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Lawrence Gostin
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Lawrence Gostin
2020-06-23 11:03
Je vous remercie, monsieur le président. C'est un grand honneur d'être parmi vous.
Aujourd'hui, je suis venu discuter des dimensions internationales et des dimensions de gouvernance, en particulier du rôle de l'Organisation mondiale de la Santé et du rendement du Règlement sanitaire international.
Je travaille avec l'Organisation mondiale de la Santé depuis maintenant plus de 30 ans. Je suis également inscrit sur la liste d'experts du directeur général pour les comités du Règlement sanitaire international.
J'ai participé étroitement à la lutte contre de nombreuses épidémies et pandémies: sida, SRAS, SRMO, virus Ebola et, bien entendu, l'actuelle pandémie de COVID-19. Je vais donc vous faire profiter de mes nombreuses années d'expérience.
Je me considère comme un ami très proche de l'Organisation mondiale de la Santé, mais je suis aussi prêt à en assumer le rôle et être franc lorsque j'estime qu'elle aurait pu faire mieux ou qu'elle devrait faire mieux. Je vous présenterai un compte-rendu factuel et apolitique du travail de l'OMS, de mon point de vue, et de ce qu'elle peut faire mieux. Je vous demande de ne pas interpréter mes propos comme une déclaration politique, car l'Organisation mondiale de la Santé a beaucoup été utilisée à des fins politiques, en particulier par mon pays, les États-Unis, mais aussi par la Chine.
Essentiellement, l'Organisation mondiale de la Santé a essuyé de nombreuses critiques au cours de cette pandémie. Premièrement, elle a tardé à signaler l'apparition d'une nouvelle infection à coronavirus à Wuhan, dans la province du Hubei, en Chine. Deuxièmement, elle a mis du temps à informer les autres de la rapide transmission communautaire observée dans cette province. Troisièmement, au début de la pandémie, elle a recommandé de ne pas imposer de restrictions aux voyages et au commerce.
Au début de la pandémie, la Chine a indiqué à l'Organisation mondiale de la Santé que la transmission interhumaine de ce nouveau coronavirus était très limitée, voire inexistante. À l'époque, l'OMS a retransmis les données et les conclusions qu'elle avait reçues de la Chine. Avec le recul, on peut se demander si l'OMS aurait dû agir différemment. Au plus, elle aurait pu indiquer qu'elle ne faisait que fournir les données qu'elle a reçues de la Chine, mais sans avoir eu l'occasion de les valider en toute indépendance.
Le Dr Tedros, le directeur général, a pris la décision — une décision que je respecte et que je trouve admirable — de pousser la Chine de l'intérieur, discrètement et avec diplomatie, mais sans la critiquer publiquement. Il devrait être très clair qu'en vertu du droit international, de la constitution de l'Organisation mondiale de la Santé et du Règlement sanitaire international, l'OMS n'avait pas le pouvoir d'exiger de la Chine qu'elle rapporte fidèlement les faits. Elle n'avait pas le pouvoir d'aller en sol chinois sans l'autorisation de la Chine. Par conséquent, il est tout à fait injuste de critiquer l'Organisation mondiale de la Santé à cet égard, alors qu'elle n'en avait pas reçu le mandat de la communauté internationale.
Pour l'avenir, à l'instar de bon nombre de mes collègues — y compris ceux qui travaillent dans le domaine du droit de la santé publique et mondiale au Canada —, j'ai diverses propositions qui pourraient considérablement améliorer la situation et donner à l'OMS les pouvoirs et l'autorité dont elle aura besoin advenant une nouvelle crise terrible de ce genre.
Il en va de même pour la transmission communautaire. L'OMS n'avait aucun moyen de vérifier de façon indépendante les informations fournies par la Chine à cet égard.
Il y a ensuite eu la question des voyages. Essentiellement, pour le meilleur ou pour le pire — et nous pouvons en discuter — les frontières ont été fermées à l'échelle mondiale en raison de la COVID-19. Au début, toutefois, l'OMS s'est prononcée contre les restrictions de voyage, même si de nombreux pays l'avaient déjà fait. Après l'épidémie de SRAS, lorsque le Canada a contribué à la réforme du Règlement sanitaire international, il a fallu établir un équilibre entre la santé publique, le commerce et les voyages, et les droits de la personne. Le Canada était préoccupé, à juste titre, puisque certains pays avaient imposé trop rapidement des restrictions au commerce et aux voyages pendant l'épidémie de SRAS. On a vu la même chose lors de l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest.
