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2022-12-13 11:28 [p.10792]
Madame la Présidente, je suis très heureux d'avoir l'occasion d'intervenir au sujet de ce rapport du Comité permanent des affaires étrangères et du développement international.
En fait, si je ne m'abuse, il s'agit du rapport no 2. Il y a donc de cela plusieurs mois que nous avons adopté ce rapport, au terme d'une rencontre avec le Rinpoche, qui est le dirigeant civil de l'administration tibétaine maintenant stationnée en Inde.
Quoique nos amis tibétains nous répétaient inlassablement que la Chine n'a historiquement aucun droit sur le territoire du Tibet et que les revendications à l'égard de l'indépendance du Tibet demeurent toujours aussi légitimes et pertinentes, ils sont disposés à entreprendre des négociations avec la République populaire de Chine. Ils sont disposés à trouver un terrain d'entente pour permettre au peuple tibétain, à l'intérieur de la République populaire de Chine, dans le cadre de la constitution de cette dernière, de trouver une façon de s'épanouir sans devoir continuer à subir cette politique de sinisation qui est en cours depuis les années 1950 et de façon accélérée, voire brutale.
Voilà un rapport qui a d'abord été adopté unanimement au Comité permanent des affaires étrangères et du développement international et qui devrait, normalement, faire tout autant l'unanimité ici même, à la Chambre. Pourquoi nous retrouvons-nous, dans ce cas, à devoir débattre ensemble d'un sujet qui fait l'unanimité? Pourquoi devons-nous nous interroger sur l'opportunité d'entériner ce rapport du Comité permanent des affaires étrangères et du développement international? C'est tout simplement parce qu'il arrive que des formations politiques se gardent des rapports dans leur petite poche arrière afin de s'en servir non pas pour débattre du fond de l'affaire, mais à des fins dilatoires, de sorte à retarder les travaux de la Chambre.
Il y a bien longtemps que nous aurions dû avoir un débat, ou du moins avoir adopté le rapport no 2 du Comité permanent des affaires étrangères et du développement international. Or voilà que, plusieurs mois plus tard, on se retrouve, à la veille de Noël, à devoir débattre dudit rapport. Sur ce, la Chambre est maître de ses travaux. Nous aurions fort bien pu décider tout simplement, d'un commun accord, d'adopter à l'unanimité ce rapport. Nous aurions été tout à fait d'accord pour que la Chambre entérine ce rapport qui m'apparait important, qui appelle non pas à une confrontation, mais à des négociations. Comment pourrions-nous être opposés à des négociations? Par la force des choses, on doit toujours être ouvert à la négociation.
Les Tibétains, qui ont des droits légitimes avérés à leur indépendance, disent maintenant que, tant qu'à devoir subir ce que le peuple tibétain subit depuis l'invasion chinoise des années 1950, aussi bien faire preuve de réalisme et tenter de trouver un arrangement. Comment peut-on être contre la vertu et la tarte aux pommes? Nous aurions été tout à fait d'accord et ouvert à l'idée que, d'un commun accord, nous adoptions sans débat, à l'unanimité, ce rapport. Or, voilà que les libéraux et les conservateurs sont engagés dans une espèce de guérilla procédurale, et, honnêtement, je trouve cela extrêmement dommageable.
Ma collègue d'Edmonton Strathcona y faisait référence, il y a quelques instants: le Comité permanent des affaires étrangères et du développement international, après avoir été paralysé pendant presque deux mois en mai et en juin dernier sur la question de la santé reproductive des femmes, est de nouveau paralysé. En effet, les libéraux ne nous amènent pas à conclure et à finaliser deux rapports qui étaient presque terminés, un rapport sur les inondations au Pakistan et un rapport sur la situation en Ukraine. Je me permets de le répéter, simplement pour faire comprendre à quel point on met de côté des choses importantes pour se crêper le chignon, ce qui est totalement inadmissible. Il s'agit d'un rapport sur les inondations au Pakistan qui ont fait plusieurs centaines de victimes et d'un rapport sur la situation en Ukraine; il est inutile de parler du nombre de victimes que ce conflit fait tous les jours. Plutôt que de prendre les quelque 10, 15 ou 20 minutes qu'il nous manquait pour finaliser ces deux rapports, les libéraux, qui savaient pertinemment que les conservateurs allaient réagir, ont décidé de passer outre la fin de l'étude des rapports et d'axer de nouveau nos travaux sur le dossier de la santé reproductive des femmes.
Que l'on me comprenne bien, je trouve que c'est un débat extrêmement important et capital. Des femmes partout dans le monde se retrouvent dans des situations de pauvreté extrême, quand elles ne décèdent pas, pour avoir tenté d'obtenir un avortement, je dirais, avec les moyens du bord. Pour le gouvernement libéral qui dit avoir une politique étrangère féministe, il y a donc une obligation d'aborder ouvertement, de front et sans compromis, la question de la santé reproductive des femmes à travers le monde. Nous en sommes. Nous voulons et nous souhaitons aborder cette étude le plus rapidement possible.
D'ailleurs, j'ai eu des discussions avec mon collègue de Sherwood Park—Fort Saskatchewan à ce sujet. Je pense qu'il y a une ouverture de la part des conservateurs à éventuellement mettre un terme à cette espèce de guérilla de procédure et à enfin mettre cela derrière nous. Cela permettra aux conservateurs, par la même occasion, de nous expliquer leur point de vue sur la santé reproductive des femmes. Ils donnent l'impression en ce moment que ce n'est pas une question importante et qu'on ne devrait pas en débattre et en discuter. Les mots « contraception » et « avortement » font frémir certains conservateurs au point qu'on ne devrait pas discuter de l'ensemble de la problématique. Or, c'est une question fondamentale et je crois savoir que nos amis conservateurs seraient disposés à ce qu'on le fasse.
