Bonjour, distingués parlementaires et membres du personnel.
Assalam alaikum. La paix soit avec vous tous.
Je vous remercie de m'accueillir aujourd'hui au Comité permanent de la condition féminine.
Merci, madame la présidente, d'avoir convoqué la séance d'aujourd'hui. Je vous suis très reconnaissante d'avoir l'occasion de parler aujourd'hui d'une question aussi importante. Je suis triste qu'elle coïncide avec l'horrible tragédie qui a frappé la famille musulmane de London.
Que les âmes des victimes trouvent la paix, et que les proches et les amis restés derrière trouvent force et courage.
Je m'appelle Faakhra Choudhry, et je suis membre de l'Ahmadiyya Muslim Jama'at, un mouvement de renaissance au sein de l'islam.
Je suis née et j'ai grandi au Canada. J'ai fait mes études dans le réseau d'éducation du Canada et j'enseigne maintenant au Canada [Difficultés techniques]. Mes parents se sont réfugiés ici pour échapper à la persécution religieuse qui les menaçait au Pakistan parce qu'ils étaient des musulmans ahmadis, et pour faire partie de la société inclusive et cohésive qu'est le Canada.
Je suis extrêmement reconnaissante de tous les bienfaits que le Canada a apportés à ma famille et à moi-même, comme à tant d'autres familles qui partagent mon histoire. Bien entendu, quand on parle de cela, il est important de mettre en lumière les mesures positives que le Canada a prises. La motion M‑103, qui condamne l'islamophobie au Canada, en est un exemple.
Bien que son exécution n'ait pas été parfaite, elle était un pas dans la bonne direction. Le calife de notre communauté, Mirza Masroor Ahmad, a été invité au Parlement. Il a aussi été invité à s'adresser aux grands diffuseurs. Ce sont deux pas de géant: un important leader de la communauté musulmane accueilli par le gouvernement et les médias, et leader musulman sur une page couverture plutôt qu'en lien avec une attaque.
Nous sommes reconnaissants pour ces faits positifs, mais il y a encore énormément de pas à franchir pour devenir une société vraiment tolérante et accueillante. Le racisme systémique existe et se porte bien dans les médias, à la télé et au cinéma, dans les discours politiques, ainsi que dans les écoles et les universités.
Comme musulmanes, nous sommes étroitement ciblées parce que nous nous habillons différemment. Le hijab, le niqab, la burka et d'autres vêtements que portent les musulmanes par modestie sont des flèches clignotantes pour quiconque aurait des préjugés contre les musulmanes, comme ceux que traduit la loi 21 au Québec.
Je pourrais raconter des expériences personnelles de discrimination au Canada, malheureusement. Ma mère s'est attiré de nombreux coups de klaxon pour avoir porté un niqab, et elle s'est fait crier de l'enlever. On nous a crié de retourner chez nous avec nos hijabs pendant une promenade au centre-ville. Mon amie s'est vu refuser l'entrée sur un court de basket-ball parce qu'elle portait des leggings sous son uniforme de basket-ball pour se conformer à ses croyances islamiques. Des voitures ont été rayées avec des clés, des fenêtres ont été fracassées. La liste n'en finit pas.
Nous devons nous donner des politiques pour faire en sorte que le racisme ne puisse plus se manifester [Difficultés techniques] au Canada. Les forums, les vidéos et les articles en ligne contribuent pour beaucoup à la radicalisation des jeunes. Ceux qui ont des idées islamophobes et de fausses conceptions de l'islam les trouvent souvent en ligne. Il y a un grand besoin de surveiller le cybermonde. Il faut davantage de groupes de travail et de ressources pour stopper les tragédies à la racine même.
Il faut aussi revoir la législation sur les crimes haineux. Elle ne va pas assez loin pour poursuivre ceux qui colportent la haine, que ce soit en ligne ou hors ligne. Au cours d'une réunion, la Gendarmerie royale du Canada a expliqué que, bien souvent, il n'y a pas suffisamment de preuves pour poursuivre les auteurs de crimes haineux, si bien qu'ils s'en tirent indemnes. Il faut instaurer des systèmes pour vérifier et prévoir des conséquences plus efficaces pour les auteurs de crimes haineux.
Le réseau de l'éducation est un autre secteur à réformer en profondeur. N'oublions pas que le terroriste qui a assassiné la famille de London n'avait que 20 ans. Les programmes d'études sont modifiés et politisés au goût du parti au pouvoir, ce qui est un gros problème. Ainsi, en Alberta, aujourd'hui, le nouveau programme suscite beaucoup de controverse, parce qu'on lui reproche de passer à côté des questions autochtones et religieuses. Lorsque ce programme sera enseigné dans les salles de classe désormais, les élèves seront mal informés et commenceront à avoir des pensées susceptibles de les mener à des idéologies discriminatoires, aux conséquences parfois tragiques.
Nos programmes d'études doivent tenir compte de la diversité de nos élèves. Ils doivent surtout faire appel à des experts de divers groupes pendant le processus de création. Les manuels doivent être revus par diverses voix qui permettront de vérifier s'il y a des cas de préjugés inconscients et des propos blessants. Les enseignants et les professeurs doivent être tenus responsables des préjugés personnels qu'ils répandent dans les salles de cours. Beaucoup d'entre nous ont vu des enseignants dénoncer l'islam en classe ou répandre ce que les médias ont faussement écrit.
J'ai vécu des expériences personnelles en classe à l'université avec 200 à 300 autres personnes pendant que faisait rage un débat animé par un professeur sur la question de savoir si l'interdiction du niqab au Québec était justifiée. Étant la seule personne à porter le hijab, je me sentais directement sous les projecteurs. J'ai l'impression qu'on débat de mes droits. Il faut apprendre aux enseignants à inclure les voix de façon organique, et les programmes d'études doivent intégrer ces voix dès le départ.
Une façon de lutter contre ce problème serait d'accroître la formation sur la diversité dans les programmes d'études à l'université. D'après mon expérience personnelle, au cours des cinq années que j'ai passées à l'université pour obtenir mon diplôme, nous n'avons eu qu'un seul sujet sur la diversité en classe, ce qui n'est certainement pas suffisant.
Je termine par une citation du cinquième calife de notre communauté, Hazrat Mirza Masroor:
Si nous voulons vraiment la paix en notre temps, nous devons agir avec justice. Nous devons valoriser l'égalité et l'équité. Comme le prophète de l'Islam (la paix soit avec lui) l'a si magnifiquement dit, nous devons souhaiter à autrui ce que nous voudrions pour nous-mêmes. Nous devons défendre les droits d'autrui avec le même zèle et la même détermination que nous défendons des nôtres. Nous devons élargir nos horizons et voir ce qui est bon pour le monde, plutôt que ce qui est seulement bon pour nous-mêmes. C'est ainsi que nous aurons la paix en notre temps.
Merci de m'avoir invitée aujourd'hui et de m'avoir écoutée.