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Arjumand Siddiqi
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Arjumand Siddiqi
2020-07-07 11:01
Merci beaucoup.
Je vous remercie de me donner l'occasion de discuter avec vous aujourd'hui. Je suis très reconnaissante à mes parents et à tous ceux qui ont rendu cette comparution possible. Il faut faire preuve d'un sens aigu des responsabilités dans le cadre de mes fonctions comme scientifique, et je souhaite ardemment que mon pays, le Canada, fera ce qui s'impose pour tous ses citoyens.
Je suis professeure agrégée et chef de la division en épidémiologie à la Dalla Lana School of Public Health de l'Université de Toronto, où je suis titulaire de la chaire de recherche du Canada sur l'équité en santé des populations. Je suis épidémiologiste sociale et j'étudie les inégalités en matière de santé et les déterminants sociaux de la santé, en mettant particulièrement l'accent sur les politiques sociales et les autres facteurs sociétaux qui sont en fin de compte responsables de l'occasion pour tous d'être en santé.
Depuis que la gravité de la pandémie de COVID-19 est devenue apparente, les autorités canadiennes nous ont assuré que nous étions tous dans le même bateau. En effet, les séances d'information quotidiennes nous ont donné le sentiment que le nombre total de cas et de décès dans nos villes et nos provinces est un bon indicateur de l'inquiétude que chacun de nous éprouve face au risque de la COVID-19 ou de la confiance que nous pouvons avoir de reprendre certaines de nos activités antérieures à la COVID.
Cependant, à la fin de mai, un rapport étonnant — bien que tout à fait prévisible pour ceux d'entre nous qui étudient ces choses et ceux d'entre nous qui les vivent — a laissé entendre que les données de la ville que nous recevions durant les séances d'information de la Santé publique de Toronto dissimulaient d'énormes différences dans le fardeau et le risque de la COVID-19 parmi les quartiers de Toronto. Un phénomène similaire a également été noté pour Montréal. Les quartiers du nord-ouest de Toronto, qui sont fortement habités par des Noirs et des gens de la classe ouvrière — notamment Jane et Finch, Rexdale et Weston —, ont été les plus durement touchés. Les dernières données indiquent des taux de cas supérieurs à 450 par 100 000 habitants dans ces quartiers.
Pendant ce temps, le centre-ville et les quartiers centraux, dont les résidants sont principalement blancs et riches, ont à peine été touchés. Par exemple, Yonge et Eglinton ont un taux de cas de 14 et Beaches a un taux de 15 cas par 100 000 habitants.
Cela signifie que les données globales pour Toronto ont occulté un risque de COVID-19 plus de 40 fois supérieur entre les quartiers ouvriers noirs de Toronto et ses quartiers riches blancs. Si le coronavirus lui-même ne fait pas de discrimination, notre société en fait malheureusement. Le Canada est structuré d'une manière qui a placé le fardeau du risque de la COVID-19 carrément sur les épaules et les poumons de la classe ouvrière noire et, dans une moindre mesure, des autres membres de la classe ouvrière non blanche.
La répartition spatiale de la COVID-19 dans les quartiers de Toronto reflète moins le fait que les quartiers eux-mêmes sont risqués que le fait que les Noirs de Toronto ont tendance à vivre dans un petit ensemble de quartiers, ceux dans lesquels ils peuvent se permettre d'avoir un logement et éviter la discrimination en matière de logement, tandis que les Blancs riches vivent dans un ensemble de quartiers qui offrent le plus de commodité et de confort.
Pourquoi utilisons-nous des données de voisinage si les quartiers ne sont pas vraiment le cœur du problème? Malheureusement, ce sont les meilleures données dont nous disposons pour comprendre les caractéristiques sociales — race, revenus, etc. — qui comportent un risque de mauvaise santé, notamment la COVID-19. Nous utilisons effectivement les caractéristiques des quartiers comme indicateur des caractéristiques individuelles et, parce que Toronto est si fortement et structurellement ethnoculturelle, et que les gens sont tellement regroupés par race et par revenu dans divers quartiers, pour l'instant, c'est malheureusement une approximation raisonnable à faire, même si elle est imparfaite.
Dans un premier temps, je vous exhorte à réfléchir longuement à une meilleure collecte de données raciales et socio-économiques chaque fois que nous colligeons régulièrement des données au Canada sur la santé et d'autres questions dans notre système de soins de santé, nos écoles, le marché du travail, etc. C'est essentiel pour comprendre notre pays et demander à nos gouvernements de rendre des comptes sur l'inégalité raciale de la même manière que les données sur le genre sont utilisées pour lutter contre l'inégalité entre les sexes.
Si ce n'est pas le quartier, qu'est-ce qui crée alors un plus grand risque pour les travailleurs noirs de la classe ouvrière? En raison du manque de données, il est difficile de répondre à cette question sans équivoque; cependant, nous pouvons nous appuyer sur un ensemble très vaste et solide de recherches menées dans d'autres pays, ainsi que sur des preuves indirectes provenant du Canada.
La meilleure explication — bien qu'il y en ait d'autres dont je me ferai un plaisir d'aborder —, c'est que les emplois dans les services essentiels qui ont continué d'être occupés pour effectuer les commandes à domicile sont en grande partie occupés par des Noirs et des membres de la classe ouvrière non blanche.
