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Madame la Présidente, c'est avec fierté et conviction que je prends la parole aujourd'hui pour appuyer le projet de loi , qui mettra en œuvre l'Accord de partenariat économique global entre le Canada et l'Indonésie. C'est un moment décisif pour le Canada, un moment où il peut choisir l'engagement plutôt que l'hésitation, la diversification plutôt que la dépendance, et l'action plutôt que la rhétorique. C'est l'occasion de montrer que le Canada comprend les réalités économiques du XXI
e siècle et qu'il est prêt à agir de manière décisive en conséquence.
L'économie mondiale est en train de changer, pas graduellement, mais structurellement. La croissance n'est plus concentrée sur un petit nombre d'économies avancées. Elle se tourne vers l'Indo-Pacifique, vers les marchés émergents et vers les économies dont la classe moyenne est en expansion, dont les investissements dans les infrastructures augmentent et dont la demande en nourriture, en énergie, en produits manufacturés et en services est en hausse.
Le Canada ne peut pas se permettre d'être passif dans ce contexte. C'est pourquoi notre nouveau gouvernement va de l'avant. Nous sommes pleinement engagés envers le Canada. Notre économie, nos travailleurs et nos collectivités ont besoin de prévoyance et de mesures délibérées. Le projet de loi représente exactement cela, une décision stratégique visant à ce que les entreprises et les travailleurs canadiens soient en mesure de soutenir la concurrence sur les marchés qui définiront la croissance future.
L'Indonésie est au cœur de cette stratégie. Avec une population de plus de 275 millions de consommateurs potentiels, l'Indonésie est le quatrième pays le plus peuplé au monde et l'une des plus grandes économies de l'Asie du Sud‑Est. C'est un pays qui connaît une urbanisation, une industrialisation et une croissance des revenus rapides. Sa classe moyenne s'élargit de plusieurs millions de personnes chaque année. La demande augmente dans les domaines de l'alimentation, des matières premières, des infrastructures, des technologies propres et des services professionnels — des domaines où le Canada dispose à la fois de capacités et d'une crédibilité à l'échelle mondiale.
Aujourd'hui, les échanges commerciaux entre le Canada et l'Indonésie s'élèvent à environ 6,7 milliards de dollars par année en biens et services. Malgré ce volume, les exportateurs canadiens sont toujours assujettis à des droits de douane qui les désavantagent par rapport à leurs concurrents jouissant déjà d'un accès préférentiel. C'est exactement ce que vient changer le projet de loi . Dans le cadre de l'accord, l'Indonésie éliminera ou réduira les droits de douane sur près de 86 % des lignes tarifaires, soit sur presque toutes les exportations canadiennes actuelles. Il ne s'agit pas de réductions symboliques, mais de changements commerciaux importants qui auront une incidence sur les prix, sur la compétitivité et sur les décisions d'investissement à long terme. Je veux être bien clair: dans le domaine agricole, les droits de douane indonésiens sur les produits canadiens comme le blé, l'orge, les légumineuses et les oléagineux seront réduits ou supprimés.
L'Indonésie est l'un des plus grands importateurs mondiaux de blé et de grains canadiens, réputés pour leur qualité et leur fiabilité. La suppression des droits de douane permet aux agriculteurs canadiens de tirer parti de l'avantage concurrentiel que leur procure l'excellence de leurs produits. Cela revêt de l'importance pour les producteurs de la Saskatchewan, de l'Alberta et du Manitoba, mais aussi pour les cheminots, les exploitants portuaires, les transformateurs et les exportateurs de l'Ontario, du Québec et du Canada atlantique qui font partie de cette chaîne d'approvisionnement.
Dans le secteur agroalimentaire et celui des aliments transformés, la réduction des droits de douane améliore l'accès au marché des produits à valeur ajoutée qui créent des emplois non seulement dans les exploitations agricoles, mais aussi dans les usines de transformation, les centres logistiques et d'autres services à valeur ajoutée. Ces emplois font vivre des localités rurales et urbaines, comme Brampton‑Est, tout en renforçant la sécurité alimentaire au pays et à l'étranger.
Dans le domaine du poisson et des fruits de mer, l'Indonésie applique actuellement des droits de douane pouvant atteindre 15 % sur des produits tels que le homard, le saumon, les pétoncles et le crabe. Cet accord supprimera ou éliminera progressivement ces droits de douane. Pour les pêcheurs et les transformateurs de produits de la mer de Terre‑Neuve‑et‑Labrador, de la Nouvelle‑Écosse, de l'Île‑du‑Prince‑Édouard, de la Colombie‑Britannique et du Québec, cela se traduira directement par une hausse de la marge de profit, une augmentation du volume des exportations et une stabilité accrue pour les emplois saisonniers.
Pour les produits forestiers et dérivés du bois, la réduction des droits de douane renforcera la capacité concurrentielle du bois d'œuvre et des produits de pâte et papier canadiens utilisés dans les secteurs en pleine expansion de la construction et de l'emballage en Indonésie. Les régions de la Colombie‑Britannique, du Québec, de l'Ontario et du Nouveau‑Brunswick qui dépendent de l'industrie forestière en profiteront directement.
Dans le secteur manufacturier, cet accord réduira les droits de douane sur les produits industriels comme la machinerie, les pièces automobiles, les composantes aérospatiales, les produits chimiques et les produits métalliques. Pour les fabricants du Sud de l'Ontario, du Québec, de l'Alberta et du Manitoba, cette entente signifie qu'ils pourront soumissionner pour des projets et des chaînes d'approvisionnement en Asie du Sud‑Est sans se mettre hors jeu en raison de leurs prix.
Dans le domaine des technologies propres et des services environnementaux, l'accord sera avantageux pour les entreprises canadiennes des secteurs des énergies renouvelables, de la réduction des émissions, du traitement des eaux et des infrastructures durables. Au moment où l'Indonésie investit des milliards de dollars dans la transition énergétique et la résilience climatique, les entreprises canadiennes obtiennent un accès prévisible et réglementé au marché.
Cet accord est particulièrement important pour les petites et moyennes entreprises. Les grandes multinationales peuvent absorber les droits de douane, mais ce n'est souvent pas le cas pour les petites entreprises, car des droits de douane d'à peine 5 % peuvent les empêcher d'entrer dans un marché. La suppression des droits de douane réduit les risques initiaux, améliore les flux de trésorerie et permet aux petites entreprises canadiennes de planifier des stratégies d'exportation pluriannuelles et d'embaucher du personnel pour concrétiser leurs projets. C'est ainsi que se traduit concrètement la diversification commerciale. C'est pourquoi elle est plus importante que jamais.
Le nouveau gouvernement s'est engagé à doubler les exportations canadiennes destinées à d'autres pays que les États‑Unis au cours de la prochaine décennie. Le projet de loi est un pas concret vers cet objectif. Le commerce n'est pas un seulement un concept. Le commerce, ce sont des personnes. Ces personnes, ce sont les gens de métiers spécialisés qui voient une demande constante. Ce sont les travailleurs d'usine et les techniciens qui profitent de l'augmentation de la production. Ce sont les travailleurs portuaires, les inspecteurs et les professionnels des transports qui manipulent des volumes croissants de marchandises canadiennes. Ce sont des emplois résilients et productifs sur lesquels reposent des collectivités.
Les producteurs primaires du Canada jouent un rôle essentiel dans cette histoire, et le message que nous avons reçu est clair: ils appuient cet accord. Cereals Canada a qualifié la signature de cet accord d'étape importante et a loué l'engagement du gouvernement à élargir l'accès aux marchés ainsi qu'à créer de nouveaux débouchés pour les exportateurs canadiens. Cet appui trouve un écho en Saskatchewan, en Alberta et au Manitoba, où la production céréalière fait vivre des familles d'agriculteurs, des travailleurs du secteur des transports, des exportateurs et des industries connexes. L'accord solidifie également les chaînes d'approvisionnement qui rejoignent l'Ontario, le Québec et le Canada atlantique, ce qui permettra de tisser des liens entre les collectivités grâce à des emplois stables et à une activité économique accrue.
La création de débouchés en Indonésie offre aux agriculteurs canadiens une plus grande prévisibilité, ce qui leur permet de planifier leurs récoltes sur plusieurs années, d'investir dans des pratiques agricoles durables et de contribuer à la sécurité alimentaire tant au niveau national qu'international. Cela renforce également la réputation du Canada en tant que fournisseur fiable de produits agricoles de haute qualité, issus d'une production éthique. La Wheat Growers Association a qualifié cet accord de victoire pour les agriculteurs de l'Ouest canadien, soulignant la demande croissante de l'Indonésie en céréales de haute qualité et l'importance de la diversification des marchés pour protéger les moyens de subsistance et renforcer la résilience.
Ces enseignements vont bien au-delà de l'agriculture. Ils illustrent comment les accords commerciaux stratégiques profitent à l'économie dans son ensemble, de l'industrie manufacturière aux services, et des zones urbaines aux zones rurales du Canada. Quand les agriculteurs prospèrent, les collectivités prospèrent. Quand les exportateurs se développent, les chaînes d'approvisionnement se développent. Quand le commerce se développe, les possibilités se développent.
