Hansard
Consultez le guide de l'usager
Pour obtenir de l’aide, contactez-nous
Consultez le guide de l'usager
Pour obtenir de l’aide, contactez-nous
Ajouter un critère de recherche
Résultats : 1 - 15 de 19
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
NPD (NU)
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
2021-06-21 14:15 [p.8844]
Ouvrir
Monsieur le Président, c'est aujourd'hui la Journée nationale des peuples autochtones. Ce devrait être une journée de célébration, de culture et d'histoire, mais je ressens énormément de tristesse et de colère.
Quand cette institution parle des communautés autochtones, il est souvent question de résilience. Les représentants de l'institution fédérale parlent de leurs investissements sans précédent, alors que pour chaque tranche de 5 $ qu'ils investissent, seulement 25 ¢ vont aux Autochtones. C'est une insulte. Ils se donnent des tapes dans le dos alors même qu'ils privent les Inuits de leur accès à des espaces sûrs et habitables qui les gardent en vie.
Je continuerai à le dire. Nous n'avons rien fait pour les Autochtones dans cette institution qui devrait nous remplir de fierté. Personne ici ne devrait se péter les bretelles. En fait, chaque membre de cette institution devrait ressentir une honte extrême. J'ai honte que les Inuits soient continuellement privés de leur droit à la vie et de leur droit à l'autodétermination.
Aujourd'hui, j'applaudis les Inuits et les Autochtones. Sans nous, sans notre force et notre résilience, nous ne serions pas là.
Matna.
Réduire
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
NPD (NU)
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
2021-06-15 20:04 [p.8513]
Ouvrir
Monsieur le Président, matna.
Chaque fois que j'entre dans l'enceinte de la Chambre des communes et que je prends la parole dans cette salle, on me rappelle sans relâche que je n'ai pas ma place ici.
Je ne me suis jamais sentie en sécurité ou protégée dans mon poste, surtout à la Chambre des communes, et j'ai souvent dû me donner des mots d'encouragement dans l'ascenseur ou prendre un moment dans les toilettes pour maintenir mon calme. Lorsque je franchis ces portes, non seulement cela me rappelle la maison coloniale en feu dans laquelle j'entre volontairement, mais je suis déjà en mode survie.
Depuis j'ai été élue, je m'attends à être arrêtée par des agents de sécurité sur mon lieu de travail. Des agents de sécurité m'ont poursuivi en courant dans les couloirs et ont failli poser leurs mains sur moi et j'ai fait l'objet de profilage racial en tant que députée. Je sais quoi faire dans ces situations. Ma vie au Canada, surtout cette expérience, m'a appris beaucoup de choses. En tant que femme à la peau brune, je ne bouge pas trop rapidement ou soudainement, je n'élève pas la voix, je ne fais pas de scène, je maintiens le contact visuel et je ne cache pas mes mains.
L'instinct de survie est propre à tous les Inuks. Nous n'avons pas le choix. Il y a moins de deux générations de cela, on entendait par instinct de survie la résistance aux températures extrêmes et la capacité de trouver de la nourriture tout l'hiver. Aujourd'hui, l'instinct de survie, c'est être capable d'envisager un refuge chaud et une vie abordable pour voir le gouvernement fédéral nous en priver.
Les institutions fédérales doivent changer leurs politiques et procédures afin de tenir compte de la réalité plutôt que de créer des obstacles pour les personnes comme moi. Je ne devrais pas avoir peur d'aller travailler. Personne ne devait avoir peur d'aller travailler. Il est possible d'instaurer le changement en commençant à la Chambre des communes, pour qu'il se reflète ensuite à l'échelle du pays. Il y a une résistance au changement, un refus de changer, mais ce n'est pas parce que nous n'en sommes pas capables.
