Madame la Présidente, je partagerai aujourd’hui mon temps de parole avec le député de Calgary Shepard.
Normalement, lorsque je prends la parole à la Chambre, je suis très heureuse de parler de tous les sujets dont nous discutons ici, mais aujourd’hui, je prends la parole avec une frustration et une déception extrêmes au sujet de l’inconduite sexuelle au sein des Forces armées canadiennes, de l’absence de résultats de la part du gouvernement libéral et de l’incapacité du ministre de la Défense de prendre ce problème au sérieux.
La motion présentée aujourd’hui par les conservateurs demande à juste titre la démission du ministre de la Défense en raison de son piètre bilan dans ce dossier et au nom des hommes et des femmes des Forces armées canadiennes qui ont été exploités sexuellement et qu’il a laissé tomber.
J’ai écouté attentivement le discours du ministre aujourd’hui en réponse à notre motion. J’attendais et j’espérais qu’il exprime des regrets pour son incapacité à s’attaquer à l’inconduite sexuelle dans l’armée, mais il ne l’a pas fait. Il n’a encore jamais reconnu personnellement qu’il n’avait pas envoyé un message clair aux hommes les plus puissants de nos forces armées, qui relèvent de lui, indiquant que ce comportement n’est pas toléré et que cette culture n’est plus acceptable.
Le ministre est responsable de nos forces armées depuis plus de six ans, et pourtant, au cours de cette période, et surtout au cours des cinq derniers mois, huit hauts gradés militaires ont démissionné dans la honte à cause d’allégations d’inconduite sexuelle sous sa gouverne. Dans les cinq mois qui ont suivi le scandale concernant le général Vance, qui était à l’époque le chef de nos forces armées, la situation n’a fait qu’empirer.
Plus récemment, les Canadiens ont appris que l’homme qui a autorité sur l’enquête au sujet de l’inconduite sexuelle a joué au golf avec l’homme accusé de cette inconduite. Après cinq mois à défrayer les manchettes, ils ont estimé qu’il serait acceptable de jouer au golf ensemble, ce qui est la violation la plus évidente des règles sur les conflits d’intérêts jamais observée pour ma part.
Lorsque j’ai vu à la une des journaux l’autre jour le scandale du golf, j’ai été vraiment dégoûtée de voir à quel point rien n’avait vraiment changé après les cinq derniers mois à défrayer les manchettes et à nous répéter au sujet de ce scandale. Je ne peux pas imaginer comment les hommes et les femmes des forces armées qui ont été violés, agressés et maltraités par leurs supérieurs ont perçu cette nouvelle, et comment ils ont pu ainsi constater que rien n’a changé.
J’en ai pris connaissance après avoir entendu le ministre répondre à des dizaines et des dizaines de questions à la Chambre, au comité et de la part de journalistes sur cette affaire depuis qu’elle a éclaté au plein jour en février. Il n’a cessé de répéter qu’il était fier des progrès qu’il avait accomplis, en ajoutant: « Oui, il reste encore beaucoup à faire, mais ne vous inquiétez pas, nous allons y arriver ».
Eh bien, le fait que l’homme responsable de l’enquête ait jugé acceptable d’aller jouer au golf avec son copain, l’homme accusé d’inconduite, me suffit pour comprendre que ce ministre libéral a clairement omis de transmettre le message qu’il avait si fièrement communiqué ici à la Chambre aux députés de tous les partis. Il répète avec fierté ces paroles aux journalistes, aux députés de l’opposition et à ses électeurs, mais il semble incapable d’y donner suite, d’agir en chef et de faire respecter les règles. Il est le chef de notre armée. La responsabilité ultime revient au ministre libéral de la Défense.
Dans cette culture de club de vieux copains qui se protègent les uns les autres pour ne pas avoir à rendre des comptes pour avoir humilié des femmes militaires et leur avoir manqué de respect, le ministre a démontré qu’il n’est pas capable de donner suite à ses paroles. S’il l’avait été, ce scandale du golf n’aurait jamais eu lieu. Voilà pourquoi nous demandons sa démission aujourd’hui.
Je veux parler un instant de ce que vivent les milliers de femmes en uniforme qui ont servi notre pays, et les trois millions de femmes qui ont été victimes de harcèlement sexuel en milieu de travail. Je parle des femmes, mais je sais que des hommes vivent des expériences similaires. En fait, 30 % des plaintes pour inconduite sexuelle dans l’armée proviennent d’hommes. Il est donc important de ne pas les oublier. Je ne peux toutefois parler que du point de vue des femmes, et c’est ce que je vais faire aujourd’hui.