Je qualifierais d'affront ce qui a été fait par nos collègues libéraux lorsqu'ils ont dit qu'on n'allait pas finaliser le rapport sur les inondations au Pakistan, qu'on ne finaliserait pas le rapport sur la situation en Ukraine, mais qu'on passerait directement à l'étude sur la santé reproductive des femmes. Évidemment, cela a eu pour effet de provoquer nos amis conservateurs et a donné lieu à une nouvelle obstruction de leur part au Comité permanent des affaires étrangères et du développement international, ce que je trouve éminemment étonnant et scandaleux. S'il y a un comité à la Chambre des communes qui devrait être le moins partisan possible, c'est bien le Comité permanent des affaires étrangères et du développement international.
J'ai eu l'occasion de le répéter à plusieurs reprises au Comité et cela me donne l'occasion de le dire ici même à la Chambre: comme on le sait, j'ai eu une vie antérieure comme député fédéral et j'ai longtemps siégé au Comité permanent des affaires étrangères et du développement international dans cette vie antérieure, comme je le fais présentement. Cette idée selon laquelle le Comité devait être l'un des moins partisans du Parlement et de la Chambre des communes s'est vérifiée pendant presque toute la durée de ma vie antérieure comme député fédéral, c'est-à-dire pendant à peu près une douzaine d'années.
Depuis que je suis revenu en 2019, le Comité permanent des affaires étrangères et du développement international donne lieu à des affrontements extrêmement disgracieux entre les libéraux et les conservateurs. Quand ce ne sont pas les conservateurs qui font de l'obstruction aux travaux du Comité, ce sont les libéraux qui font de l'obstruction aux travaux du Comité. C'est le monde à l'envers. C'est soit que le gouvernement fait de l'auto-obstruction, soit qu'il subit l'obstruction des conservateurs.
En 12 ans d'expérience comme parlementaire, je n'avais jamais vécu de situation où le Comité permanent des affaires étrangères et du commerce international — tel qu'il s'appelait à l'époque, alors qu'il se nomme maintenant Comité permanent des affaires étrangères et du développement international — aurait été paralysé non pas pendant une séance ou deux, mais pendant des semaines complètes, et ce, en raison des jeux partisans entre nos amis libéraux et nos amis conservateurs.
Pendant ce temps, on ne règle pas la question du rapport sur les inondations au Pakistan; on ne règle pas la question éminemment importante, alors que des gens meurent tous les jours en Ukraine, du rapport sur la situation dans ce pays; on n'aborde pas non plus cette question tout aussi importante de la santé reproductive des femmes.
Aujourd'hui, on se retrouve à devoir débattre d'une motion qui aurait normalement dû faire l'unanimité, qui aurait dû être adoptée à l'unanimité sans le moindre débat. On en débat pendant deux heures parce que les conservateurs ont décidé que, à la suite des provocations des libéraux, ils allaient entreprendre cette petite guérilla de procédure qui a cours au Comité permanent des affaires étrangères et du développement international. Rappelons que nos amis conservateurs ont déposé 300 motions jusqu'à présent. Il y a du matériel pour tenir jusqu'en 2075.
Va-t-on se sortir de ce cercle vicieux? Cela n'a aucun bon sens. Est-ce qu'on ne pourrait pas tout simplement s'asseoir, se parler comme des adultes responsables et faire en sorte de faire avancer le rapport sur les inondations au Pakistan, de finaliser le rapport sur la situation en Ukraine et d'entreprendre, ma foi, le plus rapidement possible, l'étude sur la santé reproductive des femmes?
Pour le moment, rien de tout cela ne se fait, parce que les libéraux ont décidé de provoquer les conservateurs et parce que les conservateurs, pas plus fins, ont décidé de se laisser provoquer et de donner suite à ce qui se passe. On se retrouve de nouveau en mode obstruction au Comité permanent des affaires étrangères et du développement international, ce que je trouve encore une fois étonnant, mais fondamentalement inacceptable, intolérable. On ne peut pas accepter que ce comité, qui, normalement, devrait être l'un des plus consensuels de la Chambre des communes, soit complètement paralysé par des guéguerres de procédure entre les libéraux et les conservateurs. Cela n'a aucun sens.
Je terminerai en exposant les raisons pour lesquelles je considère que ce comité est — ou devrait à tout le moins être — l'un des moins partisans à la Chambre des communes.
La première raison est fort simple. Sur la question des valeurs, à l'échelle internationale, à part quelques petites différences marginales, il y a bien peu de choses qui distinguent les libéraux, les conservateurs, le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique en matière d'affaires étrangères. Certains seront peut-être surpris de m'entendre dire une chose pareille, mais, sur le plan des valeurs, il y a plutôt une communion d'esprit. À part quelques épisodes, comme à l'époque du gouvernement de Stephen Harper, je dirais que la politique étrangère du Canada a été relativement constante depuis la Seconde Guerre mondiale, et ce, peu importe le changement de gouvernement entre libéraux et conservateurs. Sur le plan des valeurs, à part le court intermède du gouvernement conservateur de Stephen Harper, je dirais qu'il y a peu de distinction entre les différentes formations politiques, ce qui devrait normalement se refléter dans la qualité et l'harmonie des travaux au Comité permanent des affaires étrangères et du développement international. C'est la première raison pour laquelle je pense que ce comité est normalement le moins partisan. Compte tenu de la situation, je dirai que c'est la raison pour laquelle il devrait être le moins partisan.
L'autre raison — on sera surpris d'entendre un tel commentaire de la part de la bouche d'un méchant séparatiste —, c'est que, vu de l'étranger, le Canada a tout avantage à présenter un front uni plutôt que de se présenter en rangs dispersés. Mes collègues seront curieux d'apprendre que, pour les souverainistes, il n'y a aucun avantage à ce que le Canada paraisse mal sur la scène internationale. Ce n'est pas parce que nous voulons réaliser l'indépendance du Québec que nous souhaitons que le Canada se porte mal et, conséquemment, qu'il se présente mal sur la scène internationale.
Je pourrais présenter une longue liste de raisons, mais, pour ces deux raisons fondamentales, je pense que ce comité devrait être l'un des moins partisans de la Chambre des communes. Je le maintiens et je le réaffirme haut et fort. Je demande à mes collègues du Parti libéral et du Parti conservateur de mettre fin à ces guéguerres de procédure qui empêchent le Comité permanent des affaires étrangères et du développement international de faire convenablement son travail.
