Comité
Consultez le guide de l'usager
Pour obtenir de l’aide, contactez-nous
Consultez le guide de l'usager
Pour obtenir de l’aide, contactez-nous
Ajouter un critère de recherche
Résultats : 1 - 15 de 23
Steven Guilbeault
Voir le profil de Steven Guilbeault
Steven Guilbeault
2006-12-05 9:35
Merci, monsieur le président.
D'abord, merci de m'accueillir. J'offre toutes mes excuses aux interprètes. La décision quant à ma venue ici s'est faite de façon tardive, et je n'ai donc pas pu préparer de notes écrites pour les interprètes. J'essayerai de ne pas parler trop rapidement.
Je voudrais faire quatre observations. D'abord, sur le plan international — je sais que vous en avez discuté la semaine dernière —, j'ai eu le privilège, depuis une dizaine d'années, de suivre les négociations internationales sur les changements climatiques. J'étais à la première Conférence des Parties, à Berlin, en 1995. J'étais à Kyoto également. J'ai participé à plus d'une douzaine de ces conférences au cours de la dernière décennie.
J'étais également à Nairobi. Les répercussions du revirement du gouvernement canadien en ce qui touche nos engagements quant au Protocole de Kyoto sont très importantes sur la scène internationale. Par exemple, depuis le mois de mai, la position canadienne a été critiquée publiquement par plusieurs personnes sur la scène internationale: par le commissaire à l'environnement de l'Union européenne, M. Dimas; par le ministre de l'Environnement de l'Allemagne, M. Sigmar Gabriel; par le président français, Jacques Chirac, et par la ministre française de l'Environnement, Mme Olin, durant la conférence de Nairobi.
Le titre d'un éditorial du journal Le Devoir, au lendemain de l'allocution de Mme Ambrose, durant la réunion plénière des Nations Unies, se lisait comme suit: « Ambrose fait honte ». Le Devoir publiait également une chronique, ce même jour, sous la plume de Michel David, un chroniqueur politique du Québec, qui déclarait que, de toute évidence, Mme Ambrose ment comme elle respire.
Ce qui ressort de façon de plus en plus évidente, c'est que les délégués de pays étrangers qui viennent nous voir ne comprennent plus. En fait, M. Dimas, le commissaire européen à l'Environnement, l'a bien résumé dans une de ses interventions, lorsqu'il a dit qu'il ne comprenait pas la position canadienne au sujet du Protocole de Kyoto et qu'il faudrait qu'on la lui explique. Les gens viennent nous voir et nous demandent où est passé le Canada qui a mené la bataille au sujet de la couche d'ozone et qui a signé le Protocole de Montréal dont Mme Donnelly parlait tout à l'heure. Ils demandent où est le Canada qui a mené la charge sur les mines antipersonnel, et où est le Canada qui, à toutes fins pratiques, a créé le concept des Casques bleus.
Notre réputation internationale souffre énormément de ce revirement de position. Je suis tout à fait en désaccord avec M. Alvarez, qui dit que les événements récents démontrent que le Protocole de Kyoto n'a pas d'avenir. À moins que je ne me trompe, il y a 168 pays qui se sont entendus, encore une fois, à Nairobi pour continuer à faire avancer les négociations internationales sur les changements climatiques. Ces 168 pays ont ratifié le Protocole de Kyoto. Est-ce complexe de négocier une entente internationale avec presque 170 pays autour d'une table? Bien sûr, et nous le faisons depuis plus d'une décennie.
D'ailleurs, de tous les pays qui ont des engagements envers Kyoto, des engagements de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, donc de tous les pays de l'annexe I, le seul qui ait tourné le dos au Protocole de Kyoto est le Canada. Pourtant, j'ai entendu, que ce soit à Bonn ou à Nairobi, l'ambassadeur japonais, par exemple, M. Nishimura, qui disait qu'il serait très difficile pour le Japon d'atteindre ses objectifs de Kyoto, mais qu'il demeurait engagé à le faire. J'ai entendu des représentants norvégiens — comme le Canada, la Norvège est un grand exportateur d'énergie — qui disaient qu'il leur serait très difficile d'atteindre leurs objectifs de Kyoto, mais qu'ils demeuraient engagés à le faire également.