De nombreuses épidémies ont entraîné l'imposition de restrictions nuisibles et inutiles visant les voyages et le commerce. Dans le cas présent, les restrictions de voyage étaient probablement justifiées, mais à l'époque, l'OMS respectait le Règlement sanitaire international comme il devait l'être.
J'aurais peut-être fait les choses différemment à certains égards, mais j'ai peine à croire qu'il serait acceptable, en pleine pandémie, que certains pays cherchent à jeter le blâme et lancer des accusations de façon à nuire à la primauté du droit à l’échelle internationale et aux institutions internationales qui revêtent une importance cruciale pour nous, comme l'Organisation mondiale de la Santé.
L'OMS n'est pas parfaite, mais nous pouvons l'améliorer, collectivement. La raison pour laquelle je suis si heureux de comparaître au Comité permanent de la santé de la Chambre des communes est que j'ai une grande admiration pour le rôle de chef de file du Canada sur la scène internationale. Vous avez été un véritable phare, et j'ai un lien étroit avec votre pays: mon fils est né à l'Université McMaster et il est citoyen canadien. En outre, j'entretiens des liens très étroits avec mes collègues au Canada.
Alors que nous essayons de créer une unité dans le monde en plein chaos, au milieu de théories du complot sur les origines du virus et d'accusations mutuelles entre les superpuissances, nous devons unir nos efforts, plus que jamais, car nous sommes engagés dans la série d'actions la plus lourde de conséquences de notre vie, la course au vaccin contre la COVID-19.
La communauté internationale doit veiller à l'innocuité du vaccin. Il importe donc d'éviter les raccourcis et de ne pas négliger les questions d'éthique. Il faut aussi veiller à la distribution équitable et juste du vaccin partout dans le monde afin d'éviter les situations qu'on a vues avec l'équipement de protection individuelle, les trousses de dépistage et les ventilateurs, qui ont fait l'objet d'une course à la propriété intellectuelle. Je considère les vaccins et les produits thérapeutiques pour la COVID-19 comme un bien public mondial, et je compte sur le rôle de chef de file Canada sur la scène internationale..
J'estime que c'est un grand honneur de comparaître devant vous. C'est avec plaisir que je répondrai à vos questions.
Jeremy Konyndyk
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Jeremy Konyndyk
2020-06-23 11:13
Merci beaucoup.
Pour faire écho au propos de M. Gostin, c'est un réel plaisir et un privilège de discuter avec vous aujourd'hui. J'ai également des liens avec le Canada. Ma mère a grandi à Hamilton et j'ai encore beaucoup de famille en Ontario. C'est vraiment agréable de discuter avec vous tous.
J'aimerais parler brièvement de mon parcours et de ma façon d'aborder ces questions.
J'ai travaillé dans le milieu des interventions en cas de catastrophe et de l'aide humanitaire et je suis intervenu dans de nombreuses crises sanitaires au fil des ans. Surtout, j'ai dirigé l'équipe d'intervention internationale en cas de catastrophe pour le gouvernement américain lors de l'épidémie d'Ebola, en 2014 et 2015, et j'ai joué un rôle déterminant dans l'orientation de la réponse du gouvernement américain à cette épidémie.
J'ai alors participé à la réforme de l’action d’urgence de l'OMS et conseillé la directrice générale de l'époque, Mme Margaret Chan, sur les réformes mises en œuvre après l'épidémie d'Ebola. Au cours des quatre dernières années, j'ai siégé, avec la Dre Theresa Tam, du Canada, à l'organisme de surveillance indépendant chargé de superviser et de conseiller les États membres sur la mise en œuvre des réformes par l'OMS. J'ai été un témoin privilégié des échecs et des lacunes de l'OMS lors de la crise du virus Ebola en 2014, et de sa gestion de l'actuelle éclosion, ou pandémie, et de nombreuses autres crises dans l'intervalle.
Jeremy Konyndyk
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Jeremy Konyndyk
2020-06-23 11:14
Je tiens à préciser que je m'exprime aujourd'hui à titre personnel. Je ne m'exprime ni au nom du comité de surveillance ni au nom de l'OMS, sauf si je l'indique très clairement.
