Monsieur le Président, je ressens une grande fierté chaque fois que j'interviens à la Chambre. Je suis fier de représenter la circonscription de Saint-Boniface—Saint-Vital et d'être un député issu de la nation métisse.
Lorsque je prends la parole, je pense souvent à Louis Riel, qui est né et a été inhumé à Saint-Boniface. Riel ne s'est jamais vu offrir le privilège qu'on m'accorde. En effet, bien qu'il ait été démocratiquement élu à titre de député pour la circonscription de Provencher, non pas à une, ni à deux, mais à trois occasions, jamais on ne lui a permis de siéger officiellement à la Chambre.
Aujourd'hui, la veille du Jour de Louis Riel au Manitoba, je pense au traitement que le système de justice canadien a réservé à Louis Riel. Accusé de haute trahison parce qu'il avait défendu les droits des Métis de la Saskatchewan, Riel a été condamné à mort par un jury composé de six hommes protestants de descendance anglaise et écossaise.
Plus de 130 ans plus tard, le Canada a beaucoup changé, mais l'héritage colonial de racisme systémique se fait toujours sentir dans nos institutions.
Le Comité permanent du patrimoine canadien a présenté récemment à la Chambre son rapport sur les formes de racisme et de discrimination religieuse systémiques. J'ai eu l'honneur de siéger à ce comité durant son étude, et j'ai entendu des universitaires et des militants autochtones parler en détail du racisme systémique qui existe dans notre pays aujourd'hui. Il ne fait aucun doute que le racisme systémique est présent aujourd'hui.
Dans le cadre de l'étude de la motion M-103, le sénateur Sinclair, qui a comparu comme témoin, a affirmé que « le racisme systémique est le racisme qui reste après qu'on s'est débarrassé des racistes ».
Les régimes, les politiques et les procédures en place au sein des institutions canadiennes sont très souvent par nature discriminatoires parce qu'ils sont fondés sur notre histoire et nos cultures coloniales.
C'est l'aspect systémique de ce racisme qui mène à une plus grande probabilité pour les Autochtones de se voir refuser la mise en liberté sous caution. C'est aussi le racisme systémique qui explique pourquoi les Autochtones passent plus de temps en détention avant procès. C'est le racisme systémique qui fait en sorte que les prévenus autochtones sont plus souvent accusés d'infractions multiples que les prévenus non autochtones. C'est aussi la raison pour laquelle les Autochtones sont plus de deux fois plus susceptibles d'être incarcérés.
Les statistiques révèlent la réalité troublante qui est vécue par les Autochtones dans le système de justice. Dans ma province, le Manitoba, plus de 70 % des détenus s'identifient comme Autochtones. Pourtant, les Autochtones ne représentent que 15 % de la population du Manitoba.
Les Autochtones ne sont pas enclins naturellement à la violence ou à la délinquance, pas plus que les autres groupes de la population. Rien dans la culture autochtone ne les y prédispose. Rien dans la nature humaine n'y prédispose. Nous devons nous rendre à l'évidence: la longue histoire coloniale du Canada a conduit à la discrimination et aux inégalités sociales. Les origines de la criminalité doivent être étudiées dans ce contexte. La pauvreté, la marginalisation et la criminalité sont liées, mais ces facteurs trouvent, encore une fois, leur origine dans un racisme systémique.
Le système judiciaire lui-même a contribué historiquement à la pauvreté dans les communautés autochtones de bien des manières, en ne les aidant pas à faire respecter leurs droits issus des traités ainsi que d'autres droits, notamment. La marginalisation des populations autochtones est le résultat des efforts systémiques du gouvernement. Il suffit de se rappeler les pensionnats autochtones. Plutôt que respecter les droits inhérents et issus des traités des peuples autochtones, le gouvernement du moment a essayé de les assimiler.
En continuant de nier aux Autochtones leurs droits inhérents et issus des traités, nous avons perpétué un cycle de pauvreté et de marginalisation pendant des générations.
Les séquelles laissées par les pensionnats indiens se font encore sentir vivement dans nos communautés autochtones. Le premier ministre John A. Macdonald avait dit qu'il fallait « tuer l'Indien dans l'enfant », autrement dit, enlever l'enfant de sa culture, de sa langue et de ses traditions. Les sévices et les traumatismes qu'ont subis les survivants des pensionnats autochtones ont des conséquences à long terme dans leur propre vie, ainsi que dans la vie de leurs descendants et sur la santé de leurs communautés.