Les personnes comme moi n'ont pas leur place dans une institution fédérale. Je suis un être humain qui veut utiliser cette institution pour aider les autres, mais le fait est que cette institution et le pays qu'elle représente ont été créés aux dépens des peuples autochtones, qu'ils sont le fruit de leurs traumatismes et de leur déplacement. Même si on nous dit que nous devrions nous présenter aux élections, nous devons quand même surmonter des obstacles majeurs. Les jeunes se font dire qu'ils manquent d'expérience, qu'ils ne sont pas prêts à diriger. Les femmes, elles, doivent prendre place gentiment, puis se taire. Les personnes ayant un handicap ont pour leur part constaté à maintes reprises qu'on ne s'intéresse même pas à elles. Le taux de suicide chez les Inuits est le plus élevé au pays. Nous vivons une épidémie de suicides, et cette institution refuse de s'en soucier.
Depuis que je siège dans cette enceinte, j'ai entendu tant de jolis mots, comme « réconciliation », « diversité » et « inclusion ». Des gens de l'extérieur de mon parti m'ont qualifiée de courageuse, de brave et de forte. Je serai toutefois honnête, brutalement honnête. Les belles paroles, sans résultats concrets, font mal lorsqu'elles sont prononcées par ceux qui exercent un pouvoir sur l'institution fédérale et qui refusent d'agir. Il n'y a pas de quoi être fier de l'héritage que cette institution continue non seulement à maintenir, mais à bâtir et à alimenter. Les gens au pouvoir ont des choix à faire, et ils choisissent constamment des priorités qui maintiennent en place des systèmes d'oppression. Songeons aux bébés qui deviennent malades dans des maisons infestées de moisissures et aux parents qui ont perdu des enfants parce que ces individus puissants n'estiment pas que le changement en vaut le coût.
Récemment, j'ai demandé à un ministre ce qu'il ferait à ma place. Si sa circonscription affichait le taux de suicide le plus élevé et comptait le plus grand nombre de maisons ayant besoin de réparations, si des femmes et des filles disparaissaient dans sa collectivité et si des enfants étaient placés dans des familles d'accueil sans égard pour leur bien-être, comment se sentirait‑il? J'ai demandé si le ministre allait changer sa réponse si je lui disais de continuer à attendre. Il n'a pas su me répondre. Il a dit qu'il n'essaierait même pas de se mettre à ma place. Voilà justement le problème. Les Inuits ont demandé à ceux qui ont le pouvoir et la capacité d'apporter des changements d'essayer de se mettre à leur place et de survivre le temps d'un jour, d'une semaine, d'un mois. Ils n'ont pas pu.
Il est peut-être impossible pour les ministres de comprendre ce que nous vivons chaque jour, mais je les exhorte à nous écouter, à nous croire et à remédier à la situation. Quand nous leur disons d'agir maintenant, ils doivent agir maintenant. S'ils comprennent vraiment, alors ils devraient avoir honte, car s'ils comprennent à quel point cela fait mal, ils savent à quel point la blessure est profonde. Il serait plus facile pour moi de me faire dire que j'ai tort et que les ministres ne sont pas d'accord avec moi que de me faire dire que j'ai raison et que je suis courageuse, mais qu'il n'y a pas de marge de manœuvre dans le budget pour les droits fondamentaux de la personne que tant d'autres personnes tiennent pour acquis.
Je n'ai pas ma place ici, mais j'espère que ma présence commence à ébranler les fondements de l'institution fédérale qui a commencé à coloniser les Inuits il y a à peine 70 ans. Je sais que c'est difficile à entendre pour certains députés, mais c'est la réalité et la vérité. Cet endroit a été édifié en opprimant les peuples autochtones, des gens comme mon grand-père, qui est né et qui a grandi sur cette terre, mais qui a été réinstallé de force dans un établissement financé et construit par l'institution fédérale.
Notre histoire est tachée de sang, du sang d'enfants, de jeunes, d'adultes et d'aînés. Il est temps de regarder la balance de la justice: d'un côté, il y a une montagne de souffrance et chaque fois que le gouvernement nous donne un grain de sable en soutien, il semble croire que les traumatismes passés ont été effacés et qu'il mérite une tape dans le dos. Dans les faits, il faudra une montagne de soutien pour que le processus de guérison puisse seulement commencer. Tant que dans cette enceinte résonneront des promesses creuses plutôt que de véritables actions, ma place ne sera pas ici.