Ce sont nos travailleurs en soins de longue durée et en soutien personnel. Ils nettoient nos hôpitaux et transportent nos patients d'un endroit à l'autre. Ils approvisionnent nos épiceries, conduisent nos camions de livraison et travaillent dans les champs pour récolter nos produits. En revanche, les emplois qui permettent de rester chez soi, tout en ayant l'esprit tranquille quant à sa sécurité d'emploi et à ses revenus, sont largement occupés par de riches Blancs. Ce sont nos banquiers et nos financiers, nos avocats et, oui, nos professeurs.
La conséquence évidente est que les emplois occupés de façon disproportionnée par des Noirs et d'autres Canadiens non blancs les forcent à travailler dans des environnements qui présentent un risque élevé d'exposition à la COVID-19, alors que les emplois occupés de façon disproportionnée par des Blancs plus riches offrent une protection contre l'exposition à la COVID-19.
En fin de compte, sachant que les travailleurs noirs et les autres travailleurs non blancs à faible revenu n'ont guère le choix, nous les sacrifions pour que le reste d'entre nous puisse se réfugier dans le confort de nos foyers et attendre que cela se termine.
Ce tri racial des emplois n'est évidemment pas fonction du hasard ou du choix. Il est le résultat d'une confluence de politiques et de systèmes canadiens dans lesquels la discrimination raciale est si persistante et omniprésente qu'elle ne peut être considérée comme un incident isolé ou même comme un complément à la compréhension de notre système d'institutions et de politiques. Elle fait plutôt partie intégrante des systèmes en soi. Divers universitaires ont utilisé des expressions telles que le racisme systémique, le racisme structurel, le racisme institutionnel et le capitalisme racial pour désigner cet ancrage profond du racisme dans nos politiques et systèmes sociétaux.
Au-delà de l'emploi, le racisme systémique est plus généralement le principal facteur qui détermine qui a la sécurité économique, la richesse et le revenu. Il peut être encore plus puissant que le sexe à cet égard. À son tour, la sécurité économique est le principal indicateur de la santé, car elle facilite les conditions de vie quotidienne qui sont fondamentales pour la santé: des emplois qui ne nous exposent pas à des risques pour la santé, beaucoup d'argent pour payer les factures, des logements confortables, des quartiers agréables, une bonne alimentation et peu de stress.
Et cela est vrai qu'il s'agisse de la COVID-19 ou de maladies cardiovasculaires, de dépression ou de diabète. Au final, il faut une sécurité économique pour avoir de bonnes chances de vivre en santé, et c'est précisément pour cette raison que la sécurité économique est si cruciale et que les inégalités raciales et sanitaires sont si omniprésentes et persistantes. Le racisme limite l'accès des travailleurs noirs à la richesse, aux emplois, aux revenus, etc. Aussi horrible que soit le fait que nous ayons des inégalités raciales durant la pandémie de COVID-19, il ne s'agit en réalité que d'une autre manifestation d'un système d'inégalités raciales profondément ancré.
C'est donc la cause profonde — le racisme systémique — que nous devons vraiment corriger pour redresser les inégalités durant la crise de la COVID-19. Dans ce qui suit, je vais vous présenter les meilleures options pour y parvenir, selon les données scientifiques.
La première consiste à s'attaquer avec vigueur à l'inégalité raciale en matière de richesse, à l'inégalité au niveau des stocks d'argent et de biens.
Des économistes comme Miles Corak au Canada et William Darity Junior et Darrick Hamilton aux États-Unis ont fait une découverte déconcertante sur l'inégalité de la richesse qui, comme je vais l'expliquer, est sans doute encore plus critique que l'inégalité des revenus. Il s'avère que la principale source d'inégalité raciale en matière de richesse ne réside pas dans les différences raciales au niveau de l'éducation, voire de l'emploi et du revenu. Ces éléments sont importants, mais ce sont les conséquences, et non les causes, de l'inégalité raciale en matière de richesse.
La plus grande source d'inégalité de la richesse est ce que les économistes appellent les transferts intergénérationnels et ce que le reste d'entre nous appellerait les cadeaux de maman et papa et de grand-maman et grand-papa. C'est vrai: l'avantage de la richesse des Blancs n'est pas un avantage gagné. Les cadeaux sont ce qui permet aux Blancs de payer pour faire progresser leur éducation et donc leur revenu, et ce qui leur permet de verser une mise de fonds pour l'achat d'une maison tôt dans leur vie.
C'est injuste pour de nombreuses raisons, dont la plus importante est peut-être les injustices historiques qui ont permis aux Blancs, mais pas aux autres, d'accumuler de la richesse au fil des générations.
Ce sont ces transferts de richesse qui créent des occasions de revenus plutôt que des occasions de richesse. Cela signifie que les Canadiens noirs accusent déjà un retard à la naissance. C'est inacceptable, et le Canada doit envisager, comme le font les États-Unis, un système d'obligations pour bébés ou un système semblable dans le cadre duquel les jeunes enfants issus de groupes noirs et autres qui ont été historiquement désavantagés reçoivent une somme qui profite à mesure que l'enfant vieillit et qui, à l'âge adulte, peut être utilisée de la même manière que les cadeaux familiaux ont été utilisés par les riches familles blanches. Les économistes ont même calculé combien de temps il faudrait à une telle politique pour créer l'égalité de la richesse.
En plus de résoudre l'inégalité de la richesse, nous devons aborder la question de la sécurité du revenu pour chaque Canadien. Nous devons concevoir un marché du travail dans lequel chaque emploi est un emploi de qualité.
