Monsieur le Président, je partagerai mon temps de parole avec la députée d'York-Ouest.
Je vous remercie de me donner cette chance de joindre ce débat important, monsieur le Président.
Le gouvernement fédéral a la responsabilité fondamentale d'insuffler un sentiment de confiance envers l'économie. C'est pourquoi nous avons besoin du budget dès maintenant. Ce délai cause de l'incertitude pour les marchés et les Canadiennes et les Canadiens. Le premier ministre a mis tous ses oeufs dans le même panier et maintenant, alors que la croissance économique ralentit et que le prix du pétrole chute, c'est évident qu'il n'a aucun plan B. La semaine dernière, la Banque du Canada a agi, mais le premier ministre improvise au fur et à mesure en annulant des rencontres avec nos principaux partenaires commerciaux et alliés et en retardant le dépôt du budget.
En retardant le dépôt du budget, le premier ministre a baissé les bras et admis qu'il n'a aucun plan B. La prospérité économique du Canada est en jeu, mais le premier ministre demande aux familles de la classe moyenne encore plus de sacrifices afin que les mieux nantis de notre société puissent obtenir des milliards de dollars en allégements fiscaux.
Et pour qui le premier ministre travaille-t-il ces jours-ci? Sa principale priorité durant cette période difficile est de protéger le cadeau de plus de 2 milliards de dollars qu'il a fait aux Canadiens qui en ont le moins besoin. Les conservateurs devraient commencer par changer de cap en ce qui concerne le plan de fractionnement du revenu qui coûtera au Trésor 2 milliards de dollars par année, un allégement fiscal pour la classe moyenne qui ne sera profitable principalement qu'aux familles les mieux nanties au Canada.
Pendant la campagne électorale de 2011, le premier ministre a promis que lorsque le budget serait équilibré, son gouvernement permettrait aux familles de fractionner leurs revenus à des fins fiscales, jusqu'à concurrence de 50 000 $. Le 30 octobre 2014, le gouvernement annonçait un plan légèrement modifié offrant aux familles un crédit d'impôt théorique pour le fractionnement du revenu qui pourrait atteindre une valeur de 2 000 $. Or 85 % des ménages canadiens ne profiteront pas du fractionnement du revenu, dont les chefs de famille monoparentale, les parents dont les revenus sont semblables et les familles qui n'ont pas d'enfants de moins de 18 ans. Dans la plupart des cas, la prestation maximale de 2 000 $ sera versée à des ménages où une seule personne gagne un revenu, lorsque ce revenu est supérieur à 100 000 $ par année.
Ce programme coûtera au Trésor 2,4 milliards de dollars au cours de l'exercice 2014-2015 et 2 milliards de dollars par année au cours des exercices suivants.
Nous avons besoin d'un leadership avec un plan intelligent pour faire croître notre économie dans tous les secteurs d'activités et dans toutes les régions, pour l'ensemble de la population. La priorité du Parti libéral est claire: nous devons améliorer la solidité et la prospérité des Canadiennes et des Canadiens de la classe moyenne qui n'ont pas bénéficié d'une augmentation de revenu décente depuis 30 ans. Les familles canadiennes méritent d'avoir une chance réelle et équitable de réussir.
Dans sa vision économique, ce gouvernement a négligé de prendre en compte ce qui a toujours fait du Canada un pays prospère: la diversité, l'équilibre et le partenariat entre les régions et les secteurs d'activités.
La force du Canada ne devrait pas dépendre que d'une seule chose ni d'un seul endroit. Elle vient de la diversité de sa population et de la diversité de son économie. Oui, nous avons besoin de la force de l'Ouest, mais nous avons aussi besoin de la force de l'Est, de la force du Nord et de la force du Centre.
J'aimerais remercier mes collègues, surtout les francophones, d'avoir écouté mon mauvais français, en espérant avoir été compréhensible.
Je poursuivrai en anglais. Je remercie les députés de leur tolérance. Étant une députée anglophone qui représente une circonscription anglophone, ma maîtrise de la langue de Balzac est médiocre, et je tiens à m'en excuser, mais je crois qu'il est important d'essayer de parler cette langue. Soit dit en passant, Balzac était marié à une Ukrainienne. Je me sens donc très proche de lui.
Un de mes commentateurs économiques préférés est Warren Buffet. Dans une lettre de 2001 adressée à des actionnaires, il a fait cette remarque très intéressante: « Ce n'est que lorsque la marée se retire qu'on voit qui se baigne nu. »
Au Canada, la marée s'est retirée. C'est ce qui est arrivé au gouvernement. Maintenant qu'il n'y a plus de marée, la situation n'est plus aussi rose. Il y avait deux facteurs principaux qui favorisaient la performance économique relative du Canada, à savoir le prix élevé des produits de base et le fait que le Canada est le seul pays du G7 à avoir évité la crise financière grâce — il convient peut-être de le souligner — à la décision très sage et prudente du gouvernement libéral de maintenir une réglementation bancaire rigoureuse, allant ainsi à l'encontre des idées reçues.
La marée s'est maintenant retirée parce que le cours des produits de base, plus particulièrement celui du pétrole, qui favorisait notre rendement économique, s'est effondré. En outre, la crise financière, qui a eu des effets dévastateurs sur les autres pays du G7 et a réellement favorisé la performance économique relative du Canada, commence à se calmer et ne touche plus aussi durement ces pays.
Plus précisément, toute proportions gardées, nous voyons sous leur vrai jour la performance économique du Canada et celle du gouvernement en matière d'administration de l'économie. Nous constatons que le gouvernement n'a pas su prendre la mesure de l'enjeu économique fondamental de notre génération, c'est-à-dire l'adaptation à la nouvelle donne de l'économie du XXIe siècle, une économie qui évolue à l'ère de la révolution technologique et de la mondialisation.
Dans cette économie du XXIe siècle, nous assistons à l'érosion implacable de la classe moyenne. Alors que les salaires des gens de la classe moyenne stagnent depuis 30 ans, les revenus et la richesse des plus nantis augmentent.
Il y a des années que le gouvernement refuse d'admettre cette réalité. D'ailleurs, lorsque le chef du Parti libéral a commencé à évoquer l'érosion de la classe moyenne, il s'est heurté à la dérision et au déni. Or, il est universellement admis que l'inégalité des revenus et l'érosion de la classe moyenne forment l'enjeu économique fondamental actuel. Il faut s'y attaquer.
Je vais conclure par une citation tirée du Forum économique mondial de Davos, lequel en général n'est pas perçu comme un lieu de rassemblement de gauchistes ou de communistes. Voilà ce qu'on y disait sur l'inégalité des revenus:
Dans les pays pauvres comme dans les pays riches, cette inégalité alimente le conflit, corrode les démocraties et nuit même à la croissance. Il n'y a pas si longtemps, ceux qui se préoccupaient de l'inégalité étaient accusés de se livrer à la politique de l'envie. Au cours de la dernière année, cette préoccupation est officiellement devenue digne de considération, alors que des personnalités telles que le pape et Christine Lagarde ont fait des mises en garde contre ses conséquences. Un consensus se forme: si on ne fait rien, l'inégalité économique fera régresser la lutte contre la pauvreté et menacera la stabilité mondiale.
Plutôt que de faire obstacle à ces forces économiques, le gouvernement, en particulier son plan imprudent et injuste de fractionnement du revenu, les accentue. Voilà pourquoi nous appuyons la motion de l'opposition.
Présentons un budget. Jouons cartes sur table. La mer s'est retirée. Nous voulons voir ce que les ministériels nous réservent.