Je vais m’appuyer sur le courriel que le général Vance a envoyé à son officière subalterne, qui avait un grade beaucoup moins élevé que le sien, non seulement parce qu’il montre ce que lui-même considère comme un comportement acceptable, mais parce qu’il illustre parfaitement le problème plus vaste des déséquilibres de pouvoir lorsqu’il est question de relations sexuelles.
Une officière subalterne a rencontré le général Vance à une réception et celui-ci lui a offert de lui donner des conseils professionnels et de lui servir de mentor si jamais elle en avait besoin. Pour une jeune femme qui aspire à faire carrière, c’est assez emballant qu’un supérieur lui fasse une offre semblable, surtout un homme plus âgé, ce qui est très précieux.
Comme nous vivons dans un monde d’hommes, il est difficile de mettre un prix sur ces conseils professionnels, et je peux imaginer que la jeune femme avait très envie de saisir cette occasion. Cependant, lorsqu’elle a communiqué avec lui par courriel pour lui demander des conseils professionnels, il a conclu sa réponse en disant: « nous pourrions faire fi de la prudence et nous échapper dans une île des Caraïbes ou les vêtements sont optionnels... Il paraît que la bière est bonne là-bas... Salut, JV ».
Je ne connais pas cette femme, mais je sais comment elle a dû se sentir en lisant ce courriel. Elle était probablement ravie de voir le courriel surgir dans sa boîte de réception, avant de comprendre qu’il ne faisait que lui proposer des relations sexuelles.
Que l'on ne s'y trompe pas, cela arrive tout le temps. Mais quand une femme reçoit un message de cette nature, que ce soit en personne, dans un texto, dans un courriel ou au téléphone, elle en a l’estomac noué. Elle a l’impression d’être prise dans un étau. Son cœur bat la chamade. Elle commence à transpirer. Elle est malade d’anxiété et de peur parce qu’elle comprend, à l’instant même, que tout vient de changer pour elle, mais pas pour lui.
Je ne sais pas si son commentaire était désinvolte ou délibéré, et je ne sais pas ce qui serait le pire entre les deux, mais ce faisant, le général Vance a changé toute la dynamique de cette relation. Pourquoi donc? Ce type de relations est totalement à l’encontre des règles militaires, qu’il connaissait très bien. S’il s’agissait d’avances non désirées, ce qui était manifestement le cas, la jeune militaire devait maintenant faire face à une épreuve à laquelle elle n’était nullement préparée.
Elle se trouvait maintenant en situation de stress intense. Cela l'empêchait de dormir et elle devait trouver comment naviguer cette situation sans nuire à sa carrière. Cette femme a dû trouver un moyen de résister et de dire qu’elle n’était pas intéressée sans froisser l’ego de son supérieur. Toutes les femmes dans cette Chambre savent que lorsqu’un homme leur fait des avances non voulues, leur premier réflexe consiste à partir d’un petit rire nerveux, comme pour dire: « Ah, ah, comme c’est drôle. Maintenant, enlevez vos mains de là. » Je pense que toutes les femmes dans cette Chambre en ont probablement fait l’expérience à un moment ou à un autre.
Toutes les femmes que je connais ont certes eu à faire face à cette situation à un moment ou à un autre de leur carrière, et c’est particulièrement insidieux en milieu de travail. Cela peut être le fait d’un ivrogne agressif dans un bar. Nous connaissons la peur ressentie et l’impression de devoir faire de notre mieux pour nous débarrasser de ces hommes délicatement afin de ne pas froisser leur ego. Que l'on ne s'y trompe pas, j’ai rencontré des milliers d’hommes qui sont de remarquables alliés pour les femmes, mais j’ai rencontré aussi des hommes perfides au cours de ma carrière et de ma vie.
Une femme sait que si elle ne fait pas preuve de prudence, elle peut être victime de violence verbale, voire de violence physique. Cela peut avoir une incidence sur sa carrière, par exemple si son nom est mentionné pour une possibilité d’avancement, une nouvelle affectation ou une nouvelle occasion et que des hommes du club des vieux copains se réunissent pour parler de celle qu’ils vont choisir pour cette possibilité d’avancement ou pour cette nouvelle affectation. Elle sait que si elle blesse l’ego d’un homme avec sa réponse, cela pourrait avoir une incidence sur ses chances d’être choisie au moment venu. Soyons réalistes. C’est ainsi. C’est ce à quoi les femmes doivent faire face lorsque des avances sexuelles non désirées sont faites par des supérieurs masculins au travail, et cela se produit tout le temps.