Nous devons veiller à ce que les salaires, les avantages sociaux et les conditions de travail de tous les emplois répondent à une norme minimale élevée et que la discrimination en matière d'emploi soit plus rigoureusement sanctionnée.
Nous disposons de solides données d'essais aléatoires qui nous racontent une histoire très désolante de discrimination raciale sur le marché du travail qui ne peut pas être expliquée par les différences dans les diplômes étrangers ou le manque d'expérience professionnelle au Canada.
Nous devons cesser de nous réconforter par le fait que les gens parviennent d'une manière ou d'une autre à survivre et à créer les conditions qui leur permettent de s'épanouir. Il existe d'innombrables exemples de moyens de mettre ce système en oeuvre. Par exemple, une garantie universelle d'emploi mettrait fin au chômage involontaire et créerait de bons emplois pour effectuer un travail important dont le Canada a cruellement besoin. Elle mettrait également de la pression sur le secteur privé pour qu'il soit compétitif sur le plan des salaires et des conditions de travail.
Enfin, nous devons universaliser l'accès aux services de base qui créent une qualité de vie élevée: services de garde, éducation, santé et assurance-médicaments au sens large, soins aux personnes âgées, etc. Nous ne pouvons plus limiter les possibilités en fonction de la race et de la situation économique. C'est si injuste et si indigne d'un pays qui a tant à offrir.
Voilà, c'est dit. Il n'y a pas de solution partielle pour résoudre les inégalités durant la crise de la COVID-19. Même si on élaborait des politiques de fortune, on serait rapidement de retour ici pour parler d'une autre inégalité raciale en matière de santé, car c'est ainsi que ça fonctionne. Si nous ne réglons pas les problèmes structurels fondamentaux du racisme systémique et de son incidence sur la sécurité économique, rien ne change jamais. Ce n'est tout simplement pas juste pour un Canadien d'être soumis à cela.
Si les solutions politiques que j'ai exposées sont audacieuses, elles sont très réalisables. De nombreux chercheurs ont souligné la manière dont ces politiques peuvent être conçues et financées. Il nous incombe...
Arjumand Siddiqi
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Arjumand Siddiqi
2020-07-07 11:13
D'accord.
Il nous incombe de mieux voir aux intérêts de notre population, et j'espère certainement que nous le ferons.
Merci.
Kwame McKenzie
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Kwame McKenzie
2020-07-07 11:14
Monsieur le président et honorables membres, merci de m'avoir invité à m'adresser au comité permanent.
Je suis médecin et aussi le président-directeur général du Wellesley Institute, un groupe de réflexion qui vise à améliorer la santé et l'équité en matière de santé grâce à la recherche et à l'élaboration de politiques axées sur les déterminants de la santé. Ce matin, vous auriez dû recevoir le résumé de la note d'information que nous avons soumise au comité permanent. Le résumé donne plus de détails sur les recommandations que je vais formuler aujourd'hui. La note d'information complète s'inscrit dans le contexte et fournit des références à mes observations.
J'aimerais particulièrement remercier Erica Pereira, la greffière procédurale, d'avoir fait traduire le résumé aussi rapidement.
La survie des passagers à bord du Titanic, il y a de cela plus d'un siècle, était directement liée à leur statut social: 60 % de ceux en première classe ont survécu, par rapport à 42 % de ceux en deuxième classe, et seulement 24 % de ceux en troisième classe ont survécu. Le plan d'évacuation du Titanic était le même pour tout le monde, mais les passagers en troisième classe étaient dans des couchettes intérieures inférieures et avaient du mal à se rendre aux canots de sauvetage. Le nombre de décès est élevé parce qu'il n'y avait pas de plan adéquat pour eux, même s'ils étaient les passagers qui en avaient le plus besoin.
Transportons-nous 108 ans plus tard pour examiner la réponse du Canada à la COVID. Elle est très bonne en fait. Nous nous en sommes bien tirés. Mais comme le Titanic, nous n'avons pas élaboré un plan adéquat pour nos populations à plus haut risque comme les personnes qui vivent dans des lieux d'hébergement collectif, les personnes à faible revenu et, bien sûr, les populations racialisées. Initialement, nous nous sommes concentrés sur l'aplanissement de la courbe et non pas sur ceux sous la courbe. Si nous avions mis l'accent sur les deux, nous aurions eu une meilleure réponse et nous aurions sauvé des milliers de vies.
Nous avons maintenant besoin de quatre groupes d'actions pour veiller à ce que nos réponses actuelles et futures aux pandémies soient équitables et meilleures. Premièrement, nous avons besoin d'une loi qui garantit que nos réponses en matière de santé publique, de santé personnelle et de politique sociale produisent des résultats équitables. Deuxièmement, nous avons besoin de plans fédéraux et provinciaux de santé et de santé publique liés à la COVID-19 qui sont fondés sur l'équité. Troisièmement, nous avons besoin d'une politique sociale fondée sur l'équité et de plans de relance qui garantissent que les groupes les plus durement touchés sont adéquatement servis. Enfin, nous avons besoin de flux de données, de recherches et de renforcement des capacités pour garantir que nous avons de bonnes données sociodémographiques, raciales et ethniques sur lesquelles nous appuyer, et nous devons surveiller les interventions en matière de santé publique, de santé et de politique sociale. Je vais passer en revue chacune d'elles un peu plus en détail.
