Interventions à la Chambre des communes
 
 
 
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PCC (QC)
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2017-02-10 12:50 [p.8801]
Monsieur le Président, je suis heureux de participer au débat sur le projet de loi C-31, Loi portant mise en oeuvre de l'Accord de libre-échange entre le Canada et l'Ukraine.
J'aimerais ouvrir une petite parenthèse pour parler de l'histoire de l'humanité, question de voir un peu quelles réflexions philosophiques on peut avoir sur le libre-échange. Qu'est-ce que l'échange en tant que tel? Selon le dictionnaire Larousse, qui est bien reconnu par la communauté internationale, l'échange est une action entre deux personnes, et c'est le fait d'échanger quelque chose.
Voilà une première notion qui me semble intéressante en ce qui a trait au libre-échange. Ainsi, lorsque deux individus se rencontrent pour un échange, peu importe leur époque, que ce soit du troc ou autre chose, ils échangent un produit contre un autre. Déjà là, on a un échange.
J'ai consulté à nouveau le Larousse pour m'enquérir de la nature du libre-échange en tant que tel. On nous dit que c'est une théorie, une doctrine économique qui préconise la suppression de toute entrave aux échanges et la liberté des transactions internationales, par opposition au protectionnisme.
La doctrine du libre-échange a été formulée au XVIIIe siècle. On la trouve chez des physiocrates comme David Hume et Adam Smith et dans les écrits de M. Ricardo et de John Stuart Mill, où elle est exposée avec le plus de rigueur. Pour ces auteurs, la liberté du commerce entre nations est fondée sur la division internationale du travail, qui spécialise chaque peuple dans les productions pour lesquelles ses aptitudes sont les plus grandes et qu'il peut fournir au meilleur coût. Cette théorie souligne les effets positifs de la concurrence, qui permet aux consommateurs d'obtenir des produits de meilleure qualité à moindre prix.
Voilà ce que l'on sait sur le libre-échange. Les théoriciens appliquent davantage ce concept aux relations internationales, mais j'aimerais l'appliquer à toute forme d'échange sans contraintes, que ce soit au niveau national, international ou communautaire ou entre deux individus. Mes collègues vont comprendre ma logique.
Je me suis demandé ce que nous, les humains, nous faisions depuis des milliers d'années, si ce n'est pas échanger librement. Si on remonte à l'époque néolithique, il me semble bien que n'importe quels hommes qui se rencontraient pouvaient déterminer à l'instant même qu'ils allaient échanger des produits entre eux.
Dans le contexte de ces échanges spontanés entre des tribus ou des individus, il y avait aussi la mise en place d'une certaine expertise, tout comme le veut la définition des philosophes selon laquelle le libre-échange vise à diviser les secteurs de travail entre différents pays en fonction de leurs compétences et de leurs expertises, mais aussi de leurs ressources, bien entendu. On s'entend pour dire que le Canada ne pourra jamais avoir une expertise en matière de plantations de bananiers, parce que nous n'avons pas l'environnement propice pour le faire.
Il me semble donc que le libre-échange a toujours eu lieu. C'est cela, mon argument. Étant un évolutionniste, j'estime que nous échangeons librement depuis des millions d'années. Bien avant que furent créés les États et les frontières, nous échangions entre nous tous. Bref, le libre-échange est très loin d'être une notion du postmodernisme ou de notre époque.
A contrario, j'ai été voir ce qu'était le protectionnisme. Toujours selon le Larousse, c'est un système consistant à protéger l'économie d'un pays contre la concurrence étrangère au moyen de mesures tarifaires.
C'est exactement ce qui nous fait peur en ce moment, par exemple, avec le très honorable président des États-Unis, M. Trump, qui parle de peut-être mettre en place des tarifs, et donc d'aller de l'avant avec une certaine forme de protectionnisme.
Le protectionnisme a existé à toutes les époques. En effet, au Canada, le Parti conservateur a déjà été un parti proprotectionnisme. Cela va au gré du vent. C'est une question de conjoncture historique et politique.