Or, pour nous, le projet de loi C-288 est très important puisqu'il ramène le Canada sur la voie du Protocole de Kyoto et, bien entendu, sur la voie de l'avenir, puisque Kyoto n'est que le début de la solution. Je pense que le rapport du Britannique Nicholas Stern a bien situé le débat sur la question des coûts. M. Stern nous a essentiellement dit que nous pouvions faire preuve de leadership et investir maintenant afin de lutter contre les changements climatiques, ou que nous pouvions jouer à l'autruche et payer très cher, plus tard, le coût de notre inaction ou de nos inactions. Je pense que cette étude de M. Stern résume assez bien en termes économiques et en termes d'impact économique la décision que nous devons prendre.
Sur la question plus précise de l'engagement provincial, j'ai été absolument stupéfait d'entendre la ministre de l'Environnement déclarer que le gouvernement fédéral n'appuierait pas le plan québécois sur la mise en oeuvre du Protocole de Kyoto, parce que ce plan reposait sur le volontariat. J'imagine qu'elle n'a pas lu le même plan d'action sur les changements climatiques que moi. En fait, le plan québécois que j'ai lu prévoit, avec le projet de loi 52 qui a été déposé à l'Assemblée nationale il y a trois semaines, la mise sur pied d'une redevance sur les hydrocarbures de 200 millions de dollars par année qui va servir à financer des projets de transport en commun et des projets de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Curieusement, cela contraste beaucoup avec ce qu'on entend ce matin, notamment de nos collègues des pétrolières, puisque le président et chef de la direction d'Ultramar a publiquement appuyé le plan québécois sur la mise en oeuvre du Protocole de Kyoto, plan qui impose à sa propre industrie une redevance partielle de 200 millions de dollars. De toute évidence, cette redevance n'a rien de volontaire. Certaines lois seront modifiées afin de permettre la mise en place de ce règlement.
D'ici 2008, on va modifier le Code du bâtiment du Québec pour améliorer l'efficacité énergétique des nouvelles constructions au Québec. Ce n'est pas du tout du volontariat. On va également, d'ici 2010, imposer de nouvelles normes d'émission pour les véhicules légers en s'inspirant des normes de la Californie. Encore une fois, il n'y a là rien de volontaire.
L'élément qui repose sur le volontariat dans le plan québécois porte, bien entendu, sur les grands émetteurs. Or, au Québec — ce qui n'est pas le cas de toutes les provinces canadiennes —, le problème de l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre n'est pas attribuable au secteur des grands émetteurs, mais au secteur des transports, ce à quoi le plan québécois s'attaque de façon spécifique par des projets de financement de nouvelles infrastructures ou d'amélioration du service existant.
D'ailleurs, l'examen des inventaires au Québec révèle que le secteur des grands émetteurs québécois a réduit les émissions de gaz à effet de serre de 7 p. 100 sous les niveaux de 1990. Ce sont des données de 2003, car on n'a pas encore les données de 2004 pour le Québec. De toute évidence, ce n'est pas le secteur auquel le plan québécois doit s'attaquer.
Le Québec est la seule province à avoir mis en place un plan d'action qui, même s'il n'atteint pas tout à fait les objectifs de Kyoto, s'en rapproche beaucoup. Grâce à ce plan, le Québec passera d'environ +8 à -1 p. 100, et le gouvernement québécois demande l'aide d'Ottawa afin de combler la différence entre le -1 et le -6 p. 100 du Protocole de Kyoto.
Quel genre de message envoie-t-on à cette province quand on lui dit que son plan d'action ne répond pas aux critères et qu'on ne l'aidera pas financièrement à atteindre ses objectifs en vertu du Protocole de Kyoto? D'ailleurs, on ne connaît même pas les critères du gouvernement à cet égard.
Du point de vue des relations fédérales-provinciales, si l'objectif est de créer des partenariats — on a parlé plus tôt de l'importance de travailler avec les provinces —, je trouve qu'on s'y prend d'une façon très drôle pour encourager les provinces et territoires, voire les municipalités, à mettre en oeuvre des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.
J'aimerais aborder la question des échanges d'émissions, du marché du carbone et des mécanismes de flexibilité. Je suis tout à fait d'accord avec ceux qui affirment que le Protocole de Kyoto n'est pas une entente à caractère environnemental.
Il est très ironique d'entendre plusieurs organismes dénoncer actuellement les mécanismes de marché contenus dans le Protocole de Kyoto, alors que ce sont ces organismes qui en ont fait la promotion à l'époque du débat sur l'élaboration du Protocole de Kyoto. Ceux qui suivent le débat depuis un certain temps se rappelleront que la discussion portait sur deux avenues possibles: l'adoption de mesures conjointes par l'ensemble des pays de l'annexe I pour la mise en oeuvre du Protocole de Kyoto, ou la création de mécanismes de marché.
