Monsieur le Président, je souhaite intervenir dans le débat d'aujourd'hui sur le projet de loi C‑30, Loi no 1 d'exécution du budget de 2021.
Avant de faire mes observations, je profite de la tribune qui est offerte aux députés pour parler d'un autre sujet important pour le pays.
Le Canada a porté le deuil avec les survivants des pensionnats autochtones et leurs familles à la suite de la découverte tragique des corps de 215 enfants dans un lieu de sépulture anonyme à l'ancien pensionnat autochtone de Kamloops. La semaine dernière, l'ancien chef de la Première Nation Tk'emlúps, Manny Jules, m'a demandé de lire un poème pour la guérison de la nation, et je prie les députés de m'accorder leur indulgence et leur patience pendant que je le récite. J'espère que je saurai rendre justice à cette œuvre comme il l'a fait lorsqu'il me l'a lue.
Ce poème de Dennis Saddleman s'intitule Monstre, le vécu d'un pensionnaire autochtone:
PENSIONNAT AUTOCHTONE, JE TE DÉTESTEJE TE DÉTESTETU ES UN MONSTRE TITANESQUEÀ L'APPÉTIT GARGANTUESQUEAU SQUELETTE D'ACIERÀ LA CHAIR BÉTONNÉEUN MONSTRE FABRIQUÉPOUR DÉVORERLES ENFANTS AUTOCHTONES INNOCENTS QUI TE SONT LIVRÉSTON CŒUR DE PIERRE EST GLACÉCOMME LE BÉTON DE TES PLANCHERSTU N'AS PAS D'AMOUR À DONNERAUCUN ENDROIT POUR ME RÉCONFORTERSUR TON AFFREUX VISAGE DE BRIQUE, ROUGE ET RUGUEUXJE VOIS LE REFLET MONSTRUEUX DE TES YEUXCES FENÊTRES AU VERRE CRASSEUXD'UN ŒIL MAUVAISTU ME SURVEILLES SANS ARRÊTLES ENFANTS TERRIFIÉSTREMBLENT DE HONTE À TES PIEDSJE TE DÉTESTE, PENSIONNAT AUTOCHTONE, TU ES EXÉCRABLETU ES UN MONSTRE ABOMINABLETU T'INSINUES DANS LES RECOINS SOMBRES DE MON PASSÉVA-T'EN, CESSE DE M'IMPORTUNERTU ME SUIS PARTOUT, OÙ QUE JE SOISDANS MES RÊVES ET MES SOUVENIRS, TU ES TOUJOURS LÀVA-T'EN, MONSTRE, VA-T'EN, JE TE LE REDISJE TE DÉTESTE ENCORE, ET TOUJOURS TU ME SUISJE TE HAIS, PENSIONNAT AUTOCHTONE, TU ES DÉGOÛTANTTU ES UN MONSTRE ET TA PORTE À DEUX BATTANTSUNE GUEULE PLEINE DE BAVE QUI M'A ATTRAPÉM'A ENLEVÉPOUR DÉCHIQUETER ENTRE TES DENTS JAUNIESTOUT CE QUI FAIT L'INDIEN QUE JE SUISSOUS TA DENT, MA LANGUE A ÉTÉ BROYÉEMES RITUELS ET MES TRADITIONS, PULVÉRISÉSQUAND MA CHAIR ROUGE TU AS DÉVORÉÀ L'AMERTUME TU AS GOÛTÉAVEC DÉGOÛT TU M'AS AVALÉET CE QUI T'A FAIT GRIMACERC'EST LE GOÛT PUISSANT DE MA FIERTÉJE TE HAIS PENSIONNAT AUTOCHTONE, TU ES HIDEUXTU ES MONSTRUEUXTA GORGE M'A AVALÉJUSQU'À TON ESTOMAC ELLE M'A PORTÉTA PUISSANTE GORGE M'A ÉCRASÉMON BONHEUR ET MES RÊVES ONT ÉTÉ BRISÉSMA VOIX AUTOCHTONE, ÉTOUFFÉEDANS TA GORGE, MON ESPRIT SACRÉ S'EST COINCÉTU AS TOUSSÉ, TU T'ES ÉTOUFFÉ CAR TU NE PEUX PAS SUPPORTERMES DANSES ET MES CHANTS SPIRITUELSJE TE DÉTESTE, PENSIONNAT AUTOCHTONE, JE JETTE SUR TOI TOUT MON FIELTU ES UN MONSTRE ET TU ME TERRIFIESTU AVAIS MAL À L'ESTOMAC QUAND JE MOUILLAIS MON LITAVEC COLÈRE TON VENTRE GRONDAITCHAQUE FOIS QU'À L'ÉGLISE JE M'ENDORMAISChaque fois que j'enfreignais les règles, ton estomac grognaitQuand ton ventre était plein, tu rotaisAvec satisfaction, tu te frottais la bedaine et tu n'avais cureD'avoir ainsi englouti ma cultureTu te foutais de ton air de souillonDe t'être goinfré comme un cochonTant que tu pouvais te repaître de l'Indien en moiPensionnat autochtone, comme je te hais, toiTu es un monstre et ton sang est viciéPar la torture, la cruautéLe désespoir et la solitude, et le froidDe ton cœur m'a rempli d'effroiJe te déteste, pensionnat autochtone, je te détesteTu es un monstreDans tes entrailles pourries, tes intestins m'ont entraînéTon anus m'a écraséMa confiance a été broyéeTout comme ma dignitéTon anus m'a expulséEt tu m'as rejetéJ'ai été rejeté, et je n'ai jamais acquisDe compétence pour être parent, pour me débrouiller dans la vieRejeté sans que j'aie pu développerMon caractère ou un talent particulierSans espoir ni chance de succès