Je suis catastrophé et médusé par le sentiment du devoir non accompli. Quand, dans quelques heures, nous partirons pour la période des Fêtes sans avoir achevé le rapport sur les inondations au Pakistan, sans avoir achevé le rapport sur la situation en Ukraine et sans avoir amorcé la discussion et l'étude sur la santé reproductive des femmes, j'aurai honte.
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2022-12-13 11:46 [p.10794]
Madame la Présidente, je pense que mon discours coule de source en ce qui a trait à la question qui vient de m'être posée.
Bien sûr, plus nous serons en mesure de prendre des décisions consensuelles, mieux ce sera. Cependant, il y a quelque chose de fondamentalement dérangeant dans le fait que, à la fin d'une législature, par exemple, des députés libéraux se mettent à faire de l'obstruction systématique pour empêcher l'adoption du rapport du comité si le rapport du comité se montre le moindrement critique à l'égard du gouvernement. Cela a obligé l'opposition à se mobiliser de façon unanime, ce qu'on n'a pas vu souvent. À au moins deux reprises, l'opposition a présenté un rapport dissident unanime.
Il est très malheureux qu'une telle chose se produise au Comité permanent des affaires étrangères. Je vais donner un exemple plus contemporain. Parfois, tout le monde a l'air d'être d'accord et le rapport semble convenir à tous. Ensuite, on découvre avec surprise que l'un des partis, le Parti conservateur pour le pas le nommer, arrive avec un rapport dissident…
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2022-12-13 11:47 [p.10794]
Madame la Présidente, comme c'est un député conservateur qui me pose la question, je vais finir ma réponse précédente très rapidement. Je disais simplement que nous étions surpris de voir le Parti conservateur nous arriver avec un rapport dissident dont il n'avait jamais vraiment discuté. Les éléments soulevés dans le rapport n'avaient jamais vraiment été soulevés dans les débats. Je trouve cette attitude très malheureuse.
Maintenant, pour revenir à la question de mon honorable collègue avec lequel j'ai eu grand plaisir à travailler au Comité permanent des affaires étrangères, je dirais simplement qu'il a tout à fait raison. La communauté tibétaine canadienne doit absolument ne rien comprendre au fait que nous nous trouvons dans cette situation aujourd'hui, plusieurs mois après que le rapport ait été adopté au Comité permanent des affaires étrangères. Tout d'un coup, à la veille de Noël, on décide d'entreprendre le débat là-dessus. Je pense que la communauté s'attend à ce que nous l'adoptions. Alors, adoptons-le.
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2022-12-13 11:49 [p.10795]
Madame la Présidente, je remercie infiniment mon collègue de sa question.
Comme je le disais dans mon discours, j'ai eu des discussions avec mon collègue de Sherwood Park—Fort Saskatchewan sur la question et je suis convaincu que les conservateurs ont des choses à dire. Au-delà de leur volonté d'empêcher le débat de se faire, ils ont des choses à dire sur la question de la santé reproductive des femmes.
En multipliant les mesures dilatoires, ils donnent l'impression qu'ils ne s'intéressent pas à la question ou qu'ils n'ont pas de solutions à proposer concernant la santé reproductive des femmes. Alors, passons rapidement à cette étude et entendons les propositions du Parti conservateur; je suis convaincu qu'ils en ont. Cela ne peut pas se limiter simplement au fait qu'on ne veuille pas en discuter. C'est un problème extrêmement important partout dans le monde et le Canada a soi-disant une politique étrangère féministe. Il faut donc aller de l'avant.
Cependant, quand les libéraux décident de prendre en otage le Comité permanent des affaires étrangères en faisant en sorte de ne pas compléter l'étude sur les inondations au Pakistan et de ne pas compléter l'étude sur la situation en Ukraine, ce qui nous aurait pris à peine 15 minutes, simplement pour mettre en boîte nos amis conservateurs, c'est le genre de situation dans laquelle on se retrouve. C'est extrêmement malheureux d'un côté comme de l'autre.
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2022-12-13 11:52 [p.10795]
Madame la Présidente, je remercie ma collègue de Terrebonne de sa question, qui me permet d'en rajouter.
J'aimerais simplement dire que, contrairement à ce que nos collègues peuvent penser, dès la genèse du Bloc québécois, nous avons pris l'engagement solennel de respecter les institutions. Nous ne sommes pas ici pour jouer les empêcheurs de tourner en rond. Nous sommes ici pour faire en sorte que le Québec obtienne sa part à l'intérieur de ce pays tant qu'il fera partie du Canada. Nous sommes ici bien sûr pour faire la promotion de ce qui nous semble être la meilleure solution pour les Québécoises et les Québécois, soit l'indépendance.
Il ne faut pas nous voir comme une menace. Peut-être qu'on nous voit comme une menace, mais en fait, nous sommes des députés consciencieux qui ne font pas les choses simplement pour faire mal paraître les autres. C'est très étonnant pour les souverainistes que nous sommes de voir les conservateurs et les libéraux se comporter littéralement comme des goujats à la Chambre des communes et dans les comités alors que nous devrions travailler de concert dans l'intérêt fondamental des Canadiens et des Canadiennes, mais aussi des Québécoises et des Québécois.
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2022-12-13 11:54 [p.10795]
Madame la Présidente, je pense qu'il y a peu de choses à répondre à ce que mon honorable collègue vient de dire.
Je pense que c'est une mise au point qui s'imposait pour rappeler que le Bloc québécois avait proposé l'adoption unanime précédemment, adoption qui n'avait pu être obtenue.
Je trouve qu'il y a une curieuse coïncidence entre le fait qu'on se retrouve à devoir débattre pendant deux heures d'une motion qui aurait dû être adoptée unanimement il y a de cela bien longtemps et le fait que les travaux soient complètement paralysés au Comité permanent des affaires étrangères et du développement international.
Peut-être suis-je mal intentionné, mais je ne peux pas faire autrement que de voir cette coïncidence.
