Monsieur le Président, les libéraux appuient le projet de loi C-20. Le Parti libéral adhère tout à fait au principe selon lequel le libre-échange est essentiel à la croissance économique du Canada au XXIe siècle.
J'aimerais parler un instant de la vision d'ensemble que nous avons des échanges commerciaux et de la manière dont ils s'inscrivent dans notre vision économique globale. Je passerai ensuite à l'accord dont il est question aujourd'hui et aux efforts qu'il faudra faire pour que sa mise en oeuvre respecte les principes sur lesquels repose la démocratie canadienne et corresponde à la façon dont le Canada se doit d'agir sur la scène internationale.
À ce propos, 19,2 % des emplois canadiens sont directement liés au secteur des exportations, et selon la manière dont on fait le calcul, l'économie canadienne elle-même repose sur les exportations dans une proportion pouvant atteindre 80 %. Nous ne sommes qu'un petit pays dans la vaste économie mondiale, et si le Canada ne s'ouvre pas au reste du monde, s'il ne cherche pas à devenir un partenaire commercial actif et dynamique, il n'a aucune chance de réussir; alors adieu aux emplois pour les Canadiens de la classe moyenne, dont nous avons pourtant besoin et que nous sommes loin de créer en nombre suffisant pour l'instant, d'autant que ceux qui sont créés ne sont pas toujours de la qualité souhaitée.
Nous avons cependant besoin de plus qu'une série d'accords à la pièce avec de petits pays comme le Honduras. Pour assurer son avenir, le Canada a besoin d'une vision économique et commerciale bien plus ambitieuse et plus globale, qui rivalisera d'audace et permettra au Canada de s'intégrer pleinement à l'économie mondiale. Alors, bien que les libéraux appuient l'accord commercial conclu avec le Honduras, ils sont d'avis que le Canada doit se rapprocher activement des économies de marché émergentes qui connaissent une forte croissance et qui suscitent l'appétit du reste du monde.
J'aimerais attirer plus particulièrement l'attention des députés sur ce qui se passe actuellement en Afrique. Nous sommes nombreux à avoir toujours considéré les pays africains comme en développement, voire pauvres. Or, l'Afrique d'aujourd'hui figure parmi les marchés émergents les plus prometteurs. Dans certains pays d'Afrique, par exemple, la croissance économique a crû de 5 % par année pendant 5 ans d'affilée. C'est énorme, et c'est bien réel. Les investisseurs accourent, et les pays les plus ambitieux du monde, comme la Chine et les États-Unis, luttent pour se tailler une place de choix en Afrique. Où est le Canada dans tout ça? Le continent africain doit rapidement devenir la cible de nos prochains accords commerciaux, d'autant qu'il offre une excellente occasion d'avoir une incidence positive sur le monde.
L'autre aspect d'un programme économique et commercial ambitieux et global pour le Canada consiste à réfléchir à la position que nous souhaitons voir notre pays occuper sur l'échiquier économique mondial. Dans le contexte économique mondial actuel, c'est le gagnant qui rafle tout. Cette situation s'applique tant aux pays qu'aux particuliers et aux entreprises. À vrai dire, le programme économique du gouvernement actuel n'est pas suffisamment ambitieux et avant-gardiste pour notre pays.
Un de mes ouvrages préférés ces jours-ci est un livre rédigé par l'économiste Tyler Cowen et qui s'intitule Average is Over. Selon son argument central, les meilleures entreprises, les meilleurs talents, les meilleures villes et les meilleurs pays sont appelés à connaître du succès. Toutefois, si on se classe simplement dans la moyenne, il n'y a pas d'avenir. Voilà une leçon que le Canada doit absolument retenir et un thème que le gouvernement fédéral doit placer au centre de ses politiques.
Nous devons élaborer un programme commercial global, une vision économique générale, qui permettra au Canada de participer pleinement à l'économie mondiale et qui permettra aussi à des sociétés établies au Canada de faire des affaires dans le monde entier. La vieille économie axée sur les succursales ne fonctionne plus. Ce n'est pas elle qui va créer suffisamment d'emplois de qualité au XXIe siècle. Nous croyons que, en 2014, la nécessité d'élaborer un programme commercial et économique ambitieux, adapté au XXIe siècle, sera encore plus évidente.
