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Bridget Perrier
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Bridget Perrier
2021-06-22 11:43
Aaniin.
Je voudrais d'abord reconnaître que je suis ici sur le territoire traditionnel des Mississaugas de New Credit, qui sont visés par le Traité du wampum à deux rangs.
Je représente Sextrade101 et les nombreuses femmes et filles anishinabées qui sont réduites à l'état d'esclaves en raison de la prostitution ou de la traite de personnes.
Je m'appelle Wasayakwe. Mon nom anglais est Bridget Perrier. Je suis née à Thunder Bay, en Ontario, et j'ai été placée en adoption. J'ai été adoptée par une bonne famille qui a tenté de m'élever le mieux possible, mais en grandissant, les effets du colonialisme, du traumatisme intergénérationnel et de la violence sexuelle subie dans l'enfance ont fait de moi une candidate parfaite pour la prostitution.
J'ai été séduite et attirée vers la prostitution à l'âge de 12 ans alors que je résidais dans une maison de groupe tenue par un organisme de protection de l'enfance. Je suis demeurée esclave de la prostitution pendant 10 ans. On m'a vendue à des hommes qui se sentaient privilégiés de me voler mon innocence et d'envahir mon corps. J'ai dû parader comme une vache de concours devant des hommes qui pouvaient m'acheter, et aucune petite fille ne devrait avoir à poser des gestes que j'ai dû poser au Canada, une terre de liberté.
À cause des hommes, je ne peux pas avoir d'enfant normalement en raison d'un traumatisme à mon col de l'utérus. Aujourd'hui encore, je fais des cauchemars et je dors parfois avec la lumière allumée. Mon traumatisme est profond et j'ai parfois l'impression d'être gelée ou pire, endommagée et sans valeur.
J'ai été vendue dans des établissements légaux, sur des coins de rue et dans des clubs de strip-teaseuse. À l'âge de 13 ans, j'ai même effectué quelques périples autour des Grands Lacs pour offrir mes services aux hommes d'équipage de navires. Ce qu'il m'est arrivé de plus effrayant, c'est d'avoir été, à l'âge de 14 ans, gardée en captivité pendant 43 heures et violée et torturée à répétition par un prédateur sexuel qui s'en prenait aux filles exploitées.
Ceux qui m'exploitaient ont fait beaucoup d'argent et ont tenté de me briser, mais je me suis battue pour ma vie. Ma première proxénète était une femme qui tenait un bordel légal, où j'ai appris à prétendre que j'étais sa nièce ou l'amie de sa fille si la police m'interrogeait. Mon deuxième proxénète m'a été présenté quand j'étais à Toronto, où je me prostituais pour de l'argent. Il était censé être un garde du corps, mais cela s'est avéré être un gros mensonge. Ces deux proxénètes sont encore en activité, exploitant d'autres petites filles au Canada.
Après de nombreuses années, j'ai pu fuir la prostitution et reconstruire ma vie, et mon éducation est alors devenue un outil. Je me suis fait connaître par la ténacité et ma force, et je peux maintenant être un atout pour ma communauté et mon peuple. Je suis une mère, une grand-mère, une activiste et une guerrière. Mes expériences entraînent peut-être parfois des sacrifices, mais je les faits pour les femmes et les filles anishinabées qui sont achetées et vendues, qui ont disparu ou qui ont été assassinées.
Nous devons voir qui est derrière tout cela. Ce sont les hommes.
J'ai une lettre. La mère biologique de ma fille aînée a été assassinée par Robert Pickton, et ma fille m'a demandé de vous lire ce qui suit.
Cher Sénat,
Je m'appelle Angel Wolfe. Ma mère biologique, qui s'appelait Brenda Wolfe, a été assassinée par Robert Pickton.
Son meurtre est le sixième pour lequel il a été accusé. J'avais 6 ans quand elle a été assassinée et 9 ans quand sa mâchoire a été trouvée dans une auge à cochon. Je fais partie des 98 enfants devenus orphelins à cause de ce monstre.
Je blâme le service de police de Vancouver et la GRC. Je pense que les mesures législatives comme la [Loi sur la protection des collectivités et des personnes victimes d'exploitation] sauveront les femmes vulnérables comme ma mère. Je suis indignée que la mort de ma mère ait été utilisée pour légitimer un tel outrage et une telle tristesse.
