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PCC (AB)
Madame la Présidente, je vais partager mon temps de parole avec le député de Kenora.
En cette 43e législature, je suis heureux de prendre la parole au sujet du programme du gouvernement tout en présentant ma vision et mes priorités pour la législature en cours.
Je représente Sherwood Park—Fort Saskatchewan, une circonscription de l'Alberta située sur le territoire du Traité no 6, où se trouve un lieu de rencontre et de passage traditionnel pour les Cris, les Saulteaux, les Pieds-Noirs, les Métis, les Dénés, et la nation sioux des Nakota.
Fort Saskatchewan est une collectivité dont l'histoire remonte au XIXe siècle. C'était à l'origine un fort de la police montée. La collectivité a été reliée au chemin de fer transcontinental en 1905. Les gens de Fort Saskatchewan sont fiers de leur passé et de leur présent.
Sherwood Park et l'endroit où je vis, Strathcona County, sont des collectivités qui, sur le plan politique et culturel, ont évolué de façon distincte en banlieue d'Edmonton. La grande région municipale de Strathcona County comprend la grande collectivité urbaine de Sherwood Park ainsi que nombre de hameaux, de terres agricoles et de fermes. Qu'on aime la ville ou les régions rurales, Strathcona County est un endroit formidable où vivre, travailler et élever une famille.
Toute ma circonscription dépend largement du secteur de l'énergie, plus particulièrement des activités de raffinage et de valorisation en aval qui permettent de transformer les produits extraits en articles de maison de tous les jours.
Tous ceux qui s'opposent au secteur de l'énergie ne doivent pas oublier qu'il n'y a pas que le carburant des avions et le diésel qui proviennent du pétrole. Ce dernier entre aussi dans la fabrication des brosses à dents, des affiches électorales et de toute une panoplie d'autres choses.
Je me souviens avoir vu des affiches Coroplast en arrière-plan quand la candidature du ministre du Patrimoine canadien a été annoncée. Tout le monde sait qu'il est contre le secteur de l'énergie, mais je suppose tout de même, sans pouvoir en être vraiment certain, qu'il se sert d'une brosse à dents en plastique de temps en temps. Par conséquent, en tant que député du centre industriel du Canada, je tiens à le remercier, de même que d'autres personnes, d'aider au moins certains travailleurs du secteur de l'énergie à conserver leur emploi et à participer à la lutte contre l'halitose.
Je viens de Sherwood Park—Fort Saskatchewan, mais alors que je prends ma place ici, je me rappelle les paroles mémorables d'Edmund Burke, qui a dit aux électeurs de Bristol:
Le Parlement n'est pas un congrès d'ambassadeurs d'intérêts divers et hostiles, c'est l'assemblée délibérative d'une nation, n'ayant qu'un seul et même intérêt en vue, celui du pays; une assemblée qui doit décider, non d'après les préjugés locaux, mais bien d'après le bien général, tel que le conçoit la raison de tous les membres assemblés. Vous choisissez un député, mais, cela fait, votre député n'est plus le représentant de Bristol, il est membre du Parlement.
Ainsi, en tant qu'assemblée délibérante d'une nation, nous mettons le doigt sur ce qui sera, à mon avis, le plus grand défi de la 43e législature: l'unité nationale. Pour moi, la question de l'unité nationale est très vaste. Oui, elle concerne la façon dont nous nous y prenons pour faire en sorte que les différentes régions du pays mettent leurs différends de côté, mais elle concerne aussi la façon dont nous nous y prenons pour arriver à la réconciliation et à la solidarité en dépit d'autres différends.
Le Canada doit être un pays ou les gens ont un sentiment d'appartenance à une seule nation, peu importe leurs croyances, leur culture ou leur langue maternelle. Nous formons une communauté de communautés au sein de laquelle il y a une place pour les différents liens qui soudent ces communautés, mais où ces liens sont transcendés par la création de la communauté nationale en vue de réaliser des engagements conjoints et d'établir un patrimoine collectif intégré et une solidarité unificatrice.
Récemment, j'ai lu Sybil, un magnifique roman de l'ancien premier ministre britannique Benjamin Disraeli. Je n'avais jamais lu un livre qui combinait une trame narrative romantique aussi sublime avec des théories politiques provocatrices aussi importantes. J'en recommande la lecture à tous les députés. Avant que le député de Spadina—Fort York ne me le demande, oui, il y a une édition du livre avec illustrations.