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2022-10-27 14:52 [p.8978]
Monsieur le Président, le secrétaire d'État des États‑Unis rencontrera le premier ministre en fin de journée. Je sais qu'ils aborderont des enjeux très importants, cruciaux, dont les situations en Haïti, en Ukraine et en Iran. Ils aborderont aussi la question des réfugiés en Amérique du Nord. À l'heure actuelle, des milliers de demandeurs d'asile traversent la frontière de façon irrégulière, sans protection, à leurs risques et périls. On ne reçoit pas des gens qui ont besoin d'aide de cette façon.
Le premier ministre va-t-il discuter avec le secrétaire d'État de la suspension de l'Entente sur les tiers pays sûrs?
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2022-10-25 13:14 [p.8838]
Monsieur le Président, je signale d'emblée que je partagerai mon temps de parole avec ma formidable collègue de Beauport—Limoilou.
J'écoute mes collègues des formations politiques fédéralistes s'exprimer depuis ce matin, à l'exception peut-être de nos amis du NPD, qui se gargarisent de leur fierté canadienne en voulant à tout prix protéger une institution étrangère. Qu'y a-t-il donc de typiquement canadien dans la monarchie britannique?
J'entends les conservateurs et les libéraux nous dire à quel point ils sont fiers du Canada, nous dire que c'est le plus beau et meilleur pays au monde, et nous dire qu'ils veulent protéger les institutions britanniques, la monarchie britannique. Ils nous répètent que ce débat n'est pas important, que personne ne leur parle de la monarchie dans leur circonscription respective.
Or, à quoi bon dépenser 67 millions de dollars annuellement pour une institution dont tout le monde se fout dans leur circonscription respective? C'est cela, au fond, la véritable question.
Si cela n'est pas important pour leurs concitoyennes et leurs concitoyens, pourquoi prendre de leur argent chaque année, au lieu de consacrer ces 67 millions de dollars aux missions essentielles de l'État, comme le logement social ou le soutien aux personnes sans emploi, par exemple? Pourquoi continuer cette gabegie de dépenses publiques au bénéfice de certains privilégiés?
Certains citoyens de ce pays, dont nos collègues sont si fiers, n'auront jamais l'occasion de se présenter à Rideau Hall pour partager les petits fours de Son Excellence la gouverneure générale du Canada. Ils tirent le diable par la queue tous les jours pour réussir à payer les dépenses qu'occasionne l'inflation.
Il est question ici du même cœur même de nos institutions démocratiques, lesquelles s'appuient sur l'égalité des citoyennes et des citoyens, sur un État de droit, et non pas sur la primauté du sang de quelques personnes qui, simplement par naissance, auraient le droit de régner sur tout un pays.
La monarchie va à l'encontre de plusieurs principes qui sont au cœur de nos institutions, qu'il s'agisse, comme je viens de l'indiquer, de l'égalité entre les citoyennes et les citoyens, de la souveraineté populaire, de la démocratie, qui en est le corollaire, et de la séparation de la religion et de l'État.
On nous parle de ce que pensent les citoyennes et les citoyens de ce pays. Or, selon un sondage de l'Institut Angus Reid réalisé en avril dernier, 71 % des Québécoises et des Québécois sont opposés au maintien de la monarchie et veulent qu'elle disparaisse au Canada. Ce sont 51 %, soit une majorité de concitoyennes et de concitoyens dans les circonscriptions de mes collègues, qui souhaitent l'abolition de la monarchie.
Le sondage indique également qu'il n'y a pas une seule province, au Canada, où le pourcentage de gens qui souhaitent la maintenir est supérieur au pourcentage de celles et ceux qui souhaitent qu'on s'en débarrasse.
Les députés devraient noter cela, eux qui disent que leurs citoyens et leurs citoyennes ne leur parlent pas de cela. Mes collègues doivent prendre note de ce que ces gens pensent, et la majorité de leurs concitoyennes et concitoyens pensent qu'on devrait abolir cette institution inutile.
Un autre sondage, de Léger, réalisé en juin, montre que 56 % des Canadiens et des Canadiennes sont opposés au serment d'allégeance. Au Québec, cela monte jusqu'à 75 %. L'Australie, qui a toujours comme chef d'État Sa Majesté le roi, a décidé de se départir du serment d'allégeance. Pourquoi le Canada ne ferait-il pas ainsi?
J'ai envie de partager avec mes collègues quelques mots que j'ai prononcés au moment où j'ai prêté serment pour la toute première fois, en 2005, à titre de député à l'Assemblée nationale du Québec. En faisant référence aux serments que j'avais prêtés ici, à la Chambre des communes, j'ai dit:
Mes précédentes assermentations se sont toujours déroulées de façon très intime, dans l'anonymat le plus complet. Je n'ai jamais invité personne à y assister, pas même mes collaboratrices et collaborateurs les plus proches, ni même ma conjointe [...]. Je faisais ça, comme on dit par chez nous, « à la sauvette »!
C'est que je ne voyais nul motif de célébration. Pour moi, l'assermentation ne constituait qu'une formalité, un passage obligé, pour me permettre de m'acquitter de mes responsabilités. En fait, ce rituel m'est même apparu comme une étape difficile, puisque le bon sens livrait une âpre lutte à ma conscience. Je pensais en effet, en posant ce geste, à nos ancêtres canadiens, qui, sous le régime anglais, étaient forcés de prêter le serment du test pour pouvoir exercer une charge publique; à mes ancêtres acadiens, dépossédés de leurs biens et déportés dans des conditions misérables sous le prétexte fallacieux qu'ils avaient prétendument refusé de prêter un serment d'allégeance inconditionnel parfaitement futile, en raison de leur statut avéré de sujets britanniques. Je ressentais un profond sentiment d'impuissance et de honte à l'idée de trahir ainsi leur mémoire en me prêtant à cet acte officiel qui avait été, pour eux, source de tant de malheurs.
