Madame la Présidente, j'aimerais commencer par dire que j'ai l'intention de partager mon temps de parole avec ma collègue, la députée de Random—Burin—St. George's.
Comme premier commentaire, je veux remercier nos collègues du NPD et surtout la députée de Hamilton Mountain d'avoir amené cette discussion devant la Chambre. Je veux aussi dire que nous avons l'intention d'appuyer la motion du NPD avec enthousiasme parce que nous pensons que ce sujet touche énormément de personnes, en plus d'avoir soulevé énormément d'inquiétude, surtout chez les gens qui travaillent dans des industries saisonnières.
Mon collègue de Cape Breton—Canso a dit quelque chose d'important dans une question qu'il a posée à la ministre. Nous avons pensé que l'idée selon laquelle les projets-pilotes lancés en 2005 visant à calculer les gains hebdomadaires en les basant sur les 14 meilleures semaines de rémunération, si tel est le dénominateur dans la région économique dans laquelle on réside, était un élément positif du budget et une amélioration importante. Auparavant, les semaines les plus récentes étaient retenues et non les meilleures semaines, ce qui avait pour conséquence inattendue de décourager en fait les gens d'accepter un emploi même pour un, deux ou trois jours car cela exerçait un effet pervers sur leurs prestations d'assurance-emploi qui diminuaient alors qu'ils en avaient peut-être besoin à une époque de l'année où ils étaient sans travail. C'était une mesure importante. Je suis content de constater qu'elle a été reconduite et qu'elle sera appliquée à l'échelle nationale. Cette mesure permettra d'aider les Canadiens qui cherchent du travail.
L'autre élément important est la disposition relative au travail pendant une période de prestations. Ce projet-pilote ne durera que deux ans. J'espère qu'elle sera enchâssée dans la Loi sur l'assurance-emploi, en particulier pour ceux qui exploitent des gîtes touristiques ou une auberge dans une région rurale du Nouveau-Brunswick. Après la saison touristique, ces gîtes ne peuvent pas rester ouverts très longtemps après le début de l'automne. Ils demeurent peut-être ouverts les fins de semaine de novembre et de décembre, pour les fêtes de Noël ou pour y accueillir des familles qui se réunissent à cette époque de l'année, mais ils n'arrivent pas à trouver des employés. S'il se présentent au travail lorsqu'il y a du travail, ils seront pénalisés plus tard car leurs prestations d'assurance-emploi diminueront. Je suis content que ces changements ont été jugés positifs.
Un groupe de travailleurs et d'employeurs de ma circonscription, plus précisément des régions de Cap-Pelé et de Bouctouche, ont travaillé ensemble pour amener ces changements devant le Parlement et devant le gouvernement libéral de l'époque. On y retrouvait M. Rodrigue Landry, coprésident de ce comité, et un employé d'une usine de transformation de poisson de la région de Cap-Pelé, dans ma circonscription. Il y avait aussi un employé de Westmorland Fisheries, qui a travaillé avec Ronald LeBlanc, et d'autres employeurs. Il y avait également Aline Landry. Je suis content de voir que cela continue.
Cependant, je dois dire qu'il y a énormément d'inquiétudes partout au Canada quant aux réformes de l'assurance-emploi que propose l'actuel gouvernement.
C'est une source d'inquiétude nationale non seulement dans les régions rurales du Nouveau-Brunswick, mais également dans l'Est du Québec ou le Nord de l'Ontario. Ces régions seront parmi les plus durement touchées par les changements que proposent les conservateurs.
Ici même, au Parlement, il y a des travailleurs saisonniers. Ceux qui travaillent dans le secteur des services alimentaires, dans les cafétérias et dans le restaurant dans ce bâtiment même, sont licenciés lorsque ces services ne sont plus nécessaires. Le gouvernement punit par inadvertance, je l'espère, ceux qui travaillent sans ménager leurs efforts au Parlement chaque jour que nous siégeons, et pour un grand nombre d'entre eux, depuis de nombreuses années. Ces employés seront pénalisés par ces changements.
Et de nombreuses autres personnes très vulnérables, souvent des parents célibataires ou des femmes, qui travaillent dans des secteurs saisonniers de l'économie, le seront aussi. Il importe de ne pas oublier que ce ne sont pas les travailleurs qui sont saisonniers, mais les emplois dans certains secteurs de l'économie. Les industries saisonnières représentent jusqu'à 25 p. 100 du PNB du Canada et je ne parle pas uniquement de la transformation du poisson dans ma circonscription, des activités touristiques ou agricoles. Je parle de ceux qui travaillent pour des gouvernements municipaux, des conseils scolaires et certains secteurs de l'économie d'un bout à l'autre du pays. Dans chaque collectivité, des gens seront pénalisés par les changements qui sont proposés.
Il n'y a pas de doute: ceux et celles qui subiront le coup le plus dur sont ceux et celles qui travaillent pour des industries saisonnières.