Bien que ma place ne soit peut-être pas dans cette institution, je suis à ma place dans mon parti. Le NPD a toujours eu à cœur de faire entendre la voix des personnes de différents horizons auxquelles l'institution fédérale ne porte pas attention.
Je tiens à remercier le chef de mon parti, le député de Burnaby-Sud, de m'avoir écoutée et de m'avoir fait sentir que je pouvais dire ce que j'avais à dire, en toute sécurité et sans hésiter. Quand des députés d'autres partis m'ont demandé de défendre un enjeu que leur parti refusait d'aborder, je ne me suis jamais sentie muselée par le NPD. Je ne pourrais jamais me joindre à un autre parti. Je suis néo-démocrate et fière de l'être.
Je remercie mes collègues de New Westminster—Burnaby, de North Island—Powell River et en particulier d'Hamilton Centre d'avoir toujours été là pour moi. Sans mes collègues du NPD, je n'aurais pas eu une si bonne plateforme, aussi sincère dans sa volonté de faire plus, de faire mieux et de faire ce qui s'impose.
Je voudrais aussi remercier mes meilleurs alliés, ma mère et mon père, Pia et Jimmy, ainsi que mon frère, Lars, de tout ce qu'ils ont fait pour moi depuis le début.
Je salue aussi bien bas tout mon personnel, sans qui je n'aurais pas pu survivre. Avec tout ce qui a été produit dans mon bureau, dont je suis très fière, je sais que je n'y serais pas arrivée sans eux. Je leur en suis très reconnaissante.
Bien entendu, je remercie du fond du cœur les Inuits et les Nunavummiuts qui croient en moi et qui m'appuient. Vos messages d'encouragement sont beaucoup plus importants que l'on pense. Je voudrais remercier Pauktuutit de toujours défendre les femmes et les jeunes filles inuites comme moi, et de dire la vérité à ceux qui sont au pouvoir, même quand cela dérange.
Je lutterai toujours pour les droits des peuples autochtones du Nunavut et de partout au pays. Je crois que le pays vit une transformation, et que les Canadiens commencent à prendre conscience de la réalité. J'espère qu'un jour, les personnes comme moi auront leur place ici. J'espère qu'une autre jeune personne, une personne inuk, une femme, ou les trois à la fois, marchera sur mes traces et continuera à inciter cette institution à soutenir les peuples autochtones au Canada.
J'ai prouvé au pays et au monde que rien n'est impossible, que l'espoir peut naître là où on l'avait délibérément éteint, et que lorsque nous unissons nos forces et utilisons nos voix, nous pouvons ouvrir la voie à de réels changements. Je resterai toujours convaincue que nous pouvons faire de la politique différemment. Nous avons déjà commencé et nous allons continuer d'avancer dans cette voie en veillant à ne pas dévier en cours de route.
Réduire
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
NPD (NU)
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
2021-06-14 16:14 [p.8348]
Ouvrir
demande à présenter le projet de loi C‑309, Loi modifiant la Loi électorale du Canada (langues autochtones).
— Madame la Présidente, je présente aujourd'hui mon projet de loi pour inclure les langues autochtones sur les bulletins de vote. Les langues autochtones, la démocratie et l'élimination d'obstacles à l'exercice du droit de vote sont toutes importantes pour l'ensemble des députés de la Chambre, et j'espère que tout le monde soutiendra cette initiative.
Pendant la colonisation, les langues de ces terres ont été remplacées par celles des colons. Les Autochtones du Canada ont toujours rencontré des obstacles dans leur participation à la vie politique. Au cours des dernières élections, le taux de participation des Autochtones vivant dans une réserve était de 51,8 %. Au Nunavut, où la population est presque exclusivement autochtone, le taux de participation était inférieur à 50 %, soit beaucoup plus bas que la moyenne canadienne de 76 %.