Je suis aussi indignée par le terme « projet de loi Pickton ». C'est une insulte et une gifle au visage des 98 orphelins, et les organisations et le mouvement de lobbyisme en faveur du travail du sexe devraient réellement avoir honte de parler au nom des familles qui ont perdu un être cher.
Je blâme la prostitution, la dépendance et la maladie mentale pour la mort de ma mère, et au nom des 98 orphelins, je clame que nous ne voulons pas que la mort de nos mères soit la raison de la légalisation de la prostitution.
Je ferai ma mission de vie de raconter son histoire et d'éduquer les gens à propos de la dépendance, de la prostitution et des femmes disparues ou assassinées.
Bien à vous. Angel Wolfe
La Loi sur la protection des collectivités et des personnes victimes d'exploitation protégera mes filles, mes petites-filles et d'autres jeunes filles autochtones de prédateurs qui ont le culot d'acheter des services sexuels en public. La semaine dernière, j'étais à Thunder Bay où le service de police, le MAG ou d'autres organisations ne se préoccupent pas de l'achat de femmes vulnérables.
Si la prostitution était une activité saine, pourquoi ceux qui achètent des services sexuels ne révèlent-ils pas à leur conjointe, à leurs filles et à leur famille qu'ils recourent ou ont recouru aux services sexuels de prostituées?
Sextrade101 considère que la prostitution n'est pas un choix, mais une absence de choix qui réduit les femmes et les filles à l'esclavage. Nous pensons que tout le monde devrait se voir proposer un moyen d'abandonner le travail du sexe et ne pas être encouragé à y rester. Il faut aider les femmes à comprendre toutes les répercussions de la prostitution sur leur vie avant qu'elles ne s'y adonnent et les aider à en sortir en vie avec leur esprit, leur corps et leur âme intacts. Collectivement, nous avons toutes été effrayées, violées, battues, vendues et traitées comme des moins que rien. La plupart d'entre nous ont aussi été oubliées, négligées, maltraitées, utilisées, leurrées, abandonnées et non protégées pendant leur enfance.
Les défenseures et les membres de Sextrade101 sont des prostituées ou d'anciennes prostituées. La criminalisation des femmes et des filles qui se prostituent nous préoccupe grandement. Nous avons constaté que les programmes de déjudiciarisation des femmes et des filles qui se prostituent ne constituent pas la seule solution pour tout le monde. Nous avons également vu que des fonds substantiels ont été accordés aux services de soutien, mais nous sommes encore dans une sorte de silo.
Environ 85 % des défenseures et des membres de Sextrade101 ont été violentées par leur proxénète. C'est très éloigné du tableau brossé par la Cour suprême du Canada, qui dépeint les proxénètes comme de braves types. Ce sont les proxénètes et les clients, le problème. Ce sont eux qui maltraitent et tuent parfois des femmes.
J'ai soutenu ma fille tout au long de l'enquête sur les femmes disparues, qui a mené au constat suivant: nos mères, nos sœurs et nos filles ne sont pas nées pour être utilisées et vendues afin de satisfaire les besoins sexuels des hommes. Nous ne sommes pas des marchandises.
En outre, nous voulons parler de linguistique. Il n'y a rien dans la langue autochtone qui décrit la vente de services sexuels. Si cela ne fait pas partie de notre langue, ce n'est pas pour nos femmes.
Je félicite l'ancien ministre MacKay de l'élaboration du projet de loi C‑36, car il a admis la maltraitance et les dangers inhérents auxquels les prostituées sont confrontées. Ce projet de loi était une victoire pour les survivantes et celles qui sont prisonnières d'un cercle vicieux d'indignité et de douleur.
Nous devons examiner les chiffres, lesquels indiquent que 52 % des victimes de la traite de personnes sont autochtones et que l'âge moyen des filles autochtones exploitées est de 12 ans. Quatre-vingt-dix-neuf pour cent des femmes avec lesquelles Sextrade101 a travaillé ont affirmé avoir voulu abandonner la prostitution à un moment donné.
À titre de survivante du travail du sexe, je vous remercie beaucoup de m'offrir l'honneur de parler au nom des survivantes membres de Sextrade101 et de toutes les survivantes anishinabées du Canada, qu'elles travaillent encore comme prostituées ou qu'elles aient quitté le milieu.