On m'a demandé de parler de divers aspects, notamment certaines leçons émergentes liées à la COVID-19 dans le monde, en particulier dans les pays en développement; l'efficacité de l'OMS; le soutien requis à l'avenir dans les pays en développement.
J'aimerais d'abord faire quelques observations sur ce qu'on voit partout dans le monde, à mon avis. Dans de nombreux pays, on constate que les mesures de distanciation sociale ont fonctionné, mais qu'elles sont difficiles à maintenir. Plus particulièrement, les mesures de distanciation les plus rigoureuses sont très difficiles à maintenir sur les plans économique, politique et social. Je dirais que nous passons d'une étape caractérisée par l'imposition généralisée de mesures de distanciation par les gouvernements à une étape dans laquelle ces mesures doivent être adoptées volontairement, collectivement et individuellement, que les gouvernements les imposent ou non.
On constate que le virus reprend du terrain partout où les gens ont baissé la garde. On le voit en temps réel en ce moment même aux États-Unis. Certains des États peu touchés au début l'ont échappé belle, et les autorités ont conclu que l'État était à l'abri et ont commencé à assouplir leurs mesures. Aujourd'hui, nous constatons des hausses fulgurantes du nombre de cas en Floride, au Texas, en Arizona et dans certains autres États du sud, ainsi que dans certaines régions du sud de la Californie, où les mesures ont été assouplies trop tôt.
Je ne pense pas qu'on puisse retourner à une situation où il suffit que les gouvernements imposent des mesures du haut vers le bas. Il faut que la population adopte ces mesures, qu'elle se les approprie. À ce moment-là, le rôle du gouvernement ne sera plus d'imposer des mesures, mais de communiquer efficacement avec la population, et les autorités de santé publique devront faire de même. Je pense que les pays qui ont le mieux réussi à communiquer clairement et à établir une relation de confiance avec la population ont obtenu les meilleurs résultats et s'en sortiront le mieux. Les pays où la confusion et la méfiance auront été plus grandes connaîtront les pires résultats.
En ce moment, les deux pays qui affichent le pire bilan sont les États-Unis et le Brésil, et dans ces deux pays, les communications entre le gouvernement et le public ont été atroces et il y a eu beaucoup de confusion et de méfiance.
Les pays qui ont le mieux réussi à communiquer clairement — et je pense que le Canada a fait un meilleur travail, selon mes observations — ont fait mieux et s'en sortiront mieux. J'y reviendrai sous peu, lorsque je traiterai des pays en développement de façon plus détaillée.
Concernant l'efficacité de l'OMS, je suis tout à fait d'accord avec tout ce que M. Gostin a dit. J'ai pu observer de près le travail catastrophique de l'OMS dans les premières phases de la réponse à l'épidémie d'Ebola de 2014, en Afrique de l'Ouest. Je dirais, par rapport à son rôle dans la crise actuelle, que c'est le jour et la nuit. À l'époque, l'OMS n'avait pas une bonne capacité d'intervention en cas d'urgence. Ses dirigeants n'avaient pas pris la menace au sérieux dès le début, et ses bureaux nationaux étaient désengagés et inattentifs. Il y avait des problèmes à tous les échelons de l'organisation.
À mon avis, ce qu'on voit maintenant est très différent. L'organisation était pleinement engagée dès le début. Quelques jours après avoir reçu la confirmation officielle de l'épidémie par la Chine, l'OMS a transmis des directives techniques à l'intention de tous les États membres. Ces directives étaient en grande partie fondées sur des maladies comme le SRAS et la grippe — des maladies parallèles déjà observées —, car on manquait alors de données sur ce virus, ce qui n'est pas rare dans le cas d'un nouveau virus. Il y a toujours une incertitude inhérente lors de la phase initiale de l'émergence d'un nouveau virus.
Comme M. Gostin l'a déjà indiqué, les premiers rapports de la Chine ont posé de réels problèmes. Je pense que les difficultés de l'OMS à gérer ce problème n'étaient pas liées à son efficacité, mais plutôt à ce qu'elle était autorisée à faire.