Cette situation est particulièrement insidieuse au travail parce qu’elle a une incidence sur la carrière d’une femme. Tout ce qu’elle fait est en jeu dans ce moment ridicule où quelqu’un lui fait un commentaire sans réfléchir. C’est ce qu’a fait le général Vance à cette militaire. Il ne s’en souvient peut-être même pas, mais si c’est le cas, il est vraiment déconnecté de la réalité. Voilà à quel point lui et ses collègues militaires haut gradés abusent de leur pouvoir. Ils n’ont aucune idée de ce que vivent les femmes qui sont leurs victimes.
Nous savons que ce genre de comportement n’est que la pointe de l’iceberg. C’est le symptôme d’un problème plus grave. Des femmes ont été agressées sexuellement, violées et harcelées jour après jour dans nos forces armées, quand elles essayaient seulement de faire leur travail, de se mêler de leurs affaires et de faire avancer leur carrière comme tout le monde.
Des dangers de la sorte attendent les femmes partout où elles gravissent les échelons de leur carrière. Je le sais, parce que je l’ai vécu, comme des millions d’autres femmes. Je ne suis pas unique, mais c’est la réalité et cela se produit tous les jours.
Le plus décevant dans tout cela, c’est que le gouvernement libéral a été élu deux fois en raison de ses promesses féministes et de ses réalisations en la matière. Six ans plus tard, aucun changement féministe n’a pourtant été observé au sein de nos forces armées. Le ministre de la Défense en a longuement parlé, mais rien n’a bougé. Les scandales se succèdent. Chaque jour, un nouveau scandale fait la une. Il y a tout juste deux jours, ces hommes croyaient encore qu’il était acceptable d’aller jouer au golf pendant une enquête en cours sur un cas d’inconduite sexuelle. Voilà le bilan du ministre dans ce dossier. C’est pourquoi nous demandons sa démission.
Avant de conclure, j’ai deux brefs commentaires à faire. Je tiens à remercier sincèrement les députés conservateurs du comité de la défense pour leur dévouement et leurs efforts inlassables. Je suis très fière de siéger à leurs côtés. Ils ont travaillé sans relâche dans leur quête de justice pour les femmes et les hommes qui ont été maltraités au sein de l’armée.
À nos hommes et nos femmes en uniforme qui ont traversé cet enfer, et je ne choisis pas ce mot à la légère, je leur dis que nous sommes avec eux. Nous les appuyons et nous allons poursuivre nos efforts jusqu’à ce que justice soit rendue au sein des Forces armées canadiennes.
Je terminerai en lançant un message aux députées libérales. Je sais qu’elles sont toutes de fières féministes, mais le moment est venu de joindre le geste à la parole. Si elles veulent faire du porte-à-porte durant la prochaine campagne électorale pour vanter leur bilan féministe, elles se doivent de se porter à la défense des femmes au moment opportun. Ce moment, c’est aujourd’hui.
Le ministre a manqué à ses obligations à l’égard des femmes qui servent dans l’armée. Il ne s’est pas porté à leur défense. Il a manqué à son devoir d’obliger ces hommes de pouvoir à répondre de leurs actes. Il a omis d’envoyer le message qu’il est inacceptable d’aller jouer au golf avec l’accusé pendant qu’une enquête est en cours. Il n’y a aucune excuse. Il n’y a aucune autre manière de présenter les choses. C’est la réalité.
Je sais qu’au fond d’eux-mêmes, les députés libéraux, surtout les femmes, savent que j’ai raison. Le ministre est peut-être une bonne personne, mais cela n’a rien à voir. De toute évidence, il est incapable de s’acquitter de sa fonction.
En conclusion, le ministre a démontré qu’il est incapable de défendre les femmes victimes de harcèlement sexuel, de viol et de mauvais traitement. Les femmes militaires ont seulement besoin que sept députés libéraux s’abstiennent de voter, ou mieux encore, qu’ils votent en faveur de la démission du ministre. Il pourra encore être député, mais il ne devrait pas avoir la responsabilité de faire évoluer la culture au sein de l’armée, après avoir laissé tomber les femmes de manière aussi déplorable. Je demande à sept députés libéraux d’y réfléchir et de faire ce qui s’impose.