Les pays européens, notamment, faisaient la promotion de ce qu'on appelait les mesures conjointes. Ils proposaient l'imposition d'une taxe sur le carbone, qui serait la même pour tous les pays. Plusieurs organismes venus témoigner devant ce comité à l'époque ont dit qu'il ne fallait pas imposer une taxe, mais plutôt se diriger vers des mécanismes de marché. À l'heure actuelle, ces mêmes organismes disent que les mécanismes de marché ne fonctionnent pas et qu'on devrait les laisser tomber. Tout cela illustre une certaine ironie historique.
Je ne suis pas un scientifique; je suis issu des sciences sociales. Cependant, les scientifiques à qui j'ai parlé disent qu'il est faux de prétendre que le moment où on réduira les émissions de gaz à effet de serre au cours des prochaines années, voire les prochaines décennies, n'a aucune importance. D'ailleurs, le quatrième rapport du GIEC qui sera présenté l'an prochain contiendra probablement beaucoup d'information sur ce sujet. C'est également ce que dit le rapport Stern et ce que diront plusieurs autres rapports qui seront publiés au cours des prochains mois et des prochaines années.
Plus nous attendrons, plus nous compromettrons notre capacité d'agir sur le système climatique global, simplement parce qu'aujourd'hui, on ne connaît pas encore très bien la sensibilité du climat aux augmentations de température.
Je m'explique. Si le climat n'est sensible qu'aux fortes augmentations de température, la température peut augmenter et il n'y aura pas de problème pour le système climatique global. Il est capable d'en prendre.
À l'opposé, si le système climatique est très sensible à de petites variations de température, plus on attend avant de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, plus les impacts sur le système climatique global seront importants.
Il est tout à fait faux de prétendre — aucune base scientifique n'existe à cet égard — que le moment dans le temps où on réduit les émissions de gaz à effet de serre n'a aucune influence. Je n'ai lu aucune étude qui soutenait ce genre de commentaire.
De concert avec le ministre de l'Environnement du Québec, M. Claude Béchard, des représentants du milieu financier comme Desjardins, le Fonds d'investissement en développement durable, les syndicats québécois, des groupes écologistes et des représentants d'industries, j'ai eu récemment l'occasion de lancer une coalition en faveur du Protocole de Kyoto pour tenter de forcer la main du gouvernement fédéral.
Lors du lancement de cette coalition, le vice-président de Cascades, une compagnie de pâtes et papiers bien connue au Canada, est venu dire à quel point c'était important pour sa compagnie de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Il disait que cette année, sa compagnie allait réduire les émissions de gaz à effet de serre de 3 ou 4 p. 100 dans ses propres opérations et que cela représenterait une économie de 12 millions de dollars sur sa facture d'énergie. Il ajoutait qu'en ce moment, dans le secteur des pâtes et papiers, on avait vraiment besoin de ces millions de dollars.
Steven Guilbeault
Voir le profil de Steven Guilbeault
Steven Guilbeault
2006-12-05 9:47
Je terminais avec cet exemple, monsieur le président. Merci.
Steven Guilbeault
Voir le profil de Steven Guilbeault
Steven Guilbeault
2006-12-05 9:48
Je parlais du plan le plus ambitieux. Ce n'était peut-être pas clair.
Le Québec a adopté le plan de réduction des gaz à effet de serre le plus ambitieux.
Steven Guilbeault
Voir le profil de Steven Guilbeault
Steven Guilbeault
2006-12-05 9:52
Oui, avec plaisir. Je crois qu'il est important dans la vie de reconnaître ses propres limites. Par conséquent, en ce qui concerne certaines questions en particulier, par exemple, l'échange de droits d'émission, je laisserais la parole — comme cela a été accepté je crois — à mon collègue Matthew Bramley, de l'Institut Pembina.
Bien sûr, le Canada n'est pas arrivé à Kyoto aussi bien préparé qu'un certain nombre d'autres pays. Par exemple, quand les représentants du Canada sont arrivés dans les salles de réunion à Kyoto en 1997, l'Union européenne avait déjà une très bonne connaissance de la façon dont le système d'allocations entre les pays membres allait fonctionner. Tous les détails n'étaient pas finalisés. Par exemple, à ce moment-là, les pays de l'Union européenne ne penchaient pas nécessairement en faveur d'un système d'échange de droits d'émissions, mais ils ont fini par changer d'idée.