Dans son rapport au Comité permanent de la procédure et des affaires de la Chambre, le gouvernement fédéral a admis que les peuples autochtones, et plus particulièrement les aînés, auraient beaucoup de mal à exercer leur droit de vote si des élections avaient lieu pendant la pandémie. Comment se fait-il qu'au Nunavut, où la langue maternelle de 46 % des électeurs est l'inuktitut ou l'inuinnaqtun, les bulletins de vote ne soient qu'en anglais et en français? Que se passerait-il si des électeurs du Québec ou de l'Alberta ne pouvaient pas voter en anglais ou en français? C'est pourtant la réalité de nombreux électeurs du Nunavut à toutes les élections fédérales.
Il est extrêmement important pour nous, peuples autochtones de ces terres, d'avoir ce que nous méritons. Nous devons profiter des élections pendant la COVID‑19 pour inclure les langues autochtones là où elles doivent être: sur les bulletins de vote d'Élections Canada, à côté de l'anglais et du français. Le projet de loi demande au gouvernement fédéral d'utiliser le bulletin de vote pour favoriser la réconciliation. Reconnaître le droit des peuples autochtones à voter dans leur langue est un petit pas dans la bonne direction.
Je demande instamment au gouvernement fédéral et à l'ensemble des députés de s'unir et de veiller à ce que nous utilisions toutes les possibilités qui s'offrent à nous pour réparer immédiatement ce tort dans un esprit de véritable réconciliation. Mon nom ne sera peut-être pas sur le bulletin de vote lors des prochaines élections, mais je veux que les langues autochtones y soient.
Réduire
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
NPD (NU)
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
2021-06-07 14:46 [p.8021]
Ouvrir
Monsieur le Président, le premier ministre, dirigeant du Canada, aime utiliser les mots à la mode comme « réconciliation » pour faire bonne figure sur la scène internationale sans vraiment veiller au respect des droits fondamentaux de la personne en terre canadienne. Le gouvernement fédéral a détruit des dossiers sur les pensionnats autochtones, éliminant du coup des renseignements cruciaux. L'Église catholique détient le reste des dossiers sur ces établissements.
Si les vies autochtones sont aussi importantes qu'aime le dire le premier ministre, pourquoi ne fait-il pas tout en son pouvoir pour elles plutôt que de simplement s'agenouiller et présenter des excuses? Pourquoi le gouvernement ne force-t-il pas l'Église à fournir des renseignements qui nous reviennent de droit?
Réduire
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
NPD (NU)
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
2021-06-03 14:13 [p.7899]
Ouvrir
Monsieur le Président, le premier ministre a dit que la découverte des restes de 215 enfants relève d'un chapitre sombre et honteux de l'histoire de notre pays, mais les peuples autochtones savent que la colonisation n'appartient pas qu'au passé. Elle se fait sentir encore aujourd'hui.
Les enfants autochtones représentent plus de 50 % des enfants placés en famille d'accueil, mais moins de 8 % de l'ensemble des enfants. Plus de 30 % des détenus sont autochtones, et le taux de suicide des Inuits du Nunavut est neuf fois plus élevé que celui des Canadiens non autochtones.
La colonisation n'est pas un chapitre sombre de l'histoire canadienne. C'est un livre auquel l'institution fédérale continue d'ajouter des pages. Nous en avons assez de vivre l'histoire de quelqu'un d'autre et nous refusons qu'elle soit écrite pour nous. Nous avons écrit de nouveaux chapitres et nous continuerons de le faire. Nous ne demanderons pas la permission de vivre dans la dignité et le respect. Nous l'exigerons.
Réduire
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
NPD (NU)
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
2021-06-03 17:26 [p.7929]
Ouvrir
Monsieur le Président, matna. La découverte des restes de 215 enfants sur le site du pensionnat de Kamloops a étonné de nombreux Canadiens, mais pas les Autochtones. Pour nous, cette découverte confirme ce que nous savions depuis le début: un génocide a été commis.
Je suis contente d'entendre que des députés réalisent enfin ce que les Autochtones savaient déjà. Toutefois, il est évident que beaucoup en cet endroit en ont encore long à apprendre sur la réalité de la colonisation des Autochtones qui se poursuit toujours au Canada. Je le constate tous les jours dans ma circonscription, et j'ai besoin que mes collègues, les Canadiens et le monde écoutent.