Ce déni de culture est toujours bien vivant aujourd'hui. Nous ne savons pas quelles seront les conséquences à long terme de la crise actuelle sur les services de protection de l'enfance, mais nous savons que les enfants autochtones partout au pays sont plus susceptibles d'être appréhendés et placés en foyer d'accueil que les autres.
Dans ma propre province, et c'est triste, il y a plus 12 000 enfants autochtones en foyer d'accueil. Trop souvent, ils ne sont pas placés dans des maisons adaptées à leur culture. Au contraire, ce système entretient le phénomène d'assimilation que les populations autochtones ont connu au cours de leur histoire. Cette crise a souvent été décrite comme la nouvelle version de la rafle des années 1960, une autre injustice historique perpétrée par les gouvernements et le colonialisme.
Cela me fait de la peine de le dire, mais il y a des gens au Canada qui ont grandi dans la crainte des Autochtones, et plus particulièrement des hommes autochtones. Cette crainte leur a été apprise. La haine est un comportement acquis.
Le nombre de crimes haineux perpétrés contre les Autochtones au pays demeure extrêmement élevé. De plus, ce qui complique les choses, c'est que le signalement des crimes haineux est sporadique. Trop souvent, les victimes sont réticentes à signaler les crimes haineux aux organismes d'application de la loi, si bien que nous sommes incapables d'avoir un compte rendu exact des crimes haineux et de la violence motivée par la haine au Canada. Le non-signalement est un problème grave chez les Autochtones, et il est attribuable à leur manque de confiance envers les organismes d'application de la loi.
Il est inacceptable que, au Canada, les hommes et les femmes autochtones soient plus susceptibles d'être victimes de violence ou de meurtre. En 2015, 25 % des victimes de meurtre étaient autochtones. Le taux de victimes de crimes violents chez les femmes autochtones est deux fois plus élevé que chez les femmes non autochtones. Trop de familles subissent le traumatisme et la douleur de la perte d'un être cher à cause de la violence. Je ne veux certainement pas présumer des résultats du travail de la commission d'enquête sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, mais j'espère qu'il mènera à des mesures concrètes en vue de mettre fin à cette tragédie qui se poursuit.
L'une des choses les plus frustrantes, dans le présent débat, c'est que les problèmes soulevés n'ont rien de nouveau. En 1988, le gouvernement du Manitoba a institué la Commission d'enquête sur l'administration de la justice et les Autochtones. Le rapport, publié en 1991 et corédigé par le sénateur Murray Sinclair, du Manitoba, traite de bon nombre des problèmes dont nous discutons ce soir. J'invite tous les députés à le lire.
Toutefois, nous avançons sur la voie de la réconciliation, et je dois terminer mon discours sur une note d'espoir, car j'ai de l'espoir. Malgré toute la tristesse, la colère et la frustration que je ressens, j'ai sincèrement de l'espoir. C'est un enjeu qui nous concerne tous, peu importe qu'on soit libéral ou conservateur, autochtone ou non autochtone. C'est une question qui nous touche tous, et c'est ensemble que nous devons trouver une solution.
Les peuples autochtones du Canada méritent mieux. Je crois profondément que les mesures prises par le gouvernement contribuent à améliorer la vie des peuples autochtones partout au pays. J'ai été très fier d'entendre le premier ministre parler aujourd'hui de la création, en collaboration avec les peuples autochtones, d'un nouveau cadre axé sur les droits. Il s'agit d'une stratégie globale qui nous permettra de reconnaître et de mettre en oeuvre pleinement les droits des Autochtones.
En définitive, nous ne pouvons pas résoudre les problèmes de violence systémique au sein de nos institutions sans permettre l'autodétermination des peuples autochtones. Il s'agit d'une étape importante pour atteindre cet objectif. De plus, la ministre de la Justice a entamé un vaste examen du système de justice pénale, qui comprendra un examen de la participation autochtone au sein du système de justice.
Enfin, avant de répondre aux questions, j'aimerais remercier la famille et les proches de Colten Boushie qui ont pris le temps de me rencontrer hier. Je partage leur chagrin à la suite de la mort de leur proche. Aucune famille ne devrait avoir à vivre avec la douleur causée par la perte d'un proche due à la violence.