J'entends encore une fois nos collègues se gargariser de leur fierté d'être Canadiennes et Canadiens. Le secrétaire parlementaire allait même jusqu'à dire que le Bloc québécois amène ce débat parce qu'il veut briser ce beau pays. Cela adonne qu'il y a des gens éminemment fédéralistes, pas des moindres, notamment John Manley, qui ont fait des déclarations en ce sens. John Manley, qui a été vice‑premier ministre et ministre des Finances dans le gouvernement de Jean Chrétien, qui a fait un certain nombre de déclarations que je vais me permettre de partager.
Je crois que lorsque les gens y réfléchissent, force leur est de constater que notre cheffe d'État est étrangère et que lorsqu'elle voyage, elle ne représente pas le Canada, mais bien le Royaume‑Uni. Je pense que les gens se rendent compte que la monarchie est, fondamentalement, une institution quelque peu dépassée que le Canada ne devrait pas conserver.
M. Manley a ajouté qu'on ne devait pas permettre que le prince Charles devienne le roi du Canada:
Au XXIe siècle, nous ne devrions pas envisager que le fils aîné hérite du rôle de chef d'État. Cette responsabilité devrait être confiée à un Canadien qui illustre la diversité canadienne et qui serait désigné par les Canadiens.
M. Manley a également dit ceci:
Personnellement, au terme du règne de la reine Elizabeth, je préférerais une institution exclusivement canadienne. La solution pourrait être aussi simple que de conserver le gouverneur général comme chef d'État au Canada. Quoi qu'il en soit, j'estime qu'il n'est pas nécessaire que le Canada conserve la monarchie.
Ici, on ne parle pas d'un méchant séparatiste et de quelqu'un qui a des accointances avec le Bloc québécois, on parle d'un ministre libéral. On ne parle pas d'un ministre junior, on parle du vice‑premier ministre et ministre des Finances sous le gouvernement de Jean Chrétien.
Les jeunes libéraux, qu'on ne peut pas non plus soupçonner de sympathies souverainistes, ont même déposé en 2012 — pas en 2002, comme ce fut le cas à l'époque de John Manley, — au congrès du Parti libéral une motion pour abolir la monarchie au Canada.
On voit bien que cela n'a strictement rien à voir avec le fait qu'on puisse être souverainiste ou non, puisque la majorité des concitoyennes et des concitoyens de mes collègues provenant d'un peu partout au Canada est également opposée à la monarchie.
Quand ils disent que les citoyens de leur circonscription ne leur parlent pas de cela du tout, je pense que, au contraire, cela parle fort. Cela parle fort que 67 millions de dollars par an soient consacrés à cette institution plutôt qu'investis, par exemple, dans le logement social. Cela représenterait 670 nouveaux logements sociaux qui seraient construits annuellement si on investissait ces sommes dans le logement social plutôt que dans l'entretien de Rideau Hall et de la personne qui y réside à nos frais.
Je fais abstraction ici de toutes les dépenses somptuaires que les médias ont rapportées depuis trop longtemps par rapport aux gouverneurs généraux du Canada et aux lieutenants‑gouverneurs un peu partout dans les provinces. Je fais grâce à la Chambre de l'énumération de tous ces gens.
On nous répète que la monarchie est un élément de stabilité pour la démocratie canadienne; je termine simplement en affirmant respectueusement qu'il y a énormément de démocraties dans le reste du monde qui ne sont pas des monarchies et qui sont très stables et très fonctionnelles.
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BQ (QC)
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2022-10-25 13:25 [p.8839]
Monsieur le Président, j'aimerais que mon collègue de Guelph m'explique, juste pour le fun, en quoi les liens privilégiés de sa communauté avec la monarchie britannique ont changé quoi que ce soit dans la vie de ses concitoyennes et concitoyens. Combien de fois le monarque s'est-il donné la peine de débarquer chez lui et de réaffirmer ses liens privilégiés entre Guelph et Buckingham Palace?
C'est simplement de la poudre aux yeux. C'est la même chose concernant la gouverneure générale. Bien sûr, la gouverneure générale est canadienne, parce qu'on a enfin rompu avec cette tradition d'avoir des gouverneurs généraux britanniques. Si nous avons été capables de nous débarasser de cette tradition, il reste un pas à faire, celui de se débarrasser de cette institution britannique qui n'a rien à voir avec le Canada du XXIe siècle.
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BQ (QC)
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2022-10-25 13:27 [p.8839]
Monsieur le Président, cette motion touche bel et bien la vie quotidienne des Québécoises et des Québécois, et même celle des concitoyennes et concitoyens de mon collègue.
En effet, c'est dans les poches de ses concitoyennes et concitoyens et celles des Québécoises et des Québécois qu'on vient chercher l'argent pour entretenir cette institution. Pendant que la gouverneure générale organise des réceptions et se déplace en avion avec des repas somptueux à bord pour elle et ses invités, des gens dans la circonscription de mon collègue ont de la misère à joindre les deux bouts parce que la vie coûte trop cher.
Pendant ce temps-là, des gens privilégiés vivent richement à même ses taxes et ses impôts et ceux de ses concitoyens et concitoyennes, comme si on était encore au XIIe siècle. Le XXIe siècle, il faut y arriver. Comme je viens de le dire, si on a réussi à se débarrasser de la tradition voulant qu'on ait des gouverneurs généraux britanniques, poursuivons jusqu'au bout cette logique et abolissons la monarchie.
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2022-10-25 13:28 [p.8839]
Monsieur le Président, un des avantages d'avoir siégé longtemps à la Chambre est de pouvoir faire des liens avec les différentes époques. Je me souviens d'une époque qui a commencé en 1993 et où le premier ministre libéral du temps, Jean Chrétien, nous disait qu'il fallait parler des vraies affaires, de ce qui intéresse les citoyens et les citoyennes au quotidien.
Cela m'a pris un certain temps, mais j'ai fini, autre avantage de siéger longtemps à la Chambre, par me rendre compte que les vraies affaires sont celles dont le gouvernement ne veut pas discuter. Quand le gouvernement parle des vraies affaires, c'est pour mettre de côté un certain nombre d'affaires dont il préférerait qu'on ne parle pas. Or, cela adonne qu'il y a des députés à la Chambre qui ont pour mission de discuter des choses dont le gouvernement ne veut pas discuter, notamment la question de la monarchie.