Certes, nous n'étions pas aussi préparés que nous aurions dû l'être, mais cela ne signifie pas que nous devrions abandonner — Je crois qu'il est vraiment facile pour certaines personnes au Canada d'affirmer que les cibles du Protocole de Kyoto sont inatteignables, quand nous n'avons même rien fait pour les atteindre. En 2005, nous avions présenté un plan. Dans son rapport, Mme Gélinas affirme que le plan comportait certaines forces et certaines faiblesses. J'ai entendu des ministres et des représentants du gouvernement dire que Mme Gélinas déclarait dans son rapport que le Protocole de Kyoto était irréalisable. Ce n'est pas ce que j'y ai lu, mais peut-être qu'elle aimerait clarifier ce point.
À mon avis, donc, ce n'est pas une bonne idée que le gouvernement abolisse un certain nombre de programmes qui nous permettraient, si ce n'est d'atteindre nos cibles de Kyoto, du moins de s'y approcher. Nous devons essayer. Nous avons pris un engagement international, un engagement légalement contraignant, je devrais dire, en vue d'atteindre nos cibles de Kyoto. Nous devons vraiment mettre le projet de loi C-288 sur les rails.
Steven Guilbeault
Voir le profil de Steven Guilbeault
Steven Guilbeault
2006-12-05 10:02
Je pense que ç'aurait pu l'être en 1997, ou peu après l'adoption du Protocole de Kyoto, mais cela deviendrait difficile en 2006.
Cela étant dit, je pense que le gouvernement fédéral pourrait très bien mettre en place une espèce de système hybride pour que les provinces qui le veulent puissent fonctionner sur une base territoriale. De toute évidence, une province comme le Québec serait intéressée — il y en a peut-être d'autres — par ce genre de système.
Si on imposait un plafond d'émissions territoriales aujourd'hui, je ne suis pas certain que cela passerait très bien la barre en Alberta, sur le plan politique. Pendant les 10 années que nous avons perdues, nous n'avons pas regardé de ce côté. Peut-être que cela aurait été difficile même en 1997 ou 1998, mais on n'a pas vraiment fait cet exercice. J'imagine qu'on ne le saura jamais. Pour certaines provinces, c'est certainement une possibilité. Quelques-unes d'entre elles ont exprimé haut et fort leur volonté de procéder de la sorte.
Steven Guilbeault
Voir le profil de Steven Guilbeault
Steven Guilbeault
2006-12-05 10:33
En fait, je ne comprends pas la question, monsieur le président. On nous demande si les objectifs du Protocole de Kyoto sont basés sur la science. Si on part de cette prémisse et qu'on regarde le travail scientifique qui a été fait par l'Union européenne, par exemple, sur les objectifs du Protocole de Kyoto et sur les implications scientifiques de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, force est de constater que ce n'est pas suffisant pour la première période d'engagement. Toutefois, les Européens parlent de -15 à -30 d'ici 2020. Je ne suis pas certain de comprendre le sens de votre question.
Steven Guilbeault
Voir le profil de Steven Guilbeault
Steven Guilbeault
2006-12-05 10:34
Cette question n'a rien à voir avec la science. Je reprendrai les paroles de Mme Gélinas qui, pour expliquer son rapport, disait plus tôt qu'avec le leadership nécessaire, il était peut-être possible d'atteindre les objectifs du Protocole de Kyoto au Canada.
Steven Guilbeault
Voir le profil de Steven Guilbeault
Steven Guilbeault
2006-12-05 10:47
Le CO2 est un gaz à effet de serre qui peut demeurer dans l'atmosphère durant plusieurs décennies. Alors, effectivement, les changements climatiques que nous constatons aujourd'hui sont le résultat de ce que nous avons produit, en termes d'émissions de gaz à effet de serre, il y quelques décennies.
Je répète que je ne suis pas un scientifique. Par contre, je peux vous rapporter ce que nous pouvons lire dans les ouvrages scientifiques. Là je ne parle pas de textes d'opinion dans des journaux, mais de documents scientifiques, c'est-à-dire des articles scientifiques publiés dans des revues qui ont un comité de lecture, comme Science & Nature et beaucoup d'autres. Le consensus est que, plus nous retardons la réduction des émissions de gaz à effet de serre, plus le legs écologique que nous allons faire à nos enfants et à nos petits-enfants sera important. Finalement, comme on le dit si bien en québécois, on « dompe » le problème dans leur cour. On s'en lave les mains, essentiellement.
