[Le député s'exprime en mohawk.]
[Traduction]
Monsieur le Président, les mots que je viens de prononcer en Kanienkehaka, c'est-à-dire en mohawk, auraient été interdits dans un pensionnat autochtone. La personne qui les aurait employés, un jeune enfant dans la plupart des cas, aurait eu droit à une punition, probablement un châtiment corporel, parfois à la limite de la torture pour bien veiller à ce que la douleur soit associée à l'utilisation de cette langue soi-disant barbare. Or, cette langue, comme le constate rapidement quiconque tente de l'apprendre, est d'une richesse et d'une complexité incroyables, bien plus encore à certains égards que les deux langues qui sont les miennes.
Un de mes amis, l'aîné Satewas Gabriel de Kanesatake, parle de l'expérience qu'a vécue sa mère Oronhiokon, ou Gladys, au pensionnat de Shingwauk, à Sault Ste. Marie. Envoyée dans ce pensionnat à 5 ans, elle a été malheureuse parce que sa mère lui manquait. Ce n'est qu'à l'âge de 16 ans qu'elle a pu rentrer chez elle. Sa langue y était interdite, mais elle s'est battue farouchement contre cette restriction, continuant de l'employer avec sa soeur Wahri, ou Mary, dès que personne ne pouvait les entendre.
Ce seul acte de défi a permis à la branche de la famille Gabriel de Kanesatake de préserver une chaîne de transmission de la langue intacte à ce jour, et ce, grâce à la conviction spirituelle profonde d'Oronhiokon, qui croyait que la Créatrice serait offensée si ses enfants ne parlaient pas la langue qui leur avait été donnée.
Le 6 août 1993, l'archevêque Michael Peers — étant donné qu'il s'agit de pensionnats anglicans —, a présenté des excuses partielles au nom de l'Église anglicane aux victimes des pensionnats autochtones anglicans. Il a déclaré ceci:
Je suis désolé, plus que les paroles ne peuvent l'exprimer, que nous ayons essayé de vous refaire à notre image, de vous priver de votre langue et de votre identité.
Je suis désolé, plus que les paroles ne peuvent l'exprimer, qu'un si grand nombre ait fait l'objet de mauvais traitements physiques, sexuels, culturels et émotifs dans nos pensionnats.
Au nom de l'Église anglicane du Canada, je vous présente nos excuses.
Ces excuses, manifestement symboliques, ont placé l'Église anglicane sur la longue voie encore tortueuse de la réconciliation. Malheureusement, l'Église catholique, qui a causé des blessures tout aussi profondes, n'a rien fait de tel, et c'est pourquoi nous appuyons la motion dont nous sommes saisis aujourd'hui. Si je suis irrité que nous passions du temps à débattre de la motion d'aujourd'hui, c'est parce que cela nous empêche, en tant que Canadiens et que gouvernement, de discuter des appels à l'action de la Commission de vérité et réconciliation.
Je vais parler de quelques-uns de ces appels à l'action, qui apporteront des changements concrets dans la vie des gens.
Les appels à l'action de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, l'article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982 et la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones guident nos efforts. La totalité des appels à l'action exige que nous prenions des mesures concrètes et mesurables pour fournir aux Premières Nations, aux Inuits et aux Métis, les outils, les ressources et les mesures de soutien dont ils ont besoin pour surmonter les torts causés par les pensionnats.
Notons que les dépenses totales du gouvernement fédéral pour les programmes autochtones passeront de plus de 11 milliards de dollars en 2015-2016, à plus de 15 milliards de dollars en 2021-2022, ce qui représente une hausse de 34 % sur six ans.
Ces investissements dans l'éducation, les infrastructures et la formation contribuent directement à rehausser la qualité de vie des peuples autochtones et à rendre le Canada plus fort, plus uni et plus prospère.
En plus, nous travaillons avec les partenaires des Premières Nations pour établir une nouvelle relation fiscale qui accorde aux communautés des Premières Nations un financement adéquat, prévisible et durable.
