Hansard
Consultez le guide de l'usager
Pour obtenir de l’aide, contactez-nous
Consultez le guide de l'usager
Pour obtenir de l’aide, contactez-nous
Ajouter un critère de recherche
Résultats : 1 - 15 de 19030
Voir le profil de Kevin Lamoureux
Lib. (MB)
Voir le profil de Kevin Lamoureux
2020-10-30 10:03 [p.1469]
Madame la Présidente, je peux dire que presque depuis son arrivée à la tête du Parti libéral, le chef du parti, qui est maintenant le premier ministre, fait des peuples autochtones une priorité: l'établissement d'une relation de nation à nation est l'un de ses plus forts engagements.
En réfléchissant à ce que le gouvernement est parvenu à accomplir ces dernières années, nous pouvons tous reconnaître les précieuses contributions que les députés de tous les partis ont faites, en tant que législateurs, dans ce dossier très important. Les députés connaissent très bien les appels à l'action par rapport à la réconciliation. Il y a 94 appels à l'action qui demandent aux gouvernements et à d'autres organismes de faire ce qu'ils peuvent pour faire progresser le processus de réconciliation.
Le projet de loi dont nous débattons aujourd'hui, et dont nous sommes saisis depuis quelques jours, s'inscrit directement dans ce cadre. Il répond à l'un des appels à l'action. J'encourage tous les députés à envisager sérieusement d'appuyer cette mesure législative.
J'ai eu la possibilité d'être le député Winnipeg-Nord; je le suis et j'en suis très fier. La population y est intéressante et diversifiée. L'une des communautés les plus grandes et qui croît le plus est celle des Autochtones, qui représentent entre 18 à 22 % de la population, à peu près, voire plus dans certains secteurs de ma circonscription. J'aime à croire que la collectivité de Winnipeg-Nord souhaite, pour son avenir et partout où c'est possible, promouvoir la réconciliation en prenant les mesures nécessaires pour assurer une plus grande harmonie dans notre société.
Nous avons une collectivité très belle et diversifiée. J'estime personnellement que le projet de loi dont nous débattons aujourd'hui sera très utile. Le Canada, quelle que soit la région ou la personne qui la représente au Parlement, bénéficiera de la désignation de ce jour férié.
J'ai décidé de citer certaines observations faites par des résidants de ma circonscription — je ne fais pas cela très souvent —à propos de ce projet de loi. Je vais présenter les propos tenus par deux personnes ayant des racines autochtones. J'ai indiqué que j'allais discuter du projet de loi C-5 et de la nécessité d'avoir un jour férié et je leur ai demandé ce qu'ils en pensaient. Je vais vous lire certains des commentaires qui m'ont été faits.
J'aimerais vous lire un message que j'ai reçu d'une personne de ma circonscription qui dit ceci: « En tant que parents, nous parlons à nos enfants de la fée des dents et du père Noël, mais lorsqu'ils grandissent, nos enfants finissent par se rendre compte qu'il s'agit d'histoires fictives inventées de toutes pièces. Comparons cela au phénomène du racisme et à l'ignorance de certains Canadiens au sujet des pensionnats — les écoles réservées aux Indiens — et des traités qui ont été négociés avec mon peuple, qui constituent le fondement juridique du Canada. Cette méconnaissance fait en sorte que de nombreux enfants canadiens grandissent en apprenant une version erronée de l'histoire et deviennent ensuite des adultes intolérants, comme ceux qu'on peut voir dans les hôpitaux au Québec ou sur les quais de pêche en Nouvelle-Écosse. L'éducation est la seule solution pour parvenir à la compréhension, et la compréhension est la bête noire du racisme et des faussetés. Le 30 septembre devrait être un jour axé sur la culture, la langue, l'histoire, la compréhension, la vérité et le processus de réconciliation, à l'occasion duquel tous les Canadiens réfléchissent à la vraie histoire du pays et à toutes les épreuves que doivent encore surmonter les Autochtones. »
Une autre personne de ma circonscription, une mère d'origine autochtone, cette fois, m'a envoyé ceci. Elle dit: « Comme le dit le rapport de la Commission de vérité et réconciliation, la réconciliation doit inspirer les Autochtones et les non-Autochtones à transformer la société canadienne afin que nos enfants et nos petits-enfants puissent vivre ensemble dans la paix, la dignité et la prospérité sur ces terres que nous partageons. Imaginons les possibilités pour les familles, les particuliers et les entreprises d'approfondir leur compréhension et de réaliser des progrès vers la réconciliation, puis de transmettre cela d'une génération à l'autre. Imaginons les événements qui seraient organisés dans les collectivités d'un océan à l'autre. La réconciliation est la responsabilité de tous les Canadiens. On ne peut se fier uniquement à certains secteurs, tel qu'à l'enseignement dans les écoles, pour y parvenir. Cela ne suffit pas. En tant que gouvernement et en tant que Canadiens, à titre individuel et collectif, nous devons, en partenariat avec les peuples autochtones, honorer l'esprit et l'intention de l'appel à l'action numéro 80 et établir comme jour férié une journée nationale de la vérité et de la réconciliation.