Steven Guilbeault
Voir le profil de Steven Guilbeault
Steven Guilbeault
2006-12-05 10:58
C'est le premier ministre Raffarin qui a fait une déclaration publique à la conférence de Nairobi, afin d'indiquer que le gouvernement français envisageait d'imposer une taxe aux pays de l'annexe 1 qui refusent de prendre les engagements de Kyoto, par exemple l'Australie et les États-Unis, ou aux pays comme le Canada qui ont pris les engagements de Kyoto mais qui les ont négligés par la suite. C'est la première fois que j'en ai entendu parler. Certains collègues de France étaient au courant depuis un certain temps. Je vais être bien honnête avec vous, nous ne savons pas encore ce qui arrivera dans l'Union européenne et ses États membres.
Steven Guilbeault
Voir le profil de Steven Guilbeault
Steven Guilbeault
2005-02-10 11:05
Merci beaucoup, monsieur le président.
Membres du Comité permanent de l'environnement et du développement durable, je m'appelle Steven Guilbeault et je suis le responsable de la campagne Climat et énergie pour Greenpeace Canada. Je suis à Greenpeace depuis 1997, mais je suis le dossier des changements climatiques depuis 1994. J'étais à la Première Conférence des parties à Berlin en 1995, j'étais à Kyoto en 1997 et j'ai fait plus d'une douzaine de réunions internationales de négociations sur les changements climatiques au cours des 10 dernières années.
Je voudrais aborder avec vous ce matin trois éléments concernant la question de la mise en oeuvre du Protocole de Kyoto au Canada. Il y a d'abord la question de la carotte et du bâton dans le cadre des mesures qui ont été mises en oeuvre jusqu'à maintenant. À notre avis, il est essentiel de mettre en place des mesures qui seront structurantes pour l'avenir. Évidemment, il y a le Protocole de Kyoto, mais on commence déjà à parler, sur le plan international, de l'après-Kyoto, c'est-à-dire des ententes futures qui vont suivre le Protocole de Kyoto. Finalement, à notre avis, il est très important qu'on ait un plan à long terme. Je vous donnerai des détails là-dessus dans quelques minutes.
Sur la question de la mise en oeuvre du Protocole de Kyoto jusqu'à maintenant, il faut reconnaître que l'approche adoptée par le gouvernement canadien est essentiellement celle de la carotte. On a offert des incitatifs et on a mis en place des programmes, souvent volontaires, pour différents secteurs de la communauté canadienne, notamment celui de l'entreprise. Tout récemment, avec le Défi d'une tonne, on a commencé à demander à la population canadienne de mettre l'épaule à la roue. On a donc mis en place toute une série de mesures et de programmes incitatifs, mais qui n'ont souvent aucun lien les uns avec les autres sur le plan de leur effet structurant à long terme. On lisait récemment dans plusieurs quotidiens canadiens que même les fonctionnaires à Ottawa reconnaissent maintenant que l'approche volontaire ne nous permettra pas d'atteindre les objectifs visés, ce que nous, les écologistes, disons depuis très longtemps.
On se rappellera que dans la Convention-cadre sur les changements climatiques de Rio, nous avions également pris, au niveau international, l'engagement de stabiliser au niveau de 1990, en 2000, nos émissions de gaz à effet de serre. À l'époque, les seules mesures qui ont été proposées pour atteindre cet objectif ont été des mesures volontaires, et on en connaît aujourd'hui les résultats. En 2000, nos émissions de gaz à effet de serre étaient d'environ 20 p. 100 plus élevées qu'en 1990.
Bien sûr, il peut y avoir des mesures volontaires, et nous sommes d'avis qu'on doit instaurer des mesures incitatives, mais la carotte ne fonctionnera pas sans le bâton. On doit donc avoir recours aux mesures réglementaires. On devra adopter des lois pour forcer les divers secteurs à réduire leurs émissions au niveau canadien. Cela est inévitable.
Cela est vrai pour plusieurs des secteurs où les émissions de gaz à effet de serre sont très importantes. On pense au secteur des grands émetteurs finaux, qui est responsable de 50 p. 100 des émissions de gaz à effet de serre au Canada. On pense aussi au secteur des transports, qui est responsable d'une portion importante des émissions, soit environ 30 p. 100. Jusqu'à maintenant, très peu de mesures, sinon aucune, s'adressent au secteur des transports. C'est une aberration qui doit être corrigée très rapidement.
