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Monument à la mémoire des infirmières

David Monaghan, conservateur, Services de conservation

Monument à la mémoire des infirmières

La commémoration englobe tout ce que fait une société pour immortaliser la mémoire d'une personne ou d'un événement. Elle s'applique aussi à un objet qui sert à préserver le souvenir d'une personne ou d'un événement pour les générations futures. Le but consiste à perpétuer publiquement ce souvenir, et c'est la raison pour laquelle on érige des monuments dits commémoratifs. Ces monuments représentent un témoignage, car la génération qui accomplit l'acte de commémoration informe les générations futures que la personne ou l'événement salué mérite d'avoir une place dans la mémoire collective.

L'édifice du Centre renferme de nombreux objets commémoratifs, qui vont des plaques, comme les plaques parlementaires du rez-de-chaussée, aux portraits en passant par les sculptures. Une des oeuvres les plus impressionnantes, autant par le style que par la taille, est le Monument à la mémoire des infirmières, situé dans la section nord du Hall d'honneur. Ce monument est un remarquable exemple de bas-relief; il a été sculpté dans un magnifique bloc de marbre blanc de carrera qui mesure 537 cm sur 288 cm et pèse environ 6 tonnes.

Le projet a été lancé en janvier 1922 par l'Association canadienne des infirmières diplômées, devenue aujourd'hui l'Association des infirmières et infirmiers du Canada. Cette association avait alors demandé au premier ministre, le très honorable William Lyon Mackenzie King, s'il serait possible d'ériger dans le nouvel édifice du Centre un monument ommémoratif en l'honneur des infirmières militaires qui avaient donné leur vie au cours de la Première Guerre mondiale. Le premier ministre a transmis la demande au ministre des Travaux publics. Six mois de discussion entre le ministère, l'Association et le premier ministre ont fait naître la proposition d'ériger le monument au Parc Major.

Au début, cette proposition a paru acceptable à tous les intéressés, mais en mai 1922, le comité des affaires de l'Association s'est adressé directement au premier ministre dans l'espoir de faire installer le monument dans le Hall d'honneur. Le 1er juin, une réunion a eu lieu dans le Hall d'honneur pour discuter d'un emplacement possible. D'après le compte rendu de la réunion, le premier ministre a grandement contribué à modifier le caractère de l'oeuvre commémorative, qui, au lieu d'un monument aux morts, devenait « un tableau historique illustrant une large tranche de l'histoire canadienne et mettant en lumière l'expérience canadienne ». Ses commentaires ont établi les paramètres thématiques de base de la sculpture.

Il a fallu deux ans de plus pour trouver un sculpteur. En décembre 1924, le sculpteur canadien renommé George William Hill s'est vu octroyer le mandat par le comité du monument commémoratif de l'Association canadienne des infirmières diplômées, décision confirmée plus tard par le Cabinet et le premier ministre. Le monument, qui a coûté 38 000 $, a été payé entièrement à l'aide des fonds versés par les infirmières canadiennes et leurs associations provinciales.

La sculpture retenue, parmi environ six qui avaient été proposées, mettait en valeur le thème du tableau historique. Une maquette pleine grandeur en plâtre a été exposée dans l'édifice du Centre à la fin de janvier 1925. La sculpture même a été réalisée par G. W. Hill en Italie et expédiée au Canada, où son dévoilement a eu lieu le 24 août 1926.

L'oeuvre, divisée en trois sections, évoque le thème central des services héroïques rendus par les infirmières entre la période de la fondation de l'Hôtel-Dieu de Québec en 1639 et la fin de la Première Guerre mondiale. Hill a lui-même décrit en ces termes le rôle des personnages figurant sur le bas-relief :

« Le groupe à gauche illustre le courage et le dévouement des infirmières qui se sont sacrifiées et ont donné leur vie pour la noble cause de la liberté. Deux infirmières portant l'uniforme s'occupent d'un soldat blessé.

À l'arrière-plan, l'« Histoire » tient le grand livre de 1639 à 1918. Levant le voile, elle révèle les actes d'héroïsme et de martyr des infirmières du passé.

Le groupe à droite représente les infirmières qui, à l'appel de l'« Humanité », ont quitté leur pays, la France, pour venir soigner les malades et les nécessiteux. Une infirmière à l'intérieur des palissades s'occupe d'un enfant indien malade.

Au centre, l'« Humanité », personnage drapé aux bras tendus, divise les deux groupes et se dresse au-dessus d'eux. Elle tient dans une main son sceptre - le caducée, symbole de la guérison - et montre de sa main libre le courage héroïque et les sacrifices des infirmières à travers les âges. »

En raison du style allégorique classique du bas-relief, une certaine interprétation peut être nécessaire pour en comprendre la signification, mais l'inscription qui figure à la base de l'oeuvre est très claire. La voici :

« Plaque érigée par les infirmières du Canada en souvenir de leurs soeurs qui ont donné leur vie au cours de la Grande Guerre de 1914-1918 et pour perpétuer une noble tradition dans les relations entre l'ancien monde et le nouveau.

Guidée au-delà des mers par un sentiment d'humanité, la femme, par les soins qu'elle a prodigués à ceux qui étaient dans le besoin, a donné au monde l'exemple d'un dévouement héroïque embrassant trois siècles d'histoire canadienne. »

Apport remarquable et superbe à l'édifice du Centre, l'oeuvre de Hill sert de point de rassemblement pour une cérémonie annuelle du jour du Souvenir. Sa création a duré quatre ans, mais son message se perpétuera dans les générations à venir.

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