J'ajoute une brève citation de sa fille de 12 ans dont la grand-mère, soit dit en passant, a fréquenté un pensionnat. Elle dit: « Ce serait tellement mieux si tout le monde pouvait participer plutôt que de souligner la Journée du chandail orange à l'école seulement. »
La Commission de vérité et réconciliation du Canada a mené un examen public exhaustif de ce que nous devons faire en cette période de l'histoire du Canada où il est vraiment important de faire amende honorable. La Commission de vérité et réconciliation a produit 94 recommandations. De ces 94 recommandations, 76 sont, au moins en partie, du ressort du fédéral. Au cours des dernières années, le gouvernement, avec l'appui d'autres partis, s'est notamment occupé de questions relatives aux langues et au bien-être des enfants. Des mesures budgétaires ont été adoptées pour appuyer les principes de la réconciliation sous différentes formes.
L'appel à l'action dont il est question aujourd'hui est l'appel à l'action no 80. Je vais citer les appels à l'action de la Commission de vérité et réconciliation:
Nous demandons au gouvernement fédéral d’établir comme jour férié, en collaboration avec les peuples autochtones, une journée nationale de la vérité et de la réconciliation pour honorer les survivants, leurs familles et leurs collectivités et s’assurer que la commémoration de l’histoire et des séquelles des pensionnats demeure un élément essentiel du processus de réconciliation.
Que ce soit en raison des remarques de mes concitoyens ou des appels à l'action, ce sont de bonnes raisons pour les députés de reconnaître l'importance d'un tel jour férié. Ils l'ont fait pour diverses communautés. Il n'y a pas si longtemps, je réclamais la désignation de juin comme le Mois du patrimoine philippin, et je demandais aux députés de reconnaître le mois d'avril comme le Mois du patrimoine sikh. À bien des reprises, je suis intervenu pour souligner l'importance de désigner des jours, des semaines ou des mois pour célébrer le patrimoine des communautés.
Nous croyons qu'il faut instaurer un jour férié pour reconnaître la gravité réelle de ce qui s'est produit afin de pouvoir aller de l'avant, prendre part au processus de réconciliation de manière positive, réfléchir aux nombreux discours prononcés ici sur la grande diversité de notre pays, ainsi que comprendre et apprécier à sa juste valeur ce que le projet de loi  C-5 nous offre à tous. Nous avons aujourd'hui l'occasion d'envoyer un message fort et percutant aux peuples autochtones canadiens.
Voir le profil de Arnold Viersen
PCC (AB)
Voir le profil de Arnold Viersen
2020-10-30 10:13 [p.1470]
Madame la Présidente, je dirais que cette question jouit d'un soutien pratiquement unanime.
Je me questionne cependant sur certaines autres questions qui faisaient partie du rapport de la Commission de vérité et réconciliation, ainsi que sur la relation que nous entretenons avec les peuples autochtones au pays.
Je viens d'une circonscription où l'on retrouve 14 communautés autochtones dans le Nord de l'Alberta. Une des frustrations qu'on me rapporte souvent concerne les membres des bandes qui vivent hors des réserves. On se demande comment ils peuvent s'intégrer à ceux qui vivent dans les réserves et pourquoi des services qui sont offerts dans les réserves ne le sont pas nécessairement hors de celles-ci. Voilà le genre de questions qu'on me pose.
J'ai récemment rencontré Denise, une résidante de ma circonscription, qui a abordé le sujet. Elle se dit frustrée que la Loi sur la transparence financière des Premières Nations ne soit pas appliquée. Sa communauté est récemment parvenue à une entente en matière d'agriculture, mais elle ne sait pas comment l'argent est utilisé. Elle aimerait vraiment savoir si les libéraux ont l'intention d'appliquer la Loi sur la transparence financière des Premières Nations.
Voir le profil de Kevin Lamoureux
Lib. (MB)
Voir le profil de Kevin Lamoureux
2020-10-30 10:14 [p.1470]
Madame la Présidente, les problèmes sont nombreux. Il a fallu bien des années pour arriver où nous en sommes aujourd'hui, et tous les problèmes ne se régleront pas du jour au lendemain. Je crois que nous devons maintenant nous concentrer davantage sur une stratégie à mettre en œuvre dans la société pour les Autochtones en milieu urbain.