Dans les secteurs des protéines et de la fabrication, le Conseil des viandes du Canada et le Conseil canadien du porc ont qualifié cet accord d'occasion historique d'étendre la présence du Canada dans la région indo‑pacifique. Il est clair que, lorsque nous agissons de manière décisive, les avantages se répercutent sur tous les secteurs, toutes les régions et toutes les collectivités, et cela permet aux transformateurs et aux fabricants canadiens d'investir en toute confiance, sachant que les règles commerciales sont claires, prévisibles et équitables.
Je tiens à m'adresser directement aux députés. Je crois profondément en cet accord. J'ai la conviction que le saura de main de maître donner un plus grand rôle au Canada sur la scène mondiale. Tout comme le gouvernement, j'ai la conviction que le Canada doit dialoguer, diversifier ses partenariats et jouer un rôle de premier plan pour assurer sa prospérité à long terme. Je crois aussi aux Canadiens: les entrepreneurs, les agriculteurs, les travailleurs et les innovateurs qui transforment les possibilités en résultats.
Cependant, mes collègues d'en face n'ont pas à me croire sur parole: les Canadiens qui appliqueraient l'accord au quotidien attestent de sa valeur. Les exportateurs, les producteurs, les transformateurs, les fabricants, les petits entrepreneurs et les travailleurs sont fin prêts et ils demandent au Parlement de passer à l'action. Choisir de ne rien faire est une décision, temporiser est une décision, hésiter est une décision, et dans une économie mondiale en rapide évolution, ces décisions ont des conséquences. D'autres pays sont rapidement passés à l'action pour se garantir un accès à des marchés en forte croissance, et le Canada doit suivre leur exemple.
Grâce au projet de loi , les travailleurs canadiens seraient à même de soutenir la concurrence à armes égales, les entreprises canadiennes seraient bien placées pour pérenniser leur réussite, et le Canada demeurerait un partenaire fiable respectueux des règles. Cet accord n'est pas qu'un simple document: c'est un pont entre l'ambition des Canadiens et la demande mondiale, et nous ne nous en tiendrons pas à l'Indonésie.
Nous redoublons d'efforts dans l'ensemble de la région indo-pacifique. Nous établissons de nouveaux partenariats. Nous ouvrons de nouveaux marchés. Nous assurons la place du Canada dans la région économique du monde qui connaît la croissance la plus rapide parce que pour rayonner, il faut agir, parce que pour prospérer, il faut bâtir. Ce n'est pas en restant les bras croisés que nous façonnerons l'avenir du Canada, mais en prenant les devants. Le projet de loi est une déclaration de confiance envers le Canada, envers les travailleurs d'ici, envers les entreprises d'ici et envers notre avenir.
Nous sommes tous là pour le Canada.
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Madame la Présidente, bien sûr, je tiens d'abord à souligner que nous nous trouvons sur le territoire traditionnel du peuple algonquin anishinabe.
J'avais une question pour le que je n'ai pas pu lui poser, mais j'arriverai peut-être à la glisser dans mon discours.
Je suis certaine que, parmi les gens qui regardent le débat d'aujourd'hui à la Chambre des communes du Canada, beaucoup viennent d'Indonésie et s'intéressent à ce que les parlementaires canadiens pensent de leur pays et de cet accord commercial. Par conséquent, je tiens d'abord à exprimer mes sincères condoléances aux Indonésiens qui, la fin de semaine dernière, ont vécu un phénomène météorologique extrême qui a probablement été provoqué par les changements climatiques. Les précipitations extrêmes ont causé des glissements de terrain. À l'heure actuelle, les glissements de terrain survenus à Java-Ouest ont tué au moins 20 personnes, et des dizaines sont toujours portées disparues. Nous sommes conscients des moments difficiles que traversent actuellement les administrations et les collectivités locales, notamment les membres de la marine qui sont toujours coincés en raison des glissements de terrain. C'est un événement horrible.
Voilà qui m'amène à la question que j'allais poser au . Je pense que je vais commencer mon discours sur une interrogation. Nous sommes saisis d'un projet de loi qui semble donner à la Chambre des communes la possibilité d'approuver, de ratifier ou non un traité. D'un point de vue juridique, le Canada et l'Indonésie considèrent probablement que ce traité est entré en vigueur lorsque le et les dirigeants indonésiens ont signé l'accord, en septembre 2025. Je pense que c'est un peu pour la forme, ce qui est d'ailleurs troublant.
Ce que beaucoup de Canadiens ne savent pas, c'est qu'au Canada, chaque gouvernement, chaque dirigeant, le et le Cabinet ont tous le choix. Ils peuvent choisir de soumettre un traité au Parlement pour qu'il soit débattu et mis aux voix ou le faire adopter uniquement par le Cabinet, par le gouverneur en conseil. Dans le cas présent, l'accord de partenariat économique global entre le Canada et l'Indonésie a été signé avant même d'être présenté au Parlement, mais nous débattons actuellement d'un projet de loi qui vise à le mettre en œuvre. C'est une espèce de situation hybride.
Dans le passé, il y a eu de nombreuses occasions où un premier ministre a décidé qu'un traité était si important qu'il fallait en débattre à la Chambre des communes et laisser le Parlement se prononcer sur celui-ci. Je vais comparer deux exemples que je connais très bien. Le premier est celui où l'ancien premier ministre Jean Chrétien a jugé en 1997 qu'il était très important que le Parlement du Canada dans son ensemble débatte du Protocole de Kyoto et se prononce sur celui-ci, ce qui a été la première de nombreuses négociations juridiquement contraignantes sur les changements climatiques qui ont été conclues. Un autre exemple est celui où l'ancien premier ministre Stephen Harper a décidé que le Parlement canadien n'avait pas besoin de débattre d'un accord très dangereux ou de se prononcer sur celui-ci; au bout du compte, cet accord n'a été conclu qu'à la suite d'un vote au Cabinet, par décret.
Cela se rapporte à ce dont je vais continuer de parler ici aujourd'hui. Il s'agit de l'Accord sur la promotion et la protection des investissements étrangers entre le Canada et la Chine, qui n'a jamais été débattu au Parlement et a seulement été adopté par le gouverneur en conseil. Elle permet encore aujourd'hui la tenue d'audiences secrètes si la République populaire de Chine s'oppose à un changement dans un règlement ou une règle par une administration locale, un gouvernement provincial ou autre. Nous pouvons ensuite être poursuivis pour n'importe quel montant par le politburo de la République populaire de Chine, parce qu'un grand nombre d'entreprises chinoises appartiennent à l'État. Quoi qu'il en soit, le Parlement n'a jamais été saisi de l'Accord sur la promotion et la protection des investissements étrangers entre le Canada et la Chine.
Chaque gouvernement fédéral a la possibilité de conclure un traité avec une puissance étrangère, soit par l'intermédiaire du Cabinet, soit en le soumettant au vote du Parlement. Dans le cas présent, je crains qu'il ne s'agisse probablement déjà d'un traité juridiquement contraignant avec l'Indonésie, et nous n'en avons pas encore discuté ici. Il s'agit donc de la loi de mise en œuvre qui permet de faire avancer le processus.
Le Parti vert est tout à fait d'accord avec le gouvernement actuel pour dire qu'il faut diversifier les échanges commerciaux. Toutefois, nous préférerions que beaucoup plus d'efforts soient déployés pour conclure des accords avec des démocraties fortes qui partagent nos valeurs. L'ancienne vice-première ministre Chrystia Freeland, que je peux maintenant citer dans cette enceinte parce qu'elle n'est plus députée, s'est exprimée en ces termes: « Les démocraties doivent dépendre des démocraties, et non des dictateurs. » Même à une époque où nous avons besoin de plus d'accords commerciaux, d'une plus grande diversification du commerce et d'une moindre dépendance à l'égard des États‑Unis, il ne fait aucun doute que, pour ce genre de question, il faut choisir avec beaucoup de circonspection — pardonnez-moi l'expression — avec qui on couche.
Je m'inquiète du fait que, s'il est vrai que l'Indonésie est une démocratie, elle ne l'est peut-être que de nom. Selon l'Economist Intelligence Unit, l'Indonésie est considérée depuis des années comme une démocratie imparfaite. Il existe de nombreux problèmes, comme l'a déjà mentionné ma collègue et amie du Bloc québécois, concernant les droits de la personne en Indonésie et l'effritement de cette relation au sein d'une véritable démocratie, où le peuple décide réellement des politiques à suivre et il contrôle réellement son gouvernement. Il existe de nombreuses démocraties dans le monde où les gens pourraient penser que cette démocratie est fausse. Quoi qu'il en soit, l'Indonésie reste, en théorie, une démocratie.