Cela étant dit, depuis 30 ans, le Parti conservateur est le champion par excellence du libre-échange. C'est une bonne chose selon moi, parce que comme je l'ai démontré philosophiquement plus tôt, le libre-échange a existé de tous les temps.
Toutefois, le protectionnisme peut présenter un danger lorsqu'il est appliqué avec tout son potentiel, car on parle alors d'un marché contrôlé par l'État, c'est-à-dire du socialisme dans sa mesure douce et du communisme dans sa mesure la plus forte.
Toute forme de mise en place d'échanges économiques qui n'est pas du libre-échange va dans une direction plutôt dangereuse. En effet, quelle est la meilleure façon de contrôler les populations? Comme je l'ai déjà dit, cela fait des millions d'années qu'on échange entre nous. Quand les États se sont constitués et que les royaumes ont été créés, ils ont compris très rapidement que la façon dont on pouvait contrôler les gens, c'était de contrôler les échanges qu'ils faisaient entre eux.
Ce que j'essaie de dire, c'est que le libre-échange a toujours existé, qu'il fait partie de l'ontologie même de l'humanité et qu'on ne devrait donc pas en avoir peur, mais qu'au contraire, il faudrait célébrer le libre-échange comme une forme de liberté absolue et un droit inaliénable de l'homme.
Pour revenir au projet de loi, il nous est impossible d'être contre, parce qu'il vise à mettre en place un accord de libre-échange entre l'Ukraine et le Canada. En fait, il y a quelques années à peine et sous notre gouvernement, le Canada a conclu 45 traités de libre-échange, par exemple avec le Pérou, la Corée du Sud et l'Union européenne. Je pourrais continuer ainsi, mais le nom des pays ne me viennent pas tous à l'esprit.
En outre, sous la direction incroyable du très honorable Brian Mulroney, nous avons ni plus ni moins créer la plus grande plateforme de libre-échange dans l'histoire de l'humanité, soit l'ALENA, un accord entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.
À notre avis, l'Accord de libre-échange Canada-Ukraine est certainement très positif pour démontrer notre appui à ce grand pays qui a sur son territoire Kiev, le berceau de la civilisation russe. Cela explique probablement les tensions entre la Russie et l'Ukraine, et c'est pourquoi notre aide à l'Ukraine est d'autant plus importante. L'histoire a quand même fait en sorte que l'Ukraine forme un pays indépendant aujourd'hui.
Voyons pourquoi il est bon pour nous de faire des échanges avec l'Ukraine. Je vais en parler d'un point de vue pécuniaire, oublions les relations internationales. Le produit intérieur brut de l'Ukraine, son pouvoir d'achat, est de 339,2 milliards de dollars américains par année. Le PIB par habitant, c'est un peu plus déprimant, car il est de 7 900 $ américains par habitant. Pour cette raison, les Ukrainiens vont certainement bénéficier de notre accord de libre-échange avec eux. Nous allons certainement contribuer à augmenter le PIB au profit de chaque habitant de l'Ukraine, ce qui va être fantastique pour eux, leur famille et leur qualité de vie.
La population de l'Ukraine compte quand même 45,2 millions d'habitants, ce qui est 10 millions de plus que celle du Canada. De toute évidence, nos profils correspondent sur le plan de la population. De plus, leurs exportations et importations représentent 82 % du PIB, au taux de change officiel.
Finalement, l'Ukraine est un grand pays exportateur tout comme le Canada, et c'est peut-être en raison du fait que l'Ukraine est un grenier, comme le Canada. Depuis toujours, l'Ukraine fournit du blé, de l'avoine et d'autres produits céréaliers à l'Union soviétique, qui est la Russie aujourd'hui, et j'imagine à bien d'autres pays de l'Union européenne aussi.
L'Ukraine est le 75e partenaire commercial du Canada, au chapitre des marchandises, alors qu'il y a 200 pays dans le monde. C'est donc déjà pas mal, mais j'imagine qu'elle pourrait se rapprocher du 50e ou 40e rang grâce à notre entente, qui lui permettra également d'augmenter son PIB par habitant. Voilà donc le profil de l'Ukraine.
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