Il faut faire confiance aux dirigeants autochtones et les encourager à toutes les occasions. Je remercie le député de la question et d'avoir dit qu'il serait...
Voir le profil de Alexandra Mendès
Lib. (QC)
Nous revenons aux questions et observations. Le député de Rivière-des-Mille-Îles à la parole.
Voir le profil de Luc Desilets
BQ (QC)
Voir le profil de Luc Desilets
2020-10-30 10:15 [p.1470]
Madame la Présidente, je remercie mon collègue de son discours.
Ce projet de loi C-5 est vraiment passionnant et intéressant. Il interpelle beaucoup les Québécois comme on le sait, ces derniers ayant toujours été proches des peuples autochtones et désireux de maintenir cette proximité.
Quand on parle du droit de réparation dans le projet de loi, il s'agit du droit des victimes d'obtenir une réparation pour les préjudices qui leur ont été causés. Cela se manifeste par le devoir qui incombe à l'État de satisfaire les victimes, soit en leur restituant leur statut passé, en les compensant justement pour les préjudices causés ou en leur offrant une possibilité de réhabilitation.
Par rapport à la motion du Bloc québécois, qu'est-ce que le gouvernement a à nous dire? C'est exactement cela que nous demandons: qu'il y ait réparation et des excuses de la part du gouvernement fédéral.
Voir le profil de Kevin Lamoureux
Lib. (MB)
Voir le profil de Kevin Lamoureux
2020-10-30 10:16 [p.1470]
Madame la Présidente, je ne suis pas sûr. Le député parle-t-il de la motion d'hier?
Nous parlons aujourd'hui de la vérité et de la réconciliation. Le projet de loi à l'étude représente une étape essentielle pour reconnaître que tous les Canadiens ont un rôle important à jouer afin de promouvoir la réconciliation. Je dirais que c'est un pas dans la bonne direction. Pendant ce jour férié, je m'attends à ce qu'on organise une foule d'activités instructives pour tout le monde.
Voir le profil de Rachel Blaney
NPD (BC)
Madame la Présidente, je suis d'accord avec l'idée de désigner une journée nationale de la vérité et de la réconciliation. C'est un pas important dans la bonne direction. Cependant, ce qui est encore plus important, c'est que le Canada reconnaisse la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Je me demande combien de temps il faudra pour adopter un projet de loi à cet égard, car on constate partout au Canada qu'on en a grandement besoin.
Quand ce projet de loi sera-t-il présenté?
Voir le profil de Kevin Lamoureux
Lib. (MB)
Voir le profil de Kevin Lamoureux
2020-10-30 10:18 [p.1471]
Madame la Présidente, le premier ministre et le gouvernement, c'est-à-dire les députés libéraux, ont déclaré très clairement qu'ils y sont très favorables. À mon avis, ce n'est qu'une question de temps. On a déjà tenté de le faire, mais le projet de loi, qui s'était pourtant rendu assez loin, a malheureusement été bloqué au Sénat. Je remercie la députée de sa question.
Voir le profil de Leah Gazan
NPD (MB)
Voir le profil de Leah Gazan
2020-10-30 10:18 [p.1471]
Madame la Présidente, je suis honorée de prendre la parole afin d'appuyer le projet de loi C-5. Je tiens à saluer l'important travail de sœur Georgina Jolibois, qui est à l'origine du projet de loi, et à féliciter le gouvernement de ses efforts pour concrétiser celui-ci. C'est une mesure législative cruciale, un petit hymne à la justice tandis que nous commençons à cheminer dans notre apprentissage de la véritable histoire du Canada. Il s'agit d'une histoire qui m'appartient, à moi aussi, en tant que personne qui a dû elle-même composer avec des répercussions intergénérationnelles.
Ma mère était membre de la Première Nation Lakota de Wood Mountain, du territoire issu du Traité 4, en Saskatchewan. Elle était une enfant de la rue, qui a été prise en charge par les services de protection de l'enfance après que ma grand-mère l'ait abandonnée, ainsi que son jeune frère, dans une chambre de motel alors qu'elle était âgée de cinq ans. Comme elle était l'aînée, ma grand-mère lui avait donné des instructions précises pour qu'elle rationne le pain, le beurre d'arachide et la confiture qu'elle leur laissait pour les cinq jours où elle serait absente, à la recherche d'argent.