On peut penser également au secteur du bâtiment. Je pense que M. Ribaux, d'Équiterre, va en parler un peu. Le Code national du bâtiment date de plusieurs années. Les codes des provinces, qui datent aussi de plusieurs années--par exemple, celui du Québec date de 1981--, ont été très peu modernisés, malgré l'introduction de nouvelles techniques de construction, de nouveaux matériaux de construction, de nouvelles technologies comme la géothermie, qui est de plus en plus utilisée au Canada, quoique de façon encore timide, pour réduire les émissions. Jusqu'à maintenant, ces mesures ont été à toutes fins pratiques ignorées ou mises en oeuvre de façon très timide.
Puisque nous parlons de la géothermie, je vous dirai qu'il existe un projet très intéressant, celui de la ville de Winnipeg, où on va construire 10 000 unités domiciliaires entièrement géothermiques.
Voilà qui m'amène au deuxième point, celui de la nécessité de mettre sur pied des mesures structurantes qui nous permettront non seulement d'atteindre les objectifs de Kyoto, mais d'aller au-delà de ceux-ci.
Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, le GIEC, ou si vous préférez, l'IPCC en anglais,
« Intergovernmental Panel on Climate Change »,
nous rappelle que les réductions d'émissions nécessaires pour prévenir des bouleversements climatiques catastrophiques à l'échelle planétaire seront de l'ordre, pour un pays comme le nôtre et pour l'ensemble des pays industrialisés, de 60 à 80 p. 100 au cours des prochaines décennies, donc d'ici environ 2050. Encore la semaine dernière, ces grandes conclusions ont été confirmées au cours d'une rencontre qui avait lieu à l'Université d'Exeter, rencontre parrainée par le premier ministre Blair en Grande-Bretagne.
Nous pensons que les mesures structurantes viendront, entre autres, par l'introduction de mesures fiscales dans différents secteurs de l'activité canadienne. Il faut donc revoir de fond en comble le système fiscal canadien qui, encore aujourd'hui, a tendance à encourager beaucoup plus les activités qui ont de grandes incidences sur nos émissions de gaz à effet de serre, et à décourager les activités, les technologies et les investissements qui créent peu d'émissions de gaz à effet de serre, ou qui nous permettent même de les réduire. Cela va à l'encontre de nos objectifs fixés dans le Protocole de Kyoto.
En terminant, je dirai qu'une partie de notre problème réside dans le fait que, jusqu'à maintenant, au Canada, nous n'avons jamais eu de vision d'ensemble dans ce dossier. Que ce soit à Rio en 1992 ou à Kyoto en 1997--j'y étais--, nous tenions une position de négociation, mais sans trop connaître la finalité. Nous pouvons nous inspirer de ce qui s'est fait ailleurs pour préparer des plans d'action pour les décennies à venir. On peut penser à la Grande-Bretagne et son livre blanc sur les réductions d'émissions: le gouvernement britannique s'engage à réduire de 50 p. 100, d'ici 2050, les émissions de gaz à effet de serre. Je parle de la Grande-Bretagne, mais je pourrais parler d'un État tout près d'ici, l'État du Maine, qui s'est engagé, dans le cadre d'un exercice semblable, à réduire d'ici 2050 les émissions de gaz à effet de serre de 70 p. 100. Un État américain, sous George Bush, s'engage malgré tout à mettre de l'avant des mesures très proactives pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Qui l'eût cru?
Nous ne devons pas perdre de vue les limites écologiques, même si nous les avons complètement évacuées du débat jusqu'à maintenant. À quel degré le climat atteint-il des niveaux de bouleversement catastrophiques pour l'ensemble de la planète? À cet égard, l'Union européenne reconnaît qu'il faut, par tous les moyens possibles, éviter que la température à l'échelle planétaire augmente de plus de deux degrés Celsius. Certains pays l'ont déjà fait, la Grande-Bretagne entre autres. En fonction de cela, on établit des niveaux de concentration atmosphérique qui vont nous permettre de ne pas dépasser cet objectif. Cela fait déjà partie de la politique britannique de lutte contre les changements climatiques. C'est en train de devenir le cas pour l'Union européenne. Je souhaite sincèrement que le Canada fasse ce genre d'exercice, que nous définissions ce genre d'objectif à long terme. Cela va nous permettre d'évoluer, au cours des prochaines décennies, de façon beaucoup plus organisée. Tout le monde saura alors à quoi s'attendre, ce qui n'a malheureusement pas toujours été le cas. Je m'arrête là en vous remerciant beaucoup.
