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Les « autres » Pères de la Confédération

David Monaghan, conservateur, Services de conservation

Conférence de Québec.

Cette année marque un important anniversaire dans le développement du Canada comme pays. En 1864, des représentants des diverses colonies de l’Amérique du Nord britannique se réunissent d’abord en septembre à Charlottetown, puis un mois plus tard à Québec, pour discuter de l’unification des provinces. La Conférence de Québec est digne de mention parce qu’elle comprend également des délégués de Terre Neuve et qu’elle donne lieu aux soixante douze résolutions qui deviendront les fondements d’un Canada indépendant sous la couronne britannique. Ces deux conférences et les discussions qui s’ensuivent dans chacune des provinces préparent le terrain pour la Conférence de Londres de 1866 et la Confédération en 1867. Les Pères de la Confédération ont été représentés de différentes façons au cours des 150 dernières années. À la Chambre des communes, quatre portraits sur le sujet ont orné les corridors, en plus des photos.

Les archives visuelles des conférences de Charlottetown et de Québec sont peu nombreuses. Les photographies célèbres des délégués provinciaux sont probablement mieux connues aujourd’hui qu’elles ne l’étaient dans les années 1860.

L'original

Conférence fédérale-provinciale, 1935.

Toutefois, en 1883, le gouvernement fédéral demande à l’artiste canadien Robert Harris (1848-1919) de peindre un portrait composite des vingt trois délégués et du secrétaire à la Conférence de Charlottetown pour la somme impressionnante à l’époque de 4 000 $. Le lieu et le sujet de la toile allaient vite changer pour devenir Québec et la Conférence de Québec, ce qui nécessite l’ajout de dix délégués et un changement de décor.

L’oeuvre est dévoilée à Montréal en 1884, puis déménagée au Parlement à Ottawa, où elle est exposée dans la Salle des chemins de fer. Elle quitte le Parlement une fois de plus en 1910, dans le cadre d’une exposition de tableaux canadiens en Angleterre. Harris essaie tant bien que mal de rendre un portrait exact de l’évènement, notamment en rencontrant un grand nombre de déléguées encore en vie, mais malgré cela et son mérite artistique, le tableau en soi demeure une archive de valeur historique plutôt qu’une oeuvre d’art. Après la destruction du tableau dans l’incendie de 1916, Harris raconte qu’il espérait qu’avec le temps, l’œuvre serait perçue comme un document historique de valeuri. De toute évidence, le temps lui donnera raison puisque l’image des Pères de la Confédération est aujourd’hui l’une des images les plus célèbres du Canada.

Le carton

Pères de la Confédération, le carton original par Robert Harris, 1883.

Des copies de l’oeuvre apparaissent dès 1914, les plus connues étant deux copies par le peintre canadien Frederic Challener : une murale à l’hôtel Macdonald, dévoilée en 1915, et une toile pour l’Assemblée législative de l’Ontario (Queen’s Park), installée à Toronto en 1916. Après la perte du tableau original dans l’incendie de 1916, le gouvernement demande à Harris de refaire son œuvre alors célèbre, mais son âge avancé et ses problèmes de santé rendent le projet irréalisable.

Toutefois, il accepte de vendre le grand carton – l’esquisse originale de la toile – au gouvernement. Ce dessin au fusain et à la sanguine datant de 1883 et mesurant 362 x 160 cm sera éventuellement installé dans la Salle des chemins de fer du nouveau Parlement dans les années 1920. Il y demeurera jusque dans les années 1960. Après son retrait de l’édifice du Centre, le carton, dont le titre officiel est La réunion des délégués de l’Amérique du Nord britannique devant régler les conditions de la Confédération, Québec, octobre, 1864, est confié aux soins du Musée des beaux-arts du Canada, où il y est encore aujourd’hui.

Péres de la Confédération, par Rex Woods

Pères de la Confédération, tableau par Rex Woods, 1964.

La version des Pères de la Confédération que connaissent bien les Canadiens aujourd’hui est commandée par La Confédération, Compagnie d’Assurance- Vie en 1964. La personne retenue pour la tâche est le célèbre illustrateur et graphiste canadien, Rex Woods (1903-1987), qui crée une nouvelle version de l’oeuvre en s’inspirant du carton original de Robert Harris et d’autres références. Le Président McNaughton annonce à la Chambre, le 30 juin 1965, qu’une nouvelle copie de la toile sera présentée à la nation et accrochée au Parlement avant le centenaire du pays, le 1er juillet 1967. L’exécution de l’oeuvre de 365 x 213 cm exige plus de temps que prévu et celle-ci ne sera terminée qu’en 1968. Ce n’est que le 3 février 1969 que la toile est dévoilée à l’édifice du Centre.