Pour donner suite à l'appel à l'action 11, le budget de 2016 a prévu 1,53 milliard de dollars sur cinq ans pour bonifier le montant des bourses d'études canadiennes, suivi de 329 millions de dollars par année par la suite.
Le budget de 2017 a pris d'autres mesures concrètes pour fournir les outils nécessaires, en investissant 3,4 milliards de dollars supplémentaires sur cinq ans afin de faire progresser la réconciliation et de promouvoir les compétences et les débouchés qui permettraient aux Autochtones de saisir les occasions dans l'économie d'aujourd'hui et de demain.
En 2018, nous avons ajouté un investissement de 5 milliards de dollars sur cinq ans pour combler les écarts socioéconomiques, y compris de nouveaux fonds pour éliminer la tuberculose dans l'Inuit Nunangat, des fonds pour l'eau potable, le logement des Premières Nations et des Métis et le logement dirigé par les Inuits, ainsi que des fonds réservés pour favoriser le cadre de reconnaissance des droits et renforcer la capacité d'autodétermination des Autochtones.
Examinons les répercussions que ces changements ont sur les enfants des Premières Nations. Pour donner suite à l'appel à l'action no 3 qui demande à tous les ordres de gouvernement de mettre en oeuvre le principe de Jordan, le gouvernement du Canada a engagé 382,5 millions de dollars sur trois ans en juillet 2016.
De juillet 2016 à mars 2018, plus de 70 000 demandes de produits, de services et de mesures de soutien ont été approuvées pour les enfants des Premières Nations, conformément au principe de Jordan. Il s'agit notamment de services de santé mentale, d'orthophonie et d'éducation, ainsi que d'équipement médical.
Avec la création de Services aux Autochtones Canada, nous donnons suite à l'appel à l'action no 5 qui demande au gouvernement fédéral, aux gouvernements provinciaux et territoriaux, de même qu'aux gouvernements autochtones d'élaborer des programmes d'éducation destinés aux parents et adaptés à la culture des familles autochtones.
Pour répondre aux pressions liées au financement avec lesquelles sont aux prises les organismes de services à l'enfance et à la famille, tout en augmentant les ressources en matière de prévention de façon à ce que les enfants soient en sécurité et que les familles puissent rester ensemble, le gouvernement du Canada propose un financement supplémentaire de 1,4 milliard de dollars sur six ans pour les services à l'enfance et à la famille des Premières Nations.
En réponse directe à l'appel à l'action 41, le gouvernement du Canada a tenu une enquête publique concernant les causes de la victimisation disproportionnée des femmes et des filles autochtones, et les solutions. La commission d’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées a produit un rapport provisoire le 1er novembre 2017.
À cette fin, je souhaite saluer le courage des femmes qui se sont manifestées et qui ont partagé publiquement leur douleur, en particulier mon amie Cheryl McDonald, qui a perdu sa soeur Carleen il y a 29 ans. Il s'agit de blessures encore ouvertes et il faudra beaucoup plus que la durée d'une enquête pour guérir. Cependant, Cheryl doit savoir que tous les députés et tout le Canada sont là pour elle.
Que ce soit par l'éducation, par les services de santé, par l'appui de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, par la protection des langues, ou par la demande au pape de s'excuser au nom de l'Église catholique, le gouvernement prend des mesures afin de parvenir à la réconciliation.
Je souhaite terminer en remerciant mon honorable collègue de cette motion qu'il a présentée, de sa détermination, et de tout le travail qu'il a réalisé afin de concrétiser l'appel à l'action 58 et, en fait, tous les appels à l'action.
Je veux encore m'excuser personnellement à au moins deux des députés qui ont vécu l'expérience des pensionnats, pour les blessures que cela peut rouvrir. En mon nom personnel, je m'excuse.
[Le député s'exprime en mohawk. ]