Steven Guilbeault
Voir le profil de Steven Guilbeault
Steven Guilbeault
2005-02-10 11:14
Très bien.
Steven Guilbeault
Voir le profil de Steven Guilbeault
Steven Guilbeault
2005-02-10 12:04
Pour revenir à la science, dire que des organismes comme la NASA et le Pentagone , lequel par exemple a publié au mois d'avril...
Une fuite a révélé qu'une étude du Pentagone affirmait que les changements climatiques représentaient une menace bien plus grave que le terrorisme pour la sécurité des États-Unis. Dire que le centre Hadley, Environnement Canada et les 122 pays qui ont ratifié l'accord de Kyoto sont tous victimes d'une hallucination collective serait un peu exagéré.
Quant à vivre dans une caverne, je ne suis pas particulièrement ouvert à l'idée. Vous connaissez peut être un peu les pays scandinaves dont le niveau de vie est très semblable au nôtre. Les Scandinaves vivent dans un climat froid. Ils ont comme nous des industries lourdes—je parle par exemple de la Norvège—mais leur consommation énergique est essentiellement le tiers de la nôtre. Il ne s'agit donc pas de vivre dans des cavernes, mais plutôt de faire preuve d'efficience. Et pour être franc avec vous cette efficience serait non seulement bonne pour l'économie, elle serait également bonne pour l'environnement.
Cela vous rassurera probablement de savoir que je suis un spécialiste des sciences sociales. J'ai publié dans des revues scientifiques approuvées par des collègues un certain nombre d'articles consacrés à la question des changements climatiques, et comme Morag l'a déjà signalé, les milieux scientifiques internationaux s'entendent sur la question des changements climatiques. Effectivement, il y a encore des gens qui contestent cela, mais la très grande majorité des scientifiques qui travaillent sur cette question disent que c'est effectivement ce qui se passe.
Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, le GIEC, a procédé à l'examen scientifique international de tout ce qui est publié au sujet des changements climatiques. Je n'ai pas les chiffres du rapport d'évaluation de 2001, mais en 1995, ce groupe a analysé 20 000 articles scientifiques concernant les changements climatiques, et c'est de cette façon qu'il a pu tirer les conclusions qu'il a tirées en 1995, ainsi que celles qu'il a publiées en 2001.
Je pense que personne n'a dit que le CO2était un gaz toxique, même si plusieurs parlements du monde, dont celui du Québec, ont affirmé qu'il fallait considérer ce gaz comme un polluant. Mais si vous regardez la définition classique de l'effet d'un polluant sur l'environnement, effectivement on peut dire que ce gaz est un polluant. Mais, c'est certain, personne ne va dire que c'est un gaz toxique.
Je suis d'accord avec vous pour dire que le plan de mise en oeuvre de l'accord de Kyoto devrait être axé sur la mise au point de nouvelles technologies et leur mise en oeuvre ici au Canada, plutôt que sur l'achat de crédits à l'étranger. Cela étant dit, je pense qu'il faut bien admettre qu'étant donné tout le temps que nous avons perdu ces dernières années, il va bien falloir acheter certains crédits à l'étranger, mais il faut aussi que nous ayons la garantie que ces crédits concernent des projets valables—et il y en a dans lesquels nous pourrions investir. Chaque jour qui passe, des compagnies canadiennes investissent à l'étranger, et il faut faire en sorte que ces investissements aillent à des projets valables.
Steven Guilbeault
Voir le profil de Steven Guilbeault
Steven Guilbeault
2005-02-10 12:10
Merci, monsieur Bigras.
En ce qui concerne la question de la réduction de l'intensité des émissions par opposition aux réductions absolues, nous sommes tout à fait d'accord avec vous. C'est une très mauvaise approche qui a été introduite dans le programme des grands émetteurs que celle de fonctionner à partir de l'intensité des émissions, vu qu'il n'est nullement garanti que nous atteindrons des réductions d'émissions totales, ce qui était l'objectif de Kyoto, de toute évidence.
Il faut bien comprendre qu'on nous fait miroiter la catastrophe économique, comme on l'a d'ailleurs fait à l'époque du débat sur la ratification du Protocole de Kyoto et sa mise en oeuvre au Canada, notamment dans le secteur du pétrole et du gaz. Cependant, si ma mémoire est bonne, c'est M. George Anderson , sous-ministre au ministère des Ressources naturelles, qui a avoué devant ce même comité que l'impact des mesures prévues sur le secteur du pétrole représenterait une augmentation de 23 à 25 ¢ le baril de pétrole. C'est une augmentation par baril et non par litre, alors qu'il y a des variations de plusieurs dollars par semaine sur les marchés internationaux, parfois même plus. Cela ne semble pas embêter l'industrie, alors qu'une augmentation de 23 à 25 ¢ le baril entraînerait une catastrophe économique. J'ai un peu de difficulté à croire cela.