Bien qu’inspirée librement de la toile originale, l’oeuvre de Woods représente une archive historique modifiée. Trois personnes sont ajoutées à la composition. Elles représentent des gens qui n’étaient pas présents aux conférences de 1864, mais à celle de Londres en 1865, et qui ont été reconnus à titre officiel et posthume comme des Pères de la Confédération lors du jubilé de diamant en 1927.

Woods fait aussi preuve de liberté artistique en ajoutant une reproduction d’un autoportrait de l’artiste original, Robert Harris, du côté droit de la toile. L’oeuvre est exposée dans la Salle des chemins de fer jusqu’en 1977 avant de se retrouver dans le hall d’entrée de l’édifice Wellington. Elle réintègrera le Parlement et la Salle des chemins de fer en 1995. L’oeuvre quittera à nouveau l’édifice pour être nettoyée et stabilisée en juillet 2014, en prévision du 150e anniversaire de la Conférence de Québec, en octobre prochain.

Une interprétation différent

Pères de la Confédération, sculpture par Sylvia Lefkovitz.

La quatrième et dernière représentation des Pères de la Confédération exposée dans l’enceinte parlementaire a aussi un lien avec le centenaire de 1967, même si elle a été acquise par le Président John Bosley pour la Chambre des communes en 1984. À la suite d’un concours national, en 1966, la Commission du Centenaire demande à la sculptrice et peintre canadienne Sylvia Lefkovitz (1924-1987) de produire une sculpture sur le sujet des Pères de la Confédération. Cette sculpture devait servir uniquement de pièce maîtresse d’une exposition itinérante qui allait parcourir le pays à bord du train et de la caravane de la Confédération. Mme Lefkovitz produit une interprétation remarquable et fantaisiste de l’évènement sous la forme d’une sculpture circulaire de bronze contenant 90 figures d’environ 19 cm de hauteur, réparties sur un cercle intérieur et un cercle extérieur.

Sculpture des Pères de la Confédération, gros plan de la table.

Tandis que les représentations traditionnelles des Pères de la Confédération se concentrent sur la reproduction d’un évènement historique, la sculpture traite le sujet d’une façon beaucoup plus artistique et thématique. Le cercle intérieur, qui contient les figurines stylisées d’hommes autour d’une table rectangulaire, représente les Pères de la Confédération en pleine discussion – ces hommes qui ont tracé le chemin qui devait mener à la Confédération. Le seul que l’on reconnaît rapidement est une grande figurine de Sir John A. Macdonald.

Les figures du cercle extérieur n’ont rien à voir avec les délibérations de Charlottetown, Québec ou Londres. Elles représentent plutôt les gens qui ont été réunis par ces discussions, tantôt des femmes et des enfants, tantôt des gens de divers métiers et de divers milieux, dont les vies ont été changées par les discussions qui se sont tenues à cette fameuse table. Il s’agit d’une oeuvre d’art moderne magnifique qui transporte un message qui va au-delà de ce qui est représenté par la célèbre toile. Tandis que les toiles ne circulent pas beaucoup, la sculpture intitulée Les Pères de la Confédération parcourt le Canada pendant plus de dix ans et est admirée par des milliers de Canadiens lors de l’année du Centenaire et par la suite.

Pères de la Confédération, gros plan des personnages dans le cercle extérieur.

En 1984, lors de son transfert du Centre des expositions du gouvernement canadien à la Chambre des communes, on décide que la sculpture sera elle aussi installée dans le hall d’entrée de l’édifice Wellington, où elle complémente le tableau de Woods, jusqu’à ce que le tableau soit retourné à la Salle des chemins de fer, en 1995. La sculpture demeure dans le hall d’entrée de l’édifice Wellington jusqu’à la fermeture de celui ci pour des travaux de rénovation. Elle est actuellement entreposée. On songe à l’exposer à nouveau dans l’enceinte parlementaire.

Avec le 150e anniversaire de la Conférence de Québec, en octobre prochain, l’attention se portera à nouveau sur la toile des Pères de la Confédération. L’histoire et le destin nous ont privés de l’oeuvre originale de Robert Harris, mais heureusement d’autres oeuvres d’art, études, copies et interprétations de cette importante réunion ont survécu pour souligner une rencontre pacifique de gens ayant eu la vision de promouvoir la création d’un pays qui ne cesse de grandir et de s’épanouir depuis 1867.

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