Nous constatons qu'un nombre croissant de filles utilisent les médias sociaux comme outil pour leur exploitation à titre de filles de joie. Comme Mme Baptie l'a fait remarquer, il existe maintenant un créneau pour les filles autochtones. Quand j'étais dans le métier, nous ne révélions jamais nos origines autochtones, car nous savions que si nous le faisions, nous aurions des ennuis. Nous pouvions nous faire agresser ou être victimes d'autres formes de violence. Nous cachions donc notre identité.
La semaine dernière, j'ai invité une jeune femme du Nord de l'Ontario à dormir sur mon divan parce que le personnel du centre de désintoxication auquel nous avions versé 20 000 $ pour un traitement privé de la toxicomanie et de l'alcoolisme lui a jeté un coup d'œil et a déclaré qu'elle n'était pas en état de suivre son programme. Nous n'avions nulle par où l'envoyer, et à ce moment‑là, après avoir passé 15 ans à s'injecter des drogues, elle voulait seulement... Elle était au bout du rouleau. Nous avons dû penser autrement et trouver une solution sans tarder.
On investit des sommes substantielles à cet égard, mais on agit peu. Il n'existe aucune maison sécuritaire pour les femmes autochtones au Ontario. Il y a un grand nombre de centres relevant d'autorités religieuses, mais — je suis désolée — ils ne conviennent pas à mes filles, aux filles autochtones. Chaque semaine, quelqu'un m'appelle pour m'annoncer qu'une survivante correspond à nos critères. Pourquoi? Parce qu'elle est autochtone et qu'elle a dit ce qu'elle considérait comme étant le mieux pour elle.
Je ne sais pas où les caser. Je ne sais pas quoi en faire et je fais courir des risques à mes enfants en les accueillant chez moi, mais je ne peux les envoyer nulle part ailleurs. Nous accueillons donc cette jeune femme qui en a vu de toutes les couleurs sur la rue pendant 15 ans. Elle a survécu à une tentative de meurtre. Je peux raconter son histoire ici et déclarer qu'elle s'en sort bien. Nous l'avons envoyée dans un camp forestier et elle ne consomme plus de drogues, ce qui est un grand exploit. Je lui ai indiqué qu'en 35 jours, son cerveau allait se rétablir.
Nous sommes en crise. J'ai été à Thunder Bay, et des hommes achetaient des femmes à droite et à gauche. La police de Thunder Bay ne veut pas s'occuper du problème d'exploitation ou simplement admettre qu'il y a de la traite de personnes, alors que de jolies filles autochtones sont emmenées dans le Sud de l'Ontario et sont vendues dans toute la région du Golden Horseshoe.
À l'instar de Mme Baptie, je déplore que nous enterrions nos filles. J'ai vu des filles avec lesquelles j'ai travaillé et maintenant je vois leurs filles. Le problème est intergénérationnel. Si nous ne les aidons pas à découvrir leur potentiel, nous préparons le terrain pour la prochaine génération. C'est ce qui se passe actuellement. Je vois maintenant des grand-mères, des mères et des petites-filles. Avec la pandémie et la crise des opioïdes qui aggravent les choses, la situation est parfaite pour l'exploitation.
Quand une prostituée autochtone est assassinée, nous voyons ce qui se passe, comme dans l'affaire Cindy Gladue et d'autres drames.
Je suppose que je tente de dire que nous sommes en crise ici, particulièrement dans le Nord de l'Ontario. Je ne suis dans cette région qu'une semaine par mois. Je vais à Thunder Bay. Cela fait partie de mon travail. Personne ne sait où aller et les personnes qui offrent de l'aide en première ligne prennent des risques pour aider les femmes à abandonner la prostitution. Si seulement nous dispositions d'un endroit où les envoyer, comme un guichet unique, ce serait beaucoup plus facile.
Les membres de Sextrade101 tentent d'agir à titre de mentors auprès de ces femmes. Nous ne disposons toutefois pas du financement de base nécessaire. Nous devons obtenir des fonds par l'entremise d'une autre organisation. À ce jour, toutefois, notre taux de retour à la prostitution n'est que de 4 %. À l'évidence, nous faisons quelque chose de correct.
Sur ce, je vous dirai meegwetch. Je suis prête à répondre aux questions.