La première recommandation concerne la loi. Nous avons en fait constaté des disparités raciales dans les taux d'infection et de décès lors des pandémies précédentes. Durant la pandémie de H1N1 en Ontario, les citoyens de l'Asie du Sud-Est étaient trois fois plus susceptibles d'être infectés, les citoyens de l'Asie du Sud, six fois plus, et les Noirs, 10 fois plus, que n'importe qui d'autre. Malgré cela, nous n'avons pas modifié nos systèmes de collecte des données sociodémographiques. Nous n'avons pas mené de recherches et n'avons pas discuté avec les collectivités pour essayer de découvrir pourquoi ces disparités existent. Nous avons géré la pandémie de COVID-19 sans les systèmes de surveillance ou les connaissances qui nous aideraient à détecter et à traiter les disparités raciales en matière de santé. Nous avons ensuite mis sur pied une réponse universelle comme celle du Titanic, un plan de lutte contre la pandémie faisant fi des distinctions raciales et culturelles qui allait, comme on pouvait s'y attendre, donner lieu à des inégalités en matière de santé. Certains ont fait valoir que c'était de la négligence. Je dis simplement que cela ne devrait pas être légal. Nous avons des lois pour les choses qui nous tiennent à cœur. Nous ne les laissons pas aux largesses des professionnels, des fonctionnaires ou des politiciens. Si nous voulons que les services publics offrent des réponses équitables, nous devrions les enchâsser dans une loi applicable.
La deuxième recommandation concerne les régimes de santé fédéraux et provinciaux sur la COVID-19 fondés sur l'équité. Nous aurions une réponse plus juste si nous adoptions une approche d'équité en matière de santé pour ce qui reste de la première vague, à la deuxième vague et durant la reprise. Une approche d'équité en matière de santé vise à réduire les disparités évitables entre les groupes. Elle garantit que les personnes qui ont des besoins similaires bénéficient de la même réponse à la pandémie et que les personnes qui ont des besoins plus importants bénéficient d'une réponse plus importante.
Il existe de nombreux outils fondés sur des données probantes, tels que des évaluations d'impact sur l'équité en matière de santé, qui pourraient être utilisés pour élaborer ce genre de réponses, et ils se sont révélés efficaces en matière de santé publique au Canada. Mais lorsque nous élaborons des plans d'équité, nous devons également travailler avec les collectivités pour mettre au point des stratégies qui leur permettent de se protéger contre la COVID-19.
La troisième recommandation est d'avoir ces plans équitables, mais aussi d'établir un lien avec ce dont parlait Mme Siddiqi, car l'équité en matière de santé reconnaît que le risque de maladie et la capacité de se rétablir ne sont pas seulement liés aux interventions sanitaires, mais aussi aux déterminants sociaux de la santé.
L'Association médicale canadienne a calculé que 85 % de notre risque de maladie est lié à ces déterminants sociaux tels que le revenu, le logement, l'éducation, le racisme et l'accès aux soins de santé. Cela offre des possibilités politiques importantes pour améliorer la santé, car de nombreuses disparités en matière de santé sont évitables.
La COVID-19 nuit à la santé de quatre façons: par la maladie elle-même, par les effets secondaires de la réponse en matière de santé publique, par les changements aux soins de santé tels que l'annulation d'opérations, et par le ralentissement de l'économie. Ces facteurs interagissent avec les déterminants sociaux de la santé, de sorte que certaines parties de notre population sont plus durement touchées que d'autres. Comme l'a dit Mme Siddiqi, les populations noires du Canada ont été les plus durement touchées par la COVID-19.
Nos politiques sociales et notre plan de relance en cas de pandémie doivent être élaborés de manière à réduire les inégalités et à atteindre les personnes les plus touchées. La réduction du risque différentiel lié aux déterminants sociaux de la santé est une intervention importante à cet égard, et probablement l'une des plus importantes. L'idée d'un plan de relance ciblé sur les populations les plus touchées permettrait non seulement d'améliorer notre réponse, mais aussi de rendre ces populations plus résilientes aux futures pandémies et aux futures vagues.
Le dernier outil, ce sont les chiffres et les données. Je suis un chercheur et je fais partie d'un groupe de réflexion. Nous pensons que les chiffres et les données sont essentiels, et ils l'ont été dans la lutte contre la COVID. Nous nous sommes appuyés sur le nombre de cas, le nombre de décès et, soudainement, tout le monde comprend ce qu'est un nombre R, ce que je n'aurais jamais cru possible de mon vivant.
Les chiffres sont également utiles pour indiquer si nos interventions fonctionnent pour tout le monde, et pour ce faire, nous avons besoin de données ventilées. Nous avons désespérément besoin de meilleurs flux de données sur la race et l'ethnicité et d'autres déterminants sociaux de la santé pour la COVID-19 et pour la santé en général. Nous avons besoin de données similaires, bien sûr, pour la politique sociale. Ces données doivent être de bonne qualité et il doit y avoir une bonne gouvernance et une bonne reddition de comptes en matière de données. Les collectivités veulent de plus en plus avoir leur mot à dire et contrôler l'utilisation de leurs données.
Le Wellesley Institute recommande que le Canada recueille des données démographiques au niveau individuel pour la COVID-19, y compris la race et l'ethnicité, et que le Canada entreprenne d'urgence une analyse novatrice en utilisant les données existantes pour obtenir un tableau aussi précis que possible des disparités. Il recommande également que le Canada élabore une stratégie de collecte continue de données sociodémographiques pour la politique sociale et de santé, y compris la race et l'ethnicité.