Le Règlement sanitaire international accorde peu de latitude à l'OMS quant à ce qu'elle peut affirmer au-delà de ce que les États membres lui rapportent. Je pense que les rapports de l'OMS lors des premières phases étaient... Si vous lisez un peu entre les lignes, c'était sans doute une façon de se protéger, parce qu'elle savait que les informations qu'elle obtenait de la Chine n'étaient peut-être pas complètes.
Le tableau s'est précisé, et dans environ trois semaines après la confirmation de la Chine, le bureau chinois de l'OMS a été autorisé à effectuer une mission à Wuhan et à mener une enquête sur le terrain. Immédiatement après, c'est-à-dire les 20 et 21 janvier, l'OMS a confirmé la transmission interhumaine. Une journée ou deux plus tard, elle a convoqué le Comité d'urgence pour déterminer s'il était nécessaire de déclarer qu'il s'agissait d'une urgence de santé publique de portée internationale.
À ce moment-là, l'OMS a présenté un portait du virus qui, essentiellement, est toujours valable aujourd'hui. Il s'agit d'un nouveau coronavirus respiratoire se transmettant efficacement d'une personne à l'autre et ayant un taux de reproduction ou un facteur de transmissibilité supérieur à celui de la grippe saisonnière. Il est considérablement plus grave et présente indéniablement un taux de mortalité de loin supérieur à celui de la grippe saisonnière. Ce premier portrait du virus est extraordinairement effrayant.
Une autre semaine après cette réunion, l'OMS a pris la décision de déclarer une urgence de santé publique de portée internationale, le plus haut niveau d'alerte créé pour l'OMS par les États membres dans le Règlement sanitaire international. L'OMS a alors employé l'instrument d'alerte le plus percutant à sa disposition et a fourni un portrait du virus encore valable aujourd'hui.
Cela aurait dû être très alarmant, mais nous avons constaté que les États ont réagi de multiples façons. Certains pays, notamment les pays d'Asie de l'Est qui avaient déjà connu le SRAS, ont pris la situation très au sérieux et ont immédiatement commencé à mettre en œuvre des mesures très draconiennes. La Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong, le Japon, la Thaïlande et le Vietnam ont tous pris des mesures très rapides et ont commencé à intensifier leurs efforts de dépistage et à mettre en place des mesures de distanciation, etc. L'Europe de l'Ouest et la plupart des pays des Amériques ne l'ont pas fait. Les divers pays avaient tous les mêmes informations de l'OMS, mais agissaient très différemment.
C'est plus représentatif de ces pays que de l'OMS, à mon avis, mais je pense que cela reflète aussi autre chose. Dans son rapport du mois dernier, le comité auquel je siège met en évidence quelques nouvelles tendances qui se dégagent pendant cette période, notamment l'importance de cerner les échecs et les faiblesses. Quelles sont les choses pour lesquelles l'OMS, en tant que secrétariat et institution, n'a pas eu de bons résultats? Il y en a, mais je pense que l'organisme a bien géré la situation, en général. Quelles défaillances étaient liées aux réactions des pays à l'égard des informations fournies par l'OMS? Je pense que de nombreux pays ont été beaucoup trop insouciants en supposant que ce problème ne concernait que la Chine et ne les toucherait pas. Quels problèmes sont liés au Règlement sanitaire international? Pour quels problèmes la capacité de l'OMS d'intervenir davantage ou d'être plus forte et plus directe a-t-elle été limitée ou inhibée en raison des limites qui lui ont été imposées par les États membres dans le cadre du Règlement sanitaire international? Je pourrais en parler plus en détail, mais je suis d'accord avec certains des points soulevés précédemment par M. Gostin.
Dans le rapport du comité, nous avons également noté que l'urgence de santé publique de portée internationale que peut invoquer l'OMS est un instrument beaucoup trop grossier. C'est un outil binaire, sans nuances inhérentes, qu'il soit activé ou désactivé. L'urgence peut être déclarée dans une situation comme celle-ci, une pandémie qui menace le monde entier et qui pourrait faire des millions de victimes, mais aussi pour quelque chose comme l'épidémie d'Ebola qui sévit dans l'est du Congo depuis deux ans, qui a tué 2 000 personnes et qui ne s'est pas vraiment propagée à l'extérieur de cette sous-région d'Afrique.
Ce genre d'outil couvre un large éventail de crises sanitaires. Il faut un plus grand nombre de catégories de façon à aider les États à mieux interpréter ces signaux pour déterminer le degré de menace auquel ils sont confrontés lors d'une déclaration d'urgence.