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2022-10-04 14:18 [p.8086]
Monsieur le Président, lorsque j'ai été nommé porte-parole en matière d'affaires étrangères du Bloc québécois, j'ignorais que cela incluait le cosmos. C'est pourtant de l'espace que je parle aujourd'hui, et ce, grâce à Julie Bellerose.
La semaine dernière, cette ingénieure originaire de Sainte‑Julie a dirigé une mission de la NASA qui relève carrément de la science-fiction. Mme Bellerose devait faire dévier un astéroïde à 10 millions de kilomètres de la Terre en le percutant avec une sonde spatiale fonçant à 22 500 kilomètres à l'heure. C'était une expérience visant à évaluer s'il est possible d'infléchir la trajectoire d'un astéroïde dans le cas où l'un d'entre eux se dirigerait dangereusement vers notre planète.
Au nom du Bloc québécois, je tiens à féliciter Julie Bellerose pour cette mission accomplie. Il s'agit d'un nouveau fait saillant d'une carrière qui l'a amenée de Sainte‑Julie à la Californie, en passant par le Japon. Cet exploit l'a propulsée au sein d'un club sélect de Québécois et de Québécoises qui montrent aux jeunes de chez nous jusqu'où le génie québécois peut se rendre. La réponse, c’est: loin, très loin, très très loin.
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BQ (QC)
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2022-09-21 14:18 [p.7474]
Monsieur le Président, nous soulignons aujourd'hui la Journée internationale de la paix.
Nous la soulignons, sans toutefois la célébrer, parce que la paix est un idéal qui semble de plus en plus lointain dans l'état actuel du monde. Nous la soulignons en pensant notamment au peuple ukrainien qui, mieux que quiconque, en connaît maintenant et tragiquement la valeur.
Nous gardons à l'esprit la souffrance des Tigréens et des Palestiniens, ainsi que la détresse des déplacés du conflit au Haut‑Karabakh, principalement des femmes et des enfants. Nous dénonçons à nouveau le génocide des Ouïghours, que ce gouvernement refuse toujours de reconnaître dans une navrante démonstration de lâcheté politique.
En cette journée de la paix, réitérons ensemble le soutien des Québécois à l'égard des nations du monde qui n'ont pas la chance que nous avons de connaître non seulement la paix, mais une paix durable. Soulignons aussi l'importance pour la nation québécoise, nation pacifiste s'il en est une, de jouer pleinement le rôle qui est naturellement le sien à l'international dans la quête d'un monde plus empathique et plus solidaire.
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BQ (QC)
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2022-05-12 10:59 [p.5201]
Madame la Présidente, j'ai l'impression qu'il s'agit du film Retour vers le futur ou Le jour de la marmotte qui nous permet de revivre continuellement des situations. Évidemment, nous avons toujours été favorables à la création d'un comité devant se pencher sur l'étude des relations entre la République populaire de Chine et le Canada. Cela n'est pas différent aujourd'hui, nous n'avons pas changé d'idée: nous pensons qu'il est toujours pertinent d'avoir un comité qui se penche spécifiquement sur cette question.
Il faut le reconnaître, la République populaire de Chine est une superpuissance, à la fois sur les plans militaire, politique et économique. C'était, pour le gouvernement libéral des années 1990, l'eldorado. Tout le monde disait qu'il fallait aller en Chine, délocaliser nos entreprises et profiter de la main-d'œuvre bon marché de la Chine. Éventuellement, en faisant du commerce avec les Chinois, on allait les amener vers un niveau de vie supérieur, qui allait inévitablement faire en sorte que la démocratie allait s'épanouir comme une fleur au printemps.
Quelques décennies plus tard, on a un peu déchanté quant à cette logique et à cette trame narrative que tentait d'imposer le gouvernement libéral de l'époque. Néanmoins, le fait est que la Chine est une puissance économique incontestable.
Il faut reconnaître que les relations entre la République populaire de Chine et le Canada ont toujours été excellentes depuis des décennies. Pensons à l'époque où le Canada fournissait du blé pour faire face aux famines en République populaire de Chine ou à l'influence du Dr Bethune au moment de la Révolution chinoise. Pensons également au fait que l'ex-premier ministre Pierre Elliott Trudeau a été parmi les premiers chefs d'État occidentaux à établir des relations avec la République populaire de Chine.
Ces relations ont donc toujours été extrêmement positives jusqu'à ce que survienne l'écueil important de la demande d'extradition de Meng Wanzhou et ensuite la détention illégale de Michael Spavor et de Michael Kovrig. Il m'apparaissait important à ce moment-là que nous puissions examiner ce qui avait bien pu se passer et comment nous pourrions tenter de rétablir les relations.
Par la suite, il s'est passé quelque chose qui m'a complètement étonné et renversé. Les deux bras m'en sont tombés. Finalement, nous avons réalisé que le Comité spécial sur les relations sino-canadiennes était loin de chercher à trouver des pistes de solution pour améliorer les relations avec la République populaire de Chine. Il s'est davantage révélé être un outil de politique partisane pour tenter de mettre le gouvernement dans une mauvaise posture. Je n'approfondirai pas le sujet, parce que nous aurons probablement l'occasion d'y revenir. Tout cela s'est interrompu brutalement par le déclenchement inopiné d'une élection tout à fait inutile, l'automne passé.
Entretemps, grâce à l'élection d'un nouveau gouvernement à Washington, on est arrivé à une solution un peu bancale, mais qui a quand même permis de régler le problème lié à la demande d'extradition des États‑Unis concernant Meng Wanzhou, ce qui a mené à la libération quasi immédiate par la suite de Michael Spavor et de Michael Kovrig.
Après le résultat des élections, nous sommes revenus à la Chambre et, surprise, les conservateurs décident alors qu'ils ont besoin d'un nouveau jouet, d'un nouvel outil pour faire de la politique partisane. Tout à coup, les deux Michael étant libérés, on n'avait plus besoin du Comité spécial sur les relations sino-canadiennes, on voulait maintenant d'un comité spécial qui allait se pencher sur le désastre de l'évacuation de l'Afghanistan. Nos amis conservateurs étaient convaincus qu'ils allaient réussir à marquer des points politiques. Ils n'avaient plus besoin du Comité spécial sur les relations sino-canadiennes à ce moment-là.