Je vous remercie.
Shimon Koffler Fogel
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Shimon Koffler Fogel
2021-06-16 17:03
Avec votre permission, monsieur le président, je vais commencer tout de suite, avec l'observation que voici.
Je pense que le rythme de changement du paysage qui nous sert de toile de fond pour l'examen de ces questions est époustouflant. L'idée qu'il nous incombe d'examiner périodiquement les instruments, les politiques, les règlements et les lois en place me semble s'imposer d'elle-même.
Nous n'aurions jamais cru, même deux ans... Vous savez, les téléphones intelligents n'existaient pas avant la fin de 2012. Ce n'est qu'aujourd'hui que nous commençons à apprécier le pouvoir des médias sociaux comme véhicule pour le bien ou, dans ce contexte, comme quelque chose de vraiment pas bon. Je pense donc qu'il nous incombe de nous pencher sur les vieilles lois, les vieux règlements et les vieilles approches dans l'optique de la réalité d'aujourd'hui.
Je signalerai également que, par exemple, de façon concrète, nous essayons toujours de réaliser l'équilibre — et je sais que votre comité se démène pour le faire — entre liberté d'expression et protection contre la menace. Certains d'entre vous se rappelleront que l'article 13 a été l'occasion d'un débat controversé. Le gouvernement de l'époque a fini par l'éliminer, parce que c'est une arme à deux tranchants. D'une part, il consacre la notion à laquelle nous croyons tous, c'est-à‑dire la liberté d'expression. D'autre part, il servait aussi à protéger les groupes qui cherchent à fomenter la haine grâce à ce que nous essayons justement de prévenir.
Cela vous donne plus de travail, mais je pense qu'il vous incombe d'intégrer systématiquement dans la loi et les recommandations la nécessité d'un examen périodique pour vérifier la concordance entre la réalité et ce que vous cherchez à faire.
Shimon Koffler Fogel
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Shimon Koffler Fogel
2021-06-16 17:17
Monsieur le président, vous voudriez me réduire au silence.
Des voix: Oh, oh!
Le président: Je sais que c'est impossible, monsieur Koffler Fogel.
M. Shimon Koffler Fogel: Mme Omer a peut-être autre chose à offrir.
Il ne fait aucun doute que les médias sociaux ont tout changé. Ils ont permis non seulement l'éclosion, mais encore l'explosion, de la haine qui est isolée, protégée, anonyme, et permettent aux gens de laisser se réaliser leurs fantasmes les plus ignobles. Nous devons trouver des solutions adaptées à la puissance que représentent les médias sociaux.
Je ne pense pas que ce soit unique au Canada, mais nous devons être conscients de ce qui se passe. C'est pourquoi j'étais si heureux, monsieur le président, de vous entendre parler en termes plus généraux, parce que ce qui constitue une menace précise pour les juifs ne représente peut-être pas forcément la même menace pour les musulmans ni pour les femmes ou les Autochtones. Nous avons besoin d'instruments suffisamment malléables ou flexibles pour nous attaquer à toute la gamme des menaces qui s'expriment sur une plateforme commune comme les médias sociaux.
Voir le profil de Tako Van Popta
PCC (BC)
Merci.
Deux minutes, c'est trop court pour cela, mais merci aux trois témoins. M. Fogel, du Centre consultatif des relations juives et israéliennes, et M. Farooq et Mme Omer, du Conseil national des musulmans canadiens, merci d'être là et de nous aider dans cette très difficile conversation.
Je vais poser une question que deux ou trois autres membres ont essayé, mais n'ont pas eu le temps, de poser. Elle concerne l'équilibre entre les libertés civiles et la sécurité des Canadiens, surtout en ce qui concerne Internet.
Monsieur Fogel, c'est vous, je pense, qui avez dit qu'il nous faut de nouveaux outils pour réglementer Internet. Je ne sais pas si vous parliez de lois pénales ou de recours civils. Vous pourriez peut-être développer votre pensée là‑dessus. À quoi ressembleraient les recours civils à cet égard?
Shimon Koffler Fogel
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Shimon Koffler Fogel
2021-06-16 17:38
Merci de la question.
Je vais essayer d'être très bref. Tout un défi pour moi.
