milieu des années 1990 et en 2016, la Cour suprême du Canada a rendu deux décisions marquantes qui ont fourni au gouvernement libéral de l'ex-premier ministre Justin Trudeau une feuille de route qui l'aurait aidé à faire précisément cela. Malheureusement, rien n'a été fait.
Mon point de vue sur cette question n'est pas théorique. Il est façonné par des décennies de travail au sein du système de justice pénale et par mes quelque 30 années en tant qu'avocat, dont bon nombre à titre de procureur de la Couronne. J'ai accompagné des victimes dans des salles d'audience. J'ai constaté leur angoisse et leurs craintes. J'ai vu les conséquences de crimes violents graves, y compris de la violence liée aux armes à feu.
J'ai vu des juges avoir du mal à imposer des peines sévères, compte tenu des cadres que les libéraux ont choisi d'affaiblir. Quand les législateurs éliminent la certitude en matière de détermination de la peine, ils ne renforcent pas la justice; ils introduisent plutôt de l'incohérence et de l'imprévisibilité dans un système qui est tributaire de la confiance du public pour bien fonctionner.
La Charte n'interdit pas les peines minimales obligatoires. La Cour suprême du Canada l'a affirmé à maintes reprises dans un certain nombre de décisions. L'article 12 interdit les « traitements ou peines cruels et inusités ». Le critère n'est pas de savoir si une peine est sévère, mais si elle est exagérément disproportionnée. C'est une norme exigeante, comme il se doit.
La jurisprudence de la Cour suprême souligne que la disproportion exagérée est réservée aux peines « excessive[s] au point de ne pas être compatible[s] avec la dignité humaine », et pas seulement aux peines que certains magistrats pourraient juger excessives ou inutiles. Cette distinction est importante, car le Parlement a le droit constitutionnel d'imposer des peines qui reflètent la dénonciation, la dissuasion et la condamnation morale, même lorsque les tribunaux préféreraient une peine plus légère.
Le discours des libéraux laisse entendre que toute peine minimale obligatoire risque d'être jugée inconstitutionnelle. C'est tout simplement faux. C'est le discours que nous avons entendu au cours de la 44e législature. Ce qui crée une vulnérabilité constitutionnelle, c'est la portée irréfléchie des dispositions, l'absence de garde-fous, ainsi que l'ambiguïté législative délibérée, des éléments qui sont tous réunis dans le projet de loi .
Le projet de loi s'inscrit dans une stratégie libérale bien connue, qui consiste non pas à rédiger un texte capable de résister à un examen constitutionnel, mais plutôt à susciter un tel examen. Le gouvernement légifère en sachant — et même, dans certains cas, en espérant — que les tribunaux devront trancher une question que le Parlement refuse de régler.
Des publications du milieu universitaire nous préviennent depuis des années que des dispositions pénales trop larges, combinées à un cadre de détermination de la peine rigide, créent un terreau fertile pour les litiges liés à l'article 12, surtout lorsque le Parlement ne prévoit pas de mécanismes ou de garde-fous précis. La jurisprudence de la Cour suprême relative à l'article 12 permet aux tribunaux d'imposer des peines minimales obligatoires en se fondant sur des situations hypothétiques raisonnables. On ne parle pas de situations absurdes et imaginaires, mais de situations réalistes qui pourraient être visées par la loi.
C'est là que le projet de loi devient dangereux, car en imposant une peine minimale obligatoire sans prévoir de garde-fous législatifs explicites, le Parlement encourage les avocats de la défense à concevoir des situations hypothétiques pour mettre à l'épreuve la constitutionnalité des dispositions législatives. Cela amènera les tribunaux à invalider progressivement les peines minimales obligatoires, au cas par cas. L'Institut Macdonald-Laurier a prévenu que ce cycle a systématiquement affaibli le pouvoir du Parlement en matière de détermination de la peine, non pas parce que les peines minimales obligatoires sont intrinsèquement inconstitutionnelles, mais parce que les libéraux ont refusé d'élaborer ces dispositions de manière responsable. Le projet de loi C‑16 répète cette erreur.
Les libéraux prétendent que la suppression des peines minimales obligatoires et l'élargissement du pouvoir discrétionnaire sont exigés par la Charte et par la Cour suprême. C'est faux. La Cour suprême n'a jamais déclaré que les peines minimales obligatoires étaient illégales ni que le Parlement n'avait pas le pouvoir de les imposer. En fait, les juges de la Cour suprême ont répété à maintes reprises que le Parlement doit légiférer avec prudence. Tel n'est pas l'objet du projet de loi . Au contraire, ce projet de loi s'appuie sur une décision unique et très controversée pour justifier un démantèlement de la législation en matière de détermination de la peine qui va bien au-delà des exigences de la Cour suprême.
Cette déformation des faits n'est nulle part plus évidente que dans le jugement Québec (Procureur général) c Senneville. Dans le cadre de ce jugement, la majorité des juges ont invalidé les peines minimales obligatoires pour les infractions liées à la pornographie juvénile, en se fondant non pas sur les faits réels qui leur étaient présentés, mais sur un scénario hypothétique, un scénario que le Parlement n'avait jamais eu l'intention de prendre en compte lorsqu'il a adopté ces dispositions relatives à la détermination de la peine. Le scénario proposé était celui d'un jeune de 18 ans ayant brièvement reçu ou possédé une image sans preuve de comportement lié à la prédation, la coercition ou l'exploitation. Ce scénario a ensuite été utilisé pour invalider les peines minimales qui avaient été conçues pour lutter contre les formes les plus graves et les plus néfastes d'exploitation sexuelle des enfants, des infractions qui impliquent un comportement délibéré, des actes répétés et un préjudice profond pour les victimes.
Il ne s'agit pas d'une hypothèse plausible sur le plan législatif. Le Parlement ne rédige pas de lois pénales pour régler des affaires passagères et pointues. Le Parlement légifère pour l'essence même d'une infraction, pour le comportement qui l'a motivé à agir en premier lieu. Étendre l'application d'une loi visant à lutter contre l'exploitation sexuelle des enfants à des exceptions hypothétiques déforme fondamentalement l'objectif législatif. C'est précisément pour cette raison que les opinions dissidentes dans la décision Senneville sont si importantes et que les libéraux préfèrent que la Chambre n'en parle pas.