Mais les données ne sont pas une fin en soi. Les données doivent être liées à des stratégies significatives visant à réduire les disparités. Cela signifie un engagement avec les collectivités, des recherches et des mesures pour élaborer des interventions équitables en matière de santé publique et de politique sociale.
En conclusion, la santé publique est l'art et la science de prévenir les maladies, de prolonger la vie et de promouvoir la santé grâce aux efforts organisés de la société. Les interventions en matière d'équité en santé et le concept de déterminants sociaux de la santé sont des outils importants pour nous aider à planifier la meilleure réponse à une pandémie. Ils constituent également une base solide pour la politique sanitaire et sociale.
La stratégie universelle a en fait entraîné un énorme nombre de décès sur le Titanic et, jusqu'à présent, a mené à une hausse importante des décès dans certains segments de la population canadienne durant la pandémie de COVID-19.
Si nous voulons une réponse à la COVID-19 et des systèmes de santé mieux adaptés au XXIe siècle, nous avons besoin de lois qui garantissent l'équité; nous avons besoin de plans de lutte contre la pandémie de COVID-19 fondés sur l'équité; nous avons besoin d'une politique sociale et de plans de relance axés sur la réduction des inégalités actuelles et nous avons besoin de flux de données et de recherches qui nous permettent de détecter correctement les groupes à risque, d'élaborer des interventions appropriées et de surveiller leur incidence.
Si nous pouvons mettre toutes ces mesures en place, nous ferons en sorte que la bonne réponse du Canada devienne une excellente réponse, et nous sauverons des vies.
Merci beaucoup.
Arjumand Siddiqi
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Arjumand Siddiqi
2020-07-07 11:26
Il y a deux volets, et je pourrais demander au Dr McKenzie de m'aider à comprendre quelles sont les données disponibles.
Il y a en fait deux problèmes. La réponse courte est non, mais il y a deux raisons à cela. La première, c'est que je ne sais pas très bien dans quelle mesure les données sont disponibles — qui ont tendance à être des données sociodémographiques dans les secteurs que nous recueillons lors du recensement. Donc, lorsque le recensement est effectué, nous avons une idée de la répartition des Canadiens en fonction des différents facteurs sociodémographiques. Nous ne diffusons pas ces renseignements, du moins pas facilement, au niveau individuel, mais nous permettons aux gens d'accéder à des renseignements sur les secteurs. Ce doit être lié actuellement aux cas de COVID, ce qui nous a permis de comprendre ce qui se passait en Ontario, sans savoir ce qui se passe au niveau des particuliers. Ce dont je ne suis pas sûr, c'est si d'autres provinces ont fait la même chose, mais ce serait réalisable.
Par ailleurs, il convient de préciser que, personnellement, je n'ai eu accès à aucune de ces données parce que nous avons un système au Canada où les agences et les institutions détiennent les données et décident de qui peut y avoir accès. C'est très différent, par exemple, de la situation aux États-Unis où nous pouvons télécharger ces données sur Internet. Il y a beaucoup d'activités de recherche qui ont eu lieu là-bas, beaucoup de renseignements et d'analyses qui ont été générés sur cette société précisément parce que des scientifiques indépendants peuvent facilement poser ces questions sur les données plutôt que de se fier à des agences et des institutions qui ont beaucoup d'obstacles à surmonter pour le faire.
Erica Pereira
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Erica Pereira
2020-07-07 11:36
Merci, monsieur le président.
Le vote porte sur la modification. Tous ceux qui sont en faveur, dites oui. Tous ceux qui s'y opposent, dites non.
(La modification est adoptée par 7 voix contre 4.)
Arjumand Siddiqi
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Arjumand Siddiqi
2020-07-07 12:01
Je vous remercie beaucoup de poser cette question. Je me ferai un plaisir de vous en dire plus à ce sujet.
Je pense que pour faire mieux, il faut comprendre la cause de leur vulnérabilité. De façon générale, nous pourrions envisager deux approches. L'une consiste à atténuer le préjudice subi par les personnes vulnérables, mais il faut d'abord se demander ce qui les a rendues vulnérables au départ. Qu'est-ce qui fait que nous considérons que les gens sont vulnérables ou non? La documentation nous a appris que la situation sociale et économique des gens, en ce qui concerne notamment la race et la classe sociale, crée une vulnérabilité inhérente. Si nous ne nous attaquons pas au fait que la vie, les conditions matérielles, le stress, les occasions et d'autres facteurs sont fondamentalement influencés par la race et la classe sociale, nous ne pouvons espérer faire quoi que ce soit à propos des conséquences finales de la vulnérabilité, comme les iniquités au chapitre de la COVID-19, des maladies cardiovasculaires, de l'hypertension, de l'éducation, de l'emploi, etc.
Je pense que nous pouvons examiner longuement et en profondeur la manière dont nous structurons les occasions dans la société et nous dire « Nous voulons une société où les politiques et les institutions offrent des occasions à tous. » Comme l'un des membres l'a souligné avec éloquence, c'est là la distinction entre l'égalité et l'équité, au sens où — sachant que la société n'est pas équitable et est injuste envers certains — nous devons commencer à examiner des politiques clés qui nous permettraient d'assurer l'équité au lieu de simplement offrir des occasions, comme si tout le monde pouvait en profiter de manière égale.