L'un des points à retenir de toute cette discussion, c'est que la solution efficace de ce problème passe incontournablement par une approche pangouvernementale. Vous avez des comités apparentés qui se penchent sur certaines de ces questions. Le Secrétariat de lutte contre le racisme a mis un accent très net sur la haine en ligne et a fourni des ressources aux parties prenantes, comme le Conseil national des musulmans canadiens et nous, pour la recherche de solutions. Les plateformes de médias sociaux ont été proposées, mais pas tout à fait imposées, et encouragées à prendre les choses en main et à offrir certaines solutions.
J'ignore quels seront tous les instruments. Je sais qu'ils ne seront pas efficaces s'ils n'emportent pas l'adhésion de tous les intervenants, c'est-à-dire du gouvernement, des collectivités et des fournisseurs de services sociaux.
Il y a une distinction à faire entre deux groupes. D'abord, il y a la vaste majorité des Canadiens qui sont insensibles à l'impact des messages publiés dans les médias sociaux. Il faut les éduquer. Ensuite, il y a les marginaux, qu'il faut coincer ou poursuivre ou neutraliser d'une certaine façon, pour qu'ils ne constituent pas une menace permanente.
Shimon Koffler Fogel
Voir le profil de Shimon Koffler Fogel
Shimon Koffler Fogel
2021-06-16 17:40
Je suis loin d'être un expert dans ce domaine, mais je sais ceci: les entreprises de médias sociaux ont les algorithmes les plus sophistiqués qui soient. Elles ont la capacité de suivre, de surveiller, d'isoler et d'extraire des mots, des expressions et du contexte. C'est effarant de voir tout ce qu'elles peuvent faire. Si la volonté y est, elles ont la capacité technologique de le faire. Il me semble que la première chose à faire, c'est d'essayer de débusquer tous ces sites toxiques, ces conversations, ces salles de clavardage et ainsi de suite, pour laisser à l'individu beaucoup moins d'options pour graviter vers des choses qui sont toxiques et caractérisées par la haine.
Voir le profil de Steven Guilbeault
Lib. (QC)
Je vous remercie, monsieur le président.
Monsieur le président, membres du Comité, bonjour.
J'aimerais d'abord souligner que je me joins à vous depuis Montréal, sur le territoire traditionnel des Mohawks et des autres peuples des Haudenosaunee.
Je vous remercie de m'avoir invité à prendre la parole devant vous aujourd'hui. Je suis accompagné, comme vous l'avez dit, de Mme Joëlle Montminy, sous-ministre adjointe principale, Affaires culturelles, et de M. Pierre-Marc Perreault, directeur par intérim, Initiative de citoyenneté numérique.
Tout comme vous et bien d’autres Canadiennes et Canadiens, je suis préoccupé par l'augmentation et la prolifération troublantes du contenu haineux, violent et malveillant qui circule sur Internet et dans les médias sociaux.
Le législateur et père de quatre enfants que je suis trouve que le contenu de ces plateformes est parfois profondément inhumain.
Je suis aussi profondément troublé par les conséquences et les répercussions de ce contenu dans le monde réel.
Je ne remets nullement en question les avantages de l'économie numérique et des médias sociaux. J'ai d’ailleurs publié un livre, un peu avant d’arriver en politique, qui parlait effectivement des bienfaits des technologies de l'économie numérique, notamment de l'intelligence artificielle, mais aussi de certains effets pervers.
Au Canada, plus de 9 adultes sur 10 sont abonnés à au moins une plateforme en ligne, et depuis le début de la pandémie, les plateformes en ligne occupent une place encore plus importante dans nos vies.
Nous utilisons les plateformes de médias sociaux, comme Facebook, Twitter, Instagram et YouTube, pour rester en contact avec nos familles, nos amis et nos collègues. Elles nous sont utiles pour travailler, faire des affaires, percer des marchés, étendre notre auditoire, exprimer nos opinions, nous faire entendre et participer à des débats démocratiques essentiels et cruciaux. Mais nous avons aussi constaté à quel point les médias sociaux peuvent avoir des effets négatifs et très néfastes.
Chaque jour, des internautes partagent du contenu préjudiciable, que ce soit sous la forme de discours haineux, d'exploitation sexuelle d’enfants, de propagande terroriste ou encore de propos incitant à la violence.
