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La statue du lieutenant-colonel Baker

David Monaghan, conservateur, Services de conservation

Statue en bronze du lieutenant-colonel George Harold Baker, par Robert Tait McKenzie, 1923.

La statue du lieutenant-colonel George Harold Baker à l’édifice du Centre est l’un des nombreux monuments impressionnants dédiés aux victimes de la Première Guerre mondiale. Elle a été commandée en 1920 à la suite des recommandations de comités spéciaux du Sénat et de la Chambre des communes pour commémorer la vie du seul député tué au combat pendant la Première Guerre et pour souligner son dévouement et les sacrifices qu’il a consentis. Les passants déambulent tous les jours devant la statue située bien en vue dans le foyer de la Chambre des communes sans savoir nécessairement qui fut l’homme qui y est représenté.

George Harold Baker est né en 1877, à Sweetsburg, localité maintenant intégrée à Cowansville, dans les Cantons de l’Est, au Québec. Ses ancêtres étaient des loyalistes de l’Empire-Uni et ils étaient établis dans la région depuis la fin du 18e siècle. C’était une famille de politiciens bien en vue dans les Cantons de l’Est. À la naissance de M. Baker, son père, l’honorable George Barnard Baker, avait déjà été député à l’Assemblée nationale du Québec et avait été élu trois fois député de Missisquoi (Québec). George père a été nommé au Sénat en 1896 et y est resté jusqu’à sa mort en 1910.

Le jeune Baker a suivi les traces de son père, fait des études en droit et pratiqué le droit avec succès d’abord avec son père à Sweetsburg, puis à Montréal. En 1911, il a été élu député conservateur de Brome (Québec). En plus de s’intéresser au droit et à la politique, George Harold Baker a joué un rôle actif dans diverses unités de milice de sa région, atteignant le rang de lieutenant-colonel du 13th Scottish Light Dragoons en 1913. Avec le déclenchement de la guerre un an plus tard, Baker a offert ses services à l’armée canadienne tout en conservant son siège à la Chambre des communes. Peu de temps après, il a obtenu la permission de former le 5e Bataillon canadien de carabiniers à cheval, une unité constituée de bénévoles des Cantons de l’Est.

Le bataillon est parti pour l’Angleterre en 1915 et fut transféré en France à la fin octobre de la même année. Il faisait partie de la 3e Division canadienne dont la mission était de défendre le saillant d’Ypres en mars 1916. Le 2 juin 1916, les Allemands ont lancé un barrage d’artillerie massif qui a duré quatre heures sur la position canadienne autour du Mont Sorrel, en prévision d’une attaque. L’énormité du barrage et l’effet qu’il a eu sont difficiles à imaginer pour un auditoire moderne. Même à l’époque, les auteurs avaient du mal à trouver les mots pour décrire l’horreur de la bataille et rendre l’ampleur du désastre après quatre heures de bombardements soutenus. Dans son récit intitulé Les Canadiens en Flandre, Lord Beaverbrook décrit le bombardement comme suit :

« ... l’orage qui a éclaté sur la 3e Division à 8 h 30 ce matin de juin était comme une tornade tropicale qui écrase les hommes au sol, les suffoque par la seule force du vent, arrache les arbres et les projette en l’air, anéantissant tout point de repère existant, et les maisons et les abris des hommes et des bêtes, ne laissant derrière elle qu’un amas de débris, de désolation, d’où sortaient en rampant quelques survivants à peine assez sains d’esprit pour réaliser l’ampleur de la catastrophe ou tenter de réparer le dommage [traduction]. »

Les témoins signalent que Baker a joué un rôle important dans la bataille en s’avérant un véritable chef et en donnant des directives à ses hommes pendant les douze heures d’affilée où ils ont été la cible de tirs. Baker est mort au combat dans le bois du Sanctuaire pendant la bataille de Mont Sorrel, près d’Ypres (Leper), en Belgique, tard dans la journée du 2 juin 1916. Il est l’une des 8 000 victimes estimées, majoritairement des Canadiens, à avoir péri pendant cette bataille. Le lieutenant-colonel Baker avait 39 ans.

Le monument à la mémoire du lieutenant-colonel Harold Baker, député, a d’abord été proposé par le Sénat, puis par la Chambre des communes en mai 1919. Il est unique parmi les monuments de guerre à l’édifice du Centre en ce sens qu’il rend hommage à un individu.

L’artiste retenu pour réaliser la commande fut R. Tait McKenzie, natif d’Almonte (Ontario), un des sculpteurs canadiens les plus éminents de l’époque. Le monument a été érigé par le Parlement et dévoilé le 29 février 1924 par le gouverneur général Lord Byng, commandant de la 3e Division canadienne à la bataille de Mont Sorrel.

Bien qu’elle soit dédiée à un individu, la statue a toujours eu une signification symbolique plus grande, comme le soulignait le premier ministre King dans son discours de dévoilement, quand il a parlé de ce que représente ce monument :

« Il est d’un caractère personnel, mais aussi il est essentiellement symbolique. Devant nos yeux nous n’avons pas qu’un seul membre du Parlement qui a vaillamment servi sa patrie outre mer, mais bien les cinquante membres au moins des deux Chambres qui se sont enrôlés sous les drapeaux à l’époque, plusieurs ayant fait du service actif en France et dix-huit membres du Parlement ayant perdu des fils durant la Grande guerre. Ce n’est pas tout. Ce monument nous rappelle les six cent mille Canadiens environ qui se sont enrôlés durant la Grande guerre, et surtout les soixante mille qui ont donné leur vie comme sacrifice suprême de cette nation pour la liberté du monde. »

Tout au long de la cérémonie, d’autres interlocuteurs ont exprimé le même sentiment. Le monument de Baker est dédié à un homme, mais cet homme personnifie le deuil d’une nation et l’esprit de ceux qui l’ont servie.

Pour obtenir plus d’information, une biographie (en anglais seulement) intéressante du lieutenant-colonel George Baker, député, est accessible à Bibliothèque et Archives Canada.

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