Nous avons dénoncé le fait que les conservateurs abandonnaient le Comité spécial sur les relations sino-canadiennes. Nous n'étions évidemment pas contre la création du Comité spécial sur l'Afghanistan parce qu'il y a eu, il faut le reconnaître, un certain nombre de faux pas et de mauvaises décisions, et que, si tant est qu'on devait se retrouver à nouveau dans une telle situation, il fallait réussir à tenter de cerner les problèmes à l'avance.
Je fais une parenthèse. Le regretté premier ministre Jacques Parizeau disait souvent qu'il ne faut jamais sous-estimer la capacité du gouvernement fédéral de nous décevoir. Dans ce cas-là, le gouvernement fédéral semble ne jamais apprendre des leçons passées. Bien qu'il faille espérer qu'on puisse tirer des leçons de l'expérience afghane, je suis obligé de reconnaître que le gouvernement fédéral réussira peut-être encore cette fois à nous décevoir.
Quoi qu'il en soit, nous avons fait pression pour qu'on revienne malgré tout avec le Comité spécial sur les relations sino-canadiennes. Or, pour des raisons qui leur sont propres, les conservateurs n'étaient pas prêts, à ce moment-là, à revenir avec le Comité spécial sur les relations sino-canadiennes. Je laisse mes collègues épiloguer sur les motifs qui pouvaient les conduire à ne pas vouloir revenir avec ce comité.
Voyons ce qu'il en est ce matin. Le Comité spécial sur l'Afghanistan achève ses travaux. Le nouveau hochet, le nouveau jouet, le nouvel outil des conservateurs pour faire de la politique sera bientôt chose du passé. Que trouvent-ils de nouveau pour essayer de faire de la politique? Ils nous reviennent subitement avec un comité spécial sur la relation entre le Canada et la République populaire de Chine. C'est assez extraordinaire.
Qu'est-ce qui a changé depuis l'élection pour que, plusieurs mois après celle-ci, la priorité de nos amis conservateurs, qui ne voyaient pas l'utilité de ramener le Comité spécial sur les relations sino-canadiennes alors que le monde a profondément changé entretemps avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie, soit tout à coup de réactiver ce comité?
Je veux que mes collègues me comprennent bien: nous sommes d'accord. Nous avons toujours pensé que ce comité avait sa place. Toutefois, je m'interroge sincèrement sur les motivations de nos amis conservateurs quant au fait d'arriver avec cela maintenant. C'était pertinent après l'élection, mais cela ne les intéressait pas du tout. Tout à coup, alors que la Russie envahit l'Ukraine, cela redevient pertinent pour eux, à quelques semaines de la fin des travaux du Comité spécial sur l'Afghanistan.
Je ne sais pas pour mes collègues, mais je pense que si quelqu'un voulait y voir des motivations de nature partisane, il se pourrait qu'il ait raison. En tout cas, cela en a tout l'air, il faut le reconnaître. Cela dit, comme je l'indiquais dès le départ, malgré le fait que j'ai des doutes sérieux quant à la noblesse des motivations de nos amis conservateurs, nous allons voter en faveur de cette motion, parce que nous croyons et avons toujours cru que ce comité avait sa pertinence.
J'aimerais maintenant prendre quelques instants pour parler du libellé de la motion présentée par mon collègue de Wellington—Halton Hills, que je salue et avec lequel j'ai toujours grand plaisir à travailler.
Dans les premiers énoncés, je me permets d'attirer l'attention de mes collègues sur la partie suivante: « (iii) la distinction entre le peuple de Chine et l’État chinois, tel qu’il est incarné par le Parti communiste chinois et le gouvernement de la République populaire de Chine ». Je pense que nous sommes plutôt d'accord là-dessus.
Ensuite, quant à la partie où on dit « (iv) que les États autoritaires, y compris la République populaire de Chine, représentent une menace croissante à l’endroit de l’ordre international fondé sur des règles », je pense que cela mérite un petit commentaire. On semble avoir découvert qu'il existe des États autoritaires dans le monde. Je le donne en mille: moins de la moitié de nos congénères sur cette planète vivent en démocratie.
Je comprends que, tout à coup, avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie et avec les menaces que fait peser la République populaire de Chine sur Taïwan, on veuille souligner le fait « que les États autoritaires, y compris la République populaire de Chine, représentent une menace croissante à l'endroit de l'ordre international fondé sur des règles », mais je veux simplement signaler que ce n'est pas une nouveauté.
Les États autoritaires ne sont pas quelque chose de nouveau. À cause de l'espèce d'entente ou d'alliance tacite qui existe entre les deux pays, il est possible que les États autoritaires que sont la Russie et la République populaire de Chine constituent une menace pour le système international tel qu'on l'a conçu après la Seconde Guerre mondiale.
Souvenons-nous que lorsque nous avons décidé du système des Nations unies, nous avons confié aux cinq plus grandes puissances de l'époque le rôle de jouer les régulateurs de l'équilibre du système international. Or, nous avons vu les limites de ce système avec l'invasion de l'Ukraine, alors que l'une de ces cinq puissances qui sont censées assurer la stabilité du système international a perdu les pédales.
On se retrouve dans la situation où ni la République populaire de Chine ni la Russie ne sont ce qu'on pourrait appeler des États démocratiques. Il semble qu'elles aient décidé de collaborer, ce qui occasionne des menaces tout à fait compréhensibles pour l'ordre international tel qu'on l'a conçu jusqu'à tout récemment.
Je me permets une autre parenthèse sur quelque chose d'assez fascinant. En envahissant l'Ukraine, Vladimir Poutine pensait décourager tous les États de vouloir éventuellement rejoindre les rangs de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, ou OTAN. Or, c'est exactement l'inverse qui s'est produit. Souvenons-nous que, sous le gouvernement de Donald Trump, le président Macron avait déclaré que l'OTAN était en situation de mort cérébrale.