Les contenus préjudiciables ont contribué à un déferlement d'actes violents, comme l'attaque contre le Centre culturel islamique à Québec, en 2017, et des attaques similaires à Christchurch, en Nouvelle‑Zélande, en 2019.
C'est avec stupeur et consternation que la population du Canada et le reste du monde ont pris connaissance de ces tristes événements, et de bien d'autres. Nous sommes tous conscients du lien qui existe entre ces attaques et les discours haineux et dangereux véhiculés en ligne. Nous nous inquiétons pour notre sécurité sur Internet. Nous nous inquiétons à l'idée de ce que nos enfants et nos proches pourraient subir sur Internet.
Selon un récent sondage réalisé par la Fondation canadienne des relations raciales, 93 % des Canadiens et Canadiennes estiment que les discours haineux et le racisme en ligne constituent un problème, et au moins 60 % sont d'avis que le gouvernement a l'obligation de freiner la prolifération des contenus haineux et racistes en ligne.
De plus, le sondage a révélé que les groupes racisés au Canada sont trois fois plus susceptibles d'être confrontés à du racisme en ligne que les groupes non racisés.
Depuis le début de la pandémie de COVID‑19, nous observons sur Internet la montée du discours haineux antiasiatique et l'augmentation constante des propos antisémites, encore nourrie par les événements récents.
Dans une étude menée en juin 2020 par l'Institute for Strategic Dialogue, on apprend que les Canadiens et les Canadiennes utilisent plus de 6 600 services en ligne, pages et comptes hébergés sur différentes plateformes de médias sociaux pour véhiculer des idéologies teintées de suprémacisme blanc, de misogynie ou d'extrémisme. Ce type de contenu fait des ravages et détruit des vies. Il est intimidant et nuit aux échanges constructifs. Ce faisant, il nous empêche d'avoir un véritable débat démocratique et porte atteinte à la liberté d'expression.
Les faits parlent d'eux-mêmes. Nous devons agir, et nous devons agir maintenant. Nous sommes convaincus que chaque personne a le droit de s'exprimer et de participer aux échanges sur Internet dans toute la mesure du possible, sans avoir peur et sans être intimidée ni inquiétée pour sa sécurité. Nous croyons qu'Internet doit être un lieu inclusif où nous pouvons nous exprimer en toute sécurité.
Notre gouvernement est donc déterminé à prendre des mesures concrètes pour lutter contre le contenu préjudiciable en ligne, notamment si le contenu prône l'exploitation sexuelle d'enfants, le terrorisme, la violence, les discours haineux et le partage non consensuel d'images intimes.
C’est d'ailleurs l'une des priorités énoncées dans la lettre de mandat que m'a confiée le premier ministre, M. Justin Trudeau. Nous avons donc enclenché le processus afin d'élaborer un projet de loi qui répondra aux préoccupations de la population canadienne.
Au cours des derniers mois, mon cabinet et moi avons consulté plus de 140 intervenants d'organismes de la société civile et du secteur de la technologie numérique concernant cet enjeu. Il y a eu, notamment, plusieurs tables rondes. Nous avons discuté avec des groupes autochtones, des Canadiennes et des Canadiens racisés, des élus provinciaux et nos partenaires internationaux pour évaluer les diverses options et proposer une approche à privilégier.
De plus, puisqu'il s'agit d'un enjeu d'envergure mondiale, j'ai tenu une réunion virtuelle avec mes homologues de l'Australie, de la Finlande, de la France et de l'Allemagne, qui font partie du groupe de travail multipartite sur la diversité du contenu en ligne, afin d'échanger sur l'importance d'instaurer un écosystème numérique sain et de possibles collaborations en ce sens.
De concert avec mes collègues les ministres de la Justice, de la Sécurité publique, des Femmes et de l’Égalité des genres, de la Diversité et de l’Inclusion et de la Jeunesse ainsi que de l’Innovation, des Sciences et de l'Industrie nous nous employons à trouver la meilleure solution possible.
Ensemble, nous cherchons, pour le Canada, une approche qui assurera la protection de la population tout en préservant les droits de la personne, notamment la liberté d'opinion et d'expression, conformément à la Charte canadienne des droits et libertés. Notre objectif consiste à proposer un juste équilibre entre la protection de la liberté d'expression et l'élimination du contenu préjudiciable.