Dans les années 1840, alors que Benjamin Disraeli écrivait son roman, il s'est aperçu que la société était divisée en classes sociales. La séparation des citoyens en différentes catégories ne découlait pas principalement des différences au niveau de la productivité économique, mais plutôt des moments de conquête, notamment l'invasion normande et la quasi-conquête de la réforme anglaise, lors de laquelle les vastes terres ecclésiastiques auparavant disponibles pour des usages communs ont été réattribuées aux amis bien branchés et riches du nouveau régime religieux.
Ce processus de redistribution, qui saisissait les terres des gens ordinaires pour les redistribuer aux gens riches et bien placés, faisait participer les nouveaux propriétaires des terres à la réussite du nouveau système et créait ainsi une nouvelle oligarchie qui pouvait à la fois s'opposer au monarque et opprimer le peuple.
Cela semble être le point de vue de Disraeli sur son pays à l'époque, mais il demeure profondément pertinent dans le Canada d'aujourd'hui. Prendre aux gens ordinaires et donner aux élites bien branchées au nom du progrès constitue l'un des éléments centraux du programme du Cabinet actuel.
Le marché libre est souvent blâmé à tort pour les privilèges des riches et des personnes bien branchées, qui sont démesurés par rapport aux souffrances des gens ordinaires, alors que le véritable coupable est l'expropriation de la classe moyenne par le gouvernement et les subventions gouvernementales accordées aux personnes bien branchées. L'application inégale de la taxe sur le carbone et les subventions aux supergrappes sont des exemples précis de ce phénomène à notre époque.
Le roman Sybil de Disraeli raconte une histoire d'amour entre Charles Egremont, dont la famille est devenue riche après avoir reçu une part des propriétés religieuses après la réforme anglaise, et Sybil Gerard, une femme catholique de la classe ouvrière qui a l'intention de devenir religieuse.
Au milieu d'une injustice sociale généralisée, il y a des gens bien intentionnés et des gens mal intentionnés des deux côtés de la division prononcée des classes. Disraeli montre comment la compréhension et la solidarité entre les classes, par opposition à la lutte des classes, est la seule voie souhaitable, mais aussi la plus difficile, pour avancer.
La Situation de la classe laborieuse en Angleterre, célèbre ouvrage de Friedrich Engels, a été publié la même année que Sybil. Marx et Engels ont reconnu les mêmes divisions de classe que Disraeli, mais au lieu d'une harmonie intercommunautaire, ils ont plaidé pour l'inévitabilité d'une division accrue et donc pour la légitimité de la lutte des classes. Ils ont soutenu que la hiérarchie des privilèges serait inversée par une dictature des travailleurs.
Les idées de Disraeli étaient à bien des égards plus radicales que celles de Marx et d'Engels. Marx et Engels proposaient de changer les personnes au sommet de la hiérarchie sociale, tandis que Disraeli cherchait à remettre en question la condition morale et le manque de compréhension, de solidarité et d'esprit communautaire ayant conduit à l'injustice en premier lieu.
De même, le problème lié aux guerriers de la justice sociale d'aujourd'hui, c'est qu'ils ne sont pas assez radicaux. Ils cherchent à inverser les structures de privilèges tout en continuant à traiter les gens de façon négative ou positive sur la base de caractéristiques qu'ils ne peuvent pas maîtriser.
Les normes actuelles des guerriers de la justice sociale en matière de culture d'appel, d'éveil et d'inversion des privilèges ne mettent pas l'accent sur les messages vraiment radicaux et beaucoup plus élevés d'unité, de solidarité universelle et de progrès partagé.
La philosophie prônée par Disraeli avait pour nom le conservatisme d'une seule nation. Disraeli voulait rétablir les ponts et la solidarité entre les classes sociales et convaincre toutes les couches de la population de se lancer dans une réforme en profondeur des conditions de vie de la classe ouvrière.
Il faisait partie d'une longue et fière série de chefs conservateurs aux idées réformistes. Je rappelle d'ailleurs que c'est aux conservateurs que l'on doit une bonne partie des grandes réformes qui ont marqué la Grande-Bretagne du XIXe siècle, dont l'abolition de l'esclavage.