J'ai reçu un courriel d'une femme nommée Patricia Fraser, qui exploite une moyenne entreprise d'aménagement paysager à Indian Mountain, près de Moncton. L'entreprise, qui fournit chaque année du travail à une équipe de 8 à 12 personnes, est en affaires depuis près de 30 ans. Mme Fraser ne voit pas comment elle réussira, compte tenu des changements proposés, à garder à son service les hommes et les femmes sur qui elle peut compter année après année pour travailler fort et offrir un service de qualité à ses clients. Elle perdra ces employés, et son entreprise risque d'en pâtir. Selon Mme Fraser, ces changements auront une incidence directe sur un important employeur d'un secteur de ma circonscription où les bons emplois ne sont pas légion.
Comme je l'ai indiqué dans la question que j'ai posée à la secrétaire parlementaire, il est ridicule de s'attendre à ce que les habitants des régions rurales du Nouveau-Brunswick fassent une heure de route pour se rendre au travail et une heure de route pour en revenir.
Effectivement, on va dire à quelqu'un habitant dans le village de Richibouctou, ou à Saint-Louis-de-Kent, situé à une heure de Moncton, qu'il va devoir voyager 105 km deux fois par jour, sur des chemins qui sont plus que dangereux l'hiver, pour peut-être être obligé de prendre un emploi à salaire très modeste, à salaire minimal.
Bon nombre des travailleurs de ma circonscription gagnent entre 10 et 12 $ l'heure, ce qui n'est pas beaucoup. S'ils refusent un emploi où ils recevront un salaire correspondant à 70 p. 100 de leur rémunération actuelle ou qui se trouve à Moncton, à une heure de route de leur maison, ils seront pénalisés et privés de leurs prestations d'assurance-emploi. Pour eux, il serait économiquement plus avantageux de dépendre des programmes provinciaux d'aide au revenu.
Le gouvernement dit aux gens qu'ils n'auront pas accès à l'assurance-emploi parce qu'il leur fera parvenir deux fois par jour un courriel concernant les emplois disponibles. Or, comme l'a si justement fait valoir la députée du NPD, entre 20 et 30 p. 100 des résidants des régions rurales du Canada n'ont pas accès à Internet ou à des services de courriel à la maison. De plus, le gouvernement ferme de nombreux centres d'accès communautaire, où allaient bon nombre de ces résidants pour consulter Internet. En ne répondant pas à un courriel concernant un emploi dans le secteur de la vente au détail situé à une heure de chez eux, les bénéficiaires de l'assurance-emploi risquent de perdre leurs prestations. Cette situation entraînera un exode des populations rurales au Canada.
Un de mes bons amis, le Dr Donald Savoie, un expert en questions de développement régional et professeur titulaire d'une chaire de recherche canadienne à l'Université de Moncton, a clairement dit que le résultat de ces changements sera la mort de plusieurs communautés rurales et éloignées.
Le véritable objectif du gouvernement est peut-être de rendre la vie encore plus difficile et plus compliquée à ceux qui habitent dans les régions rurales de la Nouvelle-Écosse, de Terre-Neuve-et-Labrador ou du Nouveau-Brunswick, où se trouve ma circonscription. Le gouvernement cherche peut-être à compliquer la vie des travailleurs et de leurs employeurs, de ceux qui payent leur salaire, qui bâtissent des entreprises et qui créent de l'emploi dans une conjoncture économique pourtant très difficile et très précaire. Le gouvernement a peut-être décidé qu'il fallait dire à tous ces gens-là que ça n'en valait plus la peine et qu'ils feraient mieux de faire leurs valises pour aller voir ailleurs.
Les conséquences sociales de ces changements seront considérables et dévastatrices.
Dans les petites collectivités que je représente, la plupart des pompiers volontaires sont des jeunes, qui ont une famille et qui travaillent dans des industries saisonnières. Ces gens-là vont être obligés de prendre un appartement à Halifax ou d'aller s'installer ailleurs au Canada. Le gouvernement a beau prétendre qu'il n'oblige pas les gens à déménager, mais en droit du travail, la notion de congédiement déguisé existe bel et bien. Un employeur n'a pas besoin de dire à un employé qu'il est congédié, il lui suffit de changer ses conditions de travail, de rendre l'atmosphère tellement insupportable que l'employé se voit contraint de quitter son emploi. En droit, cela revient au même que de convoquer l'employé pour le congédier. C'est ce qu'on appelle un congédiement déguisé.
Le gouvernement est en train de faire de la délocalisation déguisée. Il prétend qu'il n'oblige pas les gens à partir, mais si ces gens-là ne peuvent pas trouver un emploi qui leur permettra de payer leurs factures et de subvenir aux besoins de leurs familles, si les petites entreprises pour lesquelles ils travaillent sont obligées de fermer leurs portes faute d’avoir accès à un bassin de travailleurs qualifiés, la conjoncture économique va être telle que ces gens-là vont partir et que ce sera donc une délocalisation déguisée. Nous n'aurons plus de pompiers volontaires qui, pourtant, font un travail extraordinaire, pas seulement en combattant les incendies mais en accomplissant toutes sortes d'opérations de sauvetage.