Les femmes autochtones ne pouvaient compter sur aucune forme de soutien dans les années 1930. Il n'y avait pas de filet social et pas de droits de la personne. Le sexisme et le racisme étaient omniprésents. Ma grand-mère autochtone élevait ses enfants toute seule et elle n'avait personne vers qui se tourner, alors elle les a abandonnés. Ma mère m'a raconté que mon oncle et elle ont dévoré goulûment le pain qu'elle leur avait laissé, ce qui veut dire qu'ils avaient avalé en une seule journée toute la nourriture qui devait leur en durer cinq. Affamée, apeurée et seule, ma mère a décidé de contacter les services d'aide à l'enfance. À l'âge d'à peine 5 ans, ma mère connaissait déjà les airs de la rue, alors comme elle n'avait pas d'autre parent vers qui se tourner, elle a contacté les autorités. Son frère et elle devaient manger. Ils avaient faim.
C'est extrêmement difficile d'imaginer, surtout pour ceux dont les droits fondamentaux n'ont jamais été bafoués, qu'une mère puisse laisser ses enfants en bas âge dans un motel. Pour bon nombre de personnes privilégiées, c'est tout simplement impossible de comprendre les événements qui ont obligé ma mère, du haut de ses 5 ans, à s'organiser pour que son frère et elle aient de quoi se nourrir. Ma mère savait qui appeler quand elle avait besoin de manger et comment se débrouiller dans le réseau d'aide à l'enfance. Elle a appris à survivre, comme ma grand-mère, qui n'avait ni les ressources ni le soutien pour subvenir à ses besoins, l'avait fait avant elle. Ma grand-mère était tellement dans la dèche que je doute que le tintement des clochettes de sa robe traditionnelle parvenait encore jusqu'à ses oreilles et réussissait à la rasséréner. Le bruit des clochettes était éclipsé par celui de sa misère quotidienne. Elle n'avait pas le temps de prendre soin d'elle ni de s'adonner à l'introspection. Elle était seule, elle avait faim et, à l'époque, l'État s'employait à éradiquer son peuple et à l'empêcher de survivre, elle.
Si ma grand-mère a choisi de laisser ses jeunes enfants dans une chambre, ce n'est pas parce qu'elle ne les aimait pas. Après avoir vécu dans la rue pendant son enfance, elle était devenue alcoolique une fois adulte pour tenter d'oublier le violent génocide qu'elle avait vécu à titre d'enfant et de femme autochtone. Arrachée à sa famille pour des motifs liés directement à la Loi sur les Indiens de 1876 et aux bouleversements institutionnels, comme les pensionnats et le système d'aide à l'enfance, qui avaient chamboulé la famille, elle n'avait personne vers qui se tourner et aucun endroit où aller. Elle n'était même pas considérée comme un être humain par le gouvernement du Canada puisque, selon la Loi sur les Indiens de 1876, l'expression « personne » désignait un individu autre qu'un Sauvage. Les populations non autochtones n'ont souvent pas conscience de cette histoire coloniale violente, puisque les gouvernements ont réussi, de façon magistrale, à faire du génocide un vilain secret bien gardé. La dissonance cognitive qui s'est ainsi créée au Canada a ouvert la voie à d'incessantes violations des droits des personnes à l'endroit des peuples autochtones.
Il n'est pas étonnant que beaucoup d'Autochtones souffrent actuellement de traumatismes coloniaux non résolus et que cette souffrance soit perpétuée par les violations des droits de la personne que commettent délibérément les gouvernements. Pour prendre conscience des effets à long terme qu'ont, sur les nations autochtones, les violations des droits fondamentaux de la personne, il suffit de regarder le nombre d'enfants autochtones qui sont actuellement placés en famille d'accueil, un nombre encore plus élevé qu'au plus fort de la période des pensionnats.
Le système contemporain de protection de l'enfance, que j'aime qualifier de dépotoir de la société, est là pour camoufler les séquelles des perturbations culturelles, sociales et familiales qui découlent du colonialisme.
Il est impératif de comprendre les répercussions du colonialisme au Canada si nous voulons progresser dans le respect de la dignité de tous. Il est impératif de revenir sur notre histoire commune et de réfléchir aux perturbations du passé pour mieux comprendre pourquoi les choses sont ce qu'elles sont aujourd'hui. Pour le Canada, il s'agit d'exposer la vérité et de dépasser toutes les dissonances cognitives qui alimentent sa maladie. Pour les familles et les communautés qui ont vécu le génocide, il s'agit de réapprendre comment être ensemble en tant que familles, communautés et nations. C'est le cheminement que j'ai eu à faire pour essayer de comprendre les raisons qui ont poussé ma grand-mère à agir comme elle l'a fait et qui ont tant fait souffrir ma mère, que j'aime profondément. Ce fut un parcours très difficile pour moi.