Nous avons aussi constaté que les réformes adoptées après l'épidémie d'Ebola ont été efficaces, même si elles étaient fondées sur un autre type de crise. Elles étaient fondées sur la crise de l'Ebola de 2014 et sur les diverses urgences humanitaires dans lesquelles l'OMS intervient habituellement. Une crise de cette ampleur a considérablement sollicité les ressources et la capacité de l'OMS, qui n'a pas toujours su gérer aussi bien qu'on l'aurait voulu les compromis à faire sur le plan des capacités, surtout pour ce qui est de tenir à jour un ensemble d'orientations et de recommandations techniques pour les pays. C'est le dernier point que je souhaite aborder.
Passons maintenant aux pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. Je pense que l'OMS et des organismes comme le Center for DIsease Control, CDC, aux États-Unis ont tardé à adapter la stratégie et les orientations, surtout conçues pour les pays riches, pour les pays moins nantis. L'une des caractéristiques intéressantes de cette épidémie, c'est qu'elle a d'abord surtout touché les pays riches. La Chine est un pays riche doté d'un système de santé très avancé. La pandémie a ensuite frappé l'Italie, puis l'Espagne et enfin les États-Unis. Tous ces pays ont de grandes capacités en matière de soins cliniques, et ont beaucoup de ressources pour intensifier le dépistage et maintenir des mesures de distanciation et de confinement à grande échelle.
C'est rarement le cas dans les pays en développement. À la mi-mai, l'OMS, en collaboration avec le reste de l'appareil des Nations unies, a publié de très bonnes orientations à ce sujet. Elles auraient dû être publiées plus tôt; ce retard découle en partie d'un problème de capacité à l'OMS. Par conséquent, beaucoup de pays à faible revenu ont eu de la difficulté à déterminer la stratégie à adopter, car ils n'avaient pas vraiment les moyens d'acquérir plus de ventilateurs, de faire des tests à grande échelle et d'accroître la production d'EPI. En outre, il est très difficile de maintenir le confinement lorsque vous avez une importante économie parallèle ou souterraine.
Un autre point que je tiens à souligner concernant les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire est le suivant: une part infime de l'argent parvient aux organisations locales et de première ligne. Cette semaine, j'ai publié un article qui porte sur les flux de l'aide humanitaire liés à la COVID-19, qui s'élèvent maintenant à environ 2,5 milliards de dollars en réponse aux appels humanitaires mondiaux liés à la pandémie. Sur ce montant, moins de 2 millions de dollars sur 2,5 milliards seraient allés directement à des organismes locaux de première ligne.
C'est là courir droit à l'échec, car, comme je l'ai indiqué, nous sommes à la croisée des chemins: nous devons passer d'une réponse qui relève du gouvernement à une réponse qui appartient à la collectivité et qui est dirigée par elle. Si plus de 99 % de l'argent va aux organisations internationales et aux partenaires internationaux, et que la communauté locale et les groupes locaux ne reçoivent que de vulgaires miettes, ce sera difficile.
Je vais m'arrêter là.
Merci.
C'est avec plaisir que je répondrai à vos questions.
Lawrence Gostin
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Lawrence Gostin
2020-06-23 11:27
Le Règlement sanitaire international est un traité ayant force exécutoire, et le Canada est l'un des signataires, mais vous avez tout à fait raison de dire que lorsque l'OMS fait des recommandations et qu'elle déclare une urgence de santé publique de portée internationale, ces recommandations sont uniquement des recommandations. Toutefois, elles ont une importante force normative et, par conséquent, nous nous attendons à ce que les pays les prennent très au sérieux.
Vous avez probablement raison. Il n'est probablement pas vrai qu'il était juridiquement et officiellement tenu de la respecter, car le libellé du Règlement sanitaire international précise qu'il s'agit de recommandations.
Lawrence Gostin
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Lawrence Gostin
2020-06-23 11:28
Non, car essentiellement, nous ne veillons pas beaucoup à l'application ou au respect des recommandations de l'OMS.
Lawrence Gostin
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Lawrence Gostin
2020-06-23 11:29
Ce n'est pas idéal, mais je n'irais pas jusqu'à blâmer l'Organisation mondiale de la Santé pour le taux de décès au Canada, absolument pas. Je connais bien l'OMS. Il est très, très peu probable que l'OMS ait exercé d'énormes pressions sur le Canada.