Récemment, je me suis entretenue avec une de mes amies, Nikki Komaksiutiksak. Nikki est originaire du Nunavut, mais elle a déménagé à Winnipeg à un très jeune âge avec sa mère pour y vivre avec sa tante. Sa mère et sa tante sont toutes deux des survivantes des pensionnats.
Après son arrivée dans sa nouvelle ville, Nikki a subi une multitude de mauvais traitements. Elle a fini par fuir sa maison pour échapper à la violence, mais la police l'a trouvée et l'a ramenée chez elle. Les policiers attribuaient son refus de rentrer à son caractère rebelle. Ils l'ont donc forcée à rentrer. Nikki était si terrifiée de ce qui l'attendait de l'autre côté qu'elle a arraché ses vêtements pour montrer ses blessures aux policiers. Ils ont fixé Nikki du regard, une enfant de 13 ans, portant des centaines de marques de fouet et de poignard partout sur son corps.
Les policiers l'ont emmenée à l'hôpital, où elle est restée pendant 24 heures, après quoi on l'a conduite à son premier foyer de groupe. Elle s'y est sentie incroyablement seule. On n'a jamais demandé à Nikki ce qu'elle voulait, comment elle se sentait ou de quel genre d'aide elle avait besoin. C'est pourquoi elle s'est dit qu'il valait mieux s'enfuir pour aller rejoindre ses amis, mais les policiers l'ont encore une fois rattrapée pour la ramener dans le système.
En deux ans à peine, Nikki avait séjourné dans 15 foyers de groupe. Elle s'enfuyait sans cesse, à la recherche de normalité, se sentant de plus en plus seule. Elle est allée dans une famille d'accueil avec sa cousine, dont elle était si proche qu'elles se considéraient mutuellement comme des sœurs. Sa cousine a été assassinée à Winnipeg à l'âge de 17 ans, et personne n'a encore assumé la responsabilité de sa mort.
Avant même d'avoir terminé l'école secondaire, imaginez d'être trimballé de foyer en foyer, de ne recevoir que très peu d'amour — celui qu'on accorde normalement à un enfant — et de ne pas avoir de stabilité ni de régularité dans sa vie quotidienne.
Nikki a tenté de se suicider de nombreuses fois, et on a fini par l'envoyer dans un centre de traitement. C'est là qu'elle a bénéficié de counseling et de thérapie pour la première fois de sa vie. Elle a commencé à apprendre de nouveaux moyens de gérer les situations, et on lui a donné des outils pour rompre les cycles de traumatismes. Après la thérapie, on lui a trouvé une famille d'accueil avec des parents aimants.
Durant les années où elle était en foyer d'accueil, Nikki a eu trois enfants et elle s'est battue pour qu'on ne les lui enlève jamais. Cela n'a pas été facile, mais elle s'est battue et elle a gagné. Elle a éventuellement terminé ses études secondaires, est allée à l'université et a déniché un emploi extraordinaire où elle se bat pour soutenir les Inuits tous les jours au centre Tunngasugit. C'est maintenant elle qui héberge de jeunes adolescentes à risque.
L'histoire de Nikki est celle de milliers de jeunes inuits et autochtones partout au Canada. La force et la résilience dont elle a fait preuve assureront un avenir radieux à ses enfants. Cette force, elle l'a trouvée en elle et dans sa volonté de s'améliorer.
La colonisation n'est pas terminée: elle a changé de nom. On sépare encore les enfants de leur communauté. Le système des familles d'accueil a remplacé les pensionnats. L'épidémie de suicides a remplacé le génocide des Autochtones.
Je viens d'une communauté qui présente l'un des taux de suicide les plus élevés. Toute ma vie, j'ai vu des personnes sombrer dans un profond désespoir à Baker Lake, où l'on compte parfois trois ou quatre suicides en moins de deux mois. Ceux qui se sont enlevé la vie étaient mes amis, mes coéquipiers, mes camarades de classe.