Les juges dissidents ont lancé un avertissement clair et ferme non seulement aux tribunaux, mais aussi au Parlement. Ils ont rejeté l'idée que l'article 12 de la Charte oblige les législateurs à instaurer la peine la moins grave possible pour une infraction donnée. Ils ont souligné que les peines minimales obligatoires sont constitutionnellement acceptables lorsqu'elles reflètent le jugement du Parlement sur la gravité d'un comportement criminel fondamental. Les juges dissidents ont souligné que le recours à des hypothèses pour invalider des lois transformerait l'article 12 de la Charte en arme contre le processus décisionnel démocratique, ce qui permettrait aux tribunaux d'invalider les choix du Parlement en fonction de scénarios hypothétiques plutôt que de préjudices réels.
Au lieu de répondre à la décision dans l'affaire Senneville avec discipline, en clarifiant les définitions des infractions, en limitant l'application ou en adoptant un mécanisme très ciblé, le gouvernement a choisi une voie très différente. Le projet de loi ne corrige pas un problème relevé par la cour. Il se fonde sur l'affaire Senneville comme couverture politique pour promouvoir un objectif idéologique de longue date: l'élimination systématique des peines minimales obligatoires. Autrement dit, une décision contestée et fortement partagée de la Cour suprême, à cinq voix contre quatre, est maintenant devenue l'excuse d'un recul législatif radical.
Le projet de loi n'est pas conforme à la Charte. C'est une capitulation, une renonciation à l'autorité du Parlement fondée sur l'interprétation la plus large du pouvoir judiciaire, même si la Cour nous a mis en garde contre cette interprétation. Ce n'est pas à cela que ressemble un processus législatif responsable et ce n'est pas ce à quoi les Canadiens s'attendent de la Chambre.
Comme l'a souligné le juge en chef Wagner, avec les juges Côté, Rowe et O'Bonsawin, l'utilisation d'hypothèses très incertaines pour démanteler les choix du Parlement en matière de détermination de la peine risque de miner la responsabilité démocratique elle-même. Les juges dissidents ont déclaré clairement que le Parlement n'a pas l'obligation constitutionnelle d'imposer une peine pour les cas les moins graves que l'on puisse imaginer. À elle seule, cette phrase démantèle la théorie libérale du droit pénal.
Les juges dissidents vont plus loin, en affirmant qu'avec l'approche de la majorité, on risque de voir l'article 12 être constamment utilisé comme prétexte pour invalider des sanctions démocratiquement promulguées, peu importe les préjudices réels. Les juges dissidents affirment que les peines minimales ont une fonction d'expression et de dénonciation. Elles communiquent le jugement moral de la société et ne se limitent pas à une simple évaluation actuarielle des risques. Surtout, les juges dissidents ont reconnu que le pouvoir discrétionnaire judiciaire existe déjà dans le processus pénal, soit dans les décisions relatives aux mises en accusation, les choix des procureurs, les négociations de plaidoyer et les peines supérieures à la peine minimale. Autrement dit, les juges dissidents reconnaissent ce que le gouvernement refuse d'admettre: le système dispose déjà de mécanismes et le Parlement peut s'en servir. C'est là que le projet de loi s'écroule comme un château de cartes.
La Cour suprême a indiqué à maintes reprises que des mécanismes soigneusement mis au point peuvent préserver les peines minimales obligatoires tout en prévenant les peines exagérément disproportionnées. L'opinion dissidente dans l'arrêt Nur, rendu par la Cour suprême en 2015, l'affirme explicitement, en soulignant que les infractions mixtes et le pouvoir discrétionnaire des procureurs constituent des mécanismes légitimes pour prévenir des résultats injustes.
Le projet de loi ne prévoit aucun mécanisme clair, aucune disposition ne l'emportant sur le précepte de proportionnalité, aucune disposition relative aux circonstances exceptionnelles et aucune directive aux tribunaux sur la manière dont le Parlement s'attend à ce que les peines minimales soient appliquées. Il n'est pas sérieux de prétendre qu'un projet de loi libéral sur la criminalité protège les victimes alors qu'il affaiblit systématiquement les peines. Pour les victimes, la criminalité n'est pas un concept abstrait abordé dans le cadre d'un séminaire sur la Charte. Elle se traduit concrètement par la peur, la perte, le traumatisme et des séquelles durables. L'objectif des peines minimales obligatoires est d'assurer la certitude, la dénonciation et la confiance du public, qui font cruellement défaut après 10 ans de politiques libérales inefficaces. Un gouvernement qui sape la capacité du Parlement à établir des conséquences claires envoie aux collectivités le message que la responsabilité en matière pénale est négociable.
Les députés ont le choix. Nous pouvons continuer sur la voie tracée par les libéraux, qui consiste à adopter des lois en matière pénale qui ne résistent pas à l'épreuve constitutionnelle, qui donnent lieu à des litiges et qui laissent les victimes pour compte, ou nous pouvons réaffirmer une vérité démocratique fondamentale: le Parlement établit les lois, les tribunaux les appliquent et la Charte protège contre les excès réels, et non contre le malaise politique. Le projet de loi , tel qu'il est rédigé, ne satisfait pas à cette exigence.
Nous devons aussi tenir compte du contexte dans lequel nous débattons du projet de loi . Les Canadiens n'ont pas la berlue. Ils ne sont pas mal informés. Ils réagissent aux faits. Après près d'une décennie de politiques de capture et de remise en liberté, l'abrogation des peines minimales obligatoires et une longue série de réformes libérales du système de justice pénale, les Canadiens ont peur, et non sans raison. Depuis 2015, la traite des personnes a augmenté de plus de 80 %. Les agressions sexuelles ont augmenté de près de 76 %. Dans l'ensemble, les crimes violents ont augmenté de plus de 50 %. Ce ne sont pas des notes de discours. Ce sont les données de Statistique Canada.
Les peines obligatoires ne sont pas facultatives et ne devraient jamais l'être. Le Parlement n'a pas imposé ces peines à la légère ou par accident. Elles ont justement été instaurées parce que certains crimes sont tellement graves, dangereux et destructeurs que le Parlement a déterminé que l'incarcération doit être la norme de base, et non l'exception. C'est pourquoi il est si troublant que, même si le projet de loi contient des mesures que nous pouvons dire constructives, le gouvernement insiste pour les intégrer dans un cadre plus large et laxiste en matière de criminalité qui mine leur efficacité.
Certains éléments du projet de loi vont dans la bonne direction. Interdire la création et la distribution d'hypertrucages est une mesure nécessaire et attendue depuis longtemps. Nous sommes heureux que le gouvernement ait enfin adopté la teneur du projet de loi d'initiative parlementaire de ma collègue de , le projet de loi , qui vise à protéger les Canadiens contre cette nouvelle forme d'exploitation insidieuse. Établir des exigences de déclaration obligatoire pour le matériel d'abus pédosexuel, une mesure également inspirée du projet de loi de la députée, est aussi une étape nécessaire.