Cela dit, pour revenir à l'accord dont il est question, je voudrais mettre l'accent sur un secteur et une entreprise en particulier et rappeler à la Chambre que nous avons déjà beaucoup d'échanges commerciaux avec l'Indonésie. Je me demande si cela a été à notre avantage jusqu'ici et si nous n'aurions pas dû examiner de plus près certaines de ces ententes commerciales. Je parle, bien sûr, d'un fait que la plupart des Canadiens trouvent surprenant: la plus grande des entreprises de pâtes et papiers au Canada est, en fait, essentiellement sous contrôle indonésien. Il s'agit de Paper Excellence. Dans un premier temps, cette entreprise a acheté Northern Pulp, dans le comté de Pictou, en Nouvelle‑Écosse. Elle a ensuite absorbé, au fil des ans, Domtar, Resolute et Catalyst. Elle contrôle une grande partie des forêts canadiennes et exploite des usines de pâtes et papiers d'un bout à l'autre du Canada.
Il est prévu, dans l'accord dont nous discutons, que le Canada accorde à l'Indonésie ce que j'ai mentionné tout à l'heure, en parlant de l'accord sur la promotion et la protection des investissements étrangers, ce qui signifie que le gouvernement indonésien pourrait porter plainte et recourir à l'arbitrage si nous changions nos règles ou nos lois et que cela avait une incidence sur ses investissements. C'est une situation très étrange.
Le Comité permanent des ressources naturelles a assigné les dirigeants de Paper Excellence pour qu'ils témoignent devant le Comité et lui expliquent ce que l'entreprise fait avec notre industrie des pâtes et papiers et notre vaste territoire forestier, dont ils ont maintenant le contrôle. Cette grande société appartient à M. Wijaya, un milliardaire indonésien qui a refusé de comparaître devant le comité, préférant envoyer des représentants. Sur papier, l'entreprise est enregistrée à Vancouver, mais, je tiens à le souligner, il n'y a aucune transparence. Cette grande société n'est inscrite sur aucun marché boursier. Elle appartient entièrement à un seul milliardaire.
L'Accord de partenariat économique global entre le Canada et l'Indonésie, qui est déjà signé, je crois, et qui fait l'objet du projet de loi, accorde à l'Indonésie une protection de ses investissements et la possibilité de recourir à un mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États afin de porter plainte contre une province canadienne qui considérerait que c'était une erreur de permettre à une multinationale indonésienne d'acheter Domtar, Resolute, Catalyst ou Northern Pulp, même si cette province était motivée par la volonté de mieux protéger nos forêts, nos travailleurs forestiers et notre population. J'ai bien entendu le affirmer que cet accord prévoit le respect des principes de développement durable, de protection de l'environnement et des normes de travail équitables, mais ces principes sont plutôt inconnus en Indonésie. Je ne vois pas très bien comment l'adoption du projet de loi permettra au Canada d'avancer dans la direction voulue.
En ce qui concerne la nouvelle ère promise et ce qu'elle apportera aux Canadiens, on estime que cet accord fera augmenter le PIB du Canada de 0,012 % d'ici 2040. Encore une fois, nous voulons diversifier les échanges commerciaux, mais nous devons être prudents.
J'ai hâte que le projet de loi soit renvoyé au comité à l'étape de la deuxième lecture, car nous pourrons alors nous pencher sur certaines de ces questions.
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Madame la Présidente, je suis heureux de prendre la parole à la Chambre des communes. Chaque fois que j'ai l'occasion de m'exprimer au nom de mes concitoyens pour le bien du pays et des Canadiens, je considère que c'est un immense privilège. Je me réjouis également de pouvoir prendre la parole au sujet d'un projet de loi qui, selon moi, doit être renvoyé au comité pour un examen plus approfondi, ce qui semble faire consensus. Je pense que nous avons entendu des préoccupations raisonnables par rapport à ce projet de loi. Il est important de souligner le chemin parcouru jusqu'à présent.
Je crois comprendre qu'il y a eu de nombreuses conversations entre les leaders parlementaires pour trouver des possibilités de collaboration. Chaque jour, à la période des questions, le gouvernement met l'accent sur les manœuvres d'obstruction. Toutefois, je pense que ce projet de loi montre que le parti de l'opposition officielle peut offrir son soutien pour collaborer avec le gouvernement dans le but de faire progresser et d'élargir nos relations commerciales partout dans le monde, dans l'intérêt des employés, des travailleurs, des entreprises et des habitants du Canada.
Je crois qu'il existe un certain consensus quant à la promotion d'un commerce fondé sur des règles dans le cadre de cette relation commerciale en expansion, même si je dois dire que je n'étais pas d'accord avec le lorsqu'il a déclaré dans son discours que le commerce fondé sur des règles était mort. Je ne pense pas que c'est le cas; je pense au contraire qu'il mérite qu'on le défende. Les députés n'ont pas à me croire sur parole. Quand on lui a demandé si elle était d'accord avec les propos du premier ministre canadien, l'éminente Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, ancienne ministre des Finances de France et ancienne directrice générale du Fonds monétaire international, a répondu qu'elle n'était pas sur la même longueur d'onde que lui. Selon moi, le commerce fondé sur des règles mérite qu'on le défende.
Le Canada a une relation de longue date avec l'Indonésie qui remonte au moins à 1952, et même avant cette date, alors que le pays accédait à l'indépendance.
Comme je l'ai déjà mentionné, même si les conservateurs appuient généralement le renvoi de ce projet de loi au comité, nous pensons que certaines questions nécessitent un examen plus approfondi, notamment les possibilités en approvisionnement. J'ai lu le projet de loi. À première vue et d'après les commentaires reçus, un certain nombre d'intervenants l'ont accueilli favorablement. En ce qui concerne l'approvisionnement, quelques personnes ont souligné que les entreprises indonésiennes semblent en mesure de soumissionner sur des projets d'approvisionnement du gouvernement du Canada, alors que les entreprises canadiennes ne disposent pas d'un accès semblable aux projets d'approvisionnement en Indonésie. Elles peuvent faire connaître leur désir de faire une soumission, mais il faudrait que le gouvernement les invite à le faire. C'est un aspect du projet de loi sur lequel nous chercherons à obtenir plus d'information et dont nous discuterons au comité, je crois. Nous examinerons tout cela de plus près pour nous assurer que les entreprises canadiennes bénéficient des mêmes privilèges.
Sur le plan personnel, mais aussi à titre de conservateur, je suis généralement en faveur du commerce libre et équitable, ce qui suppose la réciprocité. Si nous donnons accès à notre marché à un groupe de producteurs d'un autre pays, nous devons nous assurer que les entreprises canadiennes bénéficient du même accès à l'étranger.
Je suis heureux de dire que le comité du commerce fonctionne relativement bien en ce moment. Dans un esprit de collaboration, nous avons offert notre soutien au gouvernement pour aller de l'avant avec un projet de loi d'initiative ministérielle qui permettrait au Royaume‑Uni d'adhérer à l'Accord de partenariat transpacifique global et progressiste, ce qui, à mon avis, est un autre exemple qui montre comment les députés peuvent travailler ensemble.
Je rappelle à tous que nous venons de tenir des élections. Environ 41 % des Canadiens ont voté pour les gens qui se trouvent de ce côté-ci de la Chambre, un certain pourcentage de Canadiens ont voté pour les gens qui se trouvent juste derrière moi, et un peu plus de 41 ou 42 % ont voté pour les gens qui se trouvent sur les banquettes ministérielles. Je pense que les Canadiens ont ainsi indiqué qu'ils s'attendent à ce que les députés trouvent des moyens de travailler ensemble, et je crois que c'est ce que nous faisons.
Le premier ministre Harper avait déployé des efforts ambitieux pour accroître le nombre d'accords commerciaux, ce qui a permis de conclure un certain nombre d'accords, y compris l'accord avec l'Union européenne et ses pays membres, et le gouvernement actuel a fait fond sur ces réalisations.
Je doute que nous soyons toujours d'accord sur bien des choses à la Chambre. Hier, au comité, j'ai dit au que je ne suis pas d'accord avec une grande partie de ce que fait le gouvernement libéral: les dépenses, la surimposition et le doublement des déficits. Le gouvernement préfère utiliser de précieuses ressources policières pour confisquer les armes à feu des citoyens respectueux des lois plutôt que de s'attaquer aux criminels, aux gangs et aux contrebandiers d'armes à feu illégales. Je suis sceptique quant à la décision du gouvernement de se rapprocher un peu plus du politburo de Pékin. Cependant, je ne laisserai pas toutes les questions sur lesquelles je ne suis pas d'accord avec le gouvernement m'empêcher de reconnaître que nous devons travailler ensemble pour élargir nos relations commerciales.
Sur cette question, les députés peuvent être certains que, puisque c'est dans l'intérêt des Canadiens, parce que nous croyons que l'élargissement de nos relations commerciales et la diversification du commerce sont des mesures importantes à prendre pour les producteurs, les employés et les entreprises du Canada, c'est un domaine sur lequel il y a consensus. J'offre mon soutien, si je peux m'exprimer ainsi. Je tends la main au gouvernement pour que nous puissions continuer d'offrir aux Canadiens un accès élargi partout dans le monde. Il est important d'accroître les échanges commerciaux du Canada, mais nous demanderons des comptes au gouvernement lorsqu'il prendra des décisions à cet égard.