Je te déteste, pensionnat autochtone, comme je te haisTu es un monstre Dans la toilette tu m'as jetéDe ma nature tu m'as purgéTu as effacé ma personnalitéJe te déteste, pensionnat autochtone, je te détesteTu es un monstre, je te déteste déteste détesteTrente-trois ans plus tard, dans ma ChevyJusqu'à Kamloops j'ai conduitJ'ai vu le monstre au loin devantMon Dieu, il est toujours vivant!J'ai hésité, je voulais continuer à roulerMais quelque chose m'a dit d'arrêterAlors devant le pensionnat je me suis garéFace au monstre du passéLe monstre m'a aperçu et m'a regardéLe monstre m'a regardé et je l'ai regardé aussiLongtemps nous sommes restés ainsiFinalement, je lui ai dit, la gorge serrée:« Monstre, tu es pardonné »Le monstre a éclaté en sanglotsIl a pleuré, pleuré à flotsSes épaules immenses n'arrêtaient pas de tremblerIl m'a fait signe d'approcherIl m'a demandé de m'asseoir sur ses genoux-escaliersPuis il s'est mis à parlerIl a dit: « Tu sais, je n'ai jamais aimé le gouvernement, mon pèreNi l'Église catholique, ma mèreJe suis heureux que les peuples autochtones m'aient adoptéIls m'ont accueilli comme l'un des leurs et m'ont réparéIls ont remis en état ma porte-bouche à deux battantsIls ont purifié mes yeux-fenêtres avec des branches de cèdre et de sapin odorantsIls m'ont purifié avec de la sauge et du foin d'odeurMon bon esprit a repris de la vigueurLes Autochtones m'ont laissé vivre sur leurs terres, ils m'ont permis de rester Pourtant, tu sais, ils auraient pu me brûlerComme ça, les gens peuvent venir ici pour découvrir leur culture ou se la réapproprier »Le monstre a dit: « Je suis heureux que les Autochtones m'aient accordé une autre chanceJe suis heureux, Dennis, que tu m'aies donné une autre chance »Le monstre s'est mis à sourireJe me suis levé, j'ai dit au monstre que je devais partirQue mon peuple m'attendait, que devant moi, il y avait la vieJ'allais ouvrir la portière de ma ChevyQuand le monstre a dit: « Eh, tu as oublié quelque chose, attends »Je me suis retourné et j'ai vu l'esprit d'un enfant descendre l'escalier de béton en courantIl a couru jusqu'à moi et nous nous sommes fusionnésJ'ai regardé le monstre, tout étonnéCe n'était plus un monstre, mais une vieille école, que j'avais devant les yeuxEt au fond de moi, je me suis dit que c'était en ce lieuQue j'avais appris le sens du mot survieJ'avais devant moi un vieux pensionnatDevenu l'aîné de mes souvenirsQuatre étages chargés d'histoiresDes histoires d'espoirDe rêvesDe renouveauEt d'avenir
Je le répète, le poème s'intitule Monster, A Residential School Experience, par Dennis Saddleman. Encore une fois, Manny Jules, l'ancien chef de la nation Tk‘emlúps, m'a demandé de le lire afin d'aider la nation à guérir. Lorsqu'il me l'a lu, j'ai été très ému et j'espère avoir rendu justice au poème.
Le gouvernement continue de faire avancer le dossier. C'est très important et il est temps de passer à l'action. L'opposition a réclamé un plan d'action clair, d'ici le 1er juillet, pour la mise en oeuvre des appels à l'action 71 à 76 du rapport de la Commission de vérité et réconciliation. Toutes les communautés autochtones du Canada ont besoin de guérir. Il est temps de les écouter, de leur emboîter le pas et d'agir.