L'éducation postsecondaire l'illustre fort bien. D'aucuns pourraient faire valoir que tout le monde peut présenter une demande d'inscription, ce qui crée une sorte d'égalité. Nous n'empêchons personne de présenter une demande. Quiconque a les notes requises et satisfait aux critères peut s'inscrire. Ce n'est toutefois pas ainsi que les choses fonctionnent, car il faut être capable de payer les frais. Les gens doivent bénéficier du soutien d'enseignants qui les aident à avoir le sentiment qu'ils peuvent se rendre jusque là. Ils doivent vivre dans un milieu qui ne leur cause pas un stress tel qu'ils ne peuvent se concentrer sur leurs études. Il en va de même pour la COVID. Oui, nous pourrions tous nous confiner, respecter la distanciation sociale et, techniquement, éviter la COVID, mais ce n'est pas réellement ainsi que les choses se passent. Certains d'entre nous sont plus exposés que d'autres à la maladie en raison de leur position vulnérable.
Je suppose que ce que je veux faire comprendre, c'est qu'aussi contre-intuitif que cela puisse paraître, il faut vraiment examiner les injustices fondamentales qui rendent les gens vulnérables dans notre société pour pouvoir s'attaquer aux conséquences de cette vulnérabilité.
Kwame McKenzie
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Kwame McKenzie
2020-07-07 12:03
Volontiers, et je vous remercie de me poser la question.
Je suis entièrement d'accord avec Mme Siddiqi: nous devons fondamentalement tendre vers l'équalité et l'équité, et il y a des causes fondamentales qui expliquent les disparités.
Le problème, c'est que ce n'est pas au cours de la première ou de la deuxième vague de la pandémie, ou lors de la relance, que seront prises une bonne partie des mesures visant à éliminer ces causes fondamentales. Il faut donc se demander ce qu'on peut faire maintenant pour aider concrètement ce groupe à bénéficier d'une réaction plus équitable.
Je pense que si nous avions les données nécessaires, nous constaterions que les diverses provinces réussissent à différents degrés à avoir une réaction équitable. J'en suis complètement sûr. Nous savons que les diverses provinces affichent des taux totalement différents de contamination à la COVID. Si on compare la Colombie-Britannique avec le Québec et l'Ontario, on observe des résultats très différents. En fait, si le Québec et l'Ontario avaient eu des résultats de la même qualité que ceux de la Colombie-Britannique, environ 2 000 vies auraient été sauvées en Ontario et 4 000 l'auraient probablement été au Québec.
Nous avons fait les choses de manières très différentes. Si nous pouvions seulement en arriver au point où nous pourrions faire en sorte que les provinces réagissent de manière égale dans la lutte contre la COVID, les résultats seraient meilleurs pour tous.
L'objectif de la législation consiste à tenter de favoriser l'équité et à faire en sorte que les provinces pensent à l'équité quand elles élaborent leurs plans de lutte contre la pandémie. Pour l'instant, plusieurs n'y pensent pas, ce qui explique pourquoi il y a des disparités. Le fait de penser à l'équité lors de l'élaboration des plans de lutte contre la pandémie ne permettrait pas d'éliminer toutes les disparités, mais puisqu'il existe des causes fondamentales à ces disparités, comme Mme Siddiqi l'a fait remarquer, nous pourrions certainement réagir de meilleure manière et de façon plus équitable et ainsi sauver des vies en adoptant un point de vue qui tient compte de l'équité dans le domaine de la santé.
Puis, quand nous en arriverons à la relance, nous devrons en profiter pour atténuer certains des facteurs fondamentaux à l'origine des iniquités. Je pense que nous pouvons agir maintenant, directement dans nos plans de lutte contre la pandémie, puis dans nos plans de relance, afin d'être plus équitables et de sauver des vies.
Je pense aussi qu'il est criminel de ne pas disposer des données nécessaires. Nous sommes en 2020, n'est-ce pas?
Kwame McKenzie
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Kwame McKenzie
2020-07-07 12:07
Je vous remercie, monsieur Desilets.
Je vous ramènerais à certains chiffres.
Le taux de mortalité est de quelque 23 décès par 100 000 habitants au Canada, alors qu'il est de 50 par 100 000 habitants au Royaume-Uni. En fait, le taux du Canada est très bon comparativement à ceux de nombreux pays à revenus élevés. Nous nous en sommes donc raisonnablement bien tirés.
De toute évidence, si nous nous comparons à l'Allemagne, dont le taux est de 11 décès par 100 000 habitants, nous ne faisons pas aussi bonne figure. En fait, selon une analyse, nous aurions sauvé 4 528 vies si notre réponse avait été aussi bonne que celle de l'Allemagne.
Nous sommes en milieu de peloton comparativement à de nombreux pays. Nous avons très bien réagi; la situation aurait pu être bien pire.
L'ennui, c'est que cette bonne réponse a fonctionné mieux pour certaines personnes que pour d'autres. Je juge donc que nous avons bien réagi, mais si nous avions agi de manière égale pour tout le monde, nous aurions obtenu de bien meilleurs résultats, et le taux de mortalité et la morbidité auraient été beaucoup plus bas. Nous aurions été mieux placés en vue de la relance.