Je tiens à préciser que nous ne cherchons pas à limiter la liberté d'expression, nous visons plutôt à donner la parole à tous les utilisateurs de sorte qu'aucun point de vue ne soit mis de côté en raison de la présence de contenu préjudiciable.
Nous voulons bâtir une société où la radicalisation, la haine et la violence n'ont pas leur place, où tout le monde est libre de s'exprimer, où les échanges ne sont pas une source de division, mais l'occasion d'établir des liens, de mieux se comprendre et de s'entraider. Nous poursuivons nos travaux et espérons agir le plus rapidement et efficacement possible. J'espère sincèrement pouvoir compter sur le soutien du Comité et aller de l'avant pour bâtir un monde numérique plus transparent, responsable et équitable.
Je vous remercie de votre attention et je répondrai volontiers à vos questions.
Voir le profil de Chris Lewis
PCC (ON)
Voir le profil de Chris Lewis
2021-06-03 12:38
Merci beaucoup pour cette réponse.
Je crois qu'il y a eu des situations où des délinquants ont pu accéder aux médias sociaux et les utiliser pour publier des photos et des commentaires sur leurs victimes. Avez-vous des idées sur la façon dont les délinquants utilisent les médias sociaux pour continuer à harceler les victimes?
Heidi Illingworth
Voir le profil de Heidi Illingworth
Heidi Illingworth
2021-06-03 12:38
Oui. J'entends tous les jours des fournisseurs de services de première ligne qui s'inquiètent de l'abus de la technologie, surtout dans le cas de partenaires intimes. Nous en entendons beaucoup parler lorsqu'il s'agit de jeunes et de l'absence de consentement pour le partage d'images intimes. C'est un souci constant et une violation des droits de la personne. Lorsqu'elles sont traquées et harcelées au moyen de la technologie, les victimes sont très craintives, ce qui provoque également une peur immense.
Nous devons en faire plus pour reconnaître tous les préjudices que peuvent causer les médias sociaux et le fait que les gens accèdent à différentes formes de technologie pour commettre d'autres abus contre les victimes, en particulier dans le contexte des relations intimes. Encore une fois, nous devons veiller à ce qu'il y ait une formation sur ces questions, afin que les intervenants comprennent la gravité de la situation et le fait que les personnes qui vivent cela ont besoin de soutien. C'est une question de sécurité, bien souvent. Nous ne voulons pas que les choses s'aggravent jusqu'au point de violence grave ou que quelqu'un soit tué, ce qui s'est déjà produit.
Voir le profil de Joël Lightbound
Lib. (QC)
Je vous remercie.
J'ai une dernière question. La dernière fois que vous avez comparu devant ce comité, vous avez dit que des ressortissants de la Chine ou de Hong Kong se faisaient arrêter pour des publications sur les médias sociaux.
En avez-vous davantage à nous dire sur le sujet? Avez-vous davantage d’information sur le genre d’arrestations? Nous aimerions que ces renseignements se retrouvent dans le rapport.
Chemi Lhamo
Voir le profil de Chemi Lhamo
Chemi Lhamo
2021-05-31 19:15
Je suis certaine que les Hongkongais qui témoigneront vous donneront plus de renseignements, car beaucoup de Hongkongais ont été arrêtés.
Pour ce qui est des Tibétains, le cas de Tashi Wangchuk en est un qui est bien connu. Il est un défenseur des droits linguistiques. Il n'était en fait qu'un commerçant en Chine et a été emprisonné pendant cinq ans uniquement parce qu'il voulait que sa nièce et son neveu apprennent le tibétain à l'école. Comme je l'ai dit dans ma déclaration du début, on efface tout des Tibétains.
Voir le profil de Christine Normandin
BQ (QC)
Madame Wong, vouliez-vous ajouter un commentaire?
Cherie Wong
Voir le profil de Cherie Wong
Cherie Wong
2021-05-31 20:22
Les médias sociaux ont toujours été un outil pour les régimes autoritaires. Ils sont capables d'utiliser des robots pour créer des renseignements erronés. Comme vous l'avez dit, c'est là que nous devrions sensibiliser les Canadiens, puisqu'ils peuvent choisir au quotidien entre un produit fabriqué par des esclaves et un autre qui ne l'est pas. Puisque ce sont eux qui investissent dans les intervenants étrangers, ils devraient savoir si ces derniers s'adonnent à ces pratiques ou non.