Rappelez-vous que le Canada a été l'un des principaux promoteurs d'un Règlement sanitaire international visant à établir un équilibre entre la santé publique, et le commerce et le voyage. Pendant et après la crise du SRAS, le Canada était très préoccupé, à juste titre, du grand nombre de restrictions de voyage imposé...
Normalement, le voyage...
Lawrence Gostin
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Lawrence Gostin
2020-06-23 11:30
Non, je ne suis pas d'accord avec cette affirmation. J'ai travaillé très étroitement avec Taïwan, la Corée du Sud et d'autres à la préparation de plans d'intervention, et la raison pour laquelle ils ont obtenu de bons résultats...
Lawrence Gostin
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Lawrence Gostin
2020-06-23 11:31
Oh, non, ils suivaient les recommandations de l'OMS à la lettre. Vous vous concentrez sur le voyage. Pourquoi Taïwan et la Corée du Sud, un membre de l'OMS...
Lawrence Gostin
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Lawrence Gostin
2020-06-23 11:31
La Corée du Sud, Taïwan et d'autres pays ont principalement composé avec cette crise en menant d'entrée de jeu des campagnes de dépistage massives et des enquêtes de recherche de contacts très agressives, y compris l'utilisation d'applications sur téléphones intelligents, et en imposant le confinement et la quarantaine. J'ai travaillé en extrême collaboration avec la Corée du Sud et Taïwan à cet égard, et c'est ainsi que cela a fonctionné. Ce n'était pas lié aux voyages...
Lawrence Gostin
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Lawrence Gostin
2020-06-23 11:32
Non, je ne dis pas que les restrictions de voyage n'auraient pas été utiles au départ. À ce moment-là, nous avions affaire à un nouveau virus. La plupart du temps, les restrictions de voyage n'étaient pas utilisées. Je pense que nous n'avons tout simplement pas les preuves nécessaires pour formuler des hypothèses solides. Cela dit, nous savons que les tests, la recherche des contacts, l'isolement, la quarantaine et le port universel du masque sont très efficaces. Nous devons...
Lawrence Gostin
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Lawrence Gostin
2020-06-23 11:33
Vous savez, franchement, certains pays — surtout les États-Unis, et moins le Canada — n'ont pas pris la chose suffisamment au sérieux, en ce sens qu'ils n'ont pas vraiment exploité leurs capacités en matière de santé publique. Beaucoup de pays qui ont vécu l'expérience du SRAS ont très, très bien réussi, comme vous l'avez dit. Singapour serait un autre exemple.
Je pense que ce que je n'accepte pas, c'est la teneur de vos propos. Jeter le blâme à une institution comme l'Organisation mondiale de la Santé n'est pas la solution.
Lawrence Gostin
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Lawrence Gostin
2020-06-23 11:36
Monsieur Konyndyk, vouliez-vous répondre à la question, ou dois-je répondre?
Jeremy Konyndyk
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Jeremy Konyndyk
2020-06-23 11:36
Je serai ravi d’offrir une première piste de réponse.
Je pense que c’est là un risque bien réel. Jusqu’à présent, l’un des aspects vraiment frappants de cette crise — contrairement à, disons, l’épidémie d’Ebola de 2014-2015 —, c’est tout simplement l’absence d’un sentiment d’effort commun à l’échelle mondiale. Bien franchement, j’estime que cette situation est attribuable, en partie, aux agissements de mon propre pays. Selon moi, le gouvernement américain a géré le tout de façon très insulaire. D’habitude, on s’attend à ce que le gouvernement américain essaie de prendre les devants et de mobiliser ce genre d’effort mondial, mais cela n’a pas été le cas. C’est à l’image de certaines tendances générales qui se dessinent un peu partout dans le monde, ce qui est bien malheureux et, comme vous l’avez dit, c’est quelque chose de très rare.
Nous faisons tous face à un ennemi commun, d’où la nécessité d’une approche commune. Nous ne pourrons pas vaincre le virus ou en être vraiment à l’abri, où que nous soyons, tant que nous n’aurons pas maîtrisé la situation partout dans le monde.