On s'interrogeait sur l'utilité et la pertinence de l'OTAN et Vladimir Poutine a redonné toute sa pertinence à cette organisation, si bien que des États qui étaient traditionnellement neutres depuis des décennies, comme la Finlande et la Suède, envisagent maintenant de rejoindre les rangs de l'OTAN. Vladimir Poutine aura donc poussé des pays dans les bras de l'OTAN en voulant empêcher l'Ukraine de rejoindre les rangs de l'organisation.
Qui plus est, après le Brexit, un certain nombre de pays européens, comme la Pologne ou la Hongrie, se sont interrogés sur l'utilité de l'Union européenne. Après l'invasion de l'Ukraine, plus personne ne s'interroge sur l'utilité ou la pertinence de l'Union européenne. Face à la menace russe, l'Union européenne, comme l'OTAN, a serré les rangs comme jamais auparavant.
On peut convenir avec notre collègue de Wellington—Halton Hills que cette espèce d'alliance tacite entre la Russie et la République populaire de Chine fait peser une menace importante sur le système international tel qu'on le concevait jusqu'à tout récemment.
Cela étant dit, cela n'enlève rien aux problèmes qu'on observe en République populaire de Chine et à l'extérieur de ce pays et qui vont dans le sens du point (iv) de la motion. Qu'on pense, par exemple, à la nouvelle Route de la soie, initiative avec laquelle la Chine s'impose comme un acteur incontournable en Afrique, rendant de moins en moins pertinente la présence d'anciennes puissances coloniales comme la France et même celle de pays sans passé colonialiste comme le Canada. Ce dernier avait une présence remarquable et remarquée en Afrique pendant des décennies, mais il a littéralement manqué le bateau.
Pendant que la Chine investissait massivement en Afrique, le Canada, notamment sous l'influence du gouvernement conservateur de Stephen Harper, s'est retiré de l'Afrique. On a donc ouvert les portes de l'Afrique aux Chinois. On a manqué le bateau, et les Chinois sont en train de s'imposer comme la puissance incontournable en Afrique. La Russie fait de même au Mali présentement. Alors que les Français se retirent, les Russes s'installent. Pour reprendre ce qui est dit au point (iv), cela contribue à une possible déstabilisation de l'ordre international.
Je parlais, il y a quelques instants, de l'incroyable et étonnante solidarité dont les États de l'OTAN et de l'Union européenne ont su faire preuve relativement à l'agression de la Russie à l'endroit de l'Ukraine. Tous ont eu une pensée à l'endroit de nos amis de Taïwan, parce qu'on sait que la Chine observe attentivement ce qui se passe présentement. En effet, Xi Jinping ne s'est jamais caché quant à l'idée de réintégrer Taïwan dans le giron de la Chine continentale. On s'est inquiété relativement aux suites de cette situation.
Lors d'une soirée en l'honneur de Taïwan, hier, on a souligné que Taïwan est le 11e partenaire commercial du Canada, le cinquième en Asie. Ce n'est pas négligeable. Taïwan est très inextricablement imbriqué dans le système économique mondial. Cependant, advenant une invasion de Taïwan par la République populaire de Chine, considérant l'influence des banques chinoises sur les avoirs en Europe, est-ce que l'Europe pourra aussi facilement faire preuve d'une telle solidarité pour imposer des sanctions à la République populaire de Chine, qui est elle aussi imbriquée et de façon plus inextricable encore dans le système économique international que ne l'est la Russie?
Ce qui se passe présentement est extrêmement préoccupant. La question n'est pas de savoir si la République populaire de Chine interviendra éventuellement à Taïwan, la question est plutôt de savoir quand et comment la communauté internationale sera en mesure de réagir en lien avec cette nouvelle transgression des règles internationales.
Oui, il y a pertinence de créer de nouveau un comité sur les relations Canada-Chine. Nous pensons qu'il est opportun de joindre notre voix à cette motion, même si, encore une fois, je doute profondément de la noblesse des intentions de nos amis conservateurs, qui nous arrivent avec cette motion à un moment pour le moins étrange, après l'invasion de l'Ukraine par la Russie et à quelques jours de la fin des travaux sur le Comité spécial sur l'Afghanistan, qui n'a pas donné aux conservateurs les dividendes politiques escomptés. Là, on se tourne vers autre chose, et il semble que la panacée politique pour les conservateurs soit aujourd'hui de réactiver le Comité spécial sur les relations sino-canadiennes.
Nous serons donc au rendez-vous. Nous tâcherons de faire en sorte que ce comité ne redevienne pas un cirque partisan et que nous puissions véritablement jeter les bases d'une meilleure compréhension et, on l'espère, de meilleures relations avec la République populaire de Chine, compte tenu de l'importance que ce pays a dans le système international.
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2022-05-12 11:20 [p.5203]
Madame la Présidente, je ne doute pas des intentions de mon collègue. Il faut quand même signaler que, sans vouloir révéler des secrets d'alcôve, au‑delà de ce noble argumentaire selon lequel on ne pouvait pas créer un autre comité parce que la Chambre des communes n'avait tout simplement pas les ressources pour le faire, je sais pertinemment, par des confidences que m'ont faites des collègues conservateurs, qu'il y avait juste des désaccords internes quant à l'opportunité de ramener le Comité spécial sur les relations sino-canadiennes. La vérité, c'est cela.
Maintenant, on voit les conservateurs qui sont insatisfaits — je le suis tout autant et je me permets de le signaler — des tractations qui ont eu cours entre le Nouveau Parti démocratique et le Parti libéral quant au comité qui va se pencher sur la situation survenue au Laboratoire national de microbiologie à Winnipeg.
Les conservateurs sont arrivés, de façon très inélégante, en présentant une motion au Comité permanent des affaires étrangères et du développement international. Comme elle n'a pas été adoptée et qu'ils ne sont pas contents du comité qui a été mis en place, ils proposent de créer un comité spécial sur la relation entre le Canada et la République populaire de Chine en espérant de nouveau pouvoir faire une « job de bras » au gouvernement sur la question...
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