En grandissant, je me suis souvent demandé si les choses s'amélioraient ou si elles empiraient, mais le traumatisme intergénérationnel du passé récent a créé un cycle terrible où les décès sont devenus normaux. Les Inuits sont aux prises avec une véritable épidémie de suicides. Au Nunavut, nous savons que souvent, les cas ne sont pas recensés et les enquêtes ne sont pas menées de manière rigoureuse. De nombreuses familles demeurent sans réponse. Des informations controversées ne sont pas divulguées. Les questions restent sans réponse et sont ignorées. Les familles ne reçoivent aucun soutien. Souvent, elles doivent elles-mêmes nettoyer les restes de leurs proches.
J'ai entendu toutes sortes d'histoires au sujet de corps découverts sans tête, de la couleur que prend le corps lorsqu'une personne se pend ou de l'odeur qui se dégage lorsqu'une personne décède. Il arrive souvent que les enfants et les jeunes soient témoins de tout cela. Malheureusement, malgré toutes ces expériences traumatisantes, il y a très peu de ressources en santé mentale, et encore moins de ressources en santé mentale adaptées à la culture, à la disposition des enfants et des familles.
Tout comme le suicide et la mort, le départ d'un enfant confié à une famille d'accueil devient la norme pour les familles inuites. C'est un résultat direct...
Réduire
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
NPD (NU)
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
2021-06-03 17:32 [p.7930]
Ouvrir
Matna, je vous remercie de me laisser continuer, monsieur le Président.
Pour les familles inuites, le départ d'un enfant confié à une famille d'accueil devient une chose normale, comme le suicide et la mort. C'est le résultat direct de violations des droits de la personne fondamentaux, qui s'ajoutent aux injustices historiques.
Avant les années 1950, les Inuits vivaient comme ils avaient vécu pendant des milliers d'années. Il n'y avait ni crise du logement, ni épidémie de suicides. C'est alors que le gouvernement du Canada a intensifié sa présence dans le Nord, non pas pour soutenir les Inuits, mais parce que le Canada souhaitait exploiter les ressources naturelles et, plus important encore, afficher sa souveraineté dans la région. Il voulait le territoire, mais il ne se souciait aucunement des gens qui y habitaient.
Que s'est-il passé alors? Les Inuits ont été forcés de s'installer dans des colonies et de vivre dans des « boîtes d'allumettes », comme ils appelaient ces maisons. À partir de ce moment-là, les Inuits n'ont jamais eu de logements adéquats ni sécuritaires, de toute évidence. La GRC a massacré les chiens de traîneau, ou qimmiq, pour forcer les Inuits à rester dans les colonies et les empêcher de s'adonner à leurs activités de chasse traditionnelles pour se nourrir. Résultat: les Inuits ont été forcés de dépendre du gouvernement, une situation qui n'a pas vraiment changé depuis.
Des Inuits atteints de tuberculose ont été forcés de quitter leur terre et de monter à bord d'un bateau pour être soignés dans le Sud du pays. Souvent, des hélicoptères partaient en reconnaissance dans la région pour chercher tous les Inuits qui se cachaient parce qu'ils ne voulaient pas quitter leur chez-soi. Beaucoup de choses se sont déroulées dans les hôpitaux et les sanatoriums du Sud du Canada. Les Inuits n'avaient pas le droit de parler la langue inuktitute. Ils étaient battus, agressés sexuellement et rabaissés. De plus, de nombreux enfants n'ont jamais pu retourner chez eux. Nous avons aussi entendu dire que des expériences étaient menées sur les gens dans ces sanatoriums.
Dans le Nord du Canada, il y avait des pensionnats. Les enfants inuits étaient forcés de fréquenter des écoles parrainées par l'Église pendant des mois, voire des années, afin d'être assimilés. On leur coupait les cheveux, et on changeait leurs vêtements, en plus de les soumettre à des travaux forcés. On les a obligés à abandonner leur langue.
