Je vous remercie beaucoup, monsieur le président.
C'est avec une certaine émotion que je me présente devant vous cet après-midi. Même si j'en suis à mon troisième mandat, c'est la première fois que j'ai le privilège de défendre un projet de loi en comité parlementaire. Je me sens très privilégiée de faire cela cet après-midi. Je veux souhaiter la bienvenue à l'ensemble des témoins. Je présente mes salutations à l'ensemble des membres du comité parlementaire.
Vous comprendrez qu'aujourd'hui, je suis principalement ici pour convaincre mes chers collègues libéraux d'accorder la recommandation royale au projet de loi C‑265. Ce projet de loi a obtenu l'appui de la majorité des partis de l'opposition à la Chambre des communes. Malheureusement, s'il n'a pas obtenu la recommandation royale du gouvernement libéral après l'étude en comité, mon projet de loi ne pourra pas continuer sa route.
Aujourd'hui, j'espère vous convaincre qu'il est évident que, 15 semaines, ce n'est pas assez, mais que, 26 semaines, cela ne suffit pas non plus. Je vais essayer de vous convaincre que, 50 semaines, c'est ce qu'il faut pour faire preuve de bienveillance et s'assurer que les travailleurs vulnérables qui n'ont pas choisi d'être malades pourront compter sur le soutien financier que constituent les prestations spéciales de maladie de l'assurance-emploi pour 50 semaines.
La raison pour laquelle on parle de 50 semaines, c'est parce que plusieurs études prouvent que, en moyenne, des gens ont besoin de plus de 26 semaines et d'autres, de plus de 50 semaines. Certaines maladies nécessitent une absence qui va au-delà de 15 semaines et de 26 semaines. Je vous donne quelques exemples. Selon des études probantes, il faut prévoir en moyenne une absence de 37 semaines pour se remettre d'un cancer du côlon. Si l'on a le malheur d'être atteint du cancer du rectum, cela peut aller jusqu'à 47 semaines. Les cas sont documentés.
Comme les données sont connues et probantes, je ne comprends pas, et les citoyens québécois et canadiens ne comprennent pas non plus, pourquoi le gouvernement ne veut pas faire avancer l'étude de mon projet de loi et permettre aux travailleurs malades qui combattent une maladie grave d'obtenir non pas 15 semaines ou 26 semaines, mais bien jusqu'à 50 semaines. Le directeur parlementaire du budget nous a dit que nous avions les moyens. Il a déjà publié deux études sur cette question et il confirme, sans surprise, que nous avons les moyens d'offrir à ces travailleurs vulnérables la protection et les outils nécessaires pour qu'ils puissent combattre en toute dignité leur maladie afin de revenir à l'emploi et, surtout, conserver leur lien d'emploi.
Certains employeurs ont fait savoir assez clairement que l'augmentation des cotisations — celles des employeurs ou celles des employés — est, somme toute, raisonnable. Elle pourrait être offerte à des travailleurs qui ne peuvent travailler temporairement à cause de la maladie et qui ont besoin de soutien financier pour payer leurs soins et leur transport médical assisté. Ces travailleurs, qui ont cotisé parfois toute leur vie, n'ont pas besoin de l'insécurité financière que provoque actuellement le programme d'assurance-emploi en maintenant la durée des prestations spéciales de maladie à 15 semaines.
Vous me direz — surtout mes collègues libéraux — que le gouvernement a promis dans le budget de faire passer à 26 semaines la durée des prestations. Or, 26 semaines, nous savons que ce n'est pas suffisant. Les données le démontrent déjà assez clairement. De plus, ce passage à 26 semaines pourrait entrer en vigueur par décret d'ici 2022.
Je vous demande de fermer les yeux et de penser aux personnes qui finissent aujourd'hui leur 15e semaine de prestations, qui ont entendu dire qu'elles pourraient en recevoir pendant 26 semaines et à qui je devrai dire que, ces 26 semaines, elles ne seront pas offertes tout de suite. Je devrai leur dire que le gouvernement n'a pas prévu cette hausse de manière exécutoire dans son budget, ce qui veut dire que, une fois le budget accepté et voté par les voies et moyens et par l'intermédiaire du projet de loi C‑30, le gouvernement aura le pouvoir discrétionnaire d'attendre jusqu'en 2022 pour appliquer cette hausse. Je trouve que c'est un peu jouer avec le cœur des personnes qui sont malades et qui veulent combattre à armes égales la maladie.
Nous ne choisissons pas d'être malades et nous ne choisissons pas notre type de maladie. Nous nous adressons aux travailleurs qui n'ont pas de protection, pas de convention collective ou de régime d'assurance-maladie privé.
Ces personnes ont souvent travaillé très dur au cours de leur vie. Un jour, elles tombent malades. Cela peut être la personne qui travaille à votre dépanneur et que vous voyez tous les matins depuis une dizaine d'années. Elle reçoit un peu plus que le salaire minimum, mais pas tellement plus, et elle n'a pas d'assurance-maladie privée. Si elle est atteinte d'un cancer du rectum et qu'elle doit s'absenter du travail pendant 47 semaines pour cause de maladie, elle sera payée pendant 15 semaines et elle touchera 55 % de son salaire. Pensez-vous bien sincèrement qu'un travailleur peut vivre en ne recevant que 55 % de son salaire?
La situation est déjà difficile pour une personne qui sait qu'elle a une longue lutte à mener et qu'un rétablissement est nécessaire pour [difficultés techniques] revenir au travail, mais elle le devient encore davantage si les prestations prennent fin après 15 ou 26 semaines.
Aujourd'hui, on peut dire que, en tout et pour tout, à peu près 150 000 personnes sont abandonnées chaque année par le système de l'assurance-emploi. Ce sont 411 nouvelles Émilie Sansfaçon par jour qui sont en train de lutter et qui perdent tout d'un coup le soutien financier que sont les prestations spéciales de maladie de l'assurance-emploi.
Vous comprendrez que je suis de tout cœur avec ces travailleurs. J'ai reçu énormément d'appels et de courriels pour m'encourager à convaincre les députés, surtout mes collègues libéraux, de demander la sanction royale pour le projet de loi C‑265 et d'être à l'écoute des 620 000 personnes qui ont signé la pétition de Mme Marie‑Hélène Dubé. Elle vous demande de prolonger la durée des prestations jusqu'à 50 semaines, parce qu'il est bien évident que, 15 ou 26 semaines, ce n'est pas suffisant.
Je suis prête à répondre aux questions, monsieur le président.