Kwame McKenzie
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Kwame McKenzie
2020-07-07 12:09
Je pense que c'est une question vraiment intéressante et réellement importante. Il est très difficile d'établir des comparaisons entre les pays. En outre, la plupart des décès excédentaires, lesquels sont liés à un groupe ethnique, n'ont aucun rapport avec la biologie. Ils sont attribuables à la situation sociale des gens, qui est le résultat de choix stratégiques. Oui, nous pourrions dire « Oh non, nous ne pouvons nous comparer qu'à des populations composées de groupes ethniques semblables », mais dans une certaine mesure, cela donne l'impression que la race est le déterminant. Or, ce sont les politiques sociales et le racisme et non la race qui sont le déterminant.
Bien entendu, si on examine un pays comme l'Allemagne, on constate que sa population à l'importante diversité ethnique compte de nombreux migrants, notamment une très vaste population turque, ce qui ne l'a pas empêchée de mieux réagir que nous.
Kwame McKenzie
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Kwame McKenzie
2020-07-07 12:12
Je pense qu'il existe, au chapitre de la collecte de données, d'importantes difficultés attribuables à la répartition des compétences entre le gouvernement fédéral, les provinces et les territoires. Je suis toutefois d'avis que le gouvernement fédéral lui-même peut veiller à mettre de l'ordre dans ses propres affaires.
Il est étonnant que nous procédions à un recensement sans chercher à l'utiliser pour recueillir des données sociodémographiques et des renseignements sur la race et l'ethnie auprès de tous les citoyens. Nous ne demandons ces renseignements qu'à 20 % des gens dans le formulaire long au lieu de les recueillir auprès de tous les répondants dans le formulaire court. Si nous pouvions modifier le formulaire court pour obtenir un portrait exhaustif du Canada, peut-être pourrions-nous mettre ces données en rapport avec d'autres renseignements pour obtenir un bon, un meilleur portrait des pandémies. Il est possible de le faire, mais à l'échelle fédérale, et le gouvernement fédéral peut également insister pour que les provinces fournissent des données.
Pour le moment, le gouvernement fédéral verse des sommes substantielles aux provinces. Il devrait peut-être réfléchir aux données que les provinces fournissent afin de démontrer que leurs réactions sont réellement équitables. Rares sont ceux qui donneraient de l'argent à une entreprise ou à un service sans savoir exactement ce qu'ils obtiendront en retour. Pour l'heure, les transferts fédéraux ne sont parfois pas liés de manière transparente à la productivité, particulièrement pas à la productivité fondée sur l'équité.
Arjumand Siddiqi
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Arjumand Siddiqi
2020-07-07 12:15
Je peux vous révéler la principale raison que nous entendons souvent, puis formuler des hypothèses sur ce qui pourrait se passer.
On nous indique souvent que si on ne communique pas des données, si on ne les rend pas accessibles ou qu'on ne les recueille pas de façon plus globale, c'est en fait pour protéger la vie privée des Canadiens, puisqu'il pourrait y avoir quelques problèmes, particulièrement si la diffusion à grande échelle de données compromettait la sécurité et la vie privée de Canadiens en permettant d'identifier des personnes précises. Or, peu d'éléments portent à croire que les préoccupations sont suffisantes pour empêcher la diffusion de données réellement précieuses. Est-il quand même possible d'identifier des Canadiens précis même si les données sont anonymisées? Il n'est presque jamais possible de le faire. Il existe peut-être une très mince possibilité, comme c'est le cas pour les données du recensement, d'ailleurs, mais ce n'est pas suffisant pour me convaincre qu'il y a un motif légitime de ne pas recueillir des données et de les rendre libres d'accès aux gens comme moi, le Dr McKenzie et d'autres intervenants afin d'informer notre pays de ce qui nous arrive.
Voilà qui m'amène à ce qui pourrait se passer, selon moi. C'est malheureux, mais je pense que quand on ne recueille pas de données, on a au moins une manière de faire fi des preuves. Nous pouvons faire passer nos opinions pour des faits, pour la simple raison que nous ne disposons pas des faits.
J'ai l'impression que, comme vous l'avez fait remarquer et comme je l'ai souligné auparavant, si nous avons des données et si des scientifiques indépendants peuvent les analyser, il se forme un corpus de preuves qui, d'une certaine manière, nous force à au moins admettre les faits, à au moins devoir admettre et affronter le fait que nous avons devant nous des sources de preuves empiriques, au lieu de nous retrouver avec une situation dans laquelle tout le monde affirme pratiquement n'importe quoi sans que nous ne disposions d'une manière efficace de confirmer ou d'infirmer ces propos.
Je pense que si le gouvernement hésite, c'est en partie parce que ces données permettraient de faire de sérieuses démonstrations empiriques de ce qui se passe au sein de notre société. En outre, comme le Dr McKenzie l'a indiqué, ce n'est pas la fin; ce n'est que le début, et cela nous forcera à aller de l'avant et à agir.
Kwame McKenzie
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Kwame McKenzie
2020-07-07 12:19
Je vous remercie beaucoup de cette question. Je ne voyais pas très bien vers quoi vous vous dirigiez, pensant que vous alliez parler de l'épidémie de problèmes de santé mentale découlant de la COVID.
Nous constatons qu'au Canada, environ 7 % des dépenses relatives aux soins de santé concernent la santé mentale. Au Royaume-Uni, ce pourcentage est de 9 à 11 %, selon l'endroit où l'on se trouve. Il se dépense beaucoup d'argent en santé mentale au Royaume-Uni.