En raison de mon histoire familiale, j'ai grandi sans famille élargie pendant une grande partie de ma jeunesse. En fait, nous étions tellement dépourvus de liens familiaux que mes parents ont demandé à un ami proche si nous pouvions l'appeler « oncle » Larry. Mes parents voulaient ainsi nous faire vivre l'expérience de la famille en dehors du noyau familial. Je me souviens combien j'étais excitée à l'idée de rencontrer mon oncle Larry. C'était la première fois que j'appelais quelqu'un « mon oncle », et je pouvais enfin parler à mes amis des contacts que j'avais avec des membres de la famille élargie. Pour autant, je n'étais pas proche de Larry. En fait, si je le voyais aujourd'hui, je ne le reconnaîtrais même pas. Je ne me souviens même pas de son nom de famille, mais notre relation m'a fait sentir normale.
Je n'avais pratiquement jamais rencontré des membres de ma famille élargie jusqu'à l'âge de 13 ans, où j'ai pu faire connaissance de mes tantes, oncles et cousins du côté de ma mère, qui avaient été séparés par les services de protection de l'enfance. J'avais l'impression de les connaître depuis toujours. Nos histoires de résistance, de lutte, de survie, d'espoir et de fierté de nos ancêtres nous avaient instantanément rapprochés.
Nous sommes les descendants de Sitting Bull, l'un des leaders les plus vénérés d'Amérique du Nord. En fait, l'histoire de notre nation a été récupérée par Hollywood, qui l'a souvent romancée dans des films comme Dances with Wolves, où le rôle principal, une femme lakota, est joué par une actrice caucasienne dont le visage brun est l'oeuvre de maquilleurs professionnels. Son personnage est emporté par un soldat blanc de l'armée américaine. Ils tombent amoureux et elle choisit de quitter sa famille pour construire une nouvelle vie avec son héroïque colon blanc. Pendant les deux années qui ont suivi la sortie du film Dances with Wolves, je ne pouvais pas faire référence à mes origines lakota sans que les gens s'extasient et fassent immédiatement le lien avec le film. Cette réaction me donnait la nausée, car elle incarnait parfaitement le mythe du gentil colon blanc vivant en harmonie avec les peuples autochtones, dans une relation empreinte de respect et d'amour; bref, le grand mensonge colonial.
Ce mythe tourne en dérision les violentes attaques coloniales contre la nation des Lakotas et contredit les récits historiques transmis oralement par mes ancêtres qui se sont installés à Wood Mountain après la bataille de Little Bighorn. Cette bataille entre l'armée américaine et les nations autochtones, y compris la nation des Cheyennes, constituait un acte de résistance à la dépossession injustifiée de nos terres ancestrales. Sous la direction du chef Sitting Bull, les Autochtones se sont courageusement battus pour défendre nos terres contre l'armée américaine. Sous l'influence du racisme barbare du général George Custer et sous son commandement d'une grande brutalité, des colons blancs ont tenté d'empiéter sur notre territoire.
Bien qu'on parle souvent de la triste mort du général Custer au cours de cette bataille dans les livres d'histoire, j'entends rarement parler du grand nombre de femmes et d'enfants qui ont été violemment assassinés lorsque l'armée a tenté d'attaquer l'un de nos camps. À mes yeux, le général Custer symbolise le colon blanc avide, à la moralité douteuse, qui a volé nos terres.
Notre histoire n'est pas celle de l'arrivée des grands sauveurs blancs, mais plutôt celle d'un massacre commis par une armée américaine raciste agissant sous le commandement d'une brute, le général George Custer. Il y a maintenant plus de 150 ans que le Canada est une nation qui vit sur des terres qu'elle a volées aux Autochtones et parler de réconciliation avec les peuples autochtones semble être devenu la nouvelle tendance.
Or, sans justice, il ne peut y avoir de réconciliation et il apparaît de plus en plus évident que le gouvernement libéral actuel n'a pas envie d'aller au-delà des beaux discours. Je suis de plus en plus agacée par ce que je vois aux nouvelles chaque jour, mes frères et soeurs autochtones obligés de lutter pour obtenir justice sans que les gouvernements en place ne fassent quoi que ce soit. Qui a vraiment besoin de réconciliation?