La période de référence est une question très importante aussi. Il faut bien comprendre qu'en décidant d'adopter 2010 plutôt que 1990, par exemple, on inviterait les gens à polluer beaucoup d'ici 2010 afin qu'il y ait un plafond d'émissions maximal. Ainsi, les réductions seraient beaucoup plus faciles que si on utilisait 1990 comme année de base, alors que c'est celle qu'on utilise déjà dans le Protocole de Kyoto. Le choix de l'année 1990 permettrait de reconnaître les efforts déjà faits dans plusieurs secteurs de l'industrie canadienne, en Ontario par exemple. On parlait aussi du secteur manufacturier québécois, mais ce qui est vrai au Québec l'est dans plusieurs secteurs manufacturiers au Canada. On pense aux pâtes et papiers, qui ont beaucoup réduit la consommation d'énergie pour la production à l'échelle du Canada. On pense aussi au secteur de l'aluminium. Si on choisit 2010 plutôt que 1990, tous les efforts déjà déployés par ces industries seront pratiquement effacés et non reconnus par le plan fédéral.
Steven Guilbeault
Voir le profil de Steven Guilbeault
Steven Guilbeault
2005-02-10 12:14
Merci, monsieur Simard.
Présentement, le système fiscal canadien a tendance à encourager les activités qui génèrent beaucoup de gaz à effet de serre et à décourager celles qui en produisent peu ou pas. Il est vrai que le gouvernement fédéral a mis en place un crédit à la production d'énergie éolienne qui est, soit dit en passant, à peu près le tiers du crédit à la production d'énergie éolienne qui est offert aux États-Unis sous l'administration de M. Bush. George W. Bush offre un crédit à la production d'énergie éolienne trois fois plus généreux que celui qui existe au Canada. Pourtant, il est considéré rétrograde en matière d'environnement. Il l'est, mais je pense que cela illustre qu'on a beaucoup de retard à ce niveau au Canada.
Comme je l'ai dit plus tôt, au cours des années 1990, nos émissions ont beaucoup augmenté. Si elles avaient été stabilisées pendant les années 1990, nous ne serions qu'à 6 p. 100 de l'objectif du Protocole de Kyoto. Nous sommes à 28 p. 100, peut-être même plus, de cet objectif. Il y a donc un coup de barre à donner, et cela doit se faire. On doit cesser de financer les activités polluantes à l'aide des deniers de l'État, et on doit encourager massivement les activités non polluantes du point de vue des émissions de gaz à effets de serre. Comme Sidney l'a dit, et il est très important de le mentionner, quand on s'attaque aux émissions de gaz à effet de serre, on s'attaque aussi à la source de plusieurs autres polluants, notamment les oxydes d'azote et les oxydes de soufre.
Je suis d'accord avec mes collègues sur le fait qu'il faut réduire progressivement et même éliminer les subventions du gouvernement fédéral aux combustibles fossiles--qui n'en ont de toute évidence pas besoin, au prix où se vend le baril présentement--et qu'il faut encourager massivement l'introduction des énergies renouvelables, mais aussi le transport en commun. Parmi les pays de l'OCDE, le Canada est celui qui investit le moins dans le transport en commun. Il y a également un coup de barre à donner à cet égard. C'est très clair pour nous qu'on doit cesser de financer des activités qui polluent et qu'on doit financer leur contraire.
Steven Guilbeault
Voir le profil de Steven Guilbeault
Steven Guilbeault
2005-02-10 12:17
Il n'y a pas de limite prévue par le Protocole de Kyoto. Évidemment, le problème est que cela pourrait être perçu comme une fuite de capitaux. Je suis d'accord avec votre collègue du Parti conservateur: on financerait ailleurs des réductions d'émissions et le développement technologique, alors que nous stagnerions avec une technologie désuète et polluante. Je ne crois pas que ce soit une stratégie de développement économique sensée.
Résultats : 1 - 15 de 23 | Page : 1 de 2

1
2
>
>|
Exporter en: XML CSV RSS

Pour plus d'options de données, veuillez voir Données ouvertes