Comme je l'ai mentionné, nous avons quelques questions au sujet du projet de loi . Nous n'allons pas simplement appuyer aveuglément le gouvernement chaque fois qu'il présente un projet de loi sur un accord commercial. Nous estimons qu'il faut suivre le processus approprié, mais nous sommes ici pour travailler avec le gouvernement.
Je dois dire que je suis préoccupé par le fait que le gouvernement se rende au Qatar et en Chine. Je pense que ces choix entraîneront des situations difficiles à long terme auxquelles nous devrons faire face. Cette approche revient à confirmer au Parti communiste chinois à Pékin que ses tactiques fonctionnent, que nous avons capitulé en raison de la pression qu'il a exercée sur nous avec des droits de douane. J'espère que le gouvernement tire des leçons de la manière dont le Mexique agit.
La députée de a souligné que cet accord commercial n'augmentera le PIB que de 0,0012 %, si je ne me trompe pas. Il ne remplacera pas l'accord majeur avec les États‑Unis, l'éléphant dans la pièce. Nous avions des relations avec les Américains et les États‑Unis avant l'arrivée du président actuel. Nous aurons des relations avec les Américains et les États‑Unis après le départ du président actuel. Il est important que nous consolidions ces relations d'une manière qui profite à tous en Amérique du Nord, y compris aux Américains, aux Mexicains et aux Canadiens, pour le bien de tous, non seulement pour notre économie, mais aussi pour favoriser la paix, la sécurité et la prévisibilité.
C'est la principale tâche du gouvernement. Il s'est fait élire en promettant de gérer cette relation. Nous attendons toujours. D'ici là, nous sommes heureux d'appuyer le gouvernement dans ses efforts pour élargir nos relations commerciales dans le monde entier.
:
Monsieur le Président, les Canadiens ont élu un gouvernement minoritaire et les conservateurs respectent pleinement la volonté démocratique exprimée par les électeurs. C'est pourquoi, à titre d'opposition officielle loyale de Sa Majesté, nous assumerons nos responsabilités constitutionnelles au sein de la Chambre.
[Traduction]
Sur certaines questions, nous nous opposerons au gouvernement en tant qu'opposition officielle, un rôle conféré par la Constitution dans une démocratie parlementaire fondée sur le modèle de Westminster. Sur d'autres questions, nous appuierons le gouvernement, étant donné que les Canadiens ne lui ont pas accordé la majorité, ce qui oblige l'opposition à jouer un rôle dans l'avancement de certains dossiers à la Chambre.
Les conservateurs respectent la volonté démocratique des Canadiens telle qu'elle s'est exprimée lors des dernières élections. Le gouvernement doit faire de même. Cela signifie que le gouvernement doit comprendre que, sur certains projets de loi présentés à la Chambre, nous nous opposerons au gouvernement, et que sur d'autres projets de loi présentés à la Chambre, nous appuierons le gouvernement.
Il n'est pas raisonnable que le gouvernement s'attende à ce que l'opposition l'appuie dans tous les projets de loi qu'il présente à la Chambre. Cela compromettrait le rôle constitutionnel de l'opposition officielle, qui consiste à exiger des comptes au pouvoir exécutif.
[Français]
Les conservateurs appuient le projet de loi , tout comme nous avons appuyé le projet de loi . De la même façon, nous avons appuyé de nombreux autres projets de loi au cours de la dernière année dans ce Parlement.
[Traduction]
Nous avons appuyé les six projets de loi d'initiative ministérielle suivants: le projet de loi , Loi modifiant la Loi sur les Indiens; le projet de loi , Loi modifiant la Loi sur les poids et mesures et d'autres lois; le projet de loi , Loi concernant certaines mesures d'abordabilité pour les Canadiens; le projet de loi , Loi édictant la Loi sur le libre-échange et la mobilité de la main-d'œuvre au Canada et la Loi visant à bâtir le Canada; et le projet de loi , Loi visant à renforcer le système d'immigration et la frontière du Canada.
Récemment, nous avons convenu d'accélérer l'étude et l'adoption du projet de loi , Loi sur les mesures de réforme concernant la mise en liberté sous caution et la détermination de la peine. Nous avons dit clairement que nous appuierions les bonnes idées qui sont dans l'intérêt des Canadiens. En comptant le projet de loi dont nous sommes saisis aujourd'hui, nous avons appuyé huit projets de loi d'initiative ministérielle dans la présente législature au cours de la dernière année seulement.
[Français]
Les conservateurs appuient le projet de loi , parce que nous appuyons la diversification de nos échanges commerciaux avec d'autres partenaires, en particulier dans la région indo-pacifique.
[Traduction]
Cet accord permettrait un jour de réduire les droits de douane sur 97 % des exportations canadiennes destinées à l'Indonésie. Cependant, les marchés publics prévus dans cet accord commercial doivent faire l'objet d'un examen plus approfondi. Les entreprises indonésiennes pourraient soumissionner pour des contrats canadiens, mais les entreprises canadiennes, elles, ne pourraient soumissionner pour des marchés publics indonésiens que s'ils sont expressément ouverts. Les marchés publics indonésiens sont en grande partie fermés.
D'autres partenaires commerciaux du Canada ont conclu de meilleurs accords avec l'Indonésie en ce qui a trait aux règles sur les marchés publics, notamment les Émirats arabes unis et l'Union européenne. L'Union européenne a également négocié un engagement à entamer des négociations sur l'accès aux marchés. Le Canada n'a pas d'échéancier précis pour commencer à négocier l'accès aux marchés. Pour le Canada, l'accès au marché devra faire l'objet d'autres négociations, et aucune liste des marchés visés n'a été publiée.
Cependant, les conservateurs appuieront le renvoi du projet de loi au comité, mais nous examinerons l'efficacité de l'accord et nous suggérerons des façons de mieux l'utiliser.
[Français]
Je souhaiterais conclure mes observations sur notre appui à ce projet de loi en ajoutant ceci: la signature d'accords commerciaux, à elle seule, ne suffit pas à diversifier nos échanges commerciaux au-delà de notre principal partenaire commercial.
[Traduction]
Pour tirer parti de ces accords commerciaux et de ces accords d'investissement, le gouvernement du Canada doit faire deux autres choses qu'il n'a pas encore faites et qui, s'il ne les fait pas, nous empêcheront de diversifier considérablement nos échanges commerciaux en nous éloignant de notre principal partenaire commercial.
La première chose à faire est de rendre les biens et les services canadiens plus concurrentiels pour les acheteurs en Asie et en Europe. Au cours de la dernière décennie, l'économie canadienne est devenue non concurrentielle, et bon nombre de nos biens et services ne sont plus convoités par les acheteurs en Asie et en Europe. Les données sur le commerce le confirment.
En 2000, les exportations canadiennes, exprimées en pourcentage de notre produit intérieur brut, étaient de 42 %. En 2024, la dernière année pour laquelle nous avons des données, nos exportations mondiales, exprimées en pourcentage de notre PIB, étaient tombées à 33 %, soit une baisse de 9 %. De toute évidence, nos produits et services ne sont plus aussi prisés par les acheteurs étrangers. C'est parce que l'économie canadienne est devenue non concurrentielle et trop réglementée.
Notre régime fiscal est devenu un véritable bordel byzantin, tant pour les particuliers que pour les sociétés. Nous devons revoir la politique en matière de concurrence afin de rendre notre économie plus concurrentielle. Nous devons éliminer la réglementation et le fardeau réglementaire qui étouffent notre compétitivité. Nous devons réformer notre régime d’impôt sur le revenu des particuliers et des sociétés de la même manière ambitieuse que nous l’avons fait en 1971 et en 1986. Le gouvernement n'a présenté aucune de ces réformes visant à faire rouler notre économie et à rendre nos biens et services plus désirables pour les acheteurs en Asie et en Europe.
La deuxième chose que nous devons faire, c'est accroître notre capacité physique d'exporter un plus grand nombre de biens et de marchandises vers les marchés mondiaux via les océans Atlantique et Pacifique. À l'heure actuelle, le Canada n'a pas la capacité d'augmenter considérablement les exportations de biens et de marchandises qui transitent par ses principaux ports. En effet, le port de Vancouver, qui est notre plus grand port et qui relève du gouvernement fédéral, est terriblement inefficace. Selon une étude mondiale menée en 2024 par Standard & Poor's à la demande de la Banque mondiale, le port de Vancouver se classe au 389e rang sur 403 ports dans le monde pour ce qui est de l'efficacité. Il est essentiel d'améliorer les infrastructures de nos corridors commerciaux si nous voulons considérablement augmenter les exportations de marchandises et de biens vers l'Asie ou l'Europe qui passent par nos installations portuaires.