Benjamin Disraeli a directement contribué à l'adoption de la Second Reform Act, ou deuxième loi de réformes, qui accordait le droit de vote aux ouvriers britanniques. Il a réussi à prouver que c'est la solidarité, et non la division, entre les groupes sociaux qui permettait le mieux de servir la justice.
Le conservatisme d'une seule nation n'est pas un terme que l'on entend très souvent, mais il s'agit selon moi d'un concept qui pourrait être particulièrement utile au Canada dans le contexte de la 43e législature.
Les divisions qui marquent le Canada ne touchent pas seulement l'économie; elles relèvent aussi des disparités régionales, de l'ethnicité, de la religion et de la religiosité, des valeurs sociales et j'en passe. Comme en Grande-Bretagne, les moments de réconciliation les plus forts de notre histoire ont toujours eu lieu alors que le pays était gouverné par un premier ministre conservateur.
Je pense par exemple à sir John A. Macdonald, qui a su réconcilier les francophones et les anglophones du Canada en plus de relier la côte Est du pays à la côte Ouest. Je pense aussi à Brian Mulroney, qui, après Macdonald, a été le plus près de mener le Canada jusqu'à la réconciliation constitutionnelle nationale. Je pense enfin à Stephen Harper, qui, en reconnaissant les aspirations du Québec, a poussé le Bloc québécois sur les bords de la disparition politique, tout en créant des débouchés partout au pays grâce à la construction de pipelines.
Les conservateurs ont toujours vu le Canada comme une communauté de groupes distincts et ils ont toujours admis que l'on pouvait être attaché à ce qui nous est propre tout en reconnaissant le besoin de valeurs communes.
Le Canada a besoin plus que jamais d'unité nationale, il a besoin de n'être qu'une seule nation, mais le discours du Trône n'a rien pour faire de cette vision une réalité. Il n'y est même pas question des problèmes graves que vivent de nombreuses régions et localités du pays. Il passe complètement sous silence les difficultés du secteur des ressources naturelles, que ce soit en Alberta ou ailleurs au pays, ainsi que la question primordiale du développement économique des Autochtones, alors qu'espoir et croissance économique devraient être les deux mots d'ordre de la réconciliation.
Le discours du Trône ne dit absolument rien des réformes dont le système d'immigration a cruellement besoin, à commencer par les règles sur l'octroi de l'asile, qui doivent être modifiées de toute urgence afin que les organismes privés puissent parrainer des réfugiés vulnérables sans avoir à se soucier des interminables listes d'attente, des plafonds arbitraires et des formalités sans queue ni tête.
Les nouveaux Canadiens attendent un système d'immigration équitable pour ceux qui suivent les règles. À la lumière de ce discours du Trône, ils devront attendre un peu plus longtemps.
Le discours du Trône mentionne l'aspiration du gouvernement à se joindre au Conseil de sécurité des Nations unies, mais il ne mentionne pas les aspirations des gens de partout dans le monde à échapper à l'oppression et à vivre comme nous vivons, avec la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit. Le discours du Trône marque le maintien d'une politique étrangère qui place l'aspiration du gouvernement à se joindre au Conseil de sécurité devant les valeurs fondamentales du Canada.
C'est sans surprise que le discours du Trône ne mentionne pas les menaces qui pèsent sur les libertés fondamentales de nombreux Canadiens, comme la liberté d'expression, d'association, de religion et de conscience.
Notre sens de la solidarité nationale devrait inclure la bonne volonté à l'égard des travailleurs de l'énergie autochtones en Alberta, des fabricants de produits pétroliers francophones en Ontario, des fonctionnaires sikhs à Montréal et des infirmières de soins palliatifs catholiques à Delta.
Il devrait comprendre un souci pour le bien-être, les traditions et les droits de tous les Canadiens. Il ne devrait pas, par exemple, tenter de décider les droits et les souffrances de qui doivent primer. Il devrait plutôt chercher à réconcilier les intérêts et les préoccupations à l'échelle nationale.
Voilà ce que fait un pays quand il se considère vraiment comme une grande nation à laquelle tout le monde appartient. C'est le rôle de la 43e législature, l'assemblée délibérante d'un seul pays.
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