La nation Lakota, elle, avait un seul objectif: demeurer sur ses terres, maintenir ses familles intactes et conserver sa culture. Nous avons fait ce que toute communauté aurait fait devant un groupe venu pour la chasser de ses terres sans raison. La première chose qu'elle a faite a été de défendre ses terres, une réaction normale. Si le même groupe continuait ensuite de violer ses droits fondamentaux, les tensions ne pourraient que s'intensifier, obligeant cette communauté à agir. C'est exactement ce que nous avons fait.
Ma magnifique nation, les Lakotas, a été victime de violence et d'exploitation, et ses femmes et ses filles ont été marquées par la violence inouïe de ses colonisateurs. De grands dirigeants, comme Crazy Horse et Sitting Bull, nos femmes et nos filles, des enfants, des grands-mères et des grands-pères ont été assassinés ou obligés de fuir notre territoire ancestral pour laisser la place aux colons. Nous avons été chassés du territoire que nous avions occupé depuis des temps immémoriaux. Notre merveilleux mode de vie a été perturbé par un colonialisme violent, qui n'est pas terminé.
Au Canada, des gouvernements continuent à violer nos modes de vie au moyen d'actes délibérés et violents, dans un mépris presque total des droits fondamentaux des Autochtones. C'est le genre de colonialisme violent que ma grand-mère a connu toute sa vie. Elle est née dans la violence coloniale et, en conséquence, elle n'a jamais été respectée en tant que donneuse de vie et en tant qu'être humain. Contrairement au personnage principal du film Il danse avec les loups, elle n'a pas pu se débarrasser du brun de sa peau pour ainsi profiter de tous les privilèges qu'une pigmentation de peau peut offrir. Elle a dû endurer le racisme violent dont on a fait preuve contre elle tous les jours. En dépit de tous les obstacles qu'elle a dû surmonter, elle a survécu. Sa vie n'a peut-être pas ressemblé à l'histoire de My Fair Lady, mais elle a survécu. Sa vie n'est pas une histoire de faiblesse, mais de résilience en tant que femme autochtone qui a trouvé son chemin en dépit des violations quotidiennes de ses droits.
Ma grand-mère était un être humain; elle méritait d'être aimée et d'être heureuse. La violence et le racisme sournois consacrés par la Loi sur les Indiens de 1876 l'ont cependant brimée dans ce droit. Les choix qui s'offraient à elle étaient limités. Lorsqu'on prive les gens des choses essentielles dont ils ont besoin pour être heureux, comme le fait d'avoir un logement, de pouvoir se nourrir et d'être en sûreté, il leur est difficile de devenir des personnes accomplies. C'était vrai aussi pour ma grand-mère, dont le parcours de vie a été défini par l'appauvrissement systémique des peuples autochtones qui a commencé par la dépossession de leurs terres. La doctrine de la découverte sert à justifier le refus d'accorder aux Autochtones le droit à l'autodétermination et la poursuite des violations délibérées de leurs droits fondamentaux de la personne. C'est précisément cette croyance, appliquée au moyen de mesures législatives et de politiques coloniales, qui a fait que ma grand-mère s'est retrouvée sans abri.
J'ai rencontré ma grand-mère à deux reprises seulement. La dernière fois, c'est lorsque ma mère l'avait invitée à venir habiter chez nous avant de subir une opération aux poumons qui mettrait fin à sa vie. Ma mère, qui avait été abandonnée dans une chambre d'hôtel, l'a accueillie sous son toit malgré tout. Elle a partagé des moments d'amour, de compassion, de rires et de tendresse avec ma grand-mère dans les derniers jours de sa vie, malgré les propres difficultés qu'elle a dû surmonter en tant qu'enfant en centre d'accueil. La bonté de ma mère était exempte de jugement et emplie d'amour et de compassion.
Je me souviens d'avoir demandé à ma mère comment elle pouvait accueillir ma grand-mère chez elle alors que celle-ci l'avait abandonnée lorsqu'elle était enfant. Elle a répondu que sa mère avait dû se débrouiller pratiquement seule dès l'âge de 12 ans. Elle était complètement seule au monde. Elle n'avait ni droits ni moyen d'assurer sa subsistance. À l'époque, il n'existait aucun filet de sécurité sociale, et elle a fait du mieux qu'elle a pu avec les outils qu'elle avait.
Ce fut la plus grande leçon de pardon qu'on m'ait jamais enseignée dans ma vie. Quand je pense à ma grand-mère et au sentiment d'isolement qu'elle a dû ressentir, cela me donne envie de pleurer. Comme il est triste que, à cause de politiques racistes, paternalistes et misogynes, ma grand-mère n'ait jamais eu la même chance que les autres d'être heureuse. Au contraire, sa vie a consisté en une recherche constante de moyens de survivre aux obstacles érigés par la violation des droits de la personne qui se perpétue encore aujourd'hui dans les politiques canadiennes et la Loi sur les Indiens.