Voici un autre exemple des lacunes des infrastructures de nos corridors commerciaux: le Canada est le plus grand pays à revenu élevé au monde qui n'a pas de réseau routier complet d'un bout à l'autre de son territoire. J'entends par là une autoroute ou une voie rapide qui s'étendrait d'un océan à l'autre, avec des carrefours à plusieurs niveaux pour chaque intersection afin d'éviter toute circulation transversale. Je parle d'une autoroute qui comporterait quatre voies ou plus, avec un minimum de deux voies dans chaque direction, de manière à ce que les véhicules n'aient aucune entrave causée par des feux de circulation, des allées d'entrée et de sortie, des panneaux d'arrêt ou des intersections.
J'invite les gens qui nous écoutent à consulter Google Maps pour trouver l'itinéraire le plus rapide entre Halifax et Vancouver ou entre Toronto et Vancouver. Tous les itinéraires nous font passer par le réseau routier des États‑Unis, qui est plus rapide et plus efficace que n'importe quel réseau routier au Canada. Ce n'est là qu'un exemple parmi d'autres qui montre que le manque de corridors commerciaux nous empêche de diversifier considérablement nos échanges commerciaux avec d'autres pays que notre principal partenaire commercial.
Le gouvernement n'a présenté aucun plan concret visant à élargir considérablement l'infrastructure des corridors commerciaux ou à en améliorer l'efficacité.
[Français]
Comme je l'ai dit, nous appuyons le projet de loi , tout comme nous avons appuyé sept autres projets de loi du gouvernement à la Chambre. Toutefois, la simple signature d'accords commerciaux ne permettra pas de diversifier de façon significative nos échanges, à moins que le gouvernement ne fasse le travail nécessaire ici même, au pays, pour rendre notre économie plus compétitive et veiller à ce que les infrastructures essentielles soient en place afin de permettre l'exportation de nos ressources et de nos biens vers les marchés mondiaux.
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Monsieur le Président, je salue tous mes collègues. Je leur demande d'excuser ma voix enrhumée. C'est probablement parce que j'ai trop fêté pendant le temps des Fêtes. Je n'ai pas encore repris la totalité de mon énergie et de ma voix. Néanmoins, cela me fait plaisir d'être là, ça me galvanise. Je me permets de souhaiter à tous et à toutes une bonne année, même s'il commence à être tard pour le faire.
Aujourd'hui, nous parlons de ce projet de loi qui met en œuvre cette nouvelle entente commerciale et économique avec l'Indonésie. Comme on dit, je vais commencer par le sucre avant la pilule.
L'Indonésie est un très gros marché et ce projet de loi représente une bonne opportunité pour les entreprises québécoises dans un contexte d'affaires qui serait plus stable et prévisible, comme tout accord le garantit généralement. Il soutiendrait les investissements à long terme et l'expansion des exportations. L'expansion des échanges avec l'Asie du Sud‑Est, c'est aussi une belle occasion sur le plan des technologies vertes, mais pas à n'importe quel prix. J'en parlerai tout à l'heure. C'est un bon marché. Bien sûr, ça ne va jamais remplacer les États‑Unis, comme on ne cessera jamais de le dire. Il n'y a pas de solution miracle.
Ça me rappelle un peu cette stratégie indo-pacifique qui avait été annoncée en grande pompe il y a quelques années. À l'époque, je participais au breffage. À un moment donné, j'ai posé une question. J'ai dit que Pierre Eliott Trudeau avait annoncé une stratégie, que Jean Chrétien en avait annoncé une et que Stephen Harper en avait annoncé une. À l'époque, c'était Justin Trudeau. J'ai demandé ce qui nous faisait croire que cette fois serait la bonne. On nous disait que, cette fois, il y aurait vraiment une stratégie, qu'il fallait le croire. Cependant, quelques mois plus tard, on a appris que la stratégie indo-pacifique allait se faire sans l'Inde, parce que les relations étaient brisées et que les négociations arrêtaient. C'était donc une stratégie indo-pacifique sans l'Inde. Comprenne qui voudra.
On ne peut néanmoins pas être contre la vertu. On ne peut donc pas contre cette idée d'une entente avec l'Indonésie, en principe. Je dis bien en principe, parce que nous sommes très incertains d'appuyer ça jusqu'au bout. Je vais parler de nos réserves.
Je vais commencer par parler de la méthode. C'est la même chose que d'habitude, c'est-à-dire que le Parlement ne débat pas de l'accord en lui-même, il va débattre d'un projet de loi de mise en application. Les lois sont adoptées par le Parlement à la suite d'un processus bien établi qui inclut une étude détaillée en comité et la tenue d'audiences publiques. Par contre, le Parlement est largement tenu à l'écart du processus de conclusion des traités. On rappelle que le Bloc québécois a déposé le projet de loi , qui a été rejeté environ une heure ou deux avant que nous ayons ce débat-ci. C'est comme si les parlementaires ici ne voulaient pas faire leur travail de parlementaires, et c'est hautement déplorable. C'est comme si on se disait que c'est bien plus facile d'envoyer toute la responsabilité à l'exécutif, qui ce qu'il veut, qui négociera et qui ratifiera l'accord. Finalement, nous allons finir par en débattre et par l'étudier dans le cadre, d'abord, des négociations, qui sont éminemment opaques. Débattre et amender un projet de loi, ça revient finalement à ne pas pouvoir changer grand-chose dans l'accord.
Nous ne sommes rien d'autre que des élus de la population. Rappelons que le Canada est une monarchie. Nous ne sommes rien d'autre que les élus de la population qui se font envoyer avec des positions à défendre, des éléments à soulever. Il y a des choses qu'on veut voir dans un accord et d'autres qu'on ne veut pas voir dans un accord et il y a des choses qu'on voudrait faire avancer. Cependant, ça ne compte pas, ce n'est pas grave, on les tasse. Je remercie l'ensemble de mes collègues du Bloc québécois d'avoir voté en faveur de ce projet de loi. Je veux aussi remercier les deux conservateurs qui ont voté en faveur de notre projet de loi tout à l'heure.
Maintenant, de façon plus préoccupante encore, on s'inquiète de la situation des droits de la personne en Indonésie, notamment en lien avec la production de biens qui sont destinés au marché canadien. En effet, l'accord va favoriser avant tout les sociétés minières et l'industrie des énergies fossiles tout en reléguant au second plan le respect des droits de la personne et le développement industriel durable.
Il y a aussi la présence des fameux mécanismes de règlement des différends entre investisseurs et États. J'en reparle chaque fois qu'on revient là-dessus, et je vais y revenir un petit peu plus tard. Il y en a un dans cet accord-là et c'est une espèce de droit au profit pour les multinationales. On leur donne le droit de poursuivre les États où elles investissent si elles estiment que leurs profits ont été lésés. Ça leur permet d'être traitées comme des véritables puissances souveraines et d'envoyer devant les tribunaux les États, les gouvernements. Cela permet à une multinationale de faire reculer, par le fait même, la volonté démocratique des élus qui auraient adopté une politique qui nuirait, selon cette multinationale, à son droit au profit. Il y a plein d'exemples qui sont tous plus scandaleux les uns que les autres. On pensait, quand ça avait été enlevé de l'ACEUM, que le Canada était enfin arrivé au XXIe siècle, qu'il avait enfin entendu un peu de bon sens. Cependant, comme on l'a justement vu avec le projet de loi de tout à l'heure, les parlementaires ici aiment ne pas prendre leurs responsabilités.
Par conséquent, ils sont encore tout à fait capables de vivre avec le fait que des multinationales infirment leurs décisions, même si ça fait qu'il est de plus en plus ardu pour un État de légiférer sur des questions liées à la justice sociale, à l'environnement, aux conditions des travailleurs et à la santé publique.
D'ailleurs, selon un rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, qui date de 2013 et qui ne prend donc pas en compte les poursuites qu'il y a eu depuis ce temps, les États ont gagné les poursuites dans 42 % des cas, et les entreprises ont gagné dans 31 % des cas. Pour le reste, ce sont des règlements à l'amiable. Ça veut dire que les poursuivants ont, dans 58 % des cas, réussi à faire reculer en totalité ou en partie la volonté politique.
Bien sûr, c'est une donnée quantitative qui néglige un aspect qui est incalculable, soit la pression que cela exerce entre quatre murs quand vient le temps d'adopter une politique en amont. On se dit qu'on n'ira peut-être pas là parce qu'on a peur de se faire poursuivre. Il y a manifestement un effet dissuasif dans ces mécanismes. D'ailleurs, ce sont des différends qui sont très lucratifs pour les grands cabinets d'avocats internationaux.
Nous nous sommes toujours opposés à ça, et je vais continuer à m'y opposer aussi dans mon travail au comité. Je le fais souvent. Même quand je vote en faveur de certains accords commerciaux, je vote toujours contre les dispositions qui mettent en vigueur ici, au niveau du droit local, le règlement des différends entre investisseurs et États. Nous verrons à la suite de l'étude en comité si je suis finalement pour ou contre le projet de loi qui est à l'étude à la Chambre, mais, dans un cas comme dans l'autre, c'est sûr que je vote contre le règlement des différends entre investisseurs et États. Je donne ma parole là-dessus.