Je suis également heureux de voir que le gouvernement adopte enfin une approche que les conservateurs réclament depuis le début en désignant le meurtre d'un partenaire intime comme un meurtre au premier degré. Mon collègue de défend cette réforme dans son projet de loi d'initiative parlementaire.
Ces mesures positives n'excusent pas le reste. Malgré ces ajouts, le projet de loi s'inscrit dans la tendance des libéraux à affaiblir la responsabilité. Le projet de loi permettrait aux juges de ne pas tenir compte de pratiquement toutes les peines d'emprisonnement obligatoires prévues dans le code, à l'exception de celles pour deux crimes, c'est-à-dire le meurtre et la trahison, ce qui inclut les peines obligatoires pour les agressions sexuelles graves perpétrées avec une arme à feu, la traite des personnes, l'extorsion perpétrée avec une arme à feu, la décharge d'une arme à feu depuis une voiture et des infractions multiples liées aux armes à feu. Si les juges sont autorisés à simplement ne pas appliquer ces peines, elles n'ont rien d'obligatoire, point final. Ce n'est pas une réforme. Une telle mesure revient à renoncer à notre responsabilité. Si le gouvernement prenait au sérieux la sécurité publique, il purgerait le projet de loi de son libellé toxique et permettrait au Parlement de travailler de manière constructive sur les dispositions qui protègent véritablement les Canadiens.
Les conservateurs estiment que le Parlement doit se ranger du côté des victimes, et non de celui des échappatoires juridiques. Nous croyons que la responsabilité doit être réelle, et non facultative. Nous croyons que le rôle de la Chambre est de protéger les Canadiens, et non de justifier son inaction. Le projet de loi peut être amélioré, mais seulement si les libéraux sont prêts à abandonner leur réflexe de laxisme envers la criminalité et à prendre la sécurité publique au sérieux, pour faire changement.
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Madame la Présidente, je suis heureux de prendre la parole pour le Bloc québécois sur cet important projet de loi aujourd'hui. Je suis partagé entre être heureux ou étonné du discours du collègue qui m'a précédé. Ce dernier fait d'ailleurs un travail remarquable à plusieurs égards au Comité permanent de la justice et des droits de la personne. Cependant, nos collègues conservateurs ralentissent malheureusement depuis des mois les travaux du Comité en faisant de l'obstruction systématique sur le projet de loi .
Ils sont contre le projet de loi . On le comprend et ils en ont le droit, sauf qu'il faut que nous avancions quand même. Ce faisant, ils retardent les travaux sur le projet de loi . Ils retardent également les travaux que nous allons devoir faire sur le projet de loi . Ce sont trois importants projets de loi et il y en a d'autres. Le Comité est plutôt gâté cette année, car ce sont trois pièces législatives majeures proposées par le gouvernement. Elles sont retardées parce que nos collègues conservateurs, qui disent qu'il faut accélérer les travaux, les ralentissent pourtant en comité.
J'ai envie de reprendre un peu ce que mon collègue disait dans son discours: il faut passer aux gestes et laisser faire les belles paroles, ou en tout cas les mettre de côté un moment. Il faut agir. J'ai envie de voir mes collègues conservateurs agir parce que j'ai envie de voir le projet de loi être adopté, ainsi que le projet de loi . Le projet de loi , que nous sommes en train d'étudier aujourd'hui, m'apparaît être un projet de loi tout aussi important que les deux autres.
J'annonce d'emblée que le Bloc québécois va être favorable à ce qu'on adopte ici, à l'étape de la deuxième lecture, le projet de loi C‑16 pour qu'on puisse l'étudier en comité et le faire adopter le plus rapidement possible. C'est pour ça que nos électeurs nous ont élus, tous partis confondus, et c'est ça que le Bloc québécois souhaite qu'on fasse.
Le projet de loi est un projet de loi qu'on pourrait qualifier de projet de loi « fleuve ». De mémoire, je pense qu'il a 166 pages et qu'il traite d'un bon nombre de sujets. Nous en avons répertorié certains qui méritent, à mon avis, l'attention de la Chambre.
D'abord, la problématique des comportements contrôlants et coercitifs a fait l'objet déjà de quelques projets de loi qui, malheureusement, ont avorté pour toutes sortes de bonnes ou de mauvaises raisons. Le dernier en lice est mort au Feuilleton le printemps dernier, puisqu'on a déclenché des élections en avril 2025 avant de l'avoir adopté au Sénat, où il était rendu après avoir été adopté ici, à la Chambre des communes.
On revient donc avec des dispositions sur cette problématique. J'espère que cette fois, malgré les manœuvres dilatoires de nos collègues conservateurs au Comité permanent de la justice et des droits de la personne, nous allons être capables de travailler et d'adopter ces mesures législatives. Les Québécois, les Québécoises, les Canadiennes et les Canadiens, tous nos électeurs le demandent et sont en droit de s'attendre à un travail sérieux et diligent de notre part.
Effectivement, en ce qui concerne les comportements contrôlants et coercitifs, on le sait: la société change. Elle change en bien à plusieurs égards, mais elle apporte également un bon nombre de défis nouveaux. Cette problématique des relations entre des partenaires intimes a évolué dans le temps pour toutes sortes de raisons. Je ne suis pas sociologue et je n'expliquerai donc pas tous les changements de la société. Cette problématique a donc évolué et on se retrouve aujourd'hui avec une augmentation des cas où un des deux partenaires dans une relation de couple va exercer un contrôle sur l'autre jusqu'au point de brimer non seulement les droits et libertés de l'autre individu, mais aussi de brimer sa sécurité et sa paix d'esprit et, quelquefois même, de porter atteinte à sa sécurité physique. On ne peut pas tolérer ça dans une société libre et démocratique.
Je ne veux pas répéter ce qui a été dit à de nombreuses reprises au cours des dernières années sur le même problème, mais je pense qu'il est temps qu'on exerce un certain contrôle sur ces questions, qu'on criminalise de tels comportements et qu'on les endigue du mieux qu'on peut. Évidemment, il y aura toujours une partie du travail qui va devoir être fait par la branche exécutive et les policiers. Aux parlements provinciaux, comme l'Assemblée nationale à Québec, on va devoir tous se pencher sur ces problématiques. Le gouvernement fédéral peut tout de même envoyer un signe clair par les modifications au Code criminel.
Je suis donc bien heureux de voir qu'on reprend cette problématique. Au Bloc québécois, nous sommes d'accord sur ça: c'est important et nous allons être en faveur du projet de loi.
Il y a également la question des féminicides. Il va falloir s'entendre sur la définition de ce qu'est un féminicide. Les dictionnaires proposent une définition qui ressemble à ceci: un crime commis contre une femme pour la seule raison que c'est une femme. On comprendra que ça n'a aucun bon sens.