Ma mère comprenait bien ce que ma grand-mère avait vécu et, plutôt que d'avoir du ressentiment, elle s'est concentrée sur l'amour dont avait fait preuve sa mère au moment de sa grossesse. Ma grand-mère était alcoolique, mais elle a réussi à arrêter de boire lorsqu'elle était enceinte de ma mère pour assurer la santé de sa fille à naître. Je me souviens que ma mère ait dit que, même si ma grand-mère était alcoolique, « elle a cessé de boire de l'alcool pendant qu'elle était enceinte de moi, afin de me donner la capacité physique de réussir dans la vie et, pour cette raison, je l'ai toujours aimée ». Ma mère comprenait que, en raison de la colonisation, les relations étaient compliquées et les choix éthiques avaient une portée plus grande que le choix individuel, parce que les injustices font que les gens se retrouvent sans la possibilité de faire des choix.
Je me demande souvent ce qui arriverait s'il était possible de voir à quoi ressemble un cœur brisé ou blessé. Peut-être que cela amènerait les gens à être plus doux, plus gentils et plus aimables et à être moins tentés de porter des jugements et d'être blessants. Malheureusement, la vie de ma grand-mère me rappelle que, lorsqu'on déshumanise une personne, on ouvre la porte à des gestes impensables et on se permet d'ignorer la souffrance humaine.
Je pense que je suis quelque peu imprégnée de sa souffrance et de son chagrin. C'est le genre de traumatisme intergénérationnel qui fait que l'on ne se sent pas digne d'être aimé et d'être heureux. C'est d'ailleurs ce que nous ont appris les institutions canadiennes qui tentaient de nous assimiler. Parfois, j'entends encore ces voix dans ma tête et dans mon cœur, mais j'ai trouvé des façons de les faire taire. J'y arrive grâce à la résilience que m'ont léguée mes ancêtres, le genre de résilience dont ma mère faisait preuve.
Contrairement à ma grand-mère, qui a vécu une vie dominée par les traumatismes, ma mère a été en mesure de surmonter des obstacles imposants. Elle est considérée comme un miracle selon les statistiques, et c'est pour cette raison que j'ai eu la chance d'avoir une belle vie. Comment peut-on s'attendre à surmonter les difficultés auxquelles ma mère s'est heurtée et à en ressortir sain d'esprit? Elle a été capable de le faire en dépit du génocide qui sévissait et des violations flagrantes des droits de la personne dont elle a été victime dès l'enfance. Ma mère est l'une des premières infirmières psychiatriques autochtones de la Saskatchewan. C'était une chercheuse primée, une érudite et une défenseure de la justice sociale qui a participé à la réforme des lois sur les services à l'enfance afin de venir en aide aux personnes qui étaient autrefois prises en charge par l'État et pour défendre les droits des personnes atteintes de troubles de santé mentale. Ma mère était d'une beauté et d'une grâce inégalées.
Je rends hommage à ma mère et à ma grand-mère aujourd'hui. C'est un jour, un jour pour se souvenir, un jour pour rendre hommage. Nous avons besoin de cette journée, comme en ont besoin les milliers et milliers de Canadiens qui sont prêts à découvrir la vraie histoire en constante évolution de notre relation avec les peuples autochtones. Sans justice, il n'y a pas de réconciliation. C'est pourquoi j'affirme haut et fort ici que nous devons honorer ce petit hymne à la justice.
Voir le profil de Adam Vaughan
Lib. (ON)
Voir le profil de Adam Vaughan
2020-10-30 10:37 [p.1473]
Madame la Présidente, j'ai souvent dit que l'un des grands privilèges qu'il y a à être parlementaires, c'est de pouvoir écouter des discours comme celui-là à la Chambre. Même si nous devons faire cela à distance à cause de la COVID, j'aimerais remercier la députée d'en face de nous rappeler la honteuse et triste histoire dont nous avons hérité au pays, mais aussi le travail essentiel que nous devons faire à l'avenir.
J'ai écouté une histoire dont on peut dire qu'elle est à la fois bouleversante et heureuse en raison de la direction qu'elle nous fait prendre en tant que pays et de la transformation qu'une famille a vécue. Alors que nous nous apprêtons à reconnaître cette journée, j'aimerais savoir quelles seraient, selon elle, les principales façons de souligner cette journée, ce que les enfants, les membres du gouvernement, les éducateurs, toute la société canadienne devraient faire pour que cette journée ne soit pas une journée de réconciliation, mais plutôt de célébration des acquis de la réconciliation dont nous nous réjouirons un jour, je l'espère.