Je crois que cela rejoint la question précédente sur l’interdiction de voyage. L’une des préoccupations qui s’y rattachent, comme en témoignent les études sur le sujet, c’est que les interdictions de voyage vous font gagner, au mieux, deux à quatre semaines de préparation. Elles ne vous accordent pas une protection permanente. Elles retardent probablement l’arrivée d’une épidémie dans un pays, mais elles ne l’empêchent pas. À moins qu’il s’agisse de la Nouvelle-Zélande ou des Fidji, ces interdictions ne vont pas prévenir une épidémie.
L’utilité d’une interdiction de voyage, le cas échéant, c’est qu’elle permet de retarder légèrement l’arrivée de l’épidémie pour que vous puissiez vous y préparer, mais cet incident aura quand même lieu. Je crois qu’à ce stade-ci, aucun pays n’a été épargné. Dans un pays comme le Canada ou les États-Unis, ou peu importe, nous ne pouvons pas compter sur les restrictions de déplacement pour assurer notre sécurité. Nous devons enrayer la pandémie à l’intérieur de nos frontières, tout en nous efforçant de l’éliminer à l’étranger, car tant que ces...
Chaque pays sera exposé à un risque important d’ici à ce qu’un vaccin soit créé. Tant qu’il y aura des flambées un peu partout dans le monde, nous courrons le risque d’y être exposés à nouveau. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé en Corée du Sud et en Chine. La plus grande menace — ou, plutôt, une des menaces importantes — pour ces deux pays, depuis qu’ils ont repris en main la situation, c’est le rétablissement des voyages.
Je crois que nous avons raison. Si nous voulons être en mesure de remettre l’économie sur les rails, nous devons pouvoir rétablir les voyages internationaux. Environ 10 % du PIB mondial dépend des voyages ou du tourisme. C’est un coup dur. Il y aura vraiment de lourdes conséquences, surtout si nous devons attendre deux ou trois ans avant qu’un vaccin soit facilement accessible, ce qui fera beaucoup de tort au secteur des voyages internationaux. La meilleure façon de nous y prendre, c’est d’enrayer la pandémie partout, et ce, dans le cadre d’un effort mondial. Aucun pays ne pourra en venir à bout en faisant cavalier seul.
Lawrence Gostin
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Lawrence Gostin
2020-06-23 11:39
J'approuve tout ce que M. Konyndyk vient de dire sur la réaction actuelle à la COVID et la nécessité de faire front commun. Je crois que c'est tout à fait essentiel.
M. Powlowski a posé une question sur le monde de l'après-COVID. Cette question m'intéresse beaucoup parce qu'un jour, tout cela sera chose du passé. À quoi ressemblera le monde, et quel sera le rôle du Canada dans un tel contexte? C'est vraiment important. Vivrons-nous dans un monde plus fragmenté? Est-ce que cela affaiblira ou sapera les institutions internationales ou les traités internationaux? Les droits de la personne seront-ils affaiblis? Assisterons-nous, dès la première flambée, à des mesures de confinement à grande échelle, à des mises en quarantaine massives et à des restrictions de voyage et de commerce?
Nous sommes déjà passés par là. En effet, cela ne fonctionne pas. Je lance donc un appel au Canada, qui représente pour moi, de l'autre côté de votre frontière du Sud, le pays auquel, bien franchement, j'aimerais parfois que les États-Unis ressemblent: un pays qui s'engage à l'échelle mondiale, un pays qui prend les devants, qui parle de droits de la personne, d'échanges commerciaux, de voyages, de mondialisation et de primauté du droit. C'est ce que je veux voir, et nous avons un choix à faire dans le monde. Nous pouvons emprunter une voie — celle qui consiste à tout fermer, à adopter une démarche nationaliste et à nous bomber le torse comme le font beaucoup de chefs puissants —, ou nous pouvons coopérer.
À vrai dire, si la COVID nous a appris quoi que ce soit, c'est que nous sommes tous dans le même bateau et que nous devons travailler ensemble. Cet esprit de collaboration sera encore plus important dans le cadre de nos efforts pour mettre au point des vaccins et des traitements.
Lawrence Gostin
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Lawrence Gostin
2020-06-23 11:43
Monsieur Konyndyk, voulez-vous répondre en premier, ou préférez-vous que ce soit moi? Les deux me conviennent.
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