Nous sommes évidemment favorables à la lutte contre ce genre d'attitude rétrograde et bornée qui d'aucune façon ne doit être permise dans notre société.
Il y a également l'autre définition du féminicide, où on parle de tous les crimes commis contre des femmes. Évidemment, la problématique peut être très différente. Je n'ai pas la solution, je dis seulement qu'il faudrait réfléchir à appeler les choses par leur nom. Je pense à la tragédie de Polytechnique, qui s'est produite il y a longtemps. Un individu est entré dans une classe et a tué des femmes qu'il ne connaissait pas pour la seule raison que c'était des femmes. À mon avis, c'est de toute évidence un féminicide.
Maintenant, il y a d'autres situations où des individus tuent leur conjointe. Souvent, c'est en bonne partie parce qu'ils exerçaient au préalable un comportement contrôlant et coercitif à l'égard de leur conjointe. L'individu sent qu'il va perdre ce pouvoir et, dans un moment de colère, ou pour toutes sortes d'autres raisons, il tue sa conjointe. Ce n'est pas plus acceptable. Nous devons lutter contre ces deux comportements. Avec le projet de loi , on s'apprête à créer des dispositions pénales majeures et claires. Toutefois, il y a aussi un problème, ou en tout cas un défi, en matière d'éducation dans nos sociétés.
Ma conjointe a été enseignante durant toute sa carrière. Ceux qui regardent mes cheveux blancs doivent se dire qu'elle est probablement à la retraite. Ils ont raison. Cependant, elle a quand même de nombreuses années d'expérience. Elle m'a raconté l'évolution, au cours de sa carrière, des relations entre les enfants dans les salles de classe et dans la cour d'école. Je peux dire que, en 2026, on n'est plus où on était en 1980 ou encore en 1960. Les relations sont beaucoup plus complexes.
Les médias sociaux sont maintenant une partie intégrante et quotidienne, voire horaire, de la vie des enfants. Ils sont réceptifs et ils subissent les répercussions, les bons et les mauvais côtés, de ce vaste réseau de communication qu'ils retrouvent sur leur petit téléphone. Ils sont influencés. Nous avons travaillé longtemps et souvent sur des mesures législatives visant à contrôler ce qui circule sur le Web. Il va falloir continuer de le faire. Le projet de loi C‑16 propose d'ailleurs des mesures pour protéger les images intimes, notamment les représentations visuelles, qui sont elles aussi un nouveau phénomène.
On regarde son téléphone, on regarde Facebook et compagnie et on voit des bouts de vidéos et on se dit que c'est tellement effrayant. J'ai appris finalement que la moitié, sinon davantage, de ces vidéos sont faux. Ce sont des montages. Alors, si je vois ça, que je suis influencé et que je me dis que ça n'a pas de bon sens que ça arrive, imaginons une petite fille de 6 ans ou un petit garçon de 12 ans ou de 8 ans qui regarde ces vidéos. Ça peut avoir une influence importante sur eux, et, malheureusement, c'est souvent une influence négative.
On dit qu'il va falloir non seulement interdire la diffusion d'images intimes, mais également les représentations visuelles d'une personne qu'on peut identifier comme étant nue. Ce sont des mesures importantes du projet de loi C‑16. Il y a toutes sortes d'autres mesures visant le contrôle.
Je reviens à la question des féminicides. Il faut sévir contre ça. Le projet de loi C‑16 nous dit que ces crimes vont être traités comme des meurtres au premier degré. C'est une bonne nouvelle. Si une personne tue sa conjointe parce que ça fait des mois ou des années qu'il exerce un contrôle et qu'il sent qu'il va le perdre parce que sa conjointe veut se séparer, par exemple, je pense qu'on peut facilement assimiler cela à une préméditation et considérer cela comme étant un meurtre au premier degré. Je salue cette mesure, et le Bloc québécois, dans son ensemble, salue cette disposition.
Il y a aussi la question de la définition du harcèlement. Auparavant, on disait que, pour que du harcèlement soit du harcèlement criminel, il fallait faire la preuve que la victime craignait de façon subjective pour sa sécurité. Évidemment, cela engendrait de longs interrogatoires et contre-interrogatoires des victimes. On tentait de prouver que la victime avait vraiment eu peur ou qu'elle n'avait pas eu peur, mais qu'elle s'était dit par après qu'elle aurait pu avoir peur. On contre-interrogeait longuement la victime pour essayer de mettre en doute la crainte qu'elle avait.
Je dirais que c'est presque indécent de faire cela quand on a une victime d'un comportement qu'on peut assimiler à du harcèlement criminel. Je pense qu'on doit avoir davantage de compassion pour les victimes. Selon ce que le projet de loi prévoit, si le comportement de l'individu en question peut être raisonnablement interprété comme du harcèlement ou s'il peut faire croire à la victime que sa sécurité ou celle d'une personne de son entourage est en danger, c'est la preuve que cela constitue du harcèlement criminel. Selon nous, c'est également une bonne nouvelle et nous allons être tout à fait d'accord sur cela.
Il y a aussi la question du recrutement des personnes de moins de 18 ans. C'est un problème majeur, c'est un autre enjeu. On aurait pu faire plusieurs projets de loi avec le projet de loi C‑16. Notre collègue conservateur a dit qu'il aurait pu être scindé. Je suis un peu d'accord, mais il faut agir rapidement, il faut traiter ces problématiques. Nous en avons déjà parlé longuement à plusieurs reprises. Passons à l'action. Je salue la décision du de passer à l'action concernant ces problématiques.
Le recrutement d'une personne de moins de 18 ans, on en parlait encore l'an dernier. J'en ai parlé à plusieurs reprises avec le ministre. On a vu des cas de jeunes de 13 ou de 14 ans, parfois même plus jeunes, qui sont recrutés par des organisations criminelles pour commettre des crimes. On leur dit que, s'ils veulent de l'argent, il n'y a pas de problème, ils doivent commettre tel ou tel crime, poser tel ou tel geste, et on va les payer. On leur dit de ne pas s'en faire s'ils se font attraper, parce que les sentences pour les mineurs sont moins sévères que pour les personnes majeures. Le criminel n'a pas à faire face aux conséquences des crimes qu'il veut commettre puisqu'il le fait faire par un jeune de moins de 18 ans. C'est odieux et c'est inacceptable. Il faut sévir contre ça. J'avais proposé au ministre que l'individu qui engage un jeune pour commettre un crime soit lui-même assujetti au double de la peine qui lui aurait été imposée s'il l'avait commis lui-même. Il faut être sévère.