Voir le profil de Leah Gazan
NPD (MB)
Voir le profil de Leah Gazan
2020-10-30 10:39 [p.1473]
Madame la Présidente, il est important de reconnaître cette journée comme un jour de réflexion. Aujourd'hui, j'ai fait part, entre autres, de certaines de mes réflexions, notamment sur cette journée. Or, malgré la grande importance de désigner une telle journée, nous devons allons plus loin.
Ce que je veux dire par cela, c'est qu'une telle initiative ne change en rien la réalité quotidienne des Autochtones au Canada, que ce soit la nécessité de défendre nos terres ou l'hypersexualisation dont je suis victime comme femme autochtone quand je marche dans la rue. Nous devons nous assurer que cette journée influence nos gestes quotidiens et qu'il s'agit non seulement d'une journée où les Autochtones peuvent réfléchir à leurs expériences, mais aussi où leurs alliés et concitoyens canadiens apprennent ce qui s'est passé et trouvent des moyens de faire mieux.
Voir le profil de Philip Lawrence
PCC (ON)
Madame la Présidente, je tiens d'abord à féliciter la députée du bel hommage qu'elle a rendu à sa mère. Je me demande quels conseils, selon elle, sa mère donnerait aux nouveaux arrivants, qui ont peut-être fui des situations fort difficiles, pour les aider à s'en tirer comme elle l'a fait.
Voir le profil de Leah Gazan
NPD (MB)
Voir le profil de Leah Gazan
2020-10-30 10:40 [p.1474]
Madame la Présidente, d'abord, en ce qui concerne les nouveaux arrivants sur l'île de la Tortue, l'une des premières étapes consiste à leur enseigner la véritable histoire du Canada. Pour beaucoup de gens de ma circonscription, qui est très diversifiée, la découverte de la véritable histoire du Canada est un choc. C'est un premier pas, mais il faut aller au-delà pour montrer la nécessité de changer les systèmes et ainsi permettre aux gens de s'épanouir, et non simplement de survivre.
J'ai parlé de la vie de ma grand-mère à une époque sans filet de sécurité sociale. Aujourd'hui, depuis le début de la pandémie de COVID-19, on constate que le filet de sécurité sociale est inadéquat. Il faut aller au-delà des récits inspirants. Il faut mettre en place des programmes et des services, ainsi que des mesures législatives qui protègent les droits de la personne, afin que tous aient accès aux ressources nécessaires pour survivre et s'épanouir.
Voir le profil de Julie Vignola
BQ (QC)
Voir le profil de Julie Vignola
2020-10-30 10:41 [p.1474]
Madame la Présidente, je tiens à féliciter ma collègue et sa famille pour la résilience et la force dont elles ont fait preuve pendant ces épreuves.
Les Premières Nations, les Inuits et les Métis ont grandement souffert. L'instauration d'une journée de commémoration constitue un premier pas. Je pense à différents événements, comme les kidnappings faits par Jacques Cartier, l'idée du général Amherst de donner des couvertures contaminées avec le virus de la variole et les actions génocidaires de Macdonald avec la loi hautement raciste de 1876 — j'ai de la misère à la nommer, parce que son titre est raciste. Cette loi est toujours en vigueur.
En plus de la journée de commémoration, ma collègue ne pense-t-elle pas qu'une réelle et sincère réconciliation n'est possible que si la loi de 1876 est profondément réformée?
Voir le profil de Leah Gazan
NPD (MB)
Voir le profil de Leah Gazan
2020-10-30 10:42 [p.1474]
Madame la Présidente, comme je l'ai dit plus tôt, c'est un petit hymne à la justice. Il est essentiel que nous adoptions et mettions en œuvre pleinement la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Les actes de génocide qui ont été perpétrés contre les peuples autochtones constituent sans l'ombre d'un doute des violations violentes et délibérées des droits de la personne.
Cependant, il faut faire plus qu'adopter et mettre en œuvre la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Il faut y donner suite et la respecter dans le cadre des décisions prises à la Chambre des communes et dans tous les lieux de pouvoir et d'influence. Ce n'est qu'ainsi que les droits fondamentaux des peuples autochtones de partout au pays seront enfin reconnus.
Résultats : 1 - 15 de 19030 | Page : 1 de 1269

1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
>
>|
Exporter en: XML CSV RSS

Pour plus d'options de données, veuillez voir Données ouvertes