Bien sûr, les gens aujourd'hui sont stressés, déprimés et anxieux. Ce n'est pas de l'histoire ancienne. Les enfants qui ont vécu cette horreur ont maintenant des enfants de mon âge. Nous survivons à peine. Les Inuits privilégiés, dont je fais partie, sont ceux qui ne luttent pas au quotidien pour faire respecter leurs droits fondamentaux et qui voient à quel point tout cela est injuste. Nous nous portons à la défense d'autres Inuits.
C'est pourquoi je suis ici. Je suis ici, dans une institution qui essaie d'éliminer mon peuple depuis 70 ans, pour dénoncer le fait que le gouvernement fédéral est responsable de la colonisation qui est en cours. Les pensionnats autochtones et les actes de génocide dont nous avons été victimes sont devenus le système de placement en famille d'accueil et l'épidémie de suicides que nous voyons aujourd'hui.
Les pensionnats et le génocide autochtone sont des problèmes du XXIe siècle. Il revient au gouvernement d'agir. Les libéraux peuvent choisir de soutenir les efforts vers un véritable changement, comme la motion que nous proposons aujourd'hui, ou ils peuvent se joindre aux gouvernements du passé en perpétuant la violence contre les peuples autochtones. Qu'on ne vienne pas me dire qu'ils n'ont pas les moyens de respecter les promesses faites pendant la colonisation à propos du logement. Ils doivent fournir à tous les Nunavummiuts des logements décents. Les milliardaires canadiens ont empoché 78 milliards de dollars l'an dernier seulement, et nous ne les imposons pas. C'est une question de priorité. Qu'on ne vienne pas me dire que le gouvernement n'a pas les moyens de fournir des espaces sécuritaires aux Inuits.
L'inaction des gouvernements libéraux et conservateurs qui se sont succédé est directement responsable des morts, de la violence et des troubles au Nunavut. J'exige que le gouvernement nous traite comme des êtres humains, tienne ses promesses et respecte nos droits fondamentaux.
Réduire
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
NPD (NU)
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
NPD (NU)
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
2021-06-01 19:44 [p.7789]
Ouvrir
Madame la présidente, en écoutant les députés, nous prenons tous la mesure de ce dont il est question. On parle ici de 215 enfants et bébés, mais aussi de 215 parents. On parle de communautés. On parle de plusieurs générations qui ont été touchées.
Qui sait combien d'autres dépouilles d'enfants seraient retrouvées si nous fouillions chaque site. Il ne s'agit pas d'une découverte, mais bien d'une confirmation. Les Autochtones affirment depuis des décennies que des corps sont enterrés sur les sites de ces écoles, et pas seulement sur les sites connus, mais aussi à d'autres emplacements qui ne sont pas considérés comme des pensionnats et qui devraient clairement l'être. C'est d'ailleurs ce que réclame explicitement la Commission de vérité et réconciliation dans ses appels à l'action.
Au rythme où va le gouvernement, soit environ deux appels à l'action par an, nous n'aurons pas terminé avant 2062. Le premier ministre aura alors 91 ans.
Le député pourrait-il parler du rythme léthargique auquel avance la mise en œuvre des appels à l'action de la Commission de vérité et réconciliation et de ce que ces retards signifient pour les peuples et les communautés autochtones partout au pays?
Réduire
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
NPD (NU)
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
2021-06-01 20:33 [p.7796]
Ouvrir
Madame la présidente, tandis que le député parlait, et bien qu'il prononçait de belles paroles, je ne pouvais m'empêcher de comparer les mots aux gestes. C'est le comble de l'ironie que d'entendre les discours poignants des conservateurs...
Réduire
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
NPD (NU)
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
2021-06-01 21:15 [p.7802]
Ouvrir
Madame la présidente, pendant l'intervention du député, qui a dit de belles choses, je n'ai pas pu m'empêcher de comparer les paroles aux gestes. Il est paradoxal d'entendre des discours émouvants de la part des conservateurs quand on sait qu'ils n'ont pas su répondre entièrement aux besoins fondamentaux des peuples autochtones du Canada.