Vous savez évidemment que la santé mentale est une affaire de main-d’œuvre. Elle ne donne pas lieu à des opérations étonnantes et à toutes sortes d'interventions. Elle n'exige pas beaucoup d'équipement. C'est une question d'effectif. Si on ne dépense pas d'argent, on n'a pas d'employés, et sans employés, il n'y a pas de service.
La différence que j'ai observée entre le Canada et le Royaume-Uni, c'est qu'il n'y existe pas de services de santé mentale suffisamment complets, notamment à l'échelle communautaire, ce qui fait qu'il y a davantage de crises. Il y a beaucoup plus de crises de santé mentale qui peuvent, comme vous le savez, connaître un dénouement tragique.
La panoplie et la gamme des services de santé mentale ne sont pas, selon moi, suffisantes au Canada pour combler les besoins de la population. Si la COVID entraîne une épidémie de problèmes de santé mentale, je pense que nous nous retrouverons avec de véritables problèmes sur les bras à moins que nous ne commencions à investir des sommes substantielles pour renforcer la capacité afin d'atténuer les conséquences de la COVID sur la santé mentale dans la communauté et ailleurs.
Kwame McKenzie
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Kwame McKenzie
2020-07-07 12:22
S'il est une chose que nous avons constatée et que nous avons toujours pensée, c'est qu'on réduit le besoin d'intervenir en cas de crise si on peut intervenir précocement. Notre équipe agissait donc de manière très directe, au sein de la communauté. Pour chaque personne que nous rencontrions, nous remettions un numéro de téléphone qu'elle et sa famille pouvaient utiliser en tout temps pour que nous allions les rencontrer. Oui, nous recevions tous les appels de détresse. Oui, c'est nous plutôt que la police que les gens appelaient en premier, et nous allions les voir. Au cours des trois ou quatre années où j'étais là, aucun de nos employés et de nos clients n'a été blessé. Ce n'est pas arrivé.
Cette réussite s'explique entre autres par le fait que nous étions des experts de la désescalade et de la réaction aux crises de santé mentale, et aussi par le fait les gens nous connaissaient. Cela change tout. Mais notre succès s'explique en grande partie par le fait que nous rencontrions les gens à un stade précoce de leurs maladies et de leurs problèmes. Au lieu d'attendre que la situation soit si grave qu'il faille appeler la police, les familles nous appelaient à un stade précoce et nous allions voir les gens afin d'atténuer le problème.
Les services de santé mentale communautaires adéquatement déployés sont très importants et ils fonctionnent. Oui, nous éprouvions des problèmes quand les gens étaient très perturbés, et la police était là en renfort, mais c'est nous qui intervenions en premier. La police restait dans la voiture, à l'extérieur, et nous l'appelions en cas de besoin. La police était donc sur place, mais jamais qui que ce soit n'a été amené menottes aux poings, notamment parce que c'est traumatisant. Même si la personne n'est pas blessée, il faut ensuite composer avec le traumatisme.
C'est ainsi que nous procédions, et cela fonctionnait bien. Cette pratique s'est répandue à Londres. C'est de cette façon qu'on agissait à l'époque.
Arjumand Siddiqi
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Arjumand Siddiqi
2020-07-07 12:25
J'ai une vaste expérience des États-Unis, car j'y ai reçu ma formation et j'y ai vécu longtemps. J'y fais encore beaucoup de recherche. C'est là-dessus que mes observations se fondent.
Aux États-Unis, ils ont rendu systématique la collecte de données fondées sur la race comme nous l'avons fait pour les données fondées sur l'âge et le sexe. Aux États-Unis, vous répondez à une question sur votre race presque chaque fois que vous répondez à des questions sur votre profil démographique ou votre lieu de résidence. Cela signifie que vous répondez à cela quand vous utilisez le système de soins de santé ou le système d'éducation, quand vous posez votre candidature à un emploi et quand vous décrochez un emploi, au moment où l'on prend votre adresse et vos renseignements. Puis ces données sont rendues publiques. Nous pourrions, vous et moi, aller dès maintenant sur Internet et accéder à des ensembles de données qui sont administratives — c'est-à-dire que ces ensembles réunissent les données recueillies de façon systématique — ou qui découlent d'enquêtes gouvernementales, comme ce qui se fait ici avec l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes et ainsi de suite. Nous pourrions aller sur Internet, télécharger ces données, accompagnées d'une excellente documentation sur la façon de les utiliser, et créer des analyses sur le champ pour faire le portrait des inégalités raciales ou des inégalités socio-économiques.
Je vais vous donner un autre exemple. Nous faisons du travail sur les inégalités quant aux résultats à la naissance dans les États-Unis. Nous pouvons le faire parce que les certificats de naissance comportent de l'information sur la race, et parce que l'information peut facilement être téléchargée sur Internet. Je n'ai pas besoin de faire une demande pour obtenir les données, de me rendre dans un centre de données de Statistique Canada pour faire une analyse entre 9 heures et 17 heures, d'obtenir une accréditation à cette fin, de leur dire exactement ce que je vais leur demander, puis...
Arjumand Siddiqi
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Arjumand Siddiqi
2020-07-07 12:28
Certainement.
Au Canada, ce qui se produit, c'est qu'il y a toute sorte d'obstacles, premièrement pour recueillir des données et, donc, pour les avoir, et deuxièmement, pour accéder aux données que nous avons déjà.
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