Cette semaine déjà, la première semaine de la reprise des travaux parlementaires, les conservateurs ont fait de nombreuses déclarations sur l'excellence économique du Canada, sur le fait que nous sommes meilleurs que quiconque au sein du G7 et ainsi de suite. Cela deviendra moins vrai en 2014 puisque les autres pays du G7, qui ont tant souffert de la crise financière qui a épargné le Canada — grâce aux judicieuses politiques de réglementation du secteur bancaire mises en place par le gouvernement libéral dans les années 1990 —, se sont maintenant rétablis. Nous allons le constater en 2014. On constate déjà un retour en force aux États-Unis et au Royaume-Uni. Notre performance relative semble déjà bien pire et le premier mois de 2014 n'est même pas encore terminé.
Cela signifie que nous nous sommes laissé aller. Nous nous sommes laissé porter par le fait que nous ne subissions pas de crise financière. Nous n'avons pas mis en place un programme économique dynamique et tourné vers l'avenir favorisant la prospérité de la classe moyenne au cours du XXIe siècle, ce qui comprend des échanges commerciaux. Des accords à la pièce avec de petits pays sont un bon départ. Cependant, nous devons être beaucoup plus ambitieux et avoir une vision beaucoup plus large.
Pour revenir à l'accord avec le Honduras, mes collègues du NPD ont mentionné un point important: ce pays affiche un bilan peu reluisant et des problèmes marqués en ce qui concerne le domaine politique, le travail et l'environnement. Le Parti libéral croit qu'il est important pour le Canada de conclure cet accord. Il existe peu de pays parfaits, et le Canada doit participer à l'économie mondiale. Nous croyons qu'un partenariat économique solide peut avoir une incidence positive sur les pays en question. Mais pour que cela soit possible, les paroles creuses ne suffisent pas.
Pendant la mise en oeuvre de cet accord, il faudra porter attention à ce qui se passe au Honduras et être conscients que, en raison de l'accord commercial et des activités des entreprises canadiennes, le Canada pourrait se retrouver complice de violations touchant la politique, le travail ou l'environnement. Il ne suffit pas de signer un accord puis de l'oublier. Il faut suivre les choses de près et être absolument certains que le comportement du Canada est irréprochable.
J'aimerais souligner que les accords parallèles ne comportent pas de mécanisme contraignant à l'égard des normes du travail et des normes environnementales, mais que l'article 816 de l'accord de libre-échange prévoit ceci:
Chaque Partie devrait encourager les entreprises exerçant leurs activités sur son territoire ou relevant de sa compétence à intégrer volontairement des normes de responsabilité sociale des entreprises internationalement reconnues dans leurs politiques internes [...]
C'est donc dire que nous avons la responsabilité de rester à l'affût de ce qui se passe, et de bien nous assurer que les normes concernant la politique, le travail et l'environnement fassent l'objet d'un suivi attentif.
J'aimerais, à titre de députée de Toronto-Centre, souligner particulièrement l'immense répression et les terribles abus que subissent les membres de la communauté LGBT du Honduras. C'est une situation que nous devrons suivre de près dans le contexte du renforcement de nos échanges commerciaux avec ce pays. Nous devons être très vigilants et voir à ce que les entreprises canadiennes qui travailleront au Honduras ou auront des liens commerciaux avec ce pays ne soient pas impliquées dans ces abus, et qu'elles contribuent plutôt à les contrer en donnant le bon exemple.
Il faut rester vigilants en ce qui concerne les normes environnementales. Si, comme le croit le parti travailliste, nous devons nous servir des accords commerciaux pour donner un élan positif aux pays en difficulté, il faut aussi faire très attention. Il faut tenir compte des normes du travail et des normes environnementales. En procédant ainsi, on fait en sorte que l'accord commercial soit une bonne affaire pour les Canadiens de la classe moyenne. Si on néglige les normes du travail et les normes environnementales, le commerce avec un pays comme le Honduras, qui est plus pauvre que le Canada, peut être dangereux pour la classe moyenne.
Il ne s'agit pas simplement de signer un document et de passer à autre chose. Cet accord commercial a beaucoup de potentiel. C'est pour cette raison que nous l'appuyons, mais il faut rester très vigilants. Il faut avoir une perspective globale au lieu de nous contenter d'un accord à la fois.