Les peuples autochtones n'ont que faire de la honte, du sentiment de culpabilité ou même, dans une certaine mesure, des pensées et des prières des peuples non autochtones. Ce que les peuples autochtones veulent partout au pays, ce sont des gestes concrets, et ils veulent que cette réalité soit considérée comme ce qu'elle est vraiment: un crime. Nous sommes témoins d'une réalité historique. C'est l'un des pires crimes de l'histoire du Canada.
Ce député et son parti ont récemment voté contre la déclaration des Nations unies à la Chambre. Nous sommes en présence d'un parti qui a fait plus de compressions dans les services aux Autochtones et les programmes dont ils avaient désespérément besoin dans les dernières années.
Le député et les conservateurs en général croient-ils que nous devrions mettre en œuvre tous les appels à l'action de la Commission de vérité et réconciliation, et si c'est le cas, comment croit-il que nous devrions nous y prendre pour qu'on y arrive avant que j'atteigne l'âge de 69 ans?
Réduire
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
NPD (NU)
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
2021-05-31 14:46 [p.7624]
Ouvrir
Monsieur le Président, le gouvernement fédéral et les églises ont retiré les enfants de leur famille pour les placer dans des pensionnats autochtones. Les dépouilles n'ont jamais été rendues aux familles. La Commission de vérité et réconciliation du Canada a clairement tracé la voie à suivre pour faire ce qui doit être fait. Pourtant, le gouvernement fédéral est resté les bras croisés.
Des bambins de trois ans sont parmi ces enfants enterrés. Combien d'autres enfants y aura-t-il? Quand le gouvernement fédéral mettra-t-il en œuvre les appels à l'action nos 71 à 76? Les dépouilles de nos enfants méritent de revenir auprès des leurs.
Réduire
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
NPD (NU)
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
2021-05-13 14:15 [p.7186]
Ouvrir
Monsieur le Président, la lutte contre la COVID-19 doit inclure des investissements concrets dans le logement dans le Nord.
Au cours du dernier mois seulement, des cas de COVID ont été signalés dans trois collectivités isolées du Nunavut, soit Iqaluit, Rankin Inlet et Kinngait. Alors qu'on dit aux familles d'Ottawa et de Toronto de rester à la maison, de se laver les mains et de garder une distance physique, les Nunavummiuts sont serrés comme des sardines dans des maisons surpeuplées et moisies qui tombent en ruine.
Le Nunavut a le taux le plus élevé de logements surpeuplés au Canada et le pourcentage de logements dans le territoire qui ont besoin de réparations majeures est six fois plus élevé que la moyenne nationale. Le moins qu'on puisse dire, c'est que le financement de 25 millions de dollars prévu dans le budget est risible. Comment les gens peuvent-ils rester chez eux lorsque leur maison est pleine de moisissure et de tuyaux brisés et qu'ils partagent un logement de quatre chambres à coucher avec 14 autres personnes?
La lutte contre la crise chronique du logement au Nunavut est une question de santé publique et aussi une question de respect des droits des Autochtones et de la dignité humaine fondamentale. Nous vivons dans l'un des pays les plus riches du monde. Nous pouvons faire mieux; nous devons faire mieux.
Réduire
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
NPD (NU)
Voir le profil de Mumilaaq Qaqqaq
2021-04-16 11:41 [p.5746]
Ouvrir
Madame la Présidente, la société minière Baffinland Iron Mines Corporation a fait parvenir une lettre au ministre des Affaires du Nord pour lui demander une conclusion rapide à l'évaluation environnementale et sociale de la Commission du Nunavut chargée de l'examen des répercussions à l'égard de l'agrandissement proposé de sa mine. En dépit de nombreuses tentatives, le ministre a refusé de rencontrer les manifestants du groupe des Nuluujaat Land Guardians.
Pour arriver à la réconciliation, il faut établir de bonnes relations avec les Inuits. Au lieu de cela, les libéraux font fi des demandes de transparence et de respect de leurs obligations. Le ministre ou son personnel ont-ils rencontré les représentants de cette société au cours des six derniers mois?
Réduire
Résultats : 1 - 15 de 19 | Page : 1 de 2

1
2
>
>|
Exporter en: XML CSV RSS

Pour plus d'options de données, veuillez voir Données ouvertes