L'Indonésie est un pays qui est relativement pauvre, malgré tout. Il ne faudrait donc pas que les investisseurs étrangers puissent utiliser l'accord de libre-échange pour dicter leur volonté sous la menace de poursuites. Cela minerait la souveraineté des Indonésiens, qui ont déjà assez peu de droits. Nous allons continuer d'être contre la présence de ce mécanisme dans l'accord. S'il y avait un retrait de ce mécanisme, cela nous inviterait sans doute à être plus favorables au projet de loi quand viendra l'étape finale.
Maintenant, parlons aussi des droits. Lors des consultations relatives à l'accord, il y a des groupes de travail qui ont souligné la prévalence du travail forcé et des violations des droits de la personne dans les chaînes d'approvisionnement indonésiennes. Ils ont encouragé le gouvernement à inclure de fortes protections pour les travailleurs, les communautés autochtones et l'environnement. Malheureusement, il n'y a rien là-dedans. Il n'y a aucune garantie et aucune protection contraignante. C'est même un accord qui fait marche arrière sur les avancées en matière de protection du travail obtenues par les travailleurs dans certains accords récents, dont celui avec l'Ukraine. Le seul amendement retenu dans l'accord avec l'Ukraine, c'est le mien. On disait qu'il fallait surveiller ça de plus près, mais c'était un véritable progrès dans l'ensemble.
Or, après la signature d'accords avec le Qatar et la Chine, c'est devenu clair que le ne place pas les droits de la personne au cœur de ses priorités. Ce n'est pas notre cas. Pour nous, c'est important et nous demeurons engagés à défendre ces valeurs avec fermeté. D'ailleurs, le préambule de l'accord est carrément ridicule parce qu'il dit à peu près que ce sont des principes, point barre.
L'Indonésie est la plus grande économie manufacturière d'Asie du Sud‑Est. L'économie manufacturière représente plus de 20 % de son PIB. L'industrie manufacturière a véritablement obtenu une part majeure de l'économie récente de l'Indonésie. Malheureusement, l'Indonésie s'est enrichie sur le dos des droits de la personne. C'est même un euphémisme de le dire. Alors que le gouvernement indonésien exige que toutes les industries se conforment aux lois sur le travail des enfants, on rapporte qu'environ 1,01 million d'enfants ont participé au travail des enfants en 2023. C'est important, il faut en tenir compte. C'est tout ça qui va débarquer ici dans peu de temps.
Les chaînes d'approvisionnement comportent de nombreuses étapes et sous-traitants, ce qui rend la traçabilité difficile. Ça empêche souvent de savoir dans quelles conditions les produits, notamment les vêtements, sont fabriqués.
Ce n'est plus à démontrer que les personnes qui travaillent à la fabrication de vêtements en Asie du Sud-Est, notamment en Indonésie, que ce soit pour la coupe, la couture ou le collage des matériaux, travaillent souvent dans des conditions qui sont dangereuses, avec des salaires de misère, sans protection sociale et sans contrat formel. Ces gens sont exposés souvent à des produits chimiques qui sont nocifs et à des environnements de travail qui sont insalubres.
Cette précarité se retrouve aussi dans le tannage du cuir. Les travailleurs, souvent migrants, manipulent des peaux et des substances chimiques dangereuses et sont exposés à des risques sanitaires importants liés notamment aux composés de chrome issus du tannage.
Les droits des travailleurs migrants, et particulièrement ceux des femmes, restent vulnérables en Indonésie. Le Comité des Nations unies pour la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille a souligné que 70 % des travailleurs migrants en Indonésie sont des femmes, insistant sur la nécessité de mesures pour les protéger du harcèlement et de l'exploitation. Le Comité a été informé que ces femmes sont fréquemment victimes d'abus et que celles employées dans le secteur de la pêche, souvent en situation irrégulière, sont particulièrement exposées au risque de traite des êtres humains.
Si le Canada souhaite accroître l'importation de vêtements, de produits issus de la pêche et de cuir en provenance de l'Indonésie, il est impératif de renforcer les protections des travailleurs et de garantir le respect de nos valeurs fondamentales, notamment en matière de droits de la personne, afin que nos échanges commerciaux ne se fassent pas au détriment de l'éthique.
C'est pourquoi j'ai déposé le projet de loi , qui vient essentiellement imiter en grande partie le modèle américain, qui, lui, fonctionne très bien, alors que le Canada n'a à peu près jamais rien saisi dans son histoire. On inverse le fardeau de la preuve et, lorsqu'il y a des entités, des régions, des entreprises pour lesquelles on présume l'emploi de travail forcé, l'importateur a à démontrer qu'il n'y en a pas eu. Cela fonctionne. Cela a fait ses preuves. Le modèle du Canada, qui est basé seulement sur le bon vouloir du douanier, ne fonctionne pas.
À deux reprises, dans le budget de mars 2023 et dans celui de mars 2024, on pouvait lire textuellement qu'une telle loi serait présentée d'ici la fin de l'année, que ce soit en 2023 ou en 2024. Selon ce que j'en sais, nous sommes rendus en 2026 et nous ne l'avons pas vue. Il faut dire que dans le budget de 2025, ce n'était pas réitéré, mais j'imagine que ça n'a aucun lien avec les courbettes qui sont faites par le devant la dictature chinoise. Il n'y a probablement aucun lien; c'est moi qui dois être fou avec ça. Or il va falloir bouger sur ce plan. J'espère qu'en temps et lieu, la Chambre adoptera ce projet de loi.
Je veux parler aussi d'un autre sujet qui est celui de l'huile de palme. L'huile de palme rentre déjà au Canada. C'est l'huile végétale la plus consommée au monde. L'Indonésie en est un des principaux producteurs. Les importations d'huile de palme au Canada augmentent à une vitesse fulgurante. Or, cette production est associée à une véritable catastrophe écologique et humaine. D'immenses surfaces de forêts tropicales sont détruites pour faire place aux plantations, souvent par des incendies, ce qui entraîne une perte massive de biodiversité et menace des espèces emblématiques comme les orangs-outans. Cette déforestation contribue aussi à la pollution de l'air et aux changements climatiques. Sur le plan social, l'expansion des plantations, qui s'est souvent faite sous l'égide des seigneurs de guerre, se fait fréquemment au détriment de communautés locales et autochtones, dans un contexte de conditions de travail abusives, d'exploitation et parfois de travail forcé.
L'accord aggrave sévèrement la situation en stimulant la production et l'exportation d'huile de palme puisque aucune exigence sérieuse n'est imposée, alors que ça en aurait été l'occasion. On me demandera de quoi je parle et si ce problème est réellement sérieux. L'Union européenne a créé le Groupe spécial concernant les mesures de l'UE visant l'huile de palme et les biocarburants en provenance d'Indonésie, afin de répondre aux enjeux entourant la production et l'importation de ces produits au Canada. Je pense donc que cette situation est assez sérieuse.
Parlons aussi de ce qu'on pourrait faire subir encore plus là-bas. Le Canada y produit une grande quantité de déchets plastiques chaque année, mais seulement une faible proportion est réellement recyclée sur place. Une part considérable de ce qui est déclaré recyclé va finir dans les pays étrangers pour traitement, notamment aux États‑Unis ou en Asie du Sud‑Est, comme en Indonésie, où les infrastructures de recyclage sont insuffisantes pour gérer ces volumes. Une partie de ces déchets-là, souvent mélangés à des ordures ou difficilement recyclables, finit dans des décharges, est brûlé à l'air libre, pollue l'environnement local, exposant les communautés à des risques pour la santé et l'environnement. Des militants et experts soutiennent que l'exportation continue de déchets plastiques vers des pays qui ne sont pas équipés pour les traiter n'est pas une solution durable et qu'elle contredit à la fois les pseudo-objectifs canadiens de réduction de la pollution plastique et les principes du droit international sur la gestion des déchets.
Je veux aussi parler des mines et des conflits entre les investisseurs miniers et les gouvernements. Le Canada, soit dit en passant, est un paradis des minières. C'est un pavillon de complaisance, parce que, bien souvent, il ne s'agit pas de minières canadiennes pour cinq cennes. Elles ne font que s'enregistrer ici. Il leur suffit d'avoir une boîte postale pour pouvoir ensuite bénéficier des avantages de la Bourse de Toronto. C'est pour ça que la plupart des minières de la planète s'enregistrent ici. C'est parce que ça leur procure des avantages.
Les conflits entre les investisseurs miniers et les gouvernements commencent souvent comme des conflits entre les investisseurs et les communautés locales, qui vont d'abord être déplacées de leurs terres ou qui vont subir une dégradation de leur environnement, comme une contamination de l'eau potable. Moi, j'en ai vu en Colombie et au Chili. J'ai parlé avec des populations qui ont été touchées par l'empoisonnement de l'air, par l'empoisonnement de l'eau, par l'utilisation de services de sécurité privés qui tiraient à bout portant sur des populations. Il y a plusieurs cas documentés aujourd'hui. On sait aussi que dans plusieurs de ces cas, dans plusieurs de ces enquêtes, on a révélé que les ambassades canadiennes avaient une ligne officielle de diplomatie prominière, de soutien à ces compagnies. C'est bien beau d'aller parler de droits de la personne à Davos devant une gang de souliers vernis et de complets à 2 000 $, mais il va falloir agir concrètement là-dessus aussi à un moment donné.