Le projet de loi ne va pas aussi loin, on parle d'une peine maximale de cinq ans. Nous allons en discuter en comité. J'aurai peut-être des amendements à proposer, mais on va dans la bonne direction. Il faut lutter contre ça. Le Bloc québécois se range aux côtés du ministre dans cette lutte et nous proposerons peut-être à ce sujet des mesures encore plus sévères, comme je le disais.
Il y a la question des peines minimales d'emprisonnement, qui est une longue saga. Je ne peux pas parler de ce qui se passait avant, mais depuis que je suis ici, soit depuis 10 ans, j'assiste à une espèce de conflit de valeurs ou conflit de vision entre les libéraux et les conservateurs. Les libéraux sont en faveur de la libération des gens qui sont accusés d'infraction criminelle à la première occasion venue. C'est un processus sur lequel je suis plutôt d'accord. Cependant, les conservateurs, eux, disent à l'opposé qu'il faut les garder incarcérés jusqu'au procès, après lequel on verra s'ils sont coupables ou pas. Je ne suis pas tout à fait d'accord sur cela.
Oui, il faut améliorer la sécurité dans nos rues. Il faut renforcer le sentiment de sécurité des citoyennes et des citoyens qui circulent dans nos rues partout au Québec comme au Canada. Les peines minimales prévues au Code criminel peuvent avoir une influence.
J'avais proposé une idée qui venait d'un témoin expert que j'avais assigné à comparaître à une réunion précédente du Comité permanent de la justice et des droits de la personne il y a deux ou trois ans. Il s'agit d'une professeure d'université à qui j'avais posé une question. Comme on l'a vu, les peines minimales qui avaient été imposées par les conservateurs quand ils étaient au pouvoir ont été interdites ou annulées par la Cour suprême. Les libéraux les ont abolies avec raison, puisque la Cour suprême leur disait de les abolir. Maintenant, on veut les rétablir.
J'avais demandé à cette experte s'il y avait un juste milieu, un compromis entre les deux. Je lui ai demandé si on pouvait établir des peines minimales pour les situations où on pense que ce sera utile pour envoyer un signal clair au monde criminel quant au fait que ce n'est pas acceptable, tout en permettant aux juges, aux tribunaux qui entendent la preuve de déroger, dans un cas donné, aux peines minimales, mais seulement dans des circonstances exceptionnelles qui méritent cette dérogation.
Cela force le tribunal à se justifier. S'il déroge d'une peine minimale de 5 ou 10 ans, par exemple, il doit indiquer les raisons pour lesquelles il le fait. En quelques paragraphes voire quelques pages, il doit expliquer pourquoi, dans le cas en question, la peine minimale n'a aucun bon sens. Le ministre a retenu cette voie et j'en suis bien heureux. On n'en parle pas exactement comme je l'avais suggéré, mais je pense que c'est intéressant comme avenue. On dit que le tribunal pourra y déroger si ça constitue une peine cruelle et inusitée. Le concept des peines cruelles et inusitées existe déjà et on va l'appliquer à une dérogation aux peines minimales qu'on va rendre obligatoires. J'accueille ça avec beaucoup d'enthousiasme.
Nous allons voir comment ça va se passer en comité. J'aurai, là aussi, des amendements à proposer fort probablement. Nous allons voir ce que nos collègues conservateurs et libéraux vont en dire, parce que je pense que lorsqu'il y a de bonnes discussions au Comité permanent de la justice et des droits de la personne, la lumière finit souvent par jaillir. Peut-être qu'après avoir entendu d'autres témoins et avoir entendu nos collègues, nous en viendrons à trouver des solutions ou des avenues autres, et ce sera tant mieux. Nous verrons. Cependant, il faut y travailler et je suis vraiment content de voir que le ministre s'attaque à ce problème.
Ensuite, il y a la question des délais déraisonnables. Comme on le sait, les procès étaient souvent tenus dans des délais qui n'avaient aucun bon sens. La Cour suprême, à un moment donné, a décidé de mettre un terme à ça dans la fameuse décision, l'arrêt Jordan. Elle a dit qu'un procès devant la Cour du Québec devrait être tenu dans un délai de 18 mois, et qu'un procès devant une cour supérieure devrait l'être dans un délai de 30 mois. Ce sont des barèmes que la Cour suprême a établis et qui ont du sens. Je suis le premier à être d'accord sur ces délais. Je pense qu'on se doit, tant pour la victime que pour le criminel, de régler la question de la culpabilité dans un délai suffisamment court, sans toutefois être expéditif. On s'entend sur le fait qu'on ne veut pas accuser quelqu'un d'un crime et le pendre la semaine d'après. Il faut prendre le temps de faire un procès, entendre des témoins, avoir toute la preuve et rendre une décision qui soit juste et raisonnable. Cependant, il faut le faire dans un délai juste et raisonnable.
La personne qui est victime d'un crime et qui voit le procès contre son agresseur durer trois, quatre ou cinq ans a le droit, à un moment donné, de dire que, pour elle, justice n'est pas rendue. Elle a le droit de dire que, quelle que soit la décision qui sera prise, ce n'est pas ça, la justice. La décision doit être rendue dans un délai beaucoup plus raisonnable. Une personne accusée d'un crime qu'elle a effectivement commis et qui sera reconnue coupable, ça ne la dérange pas trop que ça prenne du temps, d'autant plus que, si elle est détenue durant cette période, ce temps sera comptabilisé dans sa peine. Avant, cela comptait en double; maintenant, c'est compté aux deux tiers. Quoi qu'il en soit, cela peut faire son affaire. Toutefois, imaginons un peu qu'un individu est accusé d'un crime qu'il n'a pas commis et qu'à la fin du procès, on en vienne à la conclusion que ce n'est pas lui et qu'on l'acquitte. Cet individu aura dû attendre trois ou quatre ans, par exemple, avant d'être déclaré non coupable. Ça non plus, ça n'a pas d'allure. Ça n'a donc pas de sens pour les victimes, ça n'a pas de sens pour les accusés et ça n'a pas de sens pour la société. Nous devons travailler dans le but d'être plus efficaces.
Au Bloc québécois, nous proposions de déroger au délai raisonnable en utilisant la disposition de dérogation, qui permet de légiférer au contraire de ce que la Charte nous dit. Il ne faut pas oublier que les délais raisonnables, c'est dans la Charte. La Cour suprême a établi ce qu'est un délai raisonnable, mais la notion de délai raisonnable est dans la Charte. Nous proposions donc de recourir à la disposition de dérogation pour des crimes spécifiques qui sont plus graves. Le ministre nous a dit non, qu'on allait plutôt considérer dans le calcul des délais des facteurs qui n'étaient peut-être pas toujours pris en compte, comme la complexité de l'affaire et d'autres questions.
Mon temps de parole est écoulé, mais j'aimerais terminer en disant que j'accueille favorablement cette proposition dans le projet de loi . Nous allons en discuter et essayer de trouver des avenues pour que l'ensemble de la population du Québec, des provinces et du Canada puisse être fier de notre travail et se trouver en sécurité dans notre société.
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Madame la Présidente, je tiens d'abord à souhaiter une bonne année à tous. C'est un véritable plaisir d'être de retour à la Chambre avec tous mes collègues pour faire notre travail important au nom des Canadiens.
Je partagerai mon temps de parole avec la merveilleuse députée de .
Je prends la parole pour appuyer fermement le projet de loi , Loi visant à protéger les victimes, l'une des plus importantes mises à jour du Code criminel du Canada depuis des générations.
En tant que députée de Davenport, une circonscription diversifiée du centre-ville de Toronto qui compte des familles provenant des quatre coins du monde, j'entends régulièrement des concitoyens me dire qu'ils sont profondément préoccupés par les problèmes de sécurité dans leur collectivité: des parents qui s'inquiètent de la sécurité de leurs enfants sur Internet, des femmes qui me disent qu'elles ne se sentent pas en sécurité lorsqu'elles marchent seules le soir et des victimes de violence entre partenaires intimes qui racontent qu'elles vivent dans la peur même après avoir quitté une relation violente. Ce ne sont pas là des questions de politique abstraites, mais des expériences vécues par les gens que je représente. Or, le projet de loi dont nous sommes saisis répondrait directement à leurs préoccupations.
Le projet de loi est la troisième mesure législative de premier ordre en matière de justice pénale que le présente à la Chambre. L'an dernier, en septembre, il a déposé le projet de loi , Loi visant à lutter contre la haine, dans le but de protéger les groupes confessionnels contre les crimes haineux et l'intimidation. En octobre, il a présenté le projet de loi , Loi sur les mesures de réforme concernant la mise en liberté sous caution et la détermination de la peine, qui imposerait des peines plus sévères aux récidivistes violents et soumettrait ces derniers à des conditions plus strictes en matière de liberté sous caution. Ces deux projets de loi ont reçu un fort appui de la part des forces policières de ma ville, Toronto, tant du côté du Service de police de Toronto que de l'association des policiers de Toronto. Les policiers demandent que les projets de loi soient adoptés rapidement afin de donner aux forces de l'ordre les outils dont elles ont besoin pour assurer la sécurité de nos collectivités.
J'espère que les députés se joindront à moi pour faire adopter rapidement ces trois mesures législatives essentielles. J'ai entendu une bonne nouvelle plus tôt aujourd'hui: l'étude du projet de loi par le comité de la justice progresse très vite. C'est vraiment une excellente nouvelle. Les réformes proposées dans ces projets de loi enverraient clairement le message que le gouvernement assure la sécurité des Canadiens, qu'il protège les personnes vulnérables et qu'il veille à ce que les criminels subissent pleinement les conséquences de leurs actes.
Les statistiques concernant la violence faite aux femmes et aux filles sont accablantes. Rien qu'en 2024, on a dénombré 100 victimes de violence entre partenaires intimes au Canada, soit une augmentation par rapport à l'année précédente. Derrière ces chiffres se cache une fille, une mère, une sœur ou une amie: une personne dont la vie a été fauchée par la violence fondée sur le contrôle et la peur.
Nous savons que la violence entre partenaires intimes suit souvent un schéma. Elle commence par le contrôle: isoler la victime de sa famille et de ses amis, surveiller chacun de ses gestes ou contrôler ses finances. Trop souvent, ce contrôle coercitif dégénère en violence physique et se termine tragiquement. Le projet de loi s'attaquerait de front à cette réalité en créant une infraction criminelle pour le contrôle coercitif et en reconnaissant que la violence entre partenaires intimes ne commence pas la première fois qu'une personne subit des violences physiques, mais dès qu'un comportement contrôlant qui se répète prive quelqu'un de sa liberté et de sa dignité.
La mesure législative porte également sur le féminicide, soit le meurtre de femmes parce qu'elles sont des femmes, en particulier dans le contexte de la violence entre partenaires intimes, comme un meurtre au premier degré. Lorsqu'une personne tue son partenaire intime alors qu'elle avait déjà un comportement manifestement contrôlant ou coercitif, ce crime mérite d'être traité avec la plus grande sévérité, et je suis très heureuse que nous l'ayons élevé au rang de meurtre au premier degré. Je dirais qu'il était grand temps.
Le projet de loi renforcerait également l'infraction de harcèlement criminel en supprimant la nécessité, dans le cas d'une infraction de harcèlement criminel, de prouver que la victime craignait subjectivement pour sa sécurité. Le critère serait plutôt de savoir s'il est raisonnable de s'attendre à ce que le comportement en cause pouvait raisonnablement faire croire à la victime que sa sécurité était en danger. Ce changement aurait pour conséquence que les victimes n'auraient pas à démontrer qu'elles avaient peur. L'accent serait mis sur la conduite du délinquant.
Le projet de loi s'attaquerait également aux diverses formes de violence sexuelle en ligne. La technologie offre aux délinquants de nouvelles façons de perpétrer de la violence sexuelle, et nos lois doivent y remédier. Le projet de loi C‑16 criminaliserait la distribution non consensuelle d'hypertrucages sexuels, d'images ou de vidéos générées par l'intelligence artificielle montrant une personne dans des scénarios sexuellement explicites sans son consentement. Ces hypertrucages peuvent détruire des réputations, causer de graves dommages psychologiques et, dans certains cas, servir à extorquer de l'argent à des victimes. Nos lois doivent être à la hauteur de cette réalité troublante.
Le projet de loi augmenterait également les peines pour les infractions sexuelles, y compris la distribution d'images intimes sans consentement, l'exposition à des agressions sexuelles et le voyeurisme. Ces crimes causent des traumatismes durables, et les peines doivent en refléter la gravité.
J'ai passé des années à travailler avec des familles de Davenport, et rien n'est plus important pour moi que d'assurer la sécurité des enfants. L'exploitation des enfants, que ce soit en ligne ou en personne, est l'un des crimes les plus horribles que l'on puisse imaginer. Comme on le sait, le matériel d'abus et d'exploitation pédosexuels prolifère en ligne à un rythme alarmant. Les prédateurs se servent d'Internet pour leurrer, manipuler et exploiter les enfants, et nos lois n'ont pas évolué au même rythme que ces menaces. Le projet de loi renforcerait les peines minimales obligatoires pour les personnes qui créent, possèdent ou distribuent du matériel d'abus et d'exploitation pédosexuels en rétablissant notamment 13 peines minimales obligatoires pour des infractions sexuelles contre des enfants qui ont déjà été invalidées par les tribunaux.
Je sais que certaines personnes remettent en question les peines minimales obligatoires, mais je tiens à être claire: lorsqu'il s'agit de prédateurs qui s'en prennent à des enfants, qui créent et qui distribuent des images des mauvais traitements qu'ils commettent, il faut qu'il y ait des conséquences. Dans les rares cas où l'application d'une peine minimale obligatoire serait manifestement disproportionnée, les tribunaux auraient toujours la possibilité d'imposer une autre peine d'emprisonnement, mais les personnes reconnues coupables de ces crimes odieux continueraient à être condamnées à la prison.
Nous renforcerons également nos lois pour réprimer le leurre d'enfant et la sextorsion en ligne, en rendant illégale la menace de distribuer du contenu pédosexuel. Cette mesure répond directement à l'augmentation dévastatrice des cas de sextorsion où des prédateurs ciblent des enfants en ligne, les manipulent pour qu'ils envoient des images explicites et menacent ensuite de transmettre ces images à d'autres personnes si l'enfant ne se plie pas à d'autres exigences.
Le projet de loi criminaliserait également la distribution de représentations d'actes de bestialité utilisées par des prédateurs pour manipuler et exploiter des enfants, et créerait aussi une nouvelle infraction qui cible les adultes qui recrutent des enfants, exercent des pressions sur eux ou leur conseillent de commettre des crimes, ce qui protégerait nos jeunes contre l'exploitation à des fins criminelles, un sujet dont j'entends beaucoup parler dans ma circonscription, Davenport. Enfin, nous renforcerions les obligations des fournisseurs de services Internet grâce à la Loi sur la déclaration obligatoire, afin de lutter contre la distribution de matériel d'abus pédosexuels. En effet, les plateformes en ligne doivent faire partie de la solution.
Depuis trop longtemps, notre système de justice ravive le traumatisme des victimes. Le projet de loi créerait de nouveaux droits pour les victimes, y compris le droit d'être traitées avec respect et celui de voir leurs cas être réglés rapidement. Les mesures visant à faciliter le témoignage seraient automatiquement accessibles, ce qui améliorerait l'accès à l'information et augmenterait les exigences que les avocats de la défense doivent satisfaire pour accéder aux dossiers thérapeutiques et aux communications personnelles des victimes. Comme l'a signalé l'ombudsman fédéral des victimes d'actes criminels, les victimes de violence sexuelle méritent mieux.
En ce qui concerne les délais judiciaires, nous demandons aux tribunaux d'envisager d'autres solutions que la suspension de l'instance, tout en simplifiant les procédures. Nous encourageons la déjudiciarisation dans les affaires à faible risque afin de libérer des ressources pour la poursuite des crimes violents plus graves, car justice différée est justice refusée.
Je veux revenir à mes concitoyens de Davenport. Dans ma circonscription, des femmes ont peur de se sortir d'une relation de violence parce qu’elles ne croient pas que le système de justice saura les protéger. Des enfants sont la cible de prédateurs en ligne. Des aînés ont été victimes d’extorsion et d’intimidation. Ces Canadiens ont droit à un système de justice qui les protège, qui les traite avec dignité et qui tient les agresseurs responsables de leurs actes. C'est ce que le projet de loi permettrait de faire. Sans offrir une solution parfaite, car aucune mesure législative ne peut à elle seule régler tous les problèmes du système de justice, le projet de loi apporterait des améliorations concrètes et significatives.
Je sais que certaines dispositions susciteront des discussions. Si le projet de loi passe à l'étape de l'étude par le comité comme je l'espère, j'encourage tous les députés à participer activement à l'examen de la mesure législative et à proposer des amendements qui la renforceraient. Nous ne pouvons pas demeurer les bras croisés. Nous ne pouvons pas continuer à lire des reportages sur des femmes tuées par leur partenaire intime, ni sur des enfants exploités en ligne, ni sur des délinquants violents qui récidivent à leur sortie de prison.
Le projet de loi est avant tout une question de valeurs. Il fait passer la sécurité des victimes avant les intérêts des prédateurs, il reconnaît la violence contre un partenaire intime comme un crime grave et vise à protéger les enfants contre toute forme d'exploitation. Tous les Canadiens méritent de vivre à l'abri de la violence et de la peur. Tous les enfants méritent de grandir en sécurité. Toutes les victimes méritent d'être entendues et respectées. Le projet de loi nous rapprocherait de cet idéal. Envoyons un message clair: la violence faite aux femmes et aux enfants ne sera pas tolérée, les prédateurs subiront les conséquences de leurs actes et les victimes seront entendues, respectées et protégées.
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Madame la Présidente, je prends la parole aujourd'hui pour appuyer sans réserve le projet de loi , Loi visant à protéger les victimes, et pour expliquer pourquoi ce projet de loi est si important. Il revêt une importance capitale pour les habitants de la Nouvelle‑Écosse et de ma circonscription, South Shore—St. Margarets.
J'interviens également aujourd'hui en tant qu'ancienne enseignante et directrice d'école secondaire. Tous les députés peuvent imaginer ce que j'ai pu observer dans ma circonscription en ce qui concerne les enfants.
Ce projet de loi représente l'une des plus importantes mises à jour du système de justice pénale canadien depuis des générations. Son champ d'application est vaste, mais son objectif est clair: lutter contre les formes modernes de violence et d'exploitation, intervenir plus tôt, protéger les victimes et les survivants, et veiller à ce que le système judiciaire canadien soit plus rapide et plus équitable. Le projet de loi atteint cet objectif grâce à ses quatre piliers: la lutte contre la violence fondée sur le sexe et la violence entre partenaires intimes, la protection des enfants contre les prédateurs, le renforcement des droits des victimes et la réduction des délais judiciaires.
Ce travail est urgent en Nouvelle‑Écosse. En effet, notre province affiche l'un des taux les plus élevés de violence fondée sur le sexe au pays. La violence contre un partenaire intime, le harcèlement criminel et le contrôle coercitif sont des réalités persistantes, en particulier dans les collectivités rurales et côtières que je représente. C'est pour cette raison que la Nouvelle‑Écosse est devenue la première province du Canada à déclarer que la violence contre un partenaire intime est une épidémie. Cette déclaration reflétait ce que les survivants, les défenseurs et les travailleurs de première ligne savaient déjà. Cette violence est systémique, récurrente et trop souvent prévisible.
Le projet de loi s'attaque de front à cette réalité. Dans le cadre du premier pilier, le projet de loi prévoit des mesures décisives pour prévenir la violence et empêcher qu'elle ne tourne au drame. Pour la première fois, on créerait dans le droit canadien une nouvelle infraction interdisant l'adoption d'un schéma de comportement contrôlant ou coercitif à l'égard d'un partenaire intime. Les survivants nous ont dit à maintes reprises que la violence est rarement un incident isolé. Elle se caractérise par l'isolement, l'intimidation, la surveillance, le contrôle financier et la manipulation psychologique. Ces comportements privent les gens de leur sécurité et de leur autonomie bien avant l'apparition de la violence physique. En désignant le contrôle coercitif comme une infraction criminelle, le projet de loi C‑16 donnerait aux forces de l'ordre et aux tribunaux un outil pour intervenir plus tôt, alors qu'il est encore possible de sauver des vies.
Ce projet de loi reconnaît également la gravité de la violence motivée par le contrôle et la crainte. Il prévoit que les meurtres commis dans un contexte de contrôle coercitif, de violence sexuelle, de traite des personnes ou de haine sont des féminicides, lorsque la victime est une femme, et sont assimilés à des meurtres au premier degré, même quand il est difficile de prouver que l'auteur a agi avec préméditation et délibérément. Cela reflète la réalité vécue dans de nombreux cas d'homicide d'un partenaire intime, qui ne sont pas des actes spontanés, mais plutôt le point culminant d'un schéma long et documenté de comportements abusifs. Ce projet de loi obligerait également les tribunaux à envisager l'emprisonnement à perpétuité en cas d'homicide involontaire coupable commis dans les mêmes circonstances.
Ces réformes répondent bien au travail effectué sur le terrain par des organismes comme Be the Peace Institute, en Nouvelle‑Écosse. Cet organisme se concentre sur les causes profondes de la violence fondée sur le sexe, les inégalités de pouvoir, les normes et les systèmes de genre rigides qui ne mettent pas les survivants au cœur des préoccupations. Cette approche féministe et intersectionnelle qui tient compte des répercussions des traumatismes nous rappelle que la prévention nécessite un changement structurel, et pas seulement des sanctions après coup. Le projet de loi reflète la même conception en reconnaissant que les schémas de contrôle et d'exploitation sont des formes de violence à part entière.
Je suis également fière d'avoir siégé au conseil d'administration du Second Story Women's Centre, qui vient en aide aux femmes, aux filles et aux personnes de diverses identités de genre dans ma circonscription. Ce centre offre des services de counseling, de défense des droits, de sécurité et de soutien dans la collectivité. J'ai vu de mes propres yeux combien de victimes endurent des années de contrôle coercitif, un acte qui ne correspondait jamais tout à fait aux définitions juridiques auparavant. Le projet de loi contribuerait à combler cette lacune en harmonisant le Code criminel avec les réalités que les victimes et les travailleurs de première ligne ont toujours comprises. Il moderniserait la définition de l'infraction de harcèlement criminel. Il supprimerait l'exigence selon laquelle une victime doit prouver qu'elle craint subjectivement pour sa sécurité et la remplacerait par le critère de la personne raisonnable.
Ce changement est important, notamment pour les victimes qui sont traquées, surveillées ou intimidées et pour celles dont les craintes ont été minimisées ou remises en question dans le passé.
J'ai évoqué plus tôt mon expérience d'éducatrice auprès des jeunes, et je tiens à souligner que le projet de loi , dans le cadre de son deuxième pilier, renforcerait la protection des enfants et des jeunes, en particulier dans le monde de plus en plus numérique dans lequel nous vivons. En tant qu'ancienne éducatrice, je tiens à m'exprimer clairement à ce sujet. Dans les salles de classe, nous constatons chaque jour les conséquences de l'exploitation en ligne: l'anxiété, la honte, l'isolement et la peur.
Le projet de loi modifierait le Code criminel afin de lutter contre des préjudices qui n'existaient pratiquement pas lorsque bon nombre de nos lois ont été rédigées. Il élargirait l'infraction de diffusion non consensuelle d'images intimes afin d'y inclure les images sexuelles hypertruquées générées par l'intelligence artificielle, reconnaissant ainsi que la technologie est utilisée comme une arme contre les jeunes, en particulier contre les jeunes filles. Il criminaliserait les menaces de diffusion de matériel pédopornographique. Il s'attaquerait directement à la sextorsion, qui est l'une des formes d'exploitation des enfants en ligne qui connaissent la croissance la plus rapide.
Le projet de loi élargirait également les infractions en matière de leurre d'enfants et de sextorsion. Il créerait une nouvelle infraction pour le recrutement aux fins d'activité criminelle d'une personne de moins de 18 ans. C'est quelque chose que j'ai vu de mes propres yeux, sur le terrain, pendant mon mandat de directrice d'école. Le projet de loi vise à renforcer les obligations de signalement obligatoire et de conservation des données pour les fournisseurs de services en ligne. Ces mesures prennent en compte les méthodes utilisées de nos jours par les prédateurs pour séduire, manipuler et exploiter les enfants, souvent sur plusieurs plateformes et dans diverses administrations. Le projet de loi rétablirait les peines minimales obligatoires pour les infractions sexuelles contre des enfants, tout en ajoutant une clause de sécurité pour garantir l'équité constitutionnelle. Cela permettrait de répondre à des années d'incertitude juridique en la matière et à l'affaiblissement subséquent des efforts de dissuasion et de responsabilisation à l'égard des crimes les plus graves commis contre des enfants.
Le troisième pilier du projet de loi est axé sur le renforcement des droits des victimes. Le projet de loi améliorerait la Charte canadienne des droits des victimes en affirmant que les victimes doivent être traitées avec respect, courtoisie, compassion et équité. L’équité est un mot clé. Le projet de loi communiquerait des renseignements aux victimes de manière proactive, sans les obliger à naviguer dans des systèmes complexes ou à présenter des demandes officielles. Il élargirait l’accès aux mesures visant à faciliter le témoignage, clarifierait les droits des victimes afin de protéger les déclarations au moment de la détermination de la peine et de la libération conditionnelle et améliorerait l’échange de renseignements sous le régime de la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition.
Ces changements constituent une réponse directe à ce que les victimes nous disent de tous les côtés de la Chambre: le système de justice peut être déroutant, raviver les traumatismes et créer un sentiment d’isolement. Des organismes de ma circonscription, comme Thriving Twogether, un organisme communautaire sans but lucratif du Sud-Ouest de la Nouvelle‑Écosse, font cette constatation tous les jours. Thriving Twogether aide les personnes et les familles touchées par la violence fondée sur le sexe, par la toxicomanie et par la traite des personnes en reconnaissant…