Voir le profil de Kamal Khera
Lib. (ON)
Merci, monsieur le président.
Merci à nos deux témoins d'être ici, mais surtout, merci pour tout le travail que vous faites.
Madame Perry, je commence par vous, et je voudrais parler de haine en ligne.
Je sais que vous avez fait équipe avec Facebook Canada pour étudier des cas de haine en ligne. Nous en avons certainement discuté au Comité. Vous avez déclaré que les plateformes en ligne ont été un cadeau aux groupes de la droite alternative connus pour la propagation de théories du complot par vidéoclips.
Pourriez-vous peut-être nous en dire un peu plus sur les constatations que vous avez faites et les efforts que vous avez déployés dans ce domaine? Comment réagir à la promotion de la haine sur les chaînes grand public, ainsi que sur les réseaux clandestins comme Parler et Gab?
Barbara Perry
Voir le profil de Barbara Perry
Barbara Perry
2021-05-31 15:57
Ce sont toutes de très bonnes questions. Elles ne sont pas faciles, loin de là.
L'une des choses les plus troublantes que nous avons constatées au cours de cette ronde de travail — l'Institute for Strategic Dialogue effectue une grande partie de notre analyse en ligne —, c'est que, dans deux années consécutives, les internautes canadiens étaient parmi les plus actifs dans l'écosystème d'extrême droite, si vous voulez.
Du simple point de vue quantitatif, c'est déjà problématique. Nous avons tendance à nous croire à l'abri de ce genre de discours, mais voilà. En particulier, au cours de la première ronde — celle du rapport de 2019 que nous avons fait avec l'ISD —, nous avons appris qu'ils venaient aux deuxième et troisième rangs dans deux des plateformes les plus extrêmes, Fascist Forge et Iron March. Ce sont celles qui font le plus souvent la promotion de la violence, et de la violence de masse en particulier.
Encore une fois, quantitativement parlant, c'est là le problème. Mais c'est aussi un problème sur le plan qualitatif, compte tenu de la portée du discours, du discours vicieux qui s'adresse à des individus particuliers ou à des collectivités particulières, soit par courriel, soit par des messages destinés à un individu ou dénigrant des groupes particuliers. De toute évidence, c'est omniprésent en ligne.
Je pense que nous devons tenir compte de l'impact que cela peut avoir sur le sentiment de collectivité, le sentiment d'appartenance et le sentiment de sécurité, également. Cela réduit au silence total les collectivités. Cela les rend moins disposées à se mettre en ligne, pour s'aligner sur notre nouvelle façon de communiquer — surtout maintenant, avec la COVID.
Comment y faire face et comment réglementer cela? Le défi est énorme. Nous explorons la question à l'échelle mondiale depuis cinq ou six ans. Nous essayons aussi de limiter les discours les plus odieux.
Par discours haineux, je veux dire un discours dangereux, un discours qui fait la promotion de la violence et la promotion explicite de la diffamation et qui cible des groupes particuliers. Warman c. Kouba a fait de ces types d'éléments du discours la marque de la haine.
Je pense que nous devons exercer des pressions beaucoup plus intenses pour forcer les géants des médias sociaux à appliquer leurs normes communautaires, dont la plupart sont au moins aussi rigoureuses que nos définitions fédérales. Nous devons encourager leur utilisation. J'entends tellement de [...] venant de la recherche, mais aussi des personnes avec qui je travaille. On dénonce le discours qui semble déborder ces limites, qui... Les plaintes restent sans suite, et je pense que nous devons les talonner et les mettre sur la sellette.
Quant aux autres plateformes, c'est là que se situe le vrai défi, car l'accès aux coins les plus sombres est plus difficile pour les chercheurs, pour la police, pour les journalistes et pour quiconque veut savoir ce qui se passe. Il y a des défis à relever de ce côté-là, parce qu'elles sont spécifiquement conçues pour contourner toutes les normes communautaires. La plupart d'entre nous ne savent pas comment y réagir. Là encore, faut-il mettre des pressions sur les domaines pour qu'ils ne les hébergent pas, comme ce fut le cas avec Parler. Je crois que c'était après les événements du 6 janvier.
Je pense que c'est un nouveau défi qui se présente.
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