Ces conflits sont souvent causés ou aggravés par l'absence de consultation adéquate sur le projet. En Indonésie, la communauté de la petite île de Sangihe en est justement un exemple. Cette communauté lutte depuis longtemps pour empêcher l'entreprise canadienne Baru Gold de commencer des opérations d'extraction industrielle d'or. Si la communauté réussit à arrêter le projet, mais que l'accord est ratifié au Canada et en Indonésie, l'entreprise aurait la possibilité de poursuivre l'Indonésie en raison de profits perdus. Au nom de quoi? Au nom du règlement des différends entre investisseurs et États dont je vous ai parlé plus tôt. On peut voir comme c'est beau. Eh bien, c'est ça que le Canada défend.
La reconfiguration actuelle des partenariats commerciaux et des chaînes d'approvisionnement impose des exigences sévères et strictes de cohérence éthique: aucun lien économique ne devrait être maintenu avec des fournisseurs ou des États impliqués dans l'exploitation humaine ou la traite des personnes, notamment au détriment des peuples ouïghour et tibétain, si on parle du cas chinois. Bien sûr, on ne se passera jamais du lien économique avec les régions qui sont touchées, mais il faut quand même être ferme avec les États qui sont à la tête.
Enfin, rappelons aussi qu'il revient au Québec et aux provinces de mettre en œuvre les dispositions d'un traité qui touche leurs champs de compétence. Le Bloc québécois exige le respect de cette souveraineté. Le Québec a sa propre stratégie territoriale pour l'Indo-Pacifique — arrivée avant celle du Canada, si je ne me trompe pas — qui vise à soutenir les entreprises québécoises exportatrices et à stimuler l'attraction d'investisseurs directs étrangers de cette région du monde.
Nous disons donc oui au commerce, nous sommes en faveur de ça. Au Bloc québécois, nous sommes héritiers et parties prenantes du mouvement indépendantiste qui a été parmi les premiers à militer pour le libre-échange avec les États‑Unis dans les années 1980. Ça nous a permis de respirer, de sortir de l'étroit marché canadien. Nous y sommes donc toujours favorables, mais à condition, bien sûr, qu'il n'y ait pas de sang dans nos produits.
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Monsieur le Président, je vais partager mon temps de parole.
Aujourd'hui, la Chambre débat d'un accord commercial entre le Canada et l'Indonésie. Les conservateurs souhaitent que cet accord passe à la prochaine étape du processus d'examen.
Dans le contexte de cet accord, j'aimerais formuler quelques observations sur la conjoncture mondiale actuelle qui ont une incidence sur la manière dont nous concluons des accords internationaux et avec qui nous les concluons. Depuis que je m'intéresse aux affaires internationales, on a assisté à un changement radical dans le ton et les attentes de certaines parties du monde démocratique. On est passé d'un optimisme libéral irréaliste à un pessimisme libéral exagéré.
À une époque révolue, l'optimisme libéral se manifestait clairement dans les attitudes et les décisions de personnalités influentes qui proclamaient l'inévitable évolution de l'histoire vers la démocratie, la liberté, la justice et un ordre international fondé sur des règles. Les libéraux pensaient que cela se produirait, et ils pensaient que cela se produirait relativement facilement. Cet optimisme reposait, par exemple, sur la conviction qu'à force de cultiver les relations et d'intensifier les échanges commerciaux avec la Chine et d'autres pays autoritaires, on finirait par transformer progressivement et inévitablement le gouvernement de ces pays en démocraties progressistes. Il est facile de comprendre pourquoi l'optimisme libéral n'est plus à la mode. Il n'est plus populaire, car il a visiblement échoué.
Des régimes autoritaires qui, jadis, gardaient leurs forces sous le boisseau dans l'attente du bon moment, affirment maintenant avec assurance la prétendue supériorité de leur modèle politique et réussissent même à convertir certains à leurs idées dans le monde libre. Dans certains milieux, on est passé d'un optimisme naïf à un nouveau pessimisme libéral, comme en témoignent très clairement les récentes observations du à Davos. Le triomphe de la liberté, de la démocratie, de la justice et d'un ordre international fondé sur des règles n'est plus présenté comme l'issue inévitable de l'histoire. On parle plutôt d'un ordre international libre, ouvert et libéral comme d'un mirage, évoquant les mensonges autrefois propagés par les apparatchiks communistes.
L'argument du était cette fausse équivalence selon laquelle le régime autoritaire et le régime libéral fondé sur des règles reposent sur des mensonges. Le premier ministre ne se contente pas de soutenir qu'un ordre fondé sur des règles est difficile à établir, qu'il est mis à rude épreuve ou qu'il n'est pas garanti. Il fait plutôt valoir que l'idée même d'un tel ordre est fondamentalement une illusion.
Je tiens à souligner que ces deux attitudes, l'optimisme libéral d'hier et le pessimisme libéral d'aujourd'hui, ont ironiquement été utilisées pour justifier le même programme politique. Le Parti libéral du Canada, du moins depuis Pierre Trudeau, a toujours voulu s'éloigner d'une politique étrangère axée principalement sur l'engagement avec les démocraties pour se tourner vers une politique étrangère qui recherche une sorte d'équilibre stratégique entre les États‑Unis et la Chine communiste. Les libéraux ont toujours été intéressés par l'idée d'un engagement toujours plus étroit avec les puissances autoritaires, en particulier le Parti communiste chinois, mais les raisons invoquées pour justifier cette position ont radicalement changé.
Dans le passé, l'optimisme libéral était utilisé pour justifier l'engagement avec les puissances autoritaires au motif que cet engagement nous rapprocherait de l'inévitable triomphe de la démocratie. Aujourd'hui, le pessimisme libéral justifie le même engagement, mais cette fois-ci au motif qu'un tel engagement est nécessaire et pragmatique dans un monde où les règles internationales n'ont jamais été qu'un mirage.
Il est curieux de constater que des dirigeants ayant divers liens personnels et intérêts économiques avec la République populaire de Chine ont toujours voulu le même résultat politique, indépendamment de la justification qui leur convenait. Quoi qu'il en soit, j'invite aujourd'hui la Chambre à rejeter ces deux positions erronées, à savoir l'optimisme libéral et le pessimisme libéral extrêmes. Je propose plutôt que nous adoptions une vision des affaires internationales qui laisse place à des idéaux authentiques et à un pragmatisme solidement fondé.
Question d'idéaux, la vision d'un ordre international ancré dans des principes fixes, d'abord et avant tout la dignité humaine et le droit des sociétés de se gouverner, mérite d'être défendue. Il n'a jamais été réaliste de penser que de tels idéaux s'imposeraient aisément au fil d'un processus historique naturel. Les idéaux ne s'atteignent et ne se maintiennent qu'au prix de luttes. La primauté du droit ne s'est pas imposée dans notre propre système sans sacrifices ni combats, et l'idéal d'un ordre international fondé sur des règles ne progressera pas et ne se maintiendra pas sans les mêmes efforts. L'optimisme libéral d'autrefois n'a pas suffisamment tenu compte de cette réalité.
Cependant, même s'ils n'ont jamais été entièrement concrétisés, ces idéaux subsistent à un niveau plus fondamental. Les idéaux de démocratie, de liberté, de justice et d'un ordre international fondé sur des règles, ancrés dans la reconnaissance de la dignité inhérente de la personne humaine et du droit des communautés de se gouverner, représentent les aspirations politiques les plus élevées des personnes et des sociétés humaines. Le rêve d'un ordre international fondé sur des règles et ancré dans des valeurs morales ne tient pas qu'à une affiche dans une vitrine. Même s'il n'est pas encore réalisé, il s'agit d'un objectif qui mérite pleinement d'être poursuivi. Nous ne devons pas nous contenter d'accepter le monde tel qu'il est: nous devons agir pour en créer un meilleur.
Ma grand-mère était une survivante de l'Holocauste, et la promesse que nous avons faite à sa génération était celle du « plus jamais ». Pour sa génération et pour les enfants ouïghours d'aujourd'hui, dont le génocide n'est toujours pas reconnu par le gouvernement canadien, qui veut conclure des accords avec leurs oppresseurs, pour eux et pour tant d'autres, nous devons et nous allons garder cet idéal à l'esprit. Le Canada doit poursuivre ses idéaux avec un pragmatisme lucide en cherchant à obtenir des gains concrets plutôt que des gains symboliques ou éphémères. Il doit progresser de manière constructive vers ces idéaux, dans la mesure du possible, en se concentrant sur ce qu'on peut réellement changer.
La nature même du pragmatisme sous-entend qu'il y a un objectif à atteindre. Être pragmatique, c'est faire preuve de sens pratique en poursuivant un objectif. Au fond, on ne peut pas se dire pragmatique si on n'a ni objectif ni idéal. Ainsi, dans ce monde troublé, on peut rester fidèle à nos idéaux tout en les poursuivant de façon intelligente et stratégique.
Le en a aussi parlé à quelques reprises en affirmant qu'il s'agissait de « réalisme fondé sur des valeurs ». C'est un concept que je pourrais appuyer en théorie, mais il ne guide manifestement pas les mesures concrètes du gouvernement. En réalité, le Parti libéral a toujours cherché à forger des liens plus étroits avec des régimes autoritaires. En revanche, les conservateurs seront cohérents en défendant la vision d'un monde libre et démocratique qui fait front commun et qui défend collectivement ses valeurs démocratiques communes.
J'ai remarqué que, dans son discours à Davos, le n'a parlé que de « grandes puissances » et de « puissances intermédiaires ». Or, ce qui demeure le plus important et le plus déterminant à notre époque, c'est la différence entre les pouvoirs démocratiques et les pouvoirs autoritaires révisionnistes.
En plus de s'ingérer dans nos affaires, de continuer à emprisonner nos citoyens, comme Huseyin Celil, et de perpétrer un génocide contre sa propre population, le Parti communiste chinois tente d'exercer un contrôle stratégique sur l'acheminement des ressources qui seront les plus cruciales à mesure que la technologie évoluera. Il a pour objectif de pouvoir utiliser sa domination stratégique sur les ressources pour diriger les affaires mondiales. Les accords à court terme qui renforcent la domination stratégique à long terme de nos adversaires ne sont ni fondés sur des valeurs ni réalistes.
De toute évidence, il est devenu plus difficile de parler aujourd'hui de l'existence d'un monde démocratique avec un programme et des objectifs communs. Que ce soit délibéré ou non, des forces internes et externes minent notre unité. Toutefois, même si les démocraties connaissent des déceptions et des frustrations réelles et justifiées, il y a un point central que nous devons garder à l'esprit: chaque nation se définit davantage par la nature de son ordre constitutionnel que par celle de ses dirigeants actuels.
Ce qui distingue les démocraties des dictatures, ce n'est pas l'espoir que les dirigeants démocratiques soient plus vertueux, mais plutôt le fait qu'ils sont limités par un ordre constitutionnel. Nous ne devrions pas être indifférents au risque réel que des dirigeants de pays démocratiques puissent mettre à rude épreuve et même contourner des mesures de sauvegarde constitutionnelles, mais tant que ces mesures de sauvegarde demeurent en place, nos amitiés avec les démocraties seront fondées sur des bases plus solides que nos relations avec des puissances autoritaires, où la volonté des gens au sommet est mise en œuvre sans discussion.
Les pays qui respectent la primauté du droit sont plus susceptibles d'agir de façon légale à l'échelle internationale, alors que les pays qui prônent le principe de la loi du plus fort sont guidés par ce principe dans leurs actions sur les scènes nationale et internationale.
Notre foi dans la démocratie n'est pas une croyance dans l'inévitable vertu des dirigeants démocratiques; c'est une croyance dans la vertu des constitutions démocratiques. La répartition des pouvoirs décisionnels facilitée par ces constitutions rend possible une amitié durable entre les pays, qui va au-delà des dirigeants individuels.
Que se passe-t-il lorsque les démocraties nous déçoivent? Naturellement, nous devrions mobiliser ces pays à tous les échelons afin de faire valoir notre point de vue, et nous devrions également chercher à diversifier nos engagements dans un large éventail de démocraties, afin de limiter les conséquences de problèmes dans un seul pays. Nous pouvons faire tout cela sans établir une fausse équivalence entre les démocraties alliées et les pouvoirs autoritaires. Ces types de régimes sont fondamentalement différents et le demeurent.
L'accord commercial dont la Chambre est saisie est, heureusement, un accord avec une autre démocratie, en l'occurence l'Indonésie. À l'échelle mondiale, l'Indonésie compte la plus grande population à majorité musulmane et elle occupe le troisième rang des pays démocratiques les plus peuplés. L'Indonésie a une longue histoire de diversité et de pluralisme, mais elle doit relever une série de défis, y compris certains qui menacent son pluralisme. On y retrouve de nombreuses organisations de la société civile bien organisées qui travaillent fort pour faire progresser et défendre l'identité pluraliste du pays. C'est un bon exemple de pays où l'engagement constructif dans de multiples sphères de la société peut générer des retombées économiques et stratégiques. J'attends donc avec impatience la suite de l'examen de cet accord commercial au fur et à mesure des prochaines étapes.
En ce qui concerne notre engagement en Asie du Sud-Est, je tiens également à souligner que les efforts pour protéger la démocratie nécessitent de porter une attention urgente à la situation en Birmanie. Les Birmans se battent courageusement pour leur liberté tout en subissant des frappes aériennes brutales de la part de la junte militaire. La Birmanie est affligée par une guerre civile dont la durée est inégalée dans le monde. La junte militaire doit faire face à des sanctions plus sévères, la population doit être soutenue et les institutions qui représentent le peuple birman doivent être reconnues pour renforcer la démocratie.
Dans les jours à venir, les nations démocratiques réunies par un objectif commun et un engagement fondé sur des principes pourraient raisonnablement contribuer à instaurer la démocratie en Birmanie, au Venezuela et même en Iran, en plus de préserver la sécurité et de faire progresser les efforts de notre allié démocratique, l'Ukraine. De telles avancées pourraient être une raison de retrouver un certain optimisme, quoique plus réfléchi et plus modéré, compte tenu de la nécessité de lutter et de faire des sacrifices pour maintenir les acquis et réaliser des progrès sociaux sur la scène internationale.
La défense et la promotion de la démocratie, de la liberté, de la justice et de la primauté du droit doivent continuer d'être l'étoile Polaire du Canada.
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Monsieur le Président, nous appuyons les modestes efforts déployés par le gouvernement pour ouvrir de nouveaux marchés aux exportateurs canadiens. L'intensification des échanges commerciaux est une bonne chose. Je suis favorable au libre-échange.
Malheureusement, malgré nos efforts pour collaborer avec le gouvernement, hier, le s'est rendu dans l'antichambre et a accordé une entrevue à CTV, où il a formulé des faussetés au sujet du Parti conservateur, affirmant que nous ne faisions qu'entraver le programme des libéraux.
Des voix: Oh, oh!
Jacob Mantle: Monsieur le Président, voyez l'arrogance affichée par le parti d'en face, par le député de .
Avant cette entrevue, le avait fait une offre de bonne foi au gouvernement afin de collaborer avec lui sur des questions liées au commerce, entre autres, et c'est ce que nous faisons. Les libéraux n'ont pas à nous en attribuer le mérite. Ce sont les Canadiens qui jugeront. Cependant, je demanderais au gouvernement, et en particulier aux leaders du gouvernement, de ne pas semer la confusion dans l'esprit des Canadiens en tenant des propos qui ne sont tout simplement pas vrais.
J'ai quelques commentaires à faire au sujet de l'accord proposé avec l'Indonésie. Je dirais simplement qu'il s'agit d'une erreur d'arrondissement. Le Cabinet du premier ministre a publié une déclaration où il parlait d'un accord « au fort potentiel ». L'économiste en chef d'Affaires mondiales Canada a, quant à lui, déclaré que « les gains économiques prévus sont modestes ».
Alors que le a tenté de parler de tous les nouveaux accès libres de droits de douane dont nous disposerons, la réalité est que 88 % des exportations canadiennes vers l'Indonésie bénéficient déjà d'un accès en franchise de droits. Tout avantage supplémentaire découlant de cet accord ne bénéficierait qu'à 9 % des exportations canadiennes. Les 3 % restants continueraient à être soumis à des droits de douane élevés. En fait, les économies tarifaires estimées pour les principales exportations du Canada vers l'Indonésie ne s'élèveraient qu'à 14 millions de dollars. C'est moins qu'une erreur d'arrondissement. Au total, l'incidence sur le PIB du Canada est estimée à 226 millions de dollars, soit moins de 0,5 %.
Comprenons-nous bien. Un nouvel accord commercial est une bonne chose, mais je pense que les Canadiens doivent savoir qu'il ne s'agit pas d'une panacée pour les problèmes auxquels nous sommes confrontés. En fait, il n'est même pas certain que cet accord soit nécessaire.
Je m'explique. L'Indonésie a déjà présenté sa demande officielle d'adhésion au partenariat transpacifique. Elle a fait cela en 2024, et on s'attend à ce qu'elle y accède en 2026, c'est-à-dire cette année. Je ne vois donc pas très bien en quoi cet accord est nécessaire. En outre, le Canada est déjà en négociation commerciale avec l'ANASE, c'est-à-dire l'Association des nations de l'Asie du Sud‑Est. Si cet accord se concrétise, cet accord deviendrait, là encore, superflu.
Je suis préoccupé par le fait que le gouvernement consacre de précieuses ressources à la négociation d'un accord qui n'est peut-être pas pertinent, alors qu'il devrait plutôt se concentrer sur notre accord le plus important, c'est-à-dire celui avec les États‑Unis. Malheureusement, nous avons très peu d'information à ce sujet parce que nous n